Scène 1
Pierrot, Almoraddin
Air 65 : Bouchés, Naïades, vos fontaines.
Pierrot
Seigneur, n'avez vous point envie De changer votre train de vie ? Voulez-vous sans cesse risquer Vos jours sur ces Mers redoutables ? Notre vaisseau ne peut manquer D'aller enfin à tous les diables.
Air : Nos plaisirs seront peu durables.
Almoraddin
Je crains moins la Mer en colère. Que je ne redoute les noeuds, Dont tu sais que le Roi mon Père Veut lier son fils malheureux.
Air 172 : Nanette, je voudrais t'apprendre.
Pierrot
Ce bon papa, grillant dans l'âme De se voir de petits-enfants, Qui réjouissent ses vieux ans , Vous sollicite à prendre femme ; Et vous, zeste, une belle nuit, D'Achem vous décampez sans bruit. Son Fils malheureux ! Ne dirait-on pas qu'il veut vous faire écorcher tout vif ?
Air 107 : Faites boire à triple mesure.
Almoraddin
Blâme, si tu veux, ma conduite ; Mais, cher Pierrot, dans mon effroi, J'ai mieux aimé prendre la fuite, Que de l'hymen subir la loi.
Air 114. Je passe la nuit et le jour.
Pierrot
Mon Prince, vous n'y pensez pas, Lorsque vous tenez ce langage. Moi, je ne vois que des appas Dans la chose du mariage. Loin de fuir cet engagement,. J'épouserais à tout moment, À tout moment, À tout moment, J'épouserais à tout moment. Hé, ventrebille ! Seigneur Almoraddin, qu'a donc l'hymen de si affreux ?
Almoraddin
Je n'ai jamais aimé, et je ne sais si je serais capable de m'attacher. Je te dirai même qu'une crainte délicate me tient en garde contre les charmes du beau sexe...
Pierrot
Quelle crainte donc ?
Air 154 : Est-ce que ça se demande ?
Almoraddin
Mon ami, j'aurais toujours peur De ma grandeur suprême ; Et je demanderais un coeur, Qui m'aimât pour moi-même.
Pierrot
Fi donc, Seigneurs ! Du point d'honneur Votre âme est trop friande, Quoi ? Dans l'amour Des gens de Cour, Est-ce que ça se demande ? Vous êtes unique en votre espèce.
Almoraddin
Ne parlons plus de cela. Continuons de voyager. Mais avant que de nous remettre en mer, je fuis curieux de voir ce qu'il y a de remarquable dans cette capitale du Barostan.
Pierrot
Et moi, de savoir si le vin y est bon.
Air, J'entends déjà le bruit des armes.
Almoraddin
De mon nom, ni de ma naissance, Garde toi bien de dire un mot. Tu sais qu'il est de conséquence De ne pas...
Pierrot
Mordi ! Suis-je un sot ? Vous prêchez toujours le silence, Ne connaissez-vous pas Pierrot ?
Almoraddin
Ha-ha ! Que nous, veulent ces deux hommes ?
Scène 2
Pierrot, Hanif, Sindbad, Almoraddin
Hanif et Sindbad dans le lointain, font de profondes révérences.
Air, Les Feuillantines.
Bis.
Pierrot
Comme ils s'approchent de nous D'un air doux ! Seigneur, les remarquez-vous ? Les Bourgeois de cette ville Sont des gens d'humeur civile.
Air 66. Si dans le mal qui me possède.
Hanif
Noble Etranger , l'on nous ordonne De venir avec grand respect:., En vous faisant Salamalec, Nous saisir de votre personne.
Pierrot
Ahi, ahi, ahi !
Sindbad
Dans ce moment, fans résister, Seigneur, laissez-vous arrêter.
Pierrot
Quel mal avons-nous fait ?
Air 62 : Réveillez-vous, belle Endormie.
Almoraddin
Nous ne faisons point résistance : Mais je serais fort curieux De savoir si c'est une offense, Que d'oser venir en ces lieux.
Air 62. Je vous avais cru belle.
Hanif
Que rien ne vous chagrine. Nous en usons ainsi Avec les étrangers de bonne mine, Que le sort quelquefois conduit ici.
Pierrot
Mais ce n'est pas nous. Vous nous prenez pour d'autres.
Sindbad
On ne veut vous faire aucun mal, au contraire.
Hanif
On voit bien que vous ignorez ce qui se passe dans le Barostan.
Pierrot
Hélas, oui !
Sindbad
Nous sommes les Peuples de l'Asie les plus heureux, surtout depuis que la Reine Zélica est sur le trône.
Air 173. Rien n'est si beau : Rien n'est si bon.
Hanif
Elle est à la fleur de son âge ; Les traits divins de son visage Sont fort au dessus du pinceau : Rien n'est si beau.
Sindbad
Elle est humaine, elle est affable, Compatissante, secourable, Penchant toujours vers le pardon : Rien n'est si bon.
Pierrot
Je vous en félicite.
Almoraddin
Vous parlez là d'une Princesse accomplie.
Air : Ah ! que la paresseuse Automne.
Hanif
Une Reine si débonnaire, Nous cause pourtant un chagrin : Depuis longtemps elle diffère À nous donner un Souverain.
Sindbad
Nous craignons qu'un jour la Patrie Ne devienne en proie à nos Grands Mais que la Reine se marie Voilà tous ses sujets contents.
Air : Amis, sans regretter Paris.
Pierrot
De vous ne pourrait-on savoir. Pourquoi cette Princesse Lambine tant à se pourvoir ?
Sindbad
C'est par délicatesse.
Almoraddin
Comment cela ?
Air : Voulez-vous savoir qui des deux.
Hanif
Elle veut des coeurs généreux, De son seul mérite amoureux, Qui ne cherchent que sa personne : De passionnés soupirants, Qui ne portent sur sa couronne Que des regards indifférents.
Air : Ô reguingué, ô lonlanla !
Almoraddin
Tu vois, Pierrot, que Zélica Pense comme moi sur cela.
Pierrot
Ô reguingué, ô lonlanla ! La Maîtresse de ce Royaume Est, ma foi, votre second Trône.
Sindbad
Tous les Princes voisins se sont déjà présentés, aucun n'a eu le bonheur de plaire.
Hanif
Enfin, pressée par ses Peuples, et ne voulant point causer de jalousie aux Grands de son Royaume, elle a déclaré, qu'elle choisirait un époux parmi les étrangers qui arriveraient au Barostan ; et qu'elle aurait moins d'égard à sa condition qu'à son caractère.
Pierrot
Ha ! Voilà donc pourquoi vous nous arrêtez ?
Air, Ton himeur est, Catherine.
Sindbad
Maint étranger d'apparence. Devant Zélica conduit, N'a de sa vaine éloquence Retiré qu'un triste fruit, Notre Princesse a su lire, Dans leurs coeurs ambitieux, Qu'ils chérissaient son Empire Beaucoup plus que ses beaux yeux. Oui.
Almoraddin
Je la trouve heureuse d'avoir si bien pénétré leurs sentiments.
Pierrot
Elle aura de la peine à trouver ce qu'il lui faut.
Air : Tu croyais, en aimant Colette.
Sindbad
Je tire un malheureux présage D'un hymen toujours différé : Elle hait trop le mariage, Pour trouver un homme à son gré.
Air : Qu'on apporte boutteille.
Hanif
Peut-être que la Reine, En voyant ce Seigneur, Pour l'hymen n'aura plus de haine, Et laissera toucher son coeur. Que savez-vous ?
Almoraddin
Vous avez trop bonne opinion de moi !
Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.
Ils se mettent tous à rire.
Pierrot
Si votre Reine a peur du mariage, Notre Patron le craint bien davantage; Mais Achevez votre message, À sa place je me mets. Vous vous adressez bien mal, mes enfants.
Almoraddin
L'Original !
Air 174 : Quand j'irai voir Remiremont.
Ils redoublent leurs ris. On emmène Almoraddin, que Pierrot fuit.
Pierrot
On juge assez, en me voyant, Que je fuis né pour la tendresse ; Et, que je suis un bon vivant, Qui ne veut qu'amour et simplesse. Et quand la Reine me verra, Aussitôt elle s'écrira : Haï voilà le Drôle , Le Drôle, le Drôle ! Ha ; voilà le Drôle, Qui m'épousera.
Scène 3
Assan, Amine
Le théâtre change et représente l'appartement de la Reine.
Air 175 : À l'ombre d'un ormeau Lisette.
Assan
En vain tous les jours je vous presse De couronner ma tendre ardeur ; Votre coeur pour moi s'intéresse, Et vous différez mon bonheur. Amine, mes amours, Languirai-je toujours ?
Air : Belle Chanoinesse.
Bis des deux vers.
Amine
Finir votre peine, Me serait bien doux ; Mais je ne puis être à vous, Ayant que la Reine Ait pris un époux.
Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.
Assan
Vous savez bien que la Princesse Est favorable a notre amour. Quelle excuse !
Amine
Une Confidente de Cour Doit se régler sur sa Maîtresse.
Assan
C'est me déclarer que jamais Vous ne comblerez mes souhaits. Non, la Reine ne trouvera point l'homme qu'elle cherche.
Air : Comme un Coucou.
Amine
Elle le trouvera peut-être, Et plutôt que vous ne pensez.
Assan
Comment pourra-t elle connaître Des soupirs désintéressés ?
Air : Quand je tiens de ce jus d'Octobre.
Amine
Pour vous en faire confidence, Je vous dirai qu'elle a fait choix... Mais dans ces lieux quelqu'un s'avance. Vous saurez tout une autre fois. Je vous réponds qu'elle a trouvé un sûr moyen de n'y être pas trompée.
Scène 4
Hanif, Assan, Amine
Air 176 : De La Renaissance de la Foire.
Hanif
Mon Camarade vous amène Un jeune étranger, un garçon, Qui paraît de bonne façon. Oh ! Pour cette fois-ci, la Reine, Digue, diguedon, diguedon, don daine, Pourra bien mordre à l'hameçon.
Air : Les Filles de Nanterre.
Assan
Ah ! Puisse t-il ma Chère, Devenir notre Roi !
S'en allant.
Amine
Vous ne le pouvez guère Souhaiter plus que moi. Je cours annoncer à la Reine ce Nouveau-venu.
Scène 5
Assan, Hanif
Assan
Tu crois donc, mon chér Hanif, que ce jeune-homme plaira.
Air 177 : Lurelu.
Hanif
J'en réponds sur ma tête. Je n'en ai jamais vu, Lurelu, Depuis que j'en arrête, Qui valut celui-là Larela Lurelu, larela, lirette... Mais, tenez, le voilà.
Scène 6
Sindbad, Assan, Pierrot, Almoraddin
Almoraddin et Assan se saluent.
Sindbad
Vous voyez le Capitaine des Gardes.
Air : La jeune Abbesse de ce lieu.
Assan
Puissiez-vous, Rose du Printemps, Être agréable à la Princesse , Autant que la pluie à nos Champs, Après cent jours de sécheresse : Qu'aux rayons de vos yeux pleins d'ardeur Fonde la glace de son coeur.
Pierrot
Vous choisissez un bon fondeur.
Air 178 : Ah ! Quel plaisir lorsqu'après mille alarmes.
Almoraddin
De posséder cette Reine charmante Ne pensez pas que je sois fort tenté ; Et dans ces lieux lorsque je me présente, Vos lois m'en sont une nécessité.
Assan
Ce discours me surprend.
Air 38 : Vaudeville du Roi de Cocagne.
Pierrot
Croyez-vous qu'il aime les femelles ? Ce n'est rien moins que cela. Apprenez que, pour voir les plus belles, Il n'irait pas d'ici là. Il ne prendra jamais du goût pour elle.
À Almoraddin.
Il sort avec Hanif et Sindbad.
Assan
Et lonlanla, Quand il sera Devant Zélica, Vous m'en direz des nouvelles. Mais cette Princesse va paraître ; Préparez-vous à l'entretenir.
Scène 7
Pierrot, Almoraddin
Pierrot
Au bout du compte, je rirais bien ; si vous alliez devenir amoureux.
Air : Croyez-vous qu'Amour m'attrape.
Almoraddin
L'Amour a fait son possible, Pour m'abattre sous ses traits ; Mais, me trouvant invincible, Enfin, il me laisse en paix. Mais etc. C'est ce qui n'arrivera point.
Air : Les Proverbes.
Pierrot
Avec ce Dieu, dès ce jour, mon cher Maître, Vous pourriez bien trouver à déchanter : Quand il nous faut reculer, le bon Traître, C'est pour nous faire mieux sauter.
Almoraddin
Paix ! Voici, la Reine.
Scène 8
Pierrot, Nour, Almoraddin, La Reine
Nour le regarde, ce qui l'oblige à baisser les yeux.
Air 61 : À boire je fais rage.
Bis.
Pierrot
Jarni ! Qu'elle est brillante ! Quelle Dondon piquante ! Ses beaux yeux me criblent le sein. Ah ! Que n'est-elle une suivante, Ou que ne suis-je Almoraddin.
Air 132 : À l'ombre de ce vers bocage.
Nour
Ô vous, que le hasard attire Ici pour la première fois, Jeune étranger, dans mon Empire Avec plaisir je vous reçois ! Puissiez-vous, quittant ce rivage, Être assez content de ma Cour, Pour en conserver une image, Qui fasse honneur à ce séjour.
Pierrot
Elle est à manger.
Air : Branle de Metz.
Almoraddin
Lorsque l'on y voit la flamme... Les plus célestes attraits Un coeur... mes tendres souhaits...
Nour
Quel transport saisit son âme !
Almoraddin
Ah ! Si mon bonheur obtient...
La Reine
Vous l'avez troublé, Madame.
Almoraddin
Oui, si mon amour obtient....
Pierrot
Oh ! C'en est fait, il en tient.
Air : Quand le péril est agréable.
Almoraddin
Pardonnez-mon désordre extrême.
Nour
Vous n'avez jamais mieux parlé : Les discours d'un amant troublé Sont l'éloquence même.
Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.
Almoraddin
Hélas ! Si j'osais me promettre !...
Nour
Oui, je vous permets d'espérer. Je crois devoir me retirer, Pour vous laisser un peu remettre.
Pierrot
Son pauvre coeur en a besoin.
Nour se retire avec les autres Suivantes de la Reine.
Nour
Ma chère Nour, prenez-en soin.
Scène 9
Pierrot, La Reine, Almoraddin
Pierrot
Je vous l'avais bien dit que vous pourriez tomber dans la nasse.
Air 67 : Vaudeville du Nouveau Monde.
La Reine
Seigneur, ne soyez point surpris De l'état où sont vos esprits. À la Reine en rendant les armes, Vous avez éprouvé l'effEt Que sur tous les coeurs elle fait : On doit ce tribut à ses charmes.
Almoraddin
Ahi !
Air 179 : La faridondaine, gué !
Bis.
Pierrot
Le Dieu Cupidon Vous livre à la Reine, Rougirez-vous donc De porter sa chaîne ! Bon ! La faridondaine, Gué! La fariradondé.
Air 22 : Quand je vous ai donné mon coeur.
Almoraddin
Je vous l'avouerai, belle Nour. Je n'ai point été maître Du trouble subit que l'amour Dans mon coeur a fait naître : Mais votre Maîtresse n'est pas La cause de mon embarras.
Pierrot
Ho ho !
Air : Du Cap de Bonne-Espérance.
La Reine
Eh ! Quelle autre que la Reine Peut vous avoir enchanté ?
Almoraddin
Hélas ! Vous pouvez ; sans peines, Deviner cette Beauté ! Si ma bouche n'ose dire Pour quels appas je soupire, Nour, si vous le désirez, Dans mes yeux vous l'apprendrez.
La Reine
Je ne vous entends point.
Air 180 : Pour se plaindre de son martyre.
Almoraddin
Vous feignez de ne point m'entendre : Je vais donc parler clairement. C'est à votre air noble et charmant Que mon coeur s'est laissé surprendre.
La Reine
Ha, ha, ha !
Pierrot
En voici bien d'une autre.
Air : Pour passer doucement la vie.
La Reine
Non, je ne fuis point assez vaine, Pour m'imaginer follement, Qu'à notre aimable souveraine Je puisse enlever un Amant. Je ne prends point le change.
Air : Pour faire honneur à la noce.
Almoraddin
De l'éclat qui l'environne Mon coeur n'a point été frappé ; II s'est tout entier occupé Des grâces de votre personne. De l'éclat qui l'environne Mon coeur n'a point été frappé.
Pierrot
Il faut qu'il ait le Diable au corps.
La Reine
Mais cela me paraît sérieux.
Air : Le fameux Diogéne.
Almoraddin
Oui, c'est Nour elle-même, C'est vous feule que j'aime.
La Reine
Quoi ? Vous à mes genoux ! Votre indigne tendresse Dément l'air de noblesse, Que l'on remarque en vous.
Pierrot
Cela est vrai, rien n'est plus honteux.
Air 84 : Une faveur, Lisette.
La Reine
Quel Démon vous entraîne ! Voyez, dans votre amour, L'esclave de la Reine.
Almoraddin
Je n'y vois rien que Nour. Ignorez-vous qui donne Les Sceptres ? C'est le sort. Si Nour est sans couronne, Le Destin seul a tort.
Pierrot
Ah ! Pauvre Cerveau blessé !
Air : Quand Iris prend plaisir à boire.
Bis.
La Reine
Vainement, par ce doit langage, Vous pensez que mon coeur peu sage Dans vos feux s'intéressera. Votre transport me paraît un caprice : Votre raison vous reviendra, Ma Maîtresse reparaîtra, Vous lui rendrez plus de justice. Elle fait quelques pas pour s'en aller.
Air 181 : L'autre jour dessous un ormeau.
Almoraddin
Demeurez, ne me fuyez pas, Belle Inhumaine !
La Reine
Laissez moi, Coeur lâche et bas !
Almoraddin
Non, je suivrai vos pas.
La Reine
N'en prenez pas la peine.
Almoraddin
Hélas ? Je vais donc mourir.
La Reine
Je ne puis vous guérir.
Scène 10
Almoraddin, Pierrot
Air : Je ferai mon devoir.
Almoraddin
Vois-tu comme je suis traité ?
Bis.
Pierrot
Vous l'avez mérité.
Almoraddin
Elle me met au désespoir.
Bis.
Pierrot
Elle fait son devoir.
Almoraddin
Cruelle destinée !
Air 36 : Perrette étant dessus l'herbette.
Pierrot
Votre conduite est fort plaisante ! Vous, qui ne vouliez point d'amante, Après avoir tant barguigné, Vous vous coiffez d'une suivante : Votre coeur est bien étrenné !
Almoraddin
Je la préfère à toutes les Princesses du Monde.
Pierrot
Quoi ? Vous seriez capable de l'épouser ?
Almoraddin
Pourquoi non ?
Pierrot
Et vous l'emmèneriez à Achem ?
Almoraddin
Sans doute.
Air 35 : Menuet de M. de Grandval.
Pierrot
Le Roi, suivant les apparences, Blâmerait votre engagement. Il est raide, en fait d'alliances, Comme un grand seigneur allemand. Vous y seriez bien reçu, ma foi.
Air : On n'aime point dans nos forêts.
Almoraddin
Non, non. Le plaisir qu'il aurait De me voir enfin une femme, Sur fa fierté l'emporterait ; Nour même attendrirait son âme ; De tout je pourrais me flatter ; Mais Nour ne veut point m'écouter.
Air 181 : Ce fut un Dimanche après vêpres.
Pierrot
L'amour dont notre honneur s'offense, Se doit condamner au silence : L'amour qu'on nous peut reprocher, er, etc Ne saurait trop bien se cacher, er, etc. Chut ! La Reine paraît. Jarnonbille ! Qu'elle ne s'aperçoive de rien.
Scène 11
Nour, Almoraddin, Pierrot
Air : Un Inconnu pour vos charmes soupire.
Nour
À vous revoir quand Zélica s'empresse, Jugez par là du sort qui vous attend. À la Maîtresse Du Barostan. Vous avez fait, dès le premier instant, Sentir pour vous une heureuse faiblesse.
Almoraddin
Ah ! Madame, puis-je croire que...
Air 183 : Mon Amant me serre lu main.
Nour
Oui, Seigneur, Vous avez allumé dans un coeur, Plein de rigueur, Une ardeur, Qui vous en a rendu le vainqueur. Je me donne Dès ce moment à vous ; C'est l'amour qui l'ordonne. À ce Dieu livrons-nous ; Partagez ma Couronne, Soyez, mon époux.
Pierrot
Comment-va-t-il se tirer de là ?
Air : Je ne veux point troubler votre ignorance.
Almoraddin
J'espérais peu cette faveur insigne : Je fais confus de vos tendres bontés. Ah ! Laissez-moi du moins m'en rendre digne !
Nour
Mon coeur me dis que vous les méritez.
Pierrot
Le voilà bien embarrassé !
Air : Vous qui vous moquez, par vos ris.
Nour
Vous régnerez dans ces climats, C'est votre destinée. Je vais déclarer de ce pas, Que de notre hymenée On voit enfin, dans mes États, Arriver la journée.
Pierrot
Comme diable elle lui ferre le bouton !
Air : Y-avance, y-avance, y-avance.
Nour
Il me paraît sombre et rêveur. Mais que vois-je ! Au lieu de faire éclater les transports de sa joie.
À Almoraddin, bas.
À Nour.
Pierrot
C'est, ma Princesse, son humeur. Il en dit bien moins qu'il ne pense Y avançe, y avance, y avance ! Pardonnez lui son indolence.
Air : Belle et charmante Brune, ou Votre époux est de glace.
Nour
Peut-il être de glace En pareil cas ! Mais, quoi ?
Pierrot
Que ne suis-je à sa place, Madame, hélas ! Je ferais bien mieux fête à vos appas.
À Almeraddin.
Air 184 : Je me plaignais d'une inhumains.
Nour
Quelle froideur est donc la vôtre ! Oui-da !
Almoraddin
Je ne puis vous donner ma foi : Je suis prévenu pour une autre ; Je vous suis ingrat malgré moi.
Pierrot
Ah ! Misérable, vous cassez les vitres.
Air : Des Fraises.
Nour
Que viens-je d'entendre, ô Dieux ! Quelle cruelle offense ! Braver mon rang glorieux, Et le pouvoir de mes yeux ! Vengeance, vengeance, vengeance ?
Pierrot
Courage ! Achevez de nous perdre, par votre chienne de franchise.
Air : Je ne suis pas si diable.
Nour
Éclater en murmures, De rage soupirer, Ou t'accabler d'injures, Ce serait t'honorer. Que bientôt ce rivage Soit délivré de toi : Sans tarder davantage, Fuis loin de moi. Mais non.
Pierrot
Nous en sommes quittes à bon marché.
Air : Bannissons d'ici l'humeur noire.
Nour
Vous dont l'humeur a su me plaire, Suivez-moi. Je vous apprendrai Ce que pour vous je prétends faire.
II donne comiquement le bras a Nour, qui se retire avec les Suivantes de la Reine.
Pierrot
Au plutôt je vous rejoindrai.
Scène 12
Almoraddin
Air : Le Démon malicieux et fin.
Almoraddin
Ô Grands Dieux ! Qu'en ce malheureux jour, Je suis bien le jouet de l'Amour ! Je dédaigne une Reine puissante, Qui vient m'offrir sa couronne et son coeur ! Et j'adore une simple suivante, Qui n'a pour moi que haine et que rigueur.
Scène 13
La Reine, Almoraddin
Air : Le Seigneur Turc a raison.
La Reine
Quelle nouvelle, Seigneur, On vient de m'apprendre ! Quand pour vous de sa grandeur La Reine veut bien descendre, Vous rebutez son amour ! Est-ce donc là le retour Qu'elle en devait attendre ?
Air 130 : Je passais tranquillement.
Almoraddin
Eh ! Pourquoi me blâmez-vous ? Vous savez vous-même, Qu'il ne dépend pas de nous D'aimer qui nous aime, D'aimer qui nous aime.
Air : Ah ! mon mal ne vient que d'aimer !
La Reine
Vous avez raison ; mais songez Au péril où vous vous plongez. Des attraits que vous outragez Redoutez la furie.
Almoraddin
Ah ! Cruelle, ils sont bien vengez Par votre barbarie !
Air : Quand le péril est agréable.
La Reine
En vérité, c'est avec peine Que pour vous j'aide la rigueur ; Et c'est votre gloire, Seigneur, Qui me rend inhumaine.
Air : Ne m'entendez-vous pas.
Almoraddin
Vous me trompez, hélas ! Comment pourrais-je croire Que vous cherchez ma gloire, En cherchant mon trépas.
Air 185 : Un Berger qui pour moi soupire.
La Reine
Non, vous n'en mourrez pas. En vain j'ai voulu me défendre Contre un si tendre vainqueur.
Almoraddin
J'aurais touché votre coeur !
La Reine
Vous l'avez forcé de se rendre.
Almoraddin
Vous approuvez enfin mes feux ! Je suis au comble de mes voeux !
Air 186 : Bergères de Maintenon.
La Reine
En préférant l'esclave à la Maîtresse, Vous trouverez beaucoup plus de tendresse. Mais vous perdez la main d'une Princesse,
Air : Je ne suis né, ni Roi, ni Prince.
Almoraddin
Lorsque j'unis mon fort au vôtre, En vous je trouve l'une et l'autre : Au Roi d'Achem je dois le jour.
La Reine
Ciel !
Almoraddin
Almoraddin je m'appelle.
La Reine
Ah ! Quel bonheur que mon amour Ait précédé cette nouvelle !
Air 51 : Branle de Metz retourné.
Almoraddin
Ce trait de délicatesse, Nour, est bien digne de vous. Mais fuyons des yeux jaloux, Et songez que le temps presse. Dans mon bord retirons-nous, Abandonnez la Princesse ; Dans mon bord retirons-nous, Venez, suivez votre époux.
Air : Comme un Coucou.
La Reine
Le jour trahirait notre suite. À votre vaisseau, sur le soir ; J'irai, par mon amour conduite. Cher Prince, adieu. Jusqu'au revoir.
Scène 14
Almoraddin
Air 187 : Sur les bords d'une fontaine.
Almoraddin
Amour, qu'on est téméraire, De murmurer contre vous ! Lorsque vous semblez le plus contraire Vous nous préparez le destin le plus doux.
Scène 15
Almoraddin, Pierrot
Air : Grimaudin.
Almoraddin
Pierrot, quelle heureuse nouvelle ? Almoraddin N'adore plus une Cruelle; Nour m'aime enfin. Du Port avec elle, sans bruit, Nous devons sortir cette nuit.
Pierrot
J'en suis bien-aise pour l'amour de vous.
Air : Allons gai !
Almoraddin
Ce jour est de ma vie Le jour le plus heureux. Que mon âme est ravie ! Chantons, rions tous deux : Allons gai ! etc. Mais d'où vient ce sérieux ? Aurais-tu quelque sujet de chagrin ?
Pierrot
Seigneur, pourvoyez-vous d'un autre confident. La Fortune aujourd'hui m'élève au plus haut rang : Je dois tâter ce soir, de la grandeur humaine. Pour vous le couper court, j'épouse...
Almoraddin
Qui ?
Pierrot
La Reine.
Almoraddin
Ha, ha, ha ! Il faut avouer que tu es bien fou.
Air : J'offre ici mon savoir-faire.
Pierrot
Au Trône elle me destine ; Car elle même me l'a dit : Moitié pour vous faire dépit, Et moitié pour ma bonne mine. Moitié pour etc. C'est un fait constant. Elle ne vous aime plus.
Almoraddin
Tu te moques, Pierrot.
Air I : À deux genoux près de Sylvie.
Bis.
Pierrot
Pierrot ! Pierrot ! Ce nom m'assomme.' Il est trop bas, trop familier. Et je prétends que l'on me nomme Dès aujourd'hui Pierre Premier.
Almoraddin
Ha, ha, ha, ha , ha !
Pierrot
Oui, je prétends que l'on me nomme Dès aujourd'hui Pierre Premier.
Almoraddin
Adieu donc, mon Prince. Puisque vous allez monter sur le Trône, nous ne nous verrons plus.
Lui tendant la main.
Air 188 : J'ai bien la meilleure femme.
Il s'en va fièrement.
Pierrot
Tandis qu'avec la soubrette Vous allez, fendant les flots, Tenir à cette Poulette Mille et mille doux propos ; De sa Maîtresse charmante, Moi parfaitement content, Je vais répondre à l'attente Des Peuples du Barostan. Oh, que si ! Nous nous verrons par Ambassadeurs. Adieu, Frère. Je vais retrouver Zélica, qui m'attend pour me couronner. Adieu. Bon voyage.
Scène 16
Almoraddin, Assan
Il fait un mouvement pour s'en aller. Assen l'aborde.
Almoraddin
L'extravagant personnage ! La Reine, apparemment, veut s'en divertir... Mais regagnons le Port.
Air 5 : Monsieur la Palisse est mort.
Assan
J'obéis, avec douleur, À l'ordre que l'on me donne. Je viens m'assurer, Seigneur, De votre auguste personne.
Almoraddin
De quoi l'accuse-t-on ?
Air : Joconde.
Assan
On a découvert votre amour, On sait votre naissance, Vous attendez la fin du jour Avec impatience; Nour au Port clandestinement A promis de se rendre. C'est un projet qu'en ce moment La Reine vient d'apprendre.
Haut, à Assan.
Almoraddin
Ô Dieux ! Faut-il que je cause la perte de Nour ! Hé, qui sont mes Délateurs ?
Air : J'ai fait souvent résonner ma Musette.
Assan
Je prévois bien vôtre surprise extrême, Quand vous saurez qui vous a décelé, Quand vous saurez que c'est Nour elle-même. Vous n'avez qu'une accusatrice.
dans le dernier étonnement
Almoraddin
Nour, juste Ciel !
Almoraddin, accablé de cette nouvelle, laisse tomber ses bras, et n'a pas la force d'en dire davantage.
Assan
Elle a tout révélé.
Scène 17
Nour, Almoraddin, Pierrot, La Reine
Air : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Nour
Hé bien, Prince d'Achem, vous aviez donc envie D'enlever de ma Cour mon esclave chérie ! J'ai pardonné l'affront qu'ont reçu mes appas ; Mais pour cet attentat je ne l'excuse pas.
Air : Les Trembleurs.
Jetant un regard furieux à la Reine.
Almoraddin
Je suis en votre puissance : Contentez votre vengeance, Punissez ma violence ; Je n'en murmurerai pas. Nour !... (Quelle supercherie !) Non, après sa perfidie Et sa trahison, la vie Pour moi n'aura plus d'appas.
Pierrot
Ah ! Ma Mignonne, je demande grâce pour lui. Je me souviens toujours d'avoir été à son service. Bon sang ne peut mentir.
Air 189 : Plus inconstant que l'Onde et le Nuage.
La Reine
Almoraddin, malgré votre tendresse, Vous me lancez des regards pleins d'horreur. J'ai tout dit, je le confesse : J'ai dit qu'une vive ardeur Tous deux nous presse : Mais, par bonheur, Cela n'a rien gâté. Je vous apprends que la Princesse Veut bien souffrir notre félicité.
Air 75 : Pour un doux baiser, aimable Bergère.
Almoraddin
Hé, quoi ? Triomphant d'une juste haine, Zélica veut bien favoriser mes voeux !
Lui montrant la Reine.
Nour
Oui : mais connaissez la Souveraine. Prince, la voilà. C'est l'objet de vos feux.
Almoraddin
Ah ! Que dites-vous !
Almoraddin se jette à ses genoux, et lui baise la main avec transport. Ils s'entretiennent bas tous deux, pendant que Nour et Pierrot disent ce qui suit.
La Reine
Je suis la Reine. Je fais mon bonheur, en vous rendant heureux.
Pierrot
Ha ! Quelle tricherie ! Vous êtes donc, vous, la véritable Nour ?
Nour
À votre service. Cela vous dégoûte-t-il du mariage ?
Pierrot
Non, ma foi.
Air : N'y a pas d'mal à ça.
Nour
Veux-tu t'en dédire ?
Pierrot
Le marché tiendra.
Nour
Je n'ai plus d'Empire.
Bis.
Pierrot
Oh s'en passera : N'y a pas d'mal à ça.
Air : Amis, ne parlons plus de guerre.
La Reine
J'ai voulu voir si ma Personne, Sans se nommer, Avait besoin de ma Couronne , Pour enflammer.
Air 190 : Aimez, charmante Blonde.
Almoraddin
J'avais même -délicatesse Depuis longtemps ; Et vous rendez, par cette adresse, Deux coeurs contents. Oui, votre rang suprême Me plaît bien moins que vous.
Bis.
Almoraddin
Être aimé pour soi-même, Il n'est rien de si doux.
Air : Attendez, mois sous l'orme.
La Reine
Venez faire une fête, Accourez à ma voix ! Peuples, que l'on s'apprête À célébrer mon choix ? Venez tous reconnaître Les faveurs du Destin, Qui vous donne pour maître Le Prince Almoraddin.
Scène 18
Nour, Assan
On danse.
Air 191 : de M. Gilier.
On reprend la Danse, qui est encore coupée par le second Air.
Nour
L'Excès de la délicatesse, Est le poison de la tendresse : Il faut de la crédulité. Un amant nous jure Que de nous il est enchanté, Fut-ce une imposture ; Croyons qu'il dit la vérité. Il est souvent fâcheux De s'y trop bien connaître : Se croire heureux, N'est-ce pas l'être.
Air 192 : de M. Gillier.
L'on reprend la danse, qui finit la pièce.
Assan
Un coeur sauvage Qui fuit le Dieu des Amours, En vain tente le secours D'un long voyage : Le fruit de tous ses détours, Est l'esclavage ; L'Amour se trouve toujours Sur son passage.