Acte I
Scène 1
Le Chevalier Durbin
Le Chevalier Durbin
Toi qui crois en tous lieux mériter des éloges Par le goût et le choix des mots dont tu te sers ; Tyran, cesse, Tyran, de fatiguer les airs, Par ces paroles allobroges Dont tu composes tes concerts. Dieu ! Quel pays et quels concerts Pour la musique, et pour les vers ! Je crois ouïr des fous échappés de leurs loges. Toujours chanter, rimer sans cesse, quels travers ! Tous ces gens-ci me semblent des horloges Dont on tire des sons par des ressorts divers ; Encor faut-il combler d'éloges, Et leur prose rimée, et leurs voix , et leurs airs. Dieux ! Quel pays, et quels concerts Pour la musique et pour les vers !
Scène 2
Zerbin, Le Chevalier Durbin
Zerbin
Au, Seigneur Chevalier ! J'en ai appris plus que je ne puis dire : on peut me raconter à présent tous les prodiges qu'on voudra, et de l'île des Maragons et des Lestrigons ; je croirai tout, je croirai tout. Ce n'est pas seulement le Roi et toute sa Cour qui chante ici, c'est le corps du peuple en entier ; tout chante, tout fredonne, roulades, cadences, ports de voix , martellements : toute une ville, imaginez, toute une ville ; cela fait un si grand bruit, que bien des gens trouveraient cela admirable.
Le Chevalier Durbin
Et notre vaisseau ?
Zerbin
Votre vaisseau ? Ah ! Parbleu votre vaisseau,il est à l'ancre ; on en a fait descendre tout l'équipage, capitaine, officiers, matelots : mais comme ils n'ont pu s'exprimer qu'en prose, ils ont été mis sur le champ dans une prison bien loin hors de la ville, comme des gens dangereux, corrupteurs, novateurs, et mal sonnants.
Le Chevalier Durbin
Ce que tu me dis, est-il bien vrai ?
Zerbin
Comment, Seigneur, oserais-je mentir ? Et moi n'ai je pas voulu hasarder quelques mots de prose ? On m'a menacé de me donner vingt coups de bâton sous la plante des pieds : on dit que cela apprend à aller de mesure ; alors je me suis exprimé en Vaudevilles, que je contourne de mon mieux, pour leur donner un air du pays.
Le Chevalier Durbin
Et Célenie, qu'est-elle devenue ?
Zerbin
Célenie, qui voulait se jeter aux pieds de la Sultane favorite, a été conduite aux pieds du Sultan. Heureusement on l'avait instruit, et son Ariette a été goûtée, à deux mesures près ; et je crois qu'on nous rendra notre vaisseau.
Le Chevalier Durbin
Quel fatal voyage !
Zerbin
Quelle fantaisie aussi d'aller consulter cette vieille fée sur le succès de vos amours !
Le Chevalier Durbin
Tu sais ce qu'elle a répondu.
Zerbin
Parbleu oui, plaisante réponse avec son nazillonnement ! > Mon fils, mon fils, ta Célenie t'aimera ; mais elle ne te le dira que quand elle ne parlera plus. « Vous insistez, vous la pressez, vous la tourmentez : oui, oui, tu ne sauras ce qu'elle pense que quand elle ne pensera pas. » Peut on un radotage plus complet ?
Le Chevalier Durbin
Il est vrai que je n'y conçois rien.
Zerbin
Hé : concevez-vous mieux ce qu'elle m'a répondu, quand je l'ai consultée ; car les valets ont la rage de faire comme leurs maîtres, et ce n'est pas ce qu'ils font de mieux. « Mon garçon, mon garçon, tu veux savoir fi tu réussiras dans tes amours ; tu n'en seras jamais si loin que lorsque tu en seras près. » Concevez-vous ?
Le Chevalier Durbin
Ah, il est aisé de voir qu'elle s'est moquée de toi.
Zerbin
J'ai bien peur que cela ne soit pas, Seigneur. Tout entier à l'idée de Célenie, tout rempli de votre amour, vous n'entendez que cela, vous ne pensez qu'à cela : mais un peu de réflexion, je vous supplie. Savez-vous ce que la Fée a dit, lorsque vous l'avez quittée en chantonnant avec cet air détaché, si naturel aux grands Seigneurs, lorsqu'on leur dit ce qui ne leur plaît pas ?
Le Chevalier Durbin
Qu'est-ce que c'est que ce verbiage-là : est-ce que je sais tout ce que cette femme a dit ?
Zerbin
Cette femme, cette femme ! Cette femme a dit, en vous entendant chantonner : « Chante, chante, mon fils ; mais prends garde de chanter plus que tu ne voudras. »
Le Chevalier Durbin
Hé bien.
Il paraît ici un habitant.
Zerbin
Hé bien, hé bien, notre vaisseau, en dépit du gouvernail, en dépit du vent et de la marée, vient ici par le chemin le plus droit. Nous y voici : on y chante, on y chante , encore trois jours, et vous voilà bon gré malgré le plus déterminé chanteur. Mais tenez, voici un habitant qui nous espionne ; si vous êtes curieux d'entendre chanter, vous pouvez l'interroger.
Le Chevalier Durbin
Il écoute apparemment si nous chantons ?
Zerbin
Non, ces espions-là ont une autre commission de la part du Gouvernement. Il y a eu quelques rumeurs pour la basse fondamentale, et on craint quelque soulèvement.
Le Chevalier Durbin
Ce peuple-là est donc bien sujet à remuer ?
Zerbin
Je le crois; il se ferait égorger pour des misères : ils ont eu une guerre civile qui a duré quarante ans pour le fa dièse et le mi bémol. Mais j'aperçois... Oui, c'est le confident, c'est le favori de la Sultane favorite. Bonne nouvelle, bonne nouvelle : notre vaisseau sera rendu.
Scène 3
Piano, Le Chevalier Durbin, Zerbin
Piano
Pour la charmante Célenie, Noble Étranger, l'amour de Vivatché Fait du bruit, et son feu n'est plus un feu caché.
Le Chevalier Durbin
Pour Célenie !
Piano
Son premier Médecin Presto, ce grand génie, Des attraits d'Henriette est lui-même touché.
Zerbin
Pour Henriette ? Ah, ciel !
Piano
Quant à l'amour du Roi, connais Mélophanie ; Son coeur jaloux prendra les plus cruels moyens Pour perdre sa rivale et briser leurs liens.
Le Chevalier Durbin
Qu'apprends je ? Ah, ciel : et quelle tyrannie !
ARIETTE.
Piano
La jalousie En ce lieu S'alarme de peu. Dans notre Asie, La jalouse S'alarme de peu ; Un rien ici la met en feu. Dans notre Asie, La jalousie Pousse l'emportement jusqu'à la frénésie : Elle ne garde aucun milieu, Un rien la met en feu, En feu, en feu. Adieu, adieu.
Scène 4
Zerbin, Le Chevalier Durbin
Zerbin
Au diable.
Le Chevalier Durbin
Quoi : Célenie pourrait... Non, je connais son coeur.
Zerbin
Et moi, je connais mon rival : il est magicien ; c'est le magicien du Roi : je suis perdu. Ah, maudit voyage !
Le Chevalier Durbin
Si j'en croyais ma valeur ; mais ma valeur contre tout un peuple est bien inutile.
Zerbin
Et la mienne encore plus.
Le Chevalier Durbin
Ah ! Si je ne peux la défendre, je peux périr à ses yeux.
Zerbin
Ce n'est pas mon avis.
Le Chevalier Durbin
Forçons le Palais.
Zerbin
Ne forçons rien.
Le Chevalier Durbin
Mais ciel ! Je la vois.
Scène 5
Le Chevalier Durbin, Célenie, Zerbin, Henriette
Le Chevalier Durbin
Ah, Célenie !
Célenie
Durbin !
Zerbin
Mon Henriette !
Henriette
Zerbin !
Le Chevalier Durbin
Quoi ! Le Sultan vous ainme ?
Célenie
Cela n'est que trop vrai.
Zerbin
Et toi, Henriette ?
Henriette
Le Vizir m'adore. Il ne tient qu'à moi de gouverner et le Maître et l'Empire.
Le Chevalier Durbin
Quoi ! Charmante Célenie, lorsque mon sincère amour.
Célenie
Chevalier, sont-ce là vos serments ? La Fée ne vous a permis de m'accompagner que sur la promesse que vous lui avez faite de ne me parler jamais de votre amour.
Le Chevalier Durbin
Je me tais... Et ce cruel Sultan ?
Célenie
Il m'a fait sa déclaration.
Le Chevalier Durbin
Zerbin, allez veiller autour de ces bosquets.
Célenie
Henriette, vous nous avertirez s'il paraît quelqu'un.
Scène 6
Le Chevalier Durbin, Célenie
Le Chevalier Durbin
Il vous a fait sa déclaration ?
Célenie
La voici. Lisez, lisez ; jugez vous-même de ses sentiments.
Le Chevalier Durbin
Quoi ! Elle est en musique.
Célenie
Oui, oui, sa déclaration est en musique, en Ariette encore, avec un grand accompagnement de fanfares. Elle m'a été apportée, présentée, et exécutée par une armée de Musiciens. Chantez, chantez.
Le Chevalier Durbin
Quoi ! Vous voulez, Madame ? ...
Célenie
Oui, je veux que vous chantiez, pour me pénétrer de toute l'horreur qu'il m'inspire.
Il rêve, et Célenie se promène avec fureur pendant la ritournelle, et dit :
ARIETTE.
Le Chevalier Durbin
Quelque Musicien que je sois, cela demande... L'insolent, oser me déclarer que... Ah, ciel ! Parce qu'il adore, il faut l'aimer. Voilà bien le tyran le plus fat....
ARIETTE.
Célenie
Grand tyran, et petit Roi, Compositeur sans harmonie , Rimailleur sans génie, Plagiaire de symphonie, D'une oreille juste l'effroi, Écoute-moi, Petit Roi, Écoute-moi. A quel injuste excès veux-tu t'abandonner, Barbare, et de quel droit oses-tu m'ordonner D'être en ton sérail ton esclave ? Je ne crains point la mort, je la vois, je la brave, Je saurai bien me la donner : On plutôt l'honneur veut que dans ton sang je lave Un affront dont l'horreur ne peut se pardonner : Un coeur ferme qui voit la mort, et qui la brave, A son tyran est sûr de la donner. Hé bien ! Aussi, écoutez la réponse que j'ai faite à cet horrible galant. En voici le brouillon : je crois que vous en serez content, je crois que vous en serez content.
Le Chevalier Durbin
Ah, Madame ! Qu'avez-vous fait ? Votre Ariette pleine de traits insultants et de menaces l'aura mis en fureur, et son amour changé en rage...
Célenie
Cela est vrai, je me suis peut-être un peu trop livrée à mon indignation. Mais dans cette extrémité quel parti prendre ?
Le Chevalier Durbin
Attendez, il me vient une idée ; il faut user d'adresse. Voici son Ariette de déclaration, scellée de son sceau ; donnez-moi la réponse harmonieuse et sanglante que vous lui avez faite : je veux faire passer l'une et l'autre, par mon écuyer, dans les mains de la Sultane favorite.
Célenie
Et vous croyez que sa jalousie ?...
Le Chevalier Durbin
Oui, oui.
Scène 7
Zerbin, Henriette
Sur l'air : Ah ! que la forêt de Cythère.
Zerbin
Monseigneur, que l'on se prépare À chanter. Prenez bien vos tons, Tontaine, tontons, tontons, tontons, Avec sa musique barbare Le Sultan vient à nous ; chantons.
Henriette
Tontaine, tontons, tontons, tontons, Tontons, tontons, tontaine, tontons.
Scène 8
Vivatché, Henriette
ARIETTE.
Vivatché
Paix-là, paix-là, taisez-vous ; Paix-là, taisez-vous devant nous, Plats Chanteurs de vieux Vaudevilles, Partisans imbéciles Des lanla, des flons, flons, Des gai, gai, des lampons. De tant vous l'avez doux, Guillemette doux : Partisans imbéciles Des tirelironsa, des sans dessus dessous, Des père Barnabas et des Madame Anroux. Plats Chanteurs de vieux Vaudevilles , Paix-là, taisez-vous devant nous : Henriette, Zerbin, sortez, retirez-vous.
Henriette
Sortons, retirons-nous.
Scène 9
Vivatché, Presto, Célenie, Le Chevalier Durbin
ARIETTE.
Vivatché
Pour vous, piquante Célenie, Dont le satyrique génie Contre moi fait de si bons vers Sur de si beaux airs, Et de si bonne symphonie, Je vous le dis, en termes clairs : Je ne réponds aux épigrammes, Je ne repousse les traits Des belles Dames Qu'en adorant leurs attraits, Qu'en les embrasant de mes flammes. Quand leur haine s'éteint, c'est alors qu'en leurs âmes L'amour pour moi s'allume après : Et voilà comme il faut qu'on se venge des femmes En adorant leurs attraits, En les embrasant de ses flammes. Venez régner à jamais, Venez régner dans mon Palais.
Vivatché
Venez régner à jamais
Vivatché
Dans mon Palais,
QUATUOR.
Presto
Dans son Palais.
Célenie
En ton Palais !
Vivatché
Dans mon Palais.
Presto
Dans le Palais...
Le Chevalier Durbin
Dans ton Palais !
Ils sortent conduits par les Gardes, mais par le même endroit ; et cela pendant la ritournelle. Il faut qu'ils mesurent leurs pas de façon qu'on voie encore des gens de la suite à la fin de la ritournelle. Vivatché parle bas au Capitaine de ses Gardes.
Vivatché
Holas, Gardes, conduisez-les Dans mon Palais.
Scène 10
Presto, Vivatché
Presto
Très clément Prince, à quel supplice Destinez-vous votre rival ? Car il l'est.
Vivatché
Oui, je viens à mon grand Sénéchal, Je viens d'ordonner qu'il subisse Un supplice De caprice, Un supplice original. Pour me divertir, je commande À des bourreaux de chant, que le coupable entende, Pendant ses repas seulement, Tous les jours le concert charmant Que formeront des voix fausses et discordantes, Détonantes et glapissantes, Et des sifflets aigus pour accompagnement. Si je punis mon rival doucement, C'est que mon goût pour Célenie Est faible : mais par-là je veux adroitement, Pans celle que j'aime ardemment, Dans le coeur de Melophanie Ranimer plus vivement La chaleur du sentiment.
Presto
C'est penser, c'est parler d'une grande justesse. De mon côté mon art doit vous aider ; Et tandis qu'en passant vous pouvez excéder Pour vos menus plaisirs Durbin et sa maîtresse, Je puis gaiement vous seconder En tirant de leur léthargie Cette triste Henriette et son morne écuyer, À leurs dépens aussi je prétends m'égayer Par quelque tour de ma folle magie. J'y rêve.
Vivatché
Rêvez-y, c'est comme je l'entends.
Vivatché
C'est un passe-temps agréable, C'est un passe-temps De faire donner au diable, De désespérer deux amants. C'est un passe-temps.
Vivatché
J'aime à voir ces gens Avec leur humeur intraitable Puis douce, puis épouvantable. J'aime les amants Et leur douleur respectable.
Presto
À voir leur humeur intraitable Affecter un dehors aimable, L'air tranquille, un air affable, Et les voir tout bas enrageants : Oui, c'est un plaisir véritable. . J'aime à voir leur air lamentable ; J'aime à voir leurs petits tourments.
Acte II
Scène 1
Piano, Zerbin
Piano
Arrête, mortel téméraire, Tremble, arrête ; ne passe pas Ce vestibule solitaire. Dans le sérail si tu portais tes pas, Il n'est rien qui pût te soustraire Au plus rigoureux trépas. Chante, chante. Qu'y viens-tu faire ?
Sur l'air : Laire-là, laire, lanlere.
Zerbin
Je viens vous faire un long récit En vaudeville, et sans esprit : Mais pardon, il est nécessaire ; Il éclaircit notre affaire : Faites grâce à mon débit.
Piano
Chante, et sois court. Épargne à mon oreille, Bonhomme, autant que tu pourras, De ton chant, de tes airs ingrats, La langueur sans pareille.
Zerbin
Quel diable, j'ai bien trouvé un air plus vif : mais dans ce moment-ci les rimes ne me viennent point du tout. Comment faire ?
Piano
Tu parles sans chanter, je crois : Ne t'est-il pas Dans l'instant échappé tout bas Quelques malheureux mots de prose ?
Zerbin
Mon cher Piano, non, je n'ose.
Piano
En ce cas chantez donc : chantez mon virtuose, Chantez, enchantez-moi, Musicien parfait.
À part.
Zerbin
Raillez. Mais écoutez, Seigneur , voici le fait. Morbleu, la rime m'abandonne ! Bon, bon, il ne s'en apercevra peut-être pas.
Piano
Hé bien donc.
Air : De l'Allemande Suisse.
Zerbin
Seigneur Piano, voici le fait, Voici, voici le fait. À Célenie. En papier bien réglé Notre Prince a déclaré son Feu. Par la chaleur de cette Ariette-ci, L'on voit qu'il en est amoureux, Fou, Mais par le froid De celle que voilà, L'on juge que la dame le Hait. Je vous remets Ces deux airs Bien notés. Peut-on voir un procédé plus Net ? Voyez quelle est L'Ariette et l'Amour De l'objet Dont le Roi veut vaincre le coeur. Soupçons jaloux N'ont plus lieu Par nos faits : Convenez Que nous les coulons tous à Fond. Célenie attend de vous, Qu'on la fasse entrer dehors Du sérail, Que le Prince et son amour Près d'elle ici fassent chou Blanc.
Piano
C'en est assez, Zerbin, j'estime Vos procédés plus que vos vers : Attachez-vous un peu plus à la rime, J'en ai cru voir qui sont tout de travers. Mais passons.... à Mélophanie Je cours chanter ces deux beaux airs, Comptez, pour servir Célenie, Qu'elle va mettre en jeu mille ressorts divers.
Scène 2
Zerbin
Air : Des Pendus.
Zerbin
Dieu d'amour, sans un grand travail, Tu peux l'enlever du sérail, Sans briser porte ni muraille : Tu peux faire que ton ouaille Ne soit plus avec.... l'attirail Que l'on enferme en ce bercail. Il est parti à présent. Je crois qu'il convient de faire ici à l'Amour une petite invocation, pour qu'il rende Célenie à mon Maître, en détruisant, de fond en comble, les murailles de ce maudit Harem ! Amour ! Amour ! Ô, toi, qui ne t'occupes qu'à blesser nos coeurs, laisse-là, pour un moment, ton arc et tes flèches ! Pardinne il faut avouer que la rime est bien quinteuse : je rime actuellement comme un écho ; et tout-à-l'heure que j'en avais besoin... Mais j'entends du bruit dans le sérail. Retournons rendre compte de notre commission.
Scène 3
Mélophanie
Mélophanie
Malheureuse Mélophanie,Quel désespoir ! Le Sultan jette le mouchoir À Célenie. . Quel désespoir ! Ma rivale va s'asseoir Sur le trône de l'harmonie. Malheureuse Mélophanie, Quel désespoir.
Scène 4
Vivatché, Mélophanie
DUO DIALOGUÉ.
Vivatché
Je l'entends qui gémit : portons les derniers coups, Renfermons dans mon sein l'amour que j'ai pour elle ; Confirmons ses soupçons jaloux, En jouant l'amant infidèle : Ressuscitons un coeur qui semblait mort pour nous.
Mélophanie
C'en est donc fait, amant volage, Tu m'abandonnes pour toujours.
Vivatché
Je n'entends rien à ce langage : A quoi tendent ces vains discours ?
Mélophanie
Tu dois entendre ce langage, Ce ne sont point de vains discours : Tu portes ailleurs ton hommage, Tu m'abandonnes pour toujours.
Vivatché
À quoi tendent ces vains discours.
Mélophanie
Ce ne sont point de vains discours : Toi qui disais que nos amours De nos jours Égaleraient le cours, Tu m'abandonnes pour toujours.
Vivatché
Hé, qui vous fait penser que mon coeur se dégage ?
Mélophanie
Oui, cruel, ton coeur se dégage, Démens, démens ce témoignage. Tiens, lis. Laisse-là les détours. Que mes beaux jours Ont été courts !
Vivatché
Je ne puis feindre davantage : Il est vrai... je vous plains.... Armez-vous de courage.
Mélophanie
Que mes beaux jours Ont été courts !
Vivatché
Aux pleurs cessez d'avoir recours.
Mélophanie
Non, les pleurs sont mon partage. Que n'ai-je prévenu l'outrage En rompant la première, et rompant pour toujours !
Vivatché
Ah ! Je vous ai ravi le charmant avantage De quitter avant moi, d'être avant moi volage.
Mélophanie
Qui moi ! Pouvais je être volage ?
Vivatché
Oui, vous voulez être volage.
Mélophanie
Je sors. Je vais mourir de douleur et de rage.
Vivatché
Cessez, cessez ces vains discours.
Mélophanie
Et mourir en t'aimant toujours.
Vivatché
Non, non, vous m'oublierez toujours.
Scène 5
Vivatché
Vivatché
Sa fureur me ravit : qu'à présent Célenie Me soit cruelle, et regrette mes voeux, Je goûte ici du moins la douceur infinie De l'avoir fait servir à ranimer les feux De la tendre Mélophanie.
Scène 6
Piano, Vivatché
ARIETTE.
Piano
Ah ! Grands Dieux ! apprenez, Seigneur.
Vivatché
Qu'as-tu donc qui te désole ?
Piano
Célenie !... Ah ! quel malheur ! Ciel ! L'excès de sa douleur, Pour le sérail son horreur, Son désespoir, sa fureur, L'ont fait devenir folle.
Vivatché
Non, ce n'est point cela, c'est notre chant nouveau, C'est notre nouvelle Musique, Trop forte, trop scientifique Qui trouble son faible cerveau. Je l'ai vu, c'est notre Musique.
Piano
C'est notre Musique.
Scène 7
Un Esclave
Un Esclave
Célenie, ah ! Seigneur. J'ai fait dans une fête Exécuter une tempête Qui vient de lui tourner la tête. J'ai vu dès lors son mal se déclarer, Et sa raison et ses yeux s'égarer. Mais c'est elle. Rien ne l'arrête.
Scène 8
Un Esclave, Célenie, Vivatché
Un Esclave
Que son égarement dans ses yeux se peint bien ! Mais, Seigneur, n'en craignez rien, N'en craignez rien ; sa folie Est douce, gaillarde et jolie.
ARIETTE.
Célenie
C'est lui-même, c'est lui, c'est le grand Timurbek, De ses pieds baisons la poussière. À son aspect, Je vois la terre entière Dans un stupide respect. La voyez-vous ! c'est une mouche bleue Sur votre auguste front ; Elle volait en rond : Elle avait fait une lieue En volant en rond Sur votre auguste front.
Vivatché
Va, cours, cherche Durbin. L'amitié qui les lie, Saura peut-être en un instant Rapeller ses esprits, rendre son coeur content, Et la guérir de sa folie.
Scène 9
Vivatché, Célenie
Vivatché
Reconnaissez, Madame, et mes traits et ma voix.
Pendant la Ritournelle, Célenie fera approcher deux sièges, les fera mettre plus près, et fera asseoir le Sultan.
ARIETTE.
Elle se lève. Là le Sultan fait signe qu'on éloigne les sièges, Piano le fait.
Célenie
Je ne t'ai jamais vu ; mais je te reconnais. Mais au reste, est-il si nécessaire de se connaître ? Sans se connaître on peut s'entendre, Vous entendez bien, Vous n'ignorez pas que mon gendre, Le gendre mon Vizir, ou le Vizir mon gendre, Fut un grand Négromancien, Vous entendez bien. Les cieux ne sont pas bleus pour rien, Vous entendez bien. Cette Fée a cru les surprendre ; Son avis n'était pas le mien ; C'était le sien, Vous entendez bien. De là je conclus qu'un coeur tendre Se fait entendre par un rien, Vous entendez bien.
Vivatché
Je vois à chaque instant augmenter sa démence... Mais voici Durbin qui s'avance.
Scène 10
Vivatché, Célenie, Le Chevalier Durbin
Vivatché
Malheureux Chevalier ! C'est ton funeste Qui seul est cause, et qui fait naître L'égarement d'esprit où tu la vois paraître. Rends-lui sa raison dans ce jour ? Cherche à t'en faire reconnaître.
Célenie
Ah ! C'est Durbin : dès qu'il paraît, Le calme en moi semble renaître. Mon coeur, mon coeur le reconnaît.
Le Chevalier Durbin
Tu me trompes, cruel. Non, elle n'est point folle : T'en croirai-je sur ta parole, Lorsque sa bouche te dément ? Parle, parle à ton amant.
Elle frappe sur l'épaule de Vivatché, et chante.
Célenie
Que je vous parle... Que je lui parle : il est à faire mourir de rire... Mais y a -t-il sûreté à vous ouvrir mon coeur devant la Dame que voilà ?
Vivatché
Elle me prend pour une femme.
Le Chevalier Durbin
Elle retombe en son délire : Je sens que mon coeur se déchire,
DUO DIALOGUÉ.
Célenie
Durbin, je t'aime, le sais-tu ? J'ai toujours combattu Mon coeur et mon amour extrême, J'ai trop su me vaincre moi-même. Durbin, je t'aime, Le sais-tu, le sais-tu ?
Le Chevalier Durbin
De sa raison, tant qu'elle fut maîtresse, La loi d'une austère pudeur. Lui faisait taire son ardeur Avec une cruelle adresse.
Célenie
M'entends-tu ? Ma pudeur, ma vertu, Te cachaient mon amour extrême ; Je me le cachais à moi-même,
TRIO.
Le Chevalier Durbin
Ah ! Quel mélange, hélas ! de joie et de tristesse ! Voilà donc, voilà donc l'aveu de sa tendresse, Et mon malheur,
Vivatché
Dieux ! elle l'aime, L'ai-je bien entendu ? A-t-il dû Dans son tendre aveu même Trouver sa peine extrême. Dieux ! elle l'aime, L'ai-je bien entendu ?
Célenie
Durbin je t'aime, Le sais-tu ?
Le Chevalier Durbin
Dieux ! Elle m'aime, M'y serais-je attendu ? Ai-je dû Trouver dans son tendre aveu même Mon tourment et ma peine extrême ? M'y serais attendu ? Dieux ! Elle m'aime. Mon bonheur, qu'êtes-vous devenu ?
Scène 11
Vivatché, Le Chevalier Durbin
À Durbin.
Vivatché
Esclaves, qu'on la suive. Et vous, qu'on se retire.
Le Chevalier Durbin
Exécrable tyran.
Vivatché
Attends, que vas-tu dire ? Je t'interromps pour ton bien. Ne me prends pas ici pour un roi de Théâtre, Qu'on brave, et qui ne répond rien. Sors sans parler, sinon ta rage opiniâtre...
Le Chevalier Durbin
Cesse de menacer : hâte mon triste sort, Si je perds la beauté que mon coeur idolâtre ; . Sans crainte, sans regret, je recevrai la mort.
Scène 12
Vivatché
Vivatché
Je dois pardonner la furie De cet amant désespéré : Il perd une amante chérie ; Il voit son esprit égaré.
Scène 13
Un Esclave, Vivatché
Un Esclave
Seigneur, vous n'avez plus de salon de musique : Ces instruments harmonieux, Qu'à grands frais l'on avait rassemblés dans ces lieux, Sont tous brisés. Célenie à nos yeux, Dans les accès d'une folie unique, A défoncé vos timbales d'airain, Et vos tambours de basque et votre tambourin, Sa frénésie a fait main basse Sur le violoncelle, et basse et contre-basse, Tout est en pièces ! Elle casse Jusqu'aux cordes du clavecin. Nous n'osons par respect l'arrêter : et sa main Saisissant un basson, en frappe, rompt, écharpe, Met en cannelle votre harpe ; Vos airs, vos septuors, tous vos plus grands morceaux Sont déchirés, sont par lambeaux.....
ARIETTE.
Vivatché
C'en est assez ! À l'excès de ses maux, A la fureur qui la possède J'imagine un très prompt remède. Écoute. Par son astrologie, Par sa magie, Mon Médecin, Magicien Presto, Guérira subito L'égarement de Célenie : Il la guérira subito En lui parlant en prose tout unie, Et l'éloignant de toute symphonie.
Acte III
Scène 1
Vivatché, Presto
Vivatché
La Sultane croit me surprendre : Tu m'as dit ses complots secrets ; Tu sais par quels moyens je prétends m'en défendre ? De ce balcon je puis tout voir et tout entendre : Feins d'entrer dans ses intérêts ; Ici même elle doit se rendre, Moins pour y voir nos jeux, que pour voir les succès Du piège adroit que dans ses doux accès, Sa jalousie ose me tendre.
Presto
Tout est prévu, Seigneur : chargé de les attendre Votre Amiral muni de votre ordre nouveau, Leur rendra leur vaisseau. Leur magique vaisseau Qui chez la Fée ira de droit fil les descendre, Avec Mélophanie on a feint de s'entendre. À votre tour, Seigneur, vous pouvez la surprendre.
ARIETTE.
Vivatché
Il suffit à présent. Reçois Les compliments que je te dois Pour la cure de la folie De la Dame honnête et jolie, Dont je dois admirer la vertu malgré moi, Dans la magie on doit te reconnaître Pour un grand maître : Car... Guérir un homme fou, c'est une babiole; C'est l'a, b, c, d, de l'art, De l'art des Médecins, de cet art si frivole Qu'inventa le Dieu du hasard. Ces savants empesés, et leur bavarde école, Pourraient le guérir tôt ou tard : Si l'on les croit sur leur parole, C'est l'a, b, c, d, de leur art. Des Magiciens la plupart Savent guérir un fou, soit rêveur, soit gaillard C'est l'a, b, c, d, de leur art : Mais guérir une femme folle, C'est le chef-d'oeuvre de leur art.
Presto
Hé bien, Sire, sur ma parole Des femmes, moi je n'en manque jamais, Soit que dans leur esprit ou que dans leur coeur...
Vivatché
Mais Tu ne manques donc pas le coeur froid d'Henriette : À quoi, dis-moi donc, en es-tu Avec cette fière soubrette ?
Presto
Ah ! D'ennui j'y renonce, et je me tiens battu, La bégueule héroïque affiche une vertu, Qu'avec peine on croira chez les races futures. Elle et son amant mal vêtu, M'ont tous deux accablé d'injures : Mais par moi leur caquet s'est trouvé rabattu ; Je l'ai réduit à l'Élégie.
Vivatché
C'est fort bien fait. Hé comment t'y prends-tu ?
Presto
En m'aidant d'un peu de magie, À les punir gaiement j'ai borné mon dessein. Je donne à ces amants une plaisante assiette : À Zerbin j'enchaîne Henriette, Sans qu'ils puissent se voir ni se donner la main ; Et de plus, comme Médecin, Je les ai tous les deux forcés à la diète ; Et j'augmente leur soif, leur amour et leur faim.
Vivatché
Bravo. Cette recette est bonne, et je l'estime : Mais cependant abrège le régime De ces deux pauvres amoureux. Je demande grâce pour eux.
Vivatché, monte à une galerie régnante sur le port, et se place derrière des jalousies, dont il peut tout voir, sans être vu.
Presto
Je ne sais qu'obéir. Mais pour remplir vos vues Je dois au diable un compliment : Il faut l'évoquer poliment Pour opérer le désenchantement De mes deux vivantes statues, D'Henriette et de son amant.
Scène 2
Piano
ARIETTE.
Piano
Démon de cette île harmonique, Esprit de musique, Sublime esprit mécanique, Seul inventeur des accompagnements ? Esprit de musique, Réponds aux agréments De ma voix magique, Réponds à mes sons charmants. Esprit de musique, Démon chromatique, Génie unique Dans la façon des instruments, Toi qui dans ce pays lyrique Fais, défais, et refais tous les enchantements, Esprit de musique, Démon harmonique, Réponds à ma voix magique, Viens obéir à mes commandements.
Scène 3
Esprit Infernal, Presto
Esprit Infernal
Ur, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, Que veux-tu? je viens à ta voix.
Presto
Ut, si, la, sol, fa, mi, re, ut. Tiens, prends, lis, fais ce que tu vois.
Scène 4
Esprit Infernal
Esprit Infernal
Ut, ré, mi, ut,mi, Ut, ré, mi, fa, ut, fa ; Ut, ré, mi, fa, sol, ut, sol ; Ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, Ut, ut.
Scène 5
Esprit Infernal, Henriette
Il lit des caractères magiques au lutin, et chante.
ARIETTE.
Esprit Infernal
Sur le reste de cette histoire, Consultons, lisons mon grimoire. Oui, c'est moi-même ; et je suis ce lutin. L'ordre Calotin Du destin ; Tin, tin, trelintintin
Henriette
Cruel destin ! Cruel destin !
Esprit Infernal
Le destin Veut que ce couple d'amants pleure, Et chante, et gémisse, et demeure. Encore une heure Dans leur état incertain.
Henriette
Cruel destin! cruel destin !
Esprit Infernal
C'est l'ordre Calotin Du destin, Tin, tin, tin, trelintintin.
Scène 6
Henriette, Zerbin
Sur l'Air : Quand on a bu, la tête tourne.
Henriette
Faudra que toujours je tourne, Tourne, tourne, Autour de l'objet de mes voeux ?
Zerbin
Permettez que je me retourne, Tourne, tourne, Ou retournez-la, justes Dieux.
Henriette
À l'Enchanteur qui nous tourne Et retourne, Notre amour déplut.
Zerbin
Plus le cruel nous tourne et nous retourne, Tourne, tourne, Moins nous arrivons au but.
Méme air.
Henriette
Ô Déesse, qui toujours tourne, tourne ! Ô Fortune, adoucissez-vous.
Zerbin
À la fin la tête nous tourne, tourne : Fortune, hélas ! Retournez-nous.
Henriette
Rien ne suspend, n'arrête, et ne détourne Nos cruels tourments.
Zerbin
Que nous perdons depuis que l'on nous tourne ! Tourne, tourne, De moments, d'heureux moments !
Scène 7
Esprit Infernal
ARIETTE.
Il fait paraître du feu autour du plateau tournant.
L'Esprit infernal s'abîme dans sa trappe, et Zerbin et Henriette se lèvent, et sont désenchantés.
Esprit Infernal
Vos malheurs sont à leur terme. Chantez mes enfants, chantez ; Je sème autour de vous le feu de tous côtés, Ce feu magique renferme La vertu des secrets aux Enfers inventés : Point de peur : tenez-vous ferme, Vous voilà désenchantés ; Chantez, mes enfants, chantez.
Scène 8
Henriette, Zerbin
DUO DIALOGUÉ.
Henriette
Enfin notre enchantement cesse.
Zerbin
Enfin notre tourment prend fin.
Henriette
Je meurs de soif et de tendresse.
Zerbin
Je meurs d'amour, je meurs de faim.
Henriette
Je meurs de soif.
Zerbin
Je meurs de faim.
Henriette
Je meurs de soif et de tendresse.
Zerbin
Je meurs d'amour, je meurs de faim.
Henriette
Je meurs de soif et de tendresse. Je meurs d'amour, je meurs de faim.
Scène 9
Zerbin, Henriette, Célenie, Le Chevalier Durbin
Zerbin
Mais que vois-je ? Célénie, Durbin : mon cher Maître, je suis, je suis, je suis transporté.
Henriette
Ah ! Que je baise la main.
Célenie
Non, non, embrassez-nous.
Zerbin
Ah ! Monsieur, et pouvons-nous espérer ?...
Le Chevalier Durbin
Oui, Zerbin, nos malheurs sont finis, le Magicien.
Zerbin
Ah ! Maudit Magicien !
Le Chevalier Durbin
Le Magicien a sauvé, comme tu vois, Célenie de l'état cruel...
Célenie
Non, mon cher Chevalier, c'est votre vue, c'est mon amour : et si ma raison égarée...
Le Chevalier Durbin
Ah ! Divine Célenie, que ce sentiment m'est cher ! Mais la juste crainte où je suis...
Célenie
Non. La jalousie de la Sultane est trop intéressée à nous éloigner.
Zerbin
Hé, Seigneur, qu'avons-nous à craindre, tout ce que la Fée a prédit est arrivé : elle ne parlera pas, elle ne pensera pas. Et moi, si loin, si près. Vous ne doutez pas que vous ayez chanté, sans ce que vous chanterez : nous partons, nous partons.
Henriette
Et par quel moyen ? Ah, ciel ! La tête me tourne encore.
Le Chevalier Durbin
Cela est tout simple. La Sultane nous a fait échapper secrètement : elle nous fait conduite à notre vaisseau ; il est prêt : et nous retournons à l'île de la Fée.
Célenie
Et c'est dans son Palais que je couronnerai votre amour. Mais quel bruit !...
Le Chevalier Durbin
La Sultane va paraître ; et c'est le bruit des instruments qui la précèdent.
Scène 10
Piano, Célenie
ARIETTE.
Piano
Éloignez-vous, Éloignez-vous ; La Sultane s'avance. À quelque distance De nous, Éloignez-vous tous, Éloignez-vous. La Sultane va paraître ; Qu'on s'éloigne de toutes parts, Gardez-vous de jeter de profanes regards Sur l'objet des désirs de votre auguste Maître : La Sultane va paraître, Éloignez-vous tous, Éloignez-vous.
Célenie
Éloignons-nous tous.
Scène 11
Mélophanie
Mélophanie
Qu'il s'attendent qu'on les rappelle. Et toi dont je connais le courage et le zèle, Cours, vole, conduis cette belle, Et ces étrangers avec elle.
Scène 12
Vivatché, Mélophanie
Vivatché
Arrêtez, traîtres, arrêtez, Gardes, saisissez ces coupables.
Mélophanie
Seigneur, c'est moi qui les rendais coupables.
Presto les emmène prisonniers.
Vivatché
Et que mes ordres redoutables A l'instant soient exécutés
Scène 13
Mélophanie
ARIETTE.
Mélophanie
Tu la retiens, et tu veux la reprendre ; Elle à qui ton amour n'inspire que l'horreur. Et moi qui t'aime avec fureur, Tu me quittes, cruel. Ah ! quelle est ton erreur ! Des cris du désespoir je saurai me défendre. Non, je ne veux te faire entendre, Qu'une douleur tendre, Des soupirs pleins de douceur. Ah ! sans en être ému, peux-tu me voir répandre Des larmes qui partent du coeur ? Une douleur tendre, Des larmes qui partent du coeur, Ne pourront-ils me rendre Ton amour et mon bonheur, Et dissiper ton erreur ?
Scène 14
Presto, Mélophanie, Célenie, Vivatché
Pendant la Ritournelle de l'air que chante Mélophanie, les quatre étrangers viennent sur le devant de la scène.
Presto
Seigneur, tous vos captifs vont quitter le rivage : Ils sont comblés de vos présents. Vous les voyez.
Mélophanie
Grands Dieux !
QUATUOR.
TRIO.
Célenie
Rendons, rendons hommage Aux soins bienfaisants De l'auteur de notre voyage : Notre bonheur est son ouvrage ! Que nos accents Reconnaissants Fassent retentir cette plage.
Vivatché
Leurs coeurs contents, Dans peu de temps Vont fuir loin de ce rivage. Bon voyage, bon voyage. Les sentiments De ces amants Me sont chers, et je les partage.
Mélophanie
Ce que j'entends Dans ces instans, Me rend la force et le courage. Bon voyage. Ô doux moments ! Transports charmants Quoi, mon amant n'est point volage !
Célenie
Ah ! D'âge en âge Dans tous les temps, Que la gloire soit son partage : Formons pour lui des voeux constants, Notre bonheur est son ouvrage.
Scène 15
Mélophanie, Vivatché
Mélophanie
Ils s'éloignent. Comment! ils quittent ce séjour ? Et votre coeur...
Air : Princesse adorable.
ARIETTE.
Vivatché
J'ai feint de traverser le projet favorable Que vous formiez pour leur retour ; Et j'ai voulu dans ce grand jour Que leur éloignement, pour vous si désirable, Fût l'ouvrage de mon amour. Je n'aimai jamais Célenie. Non, je n'aimai jamais que vous, Que vous, belle Mélophanie ; J'éveillais votre amour par des soupçons jaloux. Je n'aimai jamais Célenie : Je n'aimerai jamais que vous.
Vivatché
Je n'aimerai jamais que vous.
Vivatché
Ah ! Déployons toute notre harmonie Pour chanter des feux si doux. Unissons-nous, unissons-nous Pour chanter des feux si doux. Dans nos accords, dans notre symphonie , Faisons briller les éclairs du génie. Unissons-nous, unissons-nous.