Scène 1
Damon, Léonore
Air : Sur vos pas, vos appas.
Damon
En ce jour Notre amour Ne rencontre plus d'obstacle, Quel miracle !
Léonore
Oui vos feux Et mes voeux D'Hymen vont serrer les noeuds.
Damon
Léonore, quel bonheur Succède à la douleur Qui nous perçoit le coeur !
Léonore
Ah ! Grands Dieux, quels charmes ! Après tant d'allarmes, Tout sert notre ardeur.
Damon
Me rebutant je vous vis Craintive pour Louis ; Vous bannissiez ma flamme De votre âme.
Léonore
Cher Damon, Pouvoit-on Me parler dans ma tristesse, De tendresse ? À soi peut-on songer Lorsqu'un père est en danger ?
Air : Je n'aime point à demi.
Damon
Votre amour pour notre Roi M'est un doux présage.
Léonore
Ce sentiment est en soi Même il croît avec l'âge. Tout Français ainsi que moi A le même avantage.
Damon
Rien n'est plus vrai. Sans-doute qu'en Faveur du rétablissement d'une santé si précieuse, Monsieur Scrupule votre oncle ne suspendra plus notre union.
Léonore
Je l'espère comme vous, mais le voici.
Scène 2
Léonore, Damon, Monsieur Scrupule
Air : De tous les Capucins du monde.
Léonore
Mon Oncle, notre joie éclate.
Damon
La mienne est pure, et je me flatte Que vous voudrez en ce moment...
Monsieur Scrupule
Différons.
Léonore
Dieux ! Quelle injustice !
Monsieur Scrupule
Ma nièce, allons plus doucement, Attendez un temps plus propice.
Air : De Catinat.
Damon
Peut-il s'en présenter de plus avantageux ?
Léonore
Louis nous est rendu. Comblez donc tous nos voeux.
Monsieur Scrupule
Ses jours me font trop chers, je veux m'en assurer.
Léonore
Se livrer au plaisir, c'est bien vous le jurer.
Il sort.
Monsieur Scrupule
En un mot je veux le voir et je parspour Versailles à dessein de m'en convaincre ; c'est à mes yeux que je veux confier la tranquillité de mon coeur. Je ferai diligence.
Scène 3
Damon, Léonore
Air : Du Prévôt des Marchands.
Damon
Mais tout doit convaincre son coeur.
Léonore
Il croit rarement au bonheur.
Damon
Quel retard !
Léonore
Je m'en plains moi-même ; Mais en attendant son retour, Allons avec un soin extrême Faire illuminer cette cour ; Et tandis que mon oncle donne des preuves de son zéle par sa tendre inquiétude, manifestons le nôtre par les transports de joie que le Public seconde avec tant d'allégresse.
Scène 4
Jérôme, Nicaise
Jérôme
Hé ben, Cousin ? Tu dis donc que t'es capabe, toi ?
Nicaise
Apparemment que sans doute que je suis capabe.
Jérôme
Oui ; mais cependant pourtant il y queuqu'zun qui t'a soufflé ta maîtresse.
Nicaise
Oh ! Mais, c'est que....
Jérôme
Quoi ? C'est que ?....
Nicaise
Oui, c'est que ... parce ... que ... Oh ! Va, ca n'fait rien...
Jérôme
Tiens, t'es bête.
Nicaise
Oh ! Oui, tu t'y connais encore, toi ! C'était bon autrefois... Il y a quelqu'temps, par exemple.
Air : Cependant pourtant ça m'fait souffrir.
Jérôme
L'Cousin Clément t'a donc fait v'nir Pour à cell'fin de t'réjouir ? V'là qu'est ben arrangé ! Mais s'agit pas de ça.
Nicaise
Oh ! Sans vanité je m'en vante.
Jérôme
Ce soir je veux te m'ner partout.
Nicaise
Eh ! Ben, si nous allons ensemble, Ça f'ra que nous n'nous quitt'rons pas.
Jérôme
Tu raisonnes comme tu parles. Ah ça, je t'avertis qu'il y aura fièrement de monde.
Nicaise
Ah ! Ben, tant mieux ; moi j'aime ben quand je fuis plusieurs.
Air : Mais demandez-moi pourquoi je reviens.
Jérôme
Quoi ! Plusieurs ?
Nicaise
Hé ! Dame oui.
Jérôme
Tais-toi. Je s'rons morgué plus de cent mille.
Nicaise
Cent mille ! Combien qu'ça fait ?
Jérôme
Ma foi, C'est environ tout plein la Ville. Tu sais ben qu'la nuit on n'voit goutte.
Nicaise
Oui.
Jérôme
Comme en plein jour je verrons.
Nicaise
Comme en plein jour ?
Jérôme
Vrament sans doute, À cause qui gn'y a des lamprons.
Nicaise
Des lamprons ?
Jérôme
Et oui, des lamprons.
Nicaise
Oh ! Pardi, va, j'en fuis ben aise, moi... Mais quoiqu'c'est qu'des lamprons ?
Jérôme
C'est comme qui dirait des éclaircissements en magniere d'allumations.
Nicaise
Oh ! J'entends à ç't'heure... c'est t'y pas de ces choses-là .... qu'on appelle... comme quand... lorsque... Oh ! Je sais ben ce que j'veux dire....
Jérôme
Tout juste, tu y es. Pargué t'es ben habile.
Nicaise
Oh ! J'ai appris à vivre à mes dépens.
Air : Il faut mon frère.
Jérôme
C'est ben dommage Qu'on ne t'ait pas choisi Pour un message, Dans ç'quart d heure-ci, Pour aller vers le Roi, L'y porter not'hommage. On le voit ben.
Nicaise
J'm'acquitt'rais de ç't'emploî Encor plus mieux que toi.
Jérôme
Quoi plus mieux ! Eh ben voyons donc avec ton plus mieux, comment qu'tu dirais ? Supposons qu'c'est moi qui suis Sa Majesté.
Nicaise
Toi ! Oh ! Pardi oui, t'en as encor ben l'air !
Jérôme
Mais je te dis comme par semblant.
Nicaise
Gn'y a pas de semblant là-dedans. T'es mon cousin, par conséquent ça ne se peut pas. Y faut raisonner dans la vie.
Jérôme
Hé ben, ça vous démont'rait t'y pas un Académistre ?
Nicaise
Mais voyons comme tu dirais, toi ?
Air : Reçois dans ton galetas.
Jérôme
Sire je viens devant vous... Moi, je dirais tout de fuite, et sans me faire prier. Tiens, écoute.
Nicaise
Pardi ! Voyez-donc le gros sorcier, il le verrait ben, peut-être.
Jérôme
Mais queu raison qu'tu me fais donc là
Nicaise
C'est que je vous prends garde à tout, moi. Mais voyons, dit toujours.
bis.
Jérôme
Sire je viens devant vous, Au nom de toute la France, Pour vous dir' qu'j'avons tretous Ben souffert de votre souffrance, Qu'si vous nous voyez ben porté C'est parç'qu' vous êtes en bonn' santé,
Nicaise
Ah ! Jarni, c'est bon ça.
Jérôme
Hé ben, voyons, comment qu'tu dirais, toi ?
Nicaise
Moi, je commencerais déjà d'abord par lui ôter mon chapeau.
Jérôme
Sans doute.
Nicaise
Hé puis je me mettrais dans la tête tout ce que les Français ont dans l'âme.
Jérôme
Hé ben !
Nicaise
Hé puis je lui dirais avec franchise : Sire je donnerais ma vie pour conserver la vôtre.
Jérôme
Tiens, baise-moi, tu as de l'esprit comme tout le Royaume.
Nicaise
Oh ! Dame c'est que dans ce cas-là tout le Royaume fait bien vite de l'esprit avec de l'amour.
On entend plusieurs voix dans la coulisse chanter.
Jérôme
Une taloche. Si tu raisonnais toujours comme ça, tu serais le coq de not' famille.
Jérôme
Ah ! Ah ! Quoiqu'c'est donc que ça?
Scène 5
Louison, Chorus, Nicaise, Jérôme, Javotte, Nanette, Babet, Fanchon, Toutes
Air Noté, N°1.
Louison
Par un beau soir m'y promenant, Joli-coeur sous l'bras me tenant, Un p'tit Muguet s'approche.
Chorus
Un p'tit Muguet s'approche.
Louison
Il voulut faire le gentil, Décampez, j'vous en averti. Il m'dit : vous riez, Man'selle Louison. Moi tout en riant j'vous y applique, zon, Une taloche.
Chorus
Une taloche.
Nicaise
Elle est méchante, dà.
Jérôme
Tais-toi.
II. COUPLET.
Louison
Là-d'ssus il m'appelle guenon ; Mon amant à ce beau p'tit nom Met sa pipe dans sa poche.
Chorus
Met sa pipe dans sa poche.
Louison
J'vas, lui dit-il, vous sabouler ; Mais l'autre au lieu de s'en aller, N'l'apelle-t-y pas vilain estaff ; En r'merciement il reçut, paff, Autre taloche.
Chorus
Autre taloche.
Nicaise
Le beau remerciement !
Jérôme
Veux-tu bien te taire ?
III. COUPLET.
Louison
Joli-coeur ne badinait pas, Même il allait mettre habit bas, Pour en v'nir aux appioches,
Chorus
Pour en v'nir aux approches.
Louison
L'autre en signe d'accomod'ment Vite gagne au pied promptement ; Et pour prix d'sa bell' chienn' d'ardeur, C'est qu'il vous eut diablement peur, Et deux taloches.
Chorus
Et deux taloches.
Jérôme
Ça fait un bon arrêté de compte, ça. Courage, Mademoiselle Louison ; serviteur, et votre compagnie.
Louison
Hé ! C'est Jérôme, autrement dit, Bachot de la Grenouillère.
Jérôme
Oui, je nous v'ià avec l'cousin Nicaise.
Nicaise
Oui, et il est mon cousin aussi à moi.
Jérôme
Cousin issu de germain.
* Parce que dans la pièce de Nicaise, il appelle toujours Monsieur Clément son oncle.
Nicaise
Issu de germain ? Issu de Clément, peut-être*.
Javotte
Tout de bon, gros gouayeux ?
Louison
Il viendra avec nous, car il a le visage bon enfant.
Nicaise
Je ne veux pas.
Jérôme
Allons, allons, remets-toi.
Air : L'amour a sur la Rivière.
Nanette
Voyez donc son air d'aisance ; Monsieux veut-y m'embrasser ?
Nicaise
Pour ça non.
Nanette
Par complaisance. Laissez-vous donc caresser.
Babet
Il a ben l'air à la danse, Je veux l'prendre pour danser
Nicaise
Allons, Mameselle, dansez avec vos pareilles, s'il vous plaît.
Jérôme
Est-ce qu'on dit ça ?
Louison
Moi, je veux qu'il me donne le bras dans la foule. Je n'aurai pas peur avec lui, car y f'ra peur aux autres.
Air : Ah ! mon Dieu, que de jolies Dames !
Javotte
Je l'perdrons dans la presse.
Nicaise
Laissez-moi donc là.
Jérôme
Javotte, point d'rudesse.
Nanette
L'beau bijou que v'ià !
Jérôme
Morgué, toi qu'as d'ia politesse D'vrois-tu fair' comm'ça ? Hé ! Montre qui qu'tes.
Nicaise
À propos , c'est vrai ; moi je n'y pensais pas. Hé ben, voyons : qu'est-ce qui veut que je l'embrasse ?
Louison
Là.
Nanette
Hé, ben ! Voyez.
Babet
Comme y dit ça !
Javotte
Madame.
Fanchon
J'ai peur.
Nicaise se lance sur elles. Elles prennent ce temps pour l'entourer et chanter en rond.
Jérôme
Haut donc ; haut donc.
Toutes
Gai, gai ; Comme il se démene ! Oui, oui, Qu'il est dégourdi ! Gai, gai, comme il se démene ! Oui, oui, Qu'il est dégourdi !
Il les baise.
Nicaise
Oh, j'm'en vas vous en donner. Allez.
Louison
Ma chère mère.
Babet
La belle aubaine !
Nanette
Hé ben donc ; hé ben donc, ce pauvre p'tit nez.
Javotte
Le beau gobet.
Fanchon
Il se dégèle.
Louison
Ah, que nous v'là ben rassasiées!
Nicaise
C'est que je vous ai bentôt fait ça, moi.
Fanchon
Il est ben élevé.
Elles éclatent de rire.
Nicaise
Hé ben, qu'est-ce qui en veut encore pendant que j'y suis ?
Louison
Ça vous f'rait mal.
Nicaise
Hem ! Je vous rends-ti les filles gayes, moi ?
On entend dans la coulisse le refrain suivant.
Air : J'étois, j'étois malade d'amour.
Jérôme
Chantons, chantons, Cent fois répétons Vive ce tendre père. Oh, diantre, toi, tu sais donner l'boüi.
Jérôme
Ah ! Ah ! Des Marchands de chansons : tant mieux, j'allons faire de bonnes emplettes.
Scène 6
Jérôme, Monsieur Crincrin, Tous, Nicaise, Louison, Javotte, Nanette, Fanchon, Toutes, Babet
Jérôme
Dites-donc, Monsieur et Madame Crincrin, approchez, contez-nous ça tous les trois.
PREMIER COUPLET.
Air Noté N° II.
Monsieur Crincrin
LOUIS que le Ciel a formé Pour régner et pour plaire , Sera plus que jamais aimé, C'est le cri de la terre. Chantons, chantons, Cent fois répétons , Vive ce tendre Père. Allons, allons, mes amis.
Tous
Chantons, chantons, Cent fois répétons, Vive ce tendre Père.
II. COUPLET.
Monsieur Crincrin
Si de tout son peuple alarmé La douleur fut sincère, Le plaisir dont il est charmé En est le vrai salaire. Chantons, chantons, etc.
Tous
Chantons, chantons, Cent fois répétons, Vive ce tendre Père.
III. COUPLET.
Monsieur Crincrin
Si le Ciel exauçait toujours La plus juste prière, Il retrancherait sur nos jours, Pour tripler sa carrière. Chantons, chantons ; Cent fois répétons, Vive ce tendre père.
Tous
Chantons, chantons, Cent fois répétons Vive ce tendre Père.
Nicaise
Ah ! Jarnicoton, c'est genti comme tout, ça. Monsieur, donnez-moi donc un Livre.
Louison
Oui, pauvre petit, il l'a ben gagné, on l'a moulé comme par exprès pour lui.
Nicaise
Hé ! Qu'est-ce que ça vous fait, à toi ?
Air : Vous fixez un aimable amant.
Jérôme
J'vas en prendre un pour nous tretous.
Javotte
Moi j'en veux un pour tretous.
Elle se fouille.
Nanette
J'veux aussi chanter ç'bon cher Maître. À propos j'n'ai pas le sol vaillant.
Fanchon
Moi, mon homme a pris mon argent Pour illuminer not' fenêtre. Mais ce qu'il y a de bon, c'est que v'ià des blouques d'oreilles qui la danseront, toujours.
Nanette
Et moi donc ma croix d'argent : ah ! Si elle revient !
Louison
Et moi ma cornette. Monsieur attendez-nous.
Monsieur Crincrin
Eh non, Mesdames votre parole est suffisante. Hé puis votre zèl pour notre Roi est une piéce de crédit.
Toutes
Monsieur, vous êtes ben honnête.
Monsieur Crincrin
Avancer le sien pour un si beau sujets c'est de l'argent sûr.
Jérôme
Oh ! Pour ça j'en répondrois ben.
Air : Nous sommes Précepteurs d'Amour.
Nicaise
Ah ! Tout ç'a s'ra ben-tôt payé, Car au lieu d'venir par le Coche, Moi tout douc'ment j'suis v'nu à pied, J'ai mis la voitur' dans ma poche.
Jérôme
Comment la voiture ?
Nicaise
Oui ; vingt-quatre sols que mon oncle Clément m'a donnés pour aller dans le panier de devant à côté du Cocher, comme un enfant de famille que je suis.
Louison
Mon enfant ! Vingt-quatre sols ! Et vous n'avez pas pris la poste !
Nicaise
Oh ! Non, moi je n'aime pas les chevaux.
Louison
Vous n'avez donc gueres d'amour propre ?
Nicaise
Plus propre que vous, dame...
Air : Moi qui veux m'instruire.
Jérôme
Régale nous donc à présent.
Montrant la Marchande de Chansons.
Nicaise
Ah ! Pour ça j'm'en pique. Mais si j'li donn' tout mon argent, J'veux toute sa boutique, J'veux toute sa boutique.
Nicaise donne ses 24 sols, et prend toutes les chansons qu'il distribue.
Monsieur Crincrin
Allons, voyons, beau chaland. Tenez, ce font les dragées du coeur, ça.
Babet
Il a raison, font les confitures des bons sujets.
Nanette
R'mercie, mon fils.
Fanchon
Ben obligé, mon enfant.
Louison
Merci, mon p'tit cochon de lait.
Javotte
Ben obligé, mon poulet d'ivoire.
Nicaise
Hé ! Puis, v'là pour moi.
Jérôme
Est-ce que tu sais lire ?
Nicaise
Moi ? Pardi,va, que de reste, puisque je vous lis queuqu'fois une grande page toute entière sans reprendre mon vent.
Jérôme
C'est donc comme moi, quand je bois pinte à la santé d'not' Roi.
Nicaise
Je garde ces trois-là, toujours.
Jérôme
Quoi ? Trois ; c'est inutile , puisque c'est la même chose.
Nicaise
Ça ne fait rien.
Air : Les coeurs se donnent troc pour troc.
Jérôme
Mais c'est trois fois le mêm' tableau.
Nicaise
Moi j'aim' ça.
Jérôme
Faut qu'tu t'satisfasses.
Nicaise
Pardi, la Dam' de not' Château Aime à se mirer dans trois glaces. Et je mirerai trois fois mon amitié la dedans.
Babet
Il n'est pardié pas si gnais qu'il le paraît au moins.
Louison
Qu'est-ce qui dirait que ça pense comme les honnêtes gens ?
On entend un air de vielle.
Jérôme
Oh ! La Province fuit toujours la mode de Paris, et c'est une mode qui ne passera jamais, celle-là. Hé bien ! Allons-je tretous ensemble courir. Ah ! Ah ! Quoi qu'est donc qu'ça, un renforcement de gaité ?
Nicaise
Jarni, j'suis ben aise.
Toutes
Et nous donc ?
Scène 7
Fanchon, Nanette, Nicaise, Louison, Jérôme, Première Marmotte, Seconde Marmotte, Tous, Ensemble, Babet
Fanchon
Arrivez, mes enfants.
Nanette
Ah ! Les jolies petites marmottes ? Tíens, vois donc ?
Nicaise
Où donc ca ?
Louison
Pardine , elles vous crèvent les yeux.
Nicaise
Qui, ça ?
Jérôme
Oui ça, hé ! Qui donc ?
Nicaise
Bon ! On m'avait dit que c'était fait comme des lapins, et que ça dormait dix-huit mois de l'année.
Première Marmotte
Non, non, Monsieur, des Marmottes comme nous sont, je vous assure, bien éveillées.
Nanette
Hé ! Ben, mes enfants, savez-vous quelque chose sur l'air que vous jouiez tout à l'heure ?
Seconde Marmotte
Oui, oui, Madame.
Première Marmotte
Et qui est bien vrai encore.
Tous
Ah ! Voyons ; écoutons.
Air : De la contredanse de la Fontaine de Jouvence : Non, je n'aimerai jamais que vous.
Première Marmotte
De LOUIS la brillante santé Ramèn les Ris, les Jeux et la gaité, C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux.
Seconde Marmotte
C'est sans fadeur que notre coeur l'encense, La vérité seule en fait tous les frais.
Première Marmotte
Chacun le dit comme chacun le pense , Le tendre amour est l'encens du Français.
Ensemble
De LOUIS la brillante santé Ramène les Ris, les Jeux et la gaité ; C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux.
Première Marmotte
Jouissons tous D'un bien si doux ; En le partageant il s'augmente, Le chagrin sut nous réunir ; Mais à présent c'est le plaisir : Folâtrons.
Seconde Marmotte
Soupirons.
Première Marmotte
Il faut voltiger.
Seconde Marmotte
Il faut s'engager.
Première Marmotte
Prends un amant.
Seconde Marmotte
Nenni vraiment, Je suis contente, LOUIS vit pour nous. Jouissons tous D'un bien si doux, En le partageant il s'augmente. Le chagrin sut nous réunir ; Mais à présent c'est le plaisir.
Ensemble
De Louis la brillante santé Ramené les Ris , les Jeux et la gaité ; C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux. Et sauta Catharina.
Louison
Elles font à croquer.
Babet
Ma foi, oui.
Fanchon
À les entendre si on ne dirait pas que c'est soi-même qui chante ça.
Nicaise
Moi, j'aime ben celle-là, et puis l'autre.
Première Marmotte
En vérité ?
Nicaise
Comment donc qu'ça se prend ?
Air : Savez-vous bien jeune tendron ?
Jérôme
On n'peut payer ça ç'que-ça vaut ; Mais j'vas donner tout ç'que j'possède. Je te le dirai.
Première Marmotte
L'argent n'est pas ce qu'il nous faut, Au zèle l'intérêt le cède ; Nous exigeons pour tout paiement Que vous disiez en ce moment Bien tendrement Vraiment, Gaîment, Vive l'auteur De notre ardeur.
Tous
Vive l'auteur De notre ardeur.
Scène 8
Monsieur Scrupule, Jérôme, Léonore, Nicaise, Toutes, Tous
Monsieur Scrupule
Courage mes enfants.
Jérôme
Allons nous-en ailleurs nous réjouir, v'là une figure sérieuse qui porterait malheur à notre joie.
Monsieur Scrupule
Non, mon ami. J'espère même au contraire la seconder bientôt.
Léonore
Hé bien, mon oncle ; vous voyez que nous avions raison de nous livrer au plaisir.
Air : De tous les Capucins du inonde.
Monsieur Scrupule
Oui maintenant je suis tranquille, J'ai vu LOUIS. II m'est facile De vous unir, mes chers enfants. L'hymen de ma joie est la marque : Vivez, aimez aussi longtemps Que nous chérirons ce Monarque. Mille ouvrages que j'ai déja vus à ce sujet annoncent les sentimens de toutes Les Nations pour lui;
Air : noté N° 3.
SECOND COUPLET.
TROISIÈME COUPLET.
Léonore
Qu'on est heureux de faire des vers ! Moi plus j'y rêve et plus je m'y perds ! Mais ce talent ne doit coûter rien, Car il me souvient bien Qu'un auteur en crédit Dit Qu'en chantant un BOURBON Bon, Dans le sacré valon L'on Se passe d'Apollon. En vain Damon me faisant sa cour Dans ses chansons me traçait l'amour ; Mais il en fit une pour LOUIS De bon coeur je l'ouis. Je lui sus par degré Gré ; Sur moi ce trait d'esprit Prit : Il put de son savoir. Voir Quel était le pouvoir. L'objet chéri qu'il me retraçait L'enhardissait et m'attendrissait, D'avoir rendu mon coeur satisfait Son zélé triomphait ; Non pas en écrivain Vain Visait-il au renom ? Non. Le plus simple couplet ; Plaît ; LOUIS le rend complet.
Jérôme
Hé ! Ben, Cousin, cornment qu'tu trouves ça, toi ?
Nicaise
Moi, j'trouve ça pas mal raisonné ; mais c'est pas ben difficile.
Jérôme
En dirais-tu ben autant ?
Nicaise
Hé ! Pardine, m'en défies-tu ?
Jérôme
Oui.
Toutes
Ah, voyons donc.
Même air que le précédent.
Nicaise
Moi je n'ai jamais sçu ben chanter ; Mais quand il faut montrer qui l'on est, C'est que je vous tire adroitement Mon épingle du jeu. Je ne dis qu'un seul mot Qui Prouve que je suis au Fait. Nous d'vons chérir le Roi Car Il nous aime tretous.
Jérôme
Pargué, v'ià qu'est ben rimé.
Il montre le Public.
Nicaise
Qu'ça rime si ça veut, c'est vrai, toujours. Tiens, j'ai d'beaux et d'bons témoins.
Monsieur Scrupule
C'est à merveille, mon ami.
Nicaise
Sans doute. Hé ! Ben ; mais ces lamprons, quand donc que j'verrons ça ?
Tous
Il a raison.
La toile se lève, on aperçoit d'un côté un Buffet et de l'autre un orchestre public ; dans le fonds une illumination au milieu de laquelle est cette inscription en caractères de feu : VIVE LE ROI. TOUS prononcent ces mots avec transports Le tout se termine par des danses relatives aux différents caractères des acteurs.
Monsieur Scrupule
Vous n'irez pas loin.