Opéra comique · 1757

L’impromptu du coeur

de Jean-Joseph Vadé

Représentation
≈ 20 min
Distribution
10 femmes, 2 hommes
Répliques
240
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Nicaise H 63 ≈ 5 min 5
Jérôme F 58 ≈ 4 min 5
Léonore F 13 ≈ 2 min 4
Louison F 21 ≈ 2 min 3
Monsieur Crincrin N 6 ≈ 1 min 1
Monsieur Scrupule F 9 ≈ 1 min 2
Première Marmotte F 9 ≈ 1 min 1
Damon H 9 ≈ 1 min 3
Nanette F 10 ≈ 1 min 3
Fanchon F 7 ≈ 1 min 3
Seconde Marmotte F 5 ≈ 1 min 1
Babet F 6 ≈ 1 min 3
Tous N 6 ≈ 1 min 3
Toutes N 4 ≈ 1 min 3
Javotte F 6 ≈ 1 min 2
Chorus N 6 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Nicaise absentabsentabsent
Jérôme absentabsentabsent
Léonore absentabsentabsentabsent
Louison absentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Crincrin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Scrupule absentabsentabsentabsentabsentabsent
Première Marmotte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Damon absentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Damon, Léonore

Air : Sur vos pas, vos appas.

Damon

En ce jour Notre amour Ne rencontre plus d'obstacle, Quel miracle !

Léonore

Oui vos feux Et mes voeux D'Hymen vont serrer les noeuds.

Damon

Léonore, quel bonheur Succède à la douleur Qui nous perçoit le coeur !

Léonore

Ah ! Grands Dieux, quels charmes ! Après tant d'allarmes, Tout sert notre ardeur.

Damon

Me rebutant je vous vis Craintive pour Louis ; Vous bannissiez ma flamme De votre âme.

Léonore

Cher Damon, Pouvoit-on Me parler dans ma tristesse, De tendresse ? À soi peut-on songer Lorsqu'un père est en danger ?

Air : Je n'aime point à demi.

Damon

Votre amour pour notre Roi M'est un doux présage.

Léonore

Ce sentiment est en soi Même il croît avec l'âge. Tout Français ainsi que moi A le même avantage.

Damon

Rien n'est plus vrai. Sans-doute qu'en Faveur du rétablissement d'une santé si précieuse, Monsieur Scrupule votre oncle ne suspendra plus notre union.

Léonore

Je l'espère comme vous, mais le voici.

Scène 2

Léonore, Damon, Monsieur Scrupule

Air : De tous les Capucins du monde.

Léonore

Mon Oncle, notre joie éclate.

Damon

La mienne est pure, et je me flatte Que vous voudrez en ce moment...

Monsieur Scrupule

Différons.

Léonore

Dieux ! Quelle injustice !

Monsieur Scrupule

Ma nièce, allons plus doucement, Attendez un temps plus propice.

Air : De Catinat.

Damon

Peut-il s'en présenter de plus avantageux ?

Léonore

Louis nous est rendu. Comblez donc tous nos voeux.

Monsieur Scrupule

Ses jours me font trop chers, je veux m'en assurer.

Léonore

Se livrer au plaisir, c'est bien vous le jurer.

Il sort.

Monsieur Scrupule

En un mot je veux le voir et je parspour Versailles à dessein de m'en convaincre ; c'est à mes yeux que je veux confier la tranquillité de mon coeur. Je ferai diligence.

Scène 3

Damon, Léonore

Air : Du Prévôt des Marchands.

Damon

Mais tout doit convaincre son coeur.

Léonore

Il croit rarement au bonheur.

Damon

Quel retard !

Léonore

Je m'en plains moi-même ; Mais en attendant son retour, Allons avec un soin extrême Faire illuminer cette cour ; Et tandis que mon oncle donne des preuves de son zéle par sa tendre inquiétude, manifestons le nôtre par les transports de joie que le Public seconde avec tant d'allégresse.

Scène 4

Jérôme, Nicaise

Jérôme

Hé ben, Cousin ? Tu dis donc que t'es capabe, toi ?

Nicaise

Apparemment que sans doute que je suis capabe.

Jérôme

Oui ; mais cependant pourtant il y queuqu'zun qui t'a soufflé ta maîtresse.

Nicaise

Oh ! Mais, c'est que....

Jérôme

Quoi ? C'est que ?....

Nicaise

Oui, c'est que ... parce ... que ... Oh ! Va, ca n'fait rien...

Jérôme

Tiens, t'es bête.

Nicaise

Oh ! Oui, tu t'y connais encore, toi ! C'était bon autrefois... Il y a quelqu'temps, par exemple.

Air : Cependant pourtant ça m'fait souffrir.

Jérôme

L'Cousin Clément t'a donc fait v'nir Pour à cell'fin de t'réjouir ? V'là qu'est ben arrangé ! Mais s'agit pas de ça.

Nicaise

Oh ! Sans vanité je m'en vante.

Jérôme

Ce soir je veux te m'ner partout.

Nicaise

Eh ! Ben, si nous allons ensemble, Ça f'ra que nous n'nous quitt'rons pas.

Jérôme

Tu raisonnes comme tu parles. Ah ça, je t'avertis qu'il y aura fièrement de monde.

Nicaise

Ah ! Ben, tant mieux ; moi j'aime ben quand je fuis plusieurs.

Air : Mais demandez-moi pourquoi je reviens.

Jérôme

Quoi ! Plusieurs ?

Nicaise

Hé ! Dame oui.

Jérôme

Tais-toi. Je s'rons morgué plus de cent mille.

Nicaise

Cent mille ! Combien qu'ça fait ?

Jérôme

Ma foi, C'est environ tout plein la Ville. Tu sais ben qu'la nuit on n'voit goutte.

Nicaise

Oui.

Jérôme

Comme en plein jour je verrons.

Nicaise

Comme en plein jour ?

Jérôme

Vrament sans doute, À cause qui gn'y a des lamprons.

Nicaise

Des lamprons ?

Jérôme

Et oui, des lamprons.

Nicaise

Oh ! Pardi, va, j'en fuis ben aise, moi... Mais quoiqu'c'est qu'des lamprons ?

Jérôme

C'est comme qui dirait des éclaircissements en magniere d'allumations.

Nicaise

Oh ! J'entends à ç't'heure... c'est t'y pas de ces choses-là .... qu'on appelle... comme quand... lorsque... Oh ! Je sais ben ce que j'veux dire....

Jérôme

Tout juste, tu y es. Pargué t'es ben habile.

Nicaise

Oh ! J'ai appris à vivre à mes dépens.

Air : Il faut mon frère.

Jérôme

C'est ben dommage Qu'on ne t'ait pas choisi Pour un message, Dans ç'quart d heure-ci, Pour aller vers le Roi, L'y porter not'hommage. On le voit ben.

Nicaise

J'm'acquitt'rais de ç't'emploî Encor plus mieux que toi.

Jérôme

Quoi plus mieux ! Eh ben voyons donc avec ton plus mieux, comment qu'tu dirais ? Supposons qu'c'est moi qui suis Sa Majesté.

Nicaise

Toi ! Oh ! Pardi oui, t'en as encor ben l'air !

Jérôme

Mais je te dis comme par semblant.

Nicaise

Gn'y a pas de semblant là-dedans. T'es mon cousin, par conséquent ça ne se peut pas. Y faut raisonner dans la vie.

Jérôme

Hé ben, ça vous démont'rait t'y pas un Académistre ?

Nicaise

Mais voyons comme tu dirais, toi ?

Air : Reçois dans ton galetas.

Jérôme

Sire je viens devant vous... Moi, je dirais tout de fuite, et sans me faire prier. Tiens, écoute.

Nicaise

Pardi ! Voyez-donc le gros sorcier, il le verrait ben, peut-être.

Jérôme

Mais queu raison qu'tu me fais donc là

Nicaise

C'est que je vous prends garde à tout, moi. Mais voyons, dit toujours.

bis.

Jérôme

Sire je viens devant vous, Au nom de toute la France, Pour vous dir' qu'j'avons tretous Ben souffert de votre souffrance, Qu'si vous nous voyez ben porté C'est parç'qu' vous êtes en bonn' santé,

Nicaise

Ah ! Jarni, c'est bon ça.

Jérôme

Hé ben, voyons, comment qu'tu dirais, toi ?

Nicaise

Moi, je commencerais déjà d'abord par lui ôter mon chapeau.

Jérôme

Sans doute.

Nicaise

Hé puis je me mettrais dans la tête tout ce que les Français ont dans l'âme.

Jérôme

Hé ben !

Nicaise

Hé puis je lui dirais avec franchise : Sire je donnerais ma vie pour conserver la vôtre.

Jérôme

Tiens, baise-moi, tu as de l'esprit comme tout le Royaume.

Nicaise

Oh ! Dame c'est que dans ce cas-là tout le Royaume fait bien vite de l'esprit avec de l'amour.

On entend plusieurs voix dans la coulisse chanter.

Jérôme

Une taloche. Si tu raisonnais toujours comme ça, tu serais le coq de not' famille.

Jérôme

Ah ! Ah ! Quoiqu'c'est donc que ça?

Scène 5

Louison, Chorus, Nicaise, Jérôme, Javotte, Nanette, Babet, Fanchon, Toutes

Air Noté, N°1.

Louison

Par un beau soir m'y promenant, Joli-coeur sous l'bras me tenant, Un p'tit Muguet s'approche.

Chorus

Un p'tit Muguet s'approche.

Louison

Il voulut faire le gentil, Décampez, j'vous en averti. Il m'dit : vous riez, Man'selle Louison. Moi tout en riant j'vous y applique, zon, Une taloche.

Chorus

Une taloche.

Nicaise

Elle est méchante, dà.

Jérôme

Tais-toi.

II. COUPLET.

Louison

Là-d'ssus il m'appelle guenon ; Mon amant à ce beau p'tit nom Met sa pipe dans sa poche.

Chorus

Met sa pipe dans sa poche.

Louison

J'vas, lui dit-il, vous sabouler ; Mais l'autre au lieu de s'en aller, N'l'apelle-t-y pas vilain estaff ; En r'merciement il reçut, paff, Autre taloche.

Chorus

Autre taloche.

Nicaise

Le beau remerciement !

Jérôme

Veux-tu bien te taire ?

III. COUPLET.

Louison

Joli-coeur ne badinait pas, Même il allait mettre habit bas, Pour en v'nir aux appioches,

Chorus

Pour en v'nir aux approches.

Louison

L'autre en signe d'accomod'ment Vite gagne au pied promptement ; Et pour prix d'sa bell' chienn' d'ardeur, C'est qu'il vous eut diablement peur, Et deux taloches.

Chorus

Et deux taloches.

Jérôme

Ça fait un bon arrêté de compte, ça. Courage, Mademoiselle Louison ; serviteur, et votre compagnie.

Louison

Hé ! C'est Jérôme, autrement dit, Bachot de la Grenouillère.

Jérôme

Oui, je nous v'ià avec l'cousin Nicaise.

Nicaise

Oui, et il est mon cousin aussi à moi.

Jérôme

Cousin issu de germain.

* Parce que dans la pièce de Nicaise, il appelle toujours Monsieur Clément son oncle.

Nicaise

Issu de germain ? Issu de Clément, peut-être*.

Javotte

Tout de bon, gros gouayeux ?

Louison

Il viendra avec nous, car il a le visage bon enfant.

Nicaise

Je ne veux pas.

Jérôme

Allons, allons, remets-toi.

Air : L'amour a sur la Rivière.

Nanette

Voyez donc son air d'aisance ; Monsieux veut-y m'embrasser ?

Nicaise

Pour ça non.

Nanette

Par complaisance. Laissez-vous donc caresser.

Babet

Il a ben l'air à la danse, Je veux l'prendre pour danser

Nicaise

Allons, Mameselle, dansez avec vos pareilles, s'il vous plaît.

Jérôme

Est-ce qu'on dit ça ?

Louison

Moi, je veux qu'il me donne le bras dans la foule. Je n'aurai pas peur avec lui, car y f'ra peur aux autres.

Air : Ah ! mon Dieu, que de jolies Dames !

Javotte

Je l'perdrons dans la presse.

Nicaise

Laissez-moi donc là.

Jérôme

Javotte, point d'rudesse.

Nanette

L'beau bijou que v'ià !

Jérôme

Morgué, toi qu'as d'ia politesse D'vrois-tu fair' comm'ça ? Hé ! Montre qui qu'tes.

Nicaise

À propos , c'est vrai ; moi je n'y pensais pas. Hé ben, voyons : qu'est-ce qui veut que je l'embrasse ?

Louison

Là.

Nanette

Hé, ben ! Voyez.

Babet

Comme y dit ça !

Javotte

Madame.

Fanchon

J'ai peur.

Nicaise se lance sur elles. Elles prennent ce temps pour l'entourer et chanter en rond.

Jérôme

Haut donc ; haut donc.

Toutes

Gai, gai ; Comme il se démene ! Oui, oui, Qu'il est dégourdi ! Gai, gai, comme il se démene ! Oui, oui, Qu'il est dégourdi !

Il les baise.

Nicaise

Oh, j'm'en vas vous en donner. Allez.

Louison

Ma chère mère.

Babet

La belle aubaine !

Nanette

Hé ben donc ; hé ben donc, ce pauvre p'tit nez.

Javotte

Le beau gobet.

Fanchon

Il se dégèle.

Louison

Ah, que nous v'là ben rassasiées!

Nicaise

C'est que je vous ai bentôt fait ça, moi.

Fanchon

Il est ben élevé.

Elles éclatent de rire.

Nicaise

Hé ben, qu'est-ce qui en veut encore pendant que j'y suis ?

Louison

Ça vous f'rait mal.

Nicaise

Hem ! Je vous rends-ti les filles gayes, moi ?

On entend dans la coulisse le refrain suivant.

Air : J'étois, j'étois malade d'amour.

Jérôme

Chantons, chantons, Cent fois répétons Vive ce tendre père. Oh, diantre, toi, tu sais donner l'boüi.

Jérôme

Ah ! Ah ! Des Marchands de chansons : tant mieux, j'allons faire de bonnes emplettes.

Scène 6

Jérôme, Monsieur Crincrin, Tous, Nicaise, Louison, Javotte, Nanette, Fanchon, Toutes, Babet

Jérôme

Dites-donc, Monsieur et Madame Crincrin, approchez, contez-nous ça tous les trois.

PREMIER COUPLET.

Air Noté N° II.

Monsieur Crincrin

LOUIS que le Ciel a formé Pour régner et pour plaire , Sera plus que jamais aimé, C'est le cri de la terre. Chantons, chantons, Cent fois répétons , Vive ce tendre Père. Allons, allons, mes amis.

Tous

Chantons, chantons, Cent fois répétons, Vive ce tendre Père.

II. COUPLET.

Monsieur Crincrin

Si de tout son peuple alarmé La douleur fut sincère, Le plaisir dont il est charmé En est le vrai salaire. Chantons, chantons, etc.

Tous

Chantons, chantons, Cent fois répétons, Vive ce tendre Père.

III. COUPLET.

Monsieur Crincrin

Si le Ciel exauçait toujours La plus juste prière, Il retrancherait sur nos jours, Pour tripler sa carrière. Chantons, chantons ; Cent fois répétons, Vive ce tendre père.

Tous

Chantons, chantons, Cent fois répétons Vive ce tendre Père.

Nicaise

Ah ! Jarnicoton, c'est genti comme tout, ça. Monsieur, donnez-moi donc un Livre.

Louison

Oui, pauvre petit, il l'a ben gagné, on l'a moulé comme par exprès pour lui.

Nicaise

Hé ! Qu'est-ce que ça vous fait, à toi ?

Air : Vous fixez un aimable amant.

Jérôme

J'vas en prendre un pour nous tretous.

Javotte

Moi j'en veux un pour tretous.

Elle se fouille.

Nanette

J'veux aussi chanter ç'bon cher Maître. À propos j'n'ai pas le sol vaillant.

Fanchon

Moi, mon homme a pris mon argent Pour illuminer not' fenêtre. Mais ce qu'il y a de bon, c'est que v'ià des blouques d'oreilles qui la danseront, toujours.

Nanette

Et moi donc ma croix d'argent : ah ! Si elle revient !

Louison

Et moi ma cornette. Monsieur attendez-nous.

Monsieur Crincrin

Eh non, Mesdames votre parole est suffisante. Hé puis votre zèl pour notre Roi est une piéce de crédit.

Toutes

Monsieur, vous êtes ben honnête.

Monsieur Crincrin

Avancer le sien pour un si beau sujets c'est de l'argent sûr.

Jérôme

Oh ! Pour ça j'en répondrois ben.

Air : Nous sommes Précepteurs d'Amour.

Nicaise

Ah ! Tout ç'a s'ra ben-tôt payé, Car au lieu d'venir par le Coche, Moi tout douc'ment j'suis v'nu à pied, J'ai mis la voitur' dans ma poche.

Jérôme

Comment la voiture ?

Nicaise

Oui ; vingt-quatre sols que mon oncle Clément m'a donnés pour aller dans le panier de devant à côté du Cocher, comme un enfant de famille que je suis.

Louison

Mon enfant ! Vingt-quatre sols ! Et vous n'avez pas pris la poste !

Nicaise

Oh ! Non, moi je n'aime pas les chevaux.

Louison

Vous n'avez donc gueres d'amour propre ?

Nicaise

Plus propre que vous, dame...

Air : Moi qui veux m'instruire.

Jérôme

Régale nous donc à présent.

Montrant la Marchande de Chansons.

Nicaise

Ah ! Pour ça j'm'en pique. Mais si j'li donn' tout mon argent, J'veux toute sa boutique, J'veux toute sa boutique.

Nicaise donne ses 24 sols, et prend toutes les chansons qu'il distribue.

Monsieur Crincrin

Allons, voyons, beau chaland. Tenez, ce font les dragées du coeur, ça.

Babet

Il a raison, font les confitures des bons sujets.

Nanette

R'mercie, mon fils.

Fanchon

Ben obligé, mon enfant.

Louison

Merci, mon p'tit cochon de lait.

Javotte

Ben obligé, mon poulet d'ivoire.

Nicaise

Hé ! Puis, v'là pour moi.

Jérôme

Est-ce que tu sais lire ?

Nicaise

Moi ? Pardi,va, que de reste, puisque je vous lis queuqu'fois une grande page toute entière sans reprendre mon vent.

Jérôme

C'est donc comme moi, quand je bois pinte à la santé d'not' Roi.

Nicaise

Je garde ces trois-là, toujours.

Jérôme

Quoi ? Trois ; c'est inutile , puisque c'est la même chose.

Nicaise

Ça ne fait rien.

Air : Les coeurs se donnent troc pour troc.

Jérôme

Mais c'est trois fois le mêm' tableau.

Nicaise

Moi j'aim' ça.

Jérôme

Faut qu'tu t'satisfasses.

Nicaise

Pardi, la Dam' de not' Château Aime à se mirer dans trois glaces. Et je mirerai trois fois mon amitié la dedans.

Babet

Il n'est pardié pas si gnais qu'il le paraît au moins.

Louison

Qu'est-ce qui dirait que ça pense comme les honnêtes gens ?

On entend un air de vielle.

Jérôme

Oh ! La Province fuit toujours la mode de Paris, et c'est une mode qui ne passera jamais, celle-là. Hé bien ! Allons-je tretous ensemble courir. Ah ! Ah ! Quoi qu'est donc qu'ça, un renforcement de gaité ?

Nicaise

Jarni, j'suis ben aise.

Toutes

Et nous donc ?

Scène 7

Fanchon, Nanette, Nicaise, Louison, Jérôme, Première Marmotte, Seconde Marmotte, Tous, Ensemble, Babet

Fanchon

Arrivez, mes enfants.

Nanette

Ah ! Les jolies petites marmottes ? Tíens, vois donc ?

Nicaise

Où donc ca ?

Louison

Pardine , elles vous crèvent les yeux.

Nicaise

Qui, ça ?

Jérôme

Oui ça, hé ! Qui donc ?

Nicaise

Bon ! On m'avait dit que c'était fait comme des lapins, et que ça dormait dix-huit mois de l'année.

Première Marmotte

Non, non, Monsieur, des Marmottes comme nous sont, je vous assure, bien éveillées.

Nanette

Hé ! Ben, mes enfants, savez-vous quelque chose sur l'air que vous jouiez tout à l'heure ?

Seconde Marmotte

Oui, oui, Madame.

Première Marmotte

Et qui est bien vrai encore.

Tous

Ah ! Voyons ; écoutons.

Air : De la contredanse de la Fontaine de Jouvence : Non, je n'aimerai jamais que vous.

Première Marmotte

De LOUIS la brillante santé Ramèn les Ris, les Jeux et la gaité, C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux.

Seconde Marmotte

C'est sans fadeur que notre coeur l'encense, La vérité seule en fait tous les frais.

Première Marmotte

Chacun le dit comme chacun le pense , Le tendre amour est l'encens du Français.

Ensemble

De LOUIS la brillante santé Ramène les Ris, les Jeux et la gaité ; C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux.

Première Marmotte

Jouissons tous D'un bien si doux ; En le partageant il s'augmente, Le chagrin sut nous réunir ; Mais à présent c'est le plaisir : Folâtrons.

Seconde Marmotte

Soupirons.

Première Marmotte

Il faut voltiger.

Seconde Marmotte

Il faut s'engager.

Première Marmotte

Prends un amant.

Seconde Marmotte

Nenni vraiment, Je suis contente, LOUIS vit pour nous. Jouissons tous D'un bien si doux, En le partageant il s'augmente. Le chagrin sut nous réunir ; Mais à présent c'est le plaisir.

Ensemble

De Louis la brillante santé Ramené les Ris , les Jeux et la gaité ; C'est à qui s'y livrera le mieux, Le vif enjouement se peint dans tous les yeux. Et sauta Catharina.

Louison

Elles font à croquer.

Babet

Ma foi, oui.

Fanchon

À les entendre si on ne dirait pas que c'est soi-même qui chante ça.

Nicaise

Moi, j'aime ben celle-là, et puis l'autre.

Première Marmotte

En vérité ?

Nicaise

Comment donc qu'ça se prend ?

Air : Savez-vous bien jeune tendron ?

Jérôme

On n'peut payer ça ç'que-ça vaut ; Mais j'vas donner tout ç'que j'possède. Je te le dirai.

Première Marmotte

L'argent n'est pas ce qu'il nous faut, Au zèle l'intérêt le cède ; Nous exigeons pour tout paiement Que vous disiez en ce moment Bien tendrement Vraiment, Gaîment, Vive l'auteur De notre ardeur.

Tous

Vive l'auteur De notre ardeur.

Scène 8

Monsieur Scrupule, Jérôme, Léonore, Nicaise, Toutes, Tous

Monsieur Scrupule

Courage mes enfants.

Jérôme

Allons nous-en ailleurs nous réjouir, v'là une figure sérieuse qui porterait malheur à notre joie.

Monsieur Scrupule

Non, mon ami. J'espère même au contraire la seconder bientôt.

Léonore

Hé bien, mon oncle ; vous voyez que nous avions raison de nous livrer au plaisir.

Air : De tous les Capucins du inonde.

Monsieur Scrupule

Oui maintenant je suis tranquille, J'ai vu LOUIS. II m'est facile De vous unir, mes chers enfants. L'hymen de ma joie est la marque : Vivez, aimez aussi longtemps Que nous chérirons ce Monarque. Mille ouvrages que j'ai déja vus à ce sujet annoncent les sentimens de toutes Les Nations pour lui;

Air : noté N° 3.

SECOND COUPLET.

TROISIÈME COUPLET.

Léonore

Qu'on est heureux de faire des vers ! Moi plus j'y rêve et plus je m'y perds ! Mais ce talent ne doit coûter rien, Car il me souvient bien Qu'un auteur en crédit Dit Qu'en chantant un BOURBON Bon, Dans le sacré valon L'on Se passe d'Apollon. En vain Damon me faisant sa cour Dans ses chansons me traçait l'amour ; Mais il en fit une pour LOUIS De bon coeur je l'ouis. Je lui sus par degré Gré ; Sur moi ce trait d'esprit Prit : Il put de son savoir. Voir Quel était le pouvoir. L'objet chéri qu'il me retraçait L'enhardissait et m'attendrissait, D'avoir rendu mon coeur satisfait Son zélé triomphait ; Non pas en écrivain Vain Visait-il au renom ? Non. Le plus simple couplet ; Plaît ; LOUIS le rend complet.

Jérôme

Hé ! Ben, Cousin, cornment qu'tu trouves ça, toi ?

Nicaise

Moi, j'trouve ça pas mal raisonné ; mais c'est pas ben difficile.

Jérôme

En dirais-tu ben autant ?

Nicaise

Hé ! Pardine, m'en défies-tu ?

Jérôme

Oui.

Toutes

Ah, voyons donc.

Même air que le précédent.

Nicaise

Moi je n'ai jamais sçu ben chanter ; Mais quand il faut montrer qui l'on est, C'est que je vous tire adroitement Mon épingle du jeu. Je ne dis qu'un seul mot Qui Prouve que je suis au Fait. Nous d'vons chérir le Roi Car Il nous aime tretous.

Jérôme

Pargué, v'ià qu'est ben rimé.

Il montre le Public.

Nicaise

Qu'ça rime si ça veut, c'est vrai, toujours. Tiens, j'ai d'beaux et d'bons témoins.

Monsieur Scrupule

C'est à merveille, mon ami.

Nicaise

Sans doute. Hé ! Ben ; mais ces lamprons, quand donc que j'verrons ça ?

Tous

Il a raison.

La toile se lève, on aperçoit d'un côté un Buffet et de l'autre un orchestre public ; dans le fonds une illumination au milieu de laquelle est cette inscription en caractères de feu : VIVE LE ROI. TOUS prononcent ces mots avec transports Le tout se termine par des danses relatives aux différents caractères des acteurs.

Monsieur Scrupule

Vous n'irez pas loin.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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