Opéra comique · 1752

Le poirier

de Jean-Joseph Vadé

Représentation
≈ 31 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
299
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Pierrot N 79 ≈ 8 min 9
Blaise H 38 ≈ 8 min 4
Thomas H 83 ≈ 7 min 9
Lucette F 40 ≈ 4 min 5
Claudine F 52 ≈ 4 min 7
Monsieur de Bonsecours H 6 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Poirier
Pierrot absentabsentabsentabsentabsentabsent
Blaise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Thomas absentabsentabsentabsentabsentabsent
Lucette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Claudine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur de Bonsecours absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Poirier

Scène 1

Pierrot

AIR. La petite Lize, veut qu'on la conduise.

Pierrot

Ce qui me chagrine Hélas ! C'est que CLaudine Ne peut faire un pas Qu'avec ce vieux Thomas. Et sa soeur Lucette Qui toujours la guette, Force mon coeur À cacher son ardeur Ma chère Claudine , Si tu ne me devines, Pierrot en ce jour, Mourra de son amour. Si tous les jaloux étaient au fond de la rivière, je serais moins à plaindre, et Monsieur Thomas au service duquel je me suis mis pour plaire à CLaudine dont il est le tuteur, aurait le temps de se noyer avant que j'allasse le secourir. Thomas épouse demain ma maîtresse ; il en est détesté ; mais enfin il l'épouse. J'ai vainement pris le ton et l'habit d'un niais.

Scène 2

Blaise, Pierrot

AIR. Lon faridondaine guai.

Blaise

Vive un bon luron, Que rien ne chagrine, Qui vide un flacon, Sans reprendre haleine Bon, Lon farira dondaine guay, Lon farira dondé.

Pierrot

C'est Blaise.

Même air.

Blaise

C'est à l'hameçon, Que pêche Climène, J'endors le goujon, Pour qu'alle le prenne..., Bon, Lon farira dondaine guay, Lon farira dondé.

Pierrot

Qu'il est heureux.

Même air.

Blaise

Avec les tendrons Qu'amour nous amène, Le soir je pêchons Au bord de la Seine.... Bon, Lon farira dondaine guay, Lon farira dondé.

Pierrot

J'admire sa gaieté.

Blaise

D'ici le Patron, Va pêcher Claudine Un pareil poisson En vaut ben la peine.... Bon, Lon farira dondaine guay, Lon farira dondé.

Pierrot

Hélas.

Apercevant Pierrot.

Blaise

En vla de beaux pour la noce de son festin, mais ça ly coûtera cher, Queuque c'est que ce grand flandrin là qui a l'air d'avoir la meine triste ? Hé cadet ! À quoi donc qu'tu rêves là ?

AIR : Morbleu, si je la tenais.

Pierrot

Je songe à la différence De votre joie à mon sort.

Blaise

À ton avis ai-je tort ? Le chagrin de rien n'avance, Pour tout bien je suis content, J'aime, bois, ris, chante et danse Pour tout bien je suis content, Tiens portageons mon enfant. He ben allons donc, tu ressembles à un accident comme deux gouttes d'eau. Pour t'égayer un peu, viens me montrer où demeure la maison de Monsieur Thomas.

Pierrot

C'est ici. Vous ne pouviez mieux vous adresser, je lui appartiens.

AIR : En Mistico.

Il le prend par la mein.

Il recule deux pas en ôtant son chapeau.

AIR : Car.

Blaise

Oh pargué, je t'en falicite, En mistico en dardillon, en dar dar , dar, dar, dar, Car sa future a du mérite Et tu m'as l'air assez, Mistipicoté Futé. Comme vous vla, Quelle métaphormose Dans tout cela J'avise quelque chose, Car, T'nez , vous n'êtes pas sans cause Le valet de ce vieillard. Tiens, mon ami, je m'y connais, vois-tu... Quoi donc ! Queu vision! Hé c'est vous, Monsieur Lubin, l'maître Farmier du Village de la Liau ? Il y à trois mois qu'on vous cherche à coups de tambour ni plus ni moins qu'un bijou perdu. Claudenne ne serait-elle pas par hasard le surjet de tout ça ?

Pierrot

Rien de plus vrai, mon cher Blaise.

Blaise

Hé, mais comment ça se gouverne-t'y ?

Pierrot

Le Tuteur est un Argus éternel, et je n'ai pu encore parler à Claudine que des yeux ; mais j'ai cru entrevoir dans les siens quelque espoir...

AIR : Je n'en dirai pas davantage.

Blaise

Faut pas s'en rapporter aux yeux C'est un jargon qui trompe au mieux, Des Belles c'est là le langage, En aiment-elles davantage ! Vous n'êtes pas mal avancé ! Non, c'est un tourment de regard à l'occasion de leur gloire qui fait ça, et les nigauds prennent le change.

AIR : L'autre jour étant assis.

Pierrot

Elle fixe mes désirs, Mon coeur près de cette belle, À cent fois par mes soupirs Dit ce qu'il ressent pour elle : Je l'ai vue à son tour Soupirer et se taire Tel est du tendre amour Le langage sincère. Va, Claudine est trop naturelle.

AIR. Mon Papa toute la nuit.

Blaise

On amorce le poisson Pour qu'il entre dans la nasse Si Claudaine entend raison... C'est ben dit ; mais avec tout ça , vous ne tenez rien, faut de la parole, Monsieur Lubin. Faut agir, voyez-vous.

Pierrot

Quoi ! Que veux-tu que je fasse.

Blaise

Enlevez, enlevez, enlevez-là, Dans ma barque je vous passe, Enlevez, etc.

Pierrot

Ah ! je crains trop pour cela.

AIR. Chacun à son tour.

Il sort.

Blaise

Le Seigneur du lieu vous estime À le faire il est engagé ; Votre mère était son intime Et l'avait parfois obligé ; Il peut donc en vous donnant retraite, Vous rendre service en ce jour ; Chacun à son tour, Liron, lirette, Chacun à son tour. Quoi donc craindre ? il n'y a pas de crainte à avoir ; quand vous serez une fois cheux vous tout sera dit, et d'un autre côté. Et puis avec ça il est en procès avec Monsieur Thomas, ça jettera de l'huile dans le feu ; et si Monsieur Thomas vous poursuivait, il trouverait à qui parler. Hé puis tenez, ma barque a ça de bon ; drès qu'une fille y a mis le pied... Votre serviteur ; les jaloux y renoncent. Je m'en vas porter mon poisson, arrangez-vous là-dessus avec votre parsonniere.

Pierrot

Ne m'abandonne pas si je la détermine.

Revenant sur ses pas.

AIR. Joseph est bien marié.

Blaise

Ce Tuteur est-il madré ? Non, non, allez. J'veux dire queu manière d'humeur que c'est Monsieur Thomas ? C'est qu'en cas d'occasion, c'est bon à savoir.

Pierrot

Non, c'est un avare outré, Amoureux par fantaisie Défiant par jalousie, Qui par bêtise croit tout.

Blaise

Allez, j'en vienrons à bout. J'irons dire un mot de tout ça à Monsieur de Bonsecours, Seigneur de cheux vous, et puis je repasse ici, c'est l'affaire de quatre coups de rames. Sans adieu, Monsieur Lubin.

Pierrot

Crois que ma reconnaissance...

Blaise

Chantons lestamini, chantons lestamina, chantons lestamini, chantons lestamina.

Scène 3

Pierrot

AIR. Quel voile importun.

Pierrot

Du jeune objet que j'adore Ne verrai-je pas, Les innocents appas ! Ô toi que mon coeur implore Remplis mes désirs , Puissant Dieu des plaisirs ! Termine mon impatience, Conduis ses pas dans ce séjour. Hélas ! Tu sais que sa présence Est pour moi la lumière du jour. Du jeune objet que j'adore Ne verrai-je pas, Les innocents appas ! Ces fleurs, cette verdure Ne m'offrent qu'un triste tableau ; Mais quand je la vois, tout est beau, Tout rit dans la nature. Du jeune objet que j'adore Ne verrai-je pas, Les innocents appas ! Claudine ne se présente point à ma vue, le tuteur l'obsède sans doute. Mais voici Lucette, sa maligne petite soeur ; reprenons devant elle notre rôle d'imbécile.

Scène 4

Lucette, Pierrot

Lucette

Ma soeur me parle de Pierrot avec une sorte de défiance, elle est rêveuse... Ce garçon a une certaine bonne mine qui dément son état, et je soupçonnerAis presque... Mais non, il est si bête !

Pierrot

Ah, bonjour, Mademoiselle Lucette ; où est donc Mademoiselle Claudine votre soeur ?

Lucette

Eh mais, elle est... Vous êtes bien curieux, qu'a est-ce que vous lui voulez ?

AIR. Je voudrais bien me marier.

Pierrot

Je voudrais bien lui dire un mot.

Lucette

Que pourriez-vous lui dire !

Pierrot

Je ne sais pas.

Lucette

Ah, qu'il est sot.

Pierrot

Qu'avez-vous donc à rire ?

Lucette

C'est que vous soupirez, Pierrot.

Pierrot

Hé bien oui je soupire.

Lucette

Oui-da ! Est-ce là ce que vous vouliez dire à ma soeur ? Oh ! C'est la même chose, je le lui reporterai ; ou bien si vous voulez, Monsieur Thomas lui en fera la confidence.

AIR. Allons gai, toujours gai.

Pierrot

Ah petite méchante Vous me désespérez.

Lucette

La complainte est touchante ! Je crois que vous pleurez. Allons gai, toujours gai.

Pierrot

Aimable Lucette, loin de m'accabler, plaignez moi, je mérite toute votre pitié.

Lucette

Oh, oh ! Voici du sérieux.

Pierrot

Qu'ai-je dit ?

Lucette

Vraiment, il se dégourdit.

Scène 5

Lucette, Claudine, Pierrot

Lucette

Ah ! Ma soeur, ma soeur, approchez. Tenez Monsieur Pierrot vous honore, je crois, de sa tendresse.

Claudine

Hé bien, ma soeur !

AIR. Un inconnu.

Pierrot

Moi vous aimer ! Ah , voyez quel mensonge ! Me siérait-il d'adorer vos appas ! Mais quand j'y songe, Claudine, hélas ! Si vous saviez, non ! Vous ne croiriez pas Dans quel plaisir leur souvenir me plonge.

Lucette

Voyez-vous ?

AIR. Quand le péril est agréable.

Pierrot

Vainement j'en ferais mystère, Tout conspire à me dévoiler, Quand vos yeux daignent me parler Mon coeur doit-il se taire ? D'ailleurs le temps presse.

AIR. Ne m'entendez-vous pas.

Claudine

Je ne vous entends pas.

Pierrot

Si l'amour le plus tendre Ne peut se faire entendre, Que deviendrai-je hélas !

À part.

Claudine

Je ne vous entends pas. Qu'il m'en coûte pour le rebuter !

AIR. Paris est au Roi.

Lucette

Mais vraiment Pierrot, Pierrot n'est pas sot. L'amour qui l'enhardit Règne en ce qu'il dit, Pour moi je le crois Un futé matois, Tenez voyez, ma soeur, Cet air séducteur.

À part.

Haut.

AIR. Va-t'en voir s'ils viennent.

Claudine

Vous savez que vos besoins Par lui se préviennent, Allez lui rendre vos soins, Ces soins-là conviennent. Je sais bien qu'en penser. Mais ma soeur, Monsieur Thomas est seul, il pourrait s'ennuyer.

Lucette

Va-t'en voir s'ils viennent. Pour vous laisser avec Pierrot. J'entends.

Claudine

Mais lui dis-je quelque chose ?

Lucette

Non, mais vous poussez des soupirs.

AIR. Mais hélas je m'aperçois bien.

Pierrot

Si dans un rang moins obscur Le destin m'avait fait naître, . Pour moi votre coeur moins dur, Pourrait m'écouter peut-être. Mais hélas je m'aperçois bien Que pour plaire il faut paraître : Mais hélas je m'aperçois bien....

Claudine

Allez, ne jurez de rien.

Lucette

Vous l'aimez donc ?

Claudine

Oui, petite espionne.

Lucette

Et fi, ma soeur.

Pierrot

Quoi ! Belle Claudine, j'aurais le malheur, malgré mon état...

AIR. Dans nos hameaux la paix et l'innocence.

Claudine

Ah, si j'en crois ce que mon coeur désire, Vous n'êtes point ce que vous paraissez ; Votre douceur, vos soins doivent suffire Pour le prouver.

Pierrot

Que vous me ravissez ! Oui, pour vous rendre en secret mon hommage, J'ai de bon coeur pris ce déguisement...

Claudine

Quoi, s'abaisser !

Pierrot

Les marques d'esclavage Sont de l'amour le plus bel ornement. Lubin est mon nom ; et ma famille et mon bien pourront vous être bientôt connus, si vous êtes touchée de mon martyre.

AIR. Un Ministre de Calais.

Claudine

Hélas vous causez le mien.

Lucette

Tout ceci me rend jalouse.

Claudine

Mais Lubin n'espérez rien ? Le Tuteur ce soir m'épouse.

Lucette

Ahi, ahi, ahi.

Air. Du Prévôt des Marchands.

Pierrot

Ma ressource est le désespoir.

Claudine

Ciel ! Que me faites-vous prévoir !

Pierrot

Comment voulez-vous que je vive Quand vous prononcez mon trépas ?

Claudine

Je frémis !... Non, quoiqu'il arrive, Cher Lubin vous ne mourrez pas.

Lucette

C'est-à-dire, Mademoiselle ma soeur, que vous n'épouserez point Monsieur Thomas ?

Claudine

Précisément, ma soeur.

Pierrot

Que je suis heureux !

Lucette

Mais sera-ce moi ?

Claudine

Je ne vous empêche pas de vous en accommoder dans quelques années.

AIR. Qu'on me blâme tant que l'on voudra.

Lucette

Pour me plaire Il faut qu'un amant Joigne au sentiment Un heureux caractère ; Que sincère, Jeune et fait au tour, Il sache me faire Céder à l'amour. Un volage, un indiscret, Un maladroit, Un faquin, un soupirant à lunettes, De fleurettes Vainement m'entretiendraient : Mes regards les confondraient, Et leur diraient, Pour me plaire, Il faut qu'un amant Joigne au sentiment Un heureux caractère ; Que sincère, Jeune et fait au tour, Il sache me faire Céder à l'amour. Non pas, ma chère soeur aînée. Ainsi vous voyez bien que je m'en tiens à Lubin. Je vous abandonne tous les autres.

Claudine

Ô ciel !

Pierrot

Il ne nous manquait plus que cet obstacle.

Lucette

Comment ?

Pierrot

Je dis que je ne m'attendais pas à tant de bonheur à la fois.

AIR. Quel désespoir.

D'un air dédaigneux.

Lucette

Ne craignez rien, On ne prétend forcer personne, Ne craignez rien. Gardez votre charmant lien. Et moi, je m'attendais à une réponse plus honnête.

Pierrot

Quand l'amour l'ordonne, Sachez que le coeur se donne.

Lucette

Ma soeur est assez bonne Pour vous laisser prendre le sien.

Pierrot

Elle a le mien, Sans cela petite friponne...

D'un ton fier.

Lucette

Ne craignez rien, Allez, Monsieur, on vous vaut bien.

Pierrot

Vous valez mille fois mieux ; mais...

Lucette

Mais, mais, il suffit ; pour vous apprendre à être plus galant, vous n'épouserez ni Mademoiselle ni moi.

Pierrot

Quel petit diable !

Menuet de Granval.

Claudine

Ah, ma soeur, vous allez sans doute Dire tout à Monsieur Thomas, Mais malgré lui , quoiqu'il m'en coûte...

Lucette

Moi ! je ne le lui dirai pas.

Claudine

Quoi, tout de bon, ma chère petite soeur.

Lucette

Oh tout de bon. Je m'en garderai bien.

Pierrot

Quelle discrétion à cet âge !

AIR. De la course Italienne.

Lucette

Je ne suis pas si sotte vraiment Que d'aller jaser imprudemment : Je le connais, Si je le lui disais, Votre secret Le dégoûterait , Il laisserait Ma soeur, et me prendrait. Non, je ne suis pas si sotte vraiment Que d'aller jaser imprudemment. Mais je me réserve de lui dire tout, après que Monsieur Thomas sera votre époux.

Claudine

À la bonne heure.

Haut.

Lucette

Et Lubin me restera. Le voilà, le pauvre bonhomme.

Scène 6

Thomas, Lucette, Claudine, Pierrot

Thomas

Bonjour, mes enfants. Lucette, avez-vous bien fait le guet ?

Lucette

Oui, Monsieur.

Thomas

Vous n'avez donc rien à me dire ?

Lucette

Oh non, Monsieur.

Il lui parle à l'oreille.

Thomas

Écoutez, mon petit chat.

AIR. Pour la Baronne.

Claudine

Lubin que faire, Hélas, on va nous séparer.

Pierrot

J'imagine un moyen, ma chère, Un tour.

Claudine

S'il peut me rassurer, Il faut le faire.

Pierrot

Paraissez dans quelques instants désirer du fruit de ce poirier ; je me charge du reste.

Claudine

J'y consens volontiers.

Thomas

Et vous distribuerez des bouquets et des rubans à chacun, entendez-vous ?

Lucette

Oui, Monsieur.

Claudine

Que je le déteste.

Lucette

Après la noce, après la noce.

Scène 7

Thomas, Claudine, Pierrot

AIR. Zeste, zeste , zon, zon, zen.

Montrant Claudine.

Il saute lourdement.

Il tousse un peu.

Thomas

Que dis-tu de mon mariage ? De l'aimer n'ai-je pas raison f Ma foi mon arriere saison Devient mon plus bel âge , Je renais près de ce tendron , Vois, ne suis-je pas encor leste ? Ziste, zeste, Zon, zon , zon. Qu'a de plus un jeune garçon ? N'est-ce pas mon petit chou !

Claudine

Monsieur...

Thomas

Dis, dis, ne te gêne pas devant Pierrot ; tu sais que c'est un bon garçon qui n'entend pas malice, et dont nous sommes sûrs.

AIR. Raisonnez ma Musette.

Pierrot

Mademoiselle, ô dame ! Ça doit vous ravir l'âme De trouver un mari , Qui de vous est chéri.

Thomas

Le pauvre garçon ! Comme il prend mes intérêts !

Pierrot

Moi, Monsieur, je ne désire que ce que vous aimez.

À Claudine.

Thomas

Quel zèle ! Je ne doute pas que tu n'aimes beaucoup ton futur ; mais jure, jure-le moi encore.

AIR. La mort de mon cher père.

Claudine

Pour un amour frivole, Les serments semblent faits, C'est un son qui s'envole Sur l'aile des regrets ; S'aimer, et se le dire, Voilà le sentiment : Le sentiment soupire, Et voilà son serment.

Thomas

Elle a raison ; mais ne pourrais-tu pas dire quelque chose de satisfaisant à celui qui doit te posséder ? Là quelque chose de personnel.

Claudine

Vous le permettez ?

AIR. De mon Berger volage.

Thomas

Oh ! Je t'en prie.

Claudine

Que l'objet qui m'engage, Est un objet touchant ! Il a par son hommage Fait naître mon penchant : Eh ! comment se défendre De céder à son tour, Quand l'amant le plus tendre Est beau comme l'amour :

Thomas

Diable ! Je ne croyais pas ressembler si fort à ce Dieu ! Tu charge un peu le portrait, ma petite reine ; mais va je t'en sais bon gré.

AIR. De la Palisse.

Pierrot

Monsieur, j'entends tout cela da !

À Claudine.

Thomas

Parbleu, c'est la nature même. Va, ma pauvre petite, va, Je t'aime plus que tu ne m'aime. .

Claudine

Monsieur, je le crois aisément.

AIR. Des fraises.

Thomas

Et tu porteras sur toi La clef de mes armoires, Viens... Tes sentiments, pour moi, seront bientôt récompensés ; je te laisserai la maîtresse.

Claudine

Avant permettez-moi, S'il vous plaît, de manger.

Thomas

Quoi !...

Claudine

Des poires, des poires , des poires.

Thomas

Oh ! Qu'à cela ne tienne ! Va, Pierrot, va vite prendre une échelle, et tu lui en cueilleras.

Il sort.

Pierrot

J'y cours, monsieur, J'y cours.

Thomas

Ce garçon-là m'est bien attaché, c'est dommage qu'il soit si benêt.

Scène 8

Thomas, Claudine

AIR, Et non, non, non, je n'en veux pas davantage.

Thomas

Tu dois être bien contente.

Claudine

Je ne le suis pas encor.

Thomas

De ton âme impatiente, J'aime à voir le doux transport. Ce soir celui qui t'engage, De son coeur te fera le don.

Claudine

Et non, non, non, Je n'en veux pas davantage. Que ne suis-je sûre de la réussite !

Thomas

Ah, ah, ah, elle me fait rire, est-ce que cela peut manquer ?

Claudine

Mon coeur le craint.

Thomas

Ton coeur, ton coeur... à tort ; il est étonnant comme elle m'aime : ce que c'est que de gêner les filles, et de les garder de près, on se les attache.

Scène 9

Blaise, Thomas, Claudine

AIR. Oh reguingué.

Blaise

Serviteur à Monsieur Thomas ! Que votre future a d'appas, Ô reguingué, ô lon lanla, Morgué ça serait ben dommage, Qu'alle languissat davantage.

Thomas

Ce jour va finir son tourment.

Blaise

Je savons ben que tout s'apprête pour ça, et j'en sommes ben aise ; car je nous intéressons à son intérêt ; et stila qu'alle aime est morgué ben aimable y tout.

Thomas

Je te suis obligé du compliment.

Blaise

Oh allez, il n'y a pas de quoi ! Dites donc Monsieur Thomas ? Vous allez ben vous réjouir ?

Thomas

Oh, je t'en réponds, mon enfant.

AIR. L'honneur dans un jeune tendron.

Blaise

Celle que voilà devant vous, Mérite d'un fringant époux Toute l'ardeur et le courage.

Thomas

Mais mon tein[t] est assez fleuri.

Blaise

Oui, vous portez sur le visage, Tous les signes d'un bon mari.

Thomas

Quoi, franchement !

AIR. N'ayez pas tant de mépris.

Blaise

Vous avez avec cela De l'esprit, dit-on. Oh, en vérité.

Thomas

Oui-da.

Blaise

Vous êtes rusé, Il n'est pas aisé De vous en faire accroire.

Thomas

Oh non !

Blaise

Qui vous attrapera, Sera pis qu'un grimoire, Lon la Sera pis qu'un grimoire.

Thomas

Va, je le pardonne.

Blaise

Et pourtant, note bourgeois, vous ne seriez pas d'humeur, sur vote respect, à céder Mademoiselle Claudaine à queuqu'autre, pas vrai ?

Thomas

Non, parbleu.

Blaise

Je croirais ben. À propos de ça, comment trouvez-vous l'poisson ? Pierrot vient de me dire qu'il passerait, en cas que Mademoiselle Claudaine l'aime.

Claudine

Passionnément.

Thomas

Oui, il est très frais, tu veux m'amener à te donner pour boire ?

Blaise

Tout juste, note maître, comme vous devinez ? Queu malin que vous êtes ?

Thomas

Tiens le voilà.

AIR. L'occasion fait le larron.

Blaise

Ne faut-il pas vous rendre votre reste ? Deux sols ! On voit bien que c'est le jour de vos noces, vous faites de la dépense.

Thomas

Non, garde tout ; c'est pour toi, mon garçon.

Blaise

Loin d'être ingrat, je veux, je vous proteste, Vous faire avaler un goujon.

Thomas

Volontiers, cela n'est pas de refus.

Blaise

Laissez faire, allez, Mademoiselle Claudaine vous le fra frire dans la poêle à Monsieur Lubin ; pas vrai la petite mère ? Ah, Monsieur Thomas, que vous êtes heureux ! Voyez comme alle vous regarde; si alle pouvait vous manger alle le ferait. Sans adieu Monsieur Thomas.

Thomas

Bonjour, mon ami.

Blaise

Y allez-vous-en, gens de la noce, Y allez-vous-en chacun cheux vous.

Thomas

C'est un bon réjoui !... Comment te voilà rêveuse, depuis un instant tu n'es plus la même ; que te manque-t-il ?

Claudine

Des poires.

Scène 10

Thomas, Claudine, Pierrot, Tous Trois

Thomas

Tiens, voilà Pierrot, tu vas être satisfaite.

Claudine

Je craignais qu'il ne m'eût oubliée.

AIR. Nous jouissons dans nos Hameaux.

Pierrot

Vous oublier, nenni vraiment, Je n'en ai point envie, À vous servir, à tout moment ; Je passerai ma vie.

Thomas

Fort bien,

Pierrot

Monsieur, en vous aimant, Fait que ça m'intéresse, Et je vous regarde à présent Tout comme ma Maîtresse.

Thomas

Oh, tu le peux, puisque je la regarde moi comme ma petite femme.

AIR. Ah le bel oiseau Maman.

Claudine

Pierrot ne se trompe pas, Et le titre qu'il me donne, A pour moi tous les appas D'une brillante couronne, Quel bonheur lors qu'en aimant ; Le coeur seul tient lieu de trône ! Quel bonheur lors qu'en aimant, On règne sur son Amant !

Thomas

Tu m'enchantes. Elle est folle de moi. Pierrot dépêche toi de lui cueillir de ce fruit.

AIR. Monsieur en vérité vous avez bien de la bonté.

Pierrot

Oh, je ne me fais point prier ; Mais, Monsieur, si je monte, Ne secouez pas le Poirier, Car j'aurais peur...

Thomas

Quel conte ! Mon pied fera ta sûreté, Crainte que l'échelle ne glisse.

Pierrot

Point de malice.

Claudine

Monsieur, en vérité, Vous avez bien de la bonté !

Thomas

Que veux-tu, il est peureux, il ne faut pas se moquer de sa simplicité. Un homme d'esprit plaint ceux qui n'en ont pas.

Pierrot

Ah, ah, Monsieur ! Que faites-vous donc là ?

Thomas

Parbleu tu le vois bien.

Pierrot

Vraiment, oui, je le vois. Quoi ! Avant d'être mariés prendre ces petites libertés-là.

Thomas

Que diable est-ce qu'il chante !

AIR. Maman, qu'est-ce donc qu'ils faisaient !

Pierrot

Devant moi former ce dessein !

Thomas

Que dis-tu ?

Pierrot

Vous poussez Claudine ;

Thomas

Qui, moi ?

Pierrot

Vous lui baisez la main, Elle ne fait point la mutine ; Vous l'embrassez, La caressez.

Thomas

Fais-toi donc mieux entendre.

Pierrot

Diantre, comme vous la pressez,

Thomas

Je n'y puis rien comprendre. La tête lui tourne.

AIR. Manon dormait.

Pierrot

C'est fort mal fait. Ah ! Vous ôtez l'échelle, et vous vous enfuyez ! Monsieur Thomas ? Mademoiselle Claudine ? Ils s'en vont ? Je savais bien moi qu'ils me feraient des malices.

Thomas

Parle, que veux-tu dire, Le diable met Ton esprit en délire.

Pierrot

Mais qu'elle voix j'entends ?

Thomas

Descend, descend, Et tu verras, pauvre innocent.

Pierrot

Hé, non, vraiment, les voici.

AIR. Ton humeur est Catherine.

Thomas

Hé bien, prenons-nous la fuite, Dis-moi, nous embrassons-nous ?

Pierrot

J'ai pourtant vu...

Thomas

Tu mérites, D'être mis au rang des fous.

Pierrot

Je reste tout comme un marbre, Car j'ai...

Thomas

Pauvre écervelé !

Pierrot

Mais il faut donc que cet arbre, Soit, Monsieur, ensorcelé. Et si je n'ai pas tout vu ce que je vous ai dit, je ne m'appelle pas Pierrot. Voyez le serment que je vous fais.

Claudine

Cela paraît bien étonnant.

Thomas

Il faut qu'il en soit quelque chose ; car quoique simple et niais, il a des yeux. Parbleu éprouvons cela. Il monte sur le poirier.

Pierrot

Il le prend bien.

AIR. De s'engager il n'est que trop facile.

Claudine

Mais quel succès ceci peut-il produire ! Savez-vous bien qu'avant la fin du jour.

Pierrot

Tout sert nos voeux ; mais laissez-vous conduire.

Claudine

Je mets mon sort dans les mains de l'amour.

Thomas

Il semblerait qu'il lui prend le bras.

Pierrot

Daignez seulement me suivre.

Claudine

Mais Lubin, la pudeur, la sagesse, me défendent...

Thomas

On dirait qu'il la presse.

AIR. Ah ! je vous trouve , Chevalier.

Pierrot

La fuite ne fera que feinte, Ne craignez rien.

Claudine

Hélas !

Pierrot

Aimons-nous sans contrainte.

Thomas

Cela va bien.

Pierrot

Pour notre intérêt, et par grâce, Daignez m'accorder un baiser.

Claudine

Pourrais-je vous le refuser !

Thomas

Ne croirait-on pas qu'il l'embrasse, ma foi , je trouve ce poirier singulier ; mais ? Mais fort singulier.

Pierrot

Belle Claudine, venez.

Claudine

Je n'ose.

Pierrot

Je vous en conjure.

Thomas

Oh, oh, le voici à ses genoux ! Descendons.

Pierrot

Cruelle, nous sommes perdus !

Thomas

Cela ressemble si fort à la vérité.

Claudine

Que je suis sotte !

Thomas

Ma foi non, ils sont fort tranquilles, les pauvres enfants.

Claudine

Hé bien, Monsieur, avez-vous vu quelque chose ?

Thomas

Oui d'honneur, ou du moins j'ai cru voir qu'il te prenait la main, qu'il la baisait, qu'il était à tes genoux.

Pierrot

Là ! Suis-je un menteur !

AIR. De tous les Capucins du monde.

Claudine

Bon, vous riez.

Thomas

Eh non, te dis-je.

Claudine

En ce cas c'est donc un prodige.

Pierrot

Voyez, Monsieur, si j'avais tort, Étais-je fou !

Thomas

Non je t'assure, Malgré cela je doute encor D'une aussi comique aventure.

Pierrot

J'étais comme vous.

À part.

Haut.

Claudine

Que je me repens de ma timidité. Je suis enchanté de cela. C'est une découverte rare.

AIR. Un mouvement de curiosité.

Thomas

Comme tu dis, la découverte est bonne, Cet arbre est une curiosité, J'attraperai par là plus d'une personne, Plus d'un jaloux y sera déconcerté.

Tous Trois

Assurément la découverte est bonne.

Thomas

J'y monte encor par curiosité.

Pierrot

Laisserons-nous encore échapper cette occasion ?

AIR. Sur ces coteaux.

Claudine

Je me souviens De ma sottise et j'en reviens, Vas, tu me conviens, À mon tour je te préviens, Viens.

Pierrot

Quel bonheur ! Hâtons-nous, Qu'il est doux. De tromper un jaloux !

Thomas

Ne croirait-on pas qu'ils ôtent l'échelle ! cela est original !

Ils sortent.

Pierrot

Suivons l'Amour, C'est lui qui nous guide en ce jour ; Loin des envieux, Nous serons en d'autres lieux, Mieux.

Scène 11

Thomas

Il rit.

Thomas

On se donnerait au Diable qu'ils s'en vont. C'est plaisant ! C'est fort plaisant ! Je ne donnerais pas ce poirier pour cent Louis. Ah, ah, ah, ah ! Parbleu, je m'amuserai bien ! Non seulement je m'amuserai ; mais je pourrai faire nombre de gageures ; par conséquent les gagner et m'enrichir encore ! Cette idée me flatte bien plus que mon mariage.

Scène 12

Lucette, Thomas

Lucette

Comment ont-ils fait pour s'échapper ?

Thomas

Ah ! Lucette, Lucette ? Tiens, viens voir, viens voir.

AIR. Oui, j'ai tout vu.

Lucette

Ah ! J'ai tout vu, Vous n'avez rien prévu, Qui l'eut crû !

Thomas

Que dis-tu ?

Lucette

Allez, Monsieur, ils sont déjà bien loin. Votre Pierrot était un amant déguisé en valet.

Thomas

À l'autre ! Est-ce que tu es ensorcelée aussi toi ? Le charme s'étendrait-il ?...

AIR. Dans la jeune saison.

Lucette

Ma soeur et son mignon, Qu'un Pêcheur considère ; Dans la barque au poisson, Ont passé la rivière ; Hé riez, riez donc. Hé mais, Monsieur Thomas, vous radotez, ils sont prêts à revenir.

Thomas

Ah petit serpent ! Fripon de Pierrot, effrontée Claudine ! Vite, coure après eux.

Lucette

Ma foi, Monsieur, courez-y vous-même.

Thomas

Eh, le puis-je faire ? Maudit Poirier ! Tu seras coupé ! À l'aide, au secours ! Je crève, je suis volé.

Scène 13

Blaise, Thomas

Blaise

Hé puis ils s'en furent Dans une masure. Ah ! ah ! Dites donc Papa ? Qu'est-ce que vous faites-là ? Est-ce pour voir de plus loin que vous voilà grimpé si haut ?

AIR. Chantez mon Petit.

Thomas

Toujours par fillette franche, Barbon doit être triché, Comme un oisiau sur la branche. Te voilà Pendard ! C'est donc toi qui facilite l'enlèvement d'une jeune innocente.

Thomas

Coquin.

Blaise

Le voilà perché ! Mi, mi, fa, ré, mi , Chantez, mon, petit, etc...

Thomas

Oh, que j'aurai de plaisir à te faire pendre.

Il dresse l'échelle contre l'arbre.

Blaise

Notre bourgeois, de la douceur, en attendant je m'en vas vous tenir l'échelle, moi.

Thomas

Oh, nous allons voir beau jeu.

Scène 14

Claudine, Monsieur de Bonsecours, Thomas, Blaise, Pierrot, Lucette

Claudine

Je n'ose paraître devant lui.

Monsieur de Bonsecours

Rassurez-vous, ma chère enfant, je prends tout sur moi.

Thomas

Ah ! Scélérat....

Monsieur de Bonsecours

Tout doux, Monsieur Thomas.

Thomas

Ah, Monsieur !

AIR. À la façon de Barbaris.

Blaise

Voilà Monsieur de Bonsecours, Seigneur de la Paroisse, Qui vient vous prêter son secours.

Thomas

Quelle nouvelle angoisse !

Blaise

Il connaît votre intention, La faridondaine, la faridondon, Il va la seconder aussi Beribi, À la façon de Barbari, mon ami.

AIR. Vous m'entendez bien.

Monsieur de Bonsecours

Mon cher, je vous donne à choisir, De plaider ou de les unir ; Renoncez à Claudine, Ou bien, Je fais votre ruine.

Blaise

Entendez-vous bien !

Monsieur de Bonsecours

Je vous abandonne tous les droits à ce prix.

Thomas

Quelle alternative !

AIR. Quel plaisir va nous unir.

Blaise

Croyez-moi, Monsieur Thomas, N'hésitez pas , L'occasion est bonne, Sortez d'un double embarras, Laissez Claudine et gardez vos ducats, Fillette fait peu de cas, D'un soupirant dont la barbe grisonne, Croyez-moi, Monsieur Thomas, Laissez Claudine, et sauvez vos ducats.

AIR. La bonne aventure.

Monsieur de Bonsecours

Allons , Monsieur le Tuteur, Un mot doit conclure.

Thomas

Hé bien, je me rends, Monsieur, J'enrage de tout mon coeur.

Pierrot

La bonne aventure, au gué, La bonne aventure.

Thomas

Je vais faire abattre ce maudit poirier, et fera les frais de la noce qui voudra.

Monsieur de Bonsecours

Je m'en charge.

Thomas

Toi, petite coquine, pour n'avoir été plus vigilante, tu payeras pour ta soeur dans quelques années.

Lucette

Monsieur Blaise, je me recommande à vous, quand je serai plus grande.

Blaise

Volontiers, je ne risque rien d'avancer le mien dans ces marchés-là ; moi je me sauve sur la quantité.

Vaudeville du Poirier

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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