Comédie · 1879

La maison des dimanches

de Clovis Hugues

Représentation
≈ 19 min
Distribution
3 femmes, 5 hommes
Répliques
167
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Fanny F 39 ≈ 8 min 6
Valentin H 27 ≈ 4 min 4
Finot H 17 ≈ 2 min 2
Henriette F 24 ≈ 2 min 4
René H 19 ≈ 1 min 3
Rognelard H 8 ≈ 1 min 1
Madame Valentin F 11 ≈ 1 min 2
Bonhomme H 7 ≈ 1 min 1
Visiteur Anglais N 4 ≈ 1 min 2
Visiteuse Allemande N 4 ≈ 1 min 2
Visiteur Italien N 3 ≈ 1 min 2
Visiteuse Anglaise N 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Maison des Dimanches
Fanny absent
Valentin absentabsentabsent
Finot absentabsentabsentabsentabsent
Henriette absentabsentabsent
René absentabsentabsentabsent
Rognelard absentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Valentin absentabsentabsentabsentabsent
Bonhomme absentabsentabsentabsentabsentabsent
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La Maison des Dimanches

Scène 1

Valentin, René

Prenant la bouteille.

Réfléchissant.

Valentin

Ah ! Comme l'on dédaigne avec peu de raison Les aimables loisirs d'un gardien de prison ! C'est par le dehors seul, dans le siècle où nous sommes, Qu'on juge du bonheur ou du malheur des hommes. Parce que ce château, vieux débris du passé, A l'air sauvage et dur derrière son fossé, Parce qu'il a des tours où le hibou se pose, Il faut, bon gré, mal gré, que je sois très morose, Très bourru, très farouche, et que l'ombre des murs Rende sombres comme eux mes rêves les plus purs. Qu'ils sont naïfs ceux-là qui croient qu'une bouteille Contient moins de trésors dans sa panse vermeille, Parce qu'elle est logée au fond d'un château fort, Noir comme ses corbeaux, triste comme la mort ! Viens ici, ma mignonne, et laissons dire. Diable ! S'il est vrai que chacun doive aimer son semblable, Cet amour du prochain dont on rit aujourd'hui Doit au moins se prouver en trinquant avec lui. Sentinelle, approchez !

René

Le mot d'ordre ?

Valentin

Trombone Et cornet à pistons !

René

Mystère et Carcassonne !

Allant vers La guérite.

Valentin

J'ai là d'un vin exquis. Vous ne m'entendez pas : Un vin délicieux !

René

Faites encore un pas, Et je fais feu.

Valentin

Vraiment ?

René

Quand il est au port d'arme, Un soldat ne boit pas : je vais donner l'alarme !

Valentin

Voilà comme on accueille un vin de quarante ans, Qui ressusciterait un mort des anciens temps Et ferait en plein air tituber son squelette ! Ah ! si mon fils René, qui, sur un coup de tête, Pour un rien, pour un mot, est allé, pauvre oison, S'enfermer loin de nous dans une garnison, Se trouvait comme vous là, dans cette guérite, Certes de ma bouteille il s'approcherait vite. À propos, n'avez-vous pas connu mon René ? C'est un brave garçon, très joyeux, bien tourné, Qui doit faire à cette heure un parfait militaire...

Bas.

René

Quand il est au port d'arme, un soldat doit se taire. Mon bon père !

Valentin

Voilà le refrain revenu ! Ainsi, mon cher ami, vous n'avez pas connu.

René

Dites encore un mot, et je fais feu.

Valentin

Quel homme ! Allons boire tout seul. C'est qu'il le ferait comme Il le dit.

René

Mon bon père ! Il n'a pas soupçonné Que sous ce capuchon se cache son René, Et que, muet, drapé dans ma capote grise, Je ménage à son coeur la plus douce surprise.

Valentin

Ce vin dans mon gosier glisse comme un velours ; Mais j'ai beau m'étourdir, je me souviens toujours La fuite de René rend mes gaîtés moins franches.

Scène 2

Fanny, Valentin

Fanny

Je reviens habiter ma maison des dimanches : Bonjour.

Valentin

Bonjour, Fanny ! Quoi ! De si grand matin ?

AIR de Muselle, de Murger.

Fanny

On est si bien ici, bon papa Valentin !

Valentin

C'est parfait : nous savons que tu chantes comme une Fauvette chante au bois, la nuit, au clair de lune ; Mais tu n'as pas encore à mes yeux étalé Un ordre un peu précis de la mettre sous clé...

Fanny

Un ordre ? Le voilà. Le parquet est bonhomme : J'arrive, je lui dis de quel nom je me nomme, Que je suis une enfant sans mère, qu'il fait froid, Que les vents de novembre ont emporté le toit De feuillages mouvants où, sans gêner personne, Je m'endors dans le mois où le ciel bleu rayonne ; Et le parquet, sachant que l'on est bien chez vous, Me donne un logement derrière vos verrous.

Valentin

Cet aimable parquet !

Fanny

Que voulez-vous ! j'adore Les grilles, je me plais avoir lever l'aurore À travers des barreaux : chacun a sa façon D'être heureux ici-bas. Moi, je dis ma chanson, Non quand je cours les bois, mais quand je suis en cage

Valentin

C'est un goût comme un autre.

Fanny

On prétend au village Que j'ai l'esprit troublé, que je devrais rougir. Rougir ? Rougir de quoi ? Faites-moi le plaisir De me dire pourquoi je devrais rougir d'être Couchée en un bon lit, les pieds chauds, la fenêtre Bien close, entre ces murs d'un château fort très vieux, Qu'a peut-être hantés l'ombre de mes aïeux. Fanny n'est plus ! je suis marquise et châtelaine ; Un petit page tient ma pelote de laine ; Un troubadour pensif erre sous mon balcon ; Des chevaliers, portant sur la dextre un faucon, Bardés de fer, les yeux sur une panoplie, Commentent le blason de ma race, et j'oublie Ma petite maison sans foyer et sans toit Qu'un enfant de dix ans renverserait du doigt.

Valentin

Es-tu spirituelle et folle !

Fanny

Un conseil, sire : Oh ! trouvez moins d'esprit à mes éclats de rire, Ébahissez-vous moins devant mes troubadours ; Sire, ouvrez moins l'oreille à mes méchants discours, Croyez moins à mon coeur, conseiller de ma tête, Et faites-moi plus vite embrasser Henriette !

Valentin

La voici juste avec madame Valentin : Je te quitte.

Fanny

Le temps est très beau ce matin : Sortez-vous du château ?

Valentin

Je vous quitte, madame.

Fanny

Le service avant tout.

Valentin

C'est lui qui me réclame ; Mais je reviens, prenant mes jambes à mon cou, Une fois votre nom sur mon cahier d'écrou.

Fanny

Allez. Je glisserai quatre mots à la reine, Et votre dévouement...

Valentin

Mes respects, châtelaine.

Scène 3

Henriette, Madame Valentin, Fanny, René

Henriette

Cette chère Fanny !

Madame Valentin

Tu reviens donc nous voir ?

Fanny

Je m'ennuyais, j'ai pris mes hardes, et bonsoir ! Jamais le même nid, toujours une autre branche !

Madame Valentin

On aime à visiter sa maison du dimanche !

Fanny

À cause des bons coeurs qui l'habitent.

Henriette

Merci.

René

Mais on va l'étouffer à l'embrasser ainsi !

Fanny

Que chante ce soldat ?

Madame Valentin

Chut !

Henriette

Est-ce toi, mon frère ?

René

Présent, mon colonel ! Donne ta main, la mère ; Rapproche-toi, la soeur : tout est-il ordonné ?

Henriette

Tout va bien.

René

N'a-t-il pas un instant soupçonné Que vous allez ce soir couronner notre ligue En tuant le veau gras pour son enfant prodigue ?

Madame Valentin

Il ne s'attend à rien.

René

Chut !

Madame Valentin

Chut !

Henriette

Chut !

Fanny

Chut ! ma foi, Puisque chacun dit : chut ! je ne vois pas pourquoi Je ne dirais pas : chut !

René

Soyons deux camarades : J'adore la gaîté.

Fanny

Je hais les gens maussades.

AIR : Dans mon verre, de Darcier.

Fanny

Rions donc.

Henriette

Rions donc.

Madame Valentin

Oui, mais n'oublions pas Notre petit complot : le temps marche à grands pas, Et bientôt sonnera l'heure douce à notre âme...

Elle va de long en large sur la scène.

Fanny

Bon ! j'allais oublier que nous jouons un drame ! Vos airs mystérieux me donnent le frisson : Est-ce sur le poignard, la corde ou le poison Que nous allons jurer ? Faut-il, comme au théâtre, Conspirer, déclamer, rugir, tonner, se battre ? Me voilà. Messeigneurs, mon épée est à vous ! Je descends de don Ruy Badilva que les loups D'Aragon saluaient de hurlements funèbres. Notre blason rayonne au milieu des ténèbres. Mon bisaïeul prenait par les cornes un boeuf Et, l'ayant assommé, l'avalait comme un oeuf. J'eus pour ancêtre Hernan, qui fut un Grand d Espagne, Épervier dans la plaine, aigle sur la montagne, Et dont le bras dompta trente rébellions. Mon aïeule Armanda faisait par des lions Traîner son char d'airain. Voici notre devise : « Je vise qui m'atteint, et j'atteins qui me vise ! » Les rois autorisaient mes aïeux à s'asseoir Sur les marches du trône ; et c'est pourquoi, ce soir, À l'heure où le sorcier pâlit sur son grimoire, On verra des éclairs luire dans l'ombre noire !

Madame Valentin

Charmante folle, va !

Henriette

Puisqu'on s'est de plain-pied Introduit dans le drame, écoutez, comme il sied, Les ordres que je donne aux gens de mon escorte. Ma mère et vous, mon frère, entrez par cette porte, Et laissez-nous ici. C'est notre bon plaisir.

Madame Valentin

Allons nous préparer : ton père va venir.

René

Mais pendant ce temps-là, qui montera ma garde ?

Henriette

Nous nous chargeons de tout.

Madame Valentin et René entrent dans la cellule, à gauche.

René

Adieu, la babillarde !

Scène 4

Henriette, Fanny

Henriette

Dis-moi, chère Fanny, me reconnaîtrais-tu, Une fois ce manteau sur mon front rabattu ?

Fanny

Moi ? Pas le moins du monde ! Aurais-tu le caprice De prendre ce manteau pour aide et pour complice ?

Elle se place dans la guérite.

Henriette

Oh ! c'est merveilleux ! Vois, ces plis raides et longs Tombent comme à dessein jusque sur mes talons ; Puis, il est d'une ampleur à m'envelopper toute : Je monterai la garde, et l'on n'y verra goutte. Il faut bien que mon père, en retournant ici, Trouve sa sentinelle et n'en ait plus souci.

Fanny

Eh quoi ! c'est sans fusil, monsieur le militaire, Que vous montez la garde ?

Henriette

Est-il bien nécessaire De porter un fusil ?

Fanny

Vous dites ? Palsambleu ! Prenez-moi ça, troupier.

Henriette

S'il allait faire feu ! S'il allait éclater !

Fanny

Au port d'arme, mignonne !

Henriette

M'y voilà.

Fanny

Je te trouve un faux air de Bellone.

Henriette

Ce fusil !

Fanny

Allons donc ! chante pour t'aguerrir. Quand on sert son pays, il faut vaincre ou mourir.

AIR. Du Chalet.

Fanny

Eh bien ! Cette chanson t'a-t-elle mis dans l'âme Un peu de cette audace étrangère à la femme Qui nous fait sans pâlir, sans nous épouvanter, Embrasser un fusil qui pourrait éclater ?

Henriette

Ma foi, je suis guerrière autant qu'on le peut être, Voyant que mon fusil commence à me connaître.

Fanny

Parlons alors sans crainte, ouvrons-nous notre coeur.

Henriette

Moi, je prends, pour t'entendre, un petit air vainqueur !

Un silence.

Fanny

Toi seule sais ici quel devoir me ramène Dans cette forteresse, après chaque semaine. Un soir, une étrangère et sa fille arrivant On n'a jamais su d'où, par la pluie et le vent, Hors d'haleine, encor loin des maisons de la ville, À ces pauvres vieux murs demandèrent asile. Ce château n'était pas encore une prison, Et ses libres créneaux, tapissés de gazon, Laissaient circuler l'air et flotter la lumière. La fille avait six ans ; la mère était ma mère. L'orage qui grondait, terrible, autour de nous, Me faisait chanceler d'effroi sur mes genoux ; Nous fûmes nous blottir dans une cour déserte, Tremblantes, au hasard, sur un lit d'herbe verte. Là je vis tout à coup ma mère s'affaiblir, Sa tête s'incliner, son visage pâlir ; Je pris la fuite, ayant senti frissonner l'aile De la mort qui planait, prête à fondre sur elle. Hélas ! quand je revins, son front était glacé ; Mais elle put me dire : « Enfant, j'ai déposé Un souvenir de moi dans ces murs en ruines ; Comme il pèserait trop à tes mains enfantines, Tu reviendras le prendre un jour, quand tu seras Grande comme ta mère et que tes petits bras Seront plus forts. Je sens qu'il faut que je m'en aille, Je me meurs... » Et, du doigt me montrant la muraille, Elle expira.

Henriette

Mon Dieu ! comme tu dois avoir L'âme triste en ces lieux !

Fanny

J'accomplis un devoir ; Et puis, même en contant leur infortune amère, Les enfants sont heureux, s'ils parlent de leur mère. J'ai vécu bien longtemps loin de ces affreux murs ; Mais les champs les plus beaux et les cieux les plus purs N'ont pas fait à l'enfant que son destin emporte Oublier ce château plein de sa mère morte, Et malgré ma jeunesse et malgré mon orgueil, J'en ai fait ma prison pour en franchir le seuil Et pour trouver enfin à travers ces ruines Ce souvenir trop lourd à mes mains enfantines.

Henriette

Séparons-nous. J'entends un bruit de pas.

Scène 5

Rognelard, Bonhomme, Fanny, Henriette

Rognelard

Docteur, Serez-vous sans pitié pour un entrepreneur ?

Bonhomme

Hé ! Monsieur Rognelard ! Vous me fendez la tête.

Rognelard

Hé ! Monsieur le docteur ! Je suis un homme honnête, Et vous me dépouillez.

Lisant une note.

Bonhomme

Moi, monsieur ? c'est trop fort ! Cette enfant est malade et chétive...

Rognelard

Elle a tort.

Bonhomme

Il lui faut de bons soins.

Sortant un calepin qu'il montre au docteur.

Rognelard

Mais, docteur, je vous jure Que j'ai fait un contrat de dupe. Nourriture, Chaussures, vêtements... Vous n'entendez donc rien Aux affaires, Monsieur ?

Bonhomme

Je les entends très bien.

Rognelard

Ainsi, vous laisserez figurer sur vos livres Ces deux oeufs à la coque et ce pain de trois livres ?

Bonhomme

Mais !

Rognelard

Vous me ruinez !

Bonhomme

Quand vous aurez fini !

Rognelard

Et tout cela, grands dieux, pour leur chère Fanny !

Fanny

Eh quoi ! Votre colère à mon sujet s'allume ?

Henriette

Ô falsificateur patenté du légume !

Bonhomme

J'inscris un oeuf de plus.

Rognelard

Passez donc des marchés !

Fanny

Monsieur, figurez-vous...

Bonhomme sort avec Rognelard qui gesticule.

Henriette

Que c'est pour vos péchés !

Scène 6

Valentin, Finot, Visiteur Anglais, Fanny, Visiteuse Allemande, Visiteur Italien, Visiteur Espagnol, Visiteuse Anglaise

Valentin

Silence dans les rangs, monsieur le militaire ! Quand il est au port d'arme, un soldat doit se taire.

Finot

Fus nous tissiez, monsir, que fus afres ici Te crands andiguidés ?

Visiteur Anglais

Vo avoir dit aussi Montrer le cage-fer du cardinal Balue ?

Fanny

Tous ces gens ne voient pas même qu'on les salue.

Visiteuse Allemande

Moi che temante à foir Tiane te Boidiers.

Visiteur Anglais

Vo avoir, paraît-il, un bannière-métiers ?

Visiteur Italien

La coulote del ré Dagobert ?

Visiteur Espagnol

La houlette De Juana d Arc ?

Visiteuse Anglaise

Moa vouloir toucher la tête De Cinq-Mars !

Finot

Les gefeux tu gefelu Glofis !

Visiteuse Allemande

Le rassoir t'Olifier le Taim !

Visiteur Italien

Le flor da lis Del drapel d'Henri quatre !

Bas.

Haut.

Finot

Allez-fus bas nous tire Guelgue chosse, monsir ? Ah ! Nous allons bien rire ! Tides-nous guelgue chosse.

Valentin

On vous montrera tout ! Ici, sous ces vieux murs, des siècles sont debout, Et vous frissonnerez, quand vous saurez l'histoire De ce château...

Visiteuse Allemande

Fraiment ?

Finot

Je finis par y croire !

Il se précipite avec les visiteurs vers la cellule où se trouvent René et sa mère.

Valentin

Mais, pour la lire à livre ouvert, pour pénétrer Dans l'horreur d'un seul coup, c'est là qu'il faut entrer !

Scène 7

René, Valentin, Visiteur Italien, Visiteuse Anglaise, Finot, Madame Valentin, Henriette, Fanny, Visiteur Anglais, Visiteuse Allemande

René

Mon père !

Valentin

Mon René !

Visiteur Italien

C'est oune histoire horrible.

Visiteuse Anglaise

Il a promis à nous une chose terrible.

René

Mon père !

Valentin

Mon René !

Finot

C'est drès tiferdissant.

Madame Valentin

Mais où donc est ma fille ?

René

Henriette !

Henriette

Présent !

Finot

Te blus vort en blus vort !

Fanny

La chose les intrigue.

René

Mesdames et messieurs, je fus l'enfant prodigue : Je reviens au foyer, et nous sommes heureux !

Finot

On ne verra donc pas ce cachot ténébreux ?

Fanny

Monsieur, on vous l'eût fait visiter à votre aise Quand vous parliez moins bien notre langue française.

Finot

Pincé !

Valentin

Mais pourquoi donc nous avez-vous...

Finot

Pour rien. Ce château fort et moi nous nous connaissons bien, Et je puis arracher son couvercle de pierre Au moindre des secrets qu'il cache à la lumière. Quand j'étais tout gamin, j'y venais très souvent Interroger l'écho dans les rumeurs du vent ; J'avais une complice, et la petite Berthe Partageait avec moi la moindre découverte

Fanny

C'est le nom de ma mère.

Finot

Un jour elle partit. Je ne l'ai plus revue : on était si petit ! Tout est ici pour moi sujet à rêverie. Tenez, ce mur...

Fanny

Ce mur ?

Henriette

Parlez.

Fanny

Je vous en prie.

Henriette

Parlez.

Finot

Eh bien ! ce mur s'ouvre à discrétion.

Fanny

Ô ma mère ! J'ai peur, je tremble...

Il touche du doigt le bas du mur. Une petite boite s'ouvre dans le fond, laissant voir une cassette, et sur la cassette une feuille de papier.

Finot

Attention !

Fanny

C'était là ! C'était là !

Henriette

Là !

Il lit à haute voix la feuille de papier.

Finot

L'histoire est complète : Qui donc a fourré là cette étrange cassette ? « Ma fille, ma Fanny, je confie à ces murs Cette cassette : ils sont inébranlables, sûrs, Dévoués, ayant vu sourire mon enfance. J'ai, ton père étant mort, voulu revoir la France, Et j'expire a deux pas de mon pays natal. Sois bonne, fais le bien, plains ceux qui font le mal. Mon frère Valentin, s'il vit, t'aimera certes Comme sa fille. Adieu. Ta pauvre mère : Berthe. »

Valentin

Ma nièce !

Madame Valentin

Notre enfant !

Visiteur Anglais

Tout cet émotion Fera grand préjudice à mon digestion !

Fanny

Ô relique chérie !

Valentin

À propos, vous qui faites Pirouetter les murs et bâiller les cachettes, Dites-nous, cher monsieur, à qui l'on a l'honneur...

Finot

Je suis tout simplement monsieur votre inspecteur.

Valentin

Diable !

Finot

Ici, je le vois, tout se passe en famille. Ce gaillard fait monter la garde par sa fille ! Ah ! Sans l'événement qui vous charme si fort, Je lançais contre vous un terrible rapport !

Visiteuse Anglaise

Shocking !

Visiteur Anglais

Moa vouloir, n'ayant pas la berlue, Voir le grand cage-fer du cardinal Balue.

Finot

Fus nous tissiez, monsir, que fus nous feriez foir Te crands adrocidés ?

Valentin

Fus basserez ce soir.

René

Ma cousine, un baiser sur vos menottes blanches.

Visiteuse Allemande

Z'est une brisson, zà ?

Fanny

La maison des dimanches.

Finot

J'y viendrai quelquefois passer un jour d'été.

Madame Valentin

Et nous te garderons ?

Fanny

À perpétuité.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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