La Résurrection du Sauveur
Scène 1
Le Récitant
Le Récitant
Récitons de cette manière la sainte résurrection. D'abord, disposons les lieux et les demeures, à savoir : Premièrement le crucifix, et puis après le tombeau . Il devra aussi y avoir une geôle pour enfermer les prisonniers. L'enfer sera mis d'un côté et les maisons de l'autre, puis le ciel et les étoiles. Avant tout Pilate aura six ou sept chevaliers avec ses vassaux. Caïphe sera de l'autre côté, et avec lui la juiverie (la nation juive), puis Joseph d'Arimathie. Au quatrième lieu, on verra don Nicodème ; chacun aura les siens avec soi. Cinquièmement, les disciples seront là ; sixièmement les trois Maries. On aura également soin de représenter la ville de Galilée au milieu de la place. On fera aussi celle d'Emmaüs, où Jésus reçut l'hospitalité ; et une fois tout le monde assis, quand le silence régnera de tous côtés, don Joseph d'Arimathie viendra à Pilate, et lui dira :
Joseph, Pilate
Joseph d'Arimathie, Pilate
Joseph d'Arimathie
Que Dieu, qui sauva Moise et Aaron des mains du roi Pharaon, sauve Pilate, mon seigneur, et lui accorde des honneurs et des dignités !
Pilate
Qu'Hercule, qui tua le dragon et détruisit le vieux Gérion, donne biens et honneur à celui qui me salue ainsi par attachement.
Joseph d'Arimathie
Sire Pilate, sois béni ! Que Dieu t'aide par sa grande vertu ; que par sa puissance il t'inspire de bonnes dispositions envers moi. Que Dieu tout-puissant m'accorde la grâce d'être écouté de toi favorablement.
Pilate
Don Joseph, sois le bienvenu. Tu dois être bien reçu de moi ; tu n'as pas lieu de douter de mon accueil ; si tu le redoutes, c'est un enfantillage ; sache bien et dûment que je t'écouterai avec beaucoup de douceur.
Joseph d'Arimathie
Beau sire, ne vous fâchez point si je vous parle du fils de Marie, de celui qui est là pendu. Sachez très bien qu'il fut prud'homme. Il fut très bien auprès de dame Dieu ( Domini Dei ) ; or , vous et les Juifs l'avez mis à mort ; vous devez donc grandement craindre qu'il ne vous en vienne grand malheur.
Pilate
Don Joseph d'Arimathie, je ne laisserai pas sans réponse ce que tu dis. Les Juifs, par leur grande haine, ont été coupables d'un grand crime ; j'y ai consenti de peur de perdre mon bailliage ; car ils m'eussent accusé à Rome, et j'en perdrais bientôt la vie.
Joseph d'Arimathie
Si tu reconnais ton méfait, crie merci à Jésus. Ainsi tu feras un bon traité ; nul ne lui crie miséricorde sans l'obtenir, même de ceux qui l'ont mis à mort. Mais je suis venu ici pour lui : donnez-moi seulement son corps ; je vous en supplie, accordez-le moi. J'en ferai ce que j'en dois faire.
Pilate
Bel ami, qu'en voulez -vous faire ? Pensez-vous le rendre à la vie ? Il a éprouvé de bien fortes angoisses ; croyez-vous qu'il puisse revivre ?
Joseph d'Arimathie
Certes, beau sire Pilate, je n'en crois rien (cependant il ressuscitera tout entier) ; mais afin de me conformer à notre usage, je veux l'ensevelir par amour de Dieu.
Pilate
Est-il donc tout-à-fait sans vie ?
Joseph d'Arimathie
Oui, beau sire ; n'en doutez pas.
Pilate
Nous saurons cela par nos sergents.
Joseph d'Arimathie
Appelez-les ; voyez-en là tant.
- Alors deux des sergents s'en allèrent, portant des lances avec soi à la main. Ayant rencontré Longin l'aveugle, ils lui dirent : -
Pilate
Sergents, levez-vous promptement. Allez tôt où pend le condamné ; allez savoir si ce crucifié vit encore ou non.
Les Mêmes, Soldats, Longin
Un Des Soldats, Longin, Un Autre Soldat, Pilate, Joseph d'Arimathie
Un Des Soldats
Longin, frère, veux-tu gagner de l'argent ?
Longin
Certainement, beau sire ; n'en doutez pas.
- Quand ils vinrent devant la croix, ils lui mirent une lance au poing. -
Longin
J'irai très volontiers avec vous, car j'ai grand besoin de gagner de l'argent. Je suis pauvre ; je n'ai pas de quoi dépenser. Je demande assez cependant, mais cela ne me réussit pas.
- Longin prit la lance, et frappa Jésus au coeur. Il en sortit du sang et de l'eau qui lui coulèrent sur les mains, et lui mouillèrent la face ; et quand il porta les doigts à ses yeux, qui ne lui avaient jamais fait voir que des ténèbres, il dit :
Un Des Soldats
Prends cette lance en ta main. Frappe bien dans le corps, et ne l'y fais pas entrer en vain. Laisse-la couler jusqu'au poumon. Ainsi nous saurons s'il est mort ou non.
- Là-dessus il s'agenouille en pleurant, et dit tout doucement une oraison. Les chevaliers retournèrent vers Pilate, et lui parlèrent de la sorte :
Longin
Ah ! Jésus ! Ah ! Beau sire ! En vérité, je ne sais comment m'exprimer, mais tu me parais être un bon médecin quand tu changes ta colère en miséricorde. J'ai servi la mort contre toi, et tu m'accordes un aussi grand bienfait que celui de me rendre les yeux dont j'étais privé avant. Ah ! Je me convertis à vous ; je vous crie merci.
Un Des Soldats
Beau sire Prince, soyez certain que Jésus est mort ; nous l'avons vu faire un grand miracle. Beau compagnon, ne le vis-tu ?
Un Autre Soldat
Nous le vîmes tous les deux.
Pilate
Silence, sots ; taisez-vous. Don Joseph, vous m'avez bien servi. Prenez le corps de Jésus ; je vous l'accorde.
Quand Joseph se fut retiré, et qu'il fut allé vers Nicodème, Pilate, parla aux sergents. Il dit à l'un d'eux, qu'il appela :
Joseph d'Arimathie
Sire, votre bonté me fait grand plaisir. C'est une douce récompenses de mes services.
Pilate, Joseph, Soldats
Pilate, Soldat, Un Soldat, Longin, Joseph d'Arimathie, Nicodème, Caïphe
Pilate
Holà, vassal ; écoute ici. Quel miracle vis-tu là-bas ? Dis-moi promptement comment tu avisas ce sur quoi je lui ai ordonné le silence tout à l'heure.
Soldat
Quand Longin l'aveugle eut frappé de sa lance le côté de ce pendu, il prit du sang et le mit à ses yeux. Ce fut tant mieux pour lui, car avant il était aveugle, et dès ce moment il vit. Il n'y a rien d'étonnant qu'il croie en lui.
Il s'en allèrent donc à Longin, là où il fut, tête baissée.
Pilate
Paix, vassal ! Ne dis cela à personne ; c'est une erreur, n'en crois rien. J'ordonne que l'on s'empare de Longin, et qu'on le détienne de ce pas. Allez vite, mettez-le en prison ; que je ne le voie pas prêcher son sermon.
Un Soldat
Hé, camarade, hé ! Tu vas venir en prison ; nous allons te donner un mauvais logement aujourd'hui. Il n'est pas vrai que tu vis quelque chose. C'est un mensonge, nous le savons bien ; parce que tu crois en un pendu, tu dis qu'il t'a rendu la lumière.
Longin
Il m'a rendu les yeux, je vous le jure, et j'ai pleine foi en lui. Oui, je crois en lui ; il n'y a rien autre chose en cela, car il est seigneur et roi du ciel.
Un Soldat
Vous avez tenu tout à l'heure de mauvais discours ; maintenant c'est pis encore ; pour cela vous serez mis en prison. Venez ; avant tout vous y irez.
Quand il furent arrivés à la geôle, ils lui parlèrent ainsi :
Longin
Soit ! Cela me réjouit et me comble d'aise.
Un Soldat
Entre là-dedans. Tu n'en sortiras que pour perdre tout ce que tu as, c'est-à-dire les membres et la vie, à moins que tu ne renies le fils de Marie.
Durant cela, Joseph le prud'homme s'était rendu près de Nicodème.
Longin
Le fils de Marie est roi et seigneur. Je le crois et je veux le dire. Je lui recommande ma vie, et je prends peu de souci de ce que vous me dites.
Joseph d'Arimathie
Don Nicodème, venez avec moi. Allons dépendre notre Seigneur ; ne lui refusons pas ce service. Quand il serait mort tout entier, il ne nous en secourra pas moins. - Prenez des tenailles et un marteau pour arracher les clous. Quiconque aura honoré Jésus, Jésus le lui rendra, soyez-en sûr ; c'est pourquoi, bel ami, dépêchons. Faisons-lui, si tu veux, tant d'honneur, que nous fassions poser son corps honorablement dans un cercueil.
Nicodème
Sire Joseph, je sais bien que le Seigneur qui est là pendu fut vraiment un prophète et un saint homme, rempli de Dieu et très vertueux. Il me le fit bien connaître quand je vins à lui pour m'instruire. Et cependant, je n'ose me risquer à aller le dépendre avec vous, malgré le désir que j'ai de lui rendre service. Mais je crains tant la justice, que je n'ose le faire en aucune façon ; je préfère aller avec vous trouver Pilate, j'en tendrai la permission de sa bouche, et alors j'agirai plus sûrement.
- Tous deux s'en vont donc à Pilate, accompagnés de deux valets portant, l'un des outils, l'autre la boîte qui renferme les parfums pour l'embaumement. -
Joseph d'Arimathie
Hé bien, venez ; je vous mènerai à lui.
Joseph d'Arimathie
Sire, j'ai besoin d'être aidé par un compagnon, et je ne puis en avoir un sans vous. Dites à celui-ci qu'il se rassure, et vienne avec moi sans crainte.
- Quand ils vinrent devant la croix, Joseph à haute voix : -
Pilate
Vous pouvez y aller, bel ami. Rien est le pis que vous ayez à craindre. Allez avec hardiesse en avant ; je vous servirai partout de garantie.
Joseph d'Arimathie
Ah ! Jésus, fils de Marie, vierge sainte et miséricordieuse, Judas a fait une grande trahison et une grande folie lorsqu'il te vendit par avarice à ceux qui n'ont pour toi que de la haine !
- Nicodème prit les outils, et Joseph lui parla ainsi :
Nicodème
Son âme en est périe, puisqu'il s'est ôté lui-même l'existence. Les Juifs aussi, ces mauvais qui sont mes parents, peuvent déplorer leur conduite. Ils sont plus à plaindre que d'autres ; cela est aussi vrai que ce que tu dis n'est pas un mensonge.
Joseph d'Arimathie
Prenez les pieds d'abord.
Nicodème
Volontiers, Sire, et doucement.
Joseph d'Arimathie
Montez aux mains ; ôtez les clous.
- Quand Nicomère l'eut exécuté, il dit à Joseph, qui a saisi son corps :
Nicodème
Sire, je les ôterai volontiers tous les deux. Prenez-le doucement entre vos bras.
Ils descendirent alors le corps en bas, et Joesph dit à son vassal :
- Pendant qu'on lui baille l'onguent, Nicomède dit tout haut.
Joseph d'Arimathie
Apprenez que c'est ce que je fais. Baillez-mois maintenant l'onguent ; je lui oindrai tout le corps.
- Quand ils eurent oint le corps, ils le mirent sur le cercueil. -
Nicodème
Ah ! Dieu tout-puissant ! Le ciel, la terre, l'eau et le vent vous obéissent, et également toutes les autres choses, excepté seulement en ce monde les mauvaises gens qui ont traîné Jésus au supplice, et l'ont mis à mort sans jugement. Un jour la vengeance viendra ; mais tu es un seigneur très patient. Accorde-nous la grâce d'inhumer dignement ce saint corps.
Nicodème
Sire Joseph, vous êtes l'aîné ; prenez la tête, je prends les pieds ; allons promptement ensevelir Jésus. Avez-vous vu où nous pouvons l'inhumer ?
- Quand il fut enterré et la pierre mise, Caïphe, qui est levé parle de la sorte : -
Joseph d'Arimathie
J'ai un très beau cercueil fait d'une pierre tout neuf ; allons-y sur-le-champ. Nous l'ensevelirons là.
Caïphe
Sire Pilate, écoutez mon avis ; j'aurais grand tort si je vous le celais. Le traître Jésus, ce trompeur qui fut pendu là comme un larron, avait l'audace de dire en son vivant (ainsi agissent la plupart des imposteurs), qu'il ressusciterait le troisième jour ; mais celui-là est bien fou qui ajoute foi à cela. Faites garder aujourd'hui la sépulture, afin que ses partisans ne viennent pas enlever son corps ; car ils iraient prêcher en tous lieux et crier par tout le pays qu'il est vivant et ressuscité. Ainsi, on induira les faibles en erreur. S'il en est ainsi, ce sera pis encore.
Là-dessus un des sergents se leva, et parla ainsi à Pilate :
Pilate
Vous avez raison, ce me semble.
- Trois des autres soldats se levèrent, et parlèrent ainsi au premier :
Un Soldat
Si l'on veut m'en donner le soin, je garderai la sépulture, et s'il arrive par hasard, pendant que j'y serai, qu'un de ses amis vienne pour l'enlever, il ne retournera pas sans se douloir ; car il n'y aura pas de membre que je ne lui frappe, ni un coin de sa peau que je ne lui ensanglante prestement.
Un Soldat
Beau compagnon, nous nous en irons avec vous, et nous garderons le sépulcre. Nul ne viendra que nous ne l'y prenions ; nul ne l'enlèvera que nous ne le sachions.
Un Soldat
Allons-y tout de suite hardiment, et gardons bien le tombeau. Si quelqu'un vient pour l'enlever, nous lui ferons avoir grand' peur.
Un Soldat
Par la foi que je dois à Pilate, si quelqu'un vient pour faire une supercherie, je lui donnerai une telle quinzaine de coups, que du premier il tournera l'oeil.
Pilate
Ce que vous jurez vous l'exécuterez. Si un homme est assez hardi pour venir ici après le soleil couché, épier et examiner s'il peut vous enlever le corps, et qu'il avoue qu'il est venu pour cela, jurez-moi ici, à cette place, que quelqu'il soit, petit ou grand, à moins qu'il n'en ait la permission des princes, vous le prendrez au milieu de vous. Quand il sera pris vous nous l'amènerez. Jurez de tenir loyalement cette promesse. Où est le livre ? Qu'on l'apporte.
Lévi, Caïphe, Pilate, Soldats
Lévi, Caïphe, Un Soldat, Pilate, Quelqu'un Regardant sur le Chemin
- Vient un prêtre appelé Lévi ; il apporte le livre de la loi de Moïse.
Lévi
Voici la loi qu'écrivit Moïse, telle que Dieu même la lui dicta. Elle comprend les dix commandements. Que celui qui veut se parjurer garde le silence.
Caïphe
Allons ; jurez tous sur cet écrit de tenir tout ce que je vous ai dit.
Un Soldat
Par la grande vertu de cette loi, j'observerai ce que mon camarade vient de dire.
Caïphe
Pour ma part je saurai bien me conformer à cela aussi, moi, et je vous accompagnerai. Je vous montrerai ce que vous avez à faire. Consentez-vous à cela, Sire ?
- Comme ils s'en allaient au tombeau, quelqu'un les interrogea pendant la route.
Pilate
Volontiers, sire Caïphe.
Quelqu'un Regardant sur le Chemin
Où allez-vous en si grande hâte ?
Un Soldat
Nous allons garder la sépulture de Jésus qui est enseveli, et qui a dit qu'il ressusciterait le troisième jour, Pilate nous l'a commandé.
Les Mêmes ; un Autre Soldat Prend la Parole
Un Soldat, Caïphe
- Quand Caïphe les eut menés au tombeau, il éleva la voix, et leur fit ces recommandations :
Un Soldat
Cela est la vérité, sachez-le. Voici le grand-prêtre Caïphe qui vient avec nous de ce pas, et qui nous commandera. Nous suive qui voudra.
FIN DE LA TRADUCTION.
Caïphe
À présent, vous voici au tombeau. Gardez-le avec la plus grande exactitude. Si vous dormez et qu'on enlève Jésus, nous ne serons jamais bons amis.