Comédie · 1834

Le jus du pelerin

de [Anonyme]

Représentation
≈ 7 min
Distribution
1 homme
Répliques
36
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Pélerin H 8 ≈ 4 min 1
Rogaut N 11 ≈ 1 min 1
Warnier N 9 ≈ 1 min 1
Vilain N 4 ≈ 1 min 1
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Le Jus du Pelerin

Scène 1

Le Pélerin, Vilain, Gautier, Guyot, Warnier, Guiot, Rogaut

Le Pélerin

Or paix, or paix ! Seigneurs, et écoutez-moi : je vous dirai, si (vous) attendez un peu, nouvelles par lesquelles le pire de vous sera amendé. Or taisiez-(vous) tous, (tenez-vous) coi, et ne m'interrompez pas. Seigneurs, je suis pèlerin, et j'ai fait maint voyage par villes, par châteaux, par cités, par défilés, et j'aurais bien besoin d'avoir du repos, car je n'ai pas très bien trouvé ma nourriture partout. Il y a bien trente cinq ans que je n'ai pas arrêté, et j'ai depuis été en maint bon lieu et vers maint saint, j'ai été au Sec-Arbre et jusqu'à Duresté, je remercie Dieu qui m'en a prêté l'esprit et le pouvoir. J'ai été en Faménie, en Syrie et à Tyr ; Je suis allé dans un pays où l'on est si véridique que l'on y meurt sur l'heure quand on y veut mentir, et cela est tout à fait commun.

Vilain

Je t'en veux démentir, car, à nous qui t'écoutons, (tu) nous fait vessie pour lanterne. Vous aimeriez mieux être assis en la taverne que d'aller au moûtier.

Le Pélerin

Péché fait qui me frappe, car je suis très las ; j'ai été à Luzerne, en Terre de Labour, en Toscane, en Sicile ; je m'en revins par le Pouille ou l'on s'entretint beaucoup d'un clerc net et subtil, gracieux et noble, et qui n'avait pas son pareil au monde ; il fut natif de cette ville ; il était ici appelé maître Adam le Bossu, et là, Adam d'Arras.

Vilain

Très mal venu soyez, sire, comme vous avez pelé nos aulx ! Est-il pour gueuser très bien entripaillé ? Allez vous en d'ici, mauvais vilain puant, car je sais de source certaine que vous êtes un truand : or fuyez tôt, ne tardez pas, ou vous le paierez.

Le Pélerin

Vous êtes trop turbulent ; attendez un peu à cette heure que j'aie fait mon récit. Or paix, pour (l'amour de) Dieu, Seigneur ! Ce clerc dont je vous conte était aimé et prisé du Comte d'Artois, et je dirais bien à quel propos : ce maître Adam savait composer dits et chants, et le Comte désirait trouver un tel homme. Quand il fut en rapport avec lui, il l'alla prier de lui faire un dit pour éprouver son esprit. Maître Adam, qui sut bien en venir à bout, en fit un qui doit très bien se souvenir ; car il est très bien à ouïr et bon à retenir. Le COmte n'aimerait pas mieux cinq cents livres. À cette heure maître Adam est mort ; que Dieu lui fasse merci ! J'ai été à sa tombe, et j'en remercie Jésus-Christ. Le COmte me la montra (grâces lui soient rendues !) quand j'y fut l'année passée.

Vilain

Vilain, fuyez d'ici ! Ou vous serez très bien battu et déshabillé ; vous serez autrement revêtus au logis.

Le Pélerin

Et comment vous nomme-t-on, (vous) qui êtes si têtu ?

Vilain

Comment, sire vilain ? Gautelos le Têtu.

Le Pélerin

Or veuillez un peu, beau doux ami, attendre ; car on m'en a fait entendre bien long (au sujet) de cette fille, (et) qu'en l'honneur du clerc que Dieu a voulu prendre, l'on doit ici dire et apprendre ses dits ; et je me suis pour cela ici arrêté.

Gautier

Fuyez ! Ou vous serez battu, car diables vous rapporté. Je vous ai tantôt trop bien traité, car je ne vous ai pas chapriné, et ces saint ne sont pas enfoncés ; ils ont vu maint roi en France

Le Pélerin

Hé ! Vrai Dieu, envoyez souffrance à tous ceux qui me font tort.

Guyot

Warnier, as-tu ouï le discours e ce paysans, et comment il nous va disant les bourdes qu'il nous souffle à la figure ?

Warnier

Oui. Donne-lui un soufflet ; je sais bien que c'est un mauvais homme.

Guiot

Tenez, maintenant allez au logis, et be venez plus ici, vilain.

Rogaut

Rogaut, il s'en faut de peu que je ne crève, tant sa parole m'ennuie.

Rogaut

Taisez-vous, Warnier ; il parle de maître Adam, le clerc honorable, le gai, le large donneur, qui était plein de toutes les vertus ; de tout le monde (il) doit être plaint, car (il avait mainte belle grâce, et par dessus tout (il) savait faire de beaux dits, et était parfait chanteur.

Warnier

Savait-il donc enchanter les gens ? Or, prisé-je bien moins son affaire.

Rogaut

Nenni, mais (il) savait chansons faire, jeux-partis et motet entés ; il eut fit en grande abondance, et ballades, je ne sais combien.

Warnier

Je te prie donc de m'en chanter une qui soit quelque peu commune.

Rogaut

Volontiers vraiment ; j'en saisi une qu'il fit, que je te chanterai.

Warnier

Or dis, et je t'écouterai, et finissons tous nos débats.

Il chante

Rogaut

Il n'est si bonne viande que de matous. Celle-ci est-elle bonne, ami Warnier, dis ?

Warnier

Elle est l'é... de votre mère : doit-on priser telle chanson ? Par le c...-Dieu ! J'en appris hier une qui en vaut les quarante.

Rogaut

Par amour (pour moi), Warnier, maintenant chante-la.

Il chante

Warnier

Se je n'i alloie, je n'iroi-e lie. Volontiers, fois que dois à mon amie. De tel chant se doit-on vanter.

Rogaut

Par (ma) foi ! Tu as aussi bonne grâce à chanter qu'un ours à souffler.

Warnier

Mais c'est vous qui êtes l'ours...

Rogaut

Par (ma) foi ! À cette heure je suis fort courroucé de votre humeur terrible ; je ferais aujourd'hui grand' folie si je partageais vos idées. Beau prud'homme, mon avis est que (vous) ne fassiez ici plus de bruit.

Le Pélerin

(Me) conseillez-vous donc que je m'en aille ?

Rogaut

Oui vraiment.

Le Pélerin

Et je m'en irai, je ne dirai plus mot ; car je n'ai (pas) besoin qu'on me frappe.

Guiot

Hé, Dieu ! Je ne mangerai (pas) depuis tierce, et (il) est déjà plus que nonne de la journée, et je ne puis rester si je ne bois, ou dorme, ou mâche. Je m'en vais, j'ai fait ma tâche, et je n'ai ici plus rien à faire.

Rogaut

Warnier !

Warnier

Quoi ?

Rogaut

Veux-tu bien faire ? Allons vers Ayette à la foire.

Warnier

Soit ! Mais auparavant je veux aller boire : malheur ait qui n'y viendra !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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