Comédie · 1660

Le mariage de rien

d’Antoine Jacob dit Montfleury

Représentation
≈ 39 min
Distribution
10 hommes
Répliques
183
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Docteur H 77 ≈ 13 min 8
Le Capitan H 10 ≈ 5 min 1
Isabelle H 45 ≈ 5 min 8
Lisandre H 13 ≈ 4 min 3
L'Astrologue H 8 ≈ 3 min 1
Le Pöète H 10 ≈ 2 min 1
Le Médecin H 6 ≈ 2 min 1
Le Musicien H 6 ≈ 2 min 1
Le Peintre H 5 ≈ 2 min 1
Béatrix H 3 ≈ 2 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Mariage de Rien
Le Docteur absentabsent
Le Capitan absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Isabelle absentabsent
Lisandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
L'Astrologue absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Pöète absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Médecin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Musicien absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Mariage de Rien

Scène 1

Lisandre

Lisandre

Je vois déjà briller l'aurore J'en aperçois, point encore, Celle qui doit bientôt ici Finir, ou croitre mon souci. Cette paresseuse suivante. À mon humeur impatiente Fait souffrir un rude tourment, Elle me doit dans ce moment, Instruire de ce qu'il faut faire Pour me faire agréer du père, De celle de qui les trésors, Me charment bien plus que le corps ; Puisqu'en épousant cette fille, Unique dedans sa famille. Je deviens riche d'indigent. Car enfin, il faut de l'argent, Dans ce maudit siècle où nous sommes Pour être bien venu des hommes ; Et qui n'en a point n'est qu'un sot. Mais Béatrix paraît.

Scène 2

Lisandre, Béatrix

Lisandre

Un mot. Et bien, vois tu quelque apparence, À notre future alliance. Et pourrai-je par ton moyen ?...

Béatrix

Ma foi je n'y connais plus rien, Ma maîtresse se désespère. Parce que le docteur son père Trouve des défauts en tous ceux Qui lui font offre de leurs feux ; De fous, d'ignorants il les traite, Je crois que c'est une défaite, Et que même tant qu'il vivra. Jamais il ne la mariera De peur de dégarnir sa bourse, Que c'est l'origine et la source. De tout le mépris qu'il fait deux.

Lisandre

Hélas ! Que je suis malheureux, Ne saurais-je par quelque adresse, Gagner le coeur de ta maîtresse ?

Béatrix

Croyez-moi, je le sais fort bien, Cela ne servirait de rien. Vous n'avez autre chose à faire Qu'à tâcher de plaire à son père, Et lorsqu'il y consentira Je sais bien qu'elle le voudra, Car je crois s'il n'y remédie, Si bientôt il ne la marie, Qu'on la verra mourir d'ennuis ; Elle pleure toutes les nuits, Et crains si fort de mourir fille Et de voir manquer sa famille, Que cette crainte, de ses jours Pourrait bien avancer le cours, Mais il faut que je me retire, Le docteur vient.

Lisandre

Quoi sans m'instruire ? Un mot de conservation.

Béatrix

Songez à quelques invention, Quelque ruse, quelque artifice, Pour paraître à ses yeux sans vice ; Si vous trouvez, comme il le faut, Un art sans tâche et sans défaut, S'il n'y trouve rien à reprendre, Soyez certain d'être son gendre.

Lisandre

Je vais de ce pas y songer, Tâche toujours à m'obliger.

Scène 3

Isabelle, Le Docteur

Isabelle

Enfin vous voulez donc mon père, Voir toujours durer ma misère ? Et jamais ne me marier ?

Le Docteur

C'est que je veux bien m'allier.

Isabelle

Qui que ce soit qui se présente, Votre humeur n'est jamais contente.

Le Docteur

Mais toi de qui la passion, Appelle la conjonction. Et le lieu du mariage, Sais-tu bien quel en est l'ouvrage ? Connais-tu quel en est le fruit ? Sais-tu quels enfants il produit ? Apprends que le ce haines mortelles Les contentions, les querelles, Les débats, la dissension, Le mépris et l'aversion, En font les effets et la fuite, Les hommes grands et de conduite Comme fut autrefois Platon, Lactance, Epicure, Arifton Quintilien, Anaxagore . Draco, Lucrece, Pithagore Étant sur ce point en débat, Ont tous loué le célibat. Socrate homme savantissime, Consulté sur cette maxime, A dit, que qui se mariera. Tôt ou tard s'en repentira

Isabelle

Mars il en est de qui les charmes, Loin de nous causer des alarmes, Des plaintes, des soupirs, des pleurs, Sont remplis de milles douceurs.

Le Docteur

Faire aux savants un tel outrage Des douceurs dans le mariage ! Avec qui donc cette douceur ?

Isabelle

Le soldat serait ?...

Le Docteur

Querelleur.

Isabelle

Le noble ?

Le Docteur

Plein de fourberies.

Isabelle

L'historien.

Le Docteur

De menterie.

Isabelle

Le Juge ?

Le Docteur

De sévérité.

Isabelle

L'interprète.

Le Docteur

D'obscurité. Le devin. De sorcellerie. Le poète. Plein de rêveries, Le rhétoricien. Flatteur, L'homme d'affaire. Grand parleurs Le législateur. Sans conduite, Le particulier. Hypocrite ; L'astronome sera trompeur, L'apothicaire, empoisonneur ; Le philosophe, Sophistique, Et L'alchimiste, chimérique, L'astrologue sera sorcier, Le marchand, trompeur ; usurier, Le chasseur sera sanguinaire, Le notaire sera faussaire. Et le Médicin meurtrier.

Isabelle

À qui donc me marier ? Le vieux ?

Le Docteur

Sera fâcheux, avare, Incommode, jaloux, bizarre.

Isabelle

Le jeune étant plein de santé ?

Le Docteur

Ce ne fera qu'un éventé, Bref quel que soit ce gendre, J'y trouve toujours à reprendre.

Isabelle

Mais il s'en trouve un comme il faut, Et que vous trouviez sans défaut, Le refuserez vous encore ?

Le Docteur

Par les sciences que j'adore, Par les mânes des grands docteurs Qui furent des arts inventeurs. Par le père de la doctrine, Dont j'ai tiré mon origine ; S'il s'en trouve un tel aujourd'hui, Tu seras conjointe avec lui. Pour multiplier ma famille.

Scène 4

Le Pöète, Le Docteur, Isabelle

Le Pöète

Charmé de yeux de votre fille, Auxquels on ne peut résister Je viens ici me présenter. Pourvoir si j'oserais prétendre, À l'honneur d'être votre gendre.

Le Docteur

Ma fille voici bien ton fait.

Isabelle

Cet homme n'est pas trop bien fait Mais de peur d'en être frustrée Et de n'être point mariée, Je n'oserais dire que non.

Le Docteur

Quelle est votre vacation ?

Le Pöète

Ah ! Si l'on peut par cette voie Jouir d'une si belle proie ; Je suis assuré d'être heureux.

Le Docteur

Enfin dites moi ?...

Le Pöète

Je le veux. Elle est si noble et si savante Si parfaite et si fort charmante, Si digne de gloire et d'honneur, Si pleine d'une noble ardeur, Qu'aucune ne peut pare avec elle Entrer jamais en parallèle.

Le Docteur

Mais enfin, sachons donc son nom.

Le Pöète

Sachez que l'occupation Qui plaît seule à ma fantaisie, Est la charmante poésie Pour vous en faire concevoir, Et l'excellence, et le pouvoir Je pourrait dire que les princes, Dans les plus fameuses provinces Ont souvent fait bâtir des lieux, Magnifiques, industrieux Des théâtres, des édifices, Faits avec beaucoup d'artifices, Pour voir les effets merveilleux, De cet art descendu des Cieux. Que jamais la Philosophie, La musique, l'Astrologie, Les Médecins, les harangueurs, N'ont joui de tout ces honneurs. Que dedans le milieu des rues Les poètes ont eu des statues Que les Oracles se servaient De ce bel art qu'ils estimaient, Que cet art est fort ordinaire, Au blond Phébus qui nous éclaire, Aussi bien qu'au reste des Dieux. Que les neuf muses en tous lieux, De tous temps furent révérées, Et par les doctes adorées. Mais comme vous n'ignorez pas, Sa puissance ni ces appas. J'emploie en vain mon éloquence, À vous en dire l'excellence Et crois que dès ce même jour Vous approuverez mon amour.

Le Docteur

Donc parce que vous êtes poète, Vous tenez cette affaire faite ? Sans considérer que ces mots. Delectant Carmina stultos. Sortis de la bouche des poètes, Plus véritables que vous n'êtes, Blâme votre témérité.

Le Pöète

Cet art...

Le Docteur

Cet art fut inventé, Plus pour tromper et pour séduire, Les mortels que pour les instruire, Et c'est le plus pernicieux, Qu'on ait inventé sous les cieux, À cause de l'effronterie, Dont il déduit sa menterie.

Le Pöète

Sachez...

Le Docteur

C'est aussi de tous temps, Que les poètes sont partisans, Des grands mensonges que vous faites, Ce qui fait que l'on dit des poètes, Qui furent jadis et qui sont, Semper mendacia singunt.

Le Pöète

Mais permettez que je vous die,

Le Docteur

C'est à cause de leur folie, Qu'on dit que tout leur est permis Pictoribus, atque Poëtis. Qualibet audendi, semper fuit aqua potestas.

Le Pöète

Mais...

Le Docteur

Les Lacédémoniens. Ainsi que les Athéniens, Banissaient ces maudites pestes, Comme à tous les États funestes. Allegants que la probité, À l'innocence et la vérité, Ne pouvant être avec le vice, Doivent être sans artifice, Par ces mots nous l'ont coté, Verum non indiget Arte.

Le Pöète

Quoi, vous ne voulez point m'entendre ?

Le Docteur

Je ne veux point de fous pour gendre.

Il fort.

Le Pöète

Cet homme pour juger si mal D'un art qui n'eut jamais d'égal Et pour son trop peu de lumière Indigne d'être mon beau père.

Le Docteur

Hé bien ?

Isabelle

Hélas ! J'aurais juré Qu'il devait être rembarré Ah ! Que si vous pouvez comprendre, Combien en refusant ce gendre, Vous perdez plus que je ne perds ; Il aurait fait pour vous des vers, Sonnets, madrigaux, épigrammes, Poèmes épiques, anagrammes,. Sizains, quatrains, stances, dizains, Mais ce qui choque mes desseins Et qui touche le moins votre âme, Il eut fait notre épithalame.

Le Docteur

Va ne t'afflige plus ainsi, Un autre s'approche d'ici, Ce sera pour toi, je le jure.

Isabelle

Gardez vous bien d'être parjure.

Scène 5

Le Peintre, Le Docteur, Isabelle

Le Peintre

Serais je bien assez heureux Pour obtenir selon mes veux L'honneur d'épouser votre fille ? Et d'entrer dans votre famille.

Le Docteur

Peut être qu'êtes vous ?

Le Peintre

Je suis L'auteur des ouvrages finis, Et le singe de la nature, J'excelle dedans la peinture Et si je pouvais animer, Tous le corps que je sais former, Je suis certain que la peinture, L'emporterait sur la nature.

Le Docteur

Je crois cela facilement, Puisqu'on pourrait fort aisément, Supposant un si, sans merveille, Vous mettre dans une bouteille.

Le Peintre

De tous les ouvrages divers, Il n'en est point dans l'univers, Que je ne vous fasse paraître, Par ce bel art où je suis maître, Je sais, d'un seul coup de pinceau, Former un visage plus beau, Que tous ceux qu'on voit sur la terre, Je sais dépeindre le tonnerre. Le foudre, le jour, les éclairs Les bêtes, les plaintes, les airs, Le soleil levant les nuages, Les embrasements, les ravages, Les hommes, l'entre jour et nuit, les herbes les fleurs et le fruit. Les triomphes, la paix, la guerre, L'eau, le feu, le ciel, et la terre, Bref pour achever mon portrait, Et le rendre encor plus parfait, Sachez, qu'Alcidor m'appelle, Que je suis descendu d'Appelle. Celui qu'Alexandre le grand, Éleva dans un si haut rang, À cause de son excellence, Aussi mon art, et ma naissance, Loin de me faire rebuter, Vous oblige de m'accepter.

Le Docteur

Sachez Monsieur, que l'on appelle Alcidor descendu d'Appelle. Que je tiens pour fort ignorant. Que je suis docteur Doctorant, Que les sciences de mes pères, Sont dans notre race ordinaires, Et de tous temps de notre estoc, Que le doctorat nous est hoc. Dès le ventre de notre mère, Puisque nous est héréditaire. Et que je dois, ayant l'honneur, D'être, per naturam, Docteur, Rechercher avec soin un gendre, Sur qui l'on ait rien à reprendre, Qu'on me mettrait au rang des fous, Si je m'abaissais jusque à vous. Car qui dit peintre dit fantasque, De quelque art que votre art se masque, Qui dit peintre dit glorieux, Gueux, ivrogne, capricieux, Atqui cette belle alliance, Outre un ivrogne d'importance, Me donnerait de plus un gueux. Un arrogant, un glorieux, Un homme rempli de caprices, Qui n'excelle que dans les vices, Ergo. Je conclus et promets, Propter itas rationes. Que vous ne serez point mon gendre.

Le Peintre

Mais...

Le Docteur

Mais allez vous faire pendre.

Il sort.

Le Peintre

Cet homme est sans doute insensé, Bien plus que je n'avais pensé.

Le Docteur

Un peintre dedans ma famille ?

Isabelle

Il faut donc que je meure fille ? Qui voudra plus se présenter ? Ah ! Par ma foi j'en veux tâter.

Le Docteur

Ma fille tenir ce langage ?

Isabelle

Je veux dire du mariage, Quand mon père y consentira.

Le Docteur

Bientôt un autre s'offrira.

Isabelle

Vous obstinant d'être sans gendre, La vieillesse viendrait me prendre, Et l'on ne voudrait plus de moi.

Le Docteur

Va, celui-ci sera pour toi.

Scène 6

Le Musicien, Isabelle, Le Docteur

Le Musicien

Pourriez vous refuser de prendre, L'Arion du siècle pour gendre ?

Isabelle

Cet homme parle de bons sens.

Le Musicien

Je suis l'Orphée de ce temps, Je charme les sens, j'extasie, Avec bien plus de mélodie, Que Polymnestre, qu'Argien, Enfin, je suis musicien Non pas musicien vulgaire, Puisque celui qui nous éclaire, Me cède l'honneur aujourd'hui De mieux symphoniser que lui, Et que je suis par mon adresse Unique dedans mon espèce , Je sais bien rendre les raisons Des intervalles et des sons, De leurs genres, et des parties Qui composent les symphonies. Entre ceux qu'on oyait souvent, Se mêler de cet art savant, On pourrait nommer Thimotée, Néron, Auguste, Ptolomée, Mais tous ces gens là sur ma foi, Ne font que des sots près de moi, Et pour en donner assurance, Pour bannir votre défiance. Et vous le bien certifier, Je veux d'un plat de mon métier, Régaler it ci vos oreilles, Vous aller ouïr des merveilles.

Le Docteur

Les gens de ce maudit métier, Ce font ordinairement prier, Par ceux qui les veulent entendre, Deux heures avant que de se rendre, Et ne cessent d'importuner, Ceux qui voudraient souvent donner De l'argent pour les faire taire.

Il chante, et poursuit après avoir chanté.

Le Musicien

C'est un air que je viens de faire. Et bien Docteur, que vous en semble ? A-t-on jamais conjoint ensemble, Si bien, si méthodiquement, La voix avec l'instrument ? Si vous aimez la symphonie, Votre âme doit être ravie, Comment donc vous ne dites rien, Êtes vous sourd, ha ! Je vois bien, Que cette douce mélodie Vous transporte, et vous extasie. Mais vous étant comme je vois, Jusque a l'usage de la voix, Je la supprime tout à l'heure, Pour dire qu'il faut que je meure, Si vous ne guérissez mon mal Par le noeud matrimonial Quoi donc, vous changez de visage ?

Le Docteur

C'est moins de plaisir que de rage, De voir qu'un homme de néant, Prétend si témérairement, Avoir ma fille en mariage.

Le Musicien

Vous ne savez pas l'avantage...

Le Docteur

Je sais que tous les musiciens Sont des fainéants des vauriens, Des efféminés inhabiles, À toutes les choses utiles. Que de tous temps chez les persans, Ils étaient au rang des plaisants, Des diseurs de bouffonneries, De fables, et de menteries, Des bouffons, et des bateleurs, Outre qu'ils ont eu les honneurs. Je sais qu'en chaque république Les inventeurs de la Musique, N'approchaient point des gens bien nés, Parce que ces efféminés, Corrompaient toute leur jeunesse, Par leur chants, et par leur mollesse ; Et que l'illustre Orphée est mort, Pour avoir transporté si fort, Les Esprits des hommes de Thrace, Qu'il avaient rendus tous de glace, Que les femmes de ce pays, Par l'extase de leurs maris, Ne pouvant plus trouver leur conte, Ardentes d'amour et de honte : Tuèrent de leurs propre mains, Ce grand enchanteur des humains. Et que rien n'est plus inutile Que la Musique en une ville : Suivez donc des conseils meilleurs, Et cherchez des partis ailleurs.

Le Musicien

Quoi refuser non alliance ?

Le Docteur

Allez sortez de ma présence.

Le Musicien

Je vais sur ce sujet bouffon, De ce pas faire une chanson.

Isabelle

Hélas ! Que ce refus me pique, Il m'aurait appris la musique, J'aurais appris en même temps, À bien toucher des instruments ; J'aurais connu la tablature, p J'aurais abattre la mesure, Mais pour mon malheur je vois bien Que je ne saurai jamais rien.

Le Docteur

Dans le dessein que j'ai de prendre, Un honnête homme pour mon gendre : Je le veux bien interroger, Avant que de te le donner.

Isabelle

Moi, j'ai toujours entendu dire, Que qui choisir tant prend le pire.

Le Docteur

Ma fille a raison sur ma foi, Le pRemier sera donc pour toi.

Isabelle

Comme les autres.

Le Docteur

Sois certaine...

Scène 7

Le Capitan, Le Docteur, Isabelle

Le Capitan

Docteur savez-vous qui m'amène ?

Le Docteur

Non...

Le Capitan

Sachez donc que c'est a dessein, D'être votre gendre demain. Que l'amour en ce lieu m'envoie Pourvu que c'est excès de joie, Ne cause pas votre trépas, Car enfin je ne voudrais pas Que l'honneur que je vous veux faire Coutât la vie a mon beau-père.

Le Docteur

Qu'êtes vous ?

Le Capitan

Ventre qui je suis ? Docteur rassemblez vos esprits, Pour tâcher a le bien comprendre,

Le Docteur

Autre fou.

Isabelle

Mais il faut l'entendre, Avant que de juger de lui.

Le Capitan

Je fuis du désordre l'appui, Je suis partisan du carnage. Et quand je veux par mon courage Je finis des mortels le sort, Et suis substitut de la mort. Rien ne m'ose faire la guerre. Et si l'on voit loin de la terre. Le ciel c'est, Docteur, de l'effroi Que ces habitants ont de moi. Le grand Jupin dès mon enfance, Redoutant déjà ma puissance, Me joua du fort mauvais tour, Qu'il me payera quelque jour ; Ce fut le maquereau céleste Qui fut le ministre du reste. En sommeillant je fus jeté Au milieu du fleuve Léthé, C'était afin que ma mémoire. Ne parut jamais dans l'Histoire, À ce que du depuis je sus Je m'en tirai comme je pus. Et par des efforts incroyables Je fis enrager tous les Diables. Je donnai cent coups à Pluton, Je rompis la barque à Caron. Je mis en fuite Radhamante, Et dans mon humeur fulminante. Tout l'Enfer fut par moi vaincu, Je fis même Pluton cocu. Ensuite je revins au monde, Montrer ma valeur sans seconde, Ou j'ai seul par mes grands efforts, Rempli l'Enfer de plus de morts, Que les trois parques étonnées N'ont pu trancher de destinées Et si leur rigoureux efforts, L'avaient remplis de plus de morts, Des parques même étonnées, J'aurais tranché les destinées ; Je suis vainqueur le plus souvent, Sans exposer flamberge au vent : Car, d'un regard je mets sans doute Une armée entière en déroute. Tous les livres que l'on a faits, Ne parle que de mes hauts-faits, Mais sous des noms qu'on a dû feindre Les hauteurs ont su les dépeindre, De peur qu'étant trop valeureux, Ils ne parurent fabuleux, Je suis Hector dans la Troade, Achille dedans L'Illiade, Dans Séneque, je fuis Jason Qui fut conquêter la Toison. Je suis Jupiter dans la fable , Le héros dans Robert le Diable Dedans Daviti, Tamerlan, Dedans L'atioste, Roland, Dans le Tite-Live, Romule, Dans l'image des dieux, Hercule, Dans Rabelais Gargantua, Et dans Belzebut, Agrippa. Tout ce que l'on met dans leur vie, Est de la mienne une partie. L'effroi de mon nom glorieux, S'est semé jusques dans les cieux : Les Dieux tremblent en ma présence, Et si l'amour à l'assurance. De ne pas m'éviter comme eux, C'est à cause qu'il n'a point d'yeux : Quoi que tout cède a mon courage, J'use peu de cette avantage. Je laisse les palais aux Rrois, Les autres maisons aux bourgeois : Je laisse aux bergers les chaumières , Les spélonques aux bêtes fières, Car j'ai l'on ne le peut nier, L'enfer pour cave ; et pour grenier. Le ciel environné d'étoiles, La terre pour lit et les voiles Que la nuit répand sur les eaux, En font le ciel et les rideaux, Les piliers les pôles du Monde, Et les creux abîmes de l'onde. Me servent de pot a pisser.

Le Docteur

J'en réponds s'il vient à casser.

Le Capitan

J'ai pour chevet la pointe aigüe, Des rochers qui touche la nue. Les feuilles me servent de draps, L'herbe me sert de matelas, La lune me sert de chandelle, Vous en riez belle Isabelle Ce discours vous plaît que je crois, Docteur dépêchez dites moi. Me recevrez vous pour gendre.

Le Docteur

Je serais assez fou pour prendre, Pour mon gendre le Roi des fous ?

À Isabelle.

Le Capitan

Par la ventre que dites vous ? Si vous n'êtes pas ma maîtresse, Fussiez vous autant que Lucrèce. Je sais bien ce que je ferai.

Isabelle

Quoi donc ?

Le Capitan

Je vous tarquinerai, Docteur, si j'en ai votre fille, Si je n'entre en votre famille. Encore une fois je ferai. Ventre !....

Le Docteur

Quoi ?

Le Capitan

Je m'en passerai.

Le Docteur

Je crains bien que votre impudence, Ne mette à bout ma patience.

Le Capitan

Quoi vous me refusez aussi.

Le Docteur

Si vous ne déloges d'ici...

Il sort.

Le Capitan

Parbleu ce docteur est colère Et bien il ne m'importe guère. Car malgré tout votre courroux : Ma foi je ne moquais de vous.

Isabelle

C'est en vain que chacun s'empresse, De vouloir finir ma tristesse, Puisque vous les rebutez tous.

Le Docteur

Veux tu que j'accepte des fous ?

Isabelle

Ils sont tous fous à votre conte, Votre humeur est un peu trop prompte, Si vous n'avez point rebuté, Ce dernier qui s'est présenté : Je vous eut fait chérir des Princes, Je vous eut conquis des Provinces, Je vous aurait fait respecter.

Le Docteur

Mais je voulais le rebuter.

Isabelle

Mais quand serai je mariée ?

Le Docteur

Ce sera dès cette journée, Un autre s'approche d'ici.

Isabelle

Vous l'allez rebuter aussi.

Le Docteur

C'est celui-ci que je veux prendre.

Isabelle

Puisqu'il doit être votre gendre, Accomplissez donc son désir. Qu'il m'épouse, à votre loisir Vous l'examinerez ensuite.

Le Docteur

Je veux connaître son mérite Avant qu'en faire ton époux.

Isabelle

Il le va mettre au rang des fous ; Mais écoutons leur dialogue.

Scène 8

L'Astrologue, Le Docteur, Isabelle

L'Astrologue

Voudriez-vous d'un astrologue Pour l'appui de votre maison, Si vous ne manquez de raison, Je suis sûr d'être votre gendre, Quand je vous aurai fait comprendre Que mon art est si merveilleux Qui n'a pour objet que les cieux. Pour lire dans les destinées, Les évènements des années. Je ne consulte que les cieux, Les Astres éparts sont mes dieux. Et j'ai la céleste influence, Pour principe de ma science.

Le Docteur

Oui, l'astrologie en effet, Est un art divin et parfait, Et dans le siècle où nous sommes, Il se rencontre si peu d'hommes, Qui sachent en bien discourir, Qu'on doit extrêmement chérir, Ceux à qui la toute puissance, En a donné la connaissance.

Isabelle

Faut-il toucher dedans la main ? Quand m'épousera-t-il ?

Le Docteur

Demain.

Isabelle

Pourquoi différer davantage ? Concluez notre mariage, Le plus tôt vaut toujours le mieux.

L'Astrologue

J'ai par cet art industrieux, Du sort du mortels connaissance, Je prédis aux uns leurs naissance. Leurs contentement, leurs santés, Leurs bonheurs et leurs dignités, Leurs biens, la longueur de leurs vie, La douceur dont elle est suivie. Leurs victoires, et leurs honneurs, Aux autres, leurs maux, leurs langueurs Leurs victoires, et leurs honneurs, Aux autres, leur mort, leurs malheurs, Leurs déplaisirs, leurs maladies, Leurs affronts, leurs ignominies, La perte des biens, des honneurs, Des enfants, leurs maux, leurs langueurs, Bref le plaisir ou le désastre, Selon l'ascendant de chaque astre. Je ne dirai point que Crassus, César, Néron, Déjotarus. Julien l'Apostat, Décie, Ont tous aimé l'astrologie ; Qui portaient honneur singulier, À ceux de ces savant métier. Puisqu'enfin, il est trop illustre, Pour vouloir tirer deux son lustre, Et que l'éclat que j'aurais d'eux, Ne pourrait pas me rendre heureux.

Le Docteur

Puisque vous savez chaque chose, Permettez que je vous propose, Quatre mots, afin de bien voir Jusque où s'étend votre savoir.

L'Astrologue

Dites, c'est ce que je demande, Plus la question sera grande, Plus elle aura d'obscurité, Et plus par ma subtilité. Je vous ferai voir et comprendre, Quel homme vous aurez pour gendre Lorsque vous m'aurez accepté.

Le Docteur

Elle a fort peu d'obscurité, Mais puisque votre complaisance, Me veut donner cette assurance, Savoir ci-dedans ce moment Vous pourrez avoir l'avantage. D'avoir ma fille en mariage.

L'Astrologue

La belle proposition, Cette fantasque question, Passe mon art et ma science, Puisqu'en fin notre connaissance, Ne va point jusqu'aux volontés.

Le Docteur

Vous ne le savez pas ? Sortez, Portez ailleurs votre science, Votre art, et votre connaissance. Vous ne méritez pas l'honneur, D'être le gendre d'un docteur.

L'Astrologue

Est-il au monde une science, Qui puisse savoir ce qu'on pense ? Certes ce secret merveilleux, Ne peut être commun qu'aux Dieux.

Isabelle

Écoute-le avec patience.

Le Docteur

Quelle peut être sa science ? Puisqu'il ne connût pas son fort, En ce qui le touche si fort. Il nous dit que cette science, Lui fait avoir la connaissance. Du sort des mortels de leurs maux, De leurs gloire, de leur travaux, Et de toutes les aventures ; Mais ce sont autant d'impostures, Pourrait il faire pour autrui, Ce qu'il ne peut faire pour lui.

L'Astrologue

Puisque tu refuses de prendre, Un honnête homme pour ton gendre, Pour le prix de ta question, Écoute ma prédiction. Dedans l'an mil six cent soixante, Tu mourras de mort violente. Ta fille dont je ne veux point, Peut sans se tromper du seul point Dès maintenant être assurée, De n'être jamais mariée.

Isabelle

Hélas !

L'Astrologue

Si comme on peut changer, Elle évite un si grand danger, Puisque tu n'as pas voulu prendre, Quelque savant homme pour gendre, Pour ton malheur et pour le sien Ton gendre Sera...

Le Docteur

Quoi donc ?

Il sort.

L'Astrologue

Rien.

Le Docteur

Que ce dernier a de folie !

Isabelle

Quelle funeste prophétie !

Le Docteur

Ne me diras-tu point encor, Qu'en le refusant j'ai grand tort ?

Isabelle

Je dis que qui refuse muse, Que je suis la dupe et la buse, Et vous l'ennemi de mon bien Et que je n'espère plus rien, Pourquoi faut il que sa science Me fasse faire pénitence. Et souffrir des maux si cuisants, Ceux qui disent que les enfants. Porte par des lois nécessaires, Les iniquités de leur pères L'ont dit avec grande raison.

Le Docteur

Un astrologue en ma maison ? Ces gens sont remplis d'imposture.

Isabelle

Il m'eût dit ma bonne aventure. Ah ! Que cette prédiction, Va croître mon affliction.

Le Docteur

C'est par hasard quand il rencontre ; Mais un autre déjà se montre.

Scène 9

Le Médecin, Le Docteur, Isabelle

Le Médecin

Sans doute vous ne rebutez, Tous ceux qui ce sont présentés Que pour me faire votre gendre J'ai peu de peine à la comprendre, Docteur vous avez fort bien fait, Car, Doctor doctorem decet.

Le Docteur

Que cet homme a mauvaise mine !

Le Médecin

Je suis docteur en médecine. Et de ce bel art sectateur Dont esculape fut auteur, Tout ce que savait Hypocrate, Paraxagore, Herosistrate, Aviscenne, Serapion Galien, et Themison, N'approche point de ma science, Et la parfait connaissance, Que j'ai de tous les végétaux Fait que je guéris tous les maux, Je sais guérir l'épilepsie, La colique, la cacquectie, L'hydropisie, les abscès, Les fièvres, et tous les accès. La pigraine, le pleurésie, Le pourpre, la paralysie, L'accidentelle surdité, Les douleurs des dents, de côté, Le cancer, ainsi que l'ulcère, Le mal de coeur, le mal de mer, De tête, de jambes, de dos, Nec non morbos Vevereos Enfin...

Le Docteur

Dites je vous supplie, En avez-vous pour la folie ?

Le Médecin

Non ce mal ne se peut guérir.

Le Docteur

Prenez donc garde d'en mourir.

Le Médecin

Apprends pédantesque critique, De qui la sotte politique, T'a du rendre qualifié De nom d'homme stultifié, Et qui me taxes de folie, Qu'il n'est aucune maladie, Qui ne peut abréger nos jours; Sans cet art et sans son secours, Qu'il n'est rien de sis nécessaire, Partout où le soleil éclaire, Que cet art a toujours été, Omne praestnatior arte, Quue sans l'aide des médecines, Des herbes, des fleurs, des racines, Dyrops, bolus, emulsions, Trochisques, miels, décoctions, Poudres diatris, vomitoires, Colloquite, masticatoires, Camphre, cassonade, agaric, Scammonée, séné, mestic Jujubes, mane, capillaires, Turbith, rhubarbe, électuaire, Casse, jalap, et tamaris, Totus succumberet orbis ; Et que...

Le Docteur

Sachez Docteur de balle, Que c'est en vain que l'on m'étale, Les effets de cet art maudit, Que j'en sais plus que l'on en dit, Et que je tiens la médecine, Plus à craindre que la famine, Que la peste, le feu, ni l'eau, Qu'elle en met plus dans le tombeau, Que toutes ces choses ensemble, Qu'il n'est point d'art qui lui ressemble, De plus, que qui dit médecin Dit putréfait, dit assassin, Sale, meurtrier, homicide, Homme de sang humain avide, Homme ennemi de la santé, Ami de la mortalité Et qu'étant résolu de prendre, Un homme de bien pour mon gendre ; Je ferais contre mon dessein Si je prenais un médecin.

Le Médecin

Quoi donc...

Le Docteur

Allez ailleurs vous plaindre, Ou vous apprendrez à ma craindre.

Le Médecin

Toi de qui le raisonnement; Méprise témérairement ; Et cet art, et son excellence, Pour punir ton extravagance, Veuillent les Dieux, qu'un médecin Soit dedans peu ton assassin.

Le Docteur

Pour un souhait aussi funeste, Veuillent tous les Dieux que la peste, Puisse secondant mon mon dessein T'écouter, et sans médecin.

Isabelle

Il faut donc malgré mon envie, Que je passe toute ma vie, Sans avoir pu me marier ?

Le Docteur

De peur de ma mésallier, Je souhaite et je veux, que le gendre Que pour toi j'ai dessein de prendre, Soit si charmant et si parfait, Soit si fort selon mon souhait, Si digne que chacun l'admire, Que sur lui l'on ait rien à dire. Ah ! Si vous aviez pu souffrir Le dernier qui vient de s'offrir, Il eut employé sa science, Et la parfaite connaissance, Qu'il a de tous les végétaux, Pour me guérir de tous mes maux ; Mais hélas !...

Scène 7

Le Docteur, Isabelle, Lisandre

Le Docteur

Un autre s'avance.

Isabelle

J'en conçois bien peu d'espérance, Hélas ! S'il prenait cet amant, Que j'aurais de ravissement, Mais c'est en vain que je l'espère ;

Lisandre

Voudriez-vous être mon beau-père ?

Isabelle

Ah Béatrix qu'il est charmant, S'il le refuse assurément

Le Docteur

Qu'êtes-vous ?

Isabelle

J'en perdrai la vie ?

Lisandre

Pour satisfaire a votre envie, Je ne fuis ni rhétoricien, Ni peintre, ni musicien, Je ne fuis point dialectique, Téméraire, ni politique, Je ne suis devin, ni joueur, Ni médecin ni harangueur, Je ne suis indigent, ni riche, Je ne fuis libéral, ni chiche, Ni financier, ni magistrat, Je ne gouverne point l'état. Car peut on être quoi qu'on die, Rhétoricien sans flatterie ? Poète sans avoir l'esprit creux ? Peintre, sans être ivrogne on gueux ? Peut-on être dialectique, Sans ignorer quelque rubrique ? Il n'est point de vacation, Exempte d'imperfection. Est-on marchand, sans tromperie ? Est-il un devin sans magie ? Un joueur sans être blâmé ? Est-il un médecin aimé ? Est-on riche sans fâcherie ? Indigent sans ignominie ? De plus sans prodigalité, A[-t-]on la libéralité ? Est on puissant sans injustice ? Économe, sans avarice. Est-on sans peine magistrat ? Est-on sans carnage soldat ? Financier sans inquiétude ? Astrologue, avec certitude ? Ignorant, sans présomption ? Intéressé sans passion Sans être scélérat ou traître...

Le Docteur

Que Diable voulez vous donc être ?

Lisandre

Sachez que je suis sans défaut.

Isabelle

Ah voici l'homme qui vous faut, Il ne voudrait pas vous le dire S'il n'était vrai.

Le Docteur

Je veux m'instruire Si, ne m'impose point ; et bien Qu'êtes-vous donc !

Lisandre

Je ne suis rien, Et n'étant rien sans injustice On ne peut m'imputer de vice ;

Le Docteur

Que Diable peut-on dire à rien ?

Lisandre

Je vous dis de moi plus de bien, Que je ne vous en pourrais dire, Si j'étais maître d'un Empire, En vous disant mes faits divers, Puisque l'auteur de l'univers De rien, produisit chaque chose, Ainsi quoi que l'on se propose, On ne peut dire que du bien, D'un homme qui dit qu'il n'est rien.

Le Docteur

Ce rien me surprend et m'étonne,

Isabelle

En effet sa raison est bonne On ne peut dire que du bien D'un homme qui dit qu'il n'est rien,

Lisandre

Et pour vous le faire comprendre, Qu'est-il de plus grand q'Alexandre Rien ; de plus l'âge que Caton ? Rien ; de plus docte que Platon ? Rien ; de plus beau que l'artifice ? Rien ; de plus grand que la Juftice ? Rien ; de plus vaste que les Cieux ? Rien ; de plus parfait que les Dieux ?

Isabelle

Rien ; de plus heureux qu'une vie, D'un bon mariage suivie ?

Lisandre

Rien ; c'est pourquoi vous voyez bien Qu'il n'est rien de plus grand que rien.

Isabelle

C'est par là que la prophétie De l'astrologue est accomplie.

Le Docteur

Moi qui croyait venir à bout De répondre à tout et sur tout, Je vois que quoi que je propose, Loin de répondre a chaque chose, Je ne saurais répondre a rien. Puisqu'il n'est rien, je vois fort bien Qu'on ne lui peut sans injustice, Imputer ni défaut ni vice. Trouverais-je un moyen, De dire quelque chose à rien ? Mais non il ne m'est pas possible, Cette entreprise est trop pénible. J'entreprendrais sur les esprits Dont nous lisons leur beaux écrits, Puisqu'il est certain qu'[E]uripide, Sophocle, Homère, Thucydide. Diogène, Tertullien. Acurse, Balde, Théodose, Ont tout parlé de quelque chose. Et pas un n'a parlé de rien, C'est pourquoi ce premier moyen. Me fournit point de quoi répondre[.] Toutefois si pour le confondre, Au défaut de quelque ancien, Me voilà plus surpris de rien. Que quatre autre chose. Car enfin sur ce qu'il propose, Toute ma science se perd, Et cet homme m'a pris sans vert, Plus je songe à ce nouveau gendre, Moins je vois par où me défendre De m'acquitter de mon serment, Le Ciel le veut assurément. L'astrologue la su prédire, Rien... sur rien je n'ai rien à dire, Allez je vous rendre heureux Et vous aurez selon mes voeux, Demain ma fille en mariage Aussi bien mon serment m'engage.

À Isabelle.

Lisandre

Que vous dois-je point ; enfin J'ai pourtant été le plus fin. Serez-vous à mes voeux contraires.

Isabelle

Je veux tout ce que veut mon père.

Le Docteur

Rentrons vous autres fongez bien, À ce que vous direz de Rien.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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