Dialogue · 1858

Le Normand et le Gascon

de [Anonyme]

Représentation
≈ 10 min
Distribution
distribution libre
Répliques
56
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Normand N 27 ≈ 5 min 1
Gascon N 27 ≈ 5 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Normand et le Gascon
Normand absent
Gascon absent
PDF

Le Normand et le Gascon

Dialogue ou Petite Scène

Gascon, Normand

Il est bon de ne faire débiter ce morceau que vers la fin de la séance, pendant la proclamation des prix, par exemple.

s'approchant du Normand, qui est déjà sur la scène, assis près d'une table, occupé à lire

Gascon

Bonjour, mon cher Maurin.

se levant

Normand

Eh ! Bonjour, Ferdinand.

Gascon

Si je devine bien, je te crois un Normand.

Normand

Oui, je suis de ces lieux, d'heureuse souvenance, Par la grâce de Dieu, celle de ma naissance.

Gascon

Mon cher, sans te fâcher, je le dis en passant, Je ne t'en ferai pas un fort beau compliment.

Normand

Et toi, par ce discours, par toute ta personne Je gage que tu sois des bords de la Garonne.

Gascon

Tu pourrais te tromper.

Normand

Me tromper ? Oh ! Non, non. Tout en toi me lE dit, je te crois un Gascon.

Gascon

Eh bien ! Soit. La Gascogne est ma chère patrie, Et je l'aime cent fois plus que la Normandie. On sait que les Gascons, soit dit sans vanité, Sont un peuple partout dans le monde vanté. Qui n'a pas admiré les bords delà Garonne ?

Normand

Oui, c'est de là que sort la nation gasconne. Mais si vous aviez vu de notre heureux pays Les sites enchanteurs, tous les riches produits !

Gascon

Nous connaissons assez cette vieille Neustrie, Pays des chicaneurs, de la chicanerie. Ah ! Parlez-moi plutôt des climats aquitains, Où Pomone répand ses dons à pleines mains. Combien cette contrée est féconde et riante ! Que sa physionomie est belle et ravissante !

Normand

Si parfois plus que nous, aux bords de la Garonne, Vous avez les faveurs de Flore et de Pomone, De Cérès en retour nous avons tous les dons : Les trésors précieux, d'abondantes moissons.

Gascon

Garde ta pomme cuite, elle est ton meilleur fruit, Et ne nous parle plus de ton riche produit. Viens admirer plutôt nos fertiles campagnes ! C'est ce qu'on peut nommer vrai pays de cocagne.

Normand

Oh ! Va ! Le nôtre aussi, par sa fécondité, Vaut bien certainement votre sol si vanté.

Gascon

Je n'ai rien dit encor de nos vins délectables, Qui font chez tous les grands l'ornement de leurs tables.

Normand

Et nos cidres mousseux, et nos poirés si bons ! Qui feraient voir la lune aux plus fameux Gascons !

Gascon

Allons donc ! Ta boisson, qu'Hippocrate a proscrite, Est un vrai purgatif... et qui fait aller vite..... Vous cultivez encor de forts beaux cornichons, Je crois...

Normand

On les cultive aussi chez les Gascons, Et si je le sais bien, c'est leur terre chérie.

Gascon

Leur sol natal, Maurin, est dans la Normandie.

Normand

Vantez-nous donc un peu vos landes ; vos landais, Vos pâtres échassiers, habitants des forêts. Ils sont beaux !...

Gascon

Très beaux ! Et notre terre féconde, Par surcroît de produits de bon gibier abonde.

Normand

Ah ! Mais tu l'oubliais, je sais, chez les Gascons, Qu'on trouve surtout l'oie et beaucoup de dindons. Dans quelques lieux encor de ton pays, tu sais, On voit énormément d'ânes et de mulets.

Gascon

Tu pourrais ajouter que le Calvados, l'Orne, Donnent bien des chevaux et des bêtes à corne. C'est pour cette raison sans doute qu'un Normand Fait, à vous étonner, tant de cuirs en parlant.

Normand

Si d'autres font, hélas ! Des cuirs, des barbarismes, Vous faites bien pour tous de fameux gasconismes.

Gascon

J'allons vous écouter, et mon lieu itou Je compterons vos cuirs.

Normand

Les Gascons sont railleurs, critiques, ironiques, Et leurs moindres discours sont tout hyperboliques.

Gascon

Qu'en penses-tu, Maurin ? Je crois depuis longtemps La réputation de nos braves Normands...

Normand

Et que vous fait-elle ?

Gascon

Elle donne un peu prise. On a dit maintes fois qu'ils manquent de franchise.

Normand

On vous reproche aussi d'être de grands vantards, D'avoir trop de jactance et d'être trop hablards.

Gascon

On sait que les Normands sont de rusés compères.

Normand

Les Gascons, à coup sûr, ne sont pas plus sincères.

Gascon

On dit que les Normands sont retors, madrés, faux.

Normand

On sait que les Gascons sont de fameux badauds.

Gascon

On reproche aux Normands des choses peu gentilles.

Normand

On reproche aux Gascons certaines peccadilles.

Gascon

Les Normands, a-t-on dit, sujets à caution, Ont les doigts bien crochus : est-ce prévention ? Ces dires sont-ils vrais ?...

Normand

Il suffit pour le croire Que ce soit un Gascon qui raconte l'histoire.

Gascon

On parle des Normands, de leurs ascensions (L'on désigne par là certaines pendaisons). Serait-ce en ce pays que l'on pendrait encore ? Ces bruits sont-ils fondés ? Quant à moi, je l'ignore.

Normand

Fables, absurdités !...

Gascon

Des incidents fâcheux Pourraient accréditer ces contes odieux. Un jour, certain Normand Faisait cette prière : Ce Normand était franc.

Normand

Halte-là, s'il te plaît!... Quoi ! C'est nous faire injure ? Crois-tu que nous serons dupes de l'imposture ? L'on connaît les Gascons et leur célébrité, Conquise en ne disant jamais la vérité. L'on connaît des Gascons toutes les hâbleries.

Gascon

L'on connaît des Normands toutes les tromperies.

Normand

À l'entendre, un Gascon est l'homme incomparable : Brave, humain, généreux, il n'a pas son semblable. Mais le moindre danger rabaisse son caquet... À l'aspect du combat certain Gascon fuyait. (C'était un des enfants des bords de la Garonne, Qu'au moment du péril la valeur abandonne.) Où donc est le courage ? On criait au poltron. - Dans les jambes, dit-il. Voilà le vrai Gascon.

Gascon

Vous nous connaissez peu; oui, nation guerrière, La bravoure est chez nous un titre héréditaire. L'histoire vous dira par mille exploits nouveaux Que les Gascons sont nés chevaliers et héros.

Normand

Chevaliers d industrie, oui, c'est plus vraisemblable ; Mais chevaliers sans peur me paraît peu croyable. Or, écoute le fait que je te conterai : Pour une action meurtrière, À Janot le Gascon on mettait la cuirasse. - Je vous en prie, en grâce, Dit-il, mettez-la par derrière, Le coeur me dit que je fuirai.

Gascon

On ne peut soupçonner ce que le Normand pense ; L'art de dissimuler, c'est son fort, sa science. S'il ne sait bien cacher en tout son sentiment, Il ne sera, dit-on, jamais un bon Normand.

Normand

Le Gascon est futile et léger et frivole.

Gascon

Mais mieux que le Normand il garde sa parole. Le Normand processif, pour le plus petit gain, Lèvera, s'il le faut, et le pied et la main.

Normand

Vainement vous vantez, enfants de la Garonne, Vos rares qualités et la valeur gasconne : Vertus, gloire et talents, il n'est nul bien chez vous Que, ne vous en déplaise, on ne trouve chez nous. Nous lie descendons point de ces peuples d'esclaves ; Nos aïeux, comme nous, étaient libres et braves : Souviens-toi de Rollon.

Gascon

Digne chef des Normands, Peuples dévastateurs, vraie horde de forbans Qu'on a vus dans nos mers, nos fleuves, nos rivières, Promener en tous lieux leurs torches incendiaires, Glacer les coeurs d'effroi par leur invasion, Et répandre partout la terreur de leur nom. Les Français priaient Dieu de sauver leur patrie, Et de la délivrer de la sauvagerie. Mais enfin nos Gascons, devenus vos vainqueurs, Mirent dans l'Aquitaine un terme à vos fureurs.

Normand

Nous fîmes la conquête alors de la Neustrie, Des Normands désormais l'immortelle patrie. Mais pourquoi m'exhumer en ce langage amer, Des faits presque aussi vieux que le roi Dagobert ? Crois-tu que des Gascons, si l'on fouillait l'histoire, On ne trouverait pas de quoi flétrir leur gloire ? Chaque peuple a sa somme et de biens et de maux, Et nous avons tous deux nos vertus, nos défauts. Les Normands ne sont plus la nation altière. S'ils conservent encor de leur humeur guerrière, Mille ans vous ont prouvé qu'ils seront à jamais Citoyens vertueux, chrétiens et bons Français.

Gascon

Oui, Normands et Gascons, tous enfants de la France, Si des siècles passés nous gardons souvenance, Que ce soit dans le bien, pour suivre nos aïeux Et si nous le pouvons, encor pour faire mieux.

Ils se donnent la main.

Normand

Soyons frères, amis, et que toute la vie Notre devise soit : Dieu, parents et patrie.

Compliment de Cloture

Orateur Du Compliment, Autre

Orateur Du Compliment

Les prix, l'honorable couronne Qui viennent de ceindre nos fronts, C'est votre bonté qui les donne En couronnant ses propres dons. Ces lauriers si flatteurs, votre noble suffrage, Dont vous encouragez nos efforts, nos travaux, Ont comblé notre espoir, doublé notre courage Pour en mériter de nouveaux. Messieurs,

Ce compliment est extrait d'un ouvrage de Monsieur Jouffret. On a cru devoir y faire seulement quelques légers changements et quelques suppressions.

Autre

Vous qui dans cette enceinte avez daigné venir, Guidés par la seule indulgence, Vos applaudissements faisaient notre espérance, Nous venons de les obtenir. D'un triomphe si beau notre reconnaissance Conservera le souvenir, Et je puis assurer d'avance Que de notre douce existence Il embellira l'avenir. Pourrions-nous, en effet, tous les jours de la vie, Oublier ce jour glorieux Où nous eûmes la noble envie De nous surpasser à vos yeux ! De même que l'on voit éclore. Aux rayons du soleil la verdure et les fleurs, Vos suffrages, messieurs, Laisseront dans nos coeurs La désir de mieux faire encore. Messieurs,

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.