Comédie · 1663

Le portrait du peintre

d’Edme Boursault

Représentation
≈ 37 min
Distribution
2 femmes, 7 hommes
Répliques
337
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Comte H 75 ≈ 8 min 6
Le Chevalier Dorante H 59 ≈ 6 min 3
Damis H 67 ≈ 6 min 7
Amarante F 56 ≈ 5 min 7
Clitie F 22 ≈ 5 min 5
Lisidor H 14 ≈ 3 min 1
La Marquise Oriane H 33 ≈ 2 min 3
Petit-Jean H 8 ≈ 1 min 3
La Ramée H 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Le Comte absentabsentabsent
Le Chevalier Dorante absentabsentabsentabsentabsentabsent
Damis absentabsent
Amarante absentabsent
Clitie absentabsentabsentabsent
Lisidor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Marquise Oriane absentabsentabsentabsentabsentabsent
Petit-Jean absentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Clitie, Damis

Clitie

Ma Cousine s'habille, et je viens vous apprendre Qu'elle a bien du regret de vous tant faire attendre ; Car de votre présence elle aura du plaisir ; Pour venir vous le dire elle a su me choisir. Votre retour la charme, et sa joie est extrême.

Damis

La charmante Clitie est toujours elle-même, Toujours l'âme sensible, et le coeur obligeant, Il ne sort de sa bouche aucun mot affligeant. Plût au Ciel qu'en revanche une fille si belle En semblable rencontre eût besoin de mon zèle ! Il n'est soins ni devoirs que ne dût éprouver...

Clitie

Patience ; Il n'est rien qui ne puisse arriver, Je me sens dans un âge à ne plus guère attendre, Vous avez un cousin dont le coeur paraît tendre, Et s'il était d'humeur à languir sous ma loi Ce que je fais pour vous, vous le feriez pour moi. Quand ma cousine aussi daigne ouïr ma harangue À lui parler de vous je prépare ma langue ; De mon zèle assidu son esprit est confus ; Eussiez-vous des défauts, j'en ferais des vertus ; Je la charme par là (car je sais par moi-même Qu'on oblige une fille en louant ce qu'elle aime, Et que lorsqu'un amant s'est rangé sous nos lois, Qui nous vante sa grâce applaudit notre choix.) J'ai cent fois d'Amarante affermi la tendresse, Et du courtois Damis si j'étais la maîtresse, Peut-être que...

Damis

Peut-être en amour n'est pas bon, Vous m'aimeriez peut-être, et peut-être que non : Quand d'un coeur une fois l'amour s'est rendu maître, Il ne veut rien devoir au secours d'un peut-être, Et quand d'une maîtresse on souhaite la main, Un bonheur dont on doute est un malheur certain. De ma chère Amarante un semblable peut-être...

Clitie

Amarante vous aime, et j'ai su le connaître, À pouvoir de sa bouche arracher cet aveu, Vous n'aurez point de peine, ou vous en aurez peu : Adieu mon cher ; souffrez qu'un moment je vous laisse, Je viendrai vous rejoindre avec votre maîtresse, À certaine Marquise elle donne à dîner Et touchant ce repas j'ai quelque ordre à donner : Entre amis tout s'excuse, et chacun s'accommode...

Damis

Je m'en vais ; je vois bien que je suis incommode, Sur le soir Amarante aura plus de loisir...

Clitie

Vous n'auriez qu'à nous faire un pareil déplaisir, Ma charmante cousine en serait si surprise...

Damis

Mais paraître en désordre auprès d'une Marquise, M'exposer de la sorte à des yeux délicats !

Clitie

Si Damis l'appréhende il ne la connaît pas : Vous ne vîtes jamais dame plus incommode, Jusqu'au ton de la voix elle observe la mode, À la nature même elle impose des lois, En user autrement c'est sentir le bourgeois, Jamais ce qui vous plaît n'a l'honneur de lui plaire, Ce qu'on croit naturel lui paraît trop vulgaire, Et c'est à cette belle une espèce d'affront Que de boire et manger comme les autres font. Aussi quoi qu'elle fasse à toute heure on la joue, Mais alors qu'on la raille elle croit qu'on la loue, Elle tourne à son gré tous les mots qu'on lui dit, Si l'on rit de la voir c'est que l'on l'applaudit, Quand on la contrefait elle croit qu'on l'imite, Elle affecte des mots qu'elle seule débite, Et comme si son âme agissait par ressorts Son esprit se démonte aussi bien que son corps. Sur tout ce qui la choque on sait bien qu'elle glose, Mais lui plaire, et déplaire est une même chose, Vos soupirs à ses yeux ne sont pas adressés, Amarante vous aime, et cela c'est assez. Jusqu'au revoir.

Damis

Ma joie est enfin apparente...

Scène 2

Le Comte, Damis

Le Comte

Oh quelqu'un, fait-il jour chez la belle Amarante ? Ah, Ah, c'est toi Baron, ne fais pas le surpris ; Et depuis quand, mon cher, es-tu donc à Paris ? Parbleu de ton voyage il faut dire la cause ; Entrons.

Damis

Tu peux entrer, mais pour moi je ne l'ose. On habille Amarante, et je viens de savoir Que dans quelques moments j'aurai l'heur de la voir, Par respect l'un et l'autre attendons qu'elle sorte. Mais peut-on me connaître à me voir de la sorte ?

Le Comte

Parbleu, Baron, tout autre y serait attrapé ; Te voilà Dieu me damne, assez bien équipé, Têtebleu ! Des collets de dentelle de Flandre ! Justice.

Damis

Quoi...

Le Comte

Parbleu, je ne veux pas t'entendre, Justice, Baron.

Damis

Mais...

Le Comte

Mais Justice.

Damis

Dis-moi...

Le Comte

Si tu m'en crois, Mon cher, ne va pas chez le Roi, Tu n'entrerais jamais dans la Salle des Gardes Qu'il ne plût sur ton nez plus de mille nasardes.

Damis

Quoi les Gardes...

Le Comte

Baron, moi qui te parle, moi, Je te dis en ami, si tu vas chez le Roi Que tu n'entreras point sans un point de Venise.

Damis

Et s'il arrivait donc que par une surprise...

Le Comte

Quelque sot ! Sur mon âme on ne me surprend point, J'ai parbleu dépensé dix mille écus en point. Mais le bon de cela, Baron, quand je m'ajuste Pour me tirer du pair je calcule si juste Que parbleu, notre ami, chez les gens comme toi Quand la mode commence elle est vieille pour moi. Il me serait beau voir les dentelles de Flandres !

Damis

N'ai-je que ce défaut que tu puisses reprendre ? De ces riches collets si tel est le pouvoir Aussi bien comme toi j'ai moyen d'en avoir : Mais dis-moi dans Paris n'a-t-on pas la franchise ? Ce qui fait l'honnête homme est-ce un point de Venise ? C'est un faible avantage à ces gens du bel air Qu'emprunter du secours pour se tirer du pair : Quand d'un sang assez bon nous avons l'heur de naître Notre éclat naturel nous doit faire paraître : C'est mon sentiment, Comte, et tu dois m'avouer...

Le Comte

Dieu me damne, Baron, tu te feras jouer, Prends garde à toi.

Damis

Pourquoi ?

Le Comte

Pourquoi !

Damis

Daigne me dire...

Le Comte

Par ma foi cher Baron, ton pourquoi me faire rire, Il est bon.

Damis

Mais pourquoi...

Le Comte

Continue.

Damis

Apprends-moi...

Le Comte

On te jouera, te dis-je, Hé demande pourquoi Je t'en prie, Allons donc, soutiens ton caractère.

Damis

Ou sois plus raisonnable, ou bien songe à te taire.

Le Comte

On te jouera.

Damis

Dis donc quel sujet on aura...

Le Comte

On te jouera, Morbleu, parce qu'on te jouera.

Damis

Mais...

Le Comte

Mais prends garde à toi, car nous avons un homme Qui fait mieux des portraits que les peintres de Rome ; Il vous dépeint, Morbleu, mais je dis traits pour traits ; Il est vrai, quelques sots ne s'en doutent jamais ; Quoi que des spectateurs tous les traits y paraissent, Plus ils sont ressemblants, moins ils les reconnaissent ; Ce qu'on a fait pour eux leur paraît pour autrui, Et tel y rit souvent de voir rire de lui.

Damis

À ce compte, ce peintre en badins vous érige ? Mais se voit-on jouer sans que l'on se corrige ? En est-il d'assez sots pour ne pas s'abstenir...

Le Comte

S'il est des sots, ma foi tu m'en fais souvenir Des sots ; Pour t'en montrer, et de plus d'une espèce. Si tu veux dès tantôt nous irons voir sa pièce, Mais il faut, notre Cher, me promettre ce point Si tu vas autre part que tu ne riras point.

Damis

Pourquoi cela ?

Le Comte

Pourquoi ? Je ne puis te le dire, On m'a dit seulement que c'est là qu'on va rire, Et j'ai fait, têtebleu, des serments qui tiendront De ne rire jamais qu'où les autres riront.

Damis

Moi qui hais ta manière, et qui suis équitable, Je ris quand j'ai de rire un sujet raisonnable, Et je tiens que tout homme à moins d'être brutal Doit rire de la chose, et non pas du signal. Car tu ris de voir rire, et ma foi je parie...

Le Comte

Et de quoi donc Baron, prétends-tu que je rie ?

Damis

De quelque endroit risible où paraisse l'esprit.

Le Comte

Parbleu l'endroit risible est l'endroit où l'on rit, Je le soutiens.

Damis

Soutiens, je suis prêt d'y souscrire ; Mais rit-on de l'endroit quand on rit d'y voir rire ? Pour juger d'un ouvrage il faut lire...

Le Comte

En effet ; Et voit-on en lisant les grimaces qu'on fait ?

Damis

Cette Pièce...

Le Comte

Ma foi j'en ai fait deux lectures, Mais je n'y puis trouver ces plaisantes postures, Eh, parlez, dépêchez, vite, promptement, tôt. On appelle cela réciter comme il faut. Verra-t-on en lisant, fût-on grand philosophe, Ce que veut dire un « Ouf » qui fait la catastrophe ? Baron « Ouf » ! Que dis-tu de ce « Ouf », placé là ? Par ma foi, cher Baron, il faut voir tout cela, Viens-y tantôt, mon fils, tu verras si j'impose. Mais venons au voyage, et m'en apprends la cause, On habille Amarante, et tu peux en deux mots...

Damis

Sa divine beauté m'a ravi le repos, De l'oser déclarer la douceur m'est permise, Chacun sait qu'à Damis Amarante est promise. Et depuis mon départ jusques à mon retour Mille écrits de sa main ont flatté mon amour. La voici.

Scène 3

Amarante, Le Comte, Clitie

Amarante

Demeurez pour nous donner des sièges.

Le Comte

Notre ami le Baron est tombé dans vos pièges, Comment Diable, il vous aime, et vous n'en disiez rien, Finette !

Amarante

Je croyais que vous le saviez bien. Damis m'aime, je l'aime ; en est-ce assez ?

Clitie

Cousine Il n'appartient qu'à lui d'aimer à la sourdine ; La Marquise d'Oriane a des appas si doux...

Le Comte

À propos d'Oriane, elle dîne chez vous, J'y dîne aussi, ma chère, et je suis de la bande, Sans façon.

Amarante

Trop d'honneur.

Scène 4

Petit-Jean, Amarante, La Marquise Oriane, Damis, Clitie, Le Comte

Petit-Jean

Madame, on vous demande.

Amarante

Nous voulons être seuls, retourne sur tes pas, Si c'est quelque fâcheux dis que je n'y suis pas.

La Marquise Oriane

La voit-on, Madame ?

Petit-Jean

Oui, mais je crains qu'elle crie. Si vous êtes fâcheuse elle sera sortie.

La Marquise Oriane

Dis que c'est Oriane.

Petit-Jean

Attendez donc un peu, Voilà qui c'est Madame, entrera-t-elle ?

Amarante

Ô Dieu, C'est Madame !

La Marquise Oriane

Servante à ma toute adorable.

Amarante

Holà, qu'on se dépêche et qu'on couvre la table, Puisque voilà Madame, il est temps de servir. Chacun se sied.

La Marquise Oriane

Quel est ce gentilhomme, il est fait à ravir ?

Amarante

C'est le Baron Damis.

La Marquise Oriane

À qui vous devez être, Madame ?

Amarante

Oui, Madame.

La Marquise Oriane

Ah, je veux le connaître.

Damis

N'eût été que j'ai craint de vous être suspect J'eusse précipité l'offre de mon respect, Madame, et désormais je prétends que mon zèle...

La Marquise Oriane

Certes sa miniature est parfaitement belle.

Clitie

Miniature ! Mon Dieu que ce mot est bien dit, Et qu'il faut pour le dire avoir bien de l'esprit ! Je suis au désespoir de ne pas le comprendre.

Le Comte

Elle n'aperçoit pas ta dentelle de Flandres, Baron.

La Marquise Oriane

Oh mon Dieu fi ! Chez le monde choisi Des beautés à la mode il faut être saisi ; La plus claire dentelle est la plus en usage, Et le point de Venise assaisonne un visage.

Clitie

Cousine, que Madame a de jolis détours, Et que cet assaisonne assaisonne un discours ! En effet, fi ! Votre âme est une malapprise ; Comment, faire l'amour sans un point de Venise !

Damis

Pour être en galant homme il faut donc de ce point.

Le Comte

Je l'ai dit, Dieu me damne, et ne m'en dédis point, Il en faut pour paraître, et de plus notre singe Fait un nouveau tableau qui sera tout de linge. Je ne t'en avertis que de peur d'accidents, S'il te voit sur mon âme il te mettra dedans. Rien n'échappe à sa plume, et dedans sa critique Il n'est point de gros dos que sa langue ne pique : À jouer tout le monde il a tant de penchant...

La Marquise Oriane

Hay, hay, hay !

Amarante

Qu'avez-vous ?

La Marquise Oriane

Que vous êtes méchant Monsieur le Comte ?

Le Comte

Moi ?

La Marquise Oriane

Je n'en puis plus, vous dis-je.

Amarante

Oh quelqu'un.

La Marquise Oriane

Ne bougez.

Amarante

J'ai peur qu'on vous néglige, Un si prompt accident vous peut être fatal.

La Marquise Oriane

Il m'a fait souvenir que je me porte mal. Hier dans une visite il se trouva des Dames Qu'Alcidon régala de L'École des Femmes ; Et qui d'intelligence avecque mon destin Ne voulurent jamais en entendre la fin : Comme si pour me perdre elles eussent fait pacte On fit cesser la pièce après le second acte, Et je ne remarquai des risibles endroits Que celui de la soupe où l'on trempe les doigts. Dans un chagrin mortel ce caprice me plonge.

Clitie

Voyez, comme les maux viennent sans qu'on y songe.

Le Comte

Dans mon âme j'enrage.

Amarante

Et pourquoi ?

Le Comte

Tout exprès, La Marquise y courait pour voir le « Le » d'Agnès.

La Marquise Oriane

Je l'ai vu, que je l'aime, et que j'en suis contente ! Ce « Le » c'est une chose horriblement touchante ; Il m'a pris « Le »... ce « Le » fait qu'on ouvre les yeux.

Le Comte

Oui, ce « Le » Dieu me damne est un « Le » merveilleux : Quand je vis que l'actrice y faisait une pose Je crus que l'innocence allait dire autre chose. Et le ruban, ma foi je ne l'attendais pas.

La Marquise Oriane

Et ce « Le », pour Madame eût-il beaucoup d'appâts ?

Amarante

J'en dirais mon avis en pouvant m'en défendre, Mais qui s'en ressouvient prit plaisir à l'entendre ; Et moi de qui l'esprit s'en est peu soucié À peine l'eus-je appris que je l'eus oublié.

La Marquise Oriane

À le revoir pour moi je serais toute prête, Ce « Le » toute la nuit m'a tenu dans la tête Ma chère ; aussi ce « Le » charme tous les galants.

Le Comte

En effet, j'en vois peu qui ne donnent dedans, La beauté de ce « Le » n'eut jamais de seconde.

Clitie

Il est vrai que ce « Le » contente bien du monde ; C'est un « Le » fait exprès pour les gens délicats.

Amarante

Elle est maligne, au moins, ne vous y fiez pas. Car je sais que ce « Le » lui paraît détestable.

Clitie

Il est vrai, ma Cousine, il me semble effroyable, Mais ce « Le » par Madame est si bien appuyé Que je meurs de regret qu'il nous ait ennuyé, Le parti qu'elle prend est celui que j'embrasse, Tout ce que dit Madame est de si bonne grâce Que je veux la prier de ne pas s'irriter Si je fais mes efforts pour la bien imiter. Sa galante façon s'insinue en mon âme.

La Marquise Oriane

Oh Madame !

Clitie

Oh Madame !

La Marquise Oriane

Oh Madame !

Clitie

Oh Madame !

La Marquise Oriane

Quoi me railler chez vous, Madame, ah je vois bien...

Clitie

Vous le dites, Madame, et vous n'en croyez rien.

La Marquise Oriane

Assurément Madame...

Clitie

Assurément...

Le Comte

Marquise Savez-vous quelles gens le matois satirise ? Des Marquis.

Damis

Des Marquis ! Il aspire si haut...

Le Comte

Je t'en vais montrer trois chapitres comme il faut ; J'ai la clef de sa pièce.

Amarante

Imprimée.

Un Laquais vient, et le Comte lui dit.

À Damis.

Le Comte

Imprimée. Oh ! Mes Laquais, Picard, Béarnais, la Ramée. Sous la tapisserie, au-dessous du miroir Tu verras cette clef, je l'y mis hier au soir ; Je croyais, palsembleu, mériter ta croyance Baron.

Damis

Quand une chose a si peu d'apparence...

Le Laquais sort.

À Damis.

Le Comte

Va quérir cette clef, et me l'apporte ici. Incrédule Baron tu seras éclairci. Mais...

Amarante

Mais quoi ? Du Critique on connaît la coutume. À ma Muse peut-être il donne un coup de plume ; Avouez ; vous riez, je le verrai bientôt.

Le Comte

« Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut », C'est vous.

Amarante

C'est moi ?

Le Comte

C'est vous.

Amarante

Ce n'est pas qu'il m'importe, Mais l'Auteur est hardi d'en user de la sorte, Il me doit du respect, il a dû le savoir.

Scène 5

Petit-Jean, Amarante, Damis

Petit-Jean

Un monsieur est là-bas qui demande à vous voir, Madame.

Amarante

Quel est-il, ce Monsieur ?

Petit-Jean

C'est un homme.

Amarante

Et ne t'a-t-il pas dit comme c'est qu'on le nomme ?

Petit-Jean

Le Chevalier de chose... Et la...

Amarante

Qui Dorante ?

Petit-Jean

Oui.

À Damis.

Amarante

Qu'il entre. Il vous connaît ?

Damis

Oui, Madame.

Scène 6

Le Chevalier Dorante, Le Comte, Damis, Amarante

Le Chevalier Dorante

C'est lui ! Oui, c'est lui !

Le Comte

De te voir sa surprise est extrême.

Le Chevalier Dorante

Est-ce le Baron ?

Damis

Oui.

Le Chevalier Dorante

Quoi c'est toi ?

Damis

C'est moi-même.

Le Chevalier Dorante

Comment te portes-tu, vieil ami ? touche-là. Tu viens incognito voir l'objet que voilà ?

Damis

Il est vrai.

Le Chevalier Dorante

Dieu me damne il est beau comme un ange. Cet objet.

Amarante

Chevalier, mon Dieu, point de louange, Un homme comme vous Critique au dernier point Fait assez de plaisir quand il ne médit point. La critique est blâmable après tout, et j'avoue...

Le Chevalier Dorante

Ce que vous blâmez là, tout le monde le loue, Il est vrai, je critique, et je m'en trouve bien, De bien faire ma Cour c'est l'unique moyen ; La Satire est en règne et le point de Venise, Et le reste on le nomme une pure sottise.

Damis

Et pour plaire à présent il ne faut en ce cas...

Le Chevalier Dorante

Que de la médisance, et de riches rabats. Je plais aussi, Dieu sait.

Damis

Toi, plais-tu ? Chose vraie.

Le Chevalier Dorante

Si je plais ! Ce Collet est le moindre que j'aie, J'ai ma foi chez le Roi de secrets ennemis Mutinés contre moi de me voir si bien mis : Moi qui vois leur envie, et qui sais leur bêtise J'achète si souvent quelque point de Venise Que pour mieux les punir d'avoir cru m'outrager Je me ruine exprès pour les faire enrager, Dieu me damne. Vois donc si je plais. Pour médire Tu te peux informer si Dorante s'en tire. On me craint, sur mon âme, et je passe en tous lieux Pour un des Courtisans qui critiquent le mieux : Mais aussi, je fréquente et je joue à la paume Avec le médisant le meilleur du Royaume : Le compère vous drape, et vous mord en riant, C'est de nos courtisans le démon foudroyant, Il les pique !

Amarante

À la fin craint-il point qu'on s'en choque ? J'en sais un enragé dont souvent il se moque ; À son meilleur ami je veux bien l'avouer.

Le Chevalier Dorante

J'en sais vingt trop heureux de se laisser jouer : Oui, j'en sais de ravis qu'on leur fasse la guerre ; Témoins trois l'autre jour qu'on nommait du Parterre, Et qui dans une Loge où chacun les voyait Riaient comme des fous de ce qu'on les jouait. Aussi loin qu'au Critique aucune âme s'oppose Aussi doux que du lait il faut boire la chose ; On ne peut l'attaquer sans en être marri ; De tous nos Turlupins c'est un homme chéri ; Contre qui que ce soit ils prendront sa défense.

Damis

Et ces sortes de gens vous imposent silence ? Ce que Paris peut-être a de plus odieux, Des Turlupins...

Le Comte

Baron, tu pourrais parler mieux, J'en suis un.

Damis

Qui toi ?

Le Comte

Moi.

Damis

Mais l'Ami, tu te blâmes.

Le Comte

Et oui, oui. Dans la Clef de L'École des Femmes Tu verras qui de nous a le plus de raison ; Je suis le Turlupin de la moindre Maison, Tous les autres... Mais tiens, mon Laquais me l'apporte.

Scène 7

La Ramée, Le Comte, Damis, Amarante, Le Chevalier Dorante, La Marquise Oriane, Clitie

au Comte

La Ramée

Je n'ai point vu de Clef que la clef de la porte.

Le Comte

Peste le sot.

Damis

Sait-il ce que c'est que cela ?

Le Comte

Je te jure Baron qu'elle est en ce lieu-là.

La Ramée

Je gage que non.

Le Comte

Paies.

Damis

Crois-moi, Comte, allons, gage !

Le Comte

L'un de nous deux, Laquais, est un sot personnage.

La Ramée

Ce n'est pas moi, Monsieur.

Le Comte

Tais-toi donc, s'il te plaît. La Marquise l'a lue, elle sait ce que c'est.

Amarante

Mais parlez de sa Pièce, et soyez équitable, Que vous en semble ?

Le Chevalier Dorante

À moi ? Je la trouve admirable. Comment la trouves-tu, Comte ?

Le Comte

Admirable.

Le Chevalier Dorante

Et vous ?

La Marquise Oriane

Admirabilissime.

Amarante

Entre nous ?

Le Chevalier Dorante

Entre nous.

Amarante

Mais là, sans vous trahir, la trouvez-vous passable ?

Le Chevalier Dorante

Admirable, Monsieur, du dernier admirable.

Damis

Je puis, sans l'avoir vue en dire autant que toi ; Quand on loue une Pièce il faut dire pourquoi, Et tu dois nous donner une raison valable.

Le Chevalier Dorante

Par plus de vingt raisons je la trouve admirable.

Clitie

Par plus de trente.

Damis

Écoute, on te croit si tu veux, Mais de tant de raisons j'en dirais une, ou deux.

Le Chevalier Dorante

Te dirai-je pourquoi je la trouve admirable, Parce que cette Pièce est admirable.

Le Comte

Diable ! Ta raison est bonne.

Clitie

Ah !

La Marquise Oriane

J'allais le dire aussi.

Le Chevalier Dorante

Il s'en faut rapporter à Monsieur que voici, C'est un Auteur.

Scène 6

Le Chevalier Dorante, Amarante, Lisidor, Damis, Le Comte, Clitie, La Marquise Oriane

Le Chevalier Dorante

Mon cher, pour contenter ces Dames Donnez-nous votre avis sur L'École des Femmes : Vous verrez si la Pièce a pour lui des appâts.

Amarante

Oui, jugez-en.

Lisidor

Madame, on ne m'en croirait pas ; Et puis, d'en bien juger je ne suis pas capable.

Damis

Ah, Monsieur Lisidor vous êtes un fin Diable, Au succès de l'Auteur vous prenez trop de part.

Amarante

Point, Monsieur Lisidor est un homme sans fard. J'en croirai bonnement ce qu'il en voudra dire. On déteste sa Pièce, et chacun la déchire ; Pour moi qui n'y vois rien que de bien assorti Contre tous ces Messieurs je soutiens son parti. Ils ont beau l'abhorrer je la trouve admirable.

Lisidor

Votre parti, Madame est le plus raisonnable. Ce que vous soutenez tout Paris le soutient.

Le Chevalier Dorante

Bon, ma foi, c'est bien fait la Connaisseuse en tient.

Le Comte

Comme tu dis, bon.

Clitie

Bon.

Amarante

J'en parais peu marrie.

Le Chevalier Dorante

Il vous vient de payer de votre raillerie. Le Seigneur Lisidor est un homme d'esprit.

Damis

Mais Monsieur Lisidor doit prouver ce qu'il dit.

Amarante

S'il l'a fait trouver bonne il sera fort habile.

Lisidor

En vérité, Madame, il n'est rien si facile. Jamais scène plaisante eût-elle tant d'appâts Que la Scène d'Arnolphe à qui l'on n'ouvre pas ? N'a-t-on pas pour Alain une estime secrète Quand pour ouvrir la porte il appelle Georgette ?

Le Chevalier Dorante

Ah, ah, ah.

Le Comte

Quel Compère !

Le Chevalier Dorante

Il entend son métier.

La Marquise Oriane

À miracle.

Clitie

À merveille.

Amarante

Il faut...

Le Chevalier Dorante

Point de quartier, Allons, Allons.

Lisidor

Ensuite, Est-il rien qui ne plaise Dans ce que dit Arnolphe à la fille niaise ? Rien de plus innocent se peut-il faire voir ? Il arrive des champs, et désire savoir Si durant son absence elle s'est bien portée ; « Hors les Puces la nuit qui m'ont inquiétée » Répond Agnès. Voyez ce qu'elle adresse à l'auteur, Comme il sait finement réveiller l'auditeur. De peur que le sommeil ne s'en rendît le maître Jamais plus à propos vit-on puces paraître ? D'aucun trait plus galant se peut-on souvenir ? Et ne dormait-on pas qu'il n'en eût fait venir ?

Le Chevalier Dorante

Tudieu !

Le Comte

C'est raisonner.

La Marquise Oriane

Divinement.

Clitie

Courage.

Le Chevalier Dorante

Diable ! Qu'un tel ami fait valoir un ouvrage !

Le Comte

Je t'en réponds.

Lisidor

Le Grès, n'est-il pas étonnant ? Voit-on rien de si preste, et de si surprenant ? Aucun des auditeurs osait-il se promettre Qu'Agnès sût seulement ce que c'est qu'une lettre ? Et pour la lettre seule où l'on voit tant d'amour Faut-il pas que l'auteur ait rêvé plus d'un jour ? Cependant dans une heure une innocente extrême La compose, l'écrit, et la rend elle-même, Quoi qu'Arnolphe l'éclaire avec un oeil perçant ; Un pareil procédé n'est-il pas innocent ? Lui voit-on démentir son niais caractère ?

Le Chevalier Dorante

Oh, oh, Comte !

Le Comte

La peste !

La Marquise Oriane

On ne saurait mieux faire.

Clitie

Je le crois.

Damis

Mais Dorante il pouvait s'affranchir...

Le Chevalier Dorante

Hé Baron !

Damis

Si...

Le Chevalier Dorante

Ma foi, tu ne fais que blanchir. Près d'un homme si docte on fait mieux de se taire.

Lisidor

Est-il rien de si beau que l'endroit du Notaire ? Et cet endroit charmant qu'on a tant admiré Avec tout l'Art possible est-il pas digéré ? Le petit Dialogue est d'une adresse extrême ; Car ce que dit Arnolphe il le dit en lui-même, Et les moins délicats sont d'accord de ce point Qu'on ne peut pas répondre à ce qu'on n'entend point ; Cependant par un jeu dont l'éclat doit surprendre L'un ne veut pas répondre à ce qu'il doit entendre ; Et pour des deux côtés faire voir des appâts. L'autre répond sans peine à ce qu'il n'entend pas.

Le Chevalier Dorante

C'est tout dire.

Le Comte

Fort bien.

Clitie

Vivat.

La Marquise Oriane

Il extasie.

Le Chevalier Dorante

Le Seigneur Lisidor comme il se mortifie.

Amarante

Je pourrais lui répondre, et je crois entre nous...

Le Chevalier Dorante

Dieu me damne, Madame, il en sait plus que vous, Des raisons qu'il vous dit nulle n'est contestable.

Lisidor

Enfin le dénouement n'est-il pas admirable ! Le voyage d'Oronte est-il pas assuré ? Et le retour d'Enrique est-il pas préparé ? Vous m'allez alléguer que touchant cet Enrique On le tire aux cheveux pour quitter l'Amérique ; Et que durant la Pièce en aucun des endrets On ne s'aperçoit point qu'il soit père d'Agnès ; Mais il n'est point d'auteurs dont la plume m'apprenne Que dans ce qu'on attend il n'est rien qui surprenne ; Au contraire on croit beau ce qu'on trouve étonnant ; Et ce qu'on n'attend pas est toujours surprenant.

Le Chevalier Dorante

De s'en mieux démêler je dépite le Diable.

Le Comte

Répondez, Madame.

Le Chevalier Dorante

Elle ! Il est insurmontable.

La Marquise Oriane

Il oublie un endroit effroyablement bon Où l'on parle d'Agnès qui joue au Corbillon ; Pour moi quand je l'ouis mon plaisir fut extrême.

Le Chevalier Dorante

Vous verrez sur ma foi, que c'est « Tarte à la crème ».

La Marquise Oriane

Oui, c'est « Tarte à la crème », et je l'aime d'amour.

Le Comte

Parbleu « Tarte à la crème » a fait bruit à la Cour.

Le Chevalier Dorante

Pour moi, je ne vois rien qui me charme de même.

Amarante

Qu'y trouvez-vous de beau ?

Le Chevalier Dorante

Moi ? Rien. « Tarte à la crème » Madame.

Amarante

Il faut répondre, et je voudrais du moins Que de bonnes raisons appuyassent mes soins, Car enfin pour l'auteur votre zèle est extrême.

Le Chevalier Dorante

« Tarte à la crème ».

Damis

Ami, tu dois...

Le Chevalier Dorante

« Tarte à la crème » Ami.

Amarante

Quoi qu'il en pense il nous doit être égal, Il aime trop l'auteur pour en dire du mal.

Le Chevalier Dorante

Je soutiens, sans l'aimer, quoi que l'envie oppose Que sa Pièce tragique est une belle chose.

Amarante

Sa Pièce tragique ?

Le Chevalier Dorante

Oui.

Le Comte

Sa pièce tragique ?

Le Chevalier Dorante

Oui.

Amarante

Je n'ai jamais rien vu de tragique de lui.

Le Comte

Ni moi.

Lisidor

Ni moi.

La Marquise Oriane

Ni moi.

Le Chevalier Dorante

Qu'est-ce qu'il représente ?

Amarante

Nommez-vous Tragédie une pièce plaisante ?

Damis

Tu te moques de nous, Chevalier.

Le Chevalier Dorante

Pourquoi ?

Damis

Bon ; Appelle-t-on tragique un poème bouffon ?

Le Chevalier Dorante

Vous blâmez justement ce qu'il faut qu'on admire, Quoi, Morbleu du tragique où l'on crève de rire, C'est cela qu'on appelle un mélange d'appas.

Amarante

Mais le tragique est noble, et n'a rien de si bas.

Le Chevalier Dorante

Mais je sais le Théâtre, et j'en lis la Pratique ; Quand la scène est sanglante une pièce est tragique.

Le Comte

Oui.

Lisidor

Sans doute.

La Marquise Oriane

Il est vrai.

Damis

Sans contredit.

Amarante

D'accord.

Le Chevalier Dorante

Dans celle que je dis, « Le petit Chat est mort ».

Le Comte

C'est le bien prendre !

Lisidor

Oh, oh !

La Marquise Oriane

Sa remarque est certaine.

Damis

Quoi ? Le trépas d'un chat ensanglante la scène ?

Amarante

Dans une tragédie un Prince meurt, un Roi.

Le Chevalier Dorante

« Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi », Et je tiens qu'une pièce est également bonne. Quand un matou trépasse, ou quelque autre personne.

Le Comte

Tu sais le théâtre !

Lisidor

Oui.

La Marquise Oriane

Son langage est profond.

Damis

Mais...

Le Comte

Mais réponds, réponds, réponds, réponds, réponds.

Damis

Quoi...

Le Comte

Réponds donc Baron.

Damis

Tu penses me confondre, Et tu crois...

Le Comte

Par ma foi, tu ne saurais répondre.

Damis

Je ne le puis de vrai tant que tu parleras, Mais enfin si...

Le Comte

Ma foi, si tant que tu voudras. Sa raison...

Amarante

Sa raison est aisée à combattre.

Le Chevalier Dorante

Il est vrai que l'auteur n'entend pas le théâtre.

Amarante

Mais ce n'est pas l'entendre, après tout.

Le Chevalier Dorante

Oh que non ; Quand un homme en burlesque a su faire un sermon, Il me semble pourtant qu'on n'est pas malhabile ; L'Auteur prend l'agréable, et le joint à l'utile ; À ce que veut le peuple il se rend complaisant ; Et le force de rire en le catéchisant.

Le Comte

Tudieu ! Tu l'entends.

Lisidor

Oh.

Damis

Tu n'as rien dit qui vaille.

Le Chevalier Dorante

Pourquoi Baron ?

Amarante

Pourquoi ? Retournons la médaille. Outre qu'un Satirique est un homme suspect, Au seul mot de Sermon nous devons du respect : C'est une vérité qu'on ne peut contredire ; Un Sermon touche l'âme, et jamais ne fait rire ; De qui croit le contraire on se doit défier ; Et qui veut qu'on en rie en a ri le premier.

Le Comte

C'est mal répondre !

Lisidor

Puth.

Le Chevalier Dorante

Pitoyable critique !

Damis

Dites donc ce que c'est que d'être satirique ?

Le Chevalier Dorante

Que d'être Satirique ?

Damis

Oui.

Le Chevalier Dorante

C'est satiriser.

Amarante

Oui, mais satiriser c'est railler ; mépriser ; Ainsi pour l'obliger quoi que vous puissiez dire, Votre ami du Sermon nous a fait la Satire ; Et de quelque façon que le sens en soit pris, Pour ce que l'on respecte on n'a point de mépris.

Le Comte

Bagatelle !

Damis

Mais Comte, après tout je m'engage...

Le Comte

Je serais bien fâché de t'ouïr davantage, Tu m'as trop fatigué par tes sottes raisons.

Amarante

Il ne peut rien répondre à ce que nous disons ; Mais Dorante sait bien qu'on ne peut mettre en doute.

Le Chevalier Dorante

Moi ; Je n'écoute pas si le Comte n'écoute.

Damis

Tu sais...

Le Comte

Je n'entends pas.

Amarante

Je crois...

Le Chevalier Dorante

Ni moi non plus.

Damis

Mais...

Le Comte

La, la, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la.

Amarante

Quoi...

Le Chevalier Dorante

La, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la.

Damis

Si...

Le Comte

La, la, la, la, la, lare, la, la, la, la, la, la, la, la.

Amarante

Vous...

Le Chevalier Dorante

La, la, la, lare, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la.

Damis

Ma foi vous me rendez confus.

Amarante

Pour moi, je les écoute, et je les étudie, Car il faut de ceci faire une Comédie ; Je crois que dans son genre elle aurait ses appâts.

Le Chevalier Dorante

À ce dessein, ma foi, je ne m'oppose pas, Car je sais que mon rôle y serait raisonnable.

La Marquise Oriane

Le mien y serait court, mais assez agréable.

Lisidor

Et le mien, ce me semble y serait assez bon.

À Amarante.

Le Comte

Pour Damis, à merveille il ferait le bouffon, La Sottise en sa bouche est placée en son centre. Vous savez composer, travaillez-y.

Amarante

Moi ? Diantre, Je n'ai garde.

Le Chevalier Dorante

Et qui donc, la fera comme il faut ?

Amarante

Un garçon que je sais qu'on appelle Boursault...

Le Comte

Je le connais, Pécore.

Damis

Il est bien chez la Muse.

Le Comte

Il s'amuse à la Muse, et la Muse l'amuse.

Amarante

Mais les vers de Boursault sont assez bien choisis.

Le Comte

Je le soutiens, Madame, un Butor parisis, Une grosse pécore, une pure mazette.

Damis

Mais où la jouerait-on quand Boursault l'aurait faite ?

Amarante

À l'Hôtel de Bourgogne, où les plus délicats...

Le Chevalier Dorante

Ah, Je vous promets bien qu'on ne l'y jouera pas : Le Critique est à craindre, on a peur qu'il n'éclate, Et l'Hôtel de Bourgogne a passé sous sa patte. S'ils étaient avisés de vouloir le bourrer, Où les pauvres acteurs pourraient-ils se fourrer ? Toute la Normandie a-t-elle assez de pommes Pour jeter à la tête à ces malheureux hommes ? Ils ne le feront pas, je te le dis encor, Dieu me damne.

Damis

Écoutez, je connais Floridor, Je prendrai son avis si cela se peut faire, Et je vous l'enverrai s'il vous est nécessaire. Un petit dénouement est utile à cela, Que faire ?

Scène 8

Petit-Jean, Amarante

Petit-Jean

On a servi, Madame.

Amarante

Le voilà, Je le donne à l'épreuve au plus grand Satirique, C'est de cette façon que finit la Critique, Et les plus dégoûtés trouveront des appâts Quand après du comique ils auront un repas.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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