Comédie · 1833 · 4 actes

Les aventures de Ninette

de [Anonyme]

Représentation
≈ 10 min
Distribution
3 femmes, 3 hommes
Répliques
82
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Ninette F 32 ≈ 3 min 1
La Maman F 17 ≈ 3 min 3
Henri H 12 ≈ 1 min 1
Un Paysan H 4 ≈ 1 min 1
Un Marchand de Tisane H 6 ≈ 1 min 1
Première Petite Fille F 6 ≈ 1 min 3
Deuxième Petite Fille N 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Tableau No 1Tableau N°2Tableau N° 3Tableau N° 4
Ninette absentabsent
La Maman absent
Henri absentabsentabsent
Un Paysan absentabsentabsentabsentabsent
Un Marchand de Tisane absentabsentabsentabsentabsent
Première Petite Fille absentabsentabsent
Deuxième Petite Fille absentabsentabsentabsent
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Tableau No 1

Scène 1

La Maman, Ninette

La Maman

Si tu t'y prends comme ça, Ninette, tu couperas tes doigts au lieu de la ceinture de ta poupée.

À sa poupée.

Ninette

Oh ! Non , maman, je ne suis pas si bête. Voyons, Mademoiselle, tenez-vous tranquille ; il faut bien vous mettre une ceinture neuve pour aller au bois de Boulogne, quoique vous ne soyez guère sage. Comptons un peu ; vous êtes malpropre, gourmande, entêtée, et colère, colère ! comme un petit dindon.

La Maman

Vraiment ? Est-ce que cette petite fille-là s'appellerait aussi Ninette ? J'en connais déjà une de ce nom qui a ces défauts.

Ninette

Vous voulez rire, maman. Moi je n'ai jamais vu que ma poupée comme cela.

La Maman

Tu crois ! Cherche bien ; mais prends donc garde, Ninette, tu vas te blesser.

En parlant, elle s'enfonce les ciseaux dans la main, crie, jette les ciseaux et sa poupée par terre avec fureur, puis son panier, puis sa chaise, toujours en pleurant et trépignant des pieds.

Ninette

Oh que non ! Il n'y a pas de danger.

La Maman

Ninette, taisez-vous tout de suite et ramassez vos joujoux.

Ninette

Ça me fait mal ! Ah ! aie ! aie !

Ninette, au lieu de répondre, frappe du pied sur les ciseaux et les brise.

La Maman

Si vous écoutiez ce qu'on vous dit, cela ne vous serait pas arrivé. Ramassez vos joujoux, Mademoiselle, et rendez-moi mes ciseaux.

La Maman

Vite, vite, au cabinet noir et en pénitence jusqu'à demain matin.

Ninette

Mais, maman, nous devons faire une partie au bois de Boulogne : vous n'y pensez donc plus ?

La Maman

Si fait, mais j'irai sans vous. Votre cousin Henri est très sage, je le mènerai avec moi.

Ninette

Maman ! Maman ! Pardonnez-moi, je ne le ferai plus.

La Maman

Non, vous êtes trop méchante. Pour cette fois vous serez mise en pénitence.

Ninette

Grâce, grâce, ma petite maman.

La Maman

C'est inutile ; je suis fâchée tout de bon.

Ninette

Vous voulez donc que je meure de chagrin, que vous me laissez à la maison pendant que vous irez vous promener avec Henri.

La Maman

Vous ne mourrez pas de chagrin ; mais je ne veux pas mener au bois de Boulogne une petite fille entêtée et colère.

Ninette

Et celle qui ne serait que malpropre et gourmande, la mèneriez-vous, Maman ?

Ninette saute au cou de sa maman, qui l'embrasse ; ensuite on met un petit linge autour de son doigt piqué, et il n'y paraît plus.

La Maman

Voilà une capitulation à laquelle je ne m'attendais pas. Allons, ramasse tes joujoux, viens m'embrasser; et, si d'ici à ce soir tu ne fais pas de nouvelles sottises, tu viendras au bois.

Tableau N°2

Scène 2

Ninette, Henri, La Maman

Ninette

En avant, en avant, Manon, puisque c'est ainsi que ton maître t'appelle. Marche, trotte, galope ; ah ! Que tu es paresseuse, vilaine. C'est si gentil de courir ; moi, je déteste marcher tranquillement, et je ne conçois pas pourquoi cet âne s'obstine à aller d'un pas si grave ; cela devrait l'amuser davantage de galoper. Hue ! donc, Manon ! Henri, donne-moi une branche plus dure, pour que je le fouette fort.

Henri

Laisse-moi donc tranquille, tu vois bien que le mien est méchant.

Elle frappe sur les oreilles de l'âne qui rue.

Ninette

C'est que tu ne sais pas le conduire. Regarde comme je me tiens droite. Attends. Je vais faire aller ton âne.

Henri

Finis donc, Ninette, je tomberai ; c'est sûr, encore que tu as voulu prendre ce petit chemin, et nous séparer des autres. Retournons par là. J'entends la voix de ma tante qui nous appelle.

Ninette

Mon Dieu, mon Dieu, n'as-tu pas déjà peur ? En vérité, je n'ai jamais vu d'homme aussi poltron.

Henri

Ni moi de petite fille si jacasse.

Ninette

Comment as-tu dit ?

Henri

J'ai dit ce que j'ai voulu. Il n'est pas honnête de faire répéter, Mademoiselle.

En parlant ainsi, Ninette ramasse des crottes de chèvres qui sont sur une petite butte le long du chemin.

Ninette

Tu n'oserais pas, peureux. Conduis donc mieux ta monture. Quel cavalier de malheur ! On dirait un chat maigre monté sur un bâton.

Henri

Jacasse ! Jacasse ! Tu n'es qu'une jacasse.

Ninette

Voilà pour ta peine.

Henri

Ah ! La vilaine malpropre !

Henri veut faire galoper son âne pour se sauver ; mais l'animal rétif se regimbe, rue, renverse son cavalier, et s'enfuit à travers le bois. L'enfant tombe sur une racine d'arbre, qui lui fait saigner le nez.

Ninette

Tiens, tiens, j'en ai encore.

Ninette

Maman, maman, au secours ! Mon cousin est tué ! Maman, maman !

La Maman

Mon Dieu ! Qu'est-il donc arrivé ? C'est la voix de Ninette. Courons. Mon Dieu, mon Dieu ! Qu'as-tu donc, ma fille ?

Tableau N° 3

Ninette, Montée sur Son Âne ; un Marchand de Tisane, un Paysan

Un Marchand de Tisane, Un Paysan, Ninette, La Maman, Henri

Un Marchand de Tisane

Regardez donc cette petite fille qui va toute seule sur un âne ; c'est pourtant défendu ; il doit y avoir toujours un conducteur pour éviter les accidents.

Un Paysan

Je crois ben, l'âne est de chez Jean-Pierre. Y n'y a qu'un instant que son rouget vient de flanquer par terre un petit garçon de la même compagnie, qui courait sans le guide. J'ai entendu la maman qui défendait à celle-là de s'éloigner davantage ; mais il paraît que la jeunesse a une tête qui n'est pas de ces plus commodes, tout enfant qu'elle est.

Un Marchand de Tisane

Dites donc, Claude, si nous faisions peur à c'te petite pour lui apprendre à désobéir !

À Ninette.

Un Paysan

Oui, amusons nous un peu ; mais ce qui vaudrait le mieux, arrêtons-là, mettons l'âne en fourrière. Ce sont des bourgeois, ils paieront l'amende. Ah hie ! La petite demoiselle, où allez-vous dont comme cela ?

Ninette

Qu'est-ce que cela vous fait ? Je me promène.

Un Marchand de Tisane

Oui-dà ! Mais on ne se promène pas à âne dans le bois de Boulogne sans avoir un conducteur.

Ninette

Pourquoi donc, s'il vous plaît ? Les ânes s'y promènent bien tout seuls, puisque vous y voilà.

Un Paysan

Oh ! La commère, vous a-t-elle une langue ! Il ne s'agit pas de cela, vous allez descendre pour que je mène l'âne chez le commissaire.

Ninette

Je ne veux pas descendre, moi.

Un Marchand de Tisane

C'est ce que nous allons voir.

Le marchand s'approche pour prendre Ninette, qui lui donne un coup de houssine sur la figure. L'homme s'éloigne, en disant :

Ninette

Maman, maman !

Le paysan veut à son tour prendre Ninette ; mais l'âne, qui s'impatiente, commence à sauter et lancer des ruades à droite et à gauche. Le paysan, pour en éviter une dans le ventre, se retourne et la reçoit dans le derrière. Ninette, qui, pendant ce débat, n'a cessé de crier Maman ! pique son âne et se sauve en disant :

Un Marchand de Tisane

La petite masque ! Une ligne plus haut, elle me tirait l'oeil.

Ninette

Attrappe, attrappe, c'est bien fait.

Un Paysan

Arrêtez, arrêtez !

Un Marchand de Tisane

Oui, oui, arrêtez-la, menez-la chez le commissaire, l'amende sera bonne. Arrêtez, arrêtez !

La Maman

Encore Ninette qui fait quelques sottises ; quel enfant ! Quel enfant !

Henri

Ma tante, ma tante, venez vite ; c'est Ninette qu'on veut prendre.

Tableau N° 4

Ninette, Henri, Première Petite Fille, Deuxième Petite Fille

Ninette, Henri, Première Petite Fille, Deuxième Petite Fille

Ninette

N'entends-tu pas remuer les assiettes ? Je crois que l'on dîne ?

Henri

Ah ! Te voilà bien, craignant toujours de perdre une bouchée.

Ninette

Tiens, j'ai faim.

Henri

Tu sais bien que le restaurateur a dit que le dîner ne serait prêt que dans une heure : ainsi jouons encore un peu en attendant.

Ninette

À quoi jouer ? Dis donc, Henri, si j'allais demander à ces petites demoiselles de venir jouer avec nous ? Elles ont des joujoux, un cerceau, une corde, un pantin.

Henri

Va, si tu n'es pas honteuse.

Elle s'approche des petites filles, et leur fait une belle révérence.

Ninette

Ah ! Bien oui, honteuse. Mesdemoiselles, voulez-vous jouer avec nous ?

Première Petite Fille

Nous voudrions bien, mademoiselle ; mais vous avez avec vous un petit monsieur, et nous ne jouons pas avec les petits messieurs.

Se baissant et parlant en confidence :

Ninette

Que cela ne vous empêche pas ; c'est mon cousin ; il est doux comme une petite fille. C'est toujours moi qui l'égratigne, jamais il ne se revanche.

Deuxième Petite Fille

C'est gentil ça ; mais je vais tout de même demander la permission à maman.

Ninette

Revenez bien vite, mademoiselle ; tu rapporteras aussi tes joujoux.

La première petite fille va à sa maman qui est assise devant le café y elle revient tout de suite avec la permission de jouer. Henri se rapproche.

Première Petite Fille

Oui, oui; tiens, donne la main à ma petite soeur, de crainte qu'elle ne tombe.

Ninette

À quoi allons-nous jouer ?

Henri

À courir.

Première Petite Fille

Ah ! Non, à cause de ma petite soeur qui ne pourrait pas courir avec nous.

Ninette

Au cerceau ?

Deuxième Petite Fille

Nous n'en n'avons qu'un ; et ma petite soeur pleurerait pour l'avoir.

Ninette saisit le pantin, tire les cordes, mais elle ne peut pas le faire aller. La première petite Fille et Henri veulent lui indiquer comment il faut s'y prendre, elle les repousse.

Ninette

Eh bien ! Prête-moi ton pantin, je vais le faire danser.

Henri

Prends garde, Ninette, tu vas faire encore quelques sottises.

Première Petite Fille

Mon Dieu, mademoiselle, vous casserez mon pantin si vous tirez si fort.

Elle secoue les cordes avec colère, crie deux ou trois fois, trépigne des pieds y et déchire le pantin en morceaux. Les deux petites filles pleurent.

Ninette

Laissez-moi tranquille. Bête de pantin ! Que c'est ennuyeux !

Scène Deuxième

La Maman, Deuxième Petite Fille, Première Petite Fille

À la première petite-fille.

La Maman

Ninette, Ninette, vous ne serez donc jamais sage ? Je suis désolée, mademoiselle, de n'avoir pas un autre pantin à vous offrir ; mais cette méchante petite fille que voilà a apporté ici une assez jolie poupée toute neuve et bien habillée ; voulez-vous l'accepter en échange du jouet qu'elle vous a brisé.

Deuxième Petite Fille

Si maman le permet, madame.

La première petite fille va à sa maman, Ninette pleure en se cachant derrière un arbre.

La Maman

Allez le lui demander.

Première Petite Fille

Maman veut bien, madame.

La Maman

En ce cas, mademoiselle, on va vous donner la poupée.

Scène Troisième

UN HOMME avec son singe, Première Petite Fille, La Maman

Le singe obéit.

Le singe ploie les genoux.

Le singe salue en baissant les yeux.

Le singe fait la révérence de mauvaise grâce en se frottant les yeux comme s'il pleurait. Les enfants, excepté Ninette, rient aux éclats.

Le singe fait mille grimaces et gambade. Les enfants rient plus fort.

UN HOMME avec son singe

Voilà, messieurs, mesdames, le singe savant par excellence. François, saluez la compagnie. Bien, plus bas. C'est cela ; à présent faites la révérence comme une dame. Comme une demoiselle. Comme une petite fille. Comme un singe.

Elle court à sa mère, et revient avec une gaufre qu'elle donne au singe.

Première Petite Fille

Qu'il est gentil ! Je vais lui chercher un gâteau.

Le singe se dispose à obéir. Ninette, qui est restée à l'écart, est tentée par la gaufre, et au moment où le singe grimpe à l'arbre tenant sa gaufre, elle se met en devoir de lui en prendre un morceau. L'animal défend sa proie, les enfants rient, le singe mord le doigt de Ninette.

UN HOMME avec son singe

François, remerciez cette jolie petite demoiselle et montez à l'arbre pour manger.

La Maman

J'en suis fâchée, mais c'est la punition de votre gourmandise. Partager une gaufre avec un singe, quelle honte ! Venez que je mette du linge sur votre doigt. C'est la seconde fois depuis ce matin. Avouez que nous avons passé une jolie journée : l'un a le nez cassé et son linge sali par des crottes de chèvres ; j'ai donné dix francs au paysan pour ne pas aller chez le commissaire ; mademoiselle a eu son pantin déchiré ; vous avez perdu votre poupée, et à présent vous êtes blessée. Ah ! Pourquoi ai-je eu la faiblesse de mener à la promenade une petite fille entêtée, gourmande, malpropre et colère, mais colère comme un petit dindon.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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