Opéra · 1789 · 3 actes

Les sauvages

de [Anonyme]

Représentation
≈ 21 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
133
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Idamir H 28 ≈ 4 min 4
Otambo H 16 ≈ 4 min 4
Alphanor H 19 ≈ 4 min 3
Altemar N 12 ≈ 2 min 3
Louise F 12 ≈ 2 min 5
Choeur N 5 ≈ 1 min 4
Florida F 8 ≈ 1 min 4
Chérokis N 9 ≈ 1 min 4
Roanoke N 6 ≈ 1 min 3
Esraim H 4 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIII
Idamir absentabsentabsentabsentabsentabsent
Otambo absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Alphanor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Altemar absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Louise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Florida absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Chérokis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Otambo, Choeur Des Femmes, Chérokis, VIEILLARDS, GUERRIERS et FEMMES des CHÉROKIS, Esraim

Les cabanes s'ouvrent, trois lignes, la première composée de Guerriers, la seconde de Vieillards, la troisième de Femmes, sortent majestueusement du Village.

Au Soleil.

Otambo

Ô Bienfaiteur de ces climats sauvages ! Toi qu'en tout temps et sous des noms divers, L'homme doré, toi le père des âges, Brillant Soleil, auteur de l'Univers, À tes enfants accorde la lumière ; Des Illinois apaise les fureurs, Rends l'époux à l'épouse, et le frère à son frère, La paix à nos foyers, et l'amante au bonheur,

Choeur Des Femmes

De nos Guerriers hâte donc le retour, En leur faveur décide la victoire. Ah ! Puissions-nous, avant la fin du jour, Voir Artamon couvert de gloire, Se reposer dans le sein de l'Amour.

On entend dans le lointain des cris et une marche militaire.

Otambo

Des Illinois entendez-vous les cris ?.... Leur musique sombre et sauvage Nous annonce des ennemis Prêts à s'abreuver de carnage.

Chérokis

À leur rage, Opposons notre courage.

VIEILLARDS, GUERRIERS et FEMMES des CHÉROKIS

Soyez dignes de vos aïeux !

Otambo et les Vieillards gravissent la montagne.

Aux Chéròkis.

Esraim

Le partage De votre âge Est de prier les Dieux... Vendons cher notre vie, Disputons nos foyers au féroce Illinois ; Ésraim périra, mais avec la Patrie..... ËnìbuíquôriS-nous dans ce bois, Réduisons aux abois La cohorte ennemie.

Scène 2

Louise, Idamir, Alphanor, Chérokis

Guerriers Chérokis nus, ceintures de palmes, arcs, carquois, casse-tête, défilent trois à trois de la droite, et s'y développent sur une ligne. Sitôt qu'il s'ils sont formés, ceux de ma gauche, poussant un cri, sortent en mesure, sur une seule ligne, entre les arbres, la hache levée. Les armes tombent ; ils reconnaissent leurs frères. Alphanor et ses Illinois se placent devant le trophée de la droite : quatre Guerriers Illinois portent le corps d'Artamon, couvert de fourrures et de branches de cyprès, et le posent sur la pierre du centre. Les Chérokis de la gauche et de la droite se rangent et le dérobent à la vue des spectateurs. Louise et Florida arment du côté de la fontaine.

À Idamir.

Louise

Idamir ces captifs présagent la victoire. Sur les fronts abaissés de nos fiers ennemis, De mon époux brille la gloire ; Mais je sens que je frémis... D'un mot dissipe mes ennuis, Parle, éclaircis ce mystère : Qu'as-tu fait d'Artamon ? Qu'est devenu ton père ?

Idamir

Au nom des Dieux, ne m'interrogez pas.

Louise

Qu'est devenu ton père ?

Idamir

Trop cruel embarras !

Louise

Artamon est il mort ?

Idamir

Ô destin trop funeste !

Alphanor

De ton époux voilà ce qui te reste, De la main de mon père, il a reçu la mort.

Chérokis

Il ne succomba pas, il obéit au sort.

Elle s'évanouit.

Louise

Ciel !... Je me meurs... Barbare, Tu viens de me percer le sein.

Chérokis

Ton supplice se prépare...

Alphanor

Je vais périr. Ah ! Quel heureux destin !

Scène 3

Idamis, Alphanor, Florida, Idamir, Louise

QUATUOR.

FLORIDA, ESRAIM

Idamis

Ô ! Malheureuse mère, Écoute nos accents ; Aux cris touchants, De tes enfants, Reviens la lumière.

Alphanor

Ce qui les désespère Est pour moi ravissant ; Ayant vengé mon père. Je meurs, je meurs content

Florida

Tu me sauvas des horreurs de la mort, Tu m'adoptas pour fille ; Je me comptais de ta famille, Si tu ne vis, tu me rends à mon sort.

Idamir

Ô malheureuse mère...

Chérokis par des gestes à marquent leur attendrissement.

Louise

Quels sons !... Quelle douce harmonie !... Ranime en moi les souces de la vie ? Ah ! Vous obtenez tout, mon coeur vous est rendu, Je ne puis résister au cri de la Nature... Le Ciel n'a pas comblé de mes maux la mesure ! À vivre pour vous seul ce coeur est résolu.

Scène 4

Roanoke, Illinois, Florida, Idamis, Ontario, Alphanor, Otambo, Idamir, Louise, Chérokis

Roanoke

Chérokis, pourquoi tant attendre ? Les enfants d'Illinois vont voler à la mort, Trop heureux de mêler leur cendre À celle d'Alphânor...

Illinois

Terminez notre sort.

À part.

Florida

De la vertu que tu m'as fait connaître, Sur tous ces malheureux épanche la bonté ; Je naquis Illinoise... Ah ! si l'humanité Chez les Sauvages pouvait naître !

Bas.

Idamis

L'aimable Florida s'intéresse à leur fort ; Ô bonheur ! Que viens-je d'entendre ?

Illinois

Pourquoi tant attendre Ne différez plus notre mort.

Ontario

Il est temps de partir... Voici l'heure terrible, Alphanor...

Alphanor

Je l'attends et ne la presse pas. Mourir sur un bûcher, mourir dans les combats, Telle est la fin de sa course pénible De tout guerrier. Amis, je suis vos pas ; Aux douleurs, aux tourments, je suis inaccessible.

Il se fait un mouvement ; pour conduire les Illinois au supplice.

Otambo

Qu'on dresse les bûchers.

Idamir

Arrêtez, Chérokis ; Qu'en nous ces prisonniers retrouvent des amis.

Otambo

La volonté des Dieux, nos pertes, la justice, Exigent le trépas de ces hommes pervers.

Louise

Ah ! Si nos Dieux aimaient ce sacrifice, Ils règneraient sur des déserts.

Idamir

De ces Dieux que créa la féroce imposture, Les barbares de sang arrosent les autels ; Mais sur l'autel de la Nature, Le Sauvage innocent protège les mortels.

Otambo

Le trépas d'Artamon nous demande vengeance ; Pouvons-nous la différer ?

Idamir

Mon père, en expirant, demanda la clémence, Je lui promis de vous la faire aimer.

Chérokis

Tu nous a tous séduits. Une infernale rage Cède à l'humanité qui parle par ta voix ; Nous méconnaissions ses droits ; Tu viens les rétablir ; nous leur rendons hommage.

Otambo

Ils font tes ennemis...

Idamir

Eh ! Qu'importe ?

Chérokis

Vivez !

Alphanor

Qu'entends-je, oh ! Dieux. Nous, recevoir la vie, Recevoir le pardon d'ennemis détestés ! Mais que vois-je ? Quelle infamie ! Mes Compagnons font à leurs pieds ! Idamir, je vivrai. Je pars ; tu vas connaître Celui que tu viens de sauver ; Ainsi ! Si jamais je suis ton maître, Souviens-toi qu'Alpnanor ne sait point pardonner.

Il sort suivi des Illinois.

Idamir

Oublie qu'Idamir a pu te protéger.

Scène 5

Otambo, Louise, Choeur

Otambo

Du héros Artamon, l'auguste sépulture ; Chérokis, doit nous occuper ; Par nos chants de douleur attristons la nature...

Louise

Ah ! Je puis donc enfin pleurer !

Cérémonie des funérailles.

Choeur

Artamon, reçois l'hommage, Qu'on rend à la Divinité ; Quand des Dieux l'homme est l'image ; Comme eux il est adoré ; S'il en vient un plus grand, son culte est préféré ;

Acte II

Scène 1

Louise, Florida

Elle se prosterne.

Louise

Cher Artamon, daigne m'entendre, De Louise, en ce jour, apaise les douleurs ; Sur le tombeau de l'époux le plus tendre, Elle a besoin de répandre des pleurs.

Florida

Victime infortunée !

Louise

De tes enfants éloigne les malheurs ; À vivre de chagrins, si je suis condamnée, Que de la paix ils goûtent les douceurs !

Florida

Ah ! Si j'osais, j'embrasserais ma mère...

Louise

Écoute-tu ma fervente prière ?

Scène 2

Otambo, Idamir, Louise

Otambo

Pourquoi vous replonger dans les plus noirs soucis ? Ah ! bannissez une funeste image. Je viens vous apporter les voeux des Chérokis ; Ils désirent le mariage De l'aîné de vos fils.

À Florìda.

À sa mère.

Idamir

Aimable Florida... Ah ! Consentez ma mère...

Louise

C'est à vous de lui plaire.

Idamir

En ma faveur, Dispose de ton coeur ; Mais ce silence, Le dois-je à l'indifférence ? Ah ! Tu le dois au charme du plaisir !

Idamir

Quelle joie dans mon âme, Par cet aveu se fait sentir ! Florida partage ma flamme, À mon sort elle va s'unir.

Idamir et Florida aux pieds de Louise.

Louise

Que jamais de sombres querelles Ne flétrissent vos coeurs ; soyez toujours constants, Que vos ardeurs soient éternelles ! Ainsi vous répandrez le bonheur sur mes ans. Aimez Dieu, la Patrie ; écoutez la Sagesse ; Entourés de nombreux enfants, Vous jouirez d'une douce vieillesse.

Scène 3

Choeur, Esraim, Idamir

Choeur

Idamir, Esraim, remplissez vos carquois, Qu'Illinos, aujourd'hui ,rentre dans les ténèbres, Peignez-vous des couleurs funèbres Qui portent fa terreur ; que les échos des bois Frémissent de nos chants de guerre, Du sang des ennemis, allons baigner fa terre, Sur leurs corps expirants élevons nos pavois.

Esraim

Dieux ! Je vais donc, pour sa première fois, Parcourir du guerrier 1a carrière brillance.

Idamir

Amis, de ces emportements Modérés l'ardeur trop bouillante, Je vous avertirai quand il en sera temps; Le jour où brille la clémence, Est-il bien noble à nous d'appeler la vengeance ? Il ne faut pas toujours écouter sa valeur, Allons, de nos vieillards, consulter la sagesse,

Ils sortent.

Choeur

Nous lavons souvent dans les champs de l'honneur, Ses conseils ne sont pas dictés par la faiblesse.

Scène 4

Alphanor, Un Osage, Altemar

Les Osages portent d'énormes casse-têtes ; leurs cheveux peints en rouge sont entrelacés de plumes jaunes et noires. Des serpents et des peaux de tigres leurs servent de ceintures-carquois, d'écorce d'arbre, arcs et boucliers, avec la figure Dareski.

Aux Osages.

Alphanor

Braves et cher Altemar, tu ne m'as point quitté, De tous mes compagnons, toi seul m'es resté ! Illinois, en ce jour, consent à l'esclavage, Et nous sommes réduits au secours de l'Osage ; De ce peuple qui vit au fond de nos forêts, Et s'abreuve du sang des captifs qu'il a fait. Le pardon d'Idamir à fléchi le courage Des Illinois ; le front humilié, Ils portent, dans Chérok, le signe d'amitié. Braves guerriers j'abjure une patrie Qui n'a plus pour moi d'appas ; J'abandonne des ingrats Dont j'ai cent fois sauvé la vie, Et je me jette entre vos bras.

Un Osage

Tu peux compter sur nos services ; Nous allons opposer à de vains artifices, L'invincible loi du plus fort ; Nous porterons partout le carnage et la mort.

Alphanor

Leur horrible fureur en impose à ma rage.

Altemar

Cher Alphanor le sort en est jeté. J'eus préféré des nôtres le courage... Mais d'eux, hélas ! Tu fus abandonné. Ne te souvient-il plus qu'Illinos t'a chassé.

Alphanor

Des lâches Chérokis, cet affront est l'ouvrage.

Altemar

Qui pourra t'en venger mieux que le fier Osage ?

Il lit.

Alphanor

Dans une heure, au plus tard, da paix doit se jurer, Ici, sur ce tombeau... lisons ces Caractères... Artamon... Dieux vengeurs !... Ah ! c'est trop m'offenser ; Ils n'accompliront leurs infimes mystères.

Altemar

Sais-tu que ton rival épris d'une étrangère, Va dans ce même jour, Aux serments d'une paix sincère, Unir les serments de l'amour.

Alphanor

Tu ne finiras point, jour affreux qui m'éclaire, Sans avoir satisfait ma trop juste colère : Mon père... Ah! souviens-toi de ton malheureux fils, Ton Alphanor ne put te fermer la paupière ; Mais je serai fidèle à ce que j'ai promis. Grand Areski, vengeur inexorable, Divinité toujours impitoyable, Accours à tes festins, on va verser du sang. Tes autels vont fumer de plus d'un sacrifice ; À mon bras sois propice : Les plaintes des mourants, Des femmes, des vieillards, les vains gémissements Seront la pompe du supplice.

Il montre celle qui est sur le tombeau d'Artamon.

Altemar

Un courage indiscret et trop précipité, De succès plus certains a détruit l'espérance... Au nom de sa prudence, Enchaîne ta témérité ; Artamon est ici révérés... Vois-tu cette brillante armure ?

Alphanor

Que prétends-tu ?....

Altemar

M'en décorer. Dans ce bois il faut vous cacher. Laissons signer la paix ; mais lorsqu'à Floridie ; Idamir jurera de consacrer sa vie, Du fonds de ce tombeau tu me verra[s] sortir, Et d'Artamon imitant l'ombre, Je dirai d'une voix sombre : MINISTRES DE LA MORT, HÂTEZ-VOUS DE PUNIR... À ces mots, levez-vous, fondez avec furie Sur le peuple épouvanté ; Alphanor que ta main aux combats endurcie, Fasse sentît le bras d'une divinité.

Alphanor

D'un aussi grand projet tu n'eus pas la pensée ; Dans l'âme d'Artëmar, elle fut inspirée Par un Dieu...

Altemar

Tu la dois à ma vive amitié. Ne perdons pas de temps, on pourrait nous connaître.

Altemar va se cacher derrière le tombeau d'Artamon, après en avoir saisi une armure. Alphanor si cache dans le bois, derrière la statue d'Areski.

Danses Américaines.

Alphanor

Osages, dans ce bois, tenez-vous embusqués ; Dans peu les Chérokis dans ces lieux vont paraître.

Acte III

Scène 1

Otambo, Choeur

COSTUMES. IDAMIR. Bleu céleste et or à bandes, carquois d'or, pennons de flèches, blancs. OTAMBO. Blanc et pourpre; bonnet de peau blanche, orné de plumes blanches ; soleil d'or fur la poitrine, soutenu par un collier de coquillage ; bâton d'or, surmonté d'un soleil. ESRAIM. Bleu céleste, avec des fleurs ; carquois d'argent ; pennons de flèches bleues. LOUIS. Blanc, et feuilles de peuplier ; cheveux épars ; ceinture herminée ; collier de coquillages blancs et roses. FLORIDA. Argent et rose à bandes ; cheveux entrelacés de plumes blanches ; couronne de roses ; collier et pendants de coquillages roses et blancs ; bras nus, ornés de coquillages noirs. KOAHOEE. Peau, de marthe ; carquois de bois de dentelle, garni d'argent ; pennons de flèches roses ; calumet de corail, orné de plumes, de fleurs et de coquillages. VIEILLARDS. Comme Otambo, excepté le soleil, et à la place du bâton d'or, un bâton blanc. FEMMES. Rose et blanc ; cheveux entrelacés de plumes roses ; couronnes de fleurs blanches ; bouquets d'une main, et portant une longue guirlande. ILLINOIS. Comme Roanoke, excepté l'argent et le calumet ; des javelots. CHÉROKIS. Comme Idamir ou Esraim, excepté l'or et l'argent des javelots. On voit des Chérokis dans des pirogues, aborder le rivage. Ils remplissent le fonds du théâtre, et la droite et la gauche du fonds. Otambo est fur le premier degré du tombeau, ayant douze Vieillards à ses cotés.

COSTUMES. IDAMIR. Bleu céleste et or à bandes, carquois d'or, pennons de flèches, blancs. OTAMBO. Blanc et pourpre; bonnet de peau blanche, orné de plumes blanches ; soleil d'or fur la poitrine, soutenu par un collier de coquillage ; bâton d'or, surmonté d'un soleil. ESRAIM. Bleu céleste, avec des fleurs ; carquois d'argent ; pennons de flèches bleues. LOUIS. Blanc, et feuilles de peuplier ; cheveux épars ; ceinture herminée ; collier de coquillages blancs et roses. FLORIDA. Argent et rose à bandes ; cheveux entrelacés de plumes blanches ; couronne de roses ; collier et pendants de coquillages roses et blancs ; bras nus, ornés de coquillages noirs. KOAHOEE. Peau, de marthe ; carquois de bois de dentelle, garni d'argent ; pennons de flèches roses ; calumet de corail, orné de plumes, de fleurs et de coquillages. VIEILLARDS. Comme Otambo, excepté le soleil, et à la place du bâton d'or, un bâton blanc. FEMMES. Rose et blanc ; cheveux entrelacés de plumes roses ; couronnes de fleurs blanches ; bouquets d'une main, et portant une longue guirlande. ILLINOIS. Comme Roanoke, excepté l'argent et le calumet ; des javelots. CHÉROKIS. Comme Idamir ou Esraim, excepté l'or et l'argent des javelots. On voit des Chérokis dans des pirogues, aborder le rivage. Ils remplissent le fonds du théâtre, et la droite et la gauche du fonds. Otambo est fur le premier degré du tombeau, ayant douze Vieillards à ses cotés.

Otambo

Descendants de Chérok, bénissez les Destins ; Aujourd'hui vont finir les maux de la Patrie. La vengeance et la haine, hélas ! l'ont trop flétrie ; La paix vient assurer le bonheur des humains.

Choeur

Consacrons notre vie À la Paix, à l'Amour ; Que la Guerre et l'Envie Disparaissent sans retour.

Otambo

Qu'on observe, en ces lieux, le plus profond silence. D'Illinos les Ambassadeurs Viennent ici proposer alliance ; Amis, qu'on les comble d'honneurs.

Scène 2

Roanoke, Otambo, Choeur, Altemar

Roanoke

Notre tribu de l'Amérique, Braves Guerriers, sages Vieillards, Trop longtemps une guerre inique A séparé nos étendards. Que la vertu soit notre seule idole. Des Illinois telle est sa volonté ; De la paix, en leur nom, j'apporte le symbole, Vous la devez à votre humanité.

Le Vieillard Otambo descend, recueille les suffrages et remonte à sa place.

L'Assemblée lève tes mains au ciel.

Otambo

La Nation doit être consultée, Avant qu'un éternel lien De cette paix fasse une loi sacrée ; C'est le droit de tout citoyen. Nous respectons ici l'honorable vieillesse, La valeur sans fierté, sa vertu sans éclat ; Nous demandons conseil à ta jeunesse, On a droit d'opiner, sitôt qu'on est soldat. Le ciel, pour ajourer à ta solennité, Nous accorde la paix à l'unanimité.

Avec enthousiasme.

Otambo

Tremblés, voisins jaloux, tremblés hordes rivales, Osages, Iroquois, barbares Cannibales, Les braves de Chérok, les guerriers d'Illinois, Désormais vont former un peuple de héros.

On fait la chaîne des mains.

Choeur

Astre du Jour, revois notre prière, Nous jurons, devant toi, d'être unis à jamais ; Sur l'un et l'autre hémisphère, Daigne étendre tes bienfaits ; Qu'en Europe et dans ces forêts, L'homme dans l'homme trouve un frère.

Il les enlace dans une guirlande de fleurs à mit leurs mains.

Ils sont censés le prononcer.

Otambo

Attendez tout des Dieux, À la vertu soyez fidèles Et vous recevrez d'eux Des faveurs toujours nouvelles... Qu'aux serments de sa paix succède le plaisir ; Approche Floridie, et vous cher Idamir... Généreux Idamir, aimable Floridie, De l'hymen, avec moi, répétez le serment... Que la mort seule délie Cet auguste engagement ; Mais s'il était contraire au bien de la patrie, Qu'Artamon, du tombeau, sortant avec furie...

Le Peuple suit, à l'exception de quelques Chérokis, qui se battent en retraite.

Altemar

Adopter, sur ma tombe, une caste avilie, Déshonorer mon sang par une fête impie, Fils ingrats, Chérokis, je ne puis le souffrir... Ministres d'Ateski, hâtez vous de punir.

Scène 4

Choeur De Chérokis, Choeur D'osages, Idamir, Alphanor, Altemar, VIEILLARDS, GUERRIERS et FEMMES des CHÉROKIS

Choeur De Chérokis

Sauvons nous, Leurs mains lancent la tonnerre ; Défendons nous.

Choeur D'osages

Frappons tous, De sang arrosons la terre, Assurons nos coups.

Idamir

Tu vas être puni, fabricateur d'oracles... Frappons, n'épargnons pas ces faiseurs de miracles...

Alphanor

Courage !... Dieux vainqueurs !... Profitons de l'effroi, Que d'Idamir on respecte, la vie.

Idamir

C'en est fait de Chérok.

Altemar

Idamir est à toi.

Idamir

Je meurs content, j'ai sauvé Floridie. Monstre ! Ta lâche perfidie. A réussi ; mais au fond de ton coeur, Car tu n'es pas insensible à la gloire ; Tu sens, cruel, que ta victoire Imprime sur ton front le sceau du déshonneur.

Des Osages empilent leurs casse-têtes devant la statue d'Ariski, et préparent le bûcher.

Alphanor

Tu périras... Je le dois à mon père, À mon pays ingrat, à ma juste colère. Ne crois pas exciter ma générosité ; Idamir, je t'entends, je te vois sans pitié.

Altemar

Le succès remplir notre attente ; Tes soldats, dans Chérok, répandent l'épouvante. Leurs couteaux par la rage avec art appliqués, Sur le front des mourants enlèvent des couronnes...

Alphanor

Chérok, tes superbes colonnes, Tes Pontifes et tes guerriers, Gémissent donc sous nos lauriers !

Idamir

Tu ne les dois qu'à l'imposture.

Avec férocité.

Les Vieillards marchent à pas lents.

Alphanor

Sont-ils moins beaux ? Va, crois moi, cette injure... Mais, Altemar, pourquoi ces prisonniers ?

Altemar

Leur blanche chevelure, Pour des fronts belliqueux, n'est pas une parure.

À Alphanor.

VIEILLARDS, GUERRIERS et FEMMES des CHÉROKIS

La mort, la mort n'est qu'un instant, La gloire nous appelé, et l'opprobre t'attend.

Altemar

Ordonne leur supplice.

Alphanor

Il faut nous occuper d'un plus grand sacrifice... Idamir, tu m'entend... qu'on le mène au bûcher.

Idamir

J'y cours... Apprends comme on doit y monter.

Scène 5

Esraim, Alphanor, Roanoke, Idamir, Altemar

Esraim

Non, tu ne mourras point... je viens te délivrer.

Alphanor

Ô ciel !... Suis-je trahi !

Roanoke

Tombe à mes pieds, perfide. Aux mânes d'Artamon, je viens de l'immoìer.

Idamir

Suspens ta fureur homicide.

Roanoke

Monstre dénaturé !...

Altemar

Accordes-moi ta vie...

Roanoke

Eh ! L'as-tu mérité ?

Scène 6

Florida, Idamir, Louis, Otambo, Roanoke, Esraim, Chérokis, Guerriers Et Illinois, Choeur Général

Florida

Cher objet que j'adore, Mon ami, mon époux, Je te revois encore !

Idamir

Est-il un instant plus doux ? Je te tiens dans mes bras, charmante Floridie !

Au Peuple.

Florida

Est-ce bien toi, toi que j'ai cru perdus ? Ah ! Quel bonheur !

Idamir

Ton amant t'est rendu.

Florida

Ne quitte plus ton amante chérie.

Idamir

Et ma mère... Ah ! Je n'ose demander...

Montrant les Osages.

Idamir et Otambo se donnent la main.

accourant

Louis

Mon fils, elle vient t'embrasser. Pour échapper à leur furie, Femmes, enfants, Guerriers, nous marchions au hasard, Abattus, consternés. Mais ce sage Vieillard, L'ami de Dieu, conseille à nos Sauvages De t'arracher des mains des barbares Osages... Ce projet salutaire est par tous adopté, Par eux, dans un instant, il est exécuté. Ô destin trop prospère!.. Otambo t'a sauvé.... il te rend à ta mère.

Otambo

Altemar a causé les maux de la Patrie, Les Dieux veulent son sang.

À Altemar.

Roanoke

Nous sommes indignés !... Tu naquis Illinois, et ton ignominie....

Idamir

Les Dieux trop grands ne font poiOTAMBOnt offensés ; Le souffle de l'impur ne ternit point leur gloire, Les remords dans son coeur le tourmentent assez.

Esraim

Périsse à jamais sa mémoire !

Otambo

Une prompte sévérité Prévient souvent des attentats coupables ; Par des exemples mémorables Le méchant dans le crime est toujours arrêté.

Idamir

La paix qui vient d'être jurée, Rétablit une loi qui chez nous est sacrée ; Sur Altemar nous sommes sans pouvoir. Il naquit Illinois... Notre premier devoir Est de le rendre à sa patrie, Qui punira sa perfidie. Que par ses pairs il soit jugé ; Tout jugement qui couvre d'infamie, Par les Pairs seuls doit être prononcé. Il n'en est pas ainsi du peuple Osage... Échangeons leurs captifs avec ces Africains, Courbés sous les fardeaux des planteurs inhumains. Amis, que le Sauvage Fasse honte à l'Européen ; Et lui fasse abolir un indigne servage. Qu'instruit par vos vertus, il se convainque enfin Que le bonheur existe où réside le sage. Que le premier des arts, l'utile labourage, Imprimé à tous les droits du Citoyen.

Florida

Tu me fais verser des larmes ; Ta douce et sainte humanité, À mon époux prête ses charmes...

Idamir

Si de ma Nation j'ai suspendu les armes, Florida, mon succès n'est dû qu'à ta beauté.

Chérokis

Reçois de nous la couronne, Nous voulons vivre sous tes lois ; C'est l'amour qui te la donne, Tu seras le premier des Rois.

Idamir

Me proposer une couronne, Chérokís, vous n'y pensez pas ; Que je gouverne vos États ?... Idamir monter sur le trône !

Chérokis

Reçois de nous la couronne.

Otambo

Le premier qui [fut] Roi ne fut pas conquérant ; Peut-être il fut soldat, mais soldat bienfaisant. Le choix seul des guerriers, sa volonté des braves, Peuvent donner un maître à des troupeaux d'esclaves... Mais le peuple vaincu, par les temps éclairé, Reconnait ses tyrans, reprend sa liberté, Là cède, avec transport au Prince qui la donne, Et sur un front humain affermit sa couronne... D'être francs nous avons l'honneur ; Nous sommes libres sans licence, À toi nous devons ce bonheur. Nous couronnons en roi, sa vertu, la valeur, La bonté, la bienfaisance... Qu'Idamir bienfaisant soit Roi législateur.

Chérokis

Vive le Roi !

Idamir

Vive mon peuple ! Mes enfants ! Je ne puis résister, à vos voeux je me rends.

Cérémonie du couronnement d'Idamir et ballets si entremêlés de chants.

Chérokis

Que Florida toujours à notre Roi soit chère, Qu'ils s'aiment et règnent longtemps ; De nos vieux ans, Qu'ils éloignent 1a misère ; Idamir, Florida, recevez nos serments.

Idamir

L'Amérique devient un immense héritage Appartenant à tous et jamais divisé, Sur lequel le sauvage Et l'homme civilisé, Rappelleront ta simplicité Des vertus du premier âge.

Guerriers Et Illinois

Nous renonçons, Aux sanglantes conquêtes ; Nous préférons De plus paisibles fêtes. Que ta sainte humanité Soit le pénate du ménage, Et que celui qui, sans partage, La servira survive à la postérité.

Choeur Général

Astre du jour, reçois notre prière ; Nous jurons, devant toi, d'être unis à jamais. Sur l'un et l'autre hémisphère, Daigne étendre tes bienfaits ; Qu'en Europe et dans nos forêts L'homme dans l'homme trouve un frère.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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