Comédie · 1772

Oh ! voilà bien le diable !

de [Anonyme]

Représentation
≈ 18 min
Distribution
3 femmes, 2 hommes
Répliques
57
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Pot-de-Vin H 17 ≈ 8 min 4
Madame Pot-de-Vin F 10 ≈ 3 min 2
Marquis N 7 ≈ 2 min 3
Babet F 7 ≈ 2 min 3
Monsieur de Podolie H 4 ≈ 1 min 2
Comtesse N 5 ≈ 1 min 2
Mademoiselle Adélaïde F 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Voilà Bien le Diable
Monsieur Pot-de-Vin absentabsent
Madame Pot-de-Vin absentabsentabsentabsent
Marquis absentabsentabsent
Babet absentabsentabsent
Monsieur de Podolie absentabsentabsentabsent
Comtesse absentabsentabsentabsent
Mademoiselle Adélaïde absentabsentabsentabsent
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Voilà Bien le Diable

Scène 1

Monsieur Pot-de-Vin, Babet

Monsieur Pot-de-Vin

Babet !

Babet

Monsieur.

Il soupire.

Air : Babet que t'es gentille !

Monsieur Pot-de-Vin

Écoutez-moi, Babet ; Dans une heure précise Que le souper soit prêt, Et la nappe bien mise. Sur tout le vin frais ; Tous les verres nets ; Chaque serviette blanche ; Une bougie en deux moitiés, Dans mes deux flambeaux argentés. Je ne puis te le dire assez, Rôtis mieux ton éclanche, Que celle de Dimanche... Mais... Ayez donc l'air occupé de ce que je vais vous dire. Ce n'est point ici une soirée comme les autres. Ah ! Babet ! Il faut convenir que, s'il est flatteur pour nous autres bourgeois, de recevoir des Croix de Saint-Louis, et des Dames de condition, on paie cet honneur bien cher par toutes les attentions qu'il exige : aujourd'hui cependant, loin de les regretter, je n'en saurais avoir autant que la circonstance le mérite.

Même Air que le précédent.

Babet

En bonne vérité... Jamais la bouche close ! Vous m'avez répété Cent fois la même chose. Allez, je le sais, Même vous n'aurez Qu'assiettes bien choisies ; Et comme vous en avez peu Le chaudron reste sur le feu, Et j'aurai soin (pour ôter lieu À toutes railleries) Qu'elles soient refroidies. Oh ! S'il plaît à Dieu, Monsieur, vous serez content ; mais vous avez, ma foi, bien envie de l'être ; je ne vous ai jamais vu vous trémousser comme cela.

Même Air que les deux Couplets précédents.

Monsieur Pot-de-Vin

Lorsque je n'ai céans Que le cercle ordinaire, Madame Petitjeans, Et Lebrun, mon compère; Le soin que je prends, Pour ces bonnes gens N'est pas fort nécessaire: Mais j'aurai, Babet, en ce jour Les deux plus beaux yeux de la Cour. Est-ce l'instant de rester court, Et pouvons-nous trop faire Pour tâcher de leur plaire? C'est fort bien, mon enfant : je suis tout réjoui de te voir répondre à mes vues avec autant d'intelligence.

Air : Philis, vous voulez un portrait.

Babet

Dans le plus beau jour de l'été, Tout-à-coup un orage, Troublant les jeux et la gaieté, Fait un affreux tapage; Chacun fuit précipitamment, La frayeur est extrême : Madame ici nous surprenant, Il en serait de même. Cela est à merveille ; mais si Madame arrivait ; ne serait-elle pas fâchée de voir tout ce tracas chez elle sans en avoir été prévenue ?

Même air que le couplet précédent.

Monsieur Pot-de-Vin

Prenons un air de dignité ; Ne suis-je pas le Maître ? Le pouvoir est de mon côté ; Je le ferai paraître.

Suite du Couplet.

Babet

Oui-dà, pour le croire, il faudrait Ne vous guère connaître.

Même couplet.

Monsieur Pot-de-Vin

Que marmottez-vous là, Babet ?

Fin du couplet.

À part en s'en allant.

Babet

Je dis que ça doit être. Monsieur n'a plus rien à me dire. Je vais à ma cuisine... Rire tout à mon aise de l'air d'assurance qu'il a, tandis qu'il tremble comme un voleur.

Scène 2

Monsieur Pot-de-Vin

Air : Chers amis, etc que ce jus nous inonde.

Second Couplet.

bis.

Il tire et montre une grosse clé.

Air : La bonne aventure, ô gué.

Second Couplet.

Troisième Couplet.

Monsieur Pot-de-Vin

Je suis comme un enfant À qui, le soir, sa bonne Parle de revenant. S'il s'éveille, il frissonne; Il croit voir un Esprit Vers son lit s'approcher ; Sa frayeur le grandit. D'abord jusqu'au plancher. Le petit malheureux crie, Se tourmente, se croit mort : Arrive la sotte Mie : Elle seule a tout le tort ; Mais la faiblesse est punie Suivant la loi du plus fort. Ah ! Quel mal tu me fais ! Babet, ce noir présage. Des plaisirs de la paix Détruit la douce image... Hélas ! N'entends-je pas Le bruit de mon Lutin, De sa voix, les éclats ?... Eh, non, non, ce n'est rien ; Non, rien... Ma crainte est frivole. Cessons de nous y livrer ; Sur le propos d'une folle Dois-je à ce point m'effrayer ? Un sceptre d'or est un bien Fort mêlé de peine ; Plus facilement le mien Au bonheur nous mène. La gaité suit le bon vin : Contre les traits du chagrin, Il est le remède Certain, Il est le remède. Souvent un Maître puissant Dans les pleurs se baigne : Moi toujours paisiblement Avec toi je règne ; Si, sans efforts, sous ma loi, J'ai Malaga, Beaune, Arbois, Je tiens ma puissance De toi, Je tiens ma puissance. Tu reproduis l'âge d'or En tous lieux chérie: Sous ta garde est le trésor Des biens de la vie. Mes plaisirs seraient complets, Si du destin j'obtenais De ne te plus perdre Jamais, De ne te plus perdre. Il est, parbleu, bien difficile d'être d'accord, quand on est deux à partager l'autorité ; et ne vaut-il pas mieux la céder, que d'entretenir des querelles éternelles ? Heureusement, me voilà seul aujourd'hui chez moi: c'est-là où je brille. C'est alors que je suis le souverain le plus absolu... Mais quelle heure est-il ?... La Galiote ne pourrait-elle pas encore ?... Oh ! Non. Ma femme m'aurait écrit si elle avait dû revenir. Jouissons en repos du pouvoir sans concurrence... Voici ce que j'en aime le plus. Enfin, chère amie, te voilà dans ma poche au moins jusqu'à demain. C'est toi qui joueras ce soir le personnage intéressant, et ta gloire sera la mienne. Va, charmante clé, tu ne peux appartenir à personne qui sente mieux que moi ce que tu vaux.

Scène 3

Babet

Elle ne paraît que pour annoncer.

Babet

Madame la Comtesse de la Bicoquette, Mademoiselle Adélaîde, Monsieur le Marquis de Cinq-Arpens et Monsieur de Podolie.

Scène 4

Monsieur Pot-de-Vin, Madame La Comtesse, Marquis, Comtesse, Mademoiselle Adélaïde, Monsieur de Podolie

Air: Nous passons doucement la vie.

À part.

Haut.

Second Couplet.

Monsieur Pot-de-Vin

Je suis troublé... Mon âme Ne peut exprimer sa gaité ; Sa dose, voyez-vous ! Madame, Est celle de votre beauté. Si la volupté la plus pure Est de pouvoir faire un heureux, Le Ciel ici vous la procure ; Car, vous y comblez tous mes voeux. Mon coeur...

Madame La Comtesse

En vérité, Monsieur Pot-de-vin, vous êtes trop honnête : on ne s'attend pas à être reçu avec autant de grâce.

Monsieur Pot-de-Vin

Oh ! Assurément, Madame plaisante : je ne suis point gracieux ; mais j'ai du goût et de la franchise. Cela suffit pour vous trouver charmante et pour vous le dire. Il ne manque à mon bonheur que d'avoir un Palais à offrir à Madame la Comtesse.

Air: Dans ces lieux tout rit sans cesse.

Second Couplet.

Troisième Couplet.

Marquis

L'artiste le plus habile Étale en vain les beautés : Si le coeur n'est point tranquille, Quels biens, par lui, pourront être goûtés ? Sous ces arcades dorées, Dans ces Palais, que voit-on ? Des victimes immolées Par l'intérêt, ou par l'ambition. S'il existe quelque sage, C'est dans un réduit pareil ; On peut y braver l'orage, Et s'endormir sans craindre le réveil. Bon ! Un Palais ! Il n'y a rien de si triste, Monsieur Pot-de-vin : une maison petite et commode est cent fois plus agréable.

Air : Nous passons doucement la vie.

Comtesse

Votre Maison est fort jolie ; Mais, d'honneur, jolie à ravir : Je l'aimerais à la folie ; Tout annonce ici le plaisir. Il est certain que vous auriez tort, mais le plus grand tort, Monsieur Pot-de-vin, de vous plaindre de la manière dont vous êtes logé ; c'est une retraite délicieuse.

Air : Dans ma cabane obscure.

Monsieur Pot-de-Vin

Madame, il est à votre suite ; Ses pas sont ceux que vous tracez : Mon logis a, pour tout mérite, Les moments que vous y passez. Préceptes ridicules, Que ceux des médecins : Laissez-là les pilules, L'Ether, et tous ces riens. D'une aimable figure Prenez vîte un époux ; La recette est plus sûre, L'usage en est plus doux. La bonne santé de Mademoiselle Adélaïde ajoute encore à ma satisfaction ; je craignais de n'avoir pas l'honneur de la voir: elle devrait se dissiper, s'égayer ; oui, en peu de temps, vous seriez tout-à-fait bien.

Air : L'autre jour étant assis.

Mademoiselle Adélaïde

Un tel projet serait vain, En eussé-je eu la pensée ; Chez vous, Monsieur Pot-de-vin, Je l'aurais abandonnée. Vous me faites une querelle d'Allemand, Monsieur Pot-de-vin ; je ne suis point triste, et je n'ai jamais eu moins envie de l'être.

Monsieur Pot-de-Vin

Un grand remerciement, Madame la Comtesse ; Ce joli compliment À vous seule s'adresse. Ces Messieurs ne voudraient-ils pas boire un doigt de vin, en attendant le souper ? Ils en seront bien les maîtres; car, pour le coup, j'ai la clé de la cave.

Marquis

Pour moi, je vous rends mille grâces... Monsieur de Podolie ne vous refusera peut-être point.

Monsieur de Podolie

Je vous demande pardon, Monsieur le Marquis ; je ne bois jamais entre mes repas.

Monsieur Pot-de-Vin

Monsieur de Podolie regarde tout ceci en pitié, lui dont les yeux sont accoutumés au faste des Seigneurs Polonais.

Air: Vous qui du Vulgaire stupide.

Monsieur de Podolie

À quoi me sert tout l'étalage De celui qui donne à dîner, Si chaque mets, jusqu'au potage, Est d'espèce à m'empoisonner ? Les traits de cet orgueil extrême N'ont rien dont je puisse jouir ; À table, un bon ragoût que j'aime, Est le véritable plaisir. Je vous jure, Monsieur Pot-de-vin, qu'à mon gré vous êtes plus heureux que le Grand Maréchal de la Couronne. Je pense comme Monsieur le Marquis. De riches tapis, des appartements vastes, des esclaves infortunés peuvent-ils contribuer à notre bonheur ? C'est la société qui fait le prix du lieu que l'on habite, et parmi nous autres gourmands, la bonne chère, inconnue en Pologne, est aussi comptée pour quelque chose. On ne mange ni les Héducs, ni les Gardes du Maître de la maison.

La porte s'ouvre avec bruit.

Monsieur Pot-de-Vin

Monsieur de Podolie a raison. Mais, eh! mais...Eh! bon Dieu!

Scène 5

Madame Pot-de-Vin, Monsieur Pot-de-Vin, Mademoiselle Adélaïde, Comtesse, Marquis, Monsieur de Podolie, Monsieur l'Abbé Patelin

Air : De la Turque.

Madame Pot-de-vin s'essuie, et fait des gestes menaçants à son mari.

Madame Pot-de-Vin

Je suis toute en eau... Jusqu'aux genoux j'ai de la crotte ; Le tour est fort beau, Et le procédé tout nouveau. Benêt, tu savais Que j'arrivais Par la Galiotte: Au lieu d'être là, Ce gentil Galant que voilà Causait, Jouait, Chantait, Riait, Lorgnait. Oh ! vous l'entendez. On me prend donc pour une sotte !... Allons, dépêchez ; Rendez vîte toutes mes clés.

Air : Ciel! l'Univers va-t-il donc se dissoudre ?

À part.

Monsieur Pot-de-Vin

Me voilà pris!... Hélas ! Comment donc faire ! Que dira-t-on ? Si je répondais....Mais ! Loin d'arranger mon affaire, J'y gagnerais des soufflets. Madame, je vais les chercher dans toutes mes poches.

Suite du Couplet.

Monsieur de Podolie se place devant Mademoiselle Adélaide.

Mademoiselle Adélaïde

D'une Mégère Elle a les traits. L'effroi Éteint ma voix. Quelle furie ! Je suis saisie: Je vous en prie! Ah! Monsieur cachez-moi.

Madame Pot-de-Vin

Finirons-nous ?

Monsieur Pot-de-Vin

Voici la clé de l'office, et puis celle du garde-meuble, et puis celle du fruitier...

Madame Pot-de-Vin

Et la clé de la cave ? Il fallait commencer par elle.....

Air : Dieu des âmes.

Haut.

Monsieur Pot-de-Vin

Je succombe : Quand il tombe, Le tonnerre est moins affreux. Ah ! Te rendre ! Puis-je entendre Un arrêt plus rigoureux? Oh ! Voilà bien le Diable! Permettez, je vous en prie, ma chère femme.

Madame Pot-de-Vin

Comment, Monsieur ! Vous vous le faites dire deux fois ! J'ai de la patience, cela est vrai : mais il est des circonstances où elle échappe... Tenez, Monsieur Pot-de-vin, n'achevez pas de me pousser à bout.

Air : Des fraises.

Monsieur Pot-de-Vin

L'Albâtre paraît noir, Quand la colère enflamme ; Eh! quoi, pouvais-je prévoir Que vous reveniez ce soir, Madame, Ma Femme, Madame ? Eh ! Mon Dieu ! Madame, prenez ; et, sur toutes choses, la paix: écoutez ma justification.

Air : C'est ce qui vous enrhume.

Madame Pot-de-Vin

Ma douceur, partout, a fait tant de bruit... Il n'est point de femme, a-t-on toujours dit, D'une aussi bonne pâte. D'avoir été douce, hélas ! Il m'en cuit ; Car c'est ce qui vous gâte. Qu'appellez-vous de la colère ? Ah ! Si j'en avais, je ne me posséderais pas comme je fais, et votre perruque, Monsieur Pot-de-vin, ne serait plus sur votre tête. Je me corrigerai, je me corrigerai à l'avenir ; si je vous eusse traité avec un peu moins de complaisance, vous ne manqueriez pas à un devoir aussi essentiel... Vous seriez venu trente fois pour une à Séves, savoir si j'y étais.

Air : Des fraises.

au Marquis, à part

Comtesse

Marquis qu'en dites-vous ? La petite personne A le ton modeste et doux : Cette scène devant nous Est bonne ; Mais bonne, Très-bonne. La surprise m'a pétrifiée au point de pouvoir à peine ouvrir la bouche.

Même air que le Couplet précédent.

Marquis

De ce Sexe charmant Jusques dans ces caprices, Elle n'est pas, sûrement..... Elle a tout l'air d'un Sergent Des Suisses, Des Suisses, Des Suisses. C'est de l'excellent comique. Oh ! En honneur ! Ce ne peut pas être là Madame Pot-de-vin ; ce sont bien ses traits ; mais vous verrez que ce sera quelqu'homme travesti, et caché sous un masque qui rend à merveille toute sa laideur.

à part, à sa Société

Comtesse

Je n'y tiens pas, cela est excédent.... Cette bourgeoise nous connaît et se conduit ainsi ! Elle se moque de nous, sortons.

Marquis

Je suis à vos ordres.

Mademoiselle Adélaïde

Il y a longtemps que je voudrais être dehors.

Monsieur de Podolie

Ah ! Mesdames, par grâce demeurez ; ce malheureux homme serait au désespoir...

finissant cet A parte

Comtesse

Voyons donc ce que cela deviendra.

Qui pendant ce dialogue doit souffler, s'éventer, menacer son mari.

Madame Pot-de-Vin

Demandez à mon neveu ce que j'ai souffert : il me donnait le bras ; j'aurais pris aussi le vôtre, imbécile, et j'eusse été bien moins fatiguée... Je fais mes excuses à ces Dames et à ces Messieurs ; l'agitation dans laquelle vous m'avez mise, m'a empêchée de les saluer plutôt.

Comtesse

Nous ne nous en sommes aperçus, Madame, que par l'intérêt que nous avons pris à l'aventure désagréable qui vous est arrivée.

Air: Cela m'en bien dur.

Monsieur l'Abbé Patelin

Comme j'ai plaint ma chère Tante !... J'en avais les larmes aux yeux : C'est la chaleur qui la tourmente ; Puis, ce sont des chemins affreux ! Ah ! Mon Oncle !... Vous avez tort. Je pense Que ce trait l'offense, Et bien fort ; Mais son coeur est bon : Demandez pardon. Vous l'obtiendrez, j'en suis sûr, mon cher oncle. Désagréable au possible, Madame.

Haut.

Air : Quoi ! vous partez, etc.

Monsieur Pot-de-Vin

Et que, surtout, ma femme me promette, Que cette nuit on approche du mien Son lit jumeau ; qu'en un mot on les mette Tous deux unis comme mon coeur au sien. Peste soit du butor ! Mais il faut filer doux. Qu'à cela ne tienne, pourvu que je ne sois plus grondé; que nous soupions bien, et que la compagnie soit contente.

Marquis

Peut-on sans indiscrétion vous demander, Madame, l'histoire des lits jumeaux ; elle doit être intéressante.

Madame Pot-de-Vin

Cela est tout simple. Nous avons chacun notre lit dans la même chambre, et ils sont jumeaux... Vous savez mieux que personne, Monsieur le Marquis, que les femmes et les maris d'une certaine façon ne couchent plus ensemble... Il a fallu s'assujettir à l'usage ; mais on y déroge quelquefois et ce souvenir-là est une petite gaillardise de Monsieur Pot-de-vin, qu'il aurait dû réserver pour un autre temps.

Air : Ne v'là-t-t-il pas que j'aime ?

Marquis

Votre sexe l'excusera, En faveur de l'idée : Et chacun de nous y verra Ses voeux et sa pensée. Votre morale est trop sévère, Madame Pot-de-vin, c'est une misère exactement, dont personne ne peut se formaliser.

Même Air que le précédent.

Le Marquis fait la révérence.

Madame Pot-de-Vin

Ce que Maman m'a souvent dit, Vous le prouvez sans cesse : Combien la naissance et l'esprit Donnent de politesse ! Vous êtes trop aimable, Monsieur le Marquis ; Vous ne perdez jamais l'occasion de dire une chose honnête.

Mademoiselle Adélaïde

La Maman de Madame Pot-de-vin ; c'est un trait de mémoire unique : car il y a quarante ans que la bonne femme doit être morte.

Monsieur de Podolie

J'espère, Mesdames, que vous ne serez point fâchées d'être restées. L'arrangement des lits, les douceurs de Monsieur le Marquis ; voilà pour Madame Pot-de-vin de l'utile et de l'agréable ; son front est déjà plus serein.

Scène Dernière

Babet, Madame Pot-de-Vin, Marquis, Monsieur l'Abbé Patelin

Babet

Madame est servie.

Monsieur Pot-de-vin donne le bras à la Comtesse ; Monsieur de Podolie à Mademoiselle Adélaïde, et ils sortent.

Madame Pot-de-Vin

Monsieur Pot-de-vin, suppliez Madame la Comtesse d'accepter votre main, Mademoiselle Adélaïde prendra celle de Monsieur de Podolie.

Marquis

Et moi, Madame, je vous demanderai la même grâce.

Et à son neveu, en s'en allant.

Madame Pot-de-Vin

Monsieur le Marquis, c'est bien de l'honneur que vous me faites. L'Abbé, fermez la porte...

Et il la ferme.

Qui a Compagnon, a Maître.

Monsieur l'Abbé Patelin

Oui, ma chère Tante.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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