Comédie · 1886

Sur la Lisière d’un Bois

de Victor Hugo

Représentation
≈ 6 min
Distribution
1 femme, 2 hommes
Répliques
53
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Léo H 23 ≈ 5 min 1
Un Satyre H 20 ≈ 1 min 1
Léa F 10 ≈ 1 min 1
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Sur la Lisière d'un Bois

Scène 1

Léo, Un Satyre, Léa

Léo

Ô charme tout-puissant de la pudeur farouche ! Ma bouche ne doit pas même effleurer ta bouche ; Ta robe est le rideau du temple, et je ne veux D'aucun souffle approchant trop près de tes cheveux ; Tiens ton voile baissé, Léa. Je te respecte. Ne crains rien de moi.

dans le bois.

Un Satyre

Phrase absolument suspecte.

Léo

Cache ta beauté, viens, et, si je m'échappais Jusqu'à regarder, fais le voile plus épais. Tout ce que ton fichu couvre, je le devine ; Mais va, je n'oserais toucher ta chair divine, Comme on n'ose toucher l'aile d'un papillon. Tu laisses dans mon âme un lumineux sillon ; Tu semblais une rose ouverte dans des flammes ; Envolons-nous ; mêlons les ailes de nos âmes ; Soyons un couple honnête et céleste, et si pur Qu'on ne nous puisse plus distinguer de l'azur. Restons dans l'idéal. Je t'adore.

Léa

Je t'aime.

Léo

Non. Pas même un baiser. Rêvons.

Un Satyre

C'est un système. Mais cela ne va pas très loin.

Léo

Soyons heureux, Restons chastes ; c'est là l'amour profond...

Un Satyre

Et creux.

Léo

Aimer, c'est oublier la terre ; c'est refaire L'Éden rose au-dessus de cette sombre sphère. Oh ! L'amour est un ange.

Un Satyre

Et c'est un chenapan.

Levant les yeux au ciel.

Léo

Commençons par prier. Dieu ! Toi qu'on nomme...

Un Satyre

Pan.

Léa

On frappe.

Léo

C'est l'écho.

Levant les jeux au ciel.

Léa

Dieu des hauteurs sacrées, Toi qui rayonnes, toi qui bénis...

Un Satyre

Toi qui crées.

Léa

Sois avec nous.

Un Satyre

Il est toujours dans quelque coin. Soyez tranquilles.

Léo

Dieu ! Je te prends à témoin. Je la respecte.

Un Satyre

Encore ! Ah ! La pauvre petite !

Levant les jeux au ciel.

Léo

Amour et pureté !

Un Satyre

Bérénice avec Tite.

Léo

Dieu fit ton âme ainsi que l'abeille son miel ; Avec toutes les fleurs. Oh ! la mer et le ciel S'unissent pour former Cythérée Aphrodite ; Tout l'univers pensif et doux la prémédite ; Et pour faire un chef-d'oeuvre aussi complet que toi. Il faut à Dieu, dans l'ombre où tremble notre foi, L'éternité.

Un Satyre

Le temps de fumer un cigare.

Léo

Restons purs. Fleurs, oiseaux, soyez nos guides.

Un Satyre

Gare !

Léa

Je t'aime.

Léo

Les oiseaux ont des chants infinis, Des langueurs, des soupirs, de longs essors...

Un Satyre

Des nids.

Léo

Sois comme l'hirondelle.

Un Satyre

Une bohémienne.

Léo

Tu serais dans la chambre à côté de la mienne, La nuit, seule en ton lit, eh bien, il suffirait Pour m'empêcher d'entrer dans ton réduit discret Que j'eusse, ô ma Léa, présente à la pensée Ta candeur d'un regard trop amoureux froissée, Ta grâce, ta beauté fraîche comme le jour...

Un Satyre

Et que la porte fût fermée à double tour.

Léo

La femme contient Dieu. Tout nous vient de toi, femme ! Nous t'empruntons l'amour, nous t'empruntons la flamme, Nous le prenons le vrai, le juste...

Un Satyre

Et le menton.

Léo

Ton nom est Rhée, Aglaure, Hébé, Pallas...

Un Satyre

Goton.

Léo

Comme en avril la rose éclot dans les ravines, Toutes les vérités célestes et divines Fleurissent dans nos coeurs sitôt que nous aimons. Le haut des coeurs est blanc comme le haut des monts ; L'amour est ici-bas la grande cime humaine. Chaque pas fait vers Dieu vers la femme nous mène. Rien de mauvais peut-il nous venir d'elle ? Non La femme, sous la forme auguste de Junon, Dans cette vérité qu'on appelle la fable, Verse au zénith un flot de lueur ineffable ; Le ciel est étoile par ses seins immortels. Oh ! Dans le voisinage innocent des autels. Le feu charnel s'épure, et l'on devient deux anges. Sous les cloîtres croulants, pleins de clartés étranges L'ombre aime avoir un couple errer, tendre et charmant Les amours ont toujours hanté pieusement Les colonnes du temple.

Un Satyre

Et les piliers des halles.

Léa

Amour !

Léo

Sublimité des choses idéales !

Léa

Oh ! Que de profondeurs splendides nous voyons !

Léo

La vie autour de nous se disperse en rayons.

Léa

Quand une aube s'achève, une aube recommence.

Léo

Tout au-dessus de l'homme est bleu. Le ciel immense N'est que flamme et lumière.

Un Satyre

Excepté quand il pleut.

Léo

Vivons ! Du pur amour serrons le chaste noeud. Oh ! Quel travail charmant ! Garder ton innocence ! L'adorer ! N'être plus qu'un esprit, qui t'encense ! Sonder tes yeux profonds ! Épier tes désirs ! T'inventer une suite aimable de plaisirs ! Baiser tes pieds, subir tous tes caprices, être Ton esclave fidèle et doux, ton chien, ton prêtre ! Vouloir ce que tu veux ! Se creuser le cerveau Pour l'offrir à chaque heure un délire nouveau ! T'ouvrir des paradis inconnus ! Faire éclore Sur ton front le sourire et dans ton coeur l'aurore ! Ne jamais oublier un instant le devoir De chercher ce qui peut te charmer, t'émouvoir. Te plaire ! Et tous les jours recommencer !

Un Satyre

Va, pioche.

Léo

Viens !

Léa

Où ?

Léo

Dans ce bois.

Léa

Mais...

H.H, 16 juin 1873.

Un Satyre

Fin de l'idylle : un mioche.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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