Scène lyrique · 1893

Antigone

de Fernand Beissier

Représentation
≈ 6 min
Distribution
1 femme, 2 hommes
Répliques
42
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Hémon H 15 ≈ 3 min 3
Antigone F 16 ≈ 1 min 3
Créon H 10 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Antigone
Hémon
Antigone
Créon absentabsent
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Antigone

Scène 1

Hémon, Antigone

La marche funèbre se rapproche, et la voix d'Antigone se fait entendre.

Hémon

M'y voici donc enfin ! Menace, ni prière, N'ont pu fléchir mon père ! Antigone mourra ; Et l'aurore qui luit, est l'aurore dernière Qui pour elle luira. Pour avoir, de ses mains, donné la sépulture Aux morts sur qui pesait un arrêt odieux, On la jette vivante à l'horrible torture De la tombe. Mais vous, divinités des cieux, Permettrez-vous qu'un crime aussi noir s'accomplisse ? Ô Soleil, tu ne peux éclairer son supplice ! Replonge dans la nuit ton orbe aux rayons d'or. La nature est en deuil ! Pourquoi briller encor ? Sous la douleur mon coeur succombe ; Le rêve au jour s'est effacé ! Et pour nous c'est sur une tombe Que la fleur d'amour a poussé. Mais tu ne peux m'être ravie, Toi qui m'appartiens sans retour : Partageant ta mort ou ta vie, Je vis ou meurs de ton amour.

Antigone

Aux funèbres chants des sistres d'airain, Sonne, au jour qui luit, cette dernière heure. Mais la mort est douce à qui souffre et pleure, Et les pleurs ont seuls fleuri mon chemin.

Il se cache dans l'ombre d'un pilier. La marche funèbre retentit. Antigone paraît, entourée des prêtres, à l'entrée du souterrain. Elle est vêtue de blanc et couronnée de verveine. Elle s'arrête sur le seuil.

Hémon

Eux !... Déjà !... Le front couronné de verveine, Sous de longs voiles blancs cachant ses blonds cheveux, Elle vient, douce vierge immolée à leur haine, N'en gardant nulle trace en son coeur généreux. Mais je suis là... je t'aime... Espère encore !

Lentement elle descend les marches de l'escalier ; puis les prêtres s'éloignent, laissant des soldats garder l'entrée du souterrain ; Antigone vient tomber assise sur une pierre, comme perdue en une triste rêverie, tandis que peu à peu au loin meurent les derniers accords de la marche funèbre.

Antigone

Fuyez de mon coeur, regrets superflus ! Adieu le printemps, l'amour et l'aurore ! De nouvelles fleurs demain vont éclore. Et mes yeux, hélas ! Ne les verront plus.

Scène 2

Antigone, Hémon

Hémon tout à coup surgit devant elle ; Antigone pousse un cri d'effroi et recule terrifiée.

Antigone

Dieux immortels ! Hémon ! Ici ! Toi ! toi !

Hémon

Moi-même ! Mon père, en te frappant, a cru nous désunir ; Mais l'amour est plus fort que la mort. Et je t'aime ! Dans la vie ou la mort nous allons nous unir.

Antigone

Que dis-tu ?

Hémon

Que je viens t'arracher au supplice Ou mourir !

Antigone

Justes Cieux !

Hémon

As-tu douté de moi ? Qu'un même destin pour nous s'accomplisse, Qu'il nous frappe ou nous sauve !

Ensemble.

Antigone

Ah ! Qu'il t'épargne, toi !

Antigone

Va, laisse-moi, je t'en conjure Rien ne peut me rendre parjure Et fuis loin de ce noir séjour ! Ma vie est à toi sans retour, Ta mort doublerait ma torture ; Je veux ma part de ta torture ; Vis par pitié ! vis par amour ! Comme ma part de ton amour !

Antigone

Je dois seule mourir !

Hémon

Sans toi, pourrais-je vivre ? Et pourrais-tu vivre sans moi ?

Antigone

Non !

Hémon

Viens, Alors fuyons ! Mon bras brise tes liens Et te délivre !

Antigone

Quoi ? Tu voudrais ?...

Hémon

Je veux cette épée à la main, À travers tes bourreaux, te frayer un chemin !

Scène 3

Créon, Antigone, Hémon, Ensemble

Créon

Alors, ô parricide, Frappe d'abord ton roi, car tu ne passeras Que sur mon corps !

Antigone

Créon !

Hémon

Mon père !

Créon

Fils perfide ! Fils ingrat !

Antigone

Par pitié !

Créon

J'avais suivi tes pas ! Me voici !... N'écoutant que ton amour infâme, Frappe donc ! Que crains-tu ? Pour sauver cette femme, Brave les dieux et foule aux pieds nos lois !

Hémon

Je l'aime !

Créon

Alors, frappe ! Tu vois Je suis seul, et ma mort sera sa délivrance.

Hémon

Ah ! Ne me tentez pas !

Antigone

Grâce pour lui !

Créon

Jamais !

Hémon

Mon père... pardonnez... Une horrible souffrance Égare ma raison... Pensez si je l'aimais... Pitié !

À Hémon.

Ensemble.

Créon

Jamais ! L'arrêt que notre loi proclame De son crime est la seule rançon. Éteins en ton coeur cette impure flamme. Comme un infernal poison, Elle aurait consumé ton âme Pour mieux égarer ta raison.

Créon

La loi dicte l'arrêt suprême. Sur vos dieux alors anathème, Le Ciel l'exige, incline-toi. Si telle est leur cruelle loi ! Garde ton coeur contre toi-même ; Je brave leur arrêt suprême, Mon fils, obéis à ton roi. Et la mort la garde pour moi.

Antigone

Du destin c'est l'arrêt suprême : Il faut obéir à sa loi ! Si tu m'aimes comme je t'aime, À la mort abandonne-moi !

Créon

Reviens à toi, mon fils !

Antigone

À mon tour, je t'implore ! Qu'importe de mourir à qui vécut l'amour ? La fleur, qui se flétrit au déclin d'un beau jour, Alors qu'à peine elle venait d'éclore Emporte son parfum, comme j'emporterai Ton coeur !

À Créon, en ramassant son épée et lui montrant Antigone.

Hémon

Tu le veux donc ? Alors j'obéirai ! Appelle tes bourreaux, ô roi, tu peux la prendre !

Créon

J'ai retrouvé mon fils !

Il tombe.

Hémon

Tu l'as perdu !

Antigone

Dieux cruels !

Créon

Mon enfant !

Il se soulève doucement et montre à Antigone un rayon de soleil qui peu à peu remonte vers la voûte et disparaît.

Hémon

Votre arrêt est rendu ! En une même tombe il nous fallait descendre Réunis à jamais ! Regarde, ô bien-aimée, Dans l'ombre ce rayon qui remonte au soleil, Laissant la nuit de perles d'or semée... Il nous emportera vers l'éternel réveil.

La nuit est venue. Au loin doucement reprend la marche funèbre, à laquelle se mêle par instant comme un bruit de harpes mystérieuses.

Ensemble

Fuyons tous les deux aux champs étoilés, Où larme et douleur à jamais sont closes ! L'amour nous attend tout fleuri de roses, Gardant en ses mains nos coeurs enchaînés.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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