Comédie · 1830

Deux ânes

de Charles d' Outrepont

Représentation
≈ 4 min
Distribution
2 hommes
Répliques
34
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Martin H 16 ≈ 2 min 1
Têtu H 16 ≈ 1 min 1
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Deux Ânes

Scène 1

Martin, Têtu, La Dame, Le Jeune Homme

Martin est monté par une dame, et Têtu par un jeune homme qui a mis pied à terre ainsi que sa compagne de promenade. Ils sont déjà assis sur l'herbe depuis quelque temps.

Martin

Je ne reviens pas de mon étonnement.

Têtu

Qu'as-tu donc ?

Martin

Plus je la vois, plus je suis persuadé que je ne me trompe point.

Têtu

Que veux-tu dire ?

Martin

Je veux dire que la femme qui vient de me monter a été ma maîtresse.

Têtu

Cette grande dame chez laquelle tu étais commis ?

Martin

Oui.

Têtu

Et dont tu portais quelquefois les dimanches le livre de prières quand tu l'accompagnais à l'église ?

Martin

Comme tu le dis.

Têtu

L'hypocrite !

Martin

Bah ! Cela ne servait pas à grand'chose. Tout le monde savait à quoi s'en tenir, excepté le mari ; il est vrai que de son côté il en contait à la femme de chambre.

Têtu

Vois donc comme ils se parlent avec tendresse.

Martin

Je n'ai pas le courage de les regarder. Quand je songe que c'était moi.... Tonnerre de Dieu ! Faut-il mourir, devenir âne, et être témoin du bonheur d'un blanc-bec... !

Têtu

Ta colère me fait rire.

Martin

Si tu étais à ma place, tu ne rirais pas.

Têtu

Tu es bien bête d'avoir cru qu'elle serait fidèle à un commis trépassé. À propos, de quelle maladie es-tu mort ?

Martin

D'un grand mal à la poitrine.

Têtu

Je le conçois : la petite commère est bien gentille.

Martin

Et puis je rendais aussi quelque service à la femme du valet de chambre de monsieur.

Têtu

Tu m'en diras tant....

Martin

C'est égal : il faut absolument que je me venge de ma princesse.

Têtu

Si tu n'avais été qu'un pauvre meunier comme moi, tu n'aurais connu que ta femme, et tu ne la regretterais pas aujourd'hui peut-être.

Martin

Faisons faire la culbute à nos cavaliers, et, quand le tien sera étendu, donne-lui de bons coups de pied.

La dame et le jeune homme se lèvent et s'approchent des ânes.

Têtu

Sois tranquille.

La Dame

Je te dis encore une fois, mon cher trésor, que personne ne se doute de nos liaisons. D'abord mon mari s'inquiète très peu de tout cela ; il a aussi de petites intrigues que je lui pardonne de tout mon coeur. Et quant aux autres, ils me prennent tous pour une sainte. Tu peux donc venir me voir tous les jours à la Cathédrale entre midi et une heure : on n'en conclura rien contre moi. Je suis enveloppée d'un manteau qui porte respect.

Têtu

Entends-tu, camarade ?

Martin

Oui, oui. Son manteau qui porte respect, c'est la religion qu'elle n'a pas.

Têtu

Quelle canaille !

Martin

Souviens-toi de ce que je t'ai demandé.

La dame et le jeune homme montent, chacun, sur leur âne. Ils sont emportés malgré eux dans une allée où il y a beaucoup de promeneurs.

Têtu

Je ne l'oublierai pas.

Le Jeune Homme

Maudits ânes ! On ne peut jamais les faire aller à sa fantaisie. Ces chiennes de bêtes vont apprendre à tout le monde que nous sommes ici en partie fine.

Martin

Allons, le moment est propice. Tous les deux dans la poussière.

Le couple amoureux est jeté par terre ; et tandis que le petit Médor reçoit force ruades, la belle Angélique

Grands éclats de rire dans la foule.

Contusions du jeune homme, confusion de la dame.

Têtu

Tombe en criant, et produit au gland jour, Ce qui n'est fait que pour l'oeil de l'amour. J'y songeais. Il faut en convenir : quand on a de la pudeur et des moeurs, et que l'on passe pour une sainte, un pareil accident est bien désagréable.

Martin

Je suis vengé.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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