Acte I
Prologue
Rumeur
Rumeur
Elle sort.
Rumeur
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Scène 1
Lord Bardolphe, Portier, Lord Bardolfhe, Northumberland, Travers, Northdmberland, Morton
Wackworth. L’entrée du château de Northumberland.
Lord Bardolphe
— Qui garde la porte ici ? Holà !… Où est le comte !
Portier
— Qui annoncerai-je ?
Lord Bardolphe
Dites au comte — que lord Bardolphe l’attend ici.
Lord Bardolfhe
Voici le comte qui vient.
Northumberland
— Quelles nouvelles, lord Bardolphe ? Chaque instant aujourd’hui — doit être le père d’un événement. — Les temps sont violents ; la discorde, comme un cheval — repu d’une nourriture trop riche, s’est follement emportée, — et renverse tout devant elle.
Lord Bardolphe
Noble comte, — je vous apporte des nouvelles certaines de Shrewsbury !
Northumberland
— Dieu veuille qu’elles soient bonnes !
Lord Bardolphe
Aussi bonnes que le cœur peut les souhaiter. — Le roi est blessé presque mortellement ; — dans le triomphe de milord votre fils, — le prince Henry a été tué roide ; les deux Blunt — ont péri de la main de Douglas ; le jeune prince John, — et Westmoreland, et Stafford ont fui le champ de bataille ; — le poltron sir John, le porc de Henry Montmouth, — est prisonnier de votre fils. Jamais journée — aussi disputée, aussi soutenue, aussi brillamment gagnée, — n’est venue ennoblir les temps, — depuis les succès de César.
Northumberland
D’où tenez-vous tout ceci ? — Est-ce que vous avez vu le champ de bataille ? Est-ce que vous venez de Shrewsbury ?
Northumberland
— Voici mon serviteur Travers que j’ai envoyé — mardi dernier à la recherche des nouvelles.
Lord Bardolphe
— Milord, je l’ai devancé en chemin ; — il ne sait rien de certain — que ce qu’il peut avoir appris de moi.
Northumberland
— Eh bien, Travers, quelles bonnes nouvelles arrivent avec vous ?
Travers
— Milord, sir John Umfreville m’a fait rebrousser chemin — avec de joyeuses nouvelles ; et, étant mieux monté que moi, — il m’a devancé. Après lui est arrivé, à franc étrier, — un gentilhomme presque épuisé de fatigue, — qui s’est arrêté près de moi pour laisser respirer son cheval ensanglanté : — il m’a demandé le chemin de Chester, et je lui — ai demandé des nouvelles de Shrewsbury. — Il m’a dit que la rébellion avait eu mauvaise chance, — et que l’éperon du jeune Harry Percy était refroidi. — Sur ce, il a lâché la bride à son cheval agile, — et, se penchant en avant, il a enfoncé le fer de ses talons — jusqu’à la mollette dans les flancs haletants — de la pauvre bête : et, partant ainsi — sans attendre d’autres questions, — il semblait dans son élan dévorer le chemin.
Northumberland
Hein ? Répète ! — Il t’a dit que l’éperon du jeune Harry Percy était refroidi ? — que l’ardent Hotspur était froid ? que la rébellion — avait eu mauvaise chance ?
Northumberland
— Et pourquoi donc ce gentilhomme qui a accosté Travers — donne-t-il ces détails désastreux ?
Lord Bardolphe
Qui, lui ? — C’est quelque mauvais drôle qui aura volé — le cheval qu’il montait, et qui, sur ma vie ! — aura parlé au hasard. Tenez, voici encore des nouvelles.
Northdmberland
— Oui, le front de cet homme, comme certains frontispices, — annonce une œuvre de nature tragique. — Telle apparaît la rive sur laquelle le flot impérieux — a laissé les traces de son usurpation. — Parle, Morton, tu viens de Shrewsbury !
Morton
— Oui, mon noble lord, je me suis échappé de Shrewsbury, — où la détestable mort a mis son masque le plus hideux — pour épouvanter notre parti.
Morton
— Douglas est vivant, et votre frère aussi ; — mais, pour milord votre fils…
Northumberland
Ah ! il est mort !… — Vois comme le soupçon a la parole prompte. — Celui qui redoute une chose et craint de l’apprendre — voit instinctivement dans les yeux d’autrui — que ce qu’il redoutait est arrivé. Cependant parle, Morton ; — dis au comte que sa divination en a menti ; — et ce sera pour moi une insulte douce, — et je t’enrichirai pour m’avoir fait cet affront.
Morton
— Vous êtes trop grand pour que je vous contredise. — Votre instinct n’est que trop vrai, vos craintes ne sont que trop certaines.
Northumberland
— Mais tout cela ne dit pas que Percy soit mort. — Je lis une étrange confession dans ton regard. — Tu hoches la tête, et tu tiens pour dangereux ou coupable — de déclarer la vérité. S’il est tué, dis-le ; — ce n’est pas une offense que d’annoncer sa mort : — il est coupable de calomnier un mort, — mais non de dire qu’un mort ne vit plus. — Pourtant le premier porteur d’une affligeante nouvelle — n’a qu’un office ingrat ; et sa voix — a toujours le son d’une cloche funèbre, — sonnant à notre souvenir le glas d’un ami disparu.
Lord Bardolphe
— Je ne puis croire, milord, que votre fils soit mort.
Travers
— Cette violente émotion vous fait mal, milord.
Lord Bardolphe
— Cher comte, que Votre Honneur ne divorce pas avec la sagesse.
Lord Bardolphe
— Nous tous qui sommes frappés par ce désastre, — nous savions que nous nous aventurions sur la mer la plus périlleuse, — et qu’il y avait dix à parier contre un que nous n’en réchapperions pas. — Pourtant, nous nous sommes aventurés, car le résultat espéré — étouffait la crainte du péril probable. — Et, puisque nous sommes désemparés, tentons de nouveau l’aventure. — Allons, hasardons tout, corps et biens.
Northumberland
— Je savais cela déjà ; mais, à vrai dire, — ma douleur présente l’avait effacé de mon souvenir. — Entrez avec moi ; et que chacun donne son avis — sur le meilleur moyen d’assurer notre salut et notre vengeance ; — expédions des courriers et des lettres, et faisons-nous vite des amis. — Jamais ils ne furent plus rares, et jamais plus nécessaires.
Northumberland
Ils sortent.
Northumberland
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Scène 2
Falstaff, Page, Grand Juge, Grakd Juge
Londres. Une rue.]
Falstaff
Corbleu ! géant, que dit le docteur de mon oncle ?
Page
Il a dit, messire, que l’onde en elle-même était une onde bonne et saine ; mais que la personne qui l’avait lâchée pouvait avoir plus de maladies qu’elle ne se figurait.
Page
Il dit, messire, qu’il faut que vous lui donniez une meilleure caution que Bardolphe ; il ne veut prendre ni son billet ni le vôtre ; il ne se contente pas de cette sûreté-là.
Page
Il est allé à Smithfield pour acheter un cheval à Votre Seigneurie.
Falstaff
Je l’ai acheté, lui, à Saint-Paul
Falstaff
, et il va m’acheter un cheval à Smithfield : si je pouvais me procurer une femme dans un mauvais lieu, je serais servi, monté et marié à l’avenant.
Page
Messire, voici le noble seigneur qui a incarcéré le prince pour l’avoir frappé à l’occasion de Bardolphe.
Falstaff
Suis-moi de près ; je ne veux pas le voir.
, à l’exempt.
Grand Juge
Qui est-ce qui s’en va là-bas ?
Grand Juge
l’exempt.
Grand Juge
Sous le bon plaisir de votre seigneurie, c’est Falstaff.
Grand Juge
l’exempt.
Grand Juge
Lui-même, milord ; mais il a depuis rendu de grands services à Shrewsbury, et j’ai ouï dire qu’il va se rendre en mission auprès de lord John de Lancastre.
Grand Juge
Comment, à York ? Rappelez-le.
Grand Juge
l’exempt , appelant.
Grand Juge
Sir John Falstaff !
Falstaff
Page, dis-lui que je suis sourd.
, à l’exempt.
Page
Parlez plus haut : mon maître est sourd.
Grand Juge
Je suis sûr qu’il l’est à toute bonne parole… Allez, tirez-le par le coude ; il faut que je lui parle.
Grand Juge
l’exempt.
Grand Juge
Sir John !
Falstaff
Quoi ! jeune drôle, mendier ainsi ! Est-ce qu’il n’y a pas de guerres ? pas d’emploi ? Est-ce que le roi n’a pas besoin de sujets ? la rébellion, de soldats ? Bien qu’il n’y ait d’honneur que dans un seul parti, il y a plus de déshonneur à mendier qu’à servir dans le plus mauvais parti, fût-il au plus haut degré flétri par le nom de rébellion.
Falstaff
l’exempt.
Falstaff
Vous vous méprenez sur moi, monsieur.
Falstaff
Eh ! monsieur, ai-je dit que vous étiez un honnête homme ? Mon double titre de chevalier et de guerrier mis de côté, j’en aurais menti par la gorge si j’avais dit ça.
Falstaff
l’exempt.
Falstaff
Moi, te permettre de me parler ainsi ! Mettre de côté ce qui fait partie de moi-même ! Si tu obtiens cette permission-là de moi, pends-moi ; si tu la prends, mieux vaudrait pour toi t’aller pendre. Arrière, mauvais limier ! détale !
Falstaff
l’exempt.
Falstaff
Monsieur, milord voudrait vous parier.
Grand Juge
Sir John Falstaff, un mot !
Falstaff
Mon cher lord… Dieu donne le bonjour à votre seigneurie ! Je suis aise de voir votre seigneurie dehors : j’avais ouï dire que votre seigneurie était malade. J’espère que votre seigneurie est sortie après consultation. Bien que votre seigneurie n’ait pas tout à fait passé la jeunesse, elle sent déjà un peu l’atteinte de l’âge, l’avant-goût des amertumes du temps ; je supplie donc très-humblement votre seigneurie d’avoir un soin révérencieux de sa santé.
Grand Juge
Sir John, je vous avais mandé avant votre départ pour Shrewsbury.
Falstaff
N’en déplaise à votre seigneurie, j’apprends que Sa Majesté est revenue, non sans quelque inquiétude, du pays de Galles.
Falstaff
Et j’apprends, en outre, que Son Altesse a été attaquée de nouveau par cette putain d’apoplexie.
Grand Juge
Eh bien, que le ciel lui rende la santé ! Laissez-moi vous parler, je vous prie.
Falstaff
À mon idée, cette apoplexie est une sorte de léthargie, n’en déplaise à votre seigneurie ; une sorte d’assoupissement du sang, un coquin d’éblouissement.
Grand Juge
Qu’est-ce que vous me dites-là ? qu’elle soit ce qu’elle voudra.
Falstaff
Elle a son origine dans un excès de souffrance ou d’étude, dans une perturbation du cerveau. J’ai lu dans Galien la cause de ses effets ; c’est une espèce de surdité.
Grand Juge
Je crois que vous êtes atteint de la maladie ; car vous n’entendez pas ce que je vous dis.
Falstaff
Très-bien, milord, très-bien ; mais, ne vous en déplaise, c’est plutôt l’infirmité de ne pas écouter, la maladie de ne pas faire attention, qui me trouble.
Grand Juge
En vous punissant par les talons, on rectifierait l’inattention de vos oreilles ; et je ne répugnerais pas à devenir votre médecin.
Grand Juge
Je vous ai envoyé dire de venir me parler, alors qu’il y avait contre vous une affaire capitale.
Falstaff
Et moi, sur l’avis de mon conseil, un savant légiste de ce pays, je ne me suis pas présenté.
Grand Juge
Eh ! le fait est, sir John, que vous vivez dans une grande infamie.
Falstaff
Un homme serré dans mon ceinturon ne peut vivre à moins.
Grand Juge
Vos ressources sont fort minces, et vous êtes gros dépensier.
Falstaff
Je voudrais qu’il en fût tout autrement. Que mes ressources ne sont-elles plus vastes et que ne suis-je un dépensier moins gros !
Grakd Juge
Vous avez égaré le jeune prince.
Falstaff
C’est le jeune prince qui m’a égaré. Je suis l’aveugle au gros ventre, et il est mon caniche.
Grand Juge
Allons, il m’en coûterait de rouvrir une plaie fraîchement fermée ; vos services diurnes à Shrewsbury ont quelque peu doré votre exploit nocturne de Gadshill. Vous pouvez remercier notre époque agitée de la paisible terminaison de cette affaire.
Falstaff
Milord ?
Falstaff
Éveiller un loup est chose aussi fâcheuse que de flairer un renard.
Grand Juge
Eh ! vous êtes comme une chandelle dont la meilleure partie est consumée.
Falstaff
Un flambeau de fête, milord, à bout de suif. J’ai pourtant, sans mentir, la qualité de sire.
Grand Juge
Il n’y a pas à votre face un poil blanc qui ne devrait vous inculquer la grâce de la gravité.
Falstaff
La graisse, la graisse, la graisse !
Grand Juge
Vous suivez partout le jeune prince, comme son mauvais ange.
Falstaff
Pas précisément, milord ; votre mauvais ange est léger
Falstaff
; moi, au contraire, je suis sûr que quiconque me regardera seulement me prendra sans me peser ; et pourtant, sous certains rapports, je reconnais que je ne suis pas une espèce courante. La vertu obtient si peu d’égard dans ces temps mercantiles que le vrai courage se fait montreur d’ours. L’esprit se fait garçon de cabaret, et épuise sa verve à faire des comptes. Tous les autres dons propres à l’homme, faussés qu’ils sont par la perversité de ce siècle, ne valent pas une groseille à maquereau. Vous qui êtes vieux, vous ne prenez pas en considération notre caractère, à nous autres qui sommes jeunes ; vous jugez la chaleur de notre rate à l’aigreur de votre bile ; et nous qui sommes dans l’effervescence de notre jeunesse, je dois le confesser, nous sommes un peu mauvais sujets.
Falstaff
Milord, je suis né vers trois heures de l’après-midi avec la tête blanche et un ventre quelque peu replet. Pour ma voix, je l’ai perdue à brailler et à chanter des antiennes. Quant à vous donner d’autres preuves de ma jeunesse, je n’en ferai rien : la vérité est que je suis vieux seulement par la raison et l’entendement ; et celui qui veut risquer mille marcs contre moi, à qui exécutera le mieux la cabriole, n’a qu’à m’avancer l’argent, et gare à lui ! Pour le soufflet que le prince vous a donné, il vous l’a donné avec une brusquerie princière, et vous l’avez reçu avec une noble sensibilité. Je l’en ai grondé, et le jeune lion fait pénitence, non pas dans la cendre, morbleu, mais dans la soie neuve, non pas dans le sac de bure, mais en sac-à-vin.
Grand Juge
Allons, que Dieu envoie au prince un meilleur compagnon !
Falstaff
Que Dieu envoie au compagnon un meilleur prince ! Je ne puis me de débarrasser de lui.
Grand Juge
Eh bien, le roi vous a donc séparé du prince Henry : j’apprends que vous devez marcher, avec lord John de Lancastre, contre l’archevêque et le comte de Northumberland.
Grand Juge
Allons, soyez honnête, soyez honnête, et que Dieu bénisse votre expédition !
Falstaff
Votre seigneurie voudrait-elle me prêter mille livres pour m’équiper ?
Grand Juge
Pas un penny, pas un penny : vous êtes par trop pressé d’ajouter à vos charges. Portez-vous bien ; recommandez-moi à mon cousin Westmoreland.
Grand Juge
Le grand juge et l’exempt sortent.
Falstaff
Si je le fais, qu’on me tarabuste à coups de maillet ! L’homme ne peut pas plus séparer l’avarice de la vieillesse que la paillardise du jeune âge. Mais la goutte tourmente l’une, et la vérole pince l’autre. Et ces deux fléaux-là rendent toute malédiction superflue… Page !
Falstaff
Combien y a-t-il dans ma bourse ?
Page
Sept groats et deux pences.
Falstaff
Je ne peux pas trouver de remède à cette consomption de la bourse : emprunter, c’est seulement la faire languir et languir jusqu’à épuisement ; la maladie est incurable… Allez porter cette lettre à milord de Lancastre ; celle-ci au prince ; celle-ci au comte de Westmoreland ; et celle-ci à la vieille mistress Ursule, à qui je jure toutes les semaines de l’épouser, depuis que j’ai aperçu le premier poil blanc à mon menton… En marche ! vous savez où me retrouver.
Falstaff
Le page sort.
Falstaff
Peste soit de cette goutte ! ou de cette vérole ! car c’est l’une ou l’autre qui fait des siennes dans mon gros orteil. Peu importe si je boite ; j’ai la guerre pour prétexte, et ma pension n’en paraîtra que plus légitime. Un bon esprit tire parti de tout ; je saurai exploiter les maladies, même à mon avantage.
Falstaff
Il sort.
Falstaff
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Scène 3
Hastings, Mowbray, Lord Bardolphe
York. Le palais de l’archevêché.
Hastings
l’archevêque.
Mowbray
— J’approuve les raisons de notre prise d’armes ; — mais je voudrais comprendre plus nettement — comment nous pouvons parvenir avec nos ressources — à présenter un front suffisamment hardi et solide — à la puissante armée du roi.
Hastings
— Nos forces présentes, mises en ligne, s’élèvent — à vingt-cinq mille hommes d’élite ; — et des renforts considérables sont attendus — du grand Northumberland dont le cœur couve — un incendie de ressentiments.
Lord Bardolphe
— La question, lord Hastings, se réduit donc à ceci : — nos vingt-cinq mille hommes présents — peuvent-ils tenir la campagne, sans Northumberland ?
Hastings
— Avec lui, ils le peuvent.
Lord Bardolphe
Oui, parbleu, voilà le vrai. — Mais si, sans lui, nous nous jugeons trop faibles, — mon avis est que nous ne devons pas nous avancer trop loin, — avant d’avoir ce secours sous la main. — Car, dans une affaire de si sanglant aspect, — les conjectures, les espérances, les suppositions — d’auxiliaires incertains doivent être non avenues.
Lord Bardolphe
l’archevêque.
Lord Bardolphe
— Vous avez raison, lord Bardolphe ; car c’est là effectivement — le cas du jeune Hotspur à Shrewsbury.
Hastings
— Mais permettez, il n’y a jamais de mal — à calculer les probabilités et les motifs d’espoir,
Hastings
— Admettons que nos espérances, si bien conçues qu’elles semblent, — doivent aboutir à un avortement, admettons que nous n’ayons plus — un seul homme à attendre ; — je crois encore que nos forces sont assez considérables, — telles qu’elles sont, pour égaler celles du roi.
Lord Bardolphe
— Quoi ! est-ce que le roi n’a que vingt-cinq mille hommes ?
Hastings
— À nous opposer, pas davantage ; non, pas même autant, lord Bardolphe. — Car, pour faire face aux périls criants, son armée — est divisée en trois corps : un, contre les Français ; — un autre, contre Glendower ; le troisième, forcément — dirigé contre nous. Ainsi, voilà ce roi débile — partagé en trois ; et ses coffres ne rendent plus — que le son creux de la misère.
Hastings
l’archevêque.
Hastings
— Qu’il rassemble ses forces éparses — pour nous accabler de toute sa puissance, — c’est ce qui n’est pas à craindre.
Hastings
S’il le fait, — il laisse ses derrières sans défense, les Français et les Gallois — aboyant à ses talons. Ne craignez rien.
Lord Bardolphe
— Qui doit, selon toute apparence, diriger ses forces contre nous ?
Hastings
l’archevêque.
Hastings
En avant ! — Et publions les motifs de notre prise d’armes. — Le peuple est malade de son propre choix : — sa trop avide affection s’est écœurée. — Il a une demeure vertigineuse et mobile, — celui qui bâtit sur le cœur de la multitude. — Ô peuple stupide, quelles bruyantes acclamations — tu jetais au ciel en bénissant Bolingbroke, — alors qu’il n’était pas encore ce que tu voulais qu’il fût ! — Et maintenant que tu es servi à souhait, — monstrueux mangeur, tu es tellement rassasié de lui — que tu t’efforces de le rendre. — Ainsi, ainsi, chien immonde, tu as recraché — de ton estomac glouton le royal Richard ; — et maintenant tu as faim du mort que tu as vomi, — et tu l’appelles de tes hurlements. À qui se fier de notre temps ? — Ceux qui, du vivant de Richard, voulaient sa mort, — sont maintenant énamourés de son tombeau. — Toi, qui jetais de la poussière sur sa tête auguste, — alors qu’à travers Londres en fête il avançait en soupirant — sur les pas admirés de Bolingbroke, — tu t’écries maintenant : Ô terre ! rends-nous ce roi-là — et reprends celui-ci ! Ô imagination des hommes maudits ! Le passé et l’avenir semblent toujours préférables ; le présent, toujours pire
Hastings
.
Mowbray
— Irons-nous réunir nos troupes pour entrer en campagne ?
Hastings
— Nous sommes les sujets du moment, et le moment nous presse de partir.
Hastings
Ils sortent.
Hastings
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Scène 4
Hotesse, Griffe, Piége, Gritfe, Falstaff, Grand Juge, Gower
Londres. Une rue.
Hotesse
l’hôtesse.
Hotesse
Eh bien, maître Griffe, avec-vous enregistré l’action ?
Griffe
Elle est enregistrée.
Griffe
l’hôtesse.
Griffe
Où est votre exempt ? Est-ce un exempt vigoureux ? Tiendra-t-il ferme ?
, à son valet.
Griffe
Maraud, où est Piége ?
Griffe
l’hôtesse.
Griffe
Ah ! oui, seigneur ! ce bon maître Piége.
, s’avançant.
Piége
Voici, voici.
Griffe
Piége, il faut que nous arrêtions sir John Falstaff.
Griffe
l’hôtesse.
Griffe
Oui, bon maître Piége, je l’ai fait actionner, et tout.
Piége
Il pourra en coûter la vie à quelques-uns d’entre nous, car il jouera du poignard.
Piége
l’hôtesse.
Piége
Miséricorde ! prenez garde à lui : il m’a poignardée dans ma propre maison, et cela le plus brutalement du monde. En vérité, il ne se soucie pas du mal qu’il fait, une fois que son arme est dehors ; il frappe comme un diable ; il n’épargne ni homme, ni femme, ni enfant.
Griffe
l’hôtesse.
Griffe
Non, ni moi non plus ; je vous prêterai main-forte.
Gritfe
Si seulement je puis l’empoigner, si je le tiens seulement dans mes pinces.
Gritfe
l’hôtesse.
Gritfe
Je suis ruinée par son départ : je vous assure qu’il a chez moi un compte qui n’en finit pas. Cher maître Griffe, tenez-le ferme ! cher maître Piège, ne le laissez pas échapper. Il va continûment au coin de la rue, sauf votre respect, pour avoir une selle ; et il est impliqué à dîner à la Tête du Léopard, dans Lombard-Street, chez maître Ledoux, le marchand de soieries : je vous en prie, puisque mon exion est enregistrée et mon affaire si ouvertement connue de tout le monde, faites-lui rendre des comptes. Cent marcs, c’est une somme bien lourde pour une pauvre femme seule ; et j’ai attendu, et attendu, et attendu ; et j’ai été lanternée, et lanternée, et lanternée de jour en jour, que c’est une honte d’y penser. Il n’y a pas d’honnêteté dans ces procédés-là ; à moins qu’on ne fasse d’une femme un âne, une bête à supporter les outrages du premier chenapan venu. Le voilà qui arrive ; et avec lui ce fieffé coquin de Bardolphe, au nez de Malvoisie. Faites votre office, faites votre office, maître Griffe, et vous, maître Piège ; faites-moi, faites-moi, faites-moi bien votre office.
Falstaff
Eh bien ? qui est-ce qui a perdu sa jument ici ? qu’y a-t-il ?
Falstaff
Arrière, varlets ! Dégaine, Bardolphe, coupe-moi la tête de ce coquin, et jette la gouine dans le canal.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Me jeter dans le canal ! C’est moi qui vais te jeter dans le canal ! Essaye, essaye, gredin de bâtard !… Au meurtre, au meurtre ! Oh ! homicide coquin ! veux-tu donc tuer les officiers de Dieu et du roi ? Ah ! homicide gredin ! tu es un homicide, un bourreau d’hommes, un bourreau de femmes !
Falstaff
Tiens-les à distance, Bardolphe.
Griffe
Main-forte ! main-forte !
Griffe
l’hôtesse.
Griffe
Bonnes gens, donnez-nous un coup demain ou deux !… Tu ne veux pas ? tu ne veux pas ? Ah ! tu ne veux pas ! ah ! tu ne veux pas !… Va, va, gredin ! Va, homicide !
Falstaff
Arrière, carogne ! coureuse ! drôlesse ! je vais vous chatouiller la catastrophe !
Grand Juge
Qu’y a-t-il ! respectez la paix céans.
Grand Juge
l’hôtesse.
Grand Juge
Mon bon lord, soyez bon pour moi ! je vous conjure de me soutenir.
Grand Juge
— Eh bien, sir John ? quel tapage faites-vous ici ? — Cela sied-il à votre position, à votre emploi, à votre mission ? — Vous devriez être déjà loin sur la route d’York.
Grand Juge
Au recors.
Grand Juge
l’hôtesse.
Grand Juge
Ô mon très-vénérable lord, n’en déplaise à Votre Grâce, je suis une pauvre veuve d’East-Cheap, et il est arrêté à ma requête.
Grand Juge
Pour quelque compte, sans doute ?
Grand Juge
l’hôtesse.
Grand Juge
Il n’y a là aucun conte, milord, il s’agit de tout mon avoir. Il m’a tout mangé, maison et le reste ; il a mis toute ma substance dans sa grosse bedaine… Mais va, tu m’en rendras une partie, ou je serai toutes les nuits sur toi, comme ta bête noire.
Falstaff
Je crois plus probable que je serai, moi, sur la bête noire, pour peu que j’aie l’avantage du terrain.
Grand Juge
Qu’est-ce que ça signifie, sir John ? Fi ! quel homme de tempérament raisonnable pourrait endurer cette tempête d’imprécations ? Est-ce que vous n’avez pas honte de forcer une pauvre veuve à recourir à de telles violences pour ravoir son bien ?
, à l’hôtesse.
Falstaff
Quelle est la somme totale de ce que je te dois ?
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Milord, c’est une pauvre folle ; elle dit par toute la ville que son fils aîné vous ressemble ; elle a été dans une bonne situation, et le fait est que la pauvreté lui a troublé les idées. Mais quant à ces niais d’exempts, permettez, je vous prie, que j’exerce un recours contre eux.
Grand Juge
Sir John, sir John, je connais fort bien votre manière de fausser et de torturer la vérité ! Ce n’est ni votre air assuré, ni le tas de paroles que vous laissez échapper avec une effronterie plus qu’impudente, qui peut me faire dévier de la stricte impartialité ; vous avez, il me semble, abusé de la complaisante crédulité de cette femme pour faire servir à vos besoins sa bourse et sa personne.
Grand Juge
l’hôtesse.
Grand Juge
Oui, vraiment, milord.
Grand Juge
Paix, je te prie !… Payez-lui ce que vous lui devez, et réparez le tort que vous lui avez causé : vous pouvez faire l’un avec de la monnaie sterling, et l’autre avec la pénitence courante.
Grand Juge
Vous parlez comme si vous étiez libre de faire le mal : répondez donc d’une manière digne de votre caractère, en satisfaisant cette pauvre femme.
Falstaff
Viens ici, l’hôtesse.
Falstaff
Il prend l’hôtesse à part.
Grand Juge
Eh bien, maître Gower, quelles nouvelles ?
, remettant un papier au grand juge.
Gower
— Milord, le roi et Henry, prince de Galles — vont arriver. Ce papier vous dira le reste.
Gower
Le grand juge lit le papier.
, parlant à l’hôtesse.
Falstaff
Foi de gentilhomme !
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Bah ! vous disiez de même auparavant.
Falstaff
Foi de gentilhomme !… Allons, n’en parlons plus.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Par la terre céleste où je marche, je serais forcée de mettre en gage et mon argenterie et les tapisseries de mes salles à manger.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Je t’en prie, sir John, que vingt nobles suffisent ! En vérité, je serais forcée d’engager mon argenterie, sérieusement, là.
Falstaff
Renonçons-y ; je me retournerai autrement : vous serez toujours une sotte.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Eh bien, vous aurez la somme, quand je devrais mettre ma robe en gage. J’espère que vous viendrez souper : vous me payerez tout ensemble ?
Falstaff
Vivrai-je ?
Falstaff
À Bardolphe.
Falstaff
Va avec elle, va avec elle ; amorce, amorce.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Voulez-vous que Dorothée Troue-Drap soupe avec vous ?
Falstaff
C’est dit, ayons-la.
Falstaff
Sortent l’hôtesse, Bardolphe, les exempts et le page.
Grand Juge
J’ai ouï de meilleures nouvelles.
, à Gower.
Grand Juge
Où le roi a-t-il couché cette nuit ?
Gower
À Basingstoke, milord.
Falstaff
J’espère, milord, que tout va bien… Quelles sont les nouvelles, milord ?
, à Gower, sans regarder Falstaff.
Grand Juge
Est-ce que toutes ses forces reviennent ?
Gower
— Non ; quinze cents hommes d’infanterie et cinq cents chevaux — vont rallier milord de Lancastre — pour marcher contre Northumberland et l’archevêque. —
, au grand juge.
Falstaff
Est-ce que le roi revient du pays de Galles, mon noble lord ?
, sans regarder Falstaff.
Grand Juge
Vous aurez une lettre de moi tout à l’heure ; allons, venez avec moi, cher maître Gower.
Falstaff
Milord !
Grand Juge
Qu’y a-t-il ?
, sans regarder le juge.
Falstaff
Maître Gower, vous inviterai-je à dîner ?
Gower
Je suis aux ordres de milord ; je vous remercie, bon sir John.
Grand Juge
Sir John, vous flânez ici trop longtemps, ayant à recruter des soldats dans les comtés que vous traverserez.
, sans regarder le juge.
Grand Juge
Quel est donc le maître sot qui vous a enseigné ces manières-là, sir John ?
, toujours sans regarder le juge.
Falstaff
Maître Gower, si elles ne me vont pas, c’est un sot qui me les a apprises… C’est la grâce même de l’escrime, milord : coup pour coup ; partant, quitte.
Grand Juge
Que le Seigneur t’éclaire ! tu es un grand sot.
Grand Juge
Ils sortent.
Grand Juge
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Scène 5
Prince Henry, Poins, Bardolphe, Page, Prince Henri, Rardolphe
Londres. Une autre rue.
Prince Henry
Crois-moi, je suis excessivement las.
Poins
Est-il possible ! je n’aurais pas cru que la lassitude osât s’attacher à un personnage de si haut rang.
Prince Henry
Ma foi, si ; j’en conviens, dût cet aveu ternir l’éclat de ma grandeur. N’est-il pas bien indigne de moi d’avoir envie de petite bière ?
Poins
Certes, un prince ne devrait pas avoir le goût assez relâché pour se souvenir qu’il existe une si faible drogue.
Poins
Que ce frivole langage semble malsonnant après vos rudes labeurs ! Dites-moi donc si beaucoup de bons jeunes princes parleraient ainsi, leur père étant aussi malade que l’est le vôtre à cette heure ?
Prince Henry
Te dirai-je une chose, Poins ?
Poins
Oui, mais que ce soit quelque chose de très-bon.
Prince Henry
Ce sera toujours assez bon pour un esprit aussi peu relevé que le tien.
Poins
Allons, j’attends le choc de ce que vous allez dire.
Poins
Oh ! bien difficilement, pour un pareil motif.
Prince Henry
Sur ma parole, tu me crois dans les petits papiers du diable, autant que toi et Falstaff, pour l’endurcissement et la perversité. Qui vivra, verra. Toutefois, je te le déclare, mon cœur saigne intérieurement quand je sais mon père si malade ; mais dans une mauvaise compagnie telle que la tienne, j’ai dû, et pour cause, m’abstenir de toute ostentation de douleur.
Poins
Pour quelle cause ?
Prince Henry
Que penserais-tu de moi si je pleurais ?
Poins
Vous seriez, dans ma pensée, un hypocrite tout à fait princier.
Prince Henry
Ce serait la pensée de tout le monde ; et tu es un gaillard heureusement prédisposé à penser comme tout le monde ; jamais la pensée d’un homme n’a suivi mieux que la tienne les sentiers battus : effectivement, dans la pensée de tout le monde, je serais un hypocrite. Et qu’est-ce qui porte votre éminentissime pensée à penser ainsi ?
Poins
Ah ! c’est que vous avez été si libertin et si étroitement lié avec Falstaff…
Prince Henry
Et avec toi.
Prince Henry
Et le page que j’ai donné à Falstaff ; c’était un chrétien, quand il l’a eu de moi ; et vois si le gros coquin n’en a pas fait un singe.
, au prince.
Bardolphe
Dieu garde Votre Grâce !
Prince Henry
Et la vôtre, très-noble Bardolphe !
, au page.
Bardolphe
Allons, âne vertueux, timide imbécile, est-ce qu’il faut rougir ainsi ? Pourquoi rougissez-vous à présent ? Quel homme d’armes virginal faites-vous donc ! Est-ce une telle affaire, de dépuceler un pot de quatre pintes !
Page
Tout à l’heure, milord, il m’a appelé à travers le volet rouge d’un cabaret, et il m’était impossible de distinguer de la fenêtre la moindre portion de son visage. À la fin, j’ai aperçu ses yeux, et j’ai cru qu’il avait fait deux trous dans le cotillon neuf de la cabaretière, et qu’il regardait au travers.
Prince Henry
Est-ce que cet enfant-là n’a pas profité ?
Bardolphe
Arrière, fils de putain, lapin bipède, arrière !
Prince Henry
Instruis-nous, page ; qu’est-ce que c’est que ce rêve-là, page ?
Page
Eh bien, milord, Althée rêva qu’elle était délivrée d’un tison ardent ; et voilà pourquoi je l’appelle rêve d’Althée
Page
.
, donnant de l’argent au page.
Prince Henry
Cette explication vaut bien une couronne : voici pour toi, page.
Poins
Oh ! puisse une fleur si belle être préservée des vers !… Tiens, voilà six pennys pour te garantir.
Bardolphe
Si à vous tous vous ne le faites pas pendre, le gibet sera lésé.
Prince Henry
Et comment va ton maître, Bardolphe ?
Bardolphe
Bien, milord. Il a appris le retour en ville de Votre Grâce : voici une lettre pour vous.
Poins
Délivrée avec grand respect !… Et comment va l’été de la Saint-Martin, votre maître ?
Bardolphe
Bien de corps, monsieur.
Poins
Certes, la partie immortelle aurait besoin d’un médecin ; mais il ne s’en émeut point : ça a beau être malade, ça ne meurt pas.
Prince Henry
Je permets à cet apostème d’être aussi familier avec moi que mon chien : et il tient à son privilége ; car voyez comme il écrit.
Prince Henry
Il remet la lettre à Poins.
, lisant.
Poins
« John Falstaff, chevalier… Il faut qu’il apprenne ça à tout le monde, chaque fois qu’il a occasion de se nommer. Juste comme ces parents du roi qui ne se piquent jamais le doigt sans dire : « Voilà du sang royal qui coule ! » « Comment ça ? » dit quelqu’un qui affecte de ne pas comprendre. La réponse est toujours prête comme la révérence d’un emprunteur : « Je suis le pauvre cousin du roi, monsieur. »
Prince Henri
Oui-dà, ils veulent être nos parents, dussent-ils pour ça remonter jusqu’à Japhet. Mais la lettre ?…
, lisant.
Poins
« Sir John Falstaff, chevalier, au fils du roi, le plus proche héritier de son père, Harry, prince de Galles, salut !… » Eh ! mais c’est un certificat.
Prince Henry
Paix !
Poins
« Je veux imiter le noble Romain dans sa brièveté… Sûrement il veut dire brièveté d’haleine, respiration courte… Je me recommande à toi, je te recommande au ciel, et je prends congé de toi. Ne sois pas trop familier avec Poins, car il mésuse de tes faveurs jusqu’à jurer que tu dois épouser sa sœur Nelly. Fais pénitence à tes heures de loisir, comme tu pourras, et, sur ce, adieu. »
Poins
« À toi, oui et non
c’est-à-dire selon tes procédés
Poins
. Jack Falstaff, avec mes familiers ; John, avec mes frères et sœurs ; et sir John avec toute l’Europe. »
Poins
Milord, je vais tremper cette lettre dans du Xérès, et la lui faire manger.
Poins
Puisse la pauvre fille n’avoir pas un plus vilain sort ! mais je n’ai jamais dit ça.
Prince Henry
Allons, nous jouons comme des fous avec le temps ; et les âmes sages planent dans les nues, et se moquent de nous… Votre maître est-il ici, à Londres ?
Bardolphe
Oui, milord.
Prince Henry
Où soupe-t-il ? Est-ce que le vieux sanglier mange toujours à sa vieille souille ?
Bardolphe
Au vieil endroit, milord, à East-Cheap.
Prince Henry
Quelle est sa compagnie ?
Page
Des Éphésiens, milord, de la vieille Église.
Prince Henry
A-t-il des femmes à souper ?
Page
Aucune, milord, si ce n’est la vieille mistress Quickly, et mistress Dorothée Troue-Drap.
Prince Henry
Qu’est-ce que cette païenne-là ?
Page
Une dame comme il faut, seigneur, une parente de mon maître.
Poins
Je suis votre ombre, milord ; je vous suivrai.
Prince Henry
Ah çà ! toi, page, et toi, Bardolphe, pas un mot à votre maître de mon retour en ville. Voilà pour votre silence.
Prince Henry
Il leur donne de l’argent.
Rardolphe
Je n’ai pas de langue, seigneur.
Page
Et quant à la mienne, seigneur, je la maîtriserai.
Prince Henry
Adieu ; partez.
Prince Henry
Sortent le page et Bardolphe.
Prince Henry
Cette Dorothée Troue-Drap doit être quelque chaussée publique.
Poins
Je vous le garantis, aussi publique que la route de Saint-Albans à Londres.
Prince Henry
Comment pourrions-nous voir Falstaff s’exhiber cette nuit sous ses vraies couleurs, sans être vus nous-mêmes ?
Poins
Mettons des jaquettes et des tabliers de cuir, et servons-le à table, comme garçons.
Prince Henry
De dieu devenir taureau ! Terrible dégringolade ! ç’à été le cas de Jupiter. De prince devenir apprenti ! Infime métamorphose ! telle sera la mienne ; car, en toute chose, le résultat compense l’extravagance. Suis-moi, Ned.
Prince Henry
Ils sortent.
Prince Henry
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Scène 6
Northumberland, Lady Northumberland
Wackworth. Devant le château.
Northumberland
— Je t’en prie, femme aimée, et toi, ma gente fille, — laissez le libre champ à mes âpres desseins ; — ne prenez pas le visage des circonstances, — et ne soyez pas, comme elles, importunes à Percy.
Lady Northumberland
— J’ai renoncé, je ne veux plus rien dire. — Faites ce que vous voudrez ; que votre sagesse soit votre guide.
Northumberland
— Hélas, ma chère femme, mon honneur est engagé ; — et rien ne peut le racheter que mon départ.
Northumberland
Honni soit votre cœur, — ma gracieuse fille ! Vous m’ôtez mon courage, — en déplorant à nouveau d’anciennes fautes. — Mais il me faut partir et faire face au danger ; — où il m’ira chercher ailleurs, — et me trouvera moins bien préparé.
Lady Northumberland
Oh ! fuyez en Écosse, — jusqu’à ce que les nobles et les communes en armes — aient fait une légère épreuve de leur puissance.
Northumberland
— Allons, allons, venez avec moi. Il en est de mon âme, — comme de la marée qui, ayant atteint son sommet, — s’arrête immobile entre deux directions. — J’irais volontiers rejoindre l’archevêque ; — mais mille raisons me retiennent. — Je me résous à aller en Écosse ; et j’y reste, — jusqu’à ce que l’heure et l’occasion réclament mon retour.
Northumberland
Ils sortent.
Northumberland
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Scène 7
Premier Garçon, Deuxième Garçon, Hotesse, Dorothée, Falstaff, Garçon, Pistolet, Bardolphe, Page, Prince Henry, Poins, Prince, Prince Henry Et Poins, Prince Benry
Londres. La taverne de la Hure, dans East-Cheap.
Premier Garçon
Que diable as-tu apporté là ? Des poires de messire-Jean ? Tu sais que messire Jean ne peut pas souffrir les messire-Jean.
Deuxième Garçon
Par la messe, tu dis vrai. Une fois, le prince a mis un plat de messire-Jean devant lui, et lui a dit : Voici cinq messire-Jean de plus ; et, ôtant son chapeau, il a ajouté : À présent je vais prendre congé de ces six chevaliers jaunes, ronds, vieux et ridés. Ça l’a blessé au cœur, mais il l’a oublié.
Deuxième Garçon
Ha ! le prince et maître Poins seront ici tout à l’heure ; et ils mettront deux de nos jaquettes et de nos tabliers ; et il ne faut pas que sir John le sache : Bardolphe est venu le dire.
Premier Garçon
Par la messe ! voilà une fameuse niche : ça va être une excellente farce.
Deuxième Garçon
Je vais voir si je puis trouver Sournois.
Deuxième Garçon
Il sort.
Hotesse
l’hôtesse.
Hotesse
Ma foi, cher cœur, il me semble que vous êtes dans une excellente tempéralité ; votre poulsation bat aussi extraordinairement que le cœur peut le désirer ; et votre teint, je vous assure, est aussi rouge qu’une rose, en bonne vérité, là ! Mais, ma foi, vous avez bu trop de Canarie ; c’est un vin merveilleusement pénétrant, et qui vous parfume le sang avant qu’on puisse dire : Qu’est-ce donc ? Comment vous trouvez-vous ?
Dorothée
Mieux que tout à l’heure… Hem !
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
Allons, à merveille ! Un bon cœur vaut de l’or… Tenez, voici sir John.
Falstaff
Quand Arthur parut à la cour,
Falstaff
Videz le pot de chambre.
Falstaff
C’était un digne roi.
Falstaff
Le garçon sort.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Elle ne se trouve pas bien… Vous savez, des nausées !
Falstaff
Ainsi sont toutes ses pareilles ; dès que vous n’osez plus avec elles, elles se trouvent mal.
Dorothée
Fangeux misérable, voilà toute la consolation que tu me donnes !
Falstaff
Vous les faites gras, vos misérables, mistress Dorothée.
Dorothée
Je les fais gras, moi ! C’est la gloutonnerie et la maladie qui les enflent ; ce n’est pas moi.
Falstaff
Si le cuisinier aide à la gloutonnerie, vous, Doll, vous aidez à la maladie. Nous prenons tant de choses de vous, Doll, nous prenons tant de choses de vous ; conviens-en, ma pauvre vertu, conviens-en.
Dorothée
Oui, parbleu ! vous nous prenez nos chaînes et nos bijoux.
, fredonnant
Falstaff
Vos broches, vos perles et vos chatons…
Falstaff
Pour servir en brave, vous savez, il faut avancer ferme, aller à la brèche avec sa pique bravement tendue, se fier bravement au chirurgien, s’aventurer bravement sur les pièces chargées…
Dorothée
Allez vous faire pendre, congre fangeux, allez vous faire pendre.
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
À Dorothée.
Dorothée
Vertubleu ! il faut qu’un des deux supporte l’autre, et ce doit être vous : vous êtes le vaisseau le plus faible, comme on dit, le plus vide.
Dorothée
Est-ce qu’un faible vaisseau vide peut supporter un énorme muids plein comme celui-là ? Il y a en lui toute un cargaison de Bordeaux ; vous n’avez jamais vu un bâtiment plus chargé à la cale ! Allons, soyons bons amis, Jack : tu vas partir pour la guerre, et, si je te reverrai ou non, c’est ce dont nul ne se soucie.
, à Falstaff.
Garçon
Monsieur, l’enseigne Pistolet est en bas et voudrait vous parler.
Dorothée
Au diable le misérable querelleur ! qu’il n’entre pas ici ! C’est le gredin le plus mal embouché d’Angleterre.
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
S’il querelle, qu’il n’entre pas ici ! Non, sur ma foi ! Il faut que je vive parmi mes voisins. Je ne veux pas de querelleurs. J’ai bon nom et bon renom auprès des gens les plus respectables… Fermez la porte ; il n’entre pas de querelleurs ici. Je n’ai pas vécu jusqu’ici pour avoir des querelles à présent : fermez la porte, je vous prie.
Falstaff
Écoute donc, l’hôtesse.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Je vous en prie, pacifiez-vous, sir John ; il n’entre pas de querelleurs ici.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Tarare, sir John ! ne m’en parlez pas. Votre querelleur d’enseigne n’entrera pas par ma porte. J’étais, l’autre jour, en présence de maître Étique, le député ; et comme il me disait
c’était pas plus tard que mercredi dernier
Falstaff
: Voisine Quickly , me dit-il… Maître Muet, notre prédicateur, était là… Voisine Quickly , me dit-il, recevez ceux qui sont civils ; car , me dit-il, vous avez mauvaise réputation… Il me disait ça, je sais bien à propos de quoi… Car , me dit-il, vous êtes une honnête femme, et bien estimée ; conséquemment, prenez garde aux hôtes que vous recevez ; ne recevez pas de compagnons querelleurs , me dit-il… Il n’en entre pas ici ; vous auriez été aux anges d’entendre ce qu’il disait… Non, je ne veux pas de querelleurs.
Falstaff
Ce n’est pas un querelleur, l’hôtesse, c’est un escroc fort inoffensif, lui ; vous pouvez le caresser aussi tranquillement qu’un petit lévrier ; il ne se querellerait pas avec une poule de Barbarie, pour peu qu’elle hérissât ses plumes en signe de résistance. Appelle-le, garçon.
Falstaff
Le garçon sort.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Un escroc, dites-vous ! je ne veux pas fermer ma maison à un honnête homme, ni à un escroc ; mais je n’aime pas les querelles. Sur ma parole, je me trouve mal quand on parle de querelleur ; sentez, mes maîtres, comme je tremble ; tenez, je vous le garantis.
Dorothée
C’est vrai, l’hôtesse.
Dorothée
l’hôtesse.
Pistolet
Dieu vous garde, sir John !
Falstaff
Soyez le bienvenu, enseigne Pistolet. Tenez, Pistolet, je vous charge avec une coupe de Xérès : déchargez-vous sur notre hôtesse.
Pistolet
Sir John, je déchargerai un double coup sur elle.
Falstaff
Elle est à l’épreuve du pistolet, seigneur, vous pouvez à peine l’entamer.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Allez, je n’avalerai ni vos épreuves, ni vos coups. Je ne boirai que ce qui me sera agréable ; je n’y mettrai de complaisance pour aucun homme, moi !
Pistolet
À vous donc, mistress Dorothée ; je vais vous attaquer.
Dorothée
M’attaquer ! je vous méprise, immonde drôle ! Quoi ! vous, pauvre hère, vil coquin, escroc sans linge ! Arrière, gueux rance ! C’est pour votre maître que je suis faite.
Pistolet
Je vous connais, mistress Dorothée.
Pistolet
Je vais massacrer votre fraise pour ceci.
Falstaff
Assez, Pistolet ; je ne veux pas que vous éclatiez ici ! déchargez-vous hors de notre compagnie, Pistolet
Falstaff
.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Non, mon bon capitaine Pistolet ; pas ici, cher capitaine.
Dorothée
Capitaine, toi ! abominable et maudit escroc ! As-tu pas honte de te laisser appeler capitaine ! Si les capitaines pensaient comme moi, ils vous bâtonneraient pour prendre ainsi leur titre avant de l’avoir gagné ! Vous, capitaine, vous, manant ! Et pourquoi ? Pour avoir déchiré la fraise d’une pauvre putain dans un mauvais lieu !… Lui, capitaine ! à la potence, le coquin !… Il vit de pruneaux moisis et de gâteaux desséchés ! Un capitaine ! Jour de Dieu ! ces drôles-là rendront le mot capitaine aussi odieux que le mot posséder , qui était un mot parfaitement vertueux avant d’être mal appliqué. Aussi les capitaines feront bien d’y prendre garde !
Bardolphe
Je t’en prie, descends, cher enseigne.
Falstaff
Écoutez ici, mistress Dorothée.
Pistolet
Que je descende, non ! je te le déclare, caporal Bardolphe, je suis capable de la mettre en pièces ; je me vengerai d’elle !
Page
Je t’en prie, descends.
Pistolet
l’hôtesse.
Pistolet
Mon bon capitaine Pislet, calmez-vous ; il est très tard, sur ma parole ; je vous en supplique, aggravez votre colère.
, d’une voix avinée.
Pistolet
— Voilà vraiment de bonnes plaisanteries ! Des bêtes de somme, — des rosses d’Asie poussives et creuses, — qui ne sauraient faire trente milles par jour, — se comparer aux Césars et aux Cannibals, — et aux Troyens grecs ! Non, qu’ils soient plutôt damnés — avec le roi Cerbère, et qu’ils fassent rugir le firmament !… — Allons-nous nous quereller pour des billevesées
Pistolet
?
Pistolet
l’hôtesse.
Pistolet
Sur mon âme, capitaine, voilà des paroles bien amères !
Bardolphe
Partez, cher enseigne : il va y avoir du vacarme tout à l’heure.
, complètement ivre.
Pistolet
Que les hommes meurent comme des chiens ! que les couronnes se donnent comme des épingles !… Est-ce que nous n’avons pas Irène ici ?
Pistolet
l’hôtesse.
Pistolet
Sur ma parole, capitaine, nous n’avons rien de pareil ici. Vertubleu ! croyez-vous que je le dissimulerais ? Au nom du ciel, calmez-vous.
Pistolet
Il pose à terre son épée.
Pistolet
— Faut-il que nous mettions un point ici ? et que nous supprimions les et cœtera ? —
Falstaff
Pistolet, à votre place, je serais tranquille.
Pistolet
Doux chevalier, je te baise le poing… Bah ! nous avons vu les sept planètes.
Dorothée
Au nom du ciel, jetez-le en bas de l’escalier. Je ne puis endurer le galimatias de ce drôle.
Pistolet
Me jeter en bas de l’escalier ! Est-ce que nous ne connaissons pas les rosses ?
Falstaff
Bardolphe, lance-le en bas comme un palet. Ah ! s’il ne fait rien que dire des riens, nous le réduirons à rien ici !
, à Pistolet.
Bardolphe
Allons, descendez.
, ramassant son épée.
Pistolet
— Quoi ! allons-nous en venir aux incisions ? allons-nous en découdre ?… — Alors, que la mort me berce et abrège mes tristes jours ! — Alors, que des blessures fatales, funèbres, béantes — dévident l’écheveau des trois Parques ! Viens, te dis-je, Atropos !
Pistolet
Il dégaine.
Pistolet
l’hôtesse.
Pistolet
Voilà une belle bagarre !
Falstaff
Donne-moi ma rapière, page.
, dégainant, à Pistolet.
Falstaff
Descendez-moi l’escalier !
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Voilà un beau tumulte !… Ah ! je renoncerai à tenir maison plutôt que d’être encore dans ces terreurs et ces frayeurs-là. C’est-ça ! un meurtre, j’en suis sûre !… Miséricorde ! miséricorde ! rengainez vos épées nues, rengainez vos épées nues !
Falstaff
Sortent Pistolet et Bardolphe.
Dorothée
Je t’en prie, Jack, du calme ! le drôle est parti ! Ah ! vaillant petit coquin de putassier que vous êtes !
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
Seriez-vous pas blessé à l’aine ? Il m’a semblé qu’il vous portait une traîtresse botte dans le ventre.
, à Bardolphe.
Falstaff
L’avez-vous mis à la porte ?
Bardolphe
Oui, messire. Le drôle est ivre ! Vous l’avez blessé, messire, à l’épaule.
Falstaff
Un drôle comme lui ! me braver !
Dorothée
Ah ! cher petit coquin que vous êtes ! miséricorde ! pauvre singe, comme tu sues ! Allons, laisse-moi essuyer ta face… Avancez maintenant, gaillard ! Ah ! coquin ! c’est que je t’aime, ma foi. Tu es aussi valeureux qu’Hector de Troie ; tu vaux cinq Agamemnon, et dix fois mieux que les neuf Preux. Ah ! vilain !
Dorothée
Fais-le, si tu en as le cœur ; si tu le fais, je te câlinerai entre deux draps.
Dorothée
Entrent des musiciens.
Page
La musique est arrivée, messire.
Falstaff
Qu’elle joue !… Jouez, mes maîtres… Assieds-toi sur mon genou, Dorothée. Un misérable gredin de fanfaron ! Le drôle m’a échappé comme du vif-argent.
Dorothée
Oui, ma foi, et tu le poursuivais comme un clocher. Ah ! mon petit putassier, mon cochon mignon de la foire, quand cesseras-tu de te battre le jour et de t’escrimer la nuit, et quand commenceras-tu à emballer ta vieille personne pour le ciel ?
Falstaff
Paix, bonne Doll ! ne parle pas comme une tête de mort ; ne me fais pas ressouvenir de ma fin.
Dorothée
Çà, dis-moi, de quelle nature est le prince ?
Falstaff
C’est un bon jeune homme bien nul : il aurait fait un bon pannetier, il aurait coupé le pain congrûment.
Dorothée
On dit que Poins a beaucoup d’esprit.
Falstaff
Lui, beaucoup d’esprit ! La peste du babouin ! il a l’esprit aussi épais que de la moutarde de Tewksbury ; il n’y a pas plus de finesse en lui que dans un maillet.
Falstaff
Parce que leurs jambes à tous deux sont de même dimension ; parce qu’il joue fort bien au palet, mange du congre avec du fenouil, avale des bouts de chandelles comme des fruits à l’eau-de-vie, joue à la bascule avec les garçons, saute par-dessus les tabourets, jure de bonne grâce, se chausse juste, comme une jambe d’enseigne, évite de provoquer des querelles en racontant des histoires secrètes ; enfin, parce qu’il a une foule de facultés folâtres qui attestent un esprit mince et un corps souple ! Voilà pourquoi le prince l’admet auprès de lui. Car le prince lui-même est juste comme Poins ; à les peser l’un et l’autre, le poids d’un cheveu ferait pencher la balance.
Prince Henry
Si ce moyeu de roue n’a pas envie qu’on lui coupe les oreilles !
Poins
Battons-le sous les yeux de sa putain.
Prince
Vois donc le vieux flétri qui se fait gratter la nuque comme un perroquet
Prince
.
Poins
N’est-il pas étrange que le désir survive tant d’années à la puissance ?
Falstaff
Baise-moi, Doll.
Prince Henry
Saturne et Vénus en conjonction cette année ! que dit de ça l’almanach ?
, montrant Bardolphe et l’hôtesse.
, à Dorothée.
Falstaff
Tu me donnes des baisers flatteurs.
Dorothée
Non, vraiment ; c’est de bien bon cœur que je te baise.
Falstaff
Je suis vieux, je suis vieux.
Dorothée
Je t’aime mieux que le plus jeune de ces polissons-là !
Falstaff
De quelle étoffe veux-tu avoir un surcot ? Je recevrai de l’argent jeudi : tu auras un bonnet demain… Allons, une chanson joyeuse ! il se fait tard ; nous allons nous coucher !… Tu m’oublieras quand je serai parti.
Dorothée
Sur mon âme, tu vas me faire pleurer si tu dis ça. On verra seulement si je me fais belle une fois avant ton retour… Allons, écoute la fin de la chanson.
Falstaff
Du Xérès, Francis.
, s’avançant.
Prince Henry Et Poins
Voilà, voilà, monsieur !
, les considérant l’un après l’autre.
Falstaff
Hé ! un bâtard du roi !… Et toi, serais-tu pas un frère à Poins ?
Prince Henry
Çà, globe d’impurs continents, quelle vie mènes-tu donc ?
Falstaff
Une meilleure que toi ; je suis un gentilhomme ; toi, tu n’es qu’un tireur de vin.
Prince Henry
Messire, ce sont vos oreilles que je viens tirer.
Prince Henry
l’hôtesse.
Falstaff
Ah ! folle et auguste engeance de putain, par cette frêle chair et ce sang corrompu
mettant la main sur Dorothée
Falstaff
, tu es la bienvenue.
Dorothée
Qu’est-ce à dire ! gros niais, je vous méprise.
, au prince.
Poins
Milord, il vous fera renoncer à votre vengeance et tournera tout en plaisanterie, si vous ne battez pas le fer tandis qu’il est chaud.
Prince Henry
Immonde mine à suif, quel ignoble langage vous venez de tenir sur moi en présence de cette honnête, vertueuse et civile demoiselle !
Prince Henry
l’hôtesse.
Prince Henry
Béni soit votre bon cœur ! Elle est bien tout ça, sur mon âme !
, au prince.
Falstaff
Écoute !
Prince
Oui, sans doute ; vous m’aviez reconnu, comme le jour où vous vous êtes si bien sauvé du côté de Gadshill ; vous saviez que j’étais derrière vous ; et vous avez dit ça tout exprès pour éprouver ma patience.
Falstaff
Non, non, non ; non pas ! je ne croyais pas que tu fusses à portée de m’entendre.
Falstaff
Il n’y a eu aucune insulte, Hal, sur mon honneur ; aucune insulte.
Prince Henry
Aucune insulte ! Me dénigrer ! m’appeler pannetier, coupeur de pain, et je ne sais quoi !
Falstaff
Aucune insulte, Hal.
Poins
Aucune insulte !
Falstaff
Aucune insulte, Ned, vraiment ; honnête Ned, aucune insulte. Je l’ai dénigré devant les méchants, afin que les méchants ne se prennent point d’amour pour lui ; ce que faisant, j’ai fait acte d’ami dévoué et de loyal sujet, et ton père me doit des remercîments pour ça. Aucune insulte, Hal ; aucune, Ned, aucune ; non, enfants, aucune.
Prince Benry
Vois donc si, par peur et couardise pure, tu n’outrages pas cette vertueuse damoiselle pour faire ta paix avec nous. Est-elle du nombre des méchants ?… Ton hôtesse que voici est-elle du nombre de méchants ? Ton page est-il du nombre des méchants ? Enfin l’honnête Bardolphe, dont le nez brûle de zèle, est-il du nombre des méchants ?
Poins
Réponds, orme mort, réponds.
Prince Henry
Quant aux femmes…
Falstaff
L’une d’elles est déjà en enfer, et elle brûle, la pauvre âme ! Quant à l’autre, je lui dois de l’argent ; est-elle damnée pour ça, je n’en sais rien.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Non, je vous le garantis.
Falstaff
Non, je ne crois pas que tu le sois ; je crois que tu en es quitte sur ce chef. Mais il y a un autre grief contre toi : tu souffres qu’on consomme de la chair dans ta maison, contrairement à la loi ; et pour ce fait, je crois que tu hurleras.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Tous les aubergistes en font autant. Qu’est-ce qu’une cuisse de veau ou deux dans tout un carême ?
, à Dorothée.
Prince Henry
Vous, gentille femme…
Dorothée
Que dit Votre Grâce ?
Falstaff
Sa Grâce dit une chose contre laquelle sa chair se révolte.
Falstaff
On frappe.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Qui est-ce qui frappe si fort ! Va voir à la porte, Francis.
Prince Henry
Peto ! Eh bien ! quelles nouvelles ?
Prince Henry
— Par le ciel, Poins, je me trouve bien blâmable — de profaner ainsi en folies un temps précieux ; — alors que l’orage du désordre, comme un vent de sud — porté sur de noires vapeurs, commence à fondre — en averse sur nos têtes nues et désarmées… — Donnez-moi mon épée et mon manteau… Bonne nuit, Falstaff.
Prince Henry
Sortent le prince Henry, Poins, Peto et Bardolphe.
Falstaff
Voici qu’arrivait le morceau le plus friand de la nuit ; et il nous faut partir sans y toucher !
Falstaff
On frappe.
Falstaff
On frappe encore à la porte !
Bardolphe
Eh bien ! qu’y a-t-il ?
Bardolphe
Il faut que vous partiez pour la cour, messire, immédiatement ; une douzaine de capitaines vous attendent à la porte.
, au page.
Falstaff
Paie les musiciens, maraud… Adieu, l’hôtesse… Adieu, Doll. Vous voyez, mes bonnes filles, comme les hommes de mérite sont recherchés. L’incapable peut dormir, quand l’homme d’action est réclamé. Adieu, mes bonnes filles. Si je ne suis pas expédié en toute hâte, je vous reverrai avant de partir.
Falstaff
Adieu, adieu.
Falstaff
Sortent Falstaff et Bardolphe.
Falstaff
l’hôtesse.
Falstaff
Allons, adieu. Il y a vingt-neuf ans, viennent les pois verts, que je te connais ; pour un homme plus honnête et de cœur plus sincère !… Allons, adieu.
, appelant, de l’intérieur.
Bardolphe
Mistress Troue-Drap !
Bardolphe
l’hôtesse.
Bardolphe
Qu’y a-t-il ?
, de l’intérieur.
Bardolphe
Dites à mistress Troue-Drap de venir trouver mon maître.
Bardolphe
l’hôtesse.
Bardolphe
Oh ! cours, Doll, cours, bonne Doll.
Bardolphe
Elles sortent.
Bardolphe
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Scène 8
Roi, Warwick, Roi Henry
Le palais du roi à Londres.
Roi
— Va appeler les comtes de Surrey et de Warwick ; — mais, avant qu’ils viennent, dis-leur de lire ces lettres, — et de bien les examiner. Dépêche-toi.
Roi
Le page sort.
Warwick
— Mille bons jours à Votre Majesté !
Roi
— Quoi ! bonjour déjà, milord ?
Warwick
Il est plus d’une heure du matin.
Roi Henry
— Eh bien donc, bonjour à vous tous, milords. — Avez-vous lu les lettres que je vous ai envoyées ?
Roi
— Vous voyez donc dans quel triste état — est le corps de notre royaume ; de quelle maladie violente — et dangereuse il est atteint près du cœur.
Warwick
— Ce n’est encore qu’une constitution troublée, — à laquelle on peut restituer toute son énergie — avec de bons avis et une médecine légère. — Milord Northumberland sera bientôt refroidi.
Roi
— Mon Dieu ! que ne peut-on lire le livre du destin, — et voir, grâce aux révolutions des temps, — les montagnes s’aplanir, et le continent, — las de sa solide fermeté, se fondre dans la mer, ou, à d’autres époques, — la ceinture de plages de l’Océan — devenir trop large pour les flancs de Neptune ! Que ne peut-on voir toutes les dérisions du sort — et de combien de liqueurs diverses la fortune — remplit la coupe des vicissitudes
Roi
! Oh ! si tout cela pouvait se voir, — le plus heureux jeune homme, à l’aspect de la route à parcourir, — des périls passés, des traverses futures, — voudrait fermer le livre et s’asseoir et mourir !… — Il n’y a pas dix ans — que Richard et Northumberland, grands amis, — banquetaient ensemble ; et, deux années plus tard, — ils étaient en guerre !… Il y a huit ans à peine, — ce Percy était l’homme le plus proche de mon cœur ; — il travaillait, comme un frère, à mes succès, — et mettait à mes pieds son amour et sa vie ; — il allait pour moi, à la face même de Richard, — lui jeter un défi. Mais qui de vous était là ?
Roi
À Warwick.
Warwick
Il y a dans toutes les vies humaines des faits — qui représentent l’état des temps évanouis ; — en les observant, un homme peut prédire, — presque à coup sûr, le développement essentiel des choses — encore à naître, qui sont recelées — en germe dans leurs faibles prodromes, — et que l’avenir doit couver et faire éclore. — Aussi, d’après cette formation nécessaire, — le roi Richard a pu parfaitement deviner — que la trahison, commise envers lui par le grand Northumberland, — serait le germe d’une trahison plus grande — qui, pour s’enraciner, ne trouverait de terrain — qu’à votre détriment.
Roi
Ces choses sont-elles des nécessités ? — Alors, recevons-les comme des nécessités. — Et c’est encore la nécessité qui nous presse en ce moment. — On dit que l’évêque et Northumberland — sont forts de cinquante mille hommes.
Roi
Je vais suivre votre conseil. — Ah ! si nous n’avions pas sur les bras ces guerres intestines, — nous partirions, chers lords, pour la Terre-Sainte.
Roi
Ils sortent.
Roi
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Scène 9
Shallow, Silence, Suallow, Bardolphe, Falstaff, Moisi, Ombre, Poireau, Faible, Veau
Le Glocestershire. Une cour devant la maison du juge Shallow.
Shallow
Avancez, avancez, avancez. Donnez-moi la main, monsieur, donnez-moi la main, monsieur : un homme bien matinal, par la sainte croix ! Et comment va mon bon cousin Silence ?
Silence
Bonjour, bon cousin Shallow.
Shallow
Et comment va ma cousine, votre compagne de lit ? et votre brillante fille, ma filleule, Hélène ?
Silence
Hélas ! ce n’est pas un merle blanc, cousin Shallow.
Shallow
Par oui et par non, monsieur, j’ose dire que mon cousin William est devenu un bon étudiant. Il est toujours à Oxford, n’est-ce pas ?
Silence
Vraiment, oui, monsieur, à mes frais.
Silence
On vous appelait ce gaillard de Shallow alors, cousin.
Shallow
Par la messe, on m’appelait n’importe quoi ; car effectivement j’aurais fait n’importe quoi, et rondement encore. Il y avait moi, et le petit John Doit de Staffordshire, et le noir George Nu, et Francis Rongeos, et Will Squele
Shallow
, un garçon de Cotswold ; vous n’auriez pas trouvé quatre bretailleurs comme nous ; et je puis dire que nous savions où étaient les bons cotillons ; et nous avions le meilleur d’eux tous à commandement. Jack Falstaff, aujourd’hui sir John, était alors enfant, et page de Thomas Mowbray, duc de Norfolk
Shallow
.
Silence
Ce sir John, cousin, qui va venir ici pour des soldats ?
Shallow
Le même sir John, précisément le même. Je lui ai vu fendre la tête de Skogan à la porte du collége
Shallow
, quand il n’était encore qu’un galopin, pas plus haut que ça. Et le même jour je me suis battu avec un Samson Stockfiche, un fruitier, derrière Gray’s-Inn. Oh ! les folles journées que j’ai passées ! et de voir combien de mes vieilles connaissances sont mortes !
Silence
Nous suivrons tous, cousin.
Shallow
Certainement, certainement ; bien sûr, bien sûr. La mort, comme dit le Psalmiste, est certaine pour tous ; tous mourront. Combien un bon couple de bœufs à la foire de Stamfort ?
Shallow
La mort est certaine… Est-ce que le vieux Double de votre ville vit encore ?
Silence
Il est mort, monsieur.
Suallow
Jésus ! Jésus !
Suallow
Mort !… Il tirait si bien de l’arc… Mort ! Il avait un si beau coup !… Jean de Gand l’aimait fort, et pariait gros sur sa tête… Mort ! Il aurait frappé dans le blanc à deux cent quarante pas, et il vous lançait une flèche à deux cent quatre-vingts, et même quatre-vingt-dix pas, que ça vous aurait réjoui le cœur de le voir… Combien la vingtaine de brebis à présent ?
Silence
C’est selon : une vingtaine de bonnes brebis peut valoir dix livres.
Shallow
Et le vieux Double est mort !
Silence
Voici venir deux des gens de sir John Falstaff, à ce que je crois.
Bardolphe
Bonjour, honnêtes gentlemen ! Qui de vous, je vous prie, est le juge Shallow ?
Shallow
Je suis Robert Shallow, monsieur ; un pauvre écuyer de ce comté, et l’un des juges de paix du roi. Que désirez-vous de moi ?
Shallow
Il m’honore grandement, monsieur ; je l’ai connu excellent homme d’épée. Comment va le bon chevalier ? puis-je demander comment va madame son épouse ?
Bardolphe
Monsieur, pardon ; un soldat est mieux accommodé quand il n’a pas d’épouse.
Shallow
Ma foi, monsieur, voilà qui est bien dit ; et voilà qui est vraiment bien dit. Mieux accommodé ! c’est excellent ; oui, vraiment : les bonnes phrases sont certainement et ont toujours été fort recommandables. Accommodé ! Cela vient d’ accommodo : très-bon ; bonne phrase !
Bardolphe
Pardon, monsieur ; j’ai ouï dire ce mot-là. Vous appelez ça une phrase ! Jour de Dieu ! je ne connais pas la phrase ; mais je soutiendrai, l’épée à la main, que le mot est un mot soldatesque, et un mot d’excellente autorité. Accommodé ! c’est-à-dire quand un homme est ce qu’on appelle… accommodé, ou quand il est… dans un état… où il peut être considéré comme accommodé ; ce qui est une excellente chose.
Shallow
C’est fort juste… Tenez, voici ce bon sir John ! Donnez-moi votre bonne main, donnez-moi la bonne main de votre seigneurie. Sur ma parole, vous avez bonne mine, et vous portez fort bien vos années. Soyez le bienvenu, bon sir John.
Shallow
Non, sir John ; c’est mon cousin Silence, mon assesseur.
Falstaff
Cher maître Silence, il vous sied fort d’être pour la paix.
Silence
Votre seigneurie est la bienvenue.
Falstaff
Ouf ! voilà un temps bien chaud… Messieurs, m’avez-vous trouvé une demi-douzaine d’hommes propres au service ?
Shallow
Ma foi, oui, monsieur. Voulez-vous vous asseoir ?
Falstaff
Voyons-les, je vous prie.
Shallow
Où est le rôle ? où est le rôle ? où est le rôle ?… Voyons, voyons… C’est ça, c’est ça, c’est ça… Parbleu, voici, monsieur… Ralph Moisi !… Qu’ils paraissent tous à l’appel ! qu’ils n’y manquent pas ! qu’ils n’y manquent pas !… Voyons, où est Moisi ?
Moisi
Ici, s’il vous plaît.
Shallow
Qu’en pensez-vous, sir John ? Un gaillard bien bâti, jeune, fort et de bonne famille.
Falstaff
Tu t’appelles Moisi.
Moisi
Oui, s’il vous plaît.
, éclatant de rire.
Shallow
Ha ! ha ! ha ! excellent, ma foi ! Ce qui est moisi veut être employé au plus vite… Voilà qui est singulièrement bon… Ma foi, bien dit, sir John ; très-bien dit.
, à Shallow.
Falstaff
Marquez-le d’une croix.
Moisi
Une croix ! J’en portais déjà une ! vous auriez pu me laisser tranquille ! Ma vieille dame va perdre la tête à présent, faute de quelqu’un pour faire son ménage et sa grosse besogne. Vous n’aviez pas besoin de me marquer ; il y a d’autres hommes plus en état que moi de partir.
Falstaff
Allons ! silence, Moisi ! vous partirez. Moisi, il est temps qu’on vous utilise.
Moisi
Qu’on m’utilise !
Shallow
Paix, drôle, paix ! rangez-vous ! Savez-vous où vous êtes ?… Au suivant, sir John !… Voyons… Simon Ombre !
Falstaff
Ah ! morbleu, donnez-moi celui-là pour m’asseoir dessous : ce doit être un soldat bien frais.
Shallow
Où est Ombre ?
Ombre
Ici, monsieur,
Falstaff
Ombre, de qui es-tu fils ?
Ombre
Le fils de ma mère, monsieur.
Shallow
Vous convient-il, sir John ?
Falstaff
L’Ombre servira pour l’été ; marquez-le ; aussi bien nous avons nombre d’ombres pour remplir les cadres.
Shallow
Thomas Poireau !
Falstaff
Où est-il ?
Poireau
Voici, monsieur.
Falstaff
Ton nom est Poireau ?
Poireau
Ouais, monsieur.
Falstaff
Tu es un poireau bien hétéroclite.
Shallow
Le pointerai-je, sir John ?
Falstaff
Ce serait chose superflue ; car son équipement est étayé sur son dos, et tout son édifice porte sur deux pointes : ne le pointez pas davantage.
, éclatant de rire.
Shallow
Ha ! ha ! ha !… À votre aise, monsieur, à votre aise ! je vous fais mon compliment… Francis Faible !
Faible
Voici, monsieur.
Falstaff
Quel est ton métier, Faible ?
Shallow
Le pointerai-je, monsieur ?
Falstaff
Vous le pouvez, mais, s’il avait été tailleur pour hommes, c’est lui qui vous aurait fait des points !… Feras-tu autant de trous dans les rangs ennemis que tu en as fait dans les jupes de femmes ?
Faible
Je ferai de mon mieux, monsieur ; vous ne pouvez demander davantage.
Falstaff
Bien dit, digne tailleur pour femmes ! bien dit, courageux Faible ! Tu seras aussi vaillant que la colombe en courroux ou que la plus magnanime souris… Pointez bien le tailleur pour femmes, maître Shallow ; appuyez bien, maître Shallow.
Faible
Je voudrais que Poireau pût partir, monsieur.
Falstaff
Je voudrais que tu fusses tailleur pour hommes ; tu pourrais le raccommoder et le mettre en état de partir. Je ne puis faire un simple soldat d’un gaillard qui a derrière lui un si gros bataillon. Que cela te suffise, impétueux Faible.
Faible
Il suffit, monsieur.
Falstaff
Je te suis bien obligé, révérend Faible… Qui vient après ?
Shallow
Pierre Veau du pré.
Falstaff
Oui, morbleu, voyons ce Veau.
Falstaff
Pardieu, voilà un gaillard bien tourné ! Allons, pointez-moi ce Veau-là jusqu’à ce qu’il beugle.
Veau
Ah ! seigneur ! mon bon seigneur le capitaine !
Falstaff
Comment ! tu beugles avant qu’on te pointe !
Veau
Oh ! seigneur ! monsieur ! je suis malade.
Falstaff
Quelle maladie as-tu ?
Veau
Un putassier de rhume ; une toux, monsieur, que j’ai attrapée à force de sonner pour les affaires du roi, le jour de son couronnement, monsieur.
Falstaff
Allons, tu iras à la guerre en robe de chambre ; nous te débarrasserons de ton rhume ; et je ferai en sorte que tes parents sonnent les cloches pour toi. Est-ce là tout ?
Shallow
On en a appelé deux de plus que le nombre qui vous est nécessaire. Vous n’en avez que quatre à prendre ici, monsieur. Et sur ce, je vous prie de venir dîner avec moi.
Falstaff
Allons, je veux bien boire avec vous, mais je ne puis rester à dîner. D’honneur, je suis charmé de vous voir, maître Shallow.
Shallow
Ah ! sir John, vous rappelez-vous la nuit que nous avons passée tout entière dans le moulin à vent des prés Saint-Georges ?
Shallow
Ah ! ce fut une joyeuse nuit. Et Jane Besogne-de-Nuit vit-elle toujours ?
Falstaff
Elle vit, maître Shallow.
Shallow
Elle ne pouvait pas se défaire de moi.
Falstaff
Jamais, jamais ; elle disait toujours qu’elle ne pouvait supporter maître Shallow.
Shallow
Par la messe ! je savais la mettre en fureur. C’était alors un aimable cotillon. Se soutient-elle toujours bien ?
Falstaff
Elle est vieille, vieille, maître Shallow.
Shallow
Oui-dà, elle doit être vieille ; elle ne peut qu’être vieille ; certainement, elle est vieille : elle avait eu Robin Besogne-de-Nuit, du vieux Besogne-de-Nuit, avant que j’allasse à Clément’s-Inn.
Silence
Il y a cinquante-cinq ans.
Shallow
Ha ! cousin Silence, si vous aviez vu ce que ce chevalier et moi nous avons vu !… Hein, sir John, n’est-ce pas ?
Falstaff
Nous avons entendu les carillons de minuit, maître Shallow.
Shallow
Pour ça, oui ; pour ça, oui ; pour ça, oui ; ah ! vraiment, sir John, pour ça, oui. Notre mot d’ordre était : Hem ! enfants !… Allons, venons dîner ; allons, venons dîner… Oh ! les journées que nous avons vues !… Allons, allons.
Shallow
Sortent Falstaff, Shallow et Silence.
Veau
Mon bon monsieur le caporal Bardolphe, soyez mon ami, et voici pour vous quatre Henrys de dix shillings en écus de France. En bonne vérité, monsieur, j’aimerais autant être pendu, monsieur, que de partir ; ce n’est pas que, pour ma part, monsieur, je m’en soucie grandement, mais c’est que je n’en ai nulle envie, et que, pour moi personnellement, je désire rester avec mes parents ; sans quoi, monsieur, pour moi personnellement, je ne m’en soucierais guère.
Bardolphe
Allons, mettez-vous de côté.
Moisi
Moi aussi, je vous en prie, monsieur le caporal capitaine, pour l’amour de ma vieille dame, soyez mon ami ; elle n’a personne pour lui faire son service, quand je serai parti ; elle est vieille, et ne peut pas s’aider elle-même : vous aurez quarante shillings, monsieur.
Bardolphe
Allons, mettez-vous de côté.
Faible
D’honneur, ça m’est égal… Un homme ne peut mourir qu’une fois. Nous devons une mort à Dieu… Je n’aurai jamais l’âme basse. Si c’est ma destinée, soit ; sinon, soit encore ! Nul n’est trop bon pour servir son prince ; et, advienne que pourra, celui qui meurt cette année est quitte pour l’année prochaine.
Bardolphe
Bien dit ; tu es un brave garçon.
Faible
Ma foi, je n’aurai jamais l’âme basse.
Shallow
Les quatre qui vous plairont.
, bas, à Falstaff.
Bardolphe
Monsieur, un mot… J’ai trois livres pour libérer Moisi et Veau.
, bas, à Bardolphe.
Falstaff
Va, c’est bien.
Shallow
Allons, sir John, quels sont les quatre que vous voulez ?
Falstaff
Choisissez pour moi.
Shallow
Eh bien donc, Moisi, Veau, Faible et Ombre.
Falstaff
Moisi et Veau… Vous, Moisi, restez chez vous jusqu’à ce que vous soyez tout à fait impropre au service ; et vous, Veau, jusqu’à ce que vous y soyez propre. Je ne veux pas de vous.
Shallow
Sir John, sir John, ne vous faites pas tort à vous-même ; ce sont vos plus beaux hommes, et je voudrais voir à votre service ce qu’il y de mieux.
Bardolphe
Tiens, Poireau, en joue ! ainsi, ainsi, ainsi.
Falstaff
Allons, maniez-moi votre arquebuse. C’est ça ! très-bien !… allons !… très-bien ! excessivement bien !… Oh ! donnez-moi un tireur petit, décharné, vieux, noué, pelé !… À merveille, Poireau. Tu es un bon drille !… Tiens, voici un teston pour toi.
Shallow
Il n’est point passé maître en son art ; il ne manœuvre pas bien. Je me rappelle que sur le pré de Mil-End, à l’époque où j’étais à Clément’s-Inn
je jouais alors sir Dagonet ( 72
Shallow
dans la pantomime d’Arthur), il y avait un petit luron qui vous maniait son arme comme ceci ; et il se démenait, et il se démenait, et il vous marchait en avant, et il vous marchait en avant : ra ta ta , faisait-il ; pan , faisait-il ; et il partait encore, et il revenait encore. Je ne reverrai jamais un pareil gaillard.
Falstaff
Ces gaillards-là feront mon affaire, maître Shallow… Dieu vous garde, maître Silence ! je n’userai pas beaucoup de paroles avec vous. Portez-vous bien tous deux, messieurs ; je vous remercie : j’ai une douzaine de milles à faire ce soir. Bardolphe, donnez des habits aux soldats.
Falstaff
Je le désirerais beaucoup, maître Shallow.
Shallow
Allons ; j’ai tout dit. Portez-vous bien.
Falstaff
Portez-vous bien, gentils gentlemen.
Falstaff
Sortent Shallow et Silence.
Falstaff
En avant, Bardolphe ; emmène les hommes.
Falstaff
Bardolphe sort avec les recrues.
, seul.
Falstaff
Il sort.
Falstaff
‌
Scène 10
Mowbray, Hastings, Messager, Westmoreland
Une forêt dans l’Yorkshire.
Mowbray
l’archevêque.
Mowbray
Comment s’appelle cette forêt.
Hastings
— C’est la forêt de Gaultree, n’en déplaise à Votre Grâce.
Hastings
l’archevêque.
Hastings
— Arrêtons-nous ici milords ; et envoyez des éclaireurs en avant — pour reconnaître le nombre de nos ennemis.
Hastings
— Nous en avons déjà envoyé.
Hastings
l’archevêque.
Mowbray
— Ainsi les espérances que nous fondions sur lui échouent — et se brisent !
Hastings
Eh bien, quelles nouvelles ?
Messager
— À l’ouest de cette forêt, à un mille d’ici tout au plus, — les ennemis arrivent en bon ordre, — et, par l’espace qu’ils couvrent, j’estime que leur nombre — s’élève à peu près à trente mille.
Mowbray
— Juste le chiffre que nous leur supposions. — Portons-nous en avant, et affrontons-les dans la plaine.
Mowbray
l’archevêque.
Mowbray
— Quel est le chef armé de toutes pièces qui nous aborde ici ?
Mowbray
— Je crois que c’est milord de Westmoreland.
Westmoreland
— À vous le salut et le cordial compliment de notre général, — le prince lord John, duc de Lancastre !
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
Eh bien, milord, — c’est à Votre Grâce que s’adresse principalement — la substance de mon message. Si cette rébellion — s’avançait, comme il lui sied, en bandes ignobles et abjectes, — guidée par une jeunesse sanguinaire, couverte de haillons, — et escortée de marmousets et de canailles ; — si, dis-je, l’émeute maudite apparaissait — sous sa forme véritable, naturelle et propre, — vous, mon révérend père, et ces nobles lords, — vous ne seriez pas ici pour habiller — de vos éclatantes dignités la hideuse nudité — d’une vile et sanguinaire insurrection. Vous, lord archevêque, — dont le siége est appuyé sur la paix civique, — dont la barbe a été touchée par la main d’argent de la paix, — vous que la paix a initié à la science et aux belles-lettres, — vous dont les blancs vêtements figurent l’innocence, — colombe et esprit saint de la paix, — pourquoi, dans votre coupable égarement, traduisez-vous ainsi — la parole de paix qui recèle une telle grâce, — par le langage rauque et furibond de la guerre, — faisant de vos livres des tombes, de votre encre du sang, — de vos plumes des lances et de votre langue divine — le bruyant clairon, la fanfare de la guerre ?
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Quand a-t-on jamais repoussé vos réclamations ? — En quoi avez-vous, été froissés par le roi ? — Quel pair a-t-on suborné pour vous blesser ? — Pour quel motif scellez-vous d’un sceau divin — le livre sanglant et illicite d’une rébellion menteuse, — et consacrez-vous la lame acérée de l’émeute ?
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Il n’y a pas là de redressement à faire ; — ou, s’il en est, cette tâche ne vous appartient pas.
Mowbray
— Et pourquoi ne lui appartiendrait-elle pas, en partie, ainsi qu’à nous tous, — qui sentons encore les meurtrissures du passé — et qui voyons le temps présent — appesantir une main oppressive et inique — sur nos honneurs !
Westmoreland
Ô mon bon lord Mowbray
Westmoreland
, — jugez le temps d’après ses nécessités, — et vous direz alors vraiment que c’est le temps, — et non le roi, qui cause vos maux. — Quant à vous, pourtant, il me semble — que ni le roi ni le temps présent — ne vous ont donné lieu — de bâtir le moindre grief. N’avez-vous pas été réintégré — dans toutes les seigneuries du duc de Norfolk, — votre noble père de digne mémoire ?
Westmoreland
— Vous affirmez là, lord Mowbray, ce que vous ne savez pas. — Le comte de Herefort était alors réputé — le plus vaillant gentilhomme d’Angleterre. — Qui sait auquel des deux la fortune eût alors souri ? — Mais, quand même votre père eût obtenu là la victoire, — il ne serait pas sorti triomphant de Conventry ; — car le pays entier, d’une voix unanime, — criait anathème sur lui, et concentrait toutes ses prières, — tout son amour sur Hereford qu’il adorait, — et bénissait, et révérait plus que le roi. — Mais ceci n’est qu’une digression hors de mon sujet. — Je viens ici de la part du prince, notre général, — pour connaître nos griefs, pour vous dire de la part de Sa Grâce — qu’elle est prête à vous donner audience. — Toutes celles de vos demandes qui paraîtront justes, — vous les obtiendrez ; et l’on mettra à néant — jusqu’à la supposition de votre inimitié.
Mowbray
— Mais cette offre, il nous a forcés à la lui imposer ; — et elle procède de la politique, non de la sympathie.
Mowbray
— Eh bien, si l’on m’en croit, nous n’admettrons pas de pourparlers.
Westmoreland
— Cela prouve uniquement la confusion que vous cause votre offense. — Un cas véreux ne veut pas même être effleuré.
Hastings
— Le prince John a-t-il des pleins pouvoirs, — aussi vastes que l’autorité même de son père, — pour nous entendre et déterminer absolument — les conditions qui nous seront faites ?
Westmoreland
— Cela est sous-entendu dans le titre de général. — Je suis surpris que vous fassiez une frivole question.
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Eh bien, milord Westmoreland, prenez cette cédule ; — car elle contient nos doléances générales. — Que chacun de ces articles obtienne un redressement ; — que tous les membres de notre cause qui, ici et ailleurs, — sont engagés dans cette affaire, — soient amnistiés en bonne et substantielle forme ; — que l’exécution immédiate de nos volontés — nous soit garantie, en tout ce qui nous touche ; — et nous rentrons dans les bornes de la sujétion, — et nous restituons nos forces au bras de la paix.
, prenant la cédule.
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
Milord, nous le voulons bien.
Westmoreland
Sort Westmoreland.
Mowbray
— Il y a quelque chose dans mon cœur qui me dit — que les conditions de notre paix ne peuvent être stables.
Hastings
— Ne craignez pas cela : si nous pouvons faire notre paix — dans les termes larges et absolus — qui servent de base à nos conditions, — notre paix sera aussi solide que le roc.
Mowbray
— Oui, mais nous serons considérés de telle sorte — que le prétexte le plus léger et le plus fallacieux, — le motif le plus vain, le plus trivial, le plus futile, — rappellera au roi notre révolte. — Fussions-nous, dans notre affection pour lui, les martyrs de notre dévotion royale, — nous serons vannés avec une telle rudesse — que notre froment même sera aussi léger que la paille, — et que le bon grain ne sera pas séparé du mauvais.
Mowbray
l’archevêque.
Hastings
— En outre, le roi a si bien usé ses verges — sur les derniers offenseurs, que les instruments même — du châtiment lui font défaut. — Son pouvoir, pareil à un lion sans griffes, — peut menacer, mais non saisir.
Hastings
l’archevêque.
Hastings
C’est très-vrai. — Aussi soyez assuré, mon cher lord maréchal, — que, si aujourd’hui nous opérons bien notre réconciliation, — notre paix, pareille à un membre rompu et remis, — ne sera que plus solide après sa rupture.
Mowbray
Soit. — Voici milord de Westmoreland qui revient.
Westmoreland
— Le prince est tout près d’ici. Votre Seigneurie veut-elle — rencontrer Sa Grâce à une distance égale entre nos deux armées ?
, à l’Archevêque.
Mowbray
— Que Votre Grâce d’York marche en avant, au nom du ciel.
Mowbray
l’archevêque , à Mowbray.
Mowbray
— Prenez les devants, vous, pour saluer le prince… Milord, nous vous suivons.
Mowbray
Ils sortent.
Mowbray
‌
Scène 11
Lancastre, Mowbray, Hastings, Westmoreland
Une autre partie de la forêt.
Lancastre
l’archevêque.
Lancastre
Mon bon lord de Lancastre, — je n’en veux pas ici à la paix de votre père ; — mais, comme je l’ai dit à milord de Westmoreland, — c’est ce temps de désordres qui, dans un sentiment instinctif, — nous réunit et nous groupe en masse monstrueuse — pour assurer notre salut. J’ai envoyé à Votre Grâce — l’exposé détaillé de nos doléances ; — la cour l’a rejeté avec dédain, — et c’est ce qui a fait naître cette hydre de guerre. — Mais son regard terrible peut être assoupi magiquement — par la concession de nos justes et légitimes demandes ; — et aussitôt notre loyale obédience, guérie de sa fureur, — se prosterne humblement aux pieds de la majesté.
Mowbray
— Sinon, nous sommes prêts à tenter la fortune, — tous jusqu’au dernier.
Hastings
Et quand nous succomberions ici, — nous avons des remplaçants pour renouveler notre tentative ; — s’ils échouent, ils en trouveront à leur tour ; — et ainsi naîtra une succession de révoltes ; — et cette querelle se transmettra d’héritiers en héritiers, — tant que l’Angleterre aura des générations.
Lancastre
— Vous êtes trop superficiel, Hastings, beaucoup trop superficiel — pour sonder les profondeurs des temps futurs.
, au prince.
Westmoreland
— Votre Grâce daignera-t-elle leur répondre directement — dans quelle mesure elle agrée leurs propositions ?
Lancastre
l’archevêque.
Lancastre
— J’ai votre parole princière pour tous ces redressements ?
Lancastre
— Je vous la donne, et je tiendrai ma parole ; — et sur ce, je bois à Votre Grâce.
, à un officier.
Hastings
— Capitaine, va annoncer à nos troupes — cette nouvelle de paix ; qu’elles soient payées et licenciées ; — je sais que cela leur plaira. Hâte-toi, capitaine.
Hastings
Un officier sort.
Hastings
l’archevêque , prenant un hanap.
Hastings
— À vous, mon noble lord de Westmoreland !
Westmoreland
— Je fais raison à Votre Grâce. Et, si vous saviez que de peines — j’ai prises pour amener cette paix, — vous boiriez de tout cœur ; mais ma sympathie pour vous — se manifestera bientôt plus ouvertement.
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Je ne doute pas de vous.
Mowbray
— Vous me souhaitez la santé au bon moment ; — car j’ai été pris soudain de je ne sais quel malaise.
Mowbray
l’archevêque.
Mowbray
— À l’approche d’un malheur on est toujours joyeux ; — mais la tristesse est avant-courrière d’heureux événements.
Westmoreland
— Réjouissez-vous donc, cher cousin, puisqu’une soudaine douleur — vous permet de dire que demain il vous arrivera bonheur.
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Croyez-moi, je suis d’une humeur plus qu’allègre.
Mowbray
— Tant pis, si votre propre maxime est vraie.
Mowbray
Acclamations au loin.
Lancastre
— La parole de paix est rendue publique. Écoutez ces acclamations !
Mowbray
— Ceci eût été réjouissant après une victoire.
Mowbray
l’archevêque.
Mowbray
— C’est un triomphe aussi que la paix. — Car alors les deux partis sont noblement soumis, — sans qu’aucun soit sacrifié.
, à Westmoreland.
Lancastre
Allez, milord, — et faites licencier également notre armée.
Lancastre
Westmoreland sort.
Lancastre
À l’Archevêque.
Lancastre
l’archevêque.
Lancastre
Allez, bon lord Hastings, — et, avant de se débander, que tous défilent devant nous.
Lancastre
Hastings sort.
Lancastre
— J’espère, milord, que nous reposerons ensemble cette nuit.
Westmoreland
— Eh bien, cousin, pourquoi notre armée reste-t-elle immobile ?
Westmoreland
— Les chefs, ayant reçu de vous l’ordre de rester, — ne veulent pas partir, qu’ils ne vous aient entendu vous-même.
Lancastre
Ils connaissent leurs devoirs.
Hastings
— Milord, notre armée est déjà dispersée. — Comme de jeunes taureaux délivrés du joug, ils prennent leur course — à l’est, à l’ouest, au nord, au sud : comme après la fermeture de l’école, — chacun court à son logis ou à la récréation.
Westmoreland
— Bonne nouvelle, milord Hastings, pour laquelle je t’arrête comme coupable de haute trahison ; — et vous, lord archevêque, et vous, lord Mowbray, — je vous appréhende tous deux pour crime de trahison capitale.
Mowbray
— Est-ce là un procédé juste et honorable ?
Westmoreland
l’archevêque.
Westmoreland
— Voulez-vous rompre ainsi votre serment ?
Lancastre
Je ne t’en ai fait aucun. — J’ai promis de redresser les abus — dont vous vous êtes plaints ; et sur mon honneur, — j’exécuterai ma promesse avec le scrupule le plus chrétien. — Mais, pour vous, rebelles, attendez-vous à goûter la récompense — due à la rébellion et à des actes comme les vôtres. — Ces troupes, vous les avez levées imprudemment, — amenées ici étourdiment, et renvoyées d’ici follement. — Qu’on batte le tambour et qu’on poursuive les bandes dispersées : — c’est par Dieu, et non par nous, qu’a été assuré le succès de cette journée. — Qu’une escorte mène ces traîtres à l’échafaud, — le légitime lit de mort où la trahison doit rendre le dernier soupir.
Lancastre
Tous sortent
Lancastre
.
Lancastre
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Scène 12
Falstaff, Coleville, Prince John, Lancastre, Westmoreland, Bardolphe
Une autre partie de la forêt.
Falstaff
Quel est votre nom, monsieur, votre qualité ? et de quel endroit êtes-vous, je vous prie ?
Coleville
Je suis chevalier, monsieur, et je me nomme Coleville du Val.
Coleville
N’êtes-vous pas sir John Falstaff ?
Falstaff
Je suis un homme qui le vaut bien, messire, quoi que je sois. Vous rendez-vous, messire ? ou faudra-t-il que je sue pour vous ? S’il en est ainsi, toutes les gouttes que je suerai seront autant de larmes pour vos amis qui pleureront votre mort. Éveillez donc vos craintes et vos alarmes, et soumettez-vous à ma merci.
Coleville
Je crois que vous êtes sir John Falstaff, et, dans cette croyance, je me rends.
Falstaff
J’ai dans mon ventre comme une école entière de langues qui toutes ne font que proclamer mon nom. Si je n’avais qu’un ventre ordinaire, je serais simplement le plus actif gaillard de l’Europe. Mais ma bedaine, ma bedaine, ma bedaine me trahit… Voici venir notre général.
Prince John
— La furie est passée : ne poursuivons pas plus loin. — Rappelez les troupes, mon bon cousin Westmoreland.
Prince John
Westmoreland sort.
Falstaff
Je serais fâché, milord, qu’il n’en fût pas ainsi. J’ai toujours reconnu que les reproches et les réprimandes étaient la récompense de la valeur. Me prenez-vous pour une hirondelle, une flèche, ou un boulet de canon ? Puis-je avoir, dans ma pauvre et vieille mobilité, la rapidité de la pensée ? Je suis accouru ici avec toute la promptitude possible ; j’ai crevé plus de cent quatre-vingts chevaux de poste ; et ici même, encore tout crotté de ma course, j’ai, dans ma pure et immaculée vaillance, fait prisonnier sir John Coleville du Val, un chevalier des plus furieux, un valeureux ennemi. Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Il m’a vu, et il s’est rendu ; si bien que je puis dire justement avec le Romain au nez crochu : « Je vins, je vis, je vainquis ! »
Lancastre
Grâce à sa courtoisie plus qu’à votre mérite.
Falstaff
Je ne sais ; mais le voici, et je vous le remets, et je conjure Votre Grâce de faire consigner cet acte avec le reste, parmi les exploits de cette journée. Sinon, par le ciel, je le ferai relater dans une ballade spéciale, en tête de laquelle je serai représenté, Coleville me baisant les pieds. Pour peu que je sois forcé à cet expédient, si vous ne paraissez pas tous près de moi comme des pièces de quatre sous dorées, et si, dans le ciel pur de la gloire, je ne vous éclipse pas comme la pleine lune éclipse ces étincelles du firmament qui, près d’elle, font l’effet de têtes d’épingles, ne croyez plus à la parole du noble ! Ainsi rendez-moi justice, et faites monter le mérite.
Prince John
Le tien est trop lourd pour pouvoir monter.
Prince John
Il est trop épais pour briller.
Falstaff
N’importe, mon bon lord ; faites pour lui quelque chose qui me fasse du bien, et appelez ça comme vous voudrez.
, au prisonnier.
Prince John
— Ton nom est Coleville ?
Coleville
Oui, milord.
Prince John
Tu es un fameux rebelle, Coleville.
Falstaff
— Et c’est un sujet fameusement fidèle qui l’a pris.
Coleville
— Je ne suis, milord, que ce que sont mes supérieurs, — qui m’ont conduit ici. S’ils s’étaient laissé guider par moi, — ils vous eussent vendu plus cher leur existence. —
Falstaff
Je ne sais pas combien ils l’ont vendue ; mais toi, tu as donné la tienne gratis, comme un bon garçon, et je t’en remercie.
Prince John
— Eh bien, avez-vous arrêté la poursuite ?
Westmoreland
— On a fait retraite et suspendu le carnage.
Prince John
— Envoyez Coleville, ainsi que ses confédérés, — à York, pour y être exécutés sur-le-champ. — Blunt, emmenez-le, et tenez-le sous bonne garde.
Prince John
On emmène Coleville.
Prince John
— Et maintenant dépêchons-nous de partir pour la cour, milord. — J’apprends que le roi mon père est gravement malade. — La nouvelle de nos succès nous précédera auprès de Sa Majesté — et lui fera du bien : vous, cousin, vous la porterez, — et nous vous suivrons avec une sobre célérité. —
Falstaff
Milord, permettez-moi, je vous en conjure, de passer par le Glocestershire, et quand vous arriverez à la cour, je vous en prie, soyez bon prince pour moi dans votre bon rapport.
Prince John
— Adieu, Falstaff ; en ma qualité suprême, — je parlerai de vous mieux que vous ne le méritez. —
Prince John
Il sort.
, seul.
Bardolphe
Eh bien, Bardolphe ?
Bardolphe
Toute l’armée est licenciée et partie.
Falstaff
Qu’elle parte. Moi, je vais passer par le Glocestershire, et là faire visite à maître Robert Shallow, écuyer. Je l’ai déjà pétri entre mon index et mon pouce, et bientôt je le revêtirai de mon sceau. Partons.
Falstaff
Ils sortent.
Falstaff
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Scène 13
Roi, Warwick, Humphrey, Clarence, Westmoreland, Harcourt, Prince Henry, Henry, Prince John
Westminster. L’appartement du roi dans le palais.
Roi
— Maintenant, milord, si le ciel donne une heureuse issue — à ce débat qui saigne à nos portes, — nous conduirons notre jeunesse à de plus grands champs de bataille, — et nous ne brandirons plus que des glaives sanctifiés. — Notre flotte est prête, notre armée réunie, — nos lieutenants durant notre absence dûment investis, — et tout marche d’accord avec notre désir ; — il ne nous manque qu’un peu de force personnelle, — et nous attendons que ces rebelles, maintenant sur pied, — soient rentrés sous le joug du gouvernement.
Warwick
— Nous ne doutons pas que Votre Majesté n’ait bientôt — cette double satisfaction.
Roi
Humphrey de Glocester, mon fils, — où est le prince votre frère ?
Humphrey
— Je crois, milord, qu’il est allé chasser à Windsor.
Roi
— En quelle compagnie ?
Humphrey
Je ne sais pas, milord.
Humphrey
— Non, mon bon seigneur ; il est ici en présence du roi.
, s’avançant.
Clarence
— Que me veut mon seigneur et père ?
Clarence
— Je le cultiverai avec toute ma sollicitude et toute ma tendresse.
Roi
— Pourquoi n’es-tu pas à Windsor avec lui, Thomas ?
Clarence
— Il n’est pas là aujourd’hui ; il dîne à Londres.
Roi
— Et en quelle compagnie ? peux-tu le dire ?
Clarence
Avec Poins et ses autres camarades habituels.
Roi
— Le sol le plus riche est le plus sujet aux mauvaises herbes ; — et lui, la noble image de ma jeunesse, — il en est obstrué. Voilà pourquoi mon anxiété — s’étend par delà l’heure de la mort. — Mon cœur pleure des larmes de sang, quand je me représente — en traits imaginaires les jours d’égarement, — les temps de corruption que vous verrez, — quand je dormirai avec mes ancêtres. — Car, lorsque son dévergondage obstiné n’aura plus de frein, — lorsque la rage et l’ardeur du sang le conseilleront seules, — quand le pouvoir se combinera avec la prodigalité, — oh ! avec quelles ailes ses passions l’emporteront, — au milieu de périls menaçants, vers la fatale catastrophe !
Roi
— Il est rare que l’abeille abandonne le rayon — qu’elle a déposé dans une charogne… Qui vient là ? Westmoreland.
Westmoreland
— Salut à mon souverain ! et que de nouveaux bonheurs — s’ajoutent pour lui à celui que je viens annoncer ! — Le prince John, votre fils, baise la main de Votre Grâce. — Mowbray, l’évêque Scroop, Hastings, tous — ont subi les rigueurs de votre loi. — Il n’y a plus une épée rebelle hors du fourreau, — mais la paix porte partout son olive. — Comment ce succès a été obtenu, — Votre Altesse pourra le lire plus à loisir, — dans le rapport complet et détaillé que voici.
Westmoreland
Il lui remet un papier.
Roi
— Ô Westmoreland, tu es l’oiseau printanier — qui toujours sur la hanche de l’hiver chante — le lever du jour. Tiens, voici d’autres nouvelles.
Harcourt
Il lui remet des papiers.
Roi
— Et pourquoi faut-il que ces bonnes nouvelles me fassent mal ? — La fortune n’arrivera-t-elle jamais les deux mains pleines ? — Écrira-t-elle toujours ses plus belles paroles en sombres caractères ? — Tantôt elle donne l’appétit, mais pas d’aliment : — tel est le pauvre en santé ; tantôt elle donne le festin — et retire l’appétit : tel est le riche — qui a l’abondance et n’en jouit pas. — Je devrais me réjouir maintenant de ces heureuses nouvelles, — et maintenant ma vue se trouble, et la tête me tourne. — Oh ! venez près de moi, je me sens bien mal.
Roi
Il s’évanouit.
Humphrey
— Du courage, Majesté !
Clarence
Ô mon royal père !
Westmoreland
— Mon souverain lord, revenez à vous, levez les yeux.
Warwick
— Patience, princes !… vous savez que ces attaques — sont ordinaires à Son Altesse. — Éloignez-vous de lui, donnez-lui de l’air ; il sera bientôt rétabli.
Clarence
— Non, non ; il ne peut longtemps supporter ces angoisses. — Les soucis incessants et les labeurs de son esprit — ont tellement usé la cloison destinée à le retenir — que la vie la perce à jour et va s’échapper.
Clarence
— La rivière a éprouvé trois flux, sans reflux intermédiaire. — Et les vieilles gens, chroniques radoteuses du passé, — disent que même chose advint peu de temps avant — que notre arrière-grand-père Édouard tombât malade et mourût.
Warwick
— Princes, parlez plus bas, car le roi recouvre ses sens.
Humphrey
— Cette apoplexie sera certainement sa fin.
, revenant à lui.
Roi
— Soulevez-moi, je vous prie, et emmenez-moi — dans une autre pièce : doucement, je vous prie.
Roi
Ils transportent le roi dans un retrait, au fond de la scène, et le placent sur un lit.
Roi
— Qu’on ne fasse plus de bruit, mes chers amis ; — je veux bien pourtant qu’une main douce et secourable — murmure une mélodie à mon esprit fatigué.
Warwick
— Faites venir la musique dans la chambre voisine.
Roi
— Mettez-moi la couronne sur mon oreiller, ici.
Clarence
— Ses yeux se creusent, et il change beaucoup.
Warwick
— Moins de bruit, moins de bruit.
, les larmes aux yeux.
Clarence
— Me voici, frère, accablé.
Prince Henry
— Comment ! de la pluie sous notre toit, et pas dehors ! Comment va le roi ?
Humphrey
Excessivement mal.
Prince Henry
A-t-il appris les bonnes nouvelles ? — Dites-les-lui.
Humphrey
— C’est en les apprenant qu’il a changé si fort.
Henry
S’il est malade de joie, — il se rétablira sans médecine.
Warwick
— Pas tant de bruit, milords… Cher prince, parlez bas. — Le roi votre père est disposé à s’endormir.
Clarence
— Retirons-nous dans l’autre pièce.
, au prince Henry.
Warwick
— Votre Grâce daignera-t-elle venir avec nous ?
Prince Henry
— Non ; je vais m’asseoir ici et veiller près du roi.
Prince Henry
Tous sortent, excepté le prince Henry.
Prince Henry
Il met la couronne sur sa tête.
Prince Henry
— La voilà mise : — que Dieu la garde ! Quand toutes les forces de l’univers seraient concentrées — en un bras géant, elles ne m’arracheraient pas — cet insigne héréditaire. Cette couronne reçue de toi, — je la laisserai aux miens, comme tu me l’as laissée.
Prince Henry
Il sort avec la couronne.
, s’éveillant.
Roi
— Warwick ! Glocester ! Clarence !
Clarence
Le roi appelle ?
Warwick
— Que voudrait Votre Majesté ? Comment se trouve Votre Grâce ?
Roi
— Pourquoi m’avez-vous laissé seul ici, milords ?
Roi
— Le prince de Galles ! où est-il ? que je le voie ! — Il n’est pas ici.
Warwick
— Cette porte est ouverte ; il est parti de ce côté.
Humphrey
— Il n’a point passé par la chambre où nous nous tenions.
Roi
— Où est la couronne ? Qui l’a ôtée de mon chevet ?
Warwick
— Quand nous nous sommes retirés, mon suzerain, nous l’avons laissée ici.
Roi
— Le prince l’aura prise. Allez à sa recherche. — Est-il donc si pressé qu’il prend — mon sommeil pour ma mort ? — Trouvez-le, milord de Warwick ; ramenez-le vivement.
Roi
Warwick sort.
Warwick
— Et bien, où est-il, ce fils qui ne veut pas attendre — que la maladie, son alliée, en ait fini avec moi ?
Warwick
— Milord, j’ai trouvé le prince dans la chambre voisine, — son doux visage inondé de larmes sympathiques, — dans une attitude de si profonde douleur — que la tyrannie, qui ne s’abreuve que de sang, — aurait, en le voyant, lavé son glaive — avec des larmes de compassion. Il vient ici.
Roi
— Mais pourquoi a-t-il pris la couronne ?
Prince Henry
— Ah ! le voici. Approche, Harry. — Vous, quittez la chambre : laissez-nous seuls.
Prince Henry
Sortent tous les princes et tous les seigneurs, excepté le prince Henry.
Prince Henry
— Je ne croyais pas devoir vous entendre encore.
, s’agenouillant.
Prince Henry
Mon gracieux seigneur, — vous l’avez gagnée, portée, gardée, et vous me la donnez ; — elle est donc bien légitimement en ma possession ; — et c’est avec une rare énergie que je — la défendrai contre l’univers entier
Prince Henry
.
Prince Henry
Entrent le Prince John de Lancastre, Warwick et d’autres lords.
Roi
— Voyez, voyez, voici mon fils John de Lancastre.
Prince John
— Santé, paix et bonheur à mon royal père !
Roi
— Tu m’apportes le bonheur et la paix, mon fils John ; — mais la santé, hélas ! s’est envolée sur ses jeunes ailes — de ce tronc desséché et flétri ; tu le vois, — ma tâche mortelle touche à sa fin. — Où est milord de Warwick ?
Prince Henry
Milord de Warwick !
Roi
— L’appartement où je me suis évanoui pour la première fois — a-t-il un nom particulier ?
Roi
— Dieu soit loué ! c’est là que ma vie doit finir. — On m’a prédit, il y a bien des années, — que je ne mourrais qu’à Jérusalem ; — je crus par erreur que ce serait dans la Terre-Sainte. — Mais portez-moi dans cette chambre ; je veux y reposer. — Voilà la Jérusalem où mourra Henry !
Roi
Ils sortent .
Roi
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Scène 14
Shallow, Falstaff, Davy, Bardolphe
La maison de Shallow dans le Glocestershire.
Shallow
Palsembleu, messire, vous ne vous en irez pas ce soir.
Shallow
Appelant.
Shallow
Holà, Davy !… viendras-tu ?
Falstaff
Il faut que vous m’excusiez, maître Robert Shallow.
Shallow
Je ne vous excuserai point ; vous ne serez point excusé ; les excuses ne seront point admises ; il n’y a point d’excuse qui tienne ; vous ne serez point excusé… Eh bien ! Davy !
Davy
Voilà, monsieur.
Shallow
Davy, Davy, Davy… voyons, Davy, voyons, Davy, voyons… Oui, c’est ça ! William, le cuisinier ! dis-lui de venir ici… Sir John, vous ne serez point excusé.
Shallow
En froment rouge, Davy… Mais quant à William, le cuisinier… Est-ce qu’il n’y a pas de pigeonneaux ?
Davy
Oui, monsieur… Maintenant voici la note du forgeron, pour ferrement de chevaux et socs de charrue.
Shallow
Qu’elle soit examinée et payée… Sir John, vous ne serez point excusé.
Davy
Monsieur, il faut absolument un cercle neuf au baquet… Et puis, monsieur, avez-vous l’intention de retenir quelque chose sur les gages de Guillaume pour le sac qu’il a perdu l’autre jour à la foire de Hinckley ?
Shallow
Il en répondra… Des pigeons, Davy, une couple de poulardes à courte patte, une pièce de mouton, et quelques gentils petits rogatons mignons. Dis ça à William, le cuisinier.
Davy
Est-ce que l’homme de guerre restera ici toute la nuit, monsieur ?
Shallow
Oui, Davy. Je veux le bien traiter. Un ami à la cour vaut mieux qu’un penny dans la bourse. Traite bien ses gens, Davy ; car ce sont des chenapans fieffés, et qui pourraient mordre.
Davy
Pas plus cependant qu’ils ne sont mordus eux-mêmes ; car ils ont du linge prodigieusement sale.
Davy
Je vous prierai, monsieur, d’appuyer William Visor de Wincot contre Clément Perkes du coteau.
Shallow
Il y a bien des plaintes, Davy, contre ce Visor ; ce Visor est un fieffé coquin, à ma connaissance.
Davy
J’accorde à Votre Honneur que c’est un coquin, monsieur ; mais cependant, à Dieu ne plaise, monsieur, qu’un coquin ne puisse trouver appui, à la requête d’un ami. Un honnête homme, monsieur, est en état de se défendre ; un coquin, non. J’ai fidèlement servi Votre Honneur, monsieur, depuis huit ans ; et, si je ne puis, une fois ou deux par quartier, faire prévaloir un coquin sur un honnête homme, je n’ai qu’un bien faible crédit auprès de Votre Seigneurie. Ce coquin est mon honnête ami, monsieur ; aussi, je supplie Votre Seigneurie de le favoriser.
Shallow
Allons, c’est bon ; il ne lui arrivera pas de mal… À ta besogne, Davy.
Shallow
Davy sort.
Shallow
Où êtes-vous, sir John ? Allons, allons, allons, débottez-vous… Donnez-moi la main, maître Bardolphe.
Bardolphe
Je suis heureux de voir Votre Honneur.
Shallow
Je te remercie de tout mon cœur, aimable maître Bardolphe.
Shallow
Au page.
Shallow
Et toi aussi, sois le bienvenu, mon grand gaillard… Venez, sir John.
Falstaff
Je vous suis, mon bon maître Robert Shallow.
Falstaff
Shallow sort.
Falstaff
Bardolphe, veille à nos chevaux.
Falstaff
Bardolphe et le page sortent.
Falstaff
Si j’étais scié en quantité de morceaux, je ferais quatre douzaines de bâtons d’ermite barbu comme maître Shallow. C’est une chose merveilleuse de voir la parfaite cohésion qui existe entre l’esprit de ses gens et le sien. Eux, à force de l’observer, ont pris des allures de juge benêt ; lui, à force de converser avec eux, a pris la tournure d’un valet de juge. Leurs esprits sont si étroitement mariés par une mutuelle association qu’ils marchent tous de concert, comme autant d’oies sauvages. Si je voulais obtenir quelque chose de maître Shallow, je flatterais ses gens, avec la conviction qu’ils ne font qu’un avec leur maître ; si je voulais obtenir quelque chose de ses gens, je caresserais maître Shallow, avec l’idée que nul homme n’a plus d’empire sur ses serviteurs. Il est certain que l’esprit et l’ineptie sont contagieux et s’attrapent comme des maladies ; par conséquent, que les gens prennent garde à la compagnie qu’ils fréquentent. En prenant ce Shallow pour thème, j’ai de quoi faire rire continuellement le prince Henry pendant la durée de six modes, c’est-à-dire pendant le cours de quatre sessions ou de deux actions pour dettes, et il rira sans vacations. Oh ! c’est énorme, l’effet que produit un mensonge, renforcé d’un léger jurement, ou une plaisanterie, dite d’un air grave, sur un gaillard qui n’a jamais eu de douleurs dans les épaules ! Oh ! vous le verrez rire jusqu’à ce que sa figure soit comme un manteau mouillé, mis de travers.
, appelant de l’intérieur.
Shallow
Sir John !
Falstaff
Je viens, maître Shallow ; je viens, maître Shallow.
Falstaff
Il sort.
Falstaff
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Scène 15
Warwick, Grand Juge, Prince John, Prince Humphrey Et Clarence, Warwck, Prince Humphrey, Trois Princes, Roi
Le palais de Westminster.
Warwick
— Eh bien, milord grand juge, où allez-vous ?
Grand Juge
— Comment est le roi ?
Warwick
— Excessivement bien ; toutes ses anxiétés sont finies.
Grand Juge
— Il n’est pas mort, j’espère !
Warwick
Il a parcouru le chemin de la nature, — et pour nous il ne vit plus.
Grand Juge
— Je voudrais que Sa Majesté m’eût emmené avec elle. — Les services que je lui ai loyalement rendus de son vivant — me laissent exposé à toutes les persécutions.
Warwick
— En effet, je crois que le jeune roi ne vous aime pas.
Grand Juge
— Je le sais : aussi suis-je armé déjà — pour faire face aux conditions du moment, — qui ne peuvent être plus terribles pour moi — que mon imagination ne se les représente.
Grand Juge
— Hélas ! je crains que tout ne soit bouleversé.
Prince John
— Bonjour, cousin Warwick, bonjour.
Prince Humphrey Et Clarence
Bonjour, cousin.
Prince John
— Nous nous abordons comme des gens qui ont oublié la parole.
Warwck
— Nous nous en souvenons ; mais notre thème — est trop triste pour admettre de longs discours.
Prince John
— Allons, que la paix soit avec celui qui nous a faits tristes !
Grand Juge
— Que la paix soit avec nous et nous préserve d’être plus tristes encore !
Prince Humphrey
— Oh ! mon cher lord, vous avez vraiment perdu un ami ; — et j’oserais jurer que cette figure de désespoir — n’est pas empruntée : c’est bien sûrement la vôtre.
Prince John
— Bien que nul ne soit sûr des grâces qui lui sont réservées, — c’est vous qui avez à attendre le plus froid accueil. — Cela ajoute à mon chagrin ; plût à Dieu qu’il en fût autrement !
Grand Juge
— Chers princes, ce que j’ai fait, je l’ai fait en tout honneur, — guidé par l’impartiale direction de ma conscience ; — et vous ne me verrez jamais mendier — une rémission par de misérables avances ; — si la loyauté et la plus droite innocence ne me protègent pas, — j’irai retrouver mon maître, le roi mort, — et je lui dirai qui m’a envoyé le rejoindre.
Warwick
Voici venir le prince.
Grand Juge
— Bonjour ! et que Dieu garde Votre Majesté !
Trois Princes
— Nous n’espérons pas moins de Votre Majesté.
Roi
— Vous me regardez tous étrangement.
Roi
Au grand juge.
Roi
Et vous surtout. — Vous êtes, je crois, convaincu que je ne vous aime pas.
Grand Juge
— Je suis convaincu, si justice m’est rendue, — que Votre Majesté n’a aucun motif légitime de me haïr.
Roi
Non ? — Comment un prince, appelé à de si hautes destinées, oublierait-il — les hautes indignités que vous m’avez fait subir ? — Quoi ! réprimander, censurer, et envoyer brusquement en prison — l’héritier présomptif de l’Angleterre ! Était-ce tout simple ? — Cela peut-il être lavé dans le Léthé, et oublié ?
Roi
Au grand juge.
Roi
— Et en tout cela, mon père, vous me prêterez votre concours suprême. — Après notre couronnement, nous réunirons, — comme je l’ai déjà déclaré, tous nos États ; — et, si Dieu souscrit à mes bonnes intentions, — nul prince, nul pair n’aura sujet de souhaiter — que le ciel abrège d’un seul jour la vie fortunée de Harry !
Roi
Ils sortent.
Roi
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Scène 16
Falstaff, Shallow, Silence, Davy, Bardolphe, Pistolet
Le Glocestershire. Le jardin de Shallow au crépuscule.
Falstaff
Pardieu, vous avez là une belle et riche habitation.
Shallow
Misérable, misérable, misérable. Tous gueux ! tous gueux, sir John !… Dame, l’air est bon !… Sers, Davy ; sers Davy ; bien Davy.
Falstaff
Ce Davy vous sert à bien des usages ; il est votre domestique et votre fermier.
Shallow
C’est un bon varlet, un bon varlet, un fort bon varlet, sir John… Par la messe, j’ai bu trop de Xérès à souper… Un bon varlet ! Maintenant asseyez-vous, maintenant asseyez-vous… Venez, cousin.
Shallow
Falstaff, Shallow et Silence s’attablent.
Silence
Ah ! ma foi ! nous ne ferons, comme on dit…
Silence
Il chante.
Silence
… Que manger et faire bonne chère, Et remercier le ciel de la joyeuse année ; Quand la chair est pour rien et la femelle chère, Et que les libertins rôdent par-ci par-là.  Gai, gai ! Et pour toujours, gai ! gai !
Falstaff
Voilà un joyeux caractère ! Cher maître Shallow, je vais porter votre santé pour ça.
Shallow
Donne du vin à maître Bardoiphe, Davy.
, à Bardolphe.
Davy
Suave monsieur, asseyez-vous.
Davy
Il fait asseoir Bardolphe et le page à une autre table.
Shallow
Soyez gai, maître Bardolphe ; et vous, là, mon petit soldat, soyez gai.
, chantant.
Silence
Soyons gais, soyons gais ! ma femme est comme une autre ; Les femmes sont des coquines, toutes, petites et grandes. La salle est en gaîté, quand toutes les barbes sont en branle.  Et bienvenus soient les joyeux jours gras ! Soyons gais, soyons gais ! etc.
Falstaff
Je n’aurais pas cru que maître Shallow fût un homme de telle humeur.
Silence
Qui ? moi ! j’ai été en goguettes plus d’une fois déjà.
, mettant un plat devant Bardolphe.
Davy
Voici un plat de rambour pour vous !
Shallow
Davy !
Davy
Votre Honneur ?
Davy
À Bardolphe.
Davy
Je suis à vous tout à l’heure.
Davy
À Shallow.
Davy
Une coupe de vin, monsieur ?
, chantant.
Silence
Une coupe de vin, pétillant et fin, Et je bois à mon amante. Un cœur joyeux vit longtemps, hé !
, fredonnant.
Silence
Et soyons gais ! Voici venir Le doux moment de la nuit.
, buvant.
Falstaff
Santé et longévité à vous, maître Silence !
, chantant.
Silence
Remplissez la coupe, et passez-la-moi ! Je vous fais raison à un mille de profondeur.
Shallow
Honnête Bardolphe, tu es le bienvenu. Si tu as besoin de quelque chose et que tu ne le demandes pas, honni sois-tu !
Shallow
Au page.
Shallow
Bienvenu, mon petit fripon mignon ; bienvenu, toi aussi, ma foi… Je bois à maître Bardolphe et à tous les cavalleros de Londres.
Davy
J’espère voir Londres une fois avant de mourir.
Bardolphe
Si je puis vous voir là, Davy…
Shallow
Par la messe, vous boirez chope ensemble… Hein ! n’est-ce pas, maître Bardolphe ?
Bardolphe
Oui, monsieur, dans un pot de quatre pintes.
Shallow
Merci !… le maraud se collera à toi, je puis te l’assurer : il tiendra ferme ; il est de bonne race.
Bardolphe
Et moi, je me collerai à lui, monsieur,
Shallow
Eh ! voilà parler comme un roi. Ne vous privez de rien, soyez gais.
Shallow
On frappe.
Shallow
Vois qui est à la porte, là… Holà ! qui frappe ?
Shallow
Davy sort.
, à Silence qui avale une rasade.
Falstaff
Oui-dà, vous m’avez fait raison.
, chantant.
Silence
Fais-moi raison, Et arme-moi chevalier.  Samingo !
Silence
N’est-ce pas ça ?
Falstaff
C’est ça.
Silence
C’est ça ? Avouez donc qu’un vieux homme est encore bon à quelque chose.
Davy
N’en déplaise à Votre Honneur, c’est un Pistolet qui arrive de la cour avec des nouvelles.
Falstaff
De la cour ? qu’il entre !
Pistolet
Eh bien, Pistolet ?
Pistolet
Dieu vous garde, sir John !
Falstaff
Quel vent vous a soufflé ici, Pistolet ?
Pistolet
Ce n’est pas ce mauvais vent qui ne souffle rien de bon à personne… Suave chevalier, tu es maintenant un des plus grands personnages du royaume.
Pistolet
Pouf ! — Au diable ton Pouf, lâche et vil mécréant ! — Sir John, je suis ton Pistolet et ton ami ; — j’ai galopé jusqu’ici à bride abattue ; — et je t’apporte les informations les plus fortunées et les plus joyeuses, — des événements d’or, des nouvelles du plus grand prix ! —
Falstaff
Je t’en prie, énonce-les comme un être de ce monde.
Pistolet
— Foutra pour ce monde et ses vils mondains ! — Je parle de l’Afrique et des joies de l’âge d’or.
, déclamant.
Falstaff
Ô vil chevalier assyrien, quelles sont tes nouvelles ? Que le roi Cophétua sache la vérité.
, chantant.
Silence
Et Robin Hood, Écarlate, et Jehan.
Pistolet
— Est-ce à des chiens de basse-cour de répliquer aux enfants de l’Hélicon ? — Se moquera-t-on ainsi de la bonne nouvelle ? — Alors, Pistolet, fourre ta tête dans le giron des Furies ! —
Shallow
Honnête gentilhomme, je ne comprends rien à vos manières.
Pistolet
Eh bien, déplore-le.
Shallow
Pardon, monsieur. Si vous arrivez, monsieur, avec des nouvelles de la cour, je crois qu’il n’y a que deux partis à prendre : ou les énoncer ou les taire. Monsieur, j’exerce, de par le roi, quelque autorité.
Shallow
— De par le roi Henry.
Pistolet
Henry Quatre ? ou Cinq ?
Shallow
— Henry Quatre.
Pistolet
Foutra pour ton office ! — Sir John, ton tendre agnelet est maintenant roi ; — Henry Cinq est l’homme. Je dis la vérité. — Si Pistolet ment, fais-moi la figue, — comme à un vantard espagnol.
Falstaff
Quoi ! le vieux roi est mort !
Pistolet
— Comme un clou dans une porte. Les choses que je dis sont exactes. —
Falstaff
En route, Bardolphe ! selle mon cheval. Maître Robert Shallow, choisis l’office que tu voudras dans le pays, il est à toi. Pistolet, je veux que tu aies double charge de dignités.
Bardolphe
Ô joyeux jour ! je ne donnerais pas ma fortune pour un brevet de chevalier.
Pistolet
Hein ? J’apporte de bonnes nouvelles ?
Falstaff
Portez maître Silence au lit !… Maître Shallow, milord Shallow, sois ce que tu voudras, moi, je suis l’intendant de la fortune. Mets tes bottes ; nous chevaucherons toute la nuit… Ô suave Pistolet !… En route, Bardolphe.
Falstaff
Sort Bardolphe.
Pistolet
— Et que de vils vautours lui dévorent les poumons ! — Où est la vie, dit-on que je menais naguère ? — Eh bien, la voici. Bienvenus ces beaux jours !
Pistolet
Ils sortent.
Pistolet
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Scène 17
Sergents, Premier Sergent, Dorothée
Londres. Une rue.
Sergents
l’hôtesse.
Sergents
Non, coquin fieffé ! Quand je devrais mourir, je voudrais te voir pendu. Tu m’as disloqué l’épaule.
Premier Sergent
Les constables me l’ont remise ; et elle goûtera du fouet, je le lui garantis. Il y a eu dernièrement un ou deux hommes tués à cause d’elle.
Dorothée
Vous mentez, hallebardier escroc ! Allons donc ! je vais te dire, maudit chenapan à visage de tripe, si l’enfant que je porte à présent vient avant terme, tu aurais mieux fait de frapper ta mère, manant à face de papier.
Dorothée
l’hôtesse.
Premier Sergent
Si ça arrive, vous lui remettrez une douzaine de coussins ; elle n’en a que onze maintenant. Allons, je vous somme toutes deux de venir avec moi ; car l’homme que vous avez battu, Pistolet et vous, est mort.
Dorothée
Je vais te dire, l’homme maigre à figure de bassinoire ! Je vous ferai fustiger solidement pour votre peine, ignoble mouche bleue, sale tourmenteur étique ! Si je ne vous fais pas fustiger, j’abjure le cotillon court.
Premier Sergent
Allons, allons, chevalier errant femelle, en marche.
Premier Sergent
l’hôtesse.
Premier Sergent
Oh ! que le droit écrase ainsi la force !… Voilà ! Après la souffrance le bien-être !
Dorothée
Allons, chenapan, allons ; menez-moi au juge.
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
Oui, venez, limier affamé.
Dorothée
Bonhomme spectre ! bonhomme ossement !
Dorothée
l’hôtesse.
Dorothée
Squelette !
Dorothée
Va donc, être maigre ; va donc, efflanqué !
Premier Sergent
Fort bien.
Premier Sergent
Ils sortent.
Premier Sergent
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Scène 18
Premier Groom, Deuxième Groom, Falstaff, Pistolet, Shallow, Roi, Grand Juge, Prince John
Une place près de l’abbaye de Westminster.
Premier Groom
Encore des nattes ! encore des nattes !
Deuxième Groom
Les trompettes ont sonné deux fois.
Premier Groom
Il sera deux heures avant qu’on revienne du couronnement… Dépêchons, dépêchons !
Premier Groom
Les grooms sortent.
Falstaff
Tenez-vous ici, près de moi, maître Robert Shallow ; je vais vous faire distinguer par le roi. Je le regarderai du coin de l’œil, quand il passera ; et vous verrez la mine qu’il me fera.
Pistolet
Dieu bénisse tes poumons, bon chevalier !
Falstaff
Viens ici, Pistolet ; tiens-toi derrière moi.
Falstaff
À Shallow.
Falstaff
Oh ! si j’avais eu le temps de faire faire des livrées neuves, j’y aurais dépensé les mille livres que je vous ai empruntées. Mais n’importe ; ce pauvre appareil vaut mieux ; il prouve le zèle que j’ai mis à le voir.
Falstaff
Il montre la ferveur de mon affection.
Shallow
En effet.
Falstaff
Ma dévotion.
Shallow
En effet, en effet, en effet.
Falstaff
J’ai l’air d’avoir chevauché nuit et jour, sans délibérer, sans réfléchir, sans avoir pris le temps de me changer.
Shallow
C’est bien certain.
Falstaff
Et me voici, souillé par le voyage, tout suant du désir de le voir ; ne songeant qu’à cela, mettant en oubli toute autre considération, comme si je n’avais au monde qu’une chose à faire, le voir !
Pistolet
Semper idem ; absque hoc nihil est ! C’est parfait.
Shallow
Oui, vraiment.
Pistolet
— Mon chevalier, je vais enflammer ton noble foie, — et te mettre en rage. — Ta Dorothée, l’Hélène de tes nobles pensées, — est dans un vil cachot, dans une infecte prison, — où elle a été traînée par les mains les plus roturières et les plus sales. — Évoque de son antre d’ébène le serpent vengeur de la farouche Alecto ; — car Dorothée est coffrée ! Pistolet ne dit que la vérité.
Falstaff
Je la délivrerai.
Falstaff
Acclamations et fanfares.
Pistolet
— Voilà les rugissements de la mer et les sons éclatants de la trompette. —
Falstaff
Dieu protège Ta Grâce, roi Hal ! mon auguste Hal !
Pistolet
Les cieux te gardent et te préservent, très-royal rejeton de la gloire !
Falstaff
Dieu te protège, mon doux enfant !
, désignant Falstaff.
Roi
— Milord grand juge, parlez à cet insolent.
, à Falstaff.
Grand Juge
— Avez-vous votre raison ? Savez-vous ce que vous dites ?
Falstaff
— Mon roi ! mon Jupiter ! c’est à toi que je parle, mon cœur !
Roi
Au grand juge.
Roi
Chargez-vous, milord, — de faire exécuter ponctuellement nos ordres. — En avant !
Roi
Sortent le Roi et son cortége.
Falstaff
Maître Shallow, je vous dois mille livres.
Shallow
Oui, diantre, sir John ; et je vous supplie de me les laisser remporter chez moi.
Falstaff
Ça ne se peut guère, maître Shallow. Ne vous chagrinez point de ceci ; il m’enverra chercher en particulier ; voyez-vous, il doit feindre ainsi en public. N’ayez pas d’ inquiétude sur votre avancement ; je suis toujours homme à faire de vous un gros personnage.
Shallow
Je ne vois pas comment, à moins que vous ne me donniez votre pourpoint et que vous ne me rembourriez de paille. Je vous en conjure, bon sir John, sur les mille, rendez-m’en cinq cents !
Shallow
Une couleur, sir John, avec laquelle, j’en ai peur, vous serez éteint et teint.
Falstaff
Ne vous inquiétez pas des couleurs ; venez dîner avec moi. Allons, lieutenant Pistolet ; allons, Bardolphe. Je serai mandé ce soir de bonne heure.
Grand Juge
— Allez, conduisez sir John Falstaff à la prison de Fleet-Street. — Emmenez tous ses compagnons avec lui.
Falstaff
Milord, milord…
Grand Juge
— Je ne puis vous parler en ce moment ; je vous entendrai bientôt. — Emmenez-les.
Pistolet
Si fortuna me tormenta, la speranza me contenta .
Pistolet
Sortent Falstaff, Shallow, Pistolet, Bardolphe, le Page et les officiers de justice.
Prince John
— J’aime cette noble conduite du roi ; — il entend que ses anciens compagnons — soient tous convenablement pourvus ; — mais tous sont bannis jusqu’à ce que leurs mœurs — paraissent au monde plus sages et plus décentes.
Grand Juge
C’est vrai.
Prince John
— Le roi a convoqué son parlement, milord.
Grand Juge
— En effet.
Prince John
Tous sortent.
Prince John
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