Drame historique · 1591

Henri VI (3e partie)

de William Shakespeare

Représentation
≈ 2 h 15
Distribution
5 femmes, 7 hommes
Répliques
880
Écriture
En prose
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Warwick N 110 ≈ 20 min 12
Richard H 117 ≈ 18 min 16
Roi Henry N 70 ≈ 16 min 8
Roi Édouard H 116 ≈ 15 min 11
Reine Marguerite F 56 ≈ 10 min 6
York N 38 ≈ 6 min 3
Édouard H 32 ≈ 6 min 6
Clifford N 37 ≈ 4 min 6
Clarence N 32 ≈ 3 min 8
Roi Louis N 21 ≈ 3 min 1
Messager H 12 ≈ 3 min 5
Prince De Galles N 13 ≈ 2 min 5
Lady Grey F 22 ≈ 2 min 1
Oxford N 15 ≈ 2 min 8
Somerset N 15 ≈ 2 min 7
Reine Élisabeth N 9 ≈ 2 min 2
Père N 5 ≈ 2 min 1
Fils N 5 ≈ 1 min 1
Hastings N 11 ≈ 1 min 2
Northumberland N 15 ≈ 1 min 3

Et 18 autres rôles.

Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte I
Warwick absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Richard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Roi Henry absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Roi Édouard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Reine Marguerite absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
York absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Édouard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clifford absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Warwick, York, Édouard, Montague, Richard, Norfolk, Roi Henry, Northumberland, Clifford, Westmoreland, Exeter, Roi Henny, Roi, Reine Marguerite, Prince

Londres. La salle du parlement ( 32 ) .

Warwick

— Je m’étonne que le roi ait échappé de nos mains.

York

— Tandis que nous poursuivions la cavalerie du Nord, — il s’est secrètement évadé, abandonnant ses hommes ; — sur quoi le grand lord Northumberland, — dont l’oreille martiale n’a jamais pu se faire au son de la retraite, — a ranimé l’armée abattue ; et lui-même, — lord Clifford et lord Stafford, tous trois de front, — ont chargé notre corps de bataille, et, en s’y enfonçant, — sont tombés sous les épées de nos simples soldats.

Édouard

— Le père de lord Stafford, le duc de Buckingham, — doit être ou tué ou dangereusement blessé. — J’ai fendu son casque d’un coup d’aplomb ; et pour preuve, père, regardez son sang.

Édouard

Il montre son épée sanglante.

, montrant la sienne à York.

Montague

— Et voici, frère, le sang du comte de Wiltshire — que j’ai rencontré dès le premier choc.

, jetant à terre la tête de Somerset.

Richard

— Toi, parle pour moi, et dis-leur ce que j’ai fait.

Norfolk

— Que tel soit l’avenir de toute la descendance de Jean de Gand !

Richard

— J’espère secouer ainsi la tête du roi Henry.

Warwick

— Et moi aussi, victorieux prince d’York, — tant que je ne t’aurai pas vu assis sur ce trône — qu’usurpe maintenant la maison de Lancastre, — je le jure, par le ciel, ces yeux ne se fermeront pas. — Voici le palais de ce roi timoré, — et voici le siége royal : prends-en possession, York ; — car il est à toi, et non aux héritiers du roi Henry.

York

— Assiste-moi donc, cher Warwick, et je vais le faire ; — car c’est par la force que nous avons pénétré ici.

Norfolk

— Nous vous assisterons tous : celui qui fuit est mort.

York

— Merci, noble Norfolk… Restez près de moi, milords ; — et vous, soldats, restez, et logez près de moi cette nuit.

Warwick

— Et quand le roi viendra, ne lui faites aucune violence, — à moins qu’il ne tente de vous expulser par la force.

Warwick

Les soldats se retirent.

York

— La reine tient ici son parlement aujourd’hui ; — mais elle ne se doute guère que nous serons de son conseil : — par les paroles ou par les coups, nous reconquerrons ici nos droits.

Warwick

— Ce parlement s’appellera le parlement de sang, — à moins que Plantagenet, duc d’York, ne soit fait roi, — et que Henry ne soit déposé, ce peureux Henry dont la couardise — a fait de nous la risée de nos ennemis.

York

— Donc ne me quittez pas, milords ; soyez résolus ; — j’entends prendre possession de mes droits.

Warwick

— Ni le roi, ni son plus dévoué partisan, — le plus fier de ceux qui tiennent pour Lancastre, — n’osera remuer l’aile, si Warwick agite ses grelots. — Je vais planter Plantagenet : le déracine qui l’ose ! — De la résolution, Richard ; réclame la couronne d’Angleterre.

Roi Henry

— Milords, voyez où s’assied l’effronté rebelle ! — sur le trône même de l’État ! apparemment — qu’appuyé par les forces de Warwick, ce gair félon, — il prétend atteindre à la couronne et régner comme roi !… — Comte de Northumberland, il a tué ton père, — et le tien, lord Clifford , et tous deux vous avez juré de vous en venger — sur lui, sur ses fils, ses favoris et ses amis.

Northumberland

— Si je ne le châtie pas, cieux, châtiez-moi.

Clifford

— C’est dans l’espoir de la vengeance que Clifford porte le deuil en acier.

, montrant York.

Westmoreland

le roi henry .

Westmoreland

— De la patience, cher comte de Westmoreland.

Clifford

— La patience est bonne pour les poltrons tels que lui : — il n’oserait pas s’asseoir là, si votre père vivait. — Mon gracieux lord, permettez qu’ici même, dans le parlement, — nous attaquions la famille d’York.

Northumberland

— Bien parlé, cousin ; attaquons !

Roi Henry

— Eh ! ne savez-vous pas que la Cité est en leur faveur, — et qu’ils ont des masses de soldats à leurs ordres ?

Exeter

— Mais, quand le duc sera tué, ils s’enfuiront vite.

Roi Henry

— Loin du cœur de Henry la pensée — de faire un charnier du parlement ! — Cousin d’Exeter, les regards et les paroles sévères, le menaces — sont les seules armes que Henry veuille employer.

Roi Henry

Il s’avance vers le duc.

Roi Henry

— Factieux duc d’York, descends de mon trône, — et tombe à mes pieds pour implorer grâce et merci : — je suis ton souverain.

York

Je suis le tien.

Exeter

— Par pudeur, descends ; c’est lui qui t’a fait duc d’York.

York

— Ce duché était mon patrimoine, comme le comté de March.

Warwick

— Exeter, c’est toi qui es traître à la couronne — en soutenant cet usurpateur Henry.

Clifford

— Ne faut-il pas qu’il soutienne son roi légitime ?

Warwick

— En effet, Clifford ; et c’est Richard, duc d’York.

, à York.

Roi Henny

— Et je resterai debout, quand tu es assis sur mon trône !

York

— Cela doit être ; il le faut ; résigne-toi.

, à Henry.

Warwick

— Sois duc de Lancastre, et, lui, qu’il soit roi.

Westmoreland

— Henry est à la fois duc de Lancastre et roi, — et cela, lord Westmoreland le maintiendra.

Warwick

— Et Warwick le contestera. Vous oubliez — que c’est nous qui vous avons chassé de la plaine, qui avons tué vos pères et qui, enseignes déployées, — avons marché à travers la Cité pour pénétrer dans ce palais.

Northumberland

— Si fait, Warwick, je me rappelle cela à ma grande douleur ; — et, par l’âme de mon père, toi et ta maison, vous en pâtirez.

Westmoreland

— À toi, Plantagenet, à tes fils que voici, — à tes parents, à tes amis, j’arracherai plus d’existences — qu’il n’y avait de gouttes de sang dans les veines de mon père.

Warwick

— Ce pauvre Clifford ! que je méprise ses misérables menaces !

York

— Voulez-vous que nous démontrions nos titres a la couronne ? — Sinon, nos épées les revendiqueront sur le champ de bataille.

Roi Henry

— Traître, quels titres as-tu à la couronne ? — Ton père était, comme toi, duc d’York

Roi Henry

; — ton aïeul était Roger Mortimer, comte de March. — Moi, je suis le fils de Henry V — qui subjugua le dauphin et les Français, — et conquit leurs villes et leurs provinces.

Warwick

— Ne parle pas de la France, puisque tu l’as perdue tout entière.

Roi Henry

— C’est le lord protecteur qui l’a perdue, et non moi. — Quand je fus couronné, je n’ avais que neuf mois.

Richard

— Vous êtes assez âgé maintenant, et pourtant il me semble que vous perdez toujours. — Mon père, arrachez la couronne de la tête de l’usurpateur.

, à York.

Édouard

— Faites, cher père, mettez-la sur votre tête.

, à York.

Montague

— Mon bon frère, si tu aimes et honores les armes, — vidons la querelle par le combat, et ne restons pas à ergoter ainsi.

Richard

— Que tambours et trompettes sonnent, et le roi va fuir.

Roi Henry

— Silence toi-même ! Et laisse parler le roi Henry.

Warwick

— Plantagenet parlera le premier… Écoutez-le, milords, — et soyez silencieux et attentifs, — car celui qui l’interrompt cesse de vivre.

Warwick

le roi henry .

Warwick

— Crois tu donc que je consente à quitter mon trône royal, — où se sont assis mon aïeul et mon père ? — Non ; auparavant la guerre aura dépeuplé mon royaume, — et leur étendard, qui si longtemps fut arboré en France, — et qui, à ma grande douleur, ne l’est plus maintenant qu’en Angleterre, — m’aura servi de linceul. Pourquoi hésitez-vous, milords ? — Mes titres sont bons, bien meilleurs que les siens.

Warwick

— Prouve-le, Henry, et tu seras roi.

Roi Henry

— Henry IV a conquis la couronne.

York

— Par une rébellion contre son roi.

Roi Henry

— Je ne sais que dire ; mes titres sont faibles. — Dites-moi, le roi peut-il adopter un héritier ?

Warwick

Eh bien, après ?

Roi Henry

— S’il le peut, alors je suis roi légitime ; — car Richard, en présence d’un grand nombre de lords, — résigna la couronne à Henry IV, — dont mon père fut l’héritier comme je suis l’héritier de mon père.

Warwick

— Et en supposant, milords, que Richard eût agi de son plein gré, — croyez-vous qu’il eût pu porter atteinte au droit de la couronne ?

Exeter

— Non ; car, dès qu’il résignait la couronne, — le plus proche héritier devait lui succéder et régner.

Roi Henry

— Es-tu donc contre nous, duc d’Exeter ?

, montrant York.

Exeter

— Le droit est pour lui ; veuillez donc me pardonner.

York

— Pourquoi murmurez-vous, milords, et ne parlez-vous pas ?

, montrant York.

Exeter

— Ma conscience me dit qu’il est le roi légitime.

Roi Henry

— Tous vont me déserter et passer à lui.

Northumberland

— Plantagenet, malgré toutes tes prétentions, — ne crois pas que Henry sera ainsi déposé.

Warwick

— Déposé ! il le sera en dépit de tous.

Northumberland

— Tu te leurres ; ce ne sont pas tes milices du Midi, — d’Essex, de Norfolk, de Suffolk ni de Kent, — si présomptueux et si fier qu’elles te rendent, — qui pourraient élever le duc au trône, en dépit de moi.

Roi Henry

— Ô Cliffort ! que tes paroles raniment mon cœur !

York

— Henry de Lancastre, résigne ta couronne. — Que murmurez-vous, que complotez-vous là, milords ?

, à Henry.

Warwick

— Faites droit au princier duc d’York, — ou je vais remplir cette salle d’hommes armés, — et, sur le trône même où il est assis en ce moment, — inscrire son titre avec le sang de l’usurpateur.

Warwick

Il frappe du pied, et les soldats se montrent.

Roi Henry

— Milord de Warwick, un mot seulement ! — Laissez-moi régner, comme roi, ma vie durant.

York

— Assure-moi la couronne, à moi et à mes héritiers, — et tu régneras en paix tant que tu vivras.

Roi Henry

— J’y consens. Richard Plantagenet, — jouis du trône après ma mort.

Clifford

— Quelle injure pour le prince votre fils !

Warwick

— Quel bonheur pour l’Angleterre et pour lui-même !

Westmoreland

— Vil, peureux et désespérant Henry !

Clifford

— Quel tort tu fais à toi-même et à nous !

Westmoreland

Je ne puis rester à entendre ces conditions.

Northumberland

Ni moi.

Westmoreland

— Adieu, roi pusillanime et dégénéré, — dont le sang glacé ne recèle pas même une étincelle d’honneur !

Northumberland

— Sois donc la proie de la maison d’York, — et meurs dans les chaînes pour cet acte de lâcheté !

Clifford

— Puisses-tu succomber dans une guerre terrible, — ou vivre en paix abandonné et méprisé !

Clifford

Sortent Northumberland, Clifford et Westmoreland.

Warwick

— Tourne-toi de notre côté, Henry, et ne te soucie pas d’eux.

Exeter

— Ils ne cherchent que la vengeance ; voilà pourquoi ils ne veulent pas céder.

Roi Henry

— Ah ! Exeter !

Warwick

Pourquoi ce soupir, milord ?

Roi Henry

— Il n’est pas pour moi, lord Warwick, mais pour mon fils, — qu’en père dénaturé je vais déshériter. — Mais advienne que pourra !…

Roi Henry

Au duc d’York.

Roi Henry

Je lègue ici — la couronne pour toujours à toi et à tes héritiers, — à condition que tu jureras ici — de mettre fin à la guerre civile et, tant que je vivrai, — de m’honorer comme ton roi et souverain, — et de ne jamais chercher, par trahison ou par hostilité, — à me renverser pour régner toi-même.

, descendant du trône.

York

— Je fais volontiers ce serment, et je le tiendrai.

, embrassant York.

Roi

— Puissiez-vous vivre longtemps, toi et tes fils précoces !

York

— Maintenant York et Lancastre sont réconciliés.

Exeter

— Maudit soit celui qui chercherait à les rendre ennemis !

Exeter

Symphonie. Les lords s’avancent.

York

— Adieu, mon gracieux lord, je pars pour mon château.

Warwick

— Et moi, je vais occuper Londres avec mes soldats.

Norfolk

— Et moi, je vais à Norfolk avec mes gens.

Montague

— Et moi, je retourne à la mer d’où je suis venu.

Montague

Sortent York et ses fils, Warwick, Norfolk. Montague, les soldats et la suite.

Roi Henry

— Et moi, le chagrin et la douleur au cœur, je retourne à la cour.

Exeter

— Voici la reine qui vient ; son visage trahit la colère ; — je me dérobe.

Roi Henry

Et moi aussi, Exeter.

Reine Marguerite

— Non, ne t’éloigne pas de moi ; je te suivrai.

Roi Henry

— Soyez calme, chère reine, je vais rester.

Prince

— Mon père, vous ne pouvez pas me déshériter. — Si vous êtes roi, pourquoi ne vous succéderais-je pas ?

Roi Henry

— Pardon, Marguerite ; pardon, cher fils ; — le comte de Warwick et le duc m’ont forcé.

Roi Henry

— Arrête, gente Marguerite, et écoute-moi parler.

Reine Marguerite

— Tu n’as déjà que trop parlé : va-t’en.

Roi Henry

— Mon gentil fils Édouard, toi, tu resteras avec moi ?

Reine Marguerite

— Oui, pour être assassiné par ses ennemis !

Prince

— Quand je reviendrai victorieux du champ de bataille, — je verrai Votre Grâce ; jusque-là je suivrai ma mère.

Reine Marguerite

— Allons, mon fils, en route ! nous ne devons pas nous attarder ainsi.

Reine Marguerite

Sortent la reine Marguerite et le prince.

Roi Henry

— Pauvre reine ! comme son amour pour moi et pour mon fils — l’a fait éclater en paroles furieuses ! — Puisse-t-elle être vengée de ce duc odieux — dont l’orgueil hautain sur les ailes de l’ambition — tourne autour de ma couronne, prêt, comme l’aigle affamé, — à se repaître de ma chair et de celle de mon fils. — La défection de ces trois lords tourmente mon cœur ; — je vais leur écrire et les adjurer amicalement. — Venez, cousin, vous serez le messager.

Exeter

Et moi, j’espère les réconcilier tous avec vous.

Exeter

Ils sortent.

Exeter

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Scène 2

Richard, Édouard, Montague, York, Un Messager, Messager

Le château de Sandal, près de Wakefield, dans le comté d’York.

Richard

— Frère, quoique je sois le plus jeune, laisse-moi parler.

Édouard

— Non, je saurai mieux que toi faire l’orateur.

Montague

— Mais j’ai des raisons fortes et irréfragables.

York

— Eh bien, qu’est-ce à dire ? mes fils et mon frère en dispute ! — Quelle est votre querelle ? Comment a-t-elle commencé ?

Édouard

— Ce n’est pas une querelle, c’est un léger débat.

York

Sur quoi ?

Richard

— Sur une chose qui intéresse Votre Grâce et nous : — la couronne d’Angleterre, mon père, qui vous appartient.

York

— À moi, mon enfant ? Non, pas avant que le roi Henry soit mort.

Richard

— Votre droit ne dépend pas de sa vie ni de sa mort.

York

— J’ai fait serment de le laisser régner en repos.

Édouard

— Mais on peut rompre un serment pour un royaume. — J’en romprais mille, moi, pour régner un an.

Richard

— Non, à Dieu ne plaise que Votre Grâce se parjure !

York

— Je me parjurerai, si je fais appel aux armes.

Richard

— Je vous prouverai que non, si vous voulez m’écouter.

York

— Tu ne le prouveras pas, mon fils ; c’est impossible.

Richard

— Un serment n’a de valeur que quand il est prêté devant un véritable et légitime magistrat — ayant autorité sur celui qui jure. — Henry n’en avait aucune sur vous, ayant occupé votre place ; — donc, puisque c’est lui qui a requis de vous l’engagement, — votre serment, milord, est vain et futile

Richard

. — Ainsi, aux armes. Et puis, mon père, songez seulement — quelle douce chose c’est de porter une couronne ! — Dans son cercle est un Élysée — avec toutes les délices et les joies rêvées par les poëtes ! — Pourquoi tardons-nous ainsi ? Je n’aurai pas de repos, — que la rose blanche que je porte ne soit teinte — dans le sang tiède du cœur de Henry.

Un Messager

— Mais arrêtez !… Quelles nouvelles ? Pourquoi viens-tu si précipitamment ?

Messager

— La reine, avec tous les comtes et les lords du Nord, — se prépare à vous assiéger ici dans votre château. — Elle approche avec vingt mille hommes ; — ainsi fortifiez votre position, milord.

York

— Oui, avec mon épée… Çà, crois-tu que nous les craignions ? — Édouard et Richard, vous resterez avec moi. — Mon frère Montague courra jusqu’à Londres : — que le noble Warwick, Cobham et les autres, — que nous avons laissés comme protecteurs près du roi, — se consolident par une puissante politique, — et ne se fient pas au simple Henry ni à ses serments !

Montague

— Frère, je pars ; je les déciderai, ne craignez rien ; — et sur ce je prends très-humblement, congé de vous.

Montague

Il sort.

York

— Sir John et sir Hugh Mortimer, mes oncles ! — Vous arrivez à Sandal au bon moment : — l’armée de la reine se prépare à nous assiéger.

York

— Quoi ! avec cinq mille hommes !

Richard

Oui, et avec cinq cents, père, s’il le faut, — Leur général est une femme ; qu’avons-nous à craindre ?

Richard

Marche militaire au loin.

Édouard

— J’entends leurs tambours ; rangeons nos hommes, — sortons et livrons-leur immédiatement bataille.

York

— Cinq contre vingt ! si grande que soit cette disproportion, — je ne doute pas, mon oncle, de notre victoire. — J’ai gagné en France plus d’une bataille — où les ennemis étaient dix contre un. — Pourquoi n/aurais-je pas aujourd’hui le même succès ?

York

Alarme. Ils sortent.

York

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Scène 3

Rutland, Clifford, Gouverneur

Une plaine près du château de Sandal ( 35 ) .

Rutland

— Ah ! où fuir pour échapper de leurs mains ? — Ah ! mon gouverneur ! voyez, voilà le sanguinaire Clifford.

Clifford

— Chapelain, va-t’en ! ta prêtrise sauve ta vie. — Quant au marmot de ce duc maudit, — son père a tué mon père : il mourra.

Gouverneur

— Et moi, milord, je lui tiendrai compagnie.

, montrant le gouverneur.

Gouverneur

— Ah ! Clifford ! ne tuez pas cet enfant innocent, — de peur d’être haï de Dieu et de l’humanité.

Gouverneur

Il sort traîné par des soldats.

, regardant Rutland.

Clifford

— Et quoi ! est-il déjà mort ? ou est-ce la peur — qui lui fait fermer les yeux ?… Je vais les lui ouvrir.

Rutland

— Ainsi le lion affamé regarde l’être misérable — qui tremble sous sa griffe vorace ; — et ainsi il vient insulter à sa proie ; — et ainsi il s’avance pour la mettre en lambeaux. — Ah ! bon Clifford, tue-moi avec ton épée, — et non d’un regard si cruellement menaçant. — Doux Clifford, écoute-moi avant que je meure. — Je suis pour ta fureur un sujet trop chétif ; — venge-toi sur des hommes, et laisse-moi vivre.

Clifford

— C’est en vain que tu parles, pauvre enfant ; le sang de mon père — a fermé l’issue où devraient pénétrer tes paroles.

Rutland

— Eh bien ! que le sang de mon père la rouvre : — c’est un homme, lui ; Clifford, mesure-toi avec lui.

Clifford

— Eussé-je ici tes frères, leurs vies et la tienne — ne suffiraient pas à ma vengeance ; — non, quand j’aurais fouillé les tombeaux de tes ancêtres — et pendu à des chaînes leurs cadavres pourris, — mon courroux ne serait pas éteint, ni mon cœur soulagé. — La vue de quelqu’un de la maison d’York — est une furie qui tourmente mon âme. — Et jusqu’à ce que j’aie extirpé cette race maudite, — sans en laisser un seul vivant, je vis en enfer. — Donc…

Clifford

Il lève le bras.

Clifford

— Toute la pitié qu’il y a dans la pointe de mon épée.

Rutland

— Je ne t’ai jamais fait de mal : pourquoi veux-tu me tuer ?

Clifford

— Ton père m’en a fait.

Rutland

Mais c’était avant que je fusse né. — Tu as un fils ; au nom de ce fils, aie pitié de moi, — de peur qu’en expiation, comme Dieu est juste, — il ne soit assassiné aussi misérablement que moi. — Ah ! laisse-moi vivre en prison tous mes jours ; — et si je te donne aucun sujet de colère, — alors fais-moi mourir ; car maintenant tu n’as aucun motif.

Clifford

Aucun motif ! — Ton père a tué mon père : donc meurs.

Clifford

Il poignarde Rutland.

Rutland

Dii faciant, laudis summa sit ista tuœ !

Rutland

Il meurt.

Clifford

— Plantagenet ! j’arrive, Plantagenet ! — Le sang de ton fils figé sur mon épée — en rouillera la lame jusqu’à ce que ton sang — s’y coagule avec lui et que je les essuie tous deux.

Clifford

Il sort.

Clifford

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Scène 4

York, Reine Marguerite, Northumberland, Clifford

Même lieu.

York

Courte fanfare d’alarme.

York

— Ah ! écoutons ! le persécuteur fatal nous poursuit ; — et je suis trop défaillant pour pouvoir fuir sa furie ; — d’ailleurs, eussé-je toutes mes forces, je ne l’éviterais pas. — Les grains de sable qui mesurent ma vie sont comptés. — Ici je dois demeurer, et ici ma vie doit finir.

Reine Marguerite

— Venez, sanguinaire Clifford, farouche Northumberland ; — je défie votre inépuisable fureur à un surcroît de frénésie ; — je suis votre cible, et j’attends vos coups.

Northumberland

— Rends-toi à notre merci, fier Plantagenet.

York

— Mes cendres, comme celles du phénix, peuvent produire — un oiseau qui me vengera de vous tous : — dans cet espoir, je jette les yeux vers le ciel, — en me moquant de tout ce que vous pouvez m’infliger. — Pourquoi n’avancez-vous pas ? Quoi ! être une multitude et avoir peur !

Clifford

— Ainsi combattent les couards, quand ils ne peuvent plus fuir ; — ainsi les colombes mordent les serres déchirantes du faucon ; — ainsi les voleurs condamnés, désespérant de vivre, — exhalent l’invective contre les recors.

York

— Oh ! Clifford, recueille-toi un moment, — et rappelle à ton souvenir mon passé ; — puis, si tu le peux sans rougir, regarde-moi en face, — et mords ta langue qui accuse de lâcheté l’homme — dont un regard menaçant te faisait défaillir et fuir.

Clifford

— Je ne veux pas faire assaut de paroles avec toi ; — je veux lutter corps à corps et rendre quatre coups pour un.

Clifford

Il dégaine.

Reine Marguerite

— Arrête, vaillant Clifford ! pour mille raisons, — je désire prolonger un peu la vie du traître. — La fureur le rend sourd ; parle-lui, Northumberland.

Northumberland

Ils empoignent York, qui se débat.

Clifford

— Oui, oui, ainsi le coq de bruyère se débat dans le trébuchet.

Northumberland

— Ainsi le lapin se démène dans le filet.

Northumberland

York est fait prisonnier.

York

— Ainsi les voleurs triomphent du butin conquis ; — ainsi l’honnête homme succombe, accablé par les brigands.

, à la reine.

Northumberland

— Maintenant qu’est-ce que Votre Grâce veut faire de lui ?

Reine Marguerite

Elle lui met sur la tête une couronne de papier.

Reine Marguerite

— Eh ! ma foi, messieurs, il a l’air d’un roi maintenant ! — Oui-dà, voilà celui qui occupait le trône du roi Henry, — voilà celui qui était son héritier d’adoption… — Mais comment se fait-il que le grand Plantagenet — soit couronné si tôt et viole son serment solennel ? — Si je ne me trompe, vous ne deviez être roi — que quand Henry aurait donné la main à la mort. — Et vous ceignez ainsi votre tête de l’auréole de Henry, — et vous frustrez son front du diadème, — lui vivant, au mépris de votre serment sacré ! — Oh ! c’est un crime trop, bien trop impardonnable ! — À bas cette couronne ! et, avec cette couronne, à bas cette tête ! — Que le temps qui nous suffit à respirer suffise à le mettre à mort !

Clifford

— Je réclame cet office, en souvenir de mon père.

Reine Marguerite

— Non, arrêtez !… Écoutons-le faire ses oraisons.

York

— Son visage, à lui, les cannibales affamés — ne l’auraient pas touché, ne l’auraient pas ensanglanté ; — mais vous êtes plus inhumains, plus inexorables, — oh ! dix fois plus !… que les tigres d’Hyrcanie. — Vois, reine insensible, les larmes d’un père désolé. — Ce linge, tu l’as trempé dans le sang de mon doux enfant, — mais, moi, j’en lave le sang avec mes larmes. — Reprends ce mouchoir, et va te vanter de ceci.

York

Il lui rend le mouchoir.

York

— Et, si tu racontes exactement la lamentable histoire, — sur mon âme, les auditeurs verseront des larmes. — Oui, mes ennemis même verseront des larmes à flot, — et diront : Hélas ! ce fut une pitoyable action ! — Tiens, prends cette couronne, et, avec cette couronne, ma malédiction ! — Et puisses-tu, dans ta détresse, trouver la consolation — que je recueille maintenant de ta trop cruelle main ! — Implacable Clifford, enlève-moi de ce monde. — Mon âme au ciel, mon sang sur vos têtes !

Northumberland

— Eût-il massacré toute ma famille, — je ne pourrais pas m’empêcher de pleurer avec lui, — en voyant quelle douleur poignante étreint son âme.

Reine Marguerite

— Quoi ! vous en êtes à larmoyer, milord Northumberland ? — Songez seulement au mal qu’il nous a fait, — et cela aura bientôt séché vos pleurs.

Clifford

— Voilà pour mon serment, voilà pour la mort de mon père.

Clifford

Il poignarde York.

Reine Marguerite

— Et voici pour venger notre excellent roi.

Reine Marguerite

Elle le poignarde.

York

Il meurt

York

.

Reine Marguerite

— Tranchez-lui la tête, et placez-la sur les portes d’York, — en sorte qu’York domine la ville d’York.

Reine Marguerite

Ils sortent.

Reine Marguerite

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Scène 5

Édouard, Richard, Messager, Warwick

Une plaine près de la Croix de Mortimer, dans le comté d’Hereford.

Édouard

— Je me demande comment notre auguste père s’est échappé : — a-t-il pu, ou non, échapper — à la poursuite de Clifford et de Northumberland ? — S’il avait été pris, nous en aurions ouï la nouvelle. — S’il avait été tué, nous en aurions ouï la nouvelle. — Mais s’il avait échappé, il me semble que nous aurions reçu — l’heureux avis de sa bonne délivrance… — Comment se trouve mon frère ? pourquoi est-il si triste ?

Édouard

— Mes yeux ont-ils un éblouissement, ou vois-je en effet trois soleils

Édouard

?

Richard

— Trois splendides soleils, chacun parfaitement distinct, — non pas séparés par des nuées tumultueuses, — mais espacés sur un ciel pâle et clair. — Voyez, voyez, ils se joignent, se serrent et semblent se baiser, — comme s’ils juraient une ligue inviolable. — Maintenant ils ne forment plus qu’une lampe, qu’une lumière, qu’un soleil. — En ceci le ciel figure quelque événement.

Édouard

— C’est prodigieusement étrange et tout à fait inouï — Je crois, frère, que le ciel nous appelle ainsi à une nouvelle campagne : — il veut que nous, les fils du brave Plantagenet, — déjà brillants par nos mérites distincts, — nous confondions ensemble nos lumières — pour resplendir sur la terre, comme ce soleil sur le monde. — Quel que soit, ce présage, je veux désormais porter — sur mon écu trois soleils éclatants.

Richard

— Non, portez plutôt trois lunes ; permettez-moi de vous dire, — vous aimez mieux les femelles que les mâles.

Messager

— Mais qui es-tu, toi dont l’air accablé annonce — quelque terrible histoire suspendue à tes lèvres ?

Édouard

— Oh ! ne parle plus, j’en ai trop entendu.

Richard

— Dis comment il est mort, car je veux tout entendre.

Messager

— Il était environné d’une foule d’ennemis — et luttait contre eux, comme le héros, espoir de Troie, — contre les Grecs qui voulaient entrer dans Troie. — Mais Hercule lui-même doit succomber au nombre ; — et les coups multipliés d’une petite hache — tranchent et abattent le chêne le plus dur. — Votre père a été maîtrisé par une foule de mains, — mais il n’a été égorgé que par le bras furieux — de l’impitoyable Clifford et par celui de la reine. — Elle a couronné le gracieux duc par une amère dérision ; — elle lui a ri à la face ; et, quand il pleurait de douleur, — cette reine implacable lui a donné, pour essuyer ses joues, — un mouchoir trempé dans le sang innocent — de ce doux jeune Rutland, assassiné par le brutal Clifford, — et, après maintes insultes et maints outrages noirs, — ils ont abattu sa tête, et l’ont placée — sur les portes d’York, où elle est restée, — lugubre spectacle, le plus lugubre que j’aie jamais vu !

Richard

— Je ne puis pleurer ; car toutes les larmes de mon corps — ne sauraient éteindre la fournaise ardente de mon cœur ; — et ma langue ne peut alléger le lourd fardeau de mon cœur. — Le souffle même nécessaire à chaque parole — attiserait les charbons qui brûlent dans mon sein — et y activerait l’incendie que les larmes essaieraient d’éteindre… — Pleurer, c’est rendre la douleur moins profonde : — aux enfants donc les larmes, à moi la lutte et la vengeance ! — Richard, je porte ton nom, je veux venger ta mort, — ou mourir glorieux en le tentant.

Édouard

— Ce vaillant duc t’a laissé son nom ; — il m’a laissé, à moi, son duché et son siége.

Richard

— Ah ! si tu es bien l’aiglon de cet aigle princier, — prouve ta race en regardant fixement le soleil. — Son siége et son duché, dis-tu ? Dis donc son trône et son royaume : — tous deux sont à toi, ou toi tu n’es pas de lui !

Warwick

— Eh bien, beaux lords, où en êtes-vous ? quelles nouvelles ?

Richard

— Grand lord de Warwick, s’il nous fallait conter — nos lamentables nouvelles, et, à chaque mot, — enfoncer un poignard dans notre chair jusqu’à ce que tout fût dit, — les paroles nous causeraient plus d’angoisses que les blessures. — Ô vaillant lord, le duc d’York est tué.

Édouard

— Ou est le duc de Norfolk, cher Warwick ? — Et quand George est-il revenu de Bourgogne en Angleterre ?

Warwick

— Le duc est à six milles d’ici environ avec ses soldats. — Et quant à votre frère, il vient de nous être envoyé — par votre bonne tante, la duchesse de Bourgogne, — avec un renfort de soldats bien nécessaire pour cette campagne.

Richard

— La partie a dû être bien inégale, pour que le vaillant Warwick ait fui. — Je lui ai souvent entendu attribuer l’honneur d’une poursuite, — mais jamais jusqu’aujourd’hui l’humiliation d’une retraite.

Warwick

— Et ce n’est pas mon humiliation que tu apprends aujourd’hui, Richard. — Car tu verras que j’ai le bras droit assez fort — pour enlever le diadème de la tête du faible Henry — et arracher de sa main le sceptre redoutable, — fût-il aussi illustre pour sa hardiesse en guerre — qu’il est fameux pour sa douceur, sa tranquillité et sa piété.

Warwick

— Eh ! c’est pour cela que Warwick est venu vous chercher ; — c’est pour cela que vient mon frère Montague. — Attention, milords. L’altière et insolente reine, — de concert avec Clifford, le hautain Northumberland, — et maints autres fiers oiseaux de la même volée, — a pétri le flexible roi comme une cire. — Il avait juré que vous seriez son successeur ; — son serment est enregistré au parlement ; — eh bien, toute la bande est allée à Londres — pour annuler ce serment et tout — ce qui peut faire obstacle à la maison de Laucastre. — Leurs forces s’élèvent, je crois, à trente mille hommes. — Maintenant, si le contingent de Norfolk et le mien, — et tous les partisans que toi, brave comte de March, — tu peux te procurer parmi les fidèles Gallois, — peuvent porter notre armée seulement à vingt-cinq mille hommes, — en avant ! Nous marchons droit sur Londres, — et, montant une fois encore nos destriers écumants, — nous nous écrions une fois encore : Sus à l’ennemi ! — bien résolus cette fois à ne plus reculer ni fuir.

Richard

— Oui, à présent, c’est bien le grand Warwick que j’entends parler. — Puisse-t-il ne plus jamais voir un jour de soleil — celui qui réclamera la retraite, quand Warwick lui ordonnera de tenir !

Édouard

— Lord Warwick, c’est sur ton épaule que j’entends m’appuyer ; — et si tu tombes, ce qu’à Dieu ne plaise, — il faudra, le ciel m’en préserve ! qu’Édouard tombe aussi.

Richard

— Ah ! Clifford, ton cœur fût-il dur comme l’acier, —

tu as prouvé par tes actes qu’il est de pierre

Richard

, — je cours le percer, ou te livrer le mien.

Édouard

— Battez donc, tambours. Que Dieu et saint Georges soient pour nous !

Warwick

— Eh bien ! quelles nouvelles ?

Messager

— Le duc de Norfolk m’envoie vous dire — que la reine s’avance avec une puissante armée : — il implore votre compagnie pour une prompte délibération.

Warwick

— Tout va donc à souhait ; braves guerriers, partons.

Warwick

Ils sortent.

Warwick

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Scène 6

Reine Marguerite, Roi Henry, Prince De Galles, Clifford, Northumberland, Édouard, Richard, Warwick, George

Devant York.

, au roi.

Reine Marguerite

— Soyez le bienvenu, milord, dans cette bonne ville d’York. — Là est la tête de cet ennemi acharné — qui a tenté de ceindre votre couronne. — Est-ce que ce spectacle ne vous réjouit pas le cœur, milord ?

Roi Henry

— Clifford s’est montré parfait orateur, — en invoquant des arguments d’une grande force. — Mais, Clifford, dis-moi, n’as-tu jamais ouï dire — qu’un bien mal acquis ne profite jamais ? — Est-il toujours heureux le fils — dont le père a gagné l’enfer à force de thésauriser

Roi Henry

? — Je léguerai à mon fils mes bonnes actions ; — et plût au ciel que mon père ne m’eût rien légué de plus ! — Car tous les autres biens s’achètent à trop haut prix : on a mille fois plus de peine à les conserver — que de plaisir à les posséder. — Ah ! cousin York ! si tes meilleurs amis savaient — combien je suis désolé que ta tête soit là !

Reine Marguerite

— Milord, relevez vos esprits ; nos ennemis sont proches, — et la mollesse de votre courage fait fléchir vos partisans. — Vous avez promis la chevalerie à notre fils précoce ; dégainez votre épée, et armez-le sur-le-champ. — Édouard, à genoux !

Roi Henry

— Édouard Plantagenet, relève-toi chevalier, — et retiens cette leçon, tire l’épée pour le droit.

Prince De Galles

— Mon gracieux père, avec votre royale permission, — je la tirerai comme héritier présomptif de la couronne, — et dans cette querelle je l’emploierai jusqu’à la mort.

Clifford

— Eh ! c’est parler en prince capable.

, au roi.

Clifford

— Je souhaiterais que Votre Altesse voulût quitter le champ de bataille ; — la reine a meilleur succès quand vous êtes absent.

Reine Marguerite

— Oui, mon bon seigneur ; laissez-nous à notre fortune.

Roi Henry

— Eh ! votre fortune est aussi la mienne ; donc je reste.

Northumberland

— Que ce soit donc avec la résolution de combattre.

Prince De Galles

— Mon royal père, encouragez donc ces nobles lords, — et animez ceux qui combattent pour votre défense. — Tirez l’épée, bon père, et criez : Saint Georges !

Édouard

— Eh bien, parjure Henry, veux-tu demander grâce à genoux, — et mettre ton diadème sur ma tête, — ou affronter les mortels hasards d’un combat ?

Reine Marguerite

— Va tancer tes mignons, insolent marmouset ! — Il te sied bien de tenir un langage aussi hardi — devant ton souverain, ton roi légitime !

Clifford

Et c’est avec raison : — qui doit succéder au père, si ce n’est le fils !

Richard

— Vous êtes donc là, boucher ?… Oh ! je ne puis parler.

Clifford

— Oui, bossu : me voici pour te répondre, à toi, — et à tous les insolents de ta sorte.

Richard

— C’est vous qui avez tué le jeune Rutland, n’est-ce pas ?

Clifford

— Oui, et le vieux York, et je ne suis pas encore satisfait.

Richard

— Au nom du ciel, milords, donnez le signal du combat.

Warwick

— Que dis-tu, Henry ? veux-tu céder la couronne ?

Reine Marguerite

— Oui-dà, vous avez la langue bien longue, Warwick ! vous osez parler ! — La dernière fois que vous et moi nous sommes rencontrés à Saint-Albans, — vos jambes ont fait plus de service que vos bras.

Warwick

— Alors c’était mon tour de fuir ; aujourd’hui c’est le tien.

Clifford

— Vous en disiez autant naguère, et vous n’en avez pas moins fui.

Northumberland

— Et ce n’est pas votre vaillance qui vous a donné l’énergie de tenir ferme.

Richard

— Northumberland, toi, je te respecte… — Brisons ce pourparler ; car je puis à peine contenir — l’explosion de mon cœur gonflé — contre ce Clifford, ce cruel tueur d’enfants.

Clifford

— J’ai tué ton père ; le tiens-tu pour un enfant ?

Richard

— Oui, tu l’as assassiné en lâche et en traître, — comme tu as assassiné notre tendre frère Rutland. — Mais, avant le coucher du soleil, je te ferai maudire cette action.

Roi Henry

— Finissez, milords, et écoutez-moi.

Reine Marguerite

— Défie-les donc, ou reste bouche close.

Roi Henry

— N’assigne pas, je te prie, de limites à ma langue. — Je suis roi, et j’ai toute liberté de parler.

Clifford

— Mon suzerain, la plaie qui a provoqué cette réunion — ne peut être guérie par des paroles ; gardez donc le silence.

Richard

— Dégaine donc, bourreau. — Par Celui qui nous créa tous, je suis convaincu — que tout le courage de Clifford est dans sa langue.

Warwick

— Si tu la refuses, que leur sang retombe sur ta tête ! — Car c’est pour la justice qu’York revêt son armure.

Prince De Galles

— Si ce que Warwick dit être juste est juste, — il n’y a plus d’injustice ; tout est juste.

, montrant la reine.

Richard

— Quel que soit ton père, voilà bien ta mère ; — car, je le vois bien, tu as la langue de ta mère.

Reine Marguerite

— Mais toi, tu ne ressembles ni à ton papa, ni à ta maman ; — tu es un monstre que la difformité stigmatise, — marqué par le destin pour être évité, — comme le crapaud venimeux ou le lézard au dard redoutable.

Richard

— Fer de Naples que couvre une dorure anglaise, — toi dont le père porte le titre de roi, — comme si un ruisseau s’appelait l’Océan, — n’as-tu pas honte, sachant ton extraction, — de trahir par ton langage la bassesse native de ton cœur ?

George

— Mais quand, nos rayons ayant fait ton printemps, nous avons vu — que ton été restait stérile pour nous, — nous avons mis la hache à ta racine usurpatrice ; — et, bien que le tranchant nous ait parfois blessés nous-mêmes, — sache pourtant qu’ayant commencé à frapper, — nous ne te lâcherons que quand nous t’aurons abattue — ou quand nous aurons arrosé ta grandeur croissante de notre sang brûlant.

Édouard

— Et c’est dans cette résolution que je te défie, — ne voulant plus prolonger cette conférence, — puisque tu empêches le doux roi de parler. — Sonnez, trompettes ! Faites onduler nos sanguinaires drapeaux ! — Ou la victoire ou la tombe !

Reine Marguerite

Arrête, Édouard.

Édouard

— Non femme querelleuse ; nous n’arrêterons pas un moment de plus. — Tes paroles vont coûter aujourd’hui dix mille vies.

Édouard

Ils sortent.

Édouard

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Scène 7

Édouard, Warwick, George, Richard

Un champ de bataille entre Towton et Saxton, dans l’Yorkshire.

Édouard

— Souris, ciel clément ! ou frappe, mort inclémente ! — Car tout s’assombrit, et le soleil d’Édouard se couvre de nuages.

Warwick

— Eh bien, milord ? quel est notre sort ? Quelle espérance nous reste-t-il ?

George

— Notre sort, c’est le désastre ; notre espérance, c’est le triste désespoir. — Nos rangs sont rompus, et la ruine nous poursuit. — Quel conseil donnez-vous ? Où fuirons-nous ?

Édouard

— La fuite est inutile ; ils ont des ailes pour nous poursuivre ; — et, affaiblis comme nous le sommes, nous ne pouvons leur échapper.

Richard

— Ah ! Warwick ! pourquoi t’es-tu retiré ? — La terre altérée a bu le sang de ton frère, — qu’a fait ruisseler la pointe acérée de la lance de Cliffort ; — dans les angoisses même de l’agonie, — il criait d’une voix lugubre comme un tocsin lointain : — Warwick, venge-moi ! frère, venge ma mort ! — Et ainsi, sous le ventre des chevaux ennemis — qui trempaient leurs fanons dans son sang fumant, — le noble gentilhomme a rendu l’âme.

Édouard

— Ô Warwick ! je plie mon genou avec le tien, — et dans ce vœu j’enchaîne mon âme à la tienne… — Avant que mon genou se détache de la froide surface de la terre, — j’élève mes mains, mes yeux, mon cœur vers Toi, — faiseur et destructeur de rois, — te suppliant, si c’est ta volonté — que ce corps soit la proie de mes ennemis, — d’ouvrir les portes de bronze du ciel — et d’accorder un doux accès à mon âme pécheresse ! — Maintenant, milords, disons-nous adieu jusqu’à ce que nous nous retrouvions, — soit au ciel, soit sur la terre !

Richard

— Frère, donne-moi ta main ; et toi, cher Warwick, — laisse-moi t’étreindre dans mes bras fatigués. — Moi qui n’ai jamais pleuré, je fonds en larmes maintenant — en voyant l’hiver si vite couper court à notre printemps.

Warwick

— Partons, partons ! Encore une fois, chers seigneurs, adieu.

George

Ils sortent.

George

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Scène 8

Richard, Clifford

Une autre partie du champ de bataille.

Richard

— Enfin, Clifford, je te tiens. — Imagine que ce bras est pour le duc d’York, — et celui-ci pour Rutland, tous deux destinés à les venger, — quand tu serais environné d’un mur de bronze.

Clifford

— Enfin, Richard, je suis face à face avec toi. — Voici la main qui poignarda ton père York, — et voici celle qui tua ton frère Rutland, — et voici le cœur qui triomphe de leur mort, — encourageant ces mains, qui tuèrent ton père et ton frère, — à t’exécuter de même ; — ainsi, à toi !

Richard

— Non, Warwick ! choisis un autre gibier ; — car je veux moi-même chasser ce loup à mort.

Richard

Ils sortent.

Richard

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Scène 9

Fils, Père, Roi Henry, Prince De Galles, Exeter, Clifford, Édouard, Warwick, Richard, George

Un terrain accidenté aux abords du champ de bataille.

Fils

— Mauvais est le vent qui ne profite à personne. — Cet homme que j’ai tué dans un combat corps à corps, — a peut-être sur lui quelques écus ; — et moi, qui ai la chance de les lui prendre en ce moment, — peut-être avant la nuit les céderai-je avec ma vie — à quelque autre, comme ce mort me les cède… — Que vois-je ! Grand Dieu ! c’est la figure de mon père, — qu’à mon insu j’ai tué dans ce conflit. — Ô temps désastreux qui enfantent de tels événements ! — Moi, j’ai été pressé à Londres par le roi ; — mon père, étant des gens du comte de Warwick, — s’est trouvé dans le parti d’York, pressé par son maître ; — et moi, qui ai reçu de lui la vie, — je la lui ai enlevée de mes propres mains. — Pardonnez-moi, mon Dieu ! je ne savais ce que je faisais ! — Et toi, mon père, pardon ! Car je ne t’ai pas reconnu ! — Mes larmes laveront ces marques sanglantes ; — taisons-nous jusqu’à ce qu’elles aient coulé à satiété.

Père

— Ô toi qui m’as si énergiquement résisté, — donne-moi ton or, si tu as de l’or ; — car je l’ai acheté au prix de cent coups. — Mais voyons… est-ce là le visage de mon ennemi ? — Oh ! non, non, non ! C’est mon fils unique ! — Ah ! mon enfant, s’il te reste encore quelque vie, — lève les yeux… Vois, vois, quelle pluie de larmes tombe, — chassée par les orages de mon cœur, — sur tes blessures qui me crèvent les yeux et le cœur ! — Oh ! ayez pitié, mon Dieu, de cet âge misérable ! — Que de forfaits cruels, sanglants, — erronés, révoltants, monstrueux, — engendre chaque jour cette meurtrière querelle ! — Ô mon enfant, ton père t’a donné la vie trop tôt, — et te l’a enlevée pour t’avoir reconnu trop tard.

Roi Henry

— Désastres sur désastres ! douleurs au-dessus des communes douleurs ! — Oh ! si ma mort pouvait mettre fin à ces actes lamentables ! — Oh ! pitié, pitié ! ciel clément, pitié ! — Je vois sur ce visage la rose rouge et la rose blanche, — fatales couleurs de nos maisons rivales : — ce sang a toute la pourpre de l’une ; — cette joue a bien, il me semble, toute la pâleur de l’autre. — Que l’une des deux roses se flétrisse et laisse l’autre fleurir ! — Si vous continuez à lutter, des milliers de vie devront se flétrir.

Père

— Quelle incessante mer de larmes versera ma femme — sur la mort de mon fils !

Roi Henry

— Quels incessants ressentiments le pays — concevra contre son roi après toutes ces catastrophes !

Fils

— Jamais fils fut-il aussi navré de la mort de son père ?

Père

— Jamais père pleura-t-il autant son fils ?

Roi Henry

— Jamais roi fut-il aussi affligé du malheur de ses sujets ? — Grande est votre douleur ; la mienne l’est dix fois plus.

Fils

— Je vais t’emporter d’ici pour pouvoir pleurer à satiété.

Fils

Il sort emportant le cadavre de son père

Fils

.

Père

— Mes bras seront ton linceul ; — mon cœur, cher enfant, sera ton sépulcre ; — car jamais ton image ne sortira de mon cœur ; — mes soupirs seront ton glas funéraire ; — et ton père te regrettera, — te pleurera tout autant, toi, son unique enfant, — que Priam pleura tous ses vaillants fils. — Je vais t’emporter d’ici, et abandonner la lutte à qui voudra. — Car j’ai donné le coup de mort où je ne le devais pas.

Père

Il sort emportant le corps de son fils.

Prince De Galles

— Fuyez, père, fuyez ! car tous vos amis sont en fuite, — et Warwick fait rage comme un taureau exaspéré. — Partons ! car la mort est à notre poursuite.

Exeter

— Fuyons ! car la vengeance les accompagne. — Non, ne perdez pas le temps en remontrances, dépêchez-vous ; — ou bien suivez-moi, je vais en avant.

Roi Henry

— Non, emmène-moi avec toi, mon doux Exeter ; — ce n’est pas que je craigne de rester ici, mais j’aime à aller — où il plaît à la reine. En avant, partons.

Roi Henry

Ils sortent.

Clifford

Il s’évanouit.

Clifford

{{HhakD|Fanfare d’alarme et retraite. Entrent Édouard , George , Richard , Montague , Warwick et des soldats.}

Édouard

— Maintenant respirons, milords ; notre bonne fortune nous permet un peu de repos — et déride le front de la guerre avec le sourire de la paix. — Des troupes sont à la poursuite de cette reine sanguinaire — qui conduisait le tranquille Henry, tout roi qu’il était, — comme une voile, gonflée par une violente rafale, — force un galion à fendre les vagues. — Mais croyez-vous, milords, que Clifford ait fui avec eux ?

Warwick

— Non, il est impossible qu’il ait échappé : — car, je ne crains pas de le déclarer en sa présence, — votre frère Richard l’a marqué pour la tombe ; — et, où qu’il soit, il est sûrement mort.

Warwick

Clifford pousse un gémissement et meurt.

Édouard

— Quel est celui dont l’âme prend son triste congé ?

Édouard

— Voyez qui c’est : et, maintenant que la bataille est finie, — ami ou ennemi, qu’il soit traité avec douceur.

Richard

— Révoque cet arrêt de clémence ; car c’est Clifford, — Clifford qui, non content de couper la branche — à peine bourgeonnante en abattant Rutland, — a frappé de son couteau meurtrier la racine même — d’où avait gracieusement jailli cette tendre tige, — je veux dire notre auguste père le duc d’York.

Warwick

— Faites retirer des portes d’York — la tête de votre père que Clifford y avait fixée, — et mettre à sa place celle de Clifford ; il faut rendre à l’ennemi mesure pour mesure.

Édouard

— Qu’on apporte ce hibou fatal à notre maison, — qui nous persécutait, nous et les nôtres, de son chant de mort. — Désormais la mort étouffera son cri lugubre et menaçant, — et sa voix ne se fera plus entendre.

Édouard

On apporte le corps de Clifford.

Warwick

— Je crois qu’il a perdu connaissance… — Parle, Clifford, sais-tu qui te parle ? — La sombre nuée de la mort obscurcit les rayons de sa vie : — il ne nous voit pas, et il n’entend pas ce que nous disons.

Richard

— Oh ! que je le regrette !… Mais peut-être entend-il, — et n’est-ce qu’une ruse habile — pour se soustraire aux avanies amères — qu’il a prodiguées à notre père mourant.

George

— Si tu le crois, tourmente-le de paroles acerbes.

Édouard

— Clifford, repens-toi par une inutile pénitence.

Warwick

— Clifford, invente des excuses pour tes forfaits.

George

— Tandis que pour tes forfaits nous inventerons d’horribles tortures.

Richard

— Tu as aimé York, et je suis fils d’York.

Édouard

— Tu as eu pitié de Rutland, j’aurai pitié de toi.

George

— Où est donc le capitaine Marguerite, pour vous défendre maintenant ?

Warwick

— Ils se moquent de toi, Clifford ! réplique-leur par ton juron habituel.

Richard

— Quoi ! pas un juron ! certes, cela va mal, — quand Clifford n’a pas une imprécation en réserve pour ses amis. — À cela je vois qu’il est mort ; sur mon âme, — si, afin de le railler tout à mon aise, — je pouvais lui acheter deux heures de vie au prix de ma main droite, — je la couperais avec cette main-ci, et avec le sang qui jaillirait — je suffoquerais l’infâme dont York et le jeune Rutland n’ont pu satisfaire la soif inextinguible.

Warwick

— Oui, mais il est mort : qu’on coupe la tête du traître, — et qu’on la fixe à la place de celle de votre père…

Warwick

À Édouard.

Édouard

— Qu’il en soit comme tu voudras, cher Warwick. — C’est sur ton épaule que je veux appuyer mon trône ; — et j’entends ne jamais rien entreprendre — sans ton conseil et ton consentement. — Richard, je vais te créer duc de Glocester ; — et toi, George, duc de Clarence… Pour Warwick, il pourra, comme nous-même, — faire et défaire selon son bon plaisir.

Richard

— Que je sois plutôt duc de Clarence, et George duc de Glocester ; — car le duché de Glocester est par trop funeste

Richard

.

Warwick

— Bah ! c’est une objection puérile ; — Richard, sois duc de Glocester. Maintenant allons à Londres — prendre possession de ces honneurs.

Warwick

Ils sortent.

Warwick

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Scène 10

Deuxième Garde-chasse, Premier Garde-chasse, Roi Henry

Un bois dans le nord de l’Angleterre.

Deuxième Garde-chasse

— Je vais me poster au haut de la côte, en sorte que nous puissions tirer tous deux.

Premier Garde-chasse

— Ça ne se peut pas ; le bruit de ton arbalète — effarouchera la bande, et mon coup sera perdu — Embusquons-nous tous deux ici, et visons le plus beau ; — et, pour que le temps ne te semble pas trop long, — je te conterai ce qui m’est arrivé un jour, — à cette même place où nous allons nous embusquer.

Deuxième Garde-chasse

— Voici un homme qui vient : attendons qu’il soit passé.

Roi Henry

— Je me suis dérobé de l’Écosse par pur amour de la patrie, — pour saluer mon pays d’un sympathique regard. — Non, Harry, Harry, ce pays n’est plus à toi. — Ta place est occupée, ton sceptre est arraché de tes mains, — le baume dont tu étais oint est effacé. — Désormais nul genou plié ne te proclamera César, — nul humble solliciteur ne s’empressera pour t’exposer ses droits ; — non, nul ne viendra te demander justice, — car comment pourrais-tu aider autrui, ne pouvant t’aider toi-même ?

, à part.

Premier Garde-chasse

— Eh ! voici un daim dont la peau est une fortune pour un garde-chasse ; — c’est le ci-devant roi ; saisissons-le.

Roi Henry

— Embrassons cette amère adversité ; — car les sages disent que c’est le parti le plus sage.

, à part.

Deuxième Garde-chasse

— Pourquoi hésitons-nous ? mettons la main sur lui.

, à part.

Roi Henry

— Ma reine et mon fils sont allés en France chercher du secours ; — et, à ce que j’apprends, le puissant capitaine Warwick — y est allé aussi demander la sœur du roi de France — pour la marier à Édouard. Si cette nouvelle est vraie, — pauvre reine, pauvre fils, vous perdez vos peines ; — car Warwick est un orateur subtil, — et Louis un prince aisément gagné par d’émouvantes paroles. — À ce compte-là Marguerite pourrait bien aussi le gagner ; — car c’est une femme fort digne de pitié ; — ses soupirs feront une brèche dans le cœur du roi ; — ses larmes pénétreraient un sein de marbre ; — le tigre serait attendri, quand elle sanglote ; — et Néron serait touché de compassion, — rien qu’à entendre ses plaintes, à voir ses larmes amères. — Oui, mais elle vient pour demander ; Warwick, pour donner. — Elle, à la gauche du roi, implore du secours pour Henry ; — lui, à la droite, demande une femme pour Édouard. — Elle pleure, et dit que son Henry est déposé ; — il sourit, et dit que son Édouard est couronné. — Elle, pauvre malheureuse, la douleur l’empêche de parler, — tandis que Warwick proclame le titre d’Édouard, pallie ses torts, — invoque des arguments d’un puissant effet, — et, en conclusion, l’emporte sur Marguerite auprès du roi, — en obtenant de lui sa sœur avec maints subsides — pour affermir et consolider le roi Édouard sur le trône. — Ô Marguerite, voilà ce qui arrivera ; et toi, pauvre âme, — tu seras abandonnée, étant venue délaissée.

Deuxième Garde-chasse

— Réponds, qui es-tu, toi qui parles de rois et de reines ?

Deuxième Garde-chasse

— Oui, mais tu parles comme si tu étais roi.

Roi Henry

— Eh bien, je le suis en imagination, et cela suffit.

Deuxième Garde-chasse

— Mais, si tu es roi, où est ta couronne ?

Roi Henry

— Ma couronne est dans mon cœur, et non sur ma tête ; — elle n’est pas ornée de diamants ni de pierreries indiennes ; — elle n’est pas visible : ma couronne s’appelle résignation ; — une couronne que rarement les rois possèdent !

Deuxième Garde-chasse

— Eh bien, si vous êtes un roi couronné de résignation, — votre couronne de résignation et vous, il faut que vous vous résigniez — à nous suivre ; car, à ce que nous croyons, — vous êtes le roi que le roi Édouard a déposé ; et nous, ses sujets, lui ayant fait serment d’allégeance, — nous vous appréhendons comme son ennemi.

Roi Henry

— Mais ne vous est-il jamais arrivé de faire un serment et de le violer ?

Deuxième Garde-chasse

— Non, un pareil serment, jamais, et nous ne commencerons pas aujourd’hui.

Roi Henry

— Où habitiez-vous quand j’étais roi d’Angleterre ?

Deuxième Garde-chasse

— Ici, en ce pays où nous demeurons aujourd’hui.

Premier Garde-chasse

Non ; — car nous n’avons été vos sujets que tant que vous avez été roi.

Roi Henry

— Quoi ! suis-je mort ? Est-ce que je n’ai plus souffle d’homme ? — Ah ! hommes simples, vous ne savez ce que vous jurez. — Voyez cette plume que mon souffle écarte de mon visage — et qu’un souffle d’air me renvoie ; — elle obéit à mon souffle, — puis cède à un autre, — toujours régie par la bouffée la plus forte : telle est votre légèreté, hommes vulgaires. — Mais ne violez plus vos serments ; de ce péché-là — ma douce pression ne vous rendra pas coupable. — Allez où vous voudrez, le roi se laissera commander par vous. — Soyez les rois, vous ; commandez, et j’obéirai.

Premier Garde-chasse

— Nous sommes les fidèles sujets du roi, du roi Édouard.

Roi Henry

— Comme vous seriez encore ceux de Henry, — s’il était sur le trône où est le roi Édouard.

Premier Garde-chasse

— Nous vous sommons, au nom de Dieu et du roi, — de venir avec nous devant les magistrats.

Roi Henry

— Au nom de Dieu, conduisez-moi ; que le nom de votre roi soit obéi ! — Et, ce que Dieu veut, que votre roi l’accomplisse ! — Moi, j’accède humblement à ce qu’il veut.

Roi Henry

Ils sortent.

Roi Henry

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Scène 11

Richard, Roi Édouard, Clarence, Lady Grey, Glocester

Londres. Un palais.

, à Richard.

Richard

— Votre Altesse fera bien de lui accorder sa requête ; — ce serait une honte de la lui refuser.

Roi Édouard

— C’est juste ; pourtant j’attendrai un peu.

, bas à Clarence.

Richard

Ah ! c’est comme cela ! — Je vois que la dame devra accorder quelque chose, — avant que le roi lui accorde son humble demande.

, bas à Richard.

Clarence

— Il est expert à la chasse : comme il sait prendre le vent !

, bas à Clarence.

Richard

Silence !

Roi Édouard

— Veuve, nous examinerons votre requête. — Revenez une autre fois pour savoir nos intentions.

Lady Grey

— Très-gracieux seigneur, tout délai m’est intolérable ; — que Votre Altesse daigne me signifier sa décision dès à présent, — et votre bon plaisir, quel qu’il soit, me satisfera.

, à part.

Richard

— Oui-dà, la veuve ? eh bien je vous garantis toutes vos terres, — pour peu que ce qui lui plaira vous plaise également. — Tenez-vous plus ferme, ou, ma foi, vous attraperez quelque coup.

, à part.

, à part.

Richard

— Dieu veuille que non ! car il en prendrait avantage.

Roi Édouard

— Combien as-tu d’enfants, veuve ? dis-moi.

, à part.

Clarence

— On dirait qu’il veut lui demander un enfant.

, à part.

Richard

— Bah ! je veux être fouetté s’il ne lui en donne plutôt deux.

Lady Grey

— Trois, mon très-gracieux seigneur.

, à part.

Richard

— Vous en aurez quatre, si vous vous laissez commander par lui.

Roi Édouard

— Ce serait pitié qu’ils perdissent les terres de leur père.

Lady Grey

— Ayez donc pitié, auguste seigneur, et restituez-les-leur.

Roi Édouard

— Milords, laissez-nous libres, je veux mettre à l’épreuve l’esprit de cette veuve.

Richard

— Oui, libre à vous ; vous pouvez user de toute liberté — jusqu’à ce que votre jeunesse prenne la liberté de vous quitter, et vous laisse sur des béquilles.

Richard

Richard et Clarence se retirent à l’écart.

Roi Édouard

— Maintenant dites-moi, madame, aimez-vous vos enfants ?

Roi Édouard

— Et ne feriez-vous pas beaucoup pour leur faire du bien ?

Lady Grey

— Pour leur faire du bien, j’endurerais volontiers du mal.

Roi Édouard

— Obtenez donc les terres de votre mari, pour leur faire du bien.

Lady Grey

— C’est pour ça que je suis venue auprès de Votre Majesté.

Roi Édouard

— Je vous dirai comment ces terres peuvent s’obtenir.

Lady Grey

— Par là vous m’attacherez pour toujours au service de Votre Altesse.

Roi Édouard

— Quel service es-tu prête à me rendre, si je te les restitue ?

Lady Grey

— Tous ceux que vous exigerez, pourvu qu’ils soient en mon pouvoir.

Roi Édouard

— Mais vous ferez des objections à ma proposition.

Lady Grey

— Non, gracieux lord, je ne vous objecterai que mon impuissance.

Roi Édouard

— Soit, mais tu peux faire ce que j’ai à te demander.

Lady Grey

— Eh bien donc, je ferai ce que commandera Votre Grâce.

, à part.

, à part.

Clarence

— Il est rouge comme du feu ! Il faudra bien que cette cire-là fonde.

, au roi.

Lady Grey

— Pourquoi milord s’arrête-t-il ? Ne me dira-t-il pas ma tâche ?

Roi Édouard

— Une tâche aisée ; il ne s’agit que d’aimer Un roi.

Lady Grey

— Elle est d’autant plus facile à remplir que je suis une sujette.

Roi Édouard

— Eh bien donc, je te restitue de grand cœur les terres de ton mari.

Lady Grey

— Je prends congé de Votre Altesse en lui rendant mille grâces.

, à part.

Richard

— Le marché est conclu ; elle le scelle d’une révérence.

Roi Édouard

— Mais arrête ; ce sont des preuves d’amour que j’entends avoir.

Lady Grey

— Et ce sont des preuves d’amour que j’entends donner, mon aimable suzerain.

Roi Édouard

— Mais je crains que tu ne comprennes la chose autrement que moi. — Quel amour crois-tu donc que je cherche si instamment à obtenir ?

Roi Édouard

— Non, ma foi, ce n’est pas cet amour-là que je veux dire.

Lady Grey

— Alors ce que vous voulez dire n’est pas ce que je croyais.

Roi Édouard

— Mais maintenant vous pouvez entrevoir mon intention.

Lady Grey

— Jamais je ne me prêterai avec intention au désir — que j’entrevois chez Votre Altesse, si toutefois je vous entends bien.

Roi Édouard

— À te parler franchement, j’entends coucher avec toi.

Lady Grey

— À vous parler franchement, j’aimerais mieux coucher en prison.

Roi Édouard

— Eh bien donc, tu n’auras pas les terres de ton mari.

Lady Grey

— Eh bien donc, mon honneur sera mon douaire, — car je ne veux pas les acheter à ce prix.

Roi Édouard

— En cela tu fais grand tort à tes enfants.

Lady Grey

— En ceci Votre Altesse fait tort à mes enfants comme à moi-même. — Mais, puissant seigneur, cette folâtre inclination — ne s’accorde guère avec la gravité de ma requête ; — veuillez me congédier avec un oui ou un non.

Lady Grey

— Eh bien, non, milord. Ma démarche est terminée.

, à part.

Richard

— La veuve ne l’agrée point ; elle fronce le sourcil.

, à part.

Clarence

— C’est le galant le plus gauche de la chrétienté.

, à part.

Roi Édouard

— Son maintien prouve qu’elle est remplie de vertu ; — son langage révèle un esprit incomparable ; — toutes ses perfections réclament la souveraineté ; — de façon ou d’autre, elle est digne d’un roi ; — et elle sera ma maîtresse ou ma femme.

Roi Édouard

Haut.

Roi Édouard

— Que dirais-tu si le roi Édouard te choisissait pour sa reine ?

Lady Grey

— C’est plus tôt dit que fait, mon gracieux lord ! — Je suis une sujette faite pour être raillée, — mais nullement pour être souveraine.

Roi Édouard

— Charmante veuve, j’en jure par mon pouvoir, — je ne dis que ce que je pense au fond de l’âme ; — je désire que tu sois mon amante.

Lady Grey

— Et c’est un désir auquel je ne puis accéder. — Je sais que je suis trop peu pour être votre femme, — et pourtant trop pour être votre concubine.

Roi Édouard

— Veuve, vous épiloguez ; je voulais dire ma femme.

Lady Grey

— Il serait pénible à Votre Grâce d’entendre mes fils vous appeler leur père.

, à part.

Richard

— Le révérend père a terminé sa confession.

, à part.

Clarence

— S’il s’est fait confesseur, c’est par malice.

Roi Édouard

— Frères, vous vous demandez ce que nous avons dit tous deux.

, à part.

Richard

— La veuve n’en est guère contente, car elle a l’air bien grave.

Roi Édouard

— Vous seriez bien étonnés si je la mariais.

Clarence

— À qui, milord ?

Roi Édouard

Eh bien, Clarence, à moi-même.

Richard

— Je serais dix jours au moins sans revenir de ma surprise.

Clarence

— Alors vous seriez d’un jour en retard.

Richard

— Mais aussi la surprise serait tellement grande !

Roi Édouard

— Soit ! plaisantez, mes frères. Je puis vous le dire, — sa requête est accordée : elle aura les biens de son mari.

Roi Édouard

— Veillez à ce qu’il soit transféré à la Tour. — Et nous, frères, allons voir l’homme qui l’a pris, — pour nous informer des détails de cette arrestation. — Venez avec nous, veuve… Milords, ayez pour elle de grands égards.

Roi Édouard

Sortent le roi Édouard, lady Grey, Clarence et le noble

Roi Édouard

.

, seul.

Glocester

Il sort.

Glocester

‌

Scène 12

Roi Louis, Reine Marguerite, Roi Henry, Warwick, Prince, Oxford, Bonne, Prince De Galles, Courrier

France. Un palais ( 48 ) .

, se levant.

Roi Louis

— Belle reine d’Angleterre, noble Marguerite, — assieds-toi près de nous ; il ne convient pas à ton rang — et à ta naissance que tu restes debout, quand Louis est assis.

Reine Marguerite

— Non, puissant roi de France, désormais Marguerite — doit baisser pavillon et apprendre à servir — là où les rois commandent. J’étais, je dois le confesser, — la reine de la grande Albion dans un âge d’or écoulé, — mais maintenant le malheur a écrasé mon pouvoir — et m’a renversée contre terre avec ignominie. — Je dois donc prendre un rang d’accord avec ma fortune — et me conformer à cet humble rang.

Roi Louis

— Mais dis-moi, belle reine, d’où vient ce profond désespoir ?

Roi Louis

— Quoi qu’il en soit, reste toujours toi-même, — et assieds-toi à notre côté.

Roi Louis

Il la fait asseoir près de lui.

Roi Louis

Ne courbe pas la tête — sous le joug de la fortune, mais que ton âme intrépide — plane triomphante au-dessus de tous les malheurs. — Explique-toi, reine Marguerite, et dis-nous tes chagrins : — ils seront soulagés, si la France peut y porter remède.

Reine Marguerite

— Ce gracieux langage ranime mes esprits abattus, — et rend la parole à mes muettes douleurs. — Sache donc, noble Louis, — que Henry, l’unique possesseur de mon amour, — de roi qu’il était, n’est plus qu’un proscrit, forcé de vivre en Écosse dans l’abandon, — tandis que l’insolent et ambitieux Édouard, duc d’York, — usurpe le titre royal et le trône — de l’oint du Seigneur, du roi légitime d’Angleterre. — Voilà pourquoi moi, la pauvre Marguerite, — avec mon fils ici présent, le prince Édouard, héritier de Henry, — je suis venue implorer ton juste et légitime appui ; — et, si tu nous fais défaut, tout espoir est perdu pour nous. — L’Écosse a la volonté de nous secourir, mais non le pouvoir. — Notre peuple et nos pairs sont égarés, — nos trésors saisis, nos soldats mis en fuite, — et tu nous vois nous-mêmes dans une déplorable condition.

Roi Louis

— Illustre reine, conjurez l’orage par la patience, — tandis que nous réfléchirons aux moyens de le dissiper.

Roi Henry

— Plus je diffère, plus je te secourrai puissamment.

Reine Marguerite

— Oh ! mais l’impatience est la compagne de la vraie douleur. — Et voici justement l’auteur de ma douleur.

Roi Louis

— Quel est celui qui vient si hardiment en notre présence ?

Reine Marguerite

— C’est notre comte de Warwick, le plus grand ami d’Édouard.

Roi Louis

— Sois le bienvenu, brave Warwick ! Qu’est-ce qui t’amène en France ?

Roi Louis

Il descend de son trône. La reine Marguerite se lève.

Reine Marguerite

— Oui, il va s’élever un second orage, — car voici l’homme qui gouverne vent et marée.

Warwick

— C’est de la part du noble Édouard, roi d’Albion, — mon seigneur souverain et ton ami dévoué — que je viens, avec la cordialité de la plus sincère affection, — d’abord pour saluer ta royale personne, — puis pour te demander un traité d’alliance, — et enfin pour resserrer cette alliance — par un nœud nuptial, si tu daignes accorder — la vertueuse madame Bonne, ta charmante sœur, — en légitime mariage au roi d’Angleterre.

, à part.

Reine Marguerite

— Si ceci réussit, c’en est fait des espérances de Henry.

, à Bonne.

Reine Marguerite

— Roi Louis, et vous, madame Bonne, veuillez m’écouter, — avant de répondre à Warwick. La demande d’Édouard — ne procède pas d’un amour désintéressé et honnête, — mais d’une politique astucieuse, fille de la nécessité. — Car comment les tyrans pourraient-ils régner sûrement au dedans, — s’ils n’acquéraient au dehors de grandes alliances ? — Pour le prouver tyran, il suffit de cette raison — que Henry vit encore ; mais, fût-il mort, — voici devant vous le prince Édouard, fils du roi Henry. — Veille donc, Louis, à ne pas attirer sur toi — le danger et l’opprobre par cette alliance et ce mariage. — Car les usurpateurs peuvent bien gouverner quelque temps ; — mais les cieux sont justes, et le temps renverse l’iniquité.

Warwick

— Insolente Marguerite !

Prince

Et pourquoi pas reine ?

Warwick

— Parce que ton père Henry est un usurpateur, — et que tu n’es pas plus prince qu’elle n’est reine.

Oxford

— Ainsi Warwick annule le grand Jean de Gand, — qui soumit la plus grande partie de l’Espagne ; — et, après Jean de Gand, Henry IV, — dont la sagesse était le miroir des plus sages ; — et, après ce sage prince, Henry V, — qui par sa prouesse conquit toute la France. — C’est d’eux que descend directement notre Henry.

Oxford

— Ah ! Warwick, peux-tu parler ainsi contre ton suzerain — à qui tu as obéi pendant trente-six ans, — sans dénoncer ta trahison par ta rougeur ?

Warwick

— Et Oxford peut-il, lui qui a toujours défendu le droit, — couvrir ainsi le mensonge d’une généalogie ? — Par pudeur, laisse là Henry, et reconnais Édouard pour roi.

Oxford

— Reconnaître pour mon roi celui qui par une sentence inique — a fait périr mon frère aîné, — lord Aubrey Vere… Que dis-je ? qui a fait périr mon père — au déclin d’une vie déjà bien avancée, — alors même que la nature l’amenait au seuil de la mort ! — Non, Warwick, non. Tant que la vie soutiendra ce bras, — ce bras soutiendra la maison de Lancastre.

Warwick

— Et moi la maison d’York.

Roi Louis

— Reine Marguerite, prince Édouard, et vous, Oxford, — veuillez, à notre requête, vous retirer à l’écart, — pendant que je prolongerai l’entretien avec Warwick.

Reine Marguerite

— Dieu veuille que les paroles de Warwick ne l’ensorcellent pas !

Reine Marguerite

Elle se retire à l’écart avec le prince et Oxford.

Warwick

— J’engage sur sa légitimité ma réputation et mon honneur.

Roi Louis

— Mais est-il agréable aux yeux du peuple ?

Warwick

— Il l’est d’autant plus que Henry n’a pas été heureux.

Roi Louis

— Encore un mot. Toute dissimulation mise à part, — dis-moi franchement la mesure de son amour — pour notre sœur Bonne.

Warwick

C’est un sentiment — digne d’un monarque comme lui. — Moi-même je l’ai souvent entendu dire et jurer — que son amour était une plante immortelle, — enracinée dans le terrain de la vertu, — qui multiplierait les feuilles et les fruits au soleil de sa beauté, — inaccessible au ressentiment, mais qui ne résisterait pas au dédain, — si madame Bonne ne le payait pas de retour.

Roi Louis

— Maintenant, sœur, dites-nous votre résolution définitive.

Bonne

— Consentement ou refus, votre réponse sera la mienne.

Bonne

À Warwick.

Bonne

— Pourtant j’avouerai que souvent déjà, — quand j’entendais vanter les mérites de votre roi, — mon oreille a incliné ma raison vers la sympathie.

Prince De Galles

— À Édouard, mais non au roi d’Angleterre.

Reine Marguerite

— Astucieux Warwick, tu as imaginé — cette alliance pour faire échouer ma démarche. — Avant ton arrivée, Louis était l’ami de Henry.

Roi Louis

— Il est encore son ami, comme celui de Marguerite. — Mais si vos droits à la couronne sont faibles, — comme les succès d’Édouard semblent l’indiquer, — il est tout juste que je sois dispensé — d’accorder le secours que je viens de promettre. — Pourtant vous aurez de moi tous les égards — que réclame votre rang et que le mien peut accorder.

Warwick

— Henry vit maintenant en Écosse fort à l’aise : — n’ayant rien, il ne peut rien perdre. — Et quant à vous, notre ci-devant reine, — vous avez un père capable de vous maintenir ; — et vous feriez mieux de vous mettre à sa charge qu’à celle du roi de France.

Reine Marguerite

— Silence, impudent et éhonté Warwick, silence, — arrogant faiseur et démolisseur de rois ! — Je ne m’en irai pas d’ici que mes paroles et mes larmes, — pleines de sincérité, n’aient édifié le roi Louis — sur ton artificieuse intrigue et sur l’amour menteur de ton maître ; — car vous êtes tous des oiseaux de la même volée.

Reine Marguerite

On entend le son d’un cor.

Roi Louis

— Warwick, c’est quelque dépêche pour nous ou pour toi.

, à Warwick.

Courrier

— Milord ambassadeur, cette lettre est pour vous ; — de la part de votre frère, le marquis de Montague…

Courrier

Au roi Louis.

Courrier

— Celle-ci pour Votre Majesté, de la part de notre roi.

Courrier

À la reine Marguerite.

Courrier

— Celle-ci pour vous, Madame : de quelle part, je l’ignore.

Courrier

Tous lisent leurs lettres.

Oxford

— Je vois avec plaisir que notre belle reine et maîtresse — sourit à ses nouvelles, et que Warwick fait la grimace aux siennes.

Prince De Galles

— Mais, voyez, Louis frappe du pied comme s’il était piqué au vif. — Tout est pour le mieux, j’espère.

Roi Louis

— Warwick, quelles sont tes nouvelles ? Et les vôtres, belle reine ?

Reine Marguerite

— Les miennes remplissent mon cœur d’une joie inespérée.

Warwick

— Les miennes ne rapportent que chagrin et mécontentement.

Reine Marguerite

— J’avais prévenu Votre Majesté de tout cela. — Voilà qui prouve l’amour d’Édouard et l’honnêteté de Warwick !

Warwick

— Roi Louis, je proteste céans, à la face du ciel, — et par l’espoir que j’ai de la félicité céleste, — que je suis innocent de ce méfait d’Édouard. — Il n’est plus mon roi, car il me couvre de confusion, — et il en serait lui-même accablé, s’il était capable de voir son infamie. — Eh quoi ! j’avais oublié que la maison d’York — fût cause de la mort prématurée de mon père, — j’avais fermé les yeux sur l’outrage fais à ma nièce

Warwick

, — j’avais couronné Édouard du diadème royal, — j’avais dépouillé Henry des droits de sa naissance, — et j’en suis récompensé enfin par cette infamie ! — Eh bien, que l’infamie soit pour lui ! Car j’ai toujours droit à l’honneur. — Pour réparer mon honneur lésé par lui, — je le renie ici-même, et je retourne à Henry. — Ma noble reine, oublions les griefs passés, — et désormais je suis ton loyal serviteur ; — je veux venger l’affront fait à madame Bonne, — et restaurer Henry dans son ancien pouvoir.

Reine Marguerite

— Warwick, ces paroles ont changé ma haine en amour ; — je pardonne et j’oublie entièrement les fautes anciennes, — et je suis heureuse que tu redeviennes l’ami du roi Henry.

Bonne

— Cher frère, comment pourrais-tu mieux venger Bonne, — qu’en secourant cette reine en détresse ?

Reine Marguerite

— Cher frère, comment le pauvre Henry pourrait-il vivre, — si vous ne l’arrachez à l’affreux désespoir ?

Bonne

— Ma cause et celle de la reine d’Angleterre n’en font qu’une.

Warwick

— Et la mienne, belle madame Bonne, se confond avec la vôtre.

, à Warwick.

Roi Louis

— Et la mienne avec la tienne, avec celle de Bonne, avec celle de Marguerite. — Enfin donc, j’y suis fermement résolu, — vous aurez mon aide.

Reine Marguerite

— Laissez-moi vous en rendre humblement grâces.

Roi Louis

— Donc, courrier d’Angleterre, retourne vite — dire au fourbe Édouard, ton roi supposé, — que Louis de France va lui envoyer des masques — pour entrer en danse avec lui et sa nouvelle épousée : — tu vois ce qui s’est passé, fais trembler le roi en le lui redisant.

Bonne

— Dis-lui que, dans l’espoir de son veuvage prochain, — je porterai à son intention la guirlande de saule.

Reine Marguerite

— Dis-lui que mes habits de deuil sont mis de côté, — et que je suis prête a revêtir mon armure.

Warwick

Le courrier sort.

Roi Louis

Toi, Warwick, — et Oxford, avec cinq mille hommes, — vous allez traverser les mers, et livrer bataille au fourbe Édouard ; — puis, le moment venu, cette noble reine — et le prince vous rejoindront avec de nouveaux renforts. — Pourtant, avant de partir, tire-moi d’un doute : qu’elle garantie avons-nous de ton invariable loyauté ?

Warwick

— En voici une qui vous assurera ma loyauté immuable : — si notre reine et ce jeune prince y consentent, — j’unirai avec lui immédiatement, par les liens sacrés du mariage, — ma fille aînée, ma joie !

Reine Marguerite

— Oui, j’y consens, et je vous remercie de votre motion. — Édouard, mon fils, elle est belle et vertueuse, — par conséquent n’hésite pas, donne ta main à Warwick, — et, avec ta main, ton irrévocable promesse — de n’avoir d’autre femme que la fille de Warwick.

Prince De Galles

— Oui, je l’accepte, car elle le mérite, — et, pour gage de ma foi, voici ma main.

Prince De Galles

Il donne la main à Warwick.

Roi Louis

— Qu’attendons-nous à présent ? Ces troupes vont être levées, — et toi, seigneur Bourbon, notre grand amiral, — tu les transporteras sur notre flotte royale. — Il me tarde qu’Édouard tombe sous les coups de la guerre, — pour avoir proposé à une dame de France ce mariage dérisoire.

Roi Louis

Tous sortent excepté Warwick.

Warwick

— Je suis venu comme ambassadeur d’Édouard, — mais je m’en retourne son ennemi mortel et juré. — Il m’avait donné mission pour une affaire de mariage : — une guerre terrible sera la réponse à sa demande. — Étais-je donc le seul qu’il pût prendre pour mannequin ? — Eh bien, seul aussi je saurai tourner sa plaisanterie en douleur. — J’ai été le suprême agent de son élévation au trône : — je serai l’agent suprême de sa chute. — Non que je compatisse à la misère de Henry ; — mais je veux me venger de l’insulte d’Édouard.

Warwick

Il sort.

Warwick

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Scène 13

Richard, Clarence, Somerset, Roi Édouard, Montague, Hastings, Reine Élisabeth, Messager

Londres. Un palais.

Richard

— Dites-moi donc, frère Clarence, que pensez-vous de ce nouveau mariage avec lady Grey ? — Notre frère n’a-t-il pas fait un digne choix ?

Clarence

— Hélas ! vous savez qu’il y a loin d’ici en France ; — comment pouvait-il attendre jusqu’au retour de Warwick ?

Somerset

— Milords, rompez cette conversation. Voici venir le roi.

Clarence

— J’entends lui dire nettement ce que je pense.

Roi Édouard

— Eh bien, frère Clarence, quelle opinion avez-vous de notre choix ? — Vous restez pensif, comme à demi mécontent.

Clarence

— La même opinion que Louis de France et le comte de Warwick, — qui ont assez peu de courage et d’esprit — pour ne pas s’offenser de notre affront.

Roi Édouard

— Supposons qu’ils s’offensent sans raison, — ils ne sont en somme que Louis et Warwick ; et moi, je suis Édouard, — votre roi et celui de Warwick, et il faut que ma volonté soit faite.

Richard

— Et elle se fera, parce que vous êtes notre roi : — pourtant, un mariage précipité tourne rarement bien.

Roi Édouard

— Oui-dà, frère Richard, vous êtes donc offensé, vous aussi ?

Richard

Moi ! non ! — non ! à Dieu ne plaise que je désire séparer — ceux que Dieu a joints ensemble ! et certes ce serait dommage — de désunir ceux qui sont si bien appariés.

Roi Édouard

— Mettant de côté vos sarcasmes et votre antipathie, — dites-moi pour quelle raison lady Grey — ne devait pas devenir ma femme et reine d’Angleterre. — Et vous aussi, Somerset et Montague, — dites franchement ce que vous pensez.

Richard

— Et Warwick, ayant fait ce que vous lui aviez commandé, — est désormais déshonoré par ce nouveau mariage.

Roi Édouard

— Et si je parviens à apaiser Louis et Warwick — par quelque expédient de mon invention ?

Montague

— N’importe : cette alliance, en nous unissant avec la France, — aurait fortifié notre empire — contre les orages étrangers bien mieux qu’un mariage contracté à l’intérieur.

Hastings

— Eh quoi ! Montague ne sait-il pas que par elle-même — l’Angleterre est assurée contre tout danger, pour peu qu’elle reste fidèle à elle-même ?

Montague

— Oui, mais elle est d’autant mieux assurée, quand elle a l’appui de la France.

Hastings

— Mieux vaut dominer la France que se fier à elle. — Appuyons-nous sur Dieu et sur l’Océan — qu’il nous a donné comme un imprenable rempart, — et défendons-nous avec leur seul secours. — C’est en eux, et en nous-mêmes, qu’est notre salut.

Clarence

— Rien que pour cette parole, lord Hastings mérite bien — d’avoir l’héritière de lord Hungerford !

Roi Édouard

— Eh bien, après ? ce fut mon bon plaisir de la lui accorder ; — et pour cette fois mon bon plaisir fera loi.

Clarence

— Autrement vous n’auriez pas concédé l’héritière — de lord Bonville au fils de votre nouvelle épousée, — et laissé vos frères chercher fortune ailleurs.

Roi Édouard

— Hélas ! pauvre Clarence ! c’est donc pour une femme — que tu te fâches ! Va, je te pourvoirai.

Clarence

— En choisissant pour vous-même, vous avez montré votre discernement, — et il est si mince que vous me permettrez — de faire moi-même mes affaires ; — et, dans cette intention, je compte bientôt vous quitter.

Roi Édouard

— Quitte-moi ou reste : Édouard sera roi, — et ne se laissera pas lier par la volonté de son frère.

Reine Élisabeth

— Milords, avant qu’il plût à Sa Majesté — d’élever mon rang au titre de reine —

vous en conviendrez tous, pour peu que vous me rendiez justice

Reine Élisabeth

, — je n’étais pas de naissance ignoble, — et de plus humbles que moi ont eu pareille fortune. — Mais, si cette élévation honore les miens et moi, — l’aversion que vous me témoignez, vous à qui je voudrais être agréable, — jette sur mon bonheur un nuage de dangers et de chagrins.

, à part.

Richard

— J’écoute, sans dire grand’chose, mais je n’en pense pas moins.

Roi Édouard

— Eh bien, messager, quelles lettres ou quelles nouvelles — de France ?

Messager

— Pas de lettres, mon souverain seigneur ; mais seulement quelques paroles, — que je n’ose répéter, sans avoir obtenu votre pardon spécial.

Roi Édouard

— Va, nous te pardonnons : ainsi, sans plus tarder, — répète-moi leurs paroles aussi fidèlement que tu peux te les rappeler. — Que répond le roi Louis à notre lettre ?

Messager

— Voici les paroles mêmes qu’il m’a dites au départ : — Va dire au fourbe Édouard, ton roi supposé, — que Louis de France va lui envoyer des masques — pour entrer en danse avec lui et sa nouvelle épousée .

Roi Édouard

— Louis est-il aussi insolent ? On dirait qu’il me prend pour Henry ! — Mais qu’a dit madame Bonne de mon mariage ?

Messager

— Voici ses paroles, prononcées avec un calme dédain : — Dis-lui que, dans l’espoir de son veuvage prochain, — je porterai à son intention la guirlande de saule.

Messager

— Dis-lui , s’est-elle écriée, que mes habits de deuil sont mis de côté, — et que je suis prête a revêtir mon armure .

Roi Édouard

— Il paraît qu’elle compte jouer à l’amazone. — Mais qu’a répliqué Warwick à ces injures ?

Messager

— Lui, plus indigné contre Votre Majesté — que tous les autres, il m’a congédié avec ces paroles : — Dis-lui de ma part qu’il m’a fait un affront, — et qu’en revanche je le découronnerai avant qu’il soit longtemps .

Roi Édouard

— Ha ! le traître a osé proférer de si insolentes paroles ! — C’est bon ; me voici averti, je vais m’armer ; — ils auront la guerre, et ils paieront cher leur présomption. — Mais, dis-moi, Warwick est-il réconcilié avec Marguerite ?

Messager

— Oui, gracieux souverain ; ils sont liés par une telle amitié — que le jeune prince Édouard épouse la fille de Warwick.

Clarence

— Probablement l’aînée : Clarence aura la cadette. — Sur ce, mon frère le roi, adieu, et tenez-vous bien ; — car je vais de ce pas demander la seconde fille de Warwick : — si je n’ai pas le trône, en mariage du moins, — je ne serai pas votre inférieur. — Que ceux qui aiment Warwick et moi me suivent.

Clarence

Clarence sort, et Somerset le suit.

, à part.

Richard

— Ce ne sera pas moi ; — mes vues portent plus loin. Moi, — je reste par amour, non pour Édouard, mais pour la couronne.

Roi Édouard

Sortent Pembroke et Stafford.

Roi Édouard

— Mais, avant que je parte, Hastings, et vous, Montague, — tirez-moi d’un doute. Vous deux particulièrement, — vous tenez de près à Warwick par parenté et par alliance : — dites-moi donc si vous aimez mieux Warwick que moi. — Si cela est, allez tous deux à lui ; — je vous aime mieux ennemis qu’amis douteux ; — mais si vous entendez me rester loyalement soumis, — donnez-m’en l’assurance par un serment d’amitié, — afin que je ne vous aie jamais en suspicion.

Montague

— Puisse Dieu ne protéger Montague que s’il vous est fidèle !

Hastings

— Et Hastings que s’il défend la cause d’Édouard !

Roi Édouard

— Et vous, frère Richard, tiendrez-vous pour nous ?

Richard

— Oui, en dépit de tous ceux qui tiendront contre vous.

Roi Édouard

— C’est bien ; alors je suis sur de la victoire. — Maintenant partons d’ici, et ne perdons par une heure, — que nous n’ayons atteint Warwick et son armée étrangère.

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

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Scène 14

Warwick, Clarence

Une plaine dans le Warwickshire.

Warwick

— Croyez-moi, milord, tout jusqu’ici va bien. — Le peuple se joint en masse à nous.

Clarence

— Mais voyez, voici Somerset et Clarence qui viennent… — Répondez vite, milords, sommes-nous tous amis ?

Clarence

— N’en doutez pas, milord.

Warwick

Tous crient : Vive Henry !

Warwick

— Eh bien donc, cheminons en silence. — Que Dieu et saint George protègent Warwick et ses amis !

Warwick

Ils sortent.

Warwick

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Scène 15

Première Sentinelle, Deuxième Sentinelle, Troisième Sentinelle, Warwick, Seconde Sentinelle, Somerset, Roi Édouard, Oxford

Le camp d’Édouard près de Warwick.

Première Sentinelle

— Avancez, mes maîtres ; que chaque homme prenne son poste ; — le roi est déjà étendu là et endormi.

Deuxième Sentinelle

Quoi ! il ne se mettra pas au lit !

Première Sentinelle

— Non ; car il a fait le vœu solennel — de ne jamais se coucher ni prendre son repos normal, — jusqu’à ce que Warwick ou lui-même soit anéanti.

Deuxième Sentinelle

— Demain donc sera sans doute la journée décisive, — si Warwick est aussi près qu’on le rapporte.

Troisième Sentinelle

— Mais dis-moi, je te prie, quel est ce seigneur — qui repose ici avec le roi dans sa tente ?

Première Sentinelle

— C’est lord Hastings, le plus grand ami du roi.

Deuxième Sentinelle

— Il y a plus d’honneur, parce qu’il y a plus de danger.

Troisième Sentinelle

— Oui-dà ; donne-moi le bien-être et le repos, — je les préfère à un dangereux honneur. — Si Warwick savait dans quelle position est le roi, — il y aurait à craindre qu’il ne vînt l’éveiller.

Première Sentinelle

— Si nos hallebardes ne lui fermaient le passage.

Deuxième Sentinelle

— Oui ; pourquoi gardons-nous sa tente royale, — sinon pour défendre sa personne des ennemis nocturnes ?

Warwick

— Voici sa tente ; et voyez, là est postée sa garde. — Courage, mes maîtres : l’honneur maintenant ou jamais ! Suivez-moi seulement, et Édouard est à nous.

Première Sentinelle

Qui va là ?

Seconde Sentinelle

Arrête, ou tu es mort.

Seconde Sentinelle

Warwick et ses soldats crient tous : Warwick ! Warwick ! et tombent sur la garde d’Édouard, qui fuit en criant : Aux armes ! aux armes ! Warwick et les siens la poursuivent. Le tambour bat, et les trompettes sonnent. Warwick et les siens reviennent, amenant le roi Édouard en robe de nuit, assis dans une chaise. Glocester et Hastings fuient.

Somerset

Qui sont ceux qui fuient là-bas ?

Warwick

— Richard et Hastings : laissons-les aller, voici le duc.

Warwick

Oui, mais la situation a changé. — Du moment que vous m’avez déshonoré dans mon ambassade, — moi, je vous ai dégradé du titre de roi, — et je viens maintenant vous créer duc d’York. — Hélas ! comment pourriez-vous gouverner un royaume, — vous qui ne savez pas faire un usage convenable des ambassadeurs, — ni vous contenter d’une seule épouse, — ni traiter fraternellement vos frères, — ni travailler au bien-être du peuple, — ni vous mettre à couvert de vos ennemis ?

Roi Édouard

— Oui-dà, frère Clarence, te voilà donc aussi ? — Alors je vois bien qu’Édouard doit succomber. — Pourtant, Warwick, en dépit de tous les revers, — de toi-même et de tous tes complices, — Édouard se comportera toujours en roi. — La perfidie de la fortune aura beau renverser mon pouvoir ; — mon âme dépasse le cercle de sa roue.

, lui ôtant sa couronne.

Warwick

— Qu’Édouard reste donc roi d’Angleterre en imagination. — C’est Henry qui désormais portera la couronne d’Angleterre ; — il sera le roi en réalité ; toi, tu n’en es plus que l’ombre. — Milord de Somerset, à ma requête, — faites immédiatement conduire le duc Édouard — à mon frère l’archevêque d’York. — Quand j’aurai livré bataille à Pembroke et à ses compagnons, — je vous rejoindrai, et je ferai connaître à Édouard — la réponse que lui envoient Louis et madame Bonne. — Jusque-là, adieu, bon duc d’York.

Roi Édouard

— Il faut que les hommes subissent ce qu’imposent les destins : — il est superflu de lutter contre vent et marée.

Roi Édouard

On emmène le roi Édouard, Somerset l’accompagne.

Oxford

— Il ne nous reste plus, milord, — qu’à marcher sur Londres avec nos soldats.

Warwick

— Oui, c’est la première chose que nous ayons à faire : — délivrons le roi Henry de sa prison, — et faisons-le asseoir sur le trône royal.

Warwick

Ils sortent.

Warwick

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Scène 16

Rivers, Reine Élisabeth

Londres. Un palais.

Rivers

— Madame, qu’est-ce qui cause en vous ce changement soudain ?

Reine Élisabeth

— Comment ! mon frère Rivers, en êtes-vous encore à apprendre — le malheur qui vient d’arriver au roi Édouard ?

Rivers

— Quoi ! la perte de quelque bataille rangée avec Warwick ?

Reine Élisabeth

— Non, mais la perte de sa royale personne.

Rivers

Mon souverain est-il donc tué ?

Rivers

— Ces nouvelles sont bien douloureuses, je dois le confesser ; — cependant, gracieuse madame, supportez ce malheur de votre mieux : — Warwick, qui aujourd’hui a gagné la victoire, peut la perdre demain.

Reine Élisabeth

— Jusque-là la douce espérance défendra mon existence de l’abattement. — Au surplus, je dois me sevrer de tout découragement, — par amour pour l’enfant d’Édouard que je porte dans mon sein. — Voilà pourquoi je mets un frein à mon émotion, — et je supporte avec résignation la croix de mon infortune. — Oui, oui, c’est pour cela que je dévore tant de larmes — et que je comprime tant de soupirs brûlants, — de peur que soupirs ou larmes ne flétrissent ou ne noient — le fruit du roi Édouard, le légitime héritier de la couronne d’Angleterre.

Rivers

— Mais, madame, qu’est donc devenu Warwick ?

Reine Élisabeth

— J’apprends qu’il marche sur Londres, — pour replacer la couronne sur la tête de Henry : — devine le reste ; les amis du roi Édouard doivent plier. — Mais pour prévenir la violence du tyran —

car qui a une fois rompu son serment ne mérite plus confiance

Reine Élisabeth

, — je vais de ce pas dans un sanctuaire, — afin de sauver du moins l’héritier des droits d’Édouard ; — là je serai à l’abri de la force et de la fraude. — Venez donc, fuyons, tandis que nous pouvons fuir ; — si Warwick nous prend, nous sommes sûrs de mourir.

Reine Élisabeth

Ils sortent.

Reine Élisabeth

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Scène 17

Richard, Chasseur, Roi Édouard

Un parc près du château de Middleham, dans l’Yorkshire.

Richard

— Maintenant, milord Hastings, et vous, sir William Stanley, — ne vous étonnez plus si je vous ai amenés ici — dans le taillis le plus épais de ce parc. — Voici la situation : vous savez que notre roi, mon frère, — est ici prisonnier de l’évêque, qui a pour lui — des égards et lui accorde une grande liberté. — Souvent, gardé par une faible escorte, — il vient chasser de ce côté pour se distraire. — Je l’ai averti par un moyen secret — que, s’il veut, vers cette heure, cheminer par ici, — sous couleur de chasser comme d’habitude, — il trouvera ici ses amis, avec un cheval et des hommes, — prêts à l’affranchir de sa captivité.

Chasseur

— Par ici, milord ; c’est par ici qu’est le gibier.

Roi Édouard

— Non, par ici, l’ami ; vois où sont les chasseurs. — Eh bien, frère de Glocester, lord Hastings, et vous tous, — êtes-vous embusqués ici pour braconner chez l’évêque ?

Richard

— Frère, le moment et les circonstances exigent la célérité, — votre cheval attend au coin du parc.

Roi Édouard

— Mais où donc irons-nous ?

Richard

— C’est bien pensé, croyez-moi ; car telle était mon idée.

Roi Édouard

— Stanley, je récompenserai ton zèle.

Richard

— Mais pourquoi tardons-nous ? Ce n’est pas le moment de causer.

Roi Édouard

— Chasseur, qu’en dis-tu ? Veux-tu partir avec nous ?

Chasseur

— Mieux vaut cela que de rester et d’être pendu.

Richard

— En route donc ; plus de verbiage.

Roi Édouard

— Évêque, adieu ; gare la colère de Warwick, — et prie pour que je ressaisisse la couronne.

Roi Édouard

Ils sortent

Roi Édouard

.

Roi Édouard

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Scène 18

Roi Henry, Warwick, Clarence, Somerset, Messager, Oxford

La Tour de Londres.

Roi Henry

— Maître lieutenant, maintenant que Dieu et mes amis — ont renversé Édouard du trône royal — et changé ma captivité en liberté, — mon inquiétude en espérance, mes chagrins en joies, — que t’est-il dû au moment de notre élargissement ?

Roi Henry

— Pourquoi, lieutenant ? pour m’avoir bien traité ? — Ah ! sois sûr que je récompenserai largement ta sollicitude ; — car elle a fait de mon emprisonnement un plaisir, — oui, ce plaisir que les oiseaux en cage — ressentent, quand, après maintes pensées mélancoliques, — ils parviennent, dans les accords d’une intime harmonie, — à oublier tout à fait la perte de leur liberté. — Mais, après Dieu, Warwick, c’est à toi que je dois ma délivrance ; — aussi c’est à Dieu et à toi tout d’abord que j’en rends grâces : — il en a été l’auteur, toi l’instrument. — Aussi, voulant triompher des rigueurs de la fortune — par l’humilité d’une existence où la fortune ne pourra me frapper, — et voulant que le peuple de cette terre bénie — ne soit plus désormais puni de ma mauvaise étoile, — Warwick, bien que ma tête continue à porter la couronne, — je te remets ici le gouvernement, — car tu es fortuné dans tous tes actes.

Warwick

— Votre Grâce a toujours été renommée pour sa vertu, — et maintenant elle fait preuve de sagesse autant que de vertu, — en se dérobant par sa prévoyance aux coups de la fortune ; — car peu d’hommes savent se plier à leur étoile. — Laissez-moi pourtant reprocher une chose à Votre Grâce, — c’est de me choisir quand Clarence est là.

Warwick

— Et moi je choisis Clarence pour protecteur unique.

Roi Henry

— Warwick et Clarence, donnez-moi tout deux vos mains. — Maintenant joignez vos mains, et avec vos mains vos cœurs, — afin qu’aucune dissension n’entrave le gouvernement. — Je vous fais tous deux protecteurs de ce royaume, — pendant que moi-même je resterai dans la vie privée, — et que dans la dévotion je consacrerai mes derniers jours — à expier le péché et à glorifier mon Créateur.

Warwick

— Que répond Clarence au vœu de son souverain ?

Clarence

— Qu’il consent, si Warwick accorde son consentement, — car je me repose sur ta fortune.

Warwick

— Eh bien donc, je dois consentir, quoiqu’à regret. — Nous serons attelés ensemble, comme les deux ombres — de la personne de Henry, et nous le remplacerons ; — je veux dire que nous porterons le poid du gouvernement, — tandis qu’il en aura l’honneur dans le repos. — Maintenant, Clarence, il est absolument nécessaire — que sur-le-champ Édouard soit déclaré traître, — et que tous ses domaines et ses biens soient confisqués.

Clarence

— Et quoi encore ? que sa succession soit ouverte.

Warwick

— Oui, et certes Clarence en aura sa part.

Clarence

— Cela sera fait au plus vite, mon suzerain.

Roi Henry

— Milord de Somerset, quel est ce jouvenceau — pour qui vous semblez avoir une si tendre sollicitude ?

Somerset

— Mon suzerain, c’est le jeune Henry, comte de Richmond.

Roi Henry

— Viens ici, espoir de l’Angleterre.

Roi Henry

Il met la main sur la tête de Richmond.

Roi Henry

Si c’est bien la vérité — que de mystérieuses puissances suggèrent à ma pensée prophétique, — ce charmant garçon fera la félicité de notre pays. — Son regard est plein d’une majesté paisible, — sa tête a été formée par la nature pour porter une couronne, — sa main pour brandir un sceptre, et lui-même — est appelé à orner un jour le trône des rois. — Rendez-lui hommage, milords, car il est prédestiné à vous faire plus de bien que je ne vous ai fait de mal.

Warwick

— Quelle nouvelle, mon ami ?

Messager

— Édouard s’est échappé de chez votre frère, — et s’est enfui, m’a-t-on dit depuis, en Bourgogne.

Warwick

— Désagréable nouvelle ! Mais comment s’est faite son évasion ?

Warwick

— Mon frère a été trop négligent dans l’accomplissement de sa charge. — Mais partons d’ici, mon souverain, et cherchons d’avance — un remède à tous les maux qui peuvent nous atteindre.

Warwick

Sortent le roi Henry, Warwick, Clarence, le lieutenant de la Tour et les gens de la suite.

Somerset

— Milord, je n’aime guère cette fuite d’Édouard. — Car sans nul doute le Bourguignon lui prêtera secours, — et nous aurons de nouvelles guerres avant qu’il soit longtemps. — Si l’heureuse prédiction que Henry vient de faire — sur l’avenir de ce jeune Richmond, a réjoui mon cœur, — je n’ai pas moins au cœur la crainte que dans ces conflits — il ne lui arrive malheur, ainsi qu’à nous. — Ainsi, lord Oxford , pour prévenir une catastrophe, — nous allons de ce pas l’envoyer en Bretagne — jusqu’à ce que les orages de la discorde civile soient passés.

Oxford

— Oui, car si Édouard ressaisit la couronne, — il est probable que Richmond sera sacrifié avec les autres.

Somerset

— C’est cela : il partira pour la Bretagne. — Venez donc, et agissons vite.

Somerset

Ils sortent.

Somerset

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Scène 19

Richard, Roi Édouard, Hastings, Maire, Montgomery, Soldat, Tous

Devant York ( 55 ) .

Richard

— Les portes fermées ! Frère, cela ne me plaît guère. — Car souvent qui trébuche au seuil — a raison de craindre quelque danger caché dans l’intérieur.

Roi Édouard

— Bah ! mon cher, les présages ne doivent plus nous effrayer maintenant : — de gré ou de force, il faut que nous entrions, — car c’est là que nous rejoindrons nos amis.

Hastings

— Mon suzerain, je vais frapper encore une fois pour les sommer.

Hastings

Entrent sur les remparts de la ville le maire d’York et ses collègues.

Maire

— Milord, nous avons été prévenus de votre arrivée, — et nous avons fermé les portes pour notre sûreté ; — car maintenant nous devons allégeance à Henry.

Roi Édouard

— Mais, monsieur le maire, si Henry est votre roi, — Édouard est, pour le moins, duc d’York.

Maire

— C’est juste, mon bon seigneur ; je vous reconnais pour tel.

, à part.

Richard

— Mais une fois que le renard aura fourré son museau, — il trouvera bientôt moyen de faire suivre tout le corps.

Hastings

— Eh bien, monsieur le maire, pourquoi hésitez-vous ainsi ? — Ouvrez les portes ; nous sommes amis du roi Henry.

Maire

— Ah ! vraiment ? Alors les portes vont être ouvertes.

Maire

Il se retire des remparts avec ses collègues.

Richard

— Voilà un capitaine considérablement habile et bientôt persuadé !

Hastings

— Le bon vieillard croit volontiers que tout est au mieux, — si tout va bien pour lui ; mais, une fois entrés, — je ne doute pas que nous ne l’amenions vite, — lui et ses confrères, à la raison.

Hastings

Le maire et deux aldermen reparaissent au bas des remparts.

Roi Édouard

— Bien, monsieur le maire : ces portes ne doivent être fermées — que la nuit ou en temps de guerre… — Allons, ne crains rien, l’ami, et livre-moi les clefs.

Roi Édouard

Il lui prend les clefs de la ville.

Roi Édouard

— En effet, Édouard entend défendre la ville, et toi, — et tous ces amis qui daignent me suivre.

Richard

— Frère, voici sir John Montgomery, — notre fidèle ami, si je ne me trompe.

Montgomery

— Pour secourir le roi Édouard en ce temps d’orages, — comme doit le faire tout sujet loyal.

Roi Édouard

— Merci, bon Montgomery. Mais maintenant nous devons oublier — nos titres à la couronne, et ne réclamer — que notre duché, jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de nous envoyer le reste.

Montgomery

— Alors adieu, car je vais repartir. — Je suis venu servir un roi, et non un duc. — Battez, tambour, et reprenons notre marche.

Montgomery

On commence la marche.

Roi Édouard

— Non ! arrêtez un peu, sir John ; et nous allons examiner — par quels moyens sûrs la couronne pourrait être recouvrée.

Montgomery

— Que parlez-vous d’examiner ? Soyons bref : — si vous ne voulez pas ici même vous proclamer notre roi, — je vous abandonne à votre fortune, et je vais — faire rebrousser chemin à ceux qui viennent vous secourir. — Pourquoi combattrions-nous, si vous ne revendiquez aucun titre ?

Richard

— Allons, frère, pourquoi vous arrêter à des subtilités ?

Roi Édouard

— Quand nous serons plus fort, nous ferons notre réclamation ; — jusque-là, il y a sagesse à cacher nos desseins.

Hastings

— Arrière les scrupules ! Aujourd’hui c’est aux armes à décider.

Roi Édouard

— Qu’il en soit donc ce que vous voudrez ; car j’ai le droit pour moi, — et Henry ne fait qu’usurper le diadème.

Montgomery

— Oui, maintenant mon souverain tient un langage digne de lui ; — et maintenant je veux être le champion d’Édouard !

Hastings

— Sonnez, trompette. Édouard va être proclamé ici même. — Allons, camarade, fais la proclamation.

Hastings

Il remet un papier à un soldat. Fanfare.

, lisant.

Soldat

Édouard IV , par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre et de France, et lord d’Irlande, etc.

Montgomery

— Et quiconque conteste le droit du roi Édouard — je le défie céans en combat singulier.

Montgomery

Il jette à terre son gantelet.

Tous

Vive Édouard IV !

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

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Scène 20

Warwick, Oxford, Clarence, Roi Henry, Montague, Exeter, Roi Édouard, Glocester

Londres. Le palais de Lambeth.

Warwick

— Que conseillez-vous, milords ? Édouard, parti de Belgique — avec un tas d’Allemands impétueux et de Hollandais stupides, — a traversé sain et sauf le détroit, — et avec ses troupes il marche droit sur Londres ; — et nombre d’étourdis se joignent à lui.

Oxford

— Faisons une levée, et repoussons-le.

Clarence

— Un feu léger est vite étouffé : — si vous le laissez faire, des rivières ne sauraient l’éteindre.

Roi Henry

— Adieu, mon Hector, ferme espoir de mon Ilion.

Clarence

— En signe de fidélité je baise la main de Votre Altesse.

Roi Henry

— Loyal Clarence, sois fortuné.

Montague

— Courage, milord !… Sur ce, je prends congé.

, baisant la main de Henry.

Oxford

— Et ainsi je scelle ma foi, en vous disant adieu.

Roi Henry

— Cher Oxford, bien-aimé Montague, — et vous tous, encore une fois, adieu ! Soyez heureux !

Warwick

— Adieu, chers lords : rejoignons-nous à Coventry.

Warwick

Sortent Warwick, Clarence, Oxford et Montague.

Roi Henry

— Je vais me reposer un moment ici au palais. — Cousin d’Exeter, que pense Votre Seigneurie ? — Je crois que les forces mises en campagne par Édouard — ne sont pas en état de résister aux miennes.

Exeter

— Il est à craindre qu’il n’entraîne les autres.

Roi Henry

Cris au dedans du théâtre : Lancastre ! Lancastre !

Exeter

— Écoutez, écoutez, milord ! Quels sont ces cris ?

Roi Édouard

— Qu’on saisisse ce Henry à la face vile, qu’on l’emmène d’ici, — et qu’on nous proclame de nouveau roi d’Angleterre.

Roi Édouard

Au roi Henry.

Roi Édouard

— Tu étais la source d’où découlaient maints menus ruisseaux ; — maintenant que ton cours s’arrête, mon Océan va les absorber — et se grossir de leurs flots… — Qu’on l’emmène à la Tour, sans le laisser parler.

Roi Édouard

Des soldats sortent avec le roi Henry.

Roi Édouard

— Et maintenant, milords, dirigeons notre marche sur Coventry, — où est en ce moment le péremptoire Warwick. — Le soleil brille ardemment ; si nous tardons, — la froide morsure de l’hiver détruira notre récolte tant espérée.

Glocester

— Partons vite, avant qu’il ait réuni ses forces, — et surprenons brusquement ce grand traître. — Braves guerriers, marchons droit sur Coventry.

Glocester

Ils sortent.

Glocester

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Scène 21

Warwick, Premier Messager, Deuxième Messager, Somerville, Somerset, Roi Édouard, Richard, Oxford, Montague

Coventry.

Warwick

— Où est le courrier venu de la part du vaillant Oxford ? — À quelle distance est ton maître, mon honnête ami ?

Premier Messager

— Il doit être à Dunsmore, marchant vers nous.

Warwick

— À quelle distance est notre frère Montague ? — Où est le courrier venu de la part de Montague ?

Deuxième Messager

— Il doit être à Daintry, avec un puissant renfort.

Warwick

— Eh bien, Somerville, que dit mon bien-aimé gendre ? — Et, d’après ton calcul, à quelle proximité est maintenant Clarence ?

Somerville

— Je l’ai laissé à Southam avec ses forces, — et je l’attends ici dans deux heures environ.

Somerville

Roulement de tambour.

Warwick

— En ce cas, Clarence est tout près ; j’entends son tambour.

Warwick

— Qui cela peut-il être ? Sans doute des amis inattendus !

Somerset

— Ils arrivent, et vous allez le savoir.

Roi Édouard

— Trompette, approche des remparts, et sonne une chamade.

Richard

— Vois donc le sinistre Warwick en sentinelle sur le rempart.

Warwick

— Oh ! contre-temps imprévu ! le libertin Édouard est déjà arrivé ! — Où donc ont dormi nos éclaireurs, ou comment ont-ils été séduits, — que nous n’avons pas été prévenus de son approche ?

Roi Édouard

— Maintenant, Warwick, ouvre les portes de la ville, — dis-moi de bonnes paroles, fléchis humblement le genou. — Appelle Édouard ton roi, implore sa merci, — et il te pardonnera ces outrages.

Warwick

— Non ! Toi-même éloigne d’ici tes troupes, — salue celui qui t’a élevé et renversé, — appelle Warwick ton patron, sois repentant, — et tu pourras encore rester le duc d’York.

Richard

— J’ai cru qu’au moins il allait dire roi : — est-ce une plaisanterie qu’il a faite sans le vouloir ?

Richard

— Oui, ma foi, présenté surtout par un pauvre comte. — Je te saurai gré de ce superbe présent.

Warwick

— C’est moi qui ai donné le royaume à ton frère.

Roi Édouard

— Il est donc à moi, ne fût-ce que comme don de Warwick.

Warwick

— Tu n’es pas l’Atlas qu’il faut à un si grand fardeau ; — et, voyant ta faiblesse, Warwick te reprend ce don. — Henry est mon roi, Warwick est son sujet.

Roi Édouard

— Mais le roi de Warwick est prisonnier d’Édouard. — Et dis-moi, vaillant Warwick, — qu’est-ce que le corps sans la tête ?

Richard

— Hélas ! pourquoi Warwick n’est-ii pas plus clairvoyant ? — Tandis qu’il cherchait à escamoter un simple dix, — doucement on soutirait le roi du jeu ! — Vous aviez laissé le pauvre Henry au palais de l’évêque, — et je parie dix contre un que vous le retrouverez à la Tour.

Roi Édouard

— C’est vrai ; mais vous, vous êtes toujours Warwick.

Richard

— Allons, Warwick, saisis le moment : à genoux, à genoux ! — Pas encore ? quand donc ? Va, bats le fer tandis qu’il est chaud.

Warwick

— J’aimerais mieux me couper cette main d’un seul coup — et avec l’autre te la jeter à la face — que de m’humilier au point de baisser pavillon devant toi.

Warwick

— Ô réjouissantes couleurs ! voyez, voici Oxford qui vient.

Oxford

— Oxford, Oxford, pour Lancastre !

Oxford

Oxford et ses forces entrent dans la ville.

Richard

— Les portes sont ouvertes ; entrons, nous aussi.

Roi Édouard

— D’autres ennemis pourraient nous tomber sur le dos. — Restons ici en bon ordre ; car, sans doute, ils vont faire une sortie et nous livrer bataille ; — sinon, la Cité ne pouvant opposer qu’une faible défense, — nous irons bien vite y secouer les traîtres.

Warwick

— Oh ! sois le bienvenu, Oxford ! car nous avons besoin de ton aide.

Montague

— Montague, Montague, pour Lancastre !

Montague

Il entre dans la Cité avec ses forces.

Richard

— Toi et ton frère, vous paierez cette trahison — du sang le plus précieux qui coule dans vos veines.

Somerset

— Somerset, Somerset, pour Lancastre !

Somerset

Il entre dans la Cité avec ses forces.

Richard

— Deux ducs de ton nom, deux Somerset, — ont été immolés à la maison d’York ; — tu seras le troisième, si cette épée tient bon.

Warwick

— Et voyez ! voici George de Clarence qui s’avance — avec des forces suffisantes pour livrer bataille à son frère. — Chez lui un zèle légitime pour le droit l’emporte — sur l’instinct de l’amour fraternel. — Viens, Clarence, viens ; réponds à l’appel de Warwick !

, arrachant la rose rouge de son chapeau.

Roi Édouard

— Sois le bienvenu : nous t’aimons dix fois plus — que si tu n’avais jamais mérité notre haine.

Richard

— Bienvenu, bon Clarence ; c’est agir en frère !

Warwick

— Ô traître éhonté ! déloyal parjure !

Roi Édouard

— Eh bien, Warwick, veux-tu quitter la ville et combattre ? — Ou faudra-t-il que nous fassions voler les pierres à tes oreilles ?

Warwick

— Pardieu, je ne m’enferme pas ici pour me défendre. — Je vais me porter de ce pas sur Barnet, — et t’offrir le combat, Édouard, si tu oses l’accepter.

Roi Édouard

— Oui, Warwick, Édouard l’accepte, et va marcher en avant. — Milords, au champ de bataille ! Saint George et victoire !

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

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Scène 22

Roi Édouard, Warwick, Somerset, Oxford, Clarence, Richard

Un champ de bataille près de Barnef.

Roi Édouard

Il sort.

Warwick

— Ah ! qui est près d’ici ? Venez à moi, ami ou ennemi, — et dites-moi qui est vainqueur, York ou Warwick ? — À quoi bon cette demande ? Ma personne mutilée prouve, — mon sang qui coule, mes forces épuisées, mon cœur défaillant prouvent — qu’il me faut abandonner mon corps à la terre, — et, par ma chute, la victoire à mon ennemi. — Ainsi sous le tranchant de la hache tombe le cèdre — dont les bras donnaient abri à l’aigle princier, — à l’ombre duquel dormait le lion rampant, — dont la cime dominait l’arbre touffu de Jupiter — et protégeait l’humble arbrisseau contre le vent formidable de l’hiver. — Ces yeux, qui maintenant sont obscurcis par le voile noir de la mort, — ont été aussi perçants que le soleil de midi, — pour pénétrer les secrètes trahisons du monde. — Les rides de mon front, maintenant remplies de sang, — furent souvent comparés à des sépulcres de rois ; — car quel était le roi vivant dont je ne pusse creuser la tombe ? — Et qui osait sourire quand Warwick fronçait le sourcil ? — Hélas ! voilà ma gloire souillée de poussière et de sang ! — Mes parcs, mes promenades, les manoirs que j’avais — m’abandonnent désormais ; et il ne me reste — de toutes mes terres que la longueur de mon corps ! — Ah ! qu’est-ce que la pompe, le pouvoir, l’empire, si ce n’est terre et poussière ? — Et, quelle que puisse être notre vie, nous n’en devons pas moins mourir.

Warwick

— Alors même je ne fuirais pas… Ah ! Montague, — si tu es là, doux frère, prends ma main, — et sous tes lèvres retiens un moment mon âme !… — Tu ne m’aimes pas ; car, si tu m’aimais, frère, — tes larmes laveraient ce caillot de sang figé — qui colle mes lèvres et m’empêche de parler. — Viens vite, Montague, ou je suis mort.

Somerset

— Ah ! Warwick, Montague a rendu l’âme ; — et jusqu’au dernier soupir il a appelé Warwick, — et il a dit : Recommandez-moi à mon vaillant frère . — Et il a essayé d’en dire davantage ; et ce qu’il a dit — était comme le bruit confus d’un canon — dans un souterrain ; enfin, — j’ai pu l’entendre proférer dans un gémissement : — Oh ! adieu, Warwick !

Warwick

Paix douce à son âme ! — Fuyez, milords, et sauvez-vous vous-mêmes ; car Warwick vous dit adieu — à tous, pour vous retrouver au ciel !

Warwick

Il meurt.

Oxford

— Partons, partons, pour rejoindre la grande armée de la reine.

Oxford

Ils sortent, emportant le corps de Warwick.

Clarence

— La moindre rafale aura bientôt dispersé ce nuage, — en le rejetant à la source d’où il est venu. — Ton seul rayonnement suffira à sécher ces vapeurs : — tout nuage n’engendre pas une tempête.

Richard

— Les forces de la reine sont évaluées à trente mille hommes : — Somerset et Oxford se sont réfugiés près d’elle. — Si elle a le temps de respirer, soyez sur — que son parti sera bientôt aussi puissant que le nôtre.

Roi Édouard

— Nous sommes informés par nos amis dévoués — qu’ils dirigent leur marche vers Tewksbury ; — pour nous, ayant triomphé aujourd’hui dans la plaine de Barnet, — nous irons droit à eux, car la célérité nous fraye le chemin ; — sur notre route, nos forces s’augmenteront — dans les comtés que nous traverserons. — Qu’on batte le tambour ; criez : Courage ! et en avant.

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

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Scène 23

Prince De Galles, Oxford, Somerset, Reine Marguerite, Messager, Roi Édouard

Une plaine près de Tewksbury ( 56 ) .

Prince De Galles

— Il me semble qu’une femme de cette vaillante humeur, — en prononçant de telles paroles devant un lâche, — lui mettrait au cœur l’intrépidité — et le ferait combattre, nu, contre un homme armé. — Si je dis cela, ce n’est pas que je doute de personne ici ; — car, si je soupçonnais un couard dans nos rangs, — je l’autoriserais à s’éloigner bien vite, — de peur qu’à l’heure critique il ne gâtât quelque autre — en lui communiquant sa frayeur. — S’il y a ici un homme de cette trempe, ce qu’à Dieu ne plaise, — qu’il parte avant que nous ayons besoin de son aide.

Oxford

— Des femmes et des enfants d’un si grand courage ! — Et des guerriers faibliraient ? Certes, ce serait une honte éternelle ! — Ô brave jeune prince ! ton illustre grand-père — revit en toi : puisses-tu vivre longtemps — pour assumer son image et renouveler sa gloire !

Somerset

— Quant à celui qui ne voudrait pas combattre pour un tel avenir, — qu’il aille chez lui se coucher, et, comme le hibou en plein jour, — qu’il ne se lève que pour provoquer l’étonnement et la risée.

Reine Marguerite

— Merci, gentil Somerset ; cher Oxford, merci.

Prince De Galles

— Et acceptez les remercîments de celui qui ne peut offrir autre chose.

Messager

— Préparez-vous, milords, car Édouard est proche — et prêt à combattre : soyez donc résolus.

Somerset

— Mais il sera déçu : nous sommes prêts.

Reine Marguerite

— J’ai le cœur réjoui en voyant votre ardeur.

Oxford

— Prenons position ici, et ne bougeons plus.

Roi Édouard

— Braves compagnons, vous voyez là-bas le hallier épineux, — qu’avec l’aide des cieux et de notre valeur — nous devons saper par la racine avant la nuit. — Je n’ai pas besoin d’attiser votre flamme, — car je la sais déjà assez ardente pour les consumer. — Donnez le signal du combat, et en avant, milords !

Reine Marguerite

— Lords, chevaliers, gentilshommes, que puis-je dire — qui ne soit contredit par mes pleurs ? À chaque parole que je prononce, — vous le voyez, je bois l’eau de mes yeux. — Donc, un dernier mot : Henry, votre souverain, — est prisonnier de l’ennemi ; son pouvoir est usurpé, — son royaume un charnier, ses sujets égorgés, — ses statuts annulés, ses trésors dilapidés ; — et là-bas est le loup qui fait ces ravages. — Vous combattez pour la justice. Ainsi, au nom de Dieu, milords, — soyez vaillants, et donnez le signal du combat.

Reine Marguerite

Les deux armées se retirent.

Reine Marguerite

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Scène 24

Roi Édouard, Oxford, Somerset, Reine Marguerite, Richard, Prince De Galles, Clarence

Le champ de bataille ( 57 ) .

Roi Édouard

— Donc voici le terme de tant de luttes tumultueuses. — Vite Oxford au château de Ham ! — Quant à Somerset, à bas sa tête coupable ! — Allons, emmenez-les ; je ne veux plus les entendre.

Oxford

— Pour ma part, je ne te troublerai plus de mes paroles.

Somerset

— Ni moi ; je me plie avec résignation à ma destinée.

Somerset

Sortent Oxford et Somerset, entourés de gardes.

Reine Marguerite

— Ainsi nous nous séparons tristement dans ce monde de troubles, — pour nous réunir avec joie dans la bien-heureuse Jérusalem.

Roi Édouard

— A-t-on fait proclamer que celui qui trouvera Édouard — aura une haute récompense, et lui, Édouard, la vie sauve ?

Richard

— On l’a fait : et tenez, voici le jeune Édouard.

Prince De Galles

— Parle comme un sujet, fier et ambitieux York ! — Suppose qu’en ce moment tu entends la voix de mon père ; — cède-moi ton siége et agenouille-toi où je suis, — tandis que je t’adresserai à toi-même les questions — auxquelles tu prétends, traître, que je réponde !

Reine Marguerite

— Ah ! si ton père avait eu ta résolution !

Richard

— Tu porterais encore le cotillon, — et tu n’aurais pas volé les culottes de Lancastre.

Prince De Galles

— Qu’Ésope réserve ses fables pour les soirées d’hiver ; — ses hargneux jeux de mots ne sont pas à leur place ici.

Richard

— Par le ciel, marmouset, je vous châtierai pour cette parole-là.

Reine Marguerite

— Oui, tu es né pour le châtiment des hommes.

Richard

Au nom du ciel ! emmenez cette captive insolente !

Prince De Galles

— Non, emmenez plutôt cet insolent bossu.

Roi Édouard

— Silence, enfant revêche, ou je vais réprimer votre langue.

Clarence

— Gars malappris, tu es par trop impertinent.

Roi Édouard

— Voilà pour toi, image de cette insulteuse.

Roi Édouard

Il poignarde le prince de Galles.

, au prince.

Richard

— Tu te débats ! Tiens, voilà pour achever ton agonie.

Richard

Il le poignarde.

, au prince.

Clarence

— Et voici pour m’avoir accusé de parjure.

Clarence

Il le poignarde.

Reine Marguerite

— Oh ! tuez-moi aussi.

Richard

Morbleu, soit.

Richard

Il va pour la frapper.

Roi Édouard

— Arrête, Richard, arrête ; car nous en avons déjà trop fait.

Richard

— Faut-il la laisser vivre pour qu’elle remplisse le monde de son parlage ?

Roi Édouard

— Quoi ! elle s’évanouit. Tâchez de la faire revenir.

Richard

— Clarence, excusez-moi auprès du roi mon frère. — Je vais à Londres pour affaire sérieuse : — avant que vous y arriviez, attendez-vous à apprendre quelque nouvelle.

Clarence

— Quoi ? quoi ?

Richard

La Tour ! La Tour !

Richard

Il sort.

Roi Édouard

— Hors d’ici cette femme ! allez, emmenez-la de force.

Reine Marguerite

— Non, ne m’emmenez pas d’ici, expédiez-moi ici. — Tiens, prends mon cœur pour fourreau, je te pardonnerai ma mort. — Quoi ! tu ne veux pas !… Eh bien, toi, Clarence, fais-le.

Clarence

— Par le ciel, je ne te ferai pas cette grâce.

Reine Marguerite

— Fais, bon Clarence ! Doux Clarence, je t’en supplie.

Clarence

— M’as-tu entendu jurer que je n’en ferais rien ?

Roi Édouard

— Arrière, dis-je ! Emmenez-la, je vous l’ordonne.

Reine Marguerite

— Puissiez-vous, vous et les vôtres, finir comme ce prince !

Reine Marguerite

Elle sort, entraînée de force.

Roi Édouard

Où est allé Richard ?

Clarence

— À Londres, au train de poste ; c’est, je le soupçonne, — pour faire un souper sanglant à la Tour.

Roi Édouard

— Il est expéditif, dès qu’une chose lui passe par la tête. — Maintenant partons d’ici ; que l’on congédie les simples soldats — avec leur solde et des remercîments, et marchons sur Londres ; — allons voir comment se porte notre mignonne reine. — J’espère que présentement elle a de moi un fils.

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

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Scène 25

Richard, Roi Henry

La Tour de Londres. ( 59 ) .

Richard

— Bonjour, milord ! quoi ! aussi occupé de votre lecture ?

, au lieutenant.

Richard

— L’ami, laisse-nous seuls : nous avons à causer.

Richard

Le lieutenant sort.

Roi Henry

— Ainsi le pâtre négligent fuit le loup ; — ainsi l’inoffensive brebis livre d’abord sa toison, — puis sa gorge au couteau du boucher ! — Quelle scène de mort Roscius va-t-il donc jouer ?

Richard

— Le soupçon hante toujours l’âme coupable ; — le voleur redoute un exempt dans chaque buisson.

Roi Henry

— L’oiseau qui a été englué dans un buisson — évite tout buisson d’une aile tremblante ; — et moi, le malheureux père d’un doux oiseau, — j’ai maintenant sous les yeux le fatal objet — par lequel fut englué, saisi et tué mon pauvre petit.

Richard

— Ah ! quel fol entêté que ce Crétois — qui fit faire à son fils l’office d’un oiseau ! — En dépit de ses ailes, l’imbécile fut noyé.

Roi Henry

— Je suis Dédale ; mon pauvre enfant, Icare ; — ton père, le Minos qui entrava notre marche ; — le soleil qui fondit les ailes de mon doux fils, — c’est ton frère Édouard ; et toi-même, tu es la mer — dont le gouffre haineux engloutit sa vie. — Ah ! tue-moi avec ton arme, non avec tes paroles ! — Ma poitrine peut mieux supporter la pointe de ta dague — que mon oreille cette tragique histoire. — Mais pourquoi viens-tu ? Est-ce pour avoir ma vie ?

Richard

— Crois-tu donc que je sois un exécuteur ?

Richard

— J’ai tué ton fils à cause de son insolence.

Roi Henry

— Si l’on t’avait tué dès ta première insolence, — tu n’aurais pas vécu pour tuer mon fils. — Aussi je prédis que des milliers d’êtres, — qui en ce moment ne soupçonnent même pas mes alarmes, — vieillards et veuves en sanglots, orphelins toujours en larmes, — pères pleurant leurs fils, femmes pleurant leurs maris, — orphelins pleurant leurs parents prématurément enlevés, — maudiront l’heure où tu es né. — À ta naissance le hibou jeta sa huée de mauvais augure ; — le corbeau nocturne annonça par ses croassements un temps de calamité ; — les chiens hurlèrent, et d’effroyables tempêtes abattirent les arbres ; — la corneille se nicha au haut des cheminées, — et les pies bavardes chantèrent dans un sinistre désaccord. — Ta mère souffrit plus que les douleurs d’une mère, — pour mettre au monde moins que l’espoir d’une mère, — une masse indigeste et difforme, — fruit monstrueux d’une souche si belle ! — Tu naquis, ayant déjà des dents dans la bouche, — pour signifier que tu venais pour mordre le monde ; — et, si tout ce que j’ai ouï dire est vrai, — tu vins…

Richard

— Je n’en entendrai pas davantage… Meurs, prophète, au milieu de ton apostrophe.

Richard

Il poignarde le roi.

Richard

— C’est pour ceci également que j’ai été créé.

Roi Henry

— Oui, et pour bien d’autres meurtres après celui-ci. — Oh ! que Dieu absolve mes péchés, et te pardonne !

Roi Henry

Il meurt.

Richard

Il le poignarde de nouveau.

Richard

— Moi qui n’ai, ni pitié, ni amour, ni crainte ! — Au fait, ce que m’a dit Henry est vrai. — Car j’ai souvent entendu ma mère dire — que je suis venu au monde les jambes en avant. — N’avais-je pas raison de me dépêcher, dites, — pour chercher à ruiner ceux qui usurpaient nos droits ? — L’accoucheuse fut ébahie ; et les femmes s’écrièrent : — Oh ! Jésus nous bénisse ! il est né avec des dents ! — Et en effet j’étais né ainsi ; ce qui signifiait clairement — que je grognerais, que je mordrais, et que je serais un vrai limier. — Eh bien, puisque les cieux ont ainsi façonné mon corps, — que l’enfer fasse mon âme difforme à l’avenant ! — Je n’ai pas de frère, je n’ai rien d’un frère. — Cet amour, que les barbes grises appellent divin, — est bon pour les gens qui ont entre eux des analogies, — et non pour moi. Moi, je suis unique. — Clarence, gare à toi ! tu m’interceptes la lumière ; — mais je susciterai pour toi un jour sombre. — Car je répandrai dans l’air des prophéties telles — qu’Édouard tremblera pour sa vie ; — et alors, pour le purger de sa frayeur, je serai ta mort. — Le roi Henry et le prince son fils ont disparu. — Clarence, ton tour est venu, puis viendra celui des autres : — car je me tiendrai pour infime jusqu’à ce que je sois suprême. — Henry, je vais jeter ton corps dans une autre salle, — et triompher de ton dernier jour.

Richard

Il sort.

Richard

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Scène 26

Roi Édouard, Richard, Clarence

Londres. Le palais de Westminster.

Roi Édouard

— Une fois encore, nous voilà assis sur le trône royal d’Angleterre, — racheté avec le sang de nos ennemis. — Que de vaillants adversaires, ainsi que des épis d’automne, — nous avons moissonnés au faîte de leur orgueil ! — Trois ducs de Somerset, champions triplement illustres — pour leur intrépide hardiesse ; — deux Clifford, le père et le fils, — et deux Northumberland : jamais deux guerriers plus braves — n’éperonnèrent leurs coursiers au son de la trompette ; — et avec eux, ces deux ours vaillants, Warwick et Montague, — qui liaient à leurs chaînes le lion royal, — et faisaient trembler la forêt de leurs rugissements. — Ainsi nous avons balayé l’inquiétude loin de notre trône, — et nous nous sommes fait un marchepied de sécurité. — Approche, Bess, que j’embrasse mon enfant. — Jeune Ned, c’est pour toi que tes oncles et moi — nous avons dans nos armures veillé les nuits d’hiver, — et marché tout le jour par les chaleurs brûlantes de l’été : — aussi tu pourras en paix hériter de la couronne, — et recueillir Le fruit de nos labeurs.

, à part.

Richard

— Je détruirai sa récolte, dès que tu auras la tête dûment couchée ; — car je ne suis pas encore considéré dans le monde. — Cette épaule n’a été constituée si forte que pour soulever un poids ! — et elle en soulèvera un, ou je me romprai l’échine.

Richard

Désignant sa tête, puis son bras.

Richard

— Toi, dresse le plan, et toi, exécute-le.

Roi Édouard

— Clarence et Glocester, aimez mon aimable reine ; — et embrassez votre neveu princier, mes frères.

Clarence

— L’hommage que je dois à Votre Majesté, — je le scelle sur les lèvres de ce cher enfant.

Roi Édouard

— Merci, noble Clarence, digne frère, merci.

Richard

— Combien j’aime l’arbre dont tu es sorti, — doux fruit, ce tendre baiser l’atteste…

Richard

À part.

Richard

— À dire vrai, c’est ainsi que Judas baisa son maître, — et lui cria : Salut à toi ! voulant dire : Malheur à toi !

Roi Édouard

— Maintenant je trône dans toute la joie de mon âme, — sûr de la paix de mon pays et de l’amour de mes frères.

Clarence

— Qu’est-ce que Votre Grâce veut faire de Marguerite ? — René, son père, a engagé — entre les mains du roi de France les Siciles et Jérusalem, — et nous a transmis le prix de sa rançon.

Roi Édouard

— Qu’elle s’en aille, et qu’on la transporte en France ! — Et maintenant il ne reste plus qu’à donner notre temps — à des fêtes triomphales, à des spectacles réjouissants et comiques — qui conviennent aux plaisirs d’une cour. — Sonnez, tambours et trompettes. Adieu, amers ennuis ! — Car aujourd’hui, j’espère, commence notre joie durable.

Roi Édouard

Ils sortent.

Roi Édouard

fin de la troisième partie de henry vi.

Roi Édouard

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Texte : Wikisource, licence CC BY-SA 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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