Drame historique · 1613

Henri VIII

de William Shakespeare

Représentation
≈ 2 h 09
Distribution
5 femmes, 3 hommes
Répliques
765
Écriture
En prose
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Roi Henry N 128 ≈ 17 min 9
Wolsey N 83 ≈ 16 min 7
Reine Catherine F 39 ≈ 11 min 3
Norfolk N 46 ≈ 8 min 5
Lord Chambellan N 40 ≈ 8 min 7
Suffolk N 31 ≈ 5 min 4
Buckingham N 25 ≈ 5 min 2
Premier Gentleman N 33 ≈ 5 min 2
Cranmer N 20 ≈ 4 min 4
Catherine F 21 ≈ 4 min 1
Surrey N 22 ≈ 4 min 2
Vieille Dame N 19 ≈ 4 min 2
Lovell N 21 ≈ 4 min 4
Deuxième Gentleman N 36 ≈ 3 min 2
Gardiner N 19 ≈ 3 min 3
Griffith F 12 ≈ 3 min 2
Campéius N 14 ≈ 3 min 3
Valet N 6 ≈ 3 min 1
Anne F 17 ≈ 3 min 2
Cromwell N 20 ≈ 2 min 2

Et 13 autres rôles.

Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte I
Roi Henry absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Wolsey absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Reine Catherine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Norfolk absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lord Chambellan absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Suffolk absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Buckingham absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Premier Gentleman absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Buckingham, Norfolk, Abergavenny, Wolsey, Premier Secrétaire, Brandon, Sergent

Londres. La salle d’un palais.

Buckingham

— Bonjour et heureuse rencontre ! Comment vous êtes-vous porté, — depuis que nous nous sommes vus en France ?

Norfolk

Je remercie Votre Grâce : — fort bien, ayant vécu dans la continuelle admiration — de ce que je voyais là.

Buckingham

Un malencontreux accès de fièvre — m’a retenu prisonnier dans ma chambre, quand — ces soleils de gloire, ces deux lumières du genre humain, — se sont rencontrés dans la vallée d’Ardres.

Buckingham

J’ai été tout ce temps — prisonnier de ma chambre.

Norfolk

Alors vous avez perdu — le spectacle de la gloire terrestre. On pouvait dire — jusque-là que la pompe était vierge, mais alors elle était mariée — à ce qui lui était supérieur. Chaque journée nouvelle — surpassait la journée précédente, jusqu’à ce que la dernière — s’appropriât les prodiges de toutes. Aujourd’hui, les Français, — tout clinquant et tout or, comme des dieux païens — éclipsaient les Anglais ; le lendemain, ceux-ci — faisaient de la Grande-Bretagne l’Inde : tout homme qui surgissait — semblait une mine. Les pages nains étaient — autant de chérubins, tout dorés ; les madames même, — peu habituées à la fatigue, étaient presque en sueur sous le poids — de leur coquetterie : leur effort même — leur servait de fard. Telle mascarade — était proclamée incomparable, dont la soirée suivante — faisait une niaiserie et une misère. Les deux rois, — d’un lustre égal, perdaient ou gagnaient, — selon leurs apparitions : la louange était toujours — pour celui qu’on apercevait ; mais, quand tous deux étaient présents, — il semblait qu’on n’en vît qu’un ; et pas un critique — n’eût osé remuer la langue dans une comparaison. Quand ces soleils —

car c’est ainsi qu’on les désigne

Norfolk

eurent par leurs hérauts — provoqué aux joutes tous les nobles cœurs, il se fit — des exploits incroyables : si bien que les vieilles légendes fabuleuses, — désormais reconnues possibles, trouvèrent crédit, — et qu’on crut à Bévis

Norfolk

.

Norfolk

— Aussi vrai que je tiens à la dignité et que je cherche — l’honnêteté dans l’honneur, les beautés de cette fête — perdraient de leur éclat dans le meilleur récit ; — pour elle, pas d’autre langue que celle de l’action. Tout était royal. — Rien n’était en désaccord avec la disposition suprême ; — l’ordre mettait chaque chose en son jour ; l’ensemble avait — dans le détail son plein effet.

Buckingham

Qui a dirige tout cela ? — je veux dire, qui a mis en mouvement le corps et les membres — de ce grand gala ?

Norfolk

Devinez : — quelqu’un, certes, qui n’annonçait aucune disposition — pour une affaire de ce genre.

Buckingham

Qui donc, je vous prie, milord ?

Norfolk

— Tout cela a été réglé par le rare discernement — du très-révérend cardinal d’York.

Buckingham

— Le diable l’assiste ! il n’y a pas de pâle où il ne fourre — son doigt ambitieux. Qu’avait-il — à se mêler de ces vanités effrénées ? Je m’étonne — que ce tas de graisse puisse avec sa seule masse — absorber les rayons du soleil bienfaisant — et en frustrer toute la terre.

Abergavenny

Je ne saurais dire — ce que lui a donné le ciel ; je laisse des yeux plus profonds — découvrir ça ; mais je puis voir son orgueil — percer de toutes parts en lui : d’où le tient-il ? — Si ce n’est pas de l’enfer, il faut que le diable soit bien chiche ; — où il faut que, le diable lui ayant donné déjà tout son avoir, il se soit mis — à créer lui-même un nouvel enfer.

Buckingham

Comment diable, — pour cette excursion en France, a-t-il pris sur lui — de désigner, à l’insu du roi, ceux — qui devaient l’accompagner ? Lui-même fait la liste — des gentilshommes, choisissant généralement — ceux à qui il désire imposer une lourde charge — pour un léger honneur ; et une simple lettre de lui, — écrite sans l’avis de l’honorable conseil, — enlève celui qui la reçoit à sa retraite.

Abergavenny

Je sais — de mes parents, trois au moins, qui ont — par ce moyen tellement épuisé leurs fortunes que jamais — ils ne retrouveront leur ancienne aisance.

Buckingham

Oh ! un grand nombre — se sont brisé les reins en emportant sur eux leurs manoirs — pour ce grand voyage. Et à quoi a servi cette vanité ? — Elle n’a amené — qu’un bien pauvre résultat.

Norfolk

Je pense avec douleur — que la paix entre les Français et nous ne vaut pas — ce qu’elle a coûté.

Norfolk

Et l’événement a éclaté ; — car la France a brisé le traité, et mis l’embargo — sur les biens de nos marchands à Bordeaux.

Abergavenny

Est-ce pour cela — que l’ambassadeur est congédié ?

Norfolk

Oui, ma foi.

Abergavenny

— Un joli traité de paix, et acheté — à ce taux excessif !

Buckingham

Eh bien, toute cette affaire, — c’est notre révérend cardinal qui l’a menée.

Wolsey

— L’intendant du duc de Buckingham ? Hé ! — où est sa déposition ?

Premier Secrétaire

La voici, s’il vous plaît.

Wolsey

— Est-il prêt personnellement ?

Premier Secrétaire

Oui, quand il plaira à Votre Grâce.

Wolsey

— Bien ! alors nous en saurons davantage ; et Buckingham — abattra ses grands airs.

Wolsey

Wolsey sort avec son cortége.

Buckingham

— Ce chien de boucher a la gueule venimeuse, et moi, — je n’ai pas le pouvoir de le museler ; par conséquent, le mieux — est de ne pas l’éveiller. La pédanterie d’un gueux — prime le sang d’un noble !

Norfolk

Quoi ! vous vous échauffez ! — Demandez à Dieu de la tempérance ; c’est le seul remède — que réclame votre maladie.

Buckingham

J’ai lu dans son regard — un projet contre moi : son œil est tombé dédaigneusement — sur moi, comme sur un objet abject ; à ce moment — il me porte quelque vilain coup. Il est allé trouver le roi ; — je vais le suivre, et lui faire baisser les yeux.

Buckingham

Je vais trouver le roi ; — et sous le cri de l’honneur j’abattrai à jamais — l’insolence de ce cuistre d’Ipswich, ou je proclamerai — qu’il n’y a pas d’inégalité entre les hommes.

Norfolk

Réfléchissez. — N’allumez pas pour votre ennemi une fournaise assez chaude — pour vous roussir vous-même. Nous pouvons dépasser, — par une violente vitesse, le but que nous voulons atteindre, — et échouer par excès d’élan. Ne savez-vous pas — que le feu qui fait déborder la liqueur, — en semblant l’augmenter, l’épuise ? Réfléchissez. — Je le répète, il n’y a pas une âme en Angleterre — plus capable de vous diriger que vous-même, — si vous voulez avec la sève de la raison éteindre — ou seulement modérer le feu de la passion.

Buckingham

Monsieur, — je vous suis reconnaissant, et je me guiderai — d’après votre prescription ; mais cet arrogant gaillard —

je n’en parle pas avec fiel, mais — avec une honnête émotion

Buckingham

, des renseignements — et des preuves, claires comme les ruisseaux en juillet dont — nous voyons chaque grain de sable, m’ont démontré — qu’il est corrompu et traître.

Norfolk

Ne dites pas traître.

Norfolk

C’est, ma foi, vrai.

Norfolk

Je suis fâché — d’apprendre cela de lui, et je désire fort — que vous vous trompiez sur son compte.

Buckingham

Non, je ne me trompe pas d’une syllabe. — Je juge le personnage tel — qu’il apparaîtra en réalité.

Brandon

— Votre office, sergent ! exécutez-le.

Sergent

Seigneur, — milord duc de Buckingham, comte — de Hereford, Stafford et Northampton, je — t’arrête pour crime de haute trahison, au nom — de notre très-souverain roi.

, à Norfolk.

Buckingham

La ! vous voyez, milord, — la nasse est tombée sur moi ; je succomberai — sous les artifices de la ruse.

Brandon

Je suis fâché — de vous voir enlever à la liberté, et d’assister — à ce qui arrive. C’est le bon plaisir de Son Altesse — que vous alliez à la Tour.

Buckingham

Il ne servira de rien — de protester de mon innocence, car il y a sur moi un reflet colorant — qui noircit ma plus pure blancheur. La volonté de Dieu — soit faite en ceci comme en tout !… J’obéis. — Ô milord Abergavenny, adieu.

Brandon

— Non, il doit vous accompagner.

Brandon

À Abergavenny.

Brandon

C’est le plaisir — du roi que vous alliez à la Tour, jusqu’à ce vous connaissiez — sa décision ultérieure.

Brandon

Voici un warrant du — roi pour arrêter lord Montague, et appréhender au corps — le confesseur du duc, John de la Car, — un Gilbert Peck, son chancelier…

Buckingham

Ha ! ha ! — voilà les membres du complot : c’est tout, j’espère.

Brandon

— Un moine des Chartreux.

Buckingham

Oh ! Nicholas Hopkins.

Brandon

Lui-même.

Buckingham

— Mon intendant est un traître ; le trop grand cardinal — lui a montré de l’or ; mes jours sont déjà comptés : — je ne suis plus que l’ombre du pauvre Buckingham, — et ce spectre même s’évanouit dans le nuage — qui éclipse mon radieux soleil… Milords, adieu

Buckingham

Ils sortent.

Buckingham

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Scène 2

Roi Henry, Reine Catherine, Norfolk, Wolsey, Reine Marguerite

La salle du conseil.

Roi Henry

Le roi s’assied sur son trône. Les lords du conseil prennent leurs places respectives. Le cardinal se place aux pieds du roi, à sa droite.

Reine Catherine

— Non, je dois rester à genoux ; je suis une suppliante.

Roi Henry

— Relevez-vous, et prenez place près de nous… Ne me dites pas — la moitié de votre supplique : vous avez la moitié de notre pouvoir. — L’autre moitié vous est concédée, avant que vous la demandiez. — Exprimez votre volonté, et faites-la.

Reine Catherine

Je remercie Votre Majesté. — Puissiez-vous vous aimer vous-même et, dans cet amour, — ne pas oublier votre honneur — ni la dignité de votre office ! voilà l’objet — de ma pétition.

Roi Henry

Ma dame, poursuivez.

Norfolk

Presque ! — Non, dites tout à fait. Car, sous le coup de ces taxes, — les drapiers, ne pouvant plus maintenir — tout leur monde, ont congédié — les fileurs, les cardeurs, les fouleurs, les tisserands ; ces hommes, — incapables d’un autre métier, forcés par la faim — et par le manque de ressources, attaquant l’événement à la gorge — dans un effort désespéré, sont tous en pleine émeute, — et le Danger sert dans leurs rangs.

Roi Henry

Des taxes ! — de quelle espèce ? Quelles sont ces taxes ? Milord cardinal, — vous qui êtes blâmé ici ainsi que nous, — avez-vous connaissance de ces taxes ?

Wolsey

Sire, ne vous en déplaise, — je ne connais que ce qui est de mon ressort — dans les affaires de l’État, et je n’ai que mon rang dans la colonne — ou bien d’autres emboîtent le pas avec moi.

Reine Catherine

En effet, milord, — vous ne savez pas les choses mieux que d’autres ; mais vous êtes l’auteur des choses — que chacun sait, choses funestes — à tant de gens, qui voudraient ne les avoir jamais connues, mais qui sont — bien forcés de les savoir ! Quant aux exactions — dont mon souverain demande compte, le seul récit — en fait mal ; quiconque les supporte — a les reins brisés sous la charge. On dit — qu’elles sont imaginées par vous ; si cela n’est pas, vous subissez — de bien injustes reproches !

Reine Catherine

Je suis bien osée — d’abuser ainsi de votre patience ; mais je suis enhardie — par la promesse de votre pardon. Le grief de vos sujets, — c’est la création de ces commissions qui exigent de chacun — la sixième partie de sa fortune, payable — sans délai ; et le prétexte à cet impôt — est votre guerre avec la France. Cela provoque les murmures ; — des milliers de bouches crachent tout respect ; le refroidissement des cœurs — y glace la fidélité ; qui avait les prières — n’a plus que les malédictions ; et le résultat, — c’est que toute obéissance passive est mise par chacun au service — de sa volonté furieuse. Je voudrais que Votre Altesse — s’occupât vite de cette affaire, car — il n’en est pas de plus urgente.

Roi Henry

Sur ma vie, ceci est contre notre bon plaisir.

Roi Henry

Les choses bien faites, — et faites avec soin, sont à l’abri de ces dangers ; — les choses faites sans précédent ont des conséquences — qui peuvent être dangereuses. Avez-vous un exemple — d’une taxe pareille ? Je crois que non. — Nous ne devons pas arracher nos sujets à nos lois, — et les lier à notre volonté. La sixième partie de chaque fortune ! — Cette contribution fait frémir. Eh ! c’est prendre — à chaque arbre les branches, l’écorce et une partie de son bois ; — nous avons beau lui laisser la racine, dès qu’il est ainsi mutilé, — l’air doit absorber sa sève. Que dans tous les comtés, — où il est question de cet impôt, on envoie par écrit — un complet pardon à tout homme qui en a combattu — la mise en vigueur. Veillez-y, je vous parie ; — je vous charge de ce soin.

, bas à un secrétaire.

Wolsey

Un mot. — Qu’on écrive dans chaque comté des lettres — annonçant la grâce et le pardon du roi. Le peuple lésé — a de moi une opinion défavorable ; qu’on répande le bruit — que cette révocation et ce pardon — sont dus à notre intercession. Je vous donnerai bientôt des instructions — nouvelles à ce sujet.

Wolsey

Le secrétaire sort.

Reine Marguerite

— Je suis fâchée que le duc de Buckingham — ait encouru votre déplaisir.

, à l’intendant.

Wolsey

— Avancez ; et rapportez hardiment — ce qu’en sujet dévoué vous avez — recueilli du duc de Buckingham.

Roi Henry

Parlez librement.

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

— D’abord, il avait coutume de dire

chaque jour — il tenait ce langage venimeux

Roi Henry

que, si le roi — mourait sans postérité, il s’arrangerait — de manière à faire le sceptre sien. Ces paroles mêmes, — je les lui ai entendu dire à son gendre, — lord Abergavenny, à qui il jurait — de se venger du cardinal.

Reine Catherine

Mon savant lord cardinal, — interprétez tout avec charité.

Roi Henry

Parlez. — Sur quoi était fondé son titre à la couronne, — notre chute consommée ? L’avez-vous entendu — jamais s’expliquer sur ce point ?

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

Il y fut amené — par une folle prophétie de Nicholas Hopkins.

Roi Henry

— Qu’était cet Hopkins ?

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

Sire, un frère chartreux, — son confesseur, qui à toute minute le gorgeait — de promesses de souveraineté.

Roi Henry

Comment sais-tu cela ?

Roi Henry

l’intendant.

Reine Catherine

Si je vous reconnais bien, — vous étiez l’intendant du duc, et vous avez perdu votre office — sur la plainte de ses tenants. Prenez garde — d’accuser par rancune une noble personne, — et de perdre votre âme plus noble. Prenez garde, vous dis-je ; — prenez garde, je vous en conjure ardemment.

Roi Henry

Laissez-le continuer… — Poursuis.

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

Sur mon âme, je ne dirai que la vérité. — Je déclarai à milord duc que le moine pourrait bien être déçu par les illusions du diable, qu’il était dangereux pour lui — de songer à tout cela, et qu’il devait craindre — de forger quelque dessein qui, une fois dans son esprit, — pourrait bien être mis à exécution. Il répondit : Bah ! — cela ne peut pas me faire de mal. Et il ajouta — que, si le roi avait succombé dans sa dernière maladie, — les têtes du cardinal et de sir Thomas Lowel — seraient tombées.

Roi Henry

Quoi ! tant d’acharnement ! Ah ! ah ! — Il y a de la perfidie chez cet homme. Peux-tu en dire davantage.

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

— Oui, mon suzerain.

Roi Henry

Poursuis.

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

Une fois, à Greenwich, — quand Votre Altesse eut réprimandé le duc — à propos de sir William Blomer…

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

— Le duc s’écria : « Si j’ avais été pour cela envoyé — à la Tour, comme je m’y attendais, j’aurais fait — ce que mon père se proposait de faire — à l’usurpateur Richard : étant à Salisbury, — il demanda à paraître devant Richard ; s’il eût été admis, — il aurait fait mine de lui rendre hommage et — l’aurait frappé de son couteau. »

Roi Henry

Traître géant !

Wolsey

— Eh bien, madame, Son Altesse peut-elle être en sûreté — et cet homme hors de prison ?

Reine Catherine

Que Dieu remédie à tout !

Roi Henry

— Tu as encore quelque chose à révéler : continue.

Roi Henry

l’intendant.

Roi Henry

— Après avoir parlé du duc son père et du couteau, — il se roidit, et, une main sur sa dague, — l’autre sur sa poitrine, élevant les yeux, — il exhala une horrible imprécation, jurant — que, si on le traitait mal, il dépasserait — son père de toute la distance qu’il y a entre l’exécution — et une vague velléité.

Roi Henry

Voilà sa conclusion : — faire de nous son fourreau ! Il est arrêté : — qu’on le mette sur-le-champ en jugement ; s’il peut — obtenir sa grâce de la loi, soit ; sinon, — qu’il ne l’espère pas de nous. Jour et nuit ! — c’est un traître au premier chef.

Roi Henry

Ils sortent

Roi Henry

.

Roi Henry

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Scène 3

Lord Chambellan, Sands, Lovell

Dans le palais .

Lord Chambellan

— Est-il possible que les charmes de la France fourvoient les gens dans de si étranges pratiques ?

Sands

Les modes nouvelles, — si ridicules, — si indignes d’un homme qu’elles soient, sont toujours suivies.

Lord Chambellan

— À ce que je vois, tout le bénéfice que nos Anglais — ont recueilli de leur dernier voyage se réduit — à une ou deux grimaces ; mais elles sont drôles ; — car, quand ils les font, vous jureriez aussitôt — que leurs nez ont été conseillers — de Pépin ou de Clotaire, tant ils ont de majesté.

Sands

— Ils ont tous des jambes neuves, mais boiteuses : — quelqu’un qui ne les aurait jamais vus marcher, croirait que l’éparvin — sévit parmi eux.

Lord Chambellan

Mordieu ! milord, — leurs habits sont d’une coupe si païenne — qu’à coup sûr ils ont usé tout ce qu’ils avaient de chrétien. Eh bien, — quelles nouvelles, sir Thomas Lowell ?

Lovell

Ma foi, milord, — je ne connais de nouveau que l’édit — qu’on vient de flanquer sur la porte de la cour.

Lord Chambellan

Quel en est l’objet ?

Lord Chambellan

— J’en suis bien aise ; maintenant je prierai nos messieurs — d’admettre qu’un homme de cour anglais peut être sensé, — sans avoir jamais vu le Louvre.

Lovell

Il faut maintenant —

telles sont les injonctions de l’édit

Lovell

qu’ils jettent au rebut — les plumes folles qu’ils ont rapportées de France, — ainsi que tous les honorables us de la niaiserie — adoptés en outre, tels que duels et feux d’artifice ; — qu’ils cessent d’insulter des gens qui valent mieux qu’eux — du haut de leur pédanterie exotique ; qu’ils renoncent tout net — à leur culte pour le jeu de paume, les longues chausses, — les culottes courtes à crevés, et tous ces échantillons de voyage, — et qu’ils se tiennent de nouveau comme d’honnêtes gens ; — sinon, ils devront plier bagage et rejoindre leurs anciens compagnons de folie ; là, je suppose, — ils pourront, cum privilégio , user — ce qui leur reste d’extravagance, et faire rire d’eux.

Lord Chambellan

— Il est temps de leur appliquer le remède, leur maladie — est devenue si contagieuse !

Lovell

Quelle perte nos dames — vont faire de ces pimpants vaniteux !

Lord Chambellan

Oui, morbleu, — il y aura de vrais chagrins, milord. Ces madrés fils de putains — ont une recette prompte pour faire glisser les dames : — une chanson française et un violon ! il n’y a rien de tel.

Lord Chambellan

À merveille, lord Sands. — Votre dent d’étalon n’est pas encore tombée.

Sands

Non, milord ; — et elle ne tombera pas, tant qu’il en restera un chicot.

Lord Chambellan

Sir Thomas, — où alliez-vous ?

Lovell

Chez le cardinal. — Votre Seigneurie est invitée aussi.

Lord Chambellan

Oh ! c’est vrai. — Ce soir il donne un souper, et un grand souper, — à une foule de lords et de ladies : les beautés de ce royaume — y seront, je vous assure.

Lovell

— Cet homme d’Église a le cœur vraiment généreux, — et la main aussi féconde que la terre qui nous nourrit : — ses rosées tombent partout.

Lord Chambellan

Sans nul doute, il est magnifique ; — il faudrait avoir une langue bien noire pour dire autrement.

Sands

— Il peut être magnifique, milord, il a de quoi : en lui, — l’économie serait un péché pire que l’hérésie. — Les hommes de sa façon doivent être les plus généreux : — ils sont mis là pour donner l’exemple.

Sands

Je suis tout à Votre Seigneurie.

Sands

Ils sortent.

Sands

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Scène 4

Guildford, Sir Thomas Lovell, Lord Chambellan, Lovell, Sands, Anne, Wolsey, Domestique, Roi Henry

La grande galerie du palais d’York.

Guildford

— Mesdames, soyez les bienvenues ! Au nom de Sa Grâce, — salut à toutes. Le cardinal dédie cette soirée — à la belle humeur et à vous : il espère que nulle ici, — dans tout ce noble essaim, n’a apporté avec elle — un souci du dehors : il vous voudrait à toutes la gaîté — qu’une bonne compagnie, un bon vin et un bon accueil — peuvent donner à de bonnes gens.

Sir Thomas Lovell

Oh ! milord, vous êtes en retard : — la seule idée d’une si belle compagnie — m’a donné des ailes.

Lord Chambellan

Vous êtes jeune, sir Henry Guildford.

Lovell

— Oh ! milord, si vous étiez aujourd’hui le confesseur — d’une ou deux d’entre elles !

Sands

Je le voudrais : — elles subiraient une pénitence bien douce.

Lovell

Douce, dites-vous ? Et comment ?

Sands

— Aussi douce que pourrait la rendre un lit de plumes.

Lord Chambellan

— Belles dames, vous plairait-il de vous asseoir ? Sir Henry, — placez-vous de ce côté ; je me chargerai de celui-ci. — Sa Grâce va entrer… Non, il ne faut pas que vous geliez ; — deux femmes placées l’une près de l’autre, cela fait froid. — Milord Sands, c’est vous qui les tiendrez éveillées ; — je vous en prie, asseyez-vous entre ces dames.

Sands

Oui, ma foi, — et je remercie Votre Seigneurie… Avec votre permission, belles dames.

Sands

Il s’assied entre Anne Bullen et une autre dame.

Sands

— S’il m’arrive de divaguer un peu, pardonnez-moi ; — je tiens ça de mon père.

Anne

Est-ce qu’il était fou, monsieur ?

Sands

— Oh ! très-fou, fou furieux, et en amour encore ! — Mais il ne mordait personne ; juste comme moi en ce moment, — il vous eût donné vingt baisers d’un souffle.

Sands

Il l’embrasse.

Sands

Pour ma petite part, — laissez-moi faire.

Wolsey

— Vous êtes les bienvenus, mes aimables convives : noble dame — ou gentilhomme, quiconque n’a pas une franche gaîté, — n’est pas de mes amis… Voici pour confirmer ma bienvenue : — à la santé de vous tous !

Wolsey

Il boit.

Sands

Votre Grâce en use noblement. — Qu’on me donne un hanap qui puisse contenir mes remercîments ; — cela m’épargnera autant de paroles.

Wolsey

Milord Sands, — je vous suis obligé ; animez vos voisines… — Mesdames, vous n’êtes pas gaies. Messieurs, — à qui la faute ?

Sands

Il faut d’abord que le vin rouge monte — à leurs jolies joues, milord ; alors elles parleront tant — qu’elles nous feront taire.

Anne

Vous êtes un joyeux partenaire, — milord Sands.

Sands

Oui, quand je peux faire ma partie. — À votre santé, madame, et faites-moi raison ; — car ceci s’adresse à une chose…

Anne

Que vous ne pourriez pas me montrer.

, au Cardinal.

Sands

Tambours et trompettes au fond du théâtre. Décharge d’artillerie.

Wolsey

Qu’est-ce donc ?

Lord Chambellan

— Que quelqu’un de vous aille voir ce que c’est.

Lord Chambellan

Un domestique sort.

Wolsey

Quel bruit belliqueux ! — Qu’est-ce que cela signifie ?… Non, mesdames, n’ayez pas peur ; — par toutes les lois de la guerre vous êtes privilégiées.

Wolsey

Le domestique revient.

Lord Chambellan

— Eh bien ! qu’est-ce ?

Domestique

Une noble troupe d’étrangers, — à ce qu’il semble. Ils ont quitté leur barque, et atterri ; — ils viennent ici ; on dirait les ambassadeurs extraordinaires — de princes étrangers.

Wolsey

Bon lord chambellan, — allez leur souhaiter la bienvenue, vous savez parler le français ; — veuillez donc, je vous prie, les accueillir noblement, et les amener — en notre présence, pour que ce ciel constellé de beautés — brille en plein sur eux… Que quelques-uns l’accompagnent !

Wolsey

Le Chambellan sort accompagné. Tous les convives se lèvent, et l’on enlève les tables.

Wolsey

— Voilà votre banquet interrompu ; mais nous réparerons cela. — Bonne digestion à tous ! Encore une fois, — je vous envoie une averse de saluts… Bienvenus tous.

Lord Chambellan

— Comme ils ne parlent pas l’anglais, ils m’ont prié — de dire à Votre Grâce qu’ayant appris par la renommée — qu’une compagnie si belle et si noble — devait se réunir ici ce soir, ils n’ont pu moins faire, — dans leur respectueuse admiration pour la beauté, — que de quitter leur troupeau ; et, sous vos gracieux auspices, — ils demandent la permission de voir ces dames, et de passer — une heure de réjouissances avec elles.

Wolsey

Dites-leur, milord chambellan, — qu’ils ont fait grand honneur à ma pauvre maison ; je leur en rends — mille grâces, et je les prie de faire selon leur bon plaisir.

Wolsey

On choisit les dames pour la danse. Le roi choisit Anne Bullen.

Roi Henry

— La plus jolie main que j’aie jamais touchée ! Ô beauté, — je ne t’ai connue que d’aujourd’hui.

Roi Henry

Musique. Danse.

, au lord chambellan.

Wolsey

— Milord ?…

Lord Chambellan

Votre Grâce ?

Wolsey

Veuillez leur dire ceci de ma part : — qu’il doit y avoir parmi eux un personnage qui par son rang — est plus digne de cette place que moi-même, et que, — si je le reconnaissais, je la lui offrirais — avec mon amour et mon hommage.

Lord Chambellan

C’est bien, milord.

Lord Chambellan

Le chambellan va parler aux masques, puis revient.

Wolsey

— Que disent-ils ?

Wolsey

Voyons alors.

Wolsey

Il quitte son siége sous le dais.

Wolsey

— Avec votre permission, messieurs… C’est ici que je choisis — mon roi.

, se démasquant.

Roi Henry

Vous l’avez trouvé, cardinal. — Vous réunissez là une charmante compagnie ; vous faites bien, milord. — Vous êtes homme d’Église ; sans quoi, je vous le dirai, cardinal, — j’aurais de vous méchante opinion.

Wolsey

Je suis bien aise — que Votre Grâce soit de si belle humeur.

Roi Henry

Milord chambellan, — viens ici, je te prie : quelle est cette belle dame-là ?

Lord Chambellan

— N’en déplaise à Votre Grâce, c’est la fille de sir Thomas Bullen, — vicomte Rochefort, une des femmes de Son Altesse la reine.

Roi Henry

— Par le ciel, c’est une beauté friande… Ma charmante, — je serais bien discourtois de vous avoir fait danser — sans vous embrasser.

Roi Henry

Il l’embrasse.

Roi Henry

Une santé, messieurs, — une santé à la ronde !

Wolsey

— Sir Thomas Lovell, le banquet est-il prêt — dans la chambre privée ?

, au roi.

Wolsey

Votre Grâce, — j’en ai peur, est un peu échauffée par la danse.

Roi Henry

Un peu trop, j’en ai peur.

Wolsey

L’air est plus frais, milord, — dans la chambre voisine.

Roi Henry

— Conduisez chacun vos dames…

Roi Henry

À Anne.

Roi Henry

Douce partenaire, — je ne dois pas vous quitter encore. Soyons gais. — Mon bon lord cardinal, j’ai une demi-douzaine de santés — à boire à ces belles dames, et un pas — encore à leur faire danser ; et alors nous rêverons — à qui sera le plus favorisé… Que la musique retentisse !

Roi Henry

Ils sortent.

Roi Henry

‌

Scène 5

Premier Gentleman, Deuxième Gentleman, Lovell, Buckingham, Vaux

Une rue.

Premier Gentleman

— Où allez-vous si vite ?

Deuxième Gentleman

Oh ! Dieu vous garde ! — Je vais à la salle d’assises savoir ce que va devenir — le grand duc de Buckingham.

Premier Gentleman

Je vous épargnerai — cette peine, monsieur. Tout est fini à présent, sauf la cérémonie — de reconduire le prisonnier.

Deuxième Gentleman

Étiez-vous là ?

Deuxième Gentleman

Dites, qu’est-il arrivé, je vous prie ?

Premier Gentleman

— Vous pouvez aisément le deviner.

Deuxième Gentleman

Est-il déclaré coupable !

Premier Gentleman

— Oui, vraiment, et condamné comme tel.

Deuxième Gentleman

— J’en suis fâché.

Premier Gentleman

Comme beaucoup d’autres.

Deuxième Gentleman

— Mais comment ça s’est-il passé, je vous prie ?

Premier Gentleman

— Je vous le dirai en peu de mots. Le noble duc — est venu à la barre ; là, à toutes les accusations — il a constamment répliqué qu’il n’était pas coupable, et il a allégué — plusieurs raisons puissantes pour détourner le coup de la loi. — Par contre, l’avocat du roi — a fait valoir les dépositions, les preuves, les confessions — de divers témoins, avec qui le duc a désiré — être confronté viva voce . — Sur quoi ont paru contre lui son intendant ; — sir Gilbert Peck, son chancelier, et John Car, son confesseur ; puis ce diable de moine, — Hopkins, qui a fait tout le mal.

Deuxième Gentleman

C’était celui — qui l’entretenait de ses prophéties ?

Deuxième Gentleman

— Et ensuite comment s’est-il comporté ?

Premier Gentleman

— Quand il a été ramené à la barre, pour entendre — sonner son glas, son arrêt de mort, il était saisi — d’une telle angoisse qu’il suait à grosses gouttes ; — il a dit quelques mots de colère, confus et précipités ; — mais il a repris possession de lui-même, et enfin, radouci, — il n’a cessé de montrer la plus noble résignation.

Deuxième Gentleman

— Je ne crois pas qu’il ait peur de la mort.

Premier Gentleman

Assurément, non. — Il n’a jamais été à ce point pusillanime ; mais la cause de sa chute — a bien pu l’affecter quelque peu.

Deuxième Gentleman

Certes, — le cardinal est au fond de ceci.

Premier Gentleman

C’est probable, — d’après toutes les conjectures. D’abord cette mise en jugement de Kildare, — naguère député d’Irlande. Lui écarté, — ou a vite envoyé à sa place le comte de Surrey, — pour l’empêcher de secourir son père.

Deuxième Gentleman

Ce tour d’État — était bien profondément perfide.

Premier Gentleman

À son tour, — sans doute, le comte le fera payer cher. Ceci est remarqué — généralement : à quiconque obtient la faveur du roi, — le cardinal trouve immédiatement de l’emploi, — et toujours assez loin de la cour.

Premier Gentleman

Restez là, monsieur, — et vous allez voir le noble déchu dont vous parlez.

Deuxième Gentleman

— Rangeons-nous, et regardons-le.

Lovell

— Au nom de la charité, je conjure Votre Grâce, — si jamais votre cœur a recelé — quelque ressentiment contre moi, de me pardonner pleinement aujourd’hui.

Buckingham

— Sir Thomas Lovell, je vous pardonne aussi sincèrement — que je voudrais être pardonné : je pardonne à tous ! — Je n’ai pas subi assez d’outrages — pour ne pouvoir pas les amnistier : nulle rancune noire — ne fermera ma tombe. Recommandez-moi à Sa Majesté ; — et, si elle parle de Buckingham, dites-lui, je vous prie, — que vous m’avez rencontré à mi-chemin du ciel ; mes vœux et mes prières — sont encore pour le roi ; et, jusqu’à ce que mon âme me quitte, — elle n’implorera pour lui que des bénédictions. Puisse-t-il vivre — plus d’années que je n’ai le temps d’en compter ! — Puisse sa règle être toujours aimée et aimable ! — Et, quand la vieillesse l’aura amené à sa fin, — puissent la bonté et lui occuper le même monument !

Lovell

— Il faut que je conduise Votre Grâce au bord de l’eau ; — là je remettrai ma charge à sir Nicholas Vaux, — qui vous conduira jusqu’à votre fin.

Vaux

Allez tout préparer : — le duc arrive, veillez à ce que la barque soit prête, — et décorez-la d’une façon conforme — à la grandeur de sa personne.

Buckingham

Buckingham et sa suite sortent

Buckingham

.

Premier Gentleman

— Oh ! cela est lamentable. Monsieur, cette catastrophe — n’attirera, je le crains, que trop de malédictions sur la tête — de ses auteurs.

Deuxième Gentleman

Si le duc est innocent, — cela est gros de malheurs ; pourtant je puis vous faire part — d’une calamité imminente qui, si elle arrive, — sera plus grande que celle-ci.

Premier Gentleman

Que les bons anges la détournent de nous ! — Que peut-il arriver ? Vous ne doutez pas de ma discrétion, monsieur ?

Deuxième Gentleman

— Ce secret est si important qu’il faut — pour le cacher une forte discrétion.

Premier Gentleman

Dites-le-moi ; je ne parle guère.

Deuxième Gentleman

Je n’en doute pas. — Vous saurez donc tout, monsieur. N’avez-vous pas ces jours-ci entendu — certaine rumeur d’une séparation — entre le roi et Catherine ?

Premier Gentleman

Oui, mais cela n’a pas duré ; — car, dès que le roi en eut connaissance, saisi de colère, — il envoya au lord-maire l’ordre — d’arrêter immédiatement ce bruit et de faire taire les langues — qui oseraient le répandre.

Premier Gentleman

C’est l’œuvre du cardinal : — il cherche uniquement à se venger de l’empereur, — qui ne lui a pas accordé sur sa demande — l’archevêché de Tolède.

Deuxième Gentleman

— Je crois que vous avez touché juste : mais n’est-ce pas cruel — que ce soit à la reine qu’il en cuise ? Le cardinal — veut être satisfait, et il faudra qu’elle tombe.

Premier Gentleman

C’est bien malheureux. — Nous sommes ici trop en public pour discuter cela ; — allons en causer en particulier.

Premier Gentleman

Ils sortent.

Premier Gentleman

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Scène 6

Lord Chambellan, Suffolk, Norfolk, Roi Henry, Wolsey, Roi Henri, Campéius, Gardiner

Une antichambre du palais.

Lord Chambellan

« Milord, les chevaux que désirait Votre Seigneurie avaient été, sous mon active surveillance, parfaitement choisis, dressés et équipés ; ils étaient jeunes et beaux, et de la meilleure race du Nord. Au moment où ils étaient prêts à partir pour Londres, un homme de milord cardinal, muni d’une commission et de pleins pouvoirs, me les a enlevés, en me donnant pour raison que son maître voulait être servi avant un sujet, sinon avant le roi ; ce qui, monsieur, nous a fermé la bouche. »

Lord Chambellan

— Il finira, je le crains en effet, par être servi le premier. Soit, qu’il les garde ! — Il veut tout avoir, je pense.

, aux deux ducs.

Lord Chambellan

Le bon jour à Vos Grâces !

Suffolk

— De quoi le roi est-il occupé ?

Lord Chambellan

Je l’ai laissé seul, — plein de trouble et de tristes pensées.

Norfolk

Quelle en est la cause ?

Lord Chambellan

— Il paraît que son mariage avec la femme de son frère — a serré de trop près sa conscience.

Suffolk

Non, c’est sa conscience — qui serre de trop près une autre dame.

Norfolk

En effet. — C’est l’œuvre du cardinal, du roi-cardinal ; — ce prêtre aveugle, comme le fils aîné de la fortune, — tourne tout à sa guise. Le roi le connaîtra un jour.

Suffolk

— Plût à Dieu ! autrement il ne se connaîtra jamais lui-même.

Lord Chambellan

— Dieu me garde de pareilles machinations ! il est bien vrai — que cette nouvelle est partout ; toutes les bouches la répètent, — et tous les cœurs honnêtes la déplorent. Quiconque ose — approfondir cette affaire en voit l’objet suprême, — la sœur du roi de France. Le ciel ouvrira un jour — les yeux du roi, restés si longtemps fermés — sur cet audacieux méchant.

Suffolk

Et nous affranchira de son oppression.

Norfolk

— Nous avons grand besoin de prier, — et avec ferveur, pour notre délivrance : — ou cet homme impérieux, de princes que nous sommes, — nous fera pages. Toutes les dignités humaines — sont entassés devant lui en un monceau unique qu’il façonne — à sa guise.

Suffolk

Pour moi, milords, — je ne l’aime ni ne le crains : voilà ma profession de foi. — Comme il ne m’a pas fait ce que je suis, je resterai tel, — s’il plaît au roi : ses malédictions et ses bénédictions — me touchent également : ce sont autant de paroles auxquelles je ne crois pas. — Je l’ai connu et je le connais ; aussi je l’abandonne — à celui qui l’a fait si superbe, le pape !

Norfolk

Entrons, — et, par quelque occupation nouvelle, distrayons le roi — de ces tristes idées qui agissent trop sur lui… — Milord, vous nous accompagnerez ?

Norfolk

Merci, mon bon lord chambellan.

Suffolk

— Comme il a l’air triste ! il faut qu’il soit bien affligé.

Roi Henry

— Qui est là ? Hein ?

Norfolk

Prions Dieu qu’il ne soit pas fâché.

Roi Henry

— Qui est là, dis-je ? comment osez-vous troubler — nos méditations intimes ? — Qui suis-je ? hein ?

Norfolk

— Un gracieux roi, qui pardonne à toute offense — un tort involontaire. Notre indiscrétion — a pour cause une affaire d’État, pour laquelle nous venons — savoir votre royal bon plaisir.

Roi Henry

Vous êtes par trop hardis. — Allez, je vous ferai connaître vos heures de service. — Est-ce le moment des affaires temporelles ? hein ?

Wolsey

— Qui est là ? mon bon lord cardinal ?… Ô mon Wolsey, — calmant de ma conscience blessée, — tu es le remède qu’il faut à un roi.

Wolsey

À Campéius.

Wolsey

Vous êtes le bienvenu, — très-savant et révérend sire, dans notre royaume : — usez-en comme de nous.

Wolsey

À Wolsey.

Wolsey

Sire, elle ne saurait l’être. — Je voudrais que Votre Grâce nous accordât seulement une heure — d’entretien particulier.

, à Norfolk et à Suffolk.

Roi Henri

Nous sommes occupés ; allez !

, à part.

Norfolk

— Ce prêtre n’a pas d’orgueil, n’est-ce pas ?

, à part.

Suffolk

À peine ! — Je ne voudrais pas en être malade à ce point, pas même pour sa place ! — mais cela ne peut continuer.

, à part.

Norfolk

Si cela dure, — gare à lui ! je sais quelqu’un qui se risquera.

Suffolk

Et moi aussi.

Suffolk

Sortent Norfolk et Suffolk.

, au roi.

Wolsey

— Votre Grâce a donné une leçon de sagesse — à tous les princes, en soumettant franchement — ses scrupules au jugement de la chrétienté. — Qui peut se fâcher à présent ? quelle critique peut vous atteindre ? — L’Espagnol, lié à la reine par le sang et par l’affection, — doit reconnaître maintenant, s’il a quelque bonne foi, — que le débat est juste et noble. Tous les clercs, — je veux dire les savants de tous les royaumes chrétiens, — ont donné leur libre opinion. Rome, cette nourrice de la sagesse, — sur votre auguste invitation, nous a envoyé — un organe universel, ce bon homme, — cet équitable et savant prêtre, le cardinal Campéius, — que je présente encore une fois à Votre Altesse.

Campéius

— Votre Grâce doit mériter l’amour de tous les étrangers ; — vous êtes si noble ! Entre les mains de Votre Altesse — je remets ces pouvoirs, en vertu desquels — la cour de Rome vous associe, vous, milord — cardinal d’York, à moi, son serviteur, — pour juger impartialement cette affaire.

Roi Henry

— Deux hommes égaux ! La reine sera informée — sur-le-champ de l’objet de votre venue : où est Gardiner ?

Wolsey

— Votre Majesté a, je le sais, toujours aimé la reine — si tendrement qu’elle ne lui refusera pas — ce qu’une femme d’un moindre rang a droit de demander, — de savants conseils autorisés à la défendre librement.

Roi Henry

— Oui, et elle aura les meilleurs ; et ma faveur — est promise à qui la défendra le mieux. À Dieu ne plaise qu’il en soit autrement ! Cardinal, — je t’en prie, appelle-moi Gardiner, mon nouveau secrétaire, — c’est un garçon qui me convient.

Roi Henry

Sort Wolsey.

Wolsey

— Donnez-moi votre main ; je vous souhaite beaucoup de bonheur et de faveur : — vous êtes au roi maintenant.

Gardiner

Mais toujours aux ordres — de Votre Grâce, dont la main m’a élevé.

Roi Henry

— Viens ici, Gardiner.

Roi Henry

Ils causent à part.

Wolsey

Oui, c’était lui.

Campéius

— N’était-il pas considéré comme un savant homme ?

Wolsey

Oui, sans doute.

Campéius

— Croyez-moi, il court des bruits fâcheux — sur vous-même, lord cardinal.

Wolsey

Comment ! sur moi !

Campéius

— On n’hésite pas à dire que vous étiez jaloux de lui, — et que, craignant l’élévation d’un homme si vertueux, — vous l’avez constamment relégué à l’étranger : ce qui l’a tant affecté — qu’il en est devenu fou, et qu’il est mort.

Wolsey

Que la paix du ciel soit avec lui ! — Ce vœu suffit à la charité chrétienne. Quant aux vivants qui murmurent, — il y a pour eux des lieux de correction. C’était un imbécile : — car il voulait à toute force être vertueux… Ce bon garçon-là, — dès que je commande, suit mes instructions : — je ne veux près du roi que des gens de cette espèce. Apprenez ceci, frère : — nous ne sommes pas ici pour nous laisser gêner par des subalternes.

, à Gardiner.

Roi Henry

— Dites cela à la reine avec douceur.

Roi Henry

Gardiner sort.

Roi Henry

Ils sortent.

Roi Henry

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Scène 7

Anne, Vieille Dame, Lord Chambellan

Une antichambre des appartements de la reine.

Anne

— Ni pour ça non plus… Voilà ce qui est navrant : — Son Altesse ayant vécu si longtemps avec elle, et elle — une femme si vertueuse que jamais langue — n’a pu rien dire contre son honneur ! Sur ma vie, — elle n’a jamais su faire le mal… Et maintenant, après — tant de soleils passés sur le trône, — dans la plénitude de la majesté et la pompe

majesté et pompe — mille fois plus amères à quitter que — douces à acquérir

Anne

, après une telle existence, — la repousser ainsi !… Oh ! c’est une détresse à émouvoir un monstre.

Vieille Dame

Les cœurs de la trempe la plus dure — s’attendrissent et se lamentent sur son sort.

Anne

Ô volonté de Dieu ! mieux eût valu — pour elle n’avoir jamais connu le faste. Tout mondain qu’il est, — dès que la fortune querelleuse nous oblige à divorcer — avec lui, c’est une angoisse aussi poignante — que la séparation de l’âme et du corps.

Vieille Dame

Hélas ! pauvre dame ! — La voilà redevenue étrangère.

Vieille Dame

Le contentement — est notre meilleur avoir.

Anne

Par ma foi et ma virginité, — je ne voudrais pas être reine.

Vieille Dame

Fi donc ! je voudrais l’être, moi, — dussé-je aventurer pour ça une virginité ; et vous en feriez autant, — malgré toutes ces grimaces de votre hypocrisie. — Vous qui avez les plus charmants dehors de la femme, — vous avez aussi un cœur de femme ; et ce cœur-là a toujours — convoité la prééminence, l’opulence, la souveraineté, — lesquelles, à dire vrai, sont des bénédictions ; et ces dons, quoique vous fassiez la petite bouche, votre conscience de souple chevreau — serait bien capable de les accepter, — s’il vous plaisait de l’élargir un peu.

Anne

Non, en bonne vérité.

Vieille Dame

— Si, en vérité, en vérité. Vous ne voudriez pas être reine ?

Anne

— Non, pas pour toutes les richesses qui sont sous le ciel.

Vieille Dame

— C’est étrange ; moi, une pièce de six sous me ferait consentir, — toute vieille que je suis, à être reine… Mais, je vous le demande, — que pensez-vous d’une duchesse ? Êtes-vous de force — à porter le poids de ce titre-là ?

Vieille Dame

— Alors vous êtes faiblement constituée. Diminuez la charge. — Je ne voudrais pas être un jeune comte et me trouver dans votre chemin, — pour vous faire plus que rougir. Si vos reins — ne peuvent endurer ce fardeau-là, ils sont trop faibles — pour jamais porter un enfant.

Anne

Comme vous babillez ! — Je jure encore une fois que je ne voudrais pas être reine — pour le monde entier.

Vieille Dame

Sur ma parole, pour la petite Angleterre — vous risqueriez le paquet ; moi-même, — je le ferais pour le comté de Carnavon, quand ce serait — tout ce que posséderait la couronne. La ! qui vient ici ?

Lord Chambellan

— Bonjour, mesdames. Quel prix mettrez-vous à la révélation — du secret de votre causerie ?

Anne

Mon bon lord, — pas même le prix de votre demande : elle ne vaut pas votre question. — Nous déplorions les malheurs de notre maîtresse.

Anne

Je ne sais — quel gage de ma gratitude je pourrais lui donner. — Tout ce que je suis est moins que rien. Mes prières — ne sont pas des paroles dûment sanctifiées, et mes vœux — n’ont que la valeur de creuses vanités ; pourtant des prières et des vœux, — voilà tout ce que puis lui offrir en retour. J’adjure Votre Seigneurie — de vouloir bien exprimer ma respectueuse gratitude — à Son Altesse, gratitude d’une servante rougissante — qui prie pour sa santé et pour son règne.

Lord Chambellan

Lady, — je ne manquerai pas de confirmer la noble opinion — que le roi a de vous.

Lord Chambellan

À part.

Lord Chambellan

Je l’ai bien examinée. — La beauté et la dignité sont tellement mélangées en elle — qu’elles ont séduit le roi. Et qui sait — si de cette dame ne doit pas sortir une escarboucle — qui illuminera toute cette île ?

Lord Chambellan

Haut.

Lord Chambellan

Je vais trouver le roi, — et lui dire que je vous ai parlé.

Anne

Mon honoré lord.

Anne

Le lord chambellan sort.

Anne

Cela est étrange pour moi-même.

Vieille Dame

— Quel goût ça a-t-il ? est-ce amer ? Quarante sous que non ! — Il y avait une fois une dame

c’est un vieux conte

Vieille Dame

— qui ne voulait pas être reine, qui ne l’aurait pas voulu — pour toute la boue d’Égypte… Connaissiez-vous ça ?

Anne

— Allons, vous plaisantez ?

Vieille Dame

Sur le thème de votre élévation, je pourrais — monter plus haut que l’alouette. Marquise de Pembroke ! — mille livres par an ! Par pure estime, — sans autre obligation !… Sur ma vie, — ça promet bien d’autres mille livres. La traîne de la grandeur — est plus longue que sa jupe. À présent, — je vois que vos reins pourront porter une duchesse. Dites, — est-ce que vous ne vous trouvez pas plus forte que vous n’étiez ?

Anne

Bonne dame, — amusez-vous des fantaisies de votre imaginative, — et laissez-moi en dehors. Je veux ne plus exister, — si ceci fait battre mon cœur de joie ; je le sens défaillir — à la pensée des conséquences. — La reine est désolée, et nous l’oublions — dans notre longue absence. Je vous en prie, ne lui dites pas — ce que vous venez d’entendre.

Vieille Dame

Pour qui me prenez-vous ?

Vieille Dame

Elles sortent.

Vieille Dame

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Scène 8

Wolsey, Roi Henry, Scribe, Campéius, Reine Catherine, Griffith, Lincoln

Une salle dans Blackfriars.

Wolsey

— Tandis qu’on donnera lecture des pouvoirs envoyés de Rome, — que le silence soit ordonné.

Roi Henry

À quoi bon ? — Lecture en a été faite déjà publiquement, — et leur validité est reconnue de toutes parts ; — vous pouvez donc vous épargner cette perte de temps.

Wolsey

Soit. Procédons.

, à l’audiencier.

Scribe

— Dites à Henry, roi d’Angleterre, de comparaître devant la cour.

Scribe

l’audiencier , appelant.

Roi Henry

Voici.

, à l’audiencier.

Scribe

— Dites à Catherine, reine d’Angleterre, de comparaître devant la cour.

Scribe

l’audiencier , appelant.

Scribe

Catherine, reine d’Angleterre, comparaissez devant la cour.

Scribe

La reine ne répond pas, se lève de son siége, traverse la salle, va au roi, se jette à ses pieds, puis parle.

Wolsey

Vous avez ici, madame, — ces révérends pères, choisis par vous-même, des hommes — d’une intégrité et d’une science rares, — l’élite du pays, qui sont rassemblés — pour plaider votre cause. Il est donc inutile — que vous demandiez l’ajournement d’un arrêt, aussi nécessaire — à votre propre repos qu’à l’apaisement — des inquiétudes du roi.

Campéius

Sa Grâce — a bien parlé, et sagement. Ainsi, madame, — il convient que ce royal procès soit instruit, — et que, sans délai, tous les arguments — soient produits et entendus.

Reine Catherine

Lord cardinal, — c’est à vous que je parle.

Reine Catherine

Monsieur, — je suis prête à pleurer ; mais, songeant — que je suis reine

du moins je l’ai longtemps rêvé

Reine Catherine

, certaine — que je suis fille de roi, je veux changer mes larmes — en traits de flamme.

Wolsey

Mais soyez patiente.

Reine Catherine

— Je le serai quand vous serez humble ; non, je le serai avant, — ou Dieu me punira. De puissantes raisons — m’induisent à croire que — vous êtes mon ennemi ; et je vous récuse : — vous ne serez pas mon juge ; car c’est vous — qui avez attisé cet incendie entre mon seigneur et moi : — puisse la rosée de Dieu l’éteindre ! Ainsi, je le répète, — dans l’insurmontable aversion de mon âme, — je vous refuse pour mon juge. Encore une fois, — je vous tiens pour mon ennemi le plus acharné, et je ne vous crois — nullement l’ami de la vérité.

Reine Catherine

Milord, milord, — je suis une simple femme, beaucoup trop faible — pour lutter contre vos artifices. Vous avez la parole doucereuse et humble ; — vous exercez votre ministère avec tous les dehors — de la douceur et de l’humilité ; mais votre cœur — est gonflé d’arrogance, de rancune et d’orgueil. — Vous avez, grâce à votre bonne fortune et aux faveurs de Son Altesse, — franchi rapidement les bas échelons, et maintenant vous voilà sur un sommet — où tous les pouvoirs sont de votre suite. Vos paroles, — comme vos domestiques, servent votre volonté, dans toutes les fonctions — qu’il vous plaît de leur assigner. Je dois vous le dire, — vous êtes plus soucieux de votre grandeur personnelle que — des devoirs spirituels de votre haute profession. Encore une fois, — je vous récuse pour mon juge ; et ici, — devant vous tous, j’en appelle au pape ; — je veux porter ma cause entière devant Sa Sainteté, — et être jugée par elle.

Reine Catherine

Elle salue le roi et va pour se retirer.

Campéius

La reine s’obstine ; — rebelle à la justice, prompte à l’accuser, — elle dédaigne de se soumettre à ses arrêts ; ce n’est pas bien. — Elle s’en va.

Roi Henry

Qu’on la rappelle.

Roi Henry

l’audiencier.

Roi Henry

— Catherine, reine d’Angleterre, venez devant la cour.

Griffith

— Madame, on vous rappelle.

Reine Catherine

La reine sort avec Griffith et le reste de ses gens.

Roi Henry

Va ton chemin, Kate. — S’il y a au monde un homme qui ose soutenir qu’il a — une femme meilleure, qu’il ne soit cru en rien — après un tel mensonge ! Certes, — si tes rares qualités, ta suave douceur, — ta sainte humilité, ta dignité conjugale, — faite d’obéissance et de commandement, si toutes tes vertus — souveraines et religieuses pouvaient parler pour toi, tu serais — la reine des reines de la terre… Elle est née noble, — et elle s’est conduite envers moi d’une manière — digne de sa vraie noblesse.

Wolsey

Très-gracieux sire, — je conjure humblement Votre Altesse — de vouloir bien s’expliquer en présence de tout cet auditoire ; car c’est là même, où m’a accablé l’outrage, — que je dois en être dégagé, si je ne puis obtenir d’ailleurs — une immédiate et entière satisfaction. Est-ce moi, sire, — qui vous ai mis cette affaire en tête ? Ai-je jamais provoqué en vous aucun scrupule qui pût — vous induire à soulever ce débat ?… Ai-je jamais — fait autre chose que remercier Dieu de vous avoir donné — cette royale compagne ? Vous ai-je jamais dit le moindre mot qui pût — être préjudiciable à sa condition actuelle — ou faire tort à sa noble personne ?

Lincoln

Très-bien, mon suzerain.

Roi Henry

— J’ai parlé longuement ; veuillez dire vous-même — ce que vous avez fait pour ma satisfaction.

Lincoln

Sous le bon plaisir de Votre Altesse, — la question me troubla tellement tout d’abord — par sa considérable importance — et ses formidables conséquence, que je livrai — au doute mon plus hardi conseil ; — et je conjurai Votre Altesse d’adopter la marche — qu’elle suit ici.

Campéius

N’en déplaise à Votre Altesse, — la reine étant absente, il est nécessaire — que nous ajournions cette cour à un jour ultérieur : — dans l’intervalle, il faudra presser vivement — la reine de se désister de l’appel — qu’elle entend faire à Sa Sainteté.

Campéius

L’assemblée se lève pour sortir.

, à part.

Roi Henry

Je puis m’apercevoir — que ces cardinaux se jouent de moi ; j’abhorre — les tortueuses lenteurs et les artifices de Rome. — Cranmer, mon savant et bien-aimé serviteur, — reviens, je t’en conjure. Avec toi, je le sais, — la consolation m’arrive.

Roi Henry

Haut.

Roi Henry

Rompez la séance : — retirez-vous, vous dis-je.

Roi Henry

Tous sortent dans l’ordre où tous sont entrés.

Roi Henry

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Scène 9

Reine Catherine, Chanson, Gentilhomme, Wolsey, Campéius

Le palais de Bridewell. Un appartement chez la reine.

Reine Catherine

— Prends ton luth, fillette : mon âme est assombrie par les ennuis ; — chante, et dissipe-les, si tu peux : quitte ton ouvrage.

Chanson

Orphée, avec son luth, forçait les arbres Et les cimes glacées des montagnes

Chanson

À s’incliner quand il chantait ; À ses accords, plantes et fleurs Croissaient sans cesse, comme si le soleil et la pluie Eussent fait un éternel printemps. Tout ce qui l’entendait jouer, La vague même de l’Océan, Penchait la tête et s’arrêtait, Tel est l’art de la suave musique : L’ennui accablant, le chagrin de cœur S’assoupit ou expire à sa voix !

Reine Catherine

Qu’est-ce ?

Gentilhomme

— N’en déplaise à Votre Grâce, les deux grands cardinaux — attendent dans la salle d’audience.

Reine Catherine

Voudraient-ils me parler ?

Gentilhomme

— Ils m’ont chargé de vous le dire, madame.

Reine Catherine

Priez Leurs Grâces — d’entrer.

Reine Catherine

Le gentilhomme sort.

Reine Catherine

Que peuvent-ils me vouloir, — à moi, pauvre faible femme, tombée en défaveur ? — Leur visite ne me plaît pas, maintenant que j’y pense. — Ce devraient être des hommes vertueux ; leurs fonctions sont respectables ; — mais l’habit ne fait pas le moine.

Wolsey

Paix à Votre Altesse !

Wolsey

— Veuillez, noble dame, passer — dans votre appartement particulier, nous vous expliquerons — pleinement l’objet de notre visite.

Reine Catherine

Dites-le ici. — En conscience, je n’ai rien fait encore — qui réclame les coins. Plût à Dieu que toutes les autres femmes — pussent en dire autant avec la même liberté d’esprit ! — Milords, je ne crains pas

j’ai ce rare bonheur

Reine Catherine

que mes actions — soient discutées par toutes les langues, vues de tous les yeux, — livrées même aux attaques de l’envie et de la calomnie, — tant je suis certaine que ma vie est droite. Si votre but — est de m’examiner dans ma conduite d’épouse, — faites-le hardiment. La loyauté aime les francs procédés.

Wolsey

Tanta est erga te mentis integritus, regina serenissima .

Reine Catherine

— Ah ! mon bon lord, pas de latin. — Depuis ma venue, je n’ai pas été fainéante — au point de ne pas savoir la langue du pays où j’ai vécu. — Un idiome étrange rend ma cause plus étrange et la fait suspecte. — Je vous en prie, parlez en anglais ; il y a ici des personnes qui vous remercieront — pour leur pauvre maîtresse, si vous dites la vérité. — Croyez-moi, elle a été bien durement traitée. Lord cardinal, — le péché le plus prémédité que j’aie jamais commis — peut être absous en anglais.

Campéius

Très-honorée dame, — milord d’York, guidé par sa noble nature, — par le zèle et le respect qu’il a toujours professés pour Votre Grâce, — oubliant, en homme de bien, la censure récemment infligée par vous — à sa loyauté et à lui-même, censure bien exagérée, — vous offre, comme moi, en signe de paix, — ses services et ses conseils.

, à part.

Reine Catherine

Pour me trahir !

Reine Catherine

Haut.

Reine Catherine

— Milords, je vous remercie tous deux de vos bonnes volontés ; — vous parlez comme d’honnêtes gens, Dieu veuille que vous vous montriez tels ! — Mais sur un point de cette importance, qui touche de si près à mon honneur —

et de plus près, j’en ai peur, à ma vie

Reine Catherine

, comment, avec mon faible jugement, — répondre brusquement — à des hommes aussi graves, aussi savants que vous ? — En vérité, je ne sais pas. J’étais ici à l’ouvrage — au milieu de mes femmes, bien loin de m’attendre, le ciel le sait, — à de pareils visiteurs et à une pareille affaire. — Au nom de ce que j’ai été

car je suis — à l’agonie de ma grandeur

Reine Catherine

, je prie vos bonnes Grâces — de me laisser le temps de choisir des conseils pour ma cause. — Hélas ! je suis une femme sans amis, sans espoir.

Reine Catherine

En Angleterre, — ils ne peuvent guère me servir. Croyez-vous, milords, — qu’aucun Anglais osât me donner conseil ? — S’il y en avait un assez désespéré pour être sincère, — pourrait-il se déclarer mon ami contre la volonté de Son Altesse — et vivre ? Non, certes, les amis — qui peuvent soulager mes afflictions, — les amis à qui peut s’attacher ma confiance, ne vivent pas ici ; — ils sont, comme tous mes autres appuis, loin d’ici, — dans mon pays, milords.

Campéius

Je voudrais que Votre Grâce — fit trêve à ses chagrins et acceptât mon conseil.

Reine Catherine

Lequel, monsieur ?

Campéius

— Remettez votre cause à la protection du roi. — Il est aimable et fort généreux ; cela vaudra beaucoup mieux, — et pour votre honneur et pour votre cause ; — car, si la sentence de la loi vous atteint, — vous vous retirerez déshonorée.

Wolsey

Ce qu’il vous dit est juste.

Reine Catherine

— Vous me conseillez ce que vous désirez tous deux, ma ruine. — Est-ce là un conseil chrétien ? Fi de vous ! — Le ciel est toujours au-dessus de tout ; là siége un juge — qu’aucun roi ne peut corrompre.

Campéius

Votre fureur nous méconnaît.

Wolsey

— Madame, ceci est du pur délire. — Vous traduisez en une perfidie le service que nous vous offrons.

Reine Catherine

— Vous, vous me réduisez à néant. Malheur à vous — et à tous les faux parleurs comme vous ! Voudriez-vous, — si vous aviez quelque justice, quelque pitié, — si vous aviez de l’homme d’Église autre chose que l’habit, — voudriez-vous que je remisse ma cause malade entre les mains de qui me hait ? — Hélas ! il m’a bannie de son lit déjà, — de son amour, depuis trop longtemps. Je suis vieille, milords, — et le seul lien par lequel je lui tienne à présent, — c’est mon obéissance. Que peut-il m’arriver — de pire qu’une telle misère ? Que tout votre savoir — me trouve une malédiction comme celle-là.

Campéius

Vos craintes exagèrent.

Wolsey

— Madame, vous vous éloignez du but salutaire que nous cherchons.

Reine Catherine

— Milords, je ne veux pas commettre moi-même le crime — d’abandonner volontairement le noble titre — que m’a fait épouser votre maître. La mort seule — me fera divorcer avec ma dignité.

Wolsey

Veuillez m’écouter.

Reine Catherine

— Comme je voudrais n’avoir jamais foulé cette terre anglaise, — ni respiré les flatteries qui y croissent ! — Vous avez des visages d’anges, mais le ciel connaît vos cœurs. — Misérable, que vais-je devenir à présent ? — Je suis la plus malheureuse de toutes les femmes.

Reine Catherine

À ses femmes.

Reine Catherine

— Hélas ! pauvres filles, quelle sera votre destinée désormais, — naufragées sur un royaume où il n’y a ni pitié, — ni amis, ni espérance, où pas un parent ne pleure sur moi, — où l’on m’accorde à peine un tombeau ?… Comme le lis, — qui naguère régnait et fleurissait dans la prairie, — je vais incliner la tête et mourir.

Campéius

— Madame, l’avenir vous le prouvera. Vous faites tort à vos vertus — par ces alarmes de faible femme. Un noble esprit, — comme celui qui vous anime, doit rejeter, — comme fausse monnaie, de telles défiances. Le roi vous aime ; — prenez garde de perdre son affection !… Pour nous, si vous daignez — vous confier à nous dans cette affaire, nous sommes prêts — à déployer un zèle extrême à votre service.

Reine Catherine

— Faites ce que vous voudrez, milords. Et, je vous en prie, pardonnez-moi — si je me suis comportée de façon incivile ; — vous savez, je suis une femme à qui manque l’esprit — nécessaire pour répondre convenablement à des personnes comme vous. — Veuillez offrir mes respects à Sa Majesté ; — le roi a encore mon cœur, et il aura mes prières — tant que j’aurai la vie. Allons, révérends pères, — accordez-moi vos conseils : elle mendie aujourd’hui, — celle qui ne s’attendait guère, quand elle mit le pied ici, — à payer ses grandeurs aussi cher.

Reine Catherine

Ils sortent.

Reine Catherine

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Scène 10

Norfolk, Surrey, Suffolk, Lord Chambellan, Wolsey, Cromwell, Roi Henry

Chez le roi.

Norfolk

— Si vous voulez maintenant unir vos doléances — et les présenter avec insistance, le cardinal — n’y pourra pas résister. Si vous laissez échapper — l’occasion qui s’offre, je promets — que vous subirez de nouvelles disgrâces, — outre celles que vous endurez déjà.

Surrey

Je suis heureux — de la plus légère occasion qui me rappelle — que le duc, mon beau-père, — doit être vengé de lui.

Suffolk

Quel est le pair — qui n’ait pas été en butte à ses outrages, ou tout au moins — à ses dédaigneuses hauteurs ? A-t-il jamais respecté — aucune dignité — en dehors de la sienne ?

Lord Chambellan

Milord, vous en parlez à votre aise. — Je sais ce qu’il a mérité de vous et de moi ; — mais l’occasion a beau se présenter à nous, que pouvons-nous — faire contre lui ? Je me le demande avec inquiétude. Si vous ne pouvez — lui fermer tout accès auprès du roi, ne tentez — rien contre lui ; car il a le don d’ensorceler — le roi avec sa parole.

Surrey

Monsieur, — je serais bien aise d’apprendre des nouvelles comme celles-ci — une fois par heure.

Norfolk

Croyez-moi, c’est certain. — Ses actes contradictoires dans l’affaire du divorce — ont tous été dévoilés ; et il y apparaît tel — que je souhaite voir apparaître mon pire ennemi.

Surrey

Comment — ses machinations ont-elles été mises au jour ?

Suffolk

Très-étrangement.

Surrey

Oh ! comment ? comment ?

Suffolk

— La lettre du cardinal au pape a été égarée — et est venue sous les yeux du roi. On y a lu — comment le cardinal suppliait Sa Sainteté — de suspendre le jugement du divorce ; car, s’il — avait lieu, je m’aperçois , disait-il, — que mon roi s’est pris d’affection pour — une créature de la reine, lady Anne Bullen .

Surrey

— Le roi a cette lettre ?

Suffolk

Soyez-en sûr.

Surrey

Cela aura-t-il quelque effet ?

Lord Chambellan

— Le roi voit ici par quelle voie tortueuse — et cachée il marche à ses fins. Mais sur ce point — tous ses artifices échouent, et il apporte le remède — après la mort du patient. Le roi a déjà — épousé la belle.

Suffolk

— Puisse ce souhait vous porter bonheur, milord ! — Car, je le déclare, il est exaucé.

Surrey

Que toute ma joie — salue cette conjonction !

Suffolk

Je dis amen !

Norfolk

Et tout le monde le dit.

Suffolk

— Les ordres sont donnés pour son couronnement ; — mais cette nouvelle est toute fraîche, et il y a des oreilles — à qui il n’est pas besoin de la raconter. Mais, milords, — c’est une superbe créature, d’un esprit — et d’un extérieur accomplis. Je me persuade que d’elle — descendra sur cette terre quelque bénédiction — mémorable.

Surrey

Mais le roi — digérera-t-il cette lettre du cardinal ? — Dieu veuille que non !

Norfolk

Morbleu, amen !

Suffolk

Non, non ; — il y a d’autres guêpes qui lui bourdonnent au nez — et qui lui rendront cette piqûre plus sensible. Le cardinal Campéius — est parti furtivement pour Rome, sans prendre congé, — laissant là la cause du roi, et — s’est enfui en hâte, comme agent du cardinal, — pour seconder toute son intrigue. Je vous assure — qu’a ceci le roi a crié : ha !

Lord Chambellan

Que Dieu l’exaspère de plus en plus — et lui fasse crier : ha ! plus fort encore.

Suffolk

Il est revenu dans les mêmes opinions ; et ses avis — ont confirmé le roi dans le divorce, — appuyés qu’ils étaient par presque tous les colléges — célèbres de la chrétienté. Bientôt, je crois, — le second mariage sera célébré, ainsi — que le nouveau couronnement. Catherine ne sera — plus appelée reine, mais princesse douairière, — veuve du prince Arthur.

Norfolk

Ce Cranmer — est un digne garçon, et il s’est donné beaucoup de peine — dans l’affaire du roi.

Suffolk

Certainement, et nous le verrons — archevêque pour ça.

Norfolk

Je l’ai ouï dire.

Suffolk

N’en doutez. — Le cardinal !

Norfolk

Observez, observez : il est morose.

Wolsey

— Ce paquet, Cromwell, l’avez-vous remis au roi ?

Cromwell

En mains propres, dans sa chambre à coucher.

Wolsey

— A-t-il regardé le contenu du papier ?

Cromwell

Il l’a — décacheté sur-le-champ ; et aux premières lignes, — il a pris un air sérieux ; la préoccupation — était sur son visage. Il vous fait dire — de l’attendre ici ce matin.

Cromwell

Je crois qu’à présent il l’est.

Wolsey

Laissez-moi un moment.

Wolsey

Cromwell sort.

Wolsey

— Ce sera la duchesse d’Alençon, — la sœur du roi de France : il l’épousera. — Anne Bullen ! Non ! je ne veux pas d’Anne Bullen pour lui ; — il n’y a rien là qu’un joli visage… Bullen ! — Non, nous ne voulons pas de Bullen… Il me tarde — d’avoir des nouvelles de Rome… La marquise de Pembroke !

Norfolk

— Il est mécontent.

Suffolk

Peut-être sait-il que le roi — aiguise sa colère contre lui.

Surrey

Qu’elle soit assez tranchante, — mon Dieu, pour ta justice !

Wolsey

— Une des femmes de la ci-devant reine, la fille d’un chevalier, — être la maîtresse de sa maîtresse, la reine de la reine !… — Cette chandelle-là brûle mal : il faut que je la mouche ; — et alors, elle s’éteint… Je la sais vertueuse — et méritante : qu’importe ! Je la sais aussi — luthérienne frénétique ; et il n’est pas sain pour — notre cause qu’elle repose sur le sein de — notre roi, si difficile à gouverner. Et puis, il vient de surgir un hérétique, — Cranmer, un archihérétique, qui — s’est insinué dans la faveur du roi, — et est devenu son oracle…

Norfolk

Il est vexé de quelque chose.

Suffolk

Le roi ! le roi !

Roi Henry

— Quel tas de richesses il a accumulé — pour sa part ! Et quel flot de dépenses à chaque heure — semble couler de ses mains ! Au nom de quel bénéfice — peut-il ramasser tout ça ?… Eh bien, milords, — avez-vous vu le cardinal ?

Norfolk

Milord, nous étions — ici à l’observer. Quelque étrange commotion — est dans son cerveau ; il se mord la lèvre et tressaille ; — soudain il s’arrête, fixe les yeux à terre, — puis pose son doigt sur sa tempe ; tout à coup, — il se meut à pas précipités, puis s’arrête de nouveau, — se frappe violemment la poitrine, et bientôt cherche — des yeux la lune : nous l’avons vu se mettre — dans les plus étranges postures.

Roi Henry

Cela n’est pas surprenant : — il y a une émeute dans son esprit. Ce matin, — il m’a envoyé des papiers d’État que j’avais — demandé à lire. Et savez-vous ce que j’ai trouvé — là, placé, sur ma parole, par inadvertance ? — Eh bien, un inventaire indiquant — ses divers services d’argenterie, ses trésors, — les riches tentures et ameublements de sa maison ; et — j’y trouve un excès d’opulence qui dépasse de beaucoup — le légitime avoir d’un sujet.

Norfolk

C’est une grâce du ciel ! — Quelque esprit aura glissé ce papier dans le paquet, — pour en illuminer vos yeux.

Roi Henry

Il s’assied sur son trône et parle bas à Lovell, qui va à Wolsey.

Wolsey

Dieu me pardonne ! — que Dieu bénisse à jamais Votre Altesse !

Roi Henry

Mon bon lord, — vous êtes plein de choses célestes, et vous gardez dans votre âme — l’inventaire de vos plus beaux trésors. Sans doute — vous le récapituliez en ce moment ? à peine pouvez-vous — dérober à vos spirituels loisirs quelque court moment — pour tenir vos comptes terrestres. Certes, en cela — je vous trouve mauvais économe, et je suis charmé — que vous me ressembliez sur ce point.

Wolsey

Sire, — j’ai un temps pour des devoirs sacrés, un temps — pour m’occuper de la part d’affaires qui — m’est attribuée dans l’État ; et la nature réclame — ses moments de satisfaction, si bien que — moi, son enfant, fragile entre tous mes frères mortels, — je suis forcé de lui céder.

Roi Henry

Vous avez bien parlé.

Wolsey

— Puissé-je toujours donner motif à Votre Altesse — d’associer dans sa pensée mon bien faire — avec mon bien dire !

, à part.

Wolsey

Que veut dire ceci ?

, à part.

Surrey

— Que le Seigneur grossisse cette affaire !

Roi Henry

N’ai-je pas fait de vous — le premier homme de l’État ? Je vous en prie, dites-moi — si ce que j’avance là vous semble vrai. — Et, si vous pouvez faire cette confession, dites-nous aussi — si vous êtes, ou non, notre obligé. Que répondez-vuus ?

Wolsey

— Mon suzerain, je le confesse, vos royales faveurs, — chaque jour versées à flot sur moi, ont dépassé de beaucoup les services — que mon zèle a pu rendre ; aucun effort humain — ne serait à leur hauteur. Mes efforts, à moi, — sont toujours restés au-dessous de mes désirs, — mais ont toujours été en proportion de mes moyens. Mes vues personnelles — ne m’ont été personnelles qu’en ce qu’elles tendaient sans cesse — au bonheur de votre personne très-sacrée et — au profit de l’État. En retour des grandes faveurs — que vous avez accumulées sur moi, pauvre indigne, — je ne puis vous offrir que mes respectueuses actions de grâces, — mes prières au ciel pour vous, et ma loyale fidélité, — qui n’a cessé de croître, et ne cessera — que quand l’hiver de la mort l’aura tuée.

Wolsey

Je déclare — que j’ai toujours travaillé pour le bien de Votre Altesse — plus que pour le mien. Tel je suis, tel j’ai été, tel je serai toujours. — Quand tous les hommes rompraient leur engagement envers vous, — et l’arracheraient de leur âme ; quand les périls — m’environneraient, aussi épais que la pensée peut se les figurer, et — m’apparaîtraient sous les plus horribles formes, — mon dévouement, tel qu’un roc au milieu des flots grondants, — briserait le cours de ce torrent furieux, — et resterait à vous inébranlable.

Roi Henry

C’est parler noblement. — Soyez témoins, milords, de la loyauté de son cœur, — car il l’a ouvert devant vous.

Roi Henry

Lui remettant des papiers.

Roi Henry

Lisez ceci ; — et, ensuite, ceci ; et puis allez déjeuner avec — tout votre appétit.

Roi Henry

Le roi sort en jetant un regard de colère sur le cardinal : les nobles se pressent sur ses pas, souriant et chuchotant.

, seul.

Norfolk

— Écoutez le bon plaisir du roi, cardinal : il vous commande — de remettre immédiatement le grand sceau — dans nos mains et de vous retirer — à Asher-House, résidence de milord Winchester, — jusqu’à ce que vous appreniez la décision ultérieure de Son Altesse.

Wolsey

Arrêtez. — Où sont vos pouvoirs, milords ? Des paroles ne peuvent avoir — une si formidable autorité.

Suffolk

Qui oserait leur résister, — lorsqu’elles portent la volonté du roi expressément émanée de sa bouche ?

Surrey

— Le roi, qui l’a donné.

Wolsey

Alors il faut que ce soit lui en personne.

Surrey

— Prêtre, tu es un traître arrogant.

Wolsey

Lord arrogant, tu mens. — Il y a quarante heures, Surrey — se serait brûlé la langue avant d’oser parler ainsi.

Surrey

Ton ambition, — ô vice écarlate, à enlevé à cette terre désolée — le noble Buckingham, mon beau-père. — Les têtes de tous tes confrères cardinaux, — en y joignant la tienne et tout ce que tu as de meilleur, — ne valaient pas un cheveu de lui. La peste de votre politique ! — Vous m’avez envoyé, comme député, en Irlande, — pour m’empêcher de le secourir ; vous avez éloigné du roi tous ceux — qui pouvaient le faire gracier du crime que vous lui imputiez, — tandis que votre bonté grande, dans un mouvement de sainte pitié, — l’absolvait avec une hache !

Surrey

Sur mon âme, — prêtre, votre longue robe vous protège ; autrement tu sentirais — mon épée dans le sang de tes veines… Milords, — pouvez-vous endurer une telle arrogance, — et de la part d’un tel compagnon ? Si nous sommes à ce point apprivoisés — de nous laisser étriller par un lambeau d’écarlate, — adieu la noblesse ! Que Son Eminence s’avance, — et nous nargue comme des alouettes, avec son chapeau rouge !

Wolsey

Tout mérite — est poison pour ton estomac.

Surrey

Oui, ce mérite — d’avoir par extorsion entassé toutes les richesses — du pays dans vos mains, cardinal ! — le mérite de vos dépêches interceptées, — de vos lettres au pape contre le roi ! Votre mérite, — puisque vous m’y provoquez, sera rendu notoire. — Milord de Norfolk, au nom de votre noble naissance, — de votre sollicitude pour le bien public, pour la grandeur — de notre noblesse insultée, pour nos enfants, — qui, s’il vit, seront à peine des gentilshommes, — produisez la liste de ses crimes, le résumé — détaillé de ses actes. Je vais vous faire tressaillir — plus vivement que ne le fit la sainte crécelle, un jour que votre brune maîtresse — reposait tendrement dans vos bras, lord cardinal.

Norfolk

— Le détail de ses actes, milord, est dans les mains du roi ; — ce sont tous des crimes noirs.

Wolsey

D’autant plus blanche — et plus pure apparaîtra mon innocence, — quand le roi connaîtra ma loyauté.

Surrey

Cela ne vous sauvera pas. — Grâce à ma mémoire, je me rappelle encore — quelques-uns de ses actes, et je vais les produire. — Maintenant, si vous pouvez rougir et vous proclamer coupable, cardinal, — vous montrerez un reste d’honnêteté !

Wolsey

Parlez, monsieur ; — je brave vos pires accusations. Si je rougis, — c’est de voir un gentilhomme perdre toute bienséance.

Surrey

— J’aime mieux perdre la bienséance que ma tête. À vous ! — Et d’abord, sans l’assentiment et à l’insu du roi, — vous vous êtes fait nommer légat et, avec ce pouvoir, — vous avez mutilé la juridiction des évêques.

Norfolk

— En outre, tous les écrits que vous adressiez à Rome — ou aux princes étrangers, portaient cette inscription ; Ego et rex meus , — par laquelle vous faisiez du roi — votre inférieur.

Suffolk

En outre, à l’insu — du roi et du conseil, quand vous êtes allé — en ambassade auprès de l’empereur, vous vous êtes permis — d’emporter en Flandre le grand sceau.

Suffolk

— Par pure ambition, vous avez fait frapper — l’empreinte de votre chapeau sacré sur la monnaie du roi.

Surrey

— Puis, vous avez expédié des sommes énormes —

acquises par quel moyen ! je laisse cela à votre conscience

Surrey

— pour soudoyer Rome, et pour préparer les voies — à votre élévation, sur les ruines — du pays tout entier. Il y a bien d’autres actes — dont, puisqu’ils sont de vous et infâmes, — je ne veux pas me souiller la bouche.

Lord Chambellan

Ô milord, — n’accablez pas trop rudement un homme qui tombe ; c’est vertu. — Ses fautes relèvent de la loi ; c’est à elle, — et non à vous, de le punir. Mon cœur saigne à le voir — de si grand devenu si petit.

Surrey

Je lui pardonne.

Suffolk

— Lord cardinal, voici le bon plaisir du roi : — attendu que tous les actes que vous avez accomplis récemment — dans ce royaume, en vertu de vos pouvoirs de légat, — tombent sous le coup d’un prœmonere , — vous serez condamné par arrêt — à forfaire tous vos biens, terres, domaines, — meubles et immeubles, et à être mis — hors la protection du roi. Voilà ce que je suis chargé de dire.

Norfolk

— Et maintenant nous vous laissons méditer — sur la réforme de votre vie. Quant à votre refus obstiné — de nous rendre le grand sceau, — le roi en sera informé, et, sans nul doute, vous en remerciera. — Ainsi, adieu, mon bon petit lord cardinal.

Norfolk

Tous sortent excepté Wolsey

Norfolk

.

, seul.

Wolsey

— Ainsi, adieu même au peu de bien que vous me voulez ! — Adieu, un long adieu à toutes mes grandeurs ! — Voilà la destinée de l’homme : aujourd’hui, il déploie — les tendres feuilles de l’espérance ; demain il se charge de fleurs — et accumule sur lui toutes les splendeurs épanouies ; — le troisième jour, survient une gelée, une gelée meurtrière, — et, au moment où il croit, naïf bonhomme, — que sa grandeur est mûre, la gelée mord sa racine, — et alors il tombe, comme moi. Pendant un grand nombre d’étés, — comme ces petits garçons qui nagent avec des vessies, — je me suis aventuré sur un océan de gloire — à une distance où j’ai perdu pied ; mon orgueil, gonflé d’air, — a fini par crever sous moi, et maintenant il me laisse, — épuisé et vieilli par le labeurs, à la merci — d’un courant violent qui doit pour toujours m’engloutir. — Vaines pompes, gloires de ce monde, je vous hais ; — je sens mon cœur s’ouvrir à de nouveaux sentiments. Oh ! combien misérable — est le pauvre homme qui dépend de la faveur des princes ! — il y a entre le sourire auquel il aspire, — le doux regard des princes et sa disgrâce, — plus d’angoisses que n’en ont les femmes, plus d’alarmes que n’en a la guerre. — Et quand il tombe, il tombe comme Lucifer, — à jamais désespéré.

Cromwell

Eh bien, qu’y a-t-il, Cromwell ?

Cromwell

— Je n’ai pas la force de parler, monsieur.

Wolsey

Quoi ! te voilà consterné — de mes infortunes ? Ton esprit peut-il s’étonner — qu’un grand de ce monde décline ? Ah ! si vous pleurez ; — il faut que je sois bien déchu.

Wolsey

Mais bien ; — je n’ai jamais été aussi vraiment heureux, mon bon Cromwell. — Je me connais maintenant ; et je sens au dedans de moi — une paix supérieure à toutes les dignités terrestres, — une calme et tranquille conscience. Le roi m’a guéri ; — j’en remercie humblement Sa Grâce : de dessus ces épaules, — ces piliers en ruine, il a par pitié enlevé — un fardeau qui eût coulé bas une flotte. L’excès des honneurs, — oh ! c’est une charge, Cromwell, c’est une charge — trop lourde pour un homme qui espère le ciel.

Cromwell

— Je suis charmé que Votre Grâce ait si bien pris son parti.

Wolsey

— Oui, je l’ai bien pris, j’espère. Maintenant, ce me semble, je suis capable, — grâce à la fortitude que je me sens dans l’âme, — d’endurer des misères plus nombreuses et plus grandes — que mes pusillanimes ennemis n’oseraient m’en infliger. — Quelles nouvelles au dehors ?

Cromwell

La plus pénible et la pire — est votre défaveur auprès du roi.

Wolsey

Dieu le bénisse !

Cromwell

— La seconde est que sir Thomas More est nommé — lord chancelier à votre place.

Cromwell

— Cranmer est de retour ; il a été très-bien reçu, — et il est installé lord archevêque de Cantorbéry.

Wolsey

— Voilà une nouvelle, en effet.

Cromwell

Enfin, lady Anne, — que le roi a depuis longtemps épousée en secret, — a été vue aujourd’hui, publiquement traitée comme la reine, — se rendant à la chapelle, et l’on ne parle — maintenant que de son couronnement.

Wolsey

— Voilà le poids qui m’a précipité, ô Cromwell ! — Le roi m’a échappé : toutes mes gloires, — je les perds à jamais dans cette femme unique ! — Nul soleil ne proclamera plus ma grandeur, — ne dorera plus le noble cortége qui attendait — mes sourires. Va, éloigne-toi de moi, Cromwell, — je suis un pauvre homme tombé, désormais indigne — d’être ton seigneur et maître ; va trouver le roi, — et puisse ce soleil-là ne jamais décliner ! Je lui ai dit — qui tu es, combien tu es dévoué : il fera ton avancement. — Un reste d’égard pour moi le portera —

je connais sa noble nature

Wolsey

à ne pas laisser — s’éteindre ton utile avenir. Bon Cromwell, — ne le néglige pas, occupe-toi de tes intérêts, et pourvois — à ta sûreté future.

Cromwell

Ah ! milord, — il faut donc que je vous quitte ? Il faut donc que j’abandonne — un si bon, si noble et si généreux maître ? — Soyez témoins, vous tous qui n’avez pas des cœurs de fer, — avec quelle douleur Cromwell quitte son maître. — Le roi aura mes services ; mais mes prières — seront à jamais, oui, à jamais, pour vous.

Cromwell

— Mon bon seigneur, ayez patience.

Wolsey

J’en ai aussi. Adieu, — espérances de cour ! mes espérances résident dans le ciel.

Wolsey

Ils sortent.

Wolsey

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Scène 11

Premier Gentleman, Deuxième Gentleman, Ordre Du Cortége, Troisième Gentleman, Deux Autres Gentleman

Près de Westminster.

Premier Gentleman

— Je suis charmé de cette nouvelle rencontre.

Deuxième Gentleman

Et moi aussi.

Premier Gentleman

— Vous venez prendre place ici, pour voir — lady Anne revenir de son couronnement ?

Deuxième Gentleman

C’est mon unique objet : la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, — le duc de Buckingham revenait de son procès.

Premier Gentleman

— C’est vrai ; mais ce jour-là était un jour de tristesse ; — celui-ci est un jour d’allégresse générale.

Deuxième Gentleman

C’est bien. Les citoyens — ont certes prouvé pleinement leurs sentiments royalistes. — Qu’on leur rende cette justice ; ils sont toujours empressés — pour célébrer un jour comme celui-ci par des spectacles, — des processions et des démonstrations éclatantes.

Premier Gentleman

Il n’y en eut jamais de plus brillantes — ni, je vous assure, de mieux placées.

Deuxième Gentleman

— Oserai-je vous demander ce que contient — ce papier que vous tenez à la main ?

Deuxième Gentleman

— Je vous remercie, monsieur ; si je n’étais pas au courant de ces usages-là, — votre papier m’eût été fort utile ; — mais, je vous prie, qu’est devenue Catherine, — la princesse douairière ? Où en est son affaire ?

Premier Gentleman

— Ça, je peux vous le dire. L’archevêque — de Cantorbéry, accompagne d’autres — savants et révérends pères de son ordre, — a tenu dernièrement une cour de justice à Dunstable, à six milles — d’Ampthill, ou séjournait la princesse : à cette cour, — elle a été citée plusieurs fois, mais elle n’a point comparu. — Bref, sur sa non-comparution et en raison — des récents scrupules du roi, le divorce a été prononcé — à l’unanimité par ces savants personnages, — et le mariage préalable déclaré de nul effet. — Depuis lors elle a été transférée à Kimbolton — où elle réside maintenant, malade.

Deuxième Gentleman

Hélas ! la bonne dame !

Deuxième Gentleman

Trompettes.

Deuxième Gentleman

— Les trompettes sonnent. Rangeons nous, la reine arrive.

Ordre Du Cortége

Bruyante fanfare. Entrent :

Deuxième Gentleman

— Un cortége royal, ma foi ! Ceux-ci, je les connais. — Qui est-ce qui porte le sceptre ?

Premier Gentleman

Le marquis Dorset, — et voilà le comte de Surrey, avec la verge.

Deuxième Gentleman

— Un hardi et beau gentilhomme. Et celui-là doit être — le duc de Suffolk.

Premier Gentleman

Lui-même ; grand sénéchal.

Deuxième Gentleman

— Et celui-là milord de Norfolk ?

Premier Gentleman

Oui.

, apercevant la reine.

Premier Gentleman

Ceux qui portent — la draperie d’honneur au-dessus d’elle sont quatre barons — des Cinq-Ports.

Deuxième Gentleman

— Ces hommes sont heureux ; comme tous ceux qui sont près d’elle. — Je présume que celle qui porte la traîne — est cette vieille noble dame, la duchesse de Norfolk.

Premier Gentleman

— En effet ; et toutes les autres sont des comtesses.

Deuxième Gentleman

— Leurs couronnes le disent. Ce sont vraiment des étoiles ; — et, parfois, des étoiles qui tombent.

Premier Gentleman

C’est assez.

Premier Gentleman

La procession se retire au bruit retentissant des fanfares.

Troisième Gentleman

— Dieu vous garde, monsieur ! Où donc vous êtes-vous fait rôtir ainsi ?

Troisième Gentleman

— Dans la foule, à l’abbaye ; on n’aurait pas pu — y fourrer un doigt de plus ; je suis suffoqué — par la simple émanation de leur joie.

Deuxième Gentleman

Vous avez vu — la cérémonie ?

Troisième Gentleman

Oui, certes.

Premier Gentleman

Comment était-elle ?

Troisième Gentleman

— Bien digne d’être vue.

Deuxième Gentleman

Cher monsieur, racontez-nous-la.

Deuxième Gentleman

Mais la suite, je vous prie ?

Premier Gentleman

— Monsieur, vous ne devez plus dire York-Place ; cela est du passé. — Depuis la chute du cardinal, le palais a perdu ce nom ; — il est désormais au roi, et s’appelle Whitehall.

Troisième Gentleman

Je le sais ; — mais le changement est si récent que le vieux nom — est toujours frais pour moi.

Deuxième Gentleman

Quels étaient les deux révérends évêques — qui marchaient de chaque côté de la reine ?

Troisième Gentleman

— Stokesly et Gardiner, l’un, évêque de Winchester, — tout nouvellement promu, de secrétaire du roi qu’il était, — l’autre, évêque de Londres.

Deuxième Gentleman

Celui de Winchester — ne passe pas pour être des grands amis de l’archevêque, — le vertueux Cranmer.

Troisième Gentleman

Tout le pays sait ça. — Pourtant, il n’y a pas encore grande scission ; quand elle viendra, — Cranmer trouvera un ami qui ne l’abandonnera pas.

Deuxième Gentleman

— Qui ça, je vous prie ?

Troisième Gentleman

Thomas Cromwell, — un homme fort estimé du roi, et vraiment un digne ami. Le roi — l’a fait maître des joyaux, — et il est déjà du conseil privé.

Deuxième Gentleman

— Il méritera mieux encore.

Deux Autres Gentleman

Nous sommes à vos ordres, monsieur.

Deux Autres Gentleman

Ils sortent.

Deux Autres Gentleman

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Scène 12

Griffith, Catherine, Vision, Patience, Messager, Capucius, Capucids

Kimbolton.

Griffith

— Comment est Votre Grâce ?

Catherine

Ô Griffith ! malade à mourir. — Mes jambes, comme des branches surchargées, fléchissent vers la terre, — voulant déposer leur fardeau. Avancez un siége… — Bien… Maintenant , il me semble que je suis un peu soulagée. — Ne m’as-tu pas dit, Griffith, comme tu m’amenais, — que ce fameux enfant de la grandeur, le cardinal Wolsey — était mort ?

Griffith

— Oui, madame ; mais je crois que Votre Grâce, — toute aux peines qu’elle souffrait, ne m’écoutait pas.

Catherine

— Je t’en prie, bon Griffith, dis-moi comment il est mort. — S’il est bien mort, peut-être m’a-t-il précédée — pour me servir d’exemple.

Catherine

Hélas ! pauvre homme !

Griffith

— Enfin, à petites journées, il arriva à Leicester, — et alla loger à l’abbaye. Là, le révérend abbé, — avec tout son couvent, l’ayant accueilli honorablement, — il lui adressa ces paroles : Ô père abbé, — un vieillard, brisé par les tempêtes de l’État, — est venu déposer parmi vous ses os fatigués ; — par charité, donnez-lui un peu de terre ! — Sur ce, il se mit au lit, où sa maladie — fit des progrès rapides ; et, la troisième nuit, — vers la huitième heure, que lui-même — avait prédit devoir être sa dernière, plein de repentir, — dans un complet recueillement, dans les larmes et la douleur, — il rendit ses dignités au monde, — son âme bien heureuse au ciel, et s’endormit en paix.

Catherine

— Qu’il repose de même ; que ses fautes lui soient légères ! — Mais permets-moi, Griffith, de dire de lui ce que je pense, — sans manquer pourtant de charité. C’était un homme — d’un orgueil sans bornes, se mettant — lui-même au rang des princes, un homme qui par ses extorsions — pressurait tout le royaume. La simonie était pour lui franc jeu. — Sa propre opinion était sa loi ; en face de l’évidence — il disait le mensonge ; il était toujours double — et dans ses paroles et dans ses intentions. Jamais — il ne montrait de pitié qu’à ceux dont il projetait la ruine. — Ses promesses étaient ce qu’il était alors, magnifiques ; — mais l’exécution était ce qu’il est aujourd’hui, néant. — Il était vicieux de sa personne, et donnait — au clergé un mauvais exemple

Catherine

.

Catherine

Oui, bon Griffith ; — autrement je serais malveillante.

Griffith

Ce cardinal, — quoique d’une humble souche, était assurément — formé pour une grande illustration. À peine hors du berceau, — c’était un savant déjà mûr et capable ; — excessivement sagace, disert et persuasif, — hautain et aigre pour ceux qui ne l’aimaient pas, — mais, pour les gens qui le recherchaient, doux comme l’été. — Et quoique, pour acquérir, il fût insatiable, — ce qui était un péché, pour donner, madame, — il était vraiment princier. Témoin à jamais — ces deux jumeaux de la science, qu’il a élevés sous vos auspices, — Ipswich et Oxford ; l’un, qui est tombé avec lui, — n’ayant pas voulu survivre à son bienfaiteur ; — l’autre, qui, bien qu’imparfait encore, est déjà si fameux, — si excellent dans la science, si sûr en ses progrès — que la chrétienté vantera à jamais ses mérites. — La chute du cardinal a entassé sur lui les félicités ; — car c’est alors, et alors seulement, qu’il a eu conscience de lui-même, — et qu’il a connu le bonheur d’être petit. — Et, ce qui a honoré sa vieillesse — plus qu’aucun homme n’eût pu le faire, il est mort dans la crainte de Dieu

Griffith

.

Catherine

Musique triste et solennelle.

Griffith

— Elle dort… Bonne fille, asseyons-nous tranquillement, — pour ne pas l’éveiller. Doucement, gentille Patience.

Vision

Entrent, s’avançant solennellement l’une après l’autre, six personne vêtues de rubes blanches, portant sur la tête des guirlandes de laurier, des masques d’or sur la face, des branches de laurier ou des palmes à la main. Elles saluent d’abord la reine, puis dansent. À certains changements de figure, les deux premières tiennent une guirlande suspendue sur sa tête, pendant que les quatre autres lui font un repectueux salut ; alors, les deux qui tenaient la guirlande la passent aux deux suivantes, qui font la même cérémonie aux changements de figure, tenant la guirlande au-dessus de la tête de la reine. Après cela, elles passent la guirlande aux deux dernières, qui font la même cérémonie. Sur quoi, comme par inspiration, la reine fait des signes de joie dans son sommeil, et lève les mains vers le ciel. Alors les apparitions s’évanouissent en dansant, emportant la guirlande avec elles. La musique continue.

Catherine

— Esprits de paix, où êtes-vous ? Êtes-vous donc tous partis ? — Et me laissez-vous ainsi derrière vous dans la détresse ?

Griffith

— Madame, nous sommes ici.

Catherine

Ce n’est pas vous que j’appelle. — Est-ce que vous n’avez vu entrer aucune personne, depuis que je me suis endormie ?

Catherine

— Non ? N’avez-vous pas vu, à l’instant même, une troupe de bien heureuses créatures — m’inviter à un banquet ? Leurs faces, brillantes — comme le soleil, jetaient mille rayons sur moi. — Elles m’ont promis un éternel bonheur, — et m’ont apporté des guirlandes, Griffith, que je ne me sens pas — encore digne de porter : je le deviendrai, — assurément.

Griffith

— Je suis bien aise, madame, que de si beaux songes — possèdent votre imagination.

Catherine

Faites cesser la musique ; — elle m’est dure et pénible.

Catherine

La musique cesse.

, bas à Griffith.

Patience

Remarquez-vous — comme Sa Grâce a changé soudainement ? — Comme sa figure s’est allongée ! Quelle pâleur ! — Elle est froide comme l’argile. Considérez ses yeux.

Griffith

— Elle s’en va, fillette. Prions, prions.

Patience

Le ciel l’assiste !

Messager

— N’en déplaise à Votre Grâce…

Catherine

Vous êtes un impertinent. — Est-ce que nous ne méritons pas plus de respect ?

, au messager.

Griffith

Vous êtes à blâmer, — sachant qu’elle ne veut pas abdiquer son ancienne majesté, — de garder une si grossière attitude. Allons, à genoux.

Catherine

— Introduis-le, Griffith. Mais cet homme, — que je ne le revoie jamais.

Catherine

Sortent Griffith et le messager.

Griffith

Si mes yeux ne me trompent pas, — vous êtes l’ambassadeur de l’empereur, — mon royal neveu, et votre nom est Capucius.

Capucius

— Lui-même, madame, votre serviteur.

Catherine

Oh ! seigneur, — les temps et les titres sont étrangement changés — pour moi, depuis la première fois que vous m’avez vue. Mais, je vous en prie, — que désirez-vous de moi ?

Capucius

— D’abord, noble dame, — je viens offrir mes services à Votre Grâce ; et puis, — le roi a désiré que je vous fisse visite ; — il est bien affligé de votre affaiblissement ; il vous envoie — par moi ses princières condoléances, — et vous conjure instamment de prendre courage.

Catherine

— Oh ! mon bon seigneur, cet encouragement arrive trop tard : — c’est comme un pardon après l’exécution. — Ce doux remède, administré à temps, m’eût guérie. — Mais maintenant tous les secours me sont inutiles, hormis les prières. — Comment va Son Altesse ?

Capucius

Bien, madame.

, remettant la lettre à Catherine.

Patience

Non, madame.

, la transmettant à Capucius.

Catherine

— Monsieur, je vous prie très-humblement de remettre — ceci à monseigneur le roi.

Capucids

— Très-volontiers, madame.

Capucius

Par le ciel, je le ferai, — ou puissé-je perdre la mine d’un homme !

Catherine

— Je vous remercie, honnête seigneur. Rappelez-moi — en toute humilité à Son Altesse ; — dites-lui que l’auteur de ses longs troubles va maintenant — quitter ce monde. Dites-lui que dans la mort je l’ai béni, — car je le bénirai… Mes yeux deviennent troubles… Adieu, — seigneur… Griffith, adieu. Non, Patience, — ne me quittez pas encore. Il faut me mettre au lit. — Appelez d’autres femmes. Quand je serai morte, ma bonne fille, — que je sois traitée avec honneur ; couvrez-moi — de fleurs virginales ; que le monde entier sache — que j’ai été une épouse chaste jusqu’à la tombe : embaumez-moi, — puis ensevelissez-moi. Quoique découronnée, que je sois enterrée — en reine et en fille de roi. — Je n’en peux plus.

Catherine

Tous sortent, emmenant Catherine.

Catherine

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Scène 13

Gardiner, Page, Lovell, Roi Henry, Suffolk, Sir Anthony Denny, Denny, Cramer, Cranmer, Un Gentilhomme, Vieille Dame

Une galerie du palais.

Gardiner

— Il est une heure, page, n’est-ce pas ?

Page

Une heure sonnée.

Lovell

Venez-vous de chez le roi, milord ?

Gardiner

— J’en viens, sir Thomas, et je l’ai laissé jouant à la prime — avec le duc de Suffolk.

Lovell

Il faut que je le voie, — avant qu’il aille au lit. Je vais prendre congé de vous.

Gardiner

— Pas encore, sir Thomas Lowell. Que se passe-t-il ? — Il semble que vous êtes pressé ; si vous le pouvez — sans qu’il y ait grand mal, donnez à votre ami — quelque idée de cette affaire tardive. Les affaires qui marchent — de nuit, comme on dit que font les esprits, sont — d’une nature plus étrange que celles — qui se dépêchent de jour.

Lovell

Milord, je vous aime, — et j’ose confiera votre oreille un secret — plus important que mes occupations. La reine est en travail ; — on la dit dans un extrême danger ; et on craint — qu’elle ne périsse en accouchant.

Gardiner

Je prie de tout cœur — pour le fruit qu’elle porte : puisse-t-il venir — à bien et vivre ! Mais pour l’arbre, sir Thomas, — je le voudrais déjà déraciné.

Lovell

Je serais capable, il me semble, — de crier Amen ! Et pourtant ma conscience me dit — que c’est une bonne créature, une charmante femme, — qui a droit à nos meilleurs souhaits.

Lovell

Vous parlez là, monsieur, des deux personnages — les plus remarqués du royaume. Quant à Cromwell, — outre qu’il a la garde des joyaux, il est fait maître — des rôles et secrétaire du roi ; et puis, monsieur, — il est sur la voie de dignités nouvelles — que le temps lui conférera. L’archevêque — est le bras du roi et son organe. Et qui oserait dire — une syllabe contre lui ?

Gardiner

Oui, oui, sir Thomas, — il y en a qui osent ; et moi-même je me suis aventuré — à dire mon opinion sur lui ; et en effet, aujourd’hui même, — monsieur, je puis vous le dire, je crois — avoir inculqué aux lords du conseil la conviction que cet homme est —

car je sais qu’il l’est, et ils le savent aussi

Gardiner

— un archihérétique, une peste — qui infecte le pays. Tout émus, — ils s’en sont ouverts au roi ; et le roi, du haut de sa grâce — et de sa sollicitude princière, pressentant les terribles dangers — que nos raisons lui indiquaient, a prêté — l’oreille à nos plaintes, et commandé — qu’il fût cité demain matin — devant le conseil. C’est une plante malfaisante, sir Thomas, — et il faut la déraciner. Vos affaires vous réclament, — je vous retiens trop longtemps : bonne nuit, sir Thomas.

Lovell

— Mille bonnes nuits, milord ; je reste votre serviteur.

Lovell

Gardiner sort avec son page.

Roi Henry

— Charles, je ne veux plus jouer ce soir ; — mon esprit n’y est pas, vous êtes trop fort pour moi.

Suffolk

— Sire, jamais jusqu’ici je ne vous avais gagné.

Roi Henry

Que rarement, Charles ; — et vous ne me gagnerez pas, quand mon attention sera au jeu. — Eh bien, Lovell, quelles nouvelles de la reine ?

Lovell

— Je n’ai pas pu lui délivrer en personne — le message dont vous m’aviez chargé, mais je le lui ai transmis — par une de ses femmes, qui m’a rapporté pour réponse — que la reine remerciait — Votre Altesse en toute humilité et vous conjurait — instamment de prier pour elle.

Roi Henry

Que dis-tu ? Ha ! — Prier pour elle ? Quoi ! est-elle dans les douleurs ?

Lovell

— Sa fille d’honneur me l’a dit, ajoutant que sa souffrance — faisait de chaque effort une mort.

Roi Henry

Hélas ! chère dame !

Suffolk

— Dieu veuille la délivrer de son fardeau heureusement — et par un doux travail, et puisse-t-elle gratifier — Votre Altesse d’un héritier !

Suffolk

Je souhaite à Votre Altesse — une nuit paisible, et je me souviendrai — de ma bonne maîtresse dans mes prières.

Roi Henry

Bonne nuit, Charles.

Roi Henry

Suffolk sort.

Sir Anthony Denny

— Eh bien, monsieur, qu’y a-t-il ?

Denny

— Sire, j’ai amené milord l’archevêque, — comme vous me l’avez commandé.

Roi Henry

Ah ! Cantorbéry !

Denny

— Oui, mon bon seigneur.

Roi Henry

C’est juste. Où est-il, Denny ?

Denny

— Il attend le bon plaisir de Votre Altesse.

Roi Henry

Amène-le-nous.

Roi Henry

Denny sort.

, à part.

Lovell

— C’est pour la chose dont l’évêque m’a parlé ; — je suis arrivé à propos.

, à Lovell et à Denny.

Roi Henry

Videz la galerie.

Roi Henry

Lovell fait mine de rester.

Roi Henry

— Ah çà ! j’ai dit : Partez. — Comment !

Roi Henry

Sortent Lovell et Denny.

Roi Henry

— Eh bien, milord ! vous désirez savoir — pourquoi je vous ai envoyé chercher ?

, s’agenouillant.

Cramer

C’est mon devoir — d’être aux ordres de Votre Altesse.

Roi Henry

Relevez-vous, je vous prie, — mon bon et gracieux lord de Cantorbéry. — Venez ; vous et moi, il faut que nous fassions un tour ensemble. — J’ai des nouvelles à vous dire. Allons, allons, donnez-moi votre main. — Ah ! mon bon lord, je vous parle avec tristesse, — et je suis fort chagrin de ce que j’ai à dire. — J’ai, bien à contre-cœur, entendu dernièrement — beaucoup de plaintes fort graves, milord, je dis — fort graves, sur votre compte. Après considération, — nous et notre conseil nous avons décidé — que ce matin vous paraîtriez devant nous. En outre, — pour pouvoir vous laver pleinement — des charges auxquelles vous aurez à répondre, il faut — qu’avant l’instruction du procès vous fassiez appel — à votre patience et que vous vous résigniez — à faire votre résidence de la Tour. Envers un collègue comme vous, — il convient que nous procédions ainsi ; autrement, aucun témoin — n’oserait se présenter contre vous.

Cranmer

Je remercie humblement Votre Altesse ; — et je saisis avec une véritable joie cette excellente occasion — d’être passé au crible, en sorte que le bon grain — soit séparé en moi de l’ivraie ; car, je le sais, — personne n’est en butte aux langues calomnieuses — plus que moi, pauvre homme.

Cranmer

Très-auguste souverain, — l’appui sur lequel je me fonde, c’est ma loyauté, c’est ma probité. — Si elles me faisaient défaut, je triompherais — de ma chute avec mes ennemis, n’estimant plus ma personne — dès que ces vertus lui manqueraient. Je ne crains rien — de ce qu’on peut dire contre moi.

Roi Henry

Ne savez-vous pas — quelle est votre situation dans le monde, et avec tout le monde ? — Vos ennemis sont nombreux et considérables : leur influence — doit être en proportion ; e il n’arrive pas toujours — que la justice et la vérité emportent — le verdict qui leur est dû. Avec quelle facilité — des âmes corrompues pourraient payer des misérables corrompus comme elles, — pour déposer contre vous ! Ces choses-là se sont vues. — Vous avez des adversaires aussi puissants — qu’acharnés. Croyez-vous donc être plus heureux, — en fait de témoins parjures, que ne le fut le Maître — dont vous êtes le ministre, quand il vivait — sur cette terre méchante ? Allons, allons, — vous prenez un précipice pour un escarpement sans danger, — et vous courez à votre propre ruine.

Cranmer

Que Dieu ou Votre Majesté — protègent mon innocence, ou je tombe dans — le piége qui m’est tendu.

Roi Henry

Cranmer sort.

Roi Henry

Les larmes — lui étranglaient la voix.

, derrière le théâtre.

Un Gentilhomme

Revenez ! Que voulez-vous ?

Vieille Dame

— Je ne reviens point sur mes pas. La nouvelle que j’apporte — fait de ma hardiesse une courtoisie… Maintenant, que les bons anges — planent sur la tête royale, et couvrent ta personne — de leurs ailes célestes !

Roi Henry

À ta mine — je devine ton message. La reine est-elle délivrée ? — Dis oui, et d’un garçon.

Vieille Dame

Oui, oui, mon suzerain, — et d’un charmant garçon ; que le Dieu du ciel — la bénisse maintenant et toujours !… C’est une fille — qui promet des garçons pour l’avenir. Sire, votre reine — désire votre visite, et que — vous fassiez connaissance avec cette étrangère ; elle vous ressemble — comme une cerise à une cerise.

Lovell

Sire !

Roi Henry

— Donne-lui cent marcs. Je vais chez la reine.

Roi Henry

Le roi sort.

Vieille Dame

— Cent marcs ! Par cette lumière, j’en veux davantage. — C’est un paiement bon pour un simple valet. — J’en aurai davantage, ou je lui ferai honte. — Ai-je dit pour si peu que sa fille lui ressemblait ? — Je veux avoir davantage, ou je me dédirai ; et maintenant — je vais battre le fer, tandis qu’il est chaud.

Vieille Dame

Ils sortent.

Vieille Dame

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Scène 14

Cranmer, Butts, Roi Henry

Un corridor en avant de la chambre du conseil.

Cranmer

— J’espère que je ne suis pas en retard ; et pourtant le gentilhomme — qui m’a été envoyé au conseil, m’a prié — de me hâter. Tout fermé ! Que signifie ceci ?… Holà ! — qui est de service ici ?… Sûrement, vous me reconnaissez.

Cranmer

l’huissier.

Cranmer

Oui, milord, — mais je ne puis rien pour vous.

Cranmer

Pourquoi ?

Cranmer

l’huissier.

Cranmer

— Votre Grâce doit attendre qu’on l’appelle.

Butts

— C’est un tour perfide. Je suis bien aise — d’être venu par ici aussi à propos. Le roi — va en être informé sur-le-champ.

Butts

Butts sort.

, à part.

Cranmer

C’est Butts, — le médecin du roi. Comme il passait, — quel regard inquisiteur il a jeté sur moi ! — Fasse le ciel que ce ne soit pas pour sonder ma disgrâce ! Certainement — ceci a été arrangé à dessein par quelques-uns de ceux qui me haïssent. — Dieu veuille changer leurs cœurs ! Je n’ai jamais provoqué leur animosité. — Ils ont voulu m’humilier dans mon honneur. Autrement, ils auraient honte — de me faire attendre à la porte ; un conseiller, un collègue, — parmi des pages, des grooms et des laquais ! Mais leurs volontés — doivent être exécutées, et j’attendrai avec patience.

Butts

— Je vais montrer à Votre Grâce le plus étrange spectacle.

Roi Henry

Qu’est-ce donc, Butts ?

Butts

— Je crois que Votre Altesse a vu ceci bien souvent.

Roi Henry

— Morbleu, où est-ce ?

Butts

Là, milord. — Voyez donc la haute promotion de Sa Grâce de Cantorbéry, — qui tient son lever à la porte parmi les poursuivants, — les pages et les valets de pied.

Roi Henry

Ils se retirent.

Roi Henry

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Scène 15

Chancelier, Cromwell, Gardiner, Norfolk, Cranmer, Suffolk, Tous, Lord Chambellan, Surrey, Lord Chancelier, Roi Henry, Cramer

La chambre du conseil.

Chancelier

Appelez les affaires, maître secrétaire : — pour quel objet sommes-nous assemblés en conseil ?

Cromwell

Sous le bon plaisir de Vos Seigneuries, — la principale affaire est celle qui concerne Sa Grâce de Cantorbéry.

Gardiner

— En a-t-il été informé ?

Cromwell

Oui.

Norfolk

Qui donc attend là ?

Norfolk

l’huissier.

Norfolk

— Dans l’antichambre, mes nobles lords ?

Gardiner

l’huissier.

Gardiner

Milord l’archevêque. — Il est là depuis une demi-heure à attendre vos ordres.

Chancelier

— Qu’il entre.

Chancelier

l’huissier , à Cranmer.

Chancelier

Votre Grâce peut entrer maintenant.

Chancelier

— Mon bon lord archevêque, je suis bien fâché — d’être assis ici en ce moment, et de voir — ce fauteuil rester vide. Mais nous sommes tous des hommes, — fragiles de notre nature, ayant les faiblesses — de notre chair. Bien peu sont des anges. Par suite de cette fragilité, — de ce manque de sagesse, vous, qui pouviez nous donner les meilleures leçons, — vous avez offensé gravement, — le roi d’abord, puis les lois, en remplissant — le royaume entier, par vos prédications et celles de vos chapelains —

car nous sommes bien informés

Chancelier

, d’opinions nouvelles, — étranges et dangereuses, lesquelles sont des hérésies — et, non réformées, peuvent devenir pernicieuses.

Cranmer

— Mes bons lords, jusqu’ici, dans tout le cours — de ma vie et de ma carrière, j’ai tâché, — et ce n’a pas été sans efforts, que mes enseignements — et les actes de ma puissante autorité — allassent de front dans une voie sûre dont le but — fût toujours le bien. Il n’existe pas —

je parle en toute sincérité, milords

Cranmer

— un homme qui, dans sa conscience et dans l’exercice de ses fonctions, — déteste et combatte plus — que moi les perturbateurs de la paix publique. — Fasse le ciel que le roi ne trouve jamais un cœur — moins fidèle ! Les hommes qui — se nourrissent d’envie et de malice tortueuse — osent mordre les plus vertueux. Je demande instamment à Vos Seigneuries — que, dans cette cause, mes accusateurs, — quels qu’ils soient, soient confrontés avec moi, — et déposent ouvertement contre moi.

Suffolk

Non, milord, — cela ne se peut pas ; vous êtes conseiller, — et, comme tel, nul n’osera vous accuser.

Gardiner

— Milord, comme nous avons des affaires plus importantes, — nous serons brefs avec vous. La volonté de Son Altesse, — d’accord avec notre avis, est que, pour garantir l’équité de l’instruction, — vous soyez d’ici même transféré à la Tour. — Là, redevenu simple particulier, — vous verrez se produire hardiment contre vous nombre d’accusateurs, — plus que vous n’en attendez, je le crains.

Gardiner

— Milord, milord, vous êtes un sectaire : — voilà la franche vérité. Le vernis qui vous couvre laisse voir, — aux gens qui vous comprennent, un déclamateur bien faible.

Cromwell

— Milord de Winchester, vous êtes — un peu trop acerbe, permettez-moi de vous le dire. Des hommes si nobles, — quelles qu’aient été leurs fautes, ont encore droit au respect — de ce qu’ils ont été : c’est cruauté — de charger un homme qui tombe.

Gardiner

Bon maître secrétaire, — je demande pardon à Votre Honneur ; vous êtes, de tous ceux — qui s’asseyent à cette table, le dernier qui puisse parler ainsi.

Cromwell

Pourquoi, milord ?

Gardiner

— Est-ce que je ne vous connais pas pour un fauteur — de cette nouvelle secte ? Vous n’êtes pas pur.

Cromwell

Pas pur !

Gardiner

— Pas pur, je le répète.

Gardiner

— Je me souviendrai de ce scandaleux langage.

Cromwell

Soit. — Souvenez-vous aussi de votre scandaleuse existence.

Chancelier

C’en est trop. — Par pudeur, contenez-vous, milords.

Gardiner

J’ai fini.

Cromwell

Et moi aussi.

, à Cranmer.

Chancelier

— Revenons à vous, milord. Il est décidé, à l’unanimité, je pense, que sur-le-champ — vous serez conduit prisonnier à la Tour, — pour y rester jusqu’à ce que le bon plaisir ultérieur du roi — soit connu de nous. Êtes-vous tous de cet avis, milords ?

Tous

— Nous le sommes.

Cranmer

Est-ce là toute votre merci ? — Faut-il absolument que j’aille à la Tour, milords ?

Gardiner

Quelle autre — merci pourriez-vous attendre ? Vous êtes étrangement fatigant. — Que quelques-uns des gardes se tiennent prêts là.

Gardiner

Entrent des gardes.

Cranmer

Pour moi ! — Faut-il donc que j’aille à la Tour comme un traître ?

, aux gardes.

, montrant l’anneau du roi.

Cranmer

Arrêtez, mes bons lords, — j’ai encore quelques mots à dire. Regardez ceci, milords. — Par la vertu de cet anneau, je retire ma cause — des griffes de ces hommes cruels, et je la remets — aux mains du plus noble juge, le roi mon maître.

Lord Chambellan

— C’est l’anneau du roi.

Surrey

Ce n’est pas une contrefaçon.

Suffolk

— C’est le véritable anneau, par le ciel ! Je vous avais dit à tous, — quand nous avons mis en mouvement cette pierre dangereuse, — qu’elle retomberait sur nous-mêmes.

Norfolk

Croyez-vous, milords, — que le roi permettra seulement — qu’on touche au petit doigt de cet homme ?

Lord Chancelier

Ce n’est que trop certain. — Quel prix il attache à sa vie ! — Je voudrais bien être tiré de ce pas.

Cromwell

Un pressentiment me disait — qu’en ramassant des fables et des accusations — contre cet homme, dont le diable — et ses disciples peuvent seuls haïr la probité, — vous attisiez un feu qui vous brûlerait. Maintenant gare à vous !

Roi Henry

— Vous avez toujours excellé a improviser les compliments, — évêque de Winchester. Mais, sachez-le, je ne suis pas venu — pour m’entendre adresser en face de telles flatteries : — elles sont trop transparentes et trop chétives pour cacher ce qui m’offense. — Vous ne sauriez m’atteindre. Vous faites le chien couchant, — et vous croyez me gagner en remuant la langue ; — mais, quelque opinion que tu aies de moi, je suis certain — que tu es d’une nature cruelle et sanguinaire.

Roi Henry

À Cranmer.

Roi Henry

— Bonhomme, assieds-toi. — Maintenant, voyons ! Que le plus fier, — le plus osé d’ici te menace seulement du doigt. — Par tout ce qu’il y a de plus sacré, mieux vaudrait pour lui mourir de faim — que de s’imaginer un moment que cette place-là ne te convient pas.

Surrey

— Plaise à Votre Grâce…

Lord Chancelier

Veuille Votre Grâce, — mon très-redouté souverain, me permettre — de prendre la parole pour nous excuser tous. Si son emprisonnement — avait été décidé, c’était —

s’il y a quelque bonne foi dans les hommes

Lord Chancelier

pour mettre l’accusé — à même de se justifier pleinement aux yeux du monde, nullement dans une intention malveillante ; j’en suis sûr, du moins pour moi.

Roi Henry

Bien, bien, milords, respectez-le. — Accueillez-le, et traitez-le bien ; il en est digne. — Je puis le dire hautement, si un prince — peut être redevable à un sujet, je — lui suis redevable, moi, pour son affection et pour ses services. — Ne me faites plus de ces embarras, embrassez-le tous ; — par pudeur, milords, soyez amis !… Milord de Cantorbéry, — j’ai a vous présenter une requête que vous ne devez pas me refuser. — Voici : il y a une belle petite fille qui réclame le baptême ; — il faut que vous soyez son parrain et que vous répondiez pour elle.

Cramer

— Le plus grand monarque aujourd’hui vivant pourrait se glorifier — d’un tel honneur. Comment puis-je en être digne, — moi qui suis votre pauvre et humble sujet ?

Roi Henry

Allons, allons, milord, vous voulez épargner vos cuillers

Roi Henry

. Vous aurez deux nobles partenaires, la vieille duchesse de Norforlk et la marquise de Dorset ; vous palisent-elles ? — Encore une fois, milord de Winchester, je vous somme — d’embrasser et d’aimer cet homme.

, embrassant Cranmer.

Cranmer

Le ciel me soit témoin — combien chère m’est cette affirmation.

Roi Henry

— Bon homme, ces larmes de joie montrent l’honnêteté de ton cœur. — Je le vois, tu viens de justifier — ce que dit de toi la voix publique : « Faites à milord de Cantorbéry — un mauvais tour, et il sera votre ami pour toujours. » — Allons, milords, nous gaspillons le temps ; il me tarde — que nous fassions de cette petite une chrétienne. — Maintenant que je vous ai unis, milords, restez unis. — J’en serai plus fort, et vous en serez plus honorés.

Roi Henry

Ils sortent.

Roi Henry

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Scène 16

Portier, Une Voix, Valet, Voix, Lord Chambellan

La cour du palais.

Portier

Vous allez cesser votre tapage tout à l’heure, canaille. Prenez-vous la cour pour le Jardin de Paris

Portier

? Grossiers chenapans, finissez donc de brailler.

, de l’intérieur.

Une Voix

Bon maître portier, j’appartiens aux offices.

Valet

— Je vous en prie, monsieur, de la patience ! — À moins de les balayer de la porte à coups de canon, — il est aussi impossible de les disperser que de les faire dormir — le matin du premier mai, ce qu’on ne verra jamais. — Les chasser ! Nous pourrions aussi aisément faire reculer Saint-Paul.

Portier

Comment sont-ils entrés, pendard ?

Valet

— Hélas ! je ne sais pas. Comment la marée entre-t-elle ? — Autant qu’un solide gourdin de quatre pieds —

vous en voyez les pauvres restes

Valet

a pu distribuer des coups, — je n’y ai pas mis de ménagement, monsieur.

Portier

Vous n’avez rien fait, monsieur. —

Valet

Je ne suis pas un Samson, ni un sir Guy, ni un Colbrand, pour les abattre tous devant moi. Mais, si j’en ai ménagé aucun qui eût une tête à frapper, jeune ou vieux, mâle ou femelle, cocufié ou cocufieur, que je ne voie jamais de ma vie une longe de bœuf ; et je ne m’y résignerais pas, pas même pour une vache, Dieu me pardonne !

, de l’intérieur.

Voix

Entendez-vous, monsieur le portier ?

Portier

Je suis à vous tout de suite, mon bon monsieur le faquin… Tiens la porte close, maraud.

Valet

Que voulez-vous que je fasse ?

Valet

Les cuillers n’en seront que plus nombreuses, monsieur. Il y a assez près de la porte un gaillard qui a la mine d’un brasier ; sur ma parole, vingt jours de canicule règnent dans sa trogne ; tous ceux qui sont auprès de lui sont sous la ligne ; ils n’ont pas besoin d’autre pénitence. J’ai trois fois frappé ce dragon à la tête, et trois fois son nez a fait une décharge sur moi. Il reste là, comme un mortier, à nous bombarder. Il y avait près de lui la femme d’un mercier, assez pauvre d’esprit, qui a tant déblatéré contre moi qu’enfin son bonnet à jours, une écumoire, est tombé de sa tête, pour lui apprendre à allumer dans le royaume une telle conflagration. Une fois j’ai manqué le météore, et j’ai frappé la femme, qui a crié : À moi les gourdins ! Alors j’ai vu venir de loin à sa rescousse une quarantaine de bâtonnistes, l’espérance du Strand, où elle a ses quartiers. Ils se sont élancés ; j’ai tenu bon ; enfin ils en sont venus avec moi aux coups de rondin. Je continuais de leur tenir tête, quand soudain, derrière eux, une file de marmousets, lâchés en tirailleurs, ont lancé une telle averse de pierres, que j’ai dû mettre mon honneur en sûreté et leur abandonner l’ouvrage. Le diable était parmi eux, ma foi, assurément.

Lord Chambellan

— Merci de moi ! quelle multitude ici ! — Elle grossit toujours ! De toutes parts ils arrivent — comme si nous tenions une foire ici ! Où sont donc les portiers, — ces misérables fainéants ? Vous avez fait de la belle besogne, camarades. — Voici une jolie cohue céans ! Sont-ce là — tous vos fidèles amis des faubourgs ? Sans nul doute, — il nous restera beaucoup de place pour les dames, — quand elles passeront au retour du baptême.

Portier

N’en déplaise à Votre Honneur, — nous ne sommes que des hommes ; et ce que nous pouvions faire à nous tous — sans être mis en pièces, nous l’avons fait : — une armée ne pourrait pas les contenir.

Lord Chambellan

Sur ma vie, — si le roi me blâme pour cela, je vous gênerai tous — aux talons, et bien vite ; et je flanquerai sur vos têtes — de bonnes amendes, pour votre négligence. Vous êtes des drôles bien fainéants ; — et vous restez ici à vider les barriques, quand — vous deviez faire votre service. Écoutez, la trompette sonne, — ils reviennent déjà du baptême. — Allons, rompez la foule, et frayez un chemin — pour laisser passer librement le cortége, ou je vous trouverai — une prison pour vous amuser ces deux mois-ci.

Portier

Faites place pour la princesse.

Portier

Vous, là, en camelot, à bas de la grille, ou je vais vous empaler sur les barreaux.

Portier

Ils sortent.

Portier

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Scène 17

Jarretière, Cranmer, Roi Henry

Le palais.

Jarretière

Ciel, du haut de ton infinie bonté, envoie une vie prospère, longue et toujours heureuse a la haute et puissante princesse d’Angleterre Élisabeth !

Cranmer

— Pour votre Royale Grâce et pour notre bonne reine, — voici la prière que nous faisons, mes nobles commères et moi : — toutes les félicités et toutes les joies — que le ciel a jamais tenues en réserve pour le bonheur des parents, — puissiez-vous les trouver à chaque heure dans cette très-gracieuse princesse !

Roi Henry

Merci, mon bon lord archevêque. — Quel est son nom ?

Cranmer

Élisabeth.

Roi Henry

Relevez-vous, milord.

Roi Henry

Le roi embrasse l’enfant.

Roi Henry

protège ! — je remets ta vie dans ses mains.

Cranmer

Amen !

, aux deux marraines.

Roi Henry

— Mes nobles commères, vous avez été par trop prodigues. — Je vous rends grâces de tout cœur ; ainsi fera cette jeune lady, — quand elle saura assez d’anglais.

Roi Henry

Tu dis des prodiges

Roi Henry

.

Cranmer

— Elle sera, pour le bonheur de l’Angleterre, — une princesse âgée ; bien des jours la verront, — et il n’y aura pas un de ces jours qui ne soit couronné d’un grand acte. — Je voudrais n’en pas savoir davantage. Mais il faudra qu’elle meure ; — il faudra que les saints la possèdent. Restée vierge, — elle passera comme un lis immaculé — sur la terre, et tout l’univers la pleurera.

Roi Henry

Ils sortent.

Roi Henry

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Épilogue

Fin De Henry Viii

Fin De Henry Viii

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Texte : Wikisource, licence CC BY-SA 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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