Scène 1
Monsieur de Cachant, Monsieur de Saint-Hilaire
Monsieur de Cachant
Qu'est ce que tu viens donc faire ici, Saint-Hilaire ?
Monsieur de Saint-Hilaire
Je viens consulter Monsieur Galand Delariverie, sur une affaire.
Monsieur de Cachant
Parbleu, je te plains d'être entre ses mains, car il ne finit rien ; je suis bien fâché de l'avoir pour Avocat.
Monsieur de Saint-Hilaire
Mon affaire à moi ne sera pas longue, ce ne fera qu'une consultation.
Monsieur de Cachant
On ne le trouve jamais chez lui.
Monsieur de Saint-Hilaire
Je sais bien où il va ; mais ne t'embarrasse pas ; je ne crois pas qu'il y retourne davantage.
Monsieur de Cachant
On dit qu'il est amoureux d'une Demoiselle.
Monsieur de Saint-Hilaire
C'est cela même.
Monsieur de Cachant
Tu la connais peut-être ?
Monsieur de Saint-Hilaire
Beaucoup.
Monsieur de Cachant
Je t'entends.
Monsieur de Saint-Hilaire
Je crois avoir imaginé un moyen pour cela.
Monsieur de Cachant
Ne lui fait pas de mal.
Monsieur de Saint-Hilaire
Ne t'inquiète pas.
Monsieur de Cachant
C'est que s'il était malade, cela reculerait encore mon affaire.
Monsieur de Saint-Hilaire
Tu n'as rien à craindre.
Monsieur de Cachant
Je m'en vais, je revendrai tantôt.
Scène 2
Benoît, Monsieur de Saint-Hilaire, Monsieur de Cachant
Benoît
Messieurs, Monsieur l'Avocat va revenir dans l'instant.
Monsieur de Saint-Hilaire
Où est il ?
Benoît
Il n'est pas loin, il est chez Mademoiselle de Sainte Lucie.
Monsieur de Cachant
C'est cela même.
Monsieur de Saint-Hilaire
Allons, c'est bon.
Monsieur de Cachant
Adieu, Saint-Hilaire, à ce soir.
Benoît
Le voilà, Monsieur l'Avocat, il rentre par le jardin,
Monsieur de Saint-Hilaire
Allons, laissez nous.
Benoît
Ici Monsieur, ici.
Scène 3
Monsieur Galand Delariverie, Monsieur de Saint-Hilaire
Monsieur Galand Delariverie
Ah, c'est Monsieur de Saint-Hilaire.
Monsieur de Saint-Hilaire
Oui, Monsieur Galand, je viens vous consulter.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, vous me faites bien de l'honneur, asseyez-vous donc, s'il vous plaît.
Monsieur de Saint-Hilaire
Ce n'est pas la peine. Voici, de quoi il s'agit.
Monsieur Galand Delariverie
Mais, Monsieur, je ne peux pas vous écouter comme cela.
Ils s'assoient.
Monsieur de Saint-Hilaire
Allons, puisque vous le voulez absolument.
Monsieur Galand Delariverie
C'est que réellement vous ferez mieux.
Monsieur de Saint-Hilaire
Monsieur, je viens vous consulter pour savoir ce que je dois choisir d'une chose ou de l'autre que je me trouve dans la nécessité de faire.
Monsieur Galand Delariverie
Voyons, Monsieur, expliquez votre affaire comme elle est.
Monsieur de Saint-Hilaire
Monsieur, je n'ai jamais eu de procès de ma vie, et je voudrais bien n'en pas avoir.
Monsieur Galand Delariverie
Il y a peut-être quelque moyen d'accommodement ; voyons.
Monsieur de Saint-Hilaire
Monsieur, il y a un homme dans le monde qui me déplaît beaucoup, je suis déterminé à lui donner cent coups de bâton, ou à le jeter ter par les fenêtres.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, c'est violent.
Monsieur de Saint-Hilaire
Je le sais bien ; mais je ne peux pas absolument m'en dispenser, et je viens vous consulter sur le choix de ces deux choses-là.
Monsieur Galand Delariverie
Je ne vous conseillerai jamais ni l'une ni l'autre, il y a trop de danger.
Monsieur de Saint-Hilaire
Oui pour cet homme-là.
Monsieur Galand Delariverie
Pour vous-même ; mais quelles raisons avez-vous ? Il y a les voies de la Justice.
Monsieur de Saint-Hilaire
Je vous dis que je ne veux pas avoir de procès, cela m'impatiente, et je ne veux pas tirer cette affaire-là en longueur.
Monsieur Galand Delariverie
Mais que vous a fait cet homme qui puisse vous porter à cet excès de violence ?
Monsieur de Saint-Hilaire
Le voici, Monsieur. Je suis très amoureux d'une Demoiselle fort aimable que j'ai même envie d'épouser, je crois lui plaire, et cet homme ne cesse point de venir dans la maison ; vous entendez ?
Monsieur Galand Delariverie
Oui, Monsieur, très bien.
Monsieur de Saint-Hilaire
Or, comme il paraît vouloir déterminer la mère de cette Demoiselle en sa faveur, je ne vois pas d'autre parti à prendre que de l'expulser de cette maison. N'est-ce pas expulser qu'il faut dire ?
Monsieur Galand Delariverie
Oui, Monsieur.
Monsieur de Saint-Hilaire
Je trouve bien que de le faire sauter par les fenêtres serait plus court ; mais il pourrait en mourir, et pourvu qu'il n'y revienne plus, c'est tout ce qu'il me faut ; ainsi les coups de bâton pourraient peut-être lui suffire. Conseillez-moi.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, il pourrait arriver que...
Monsieur de Saint-Hilaire
Parlez-moi naturellement, j'aimerais fort les coups de bâton.
Monsieur Galand Delariverie
Prenez plutôt le parti de la douceur ; cela aurait moins d'inconvénient.
Monsieur de Saint-Hilaire
Oui ; mais cela sera lent.
Monsieur Galand Delariverie
Non, non, attendez quelques jours, vous verrez que cet homme-là prendra son parti.
Monsieur de Saint-Hilaire
Vous le croyez ?
Monsieur Galand Delariverie
Oh sûrement vous ne le reverrez plus.
Monsieur de Saint-Hilaire
Vous me le promettez ?
Monsieur Galand Delariverie
J'en réponds, même.
Monsieur de Saint-Hilaire
En ce cas-là... Mais si je le retrouve encore, pour lors je prendrai le parti de la fenêtre.
Monsieur Galand Delariverie
Vous ne serez plus exposé à cette violence.
Il met deux écus sur le Bureau de Monsieur Galand.
Monsieur de Saint-Hilaire
Allons, Monsieur, nous verrons.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, qu'est-ce que vous faites donc ?
Monsieur de Saint-Hilaire
Il faut bien que je vous paye votre consultation.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, vous vous moquez de moi.
Monsieur de Saint-Hilaire
Vous n'êtes pas obligé de donner votre temps et votre science pour rien, je suivrai donc votre conseil, j'attendrai deux jours ; mais après cela je ne balancerai plus. Adieu, Monsieur Galand, en vous remerciant.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur...
Monsieur de Saint-Hilaire
Rentrez donc.
Ils sortent.
Explication du proverbe : Un bon averti en vaut deux.
Monsieur Galand Delariverie
Monsieur, je vous verrai aller.