Comédie · 1668

L’embarras de Godard

de Jean Donneau de Visé

Représentation
≈ 43 min
Distribution
4 femmes, 6 hommes
Répliques
433
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Champagne H 84 ≈ 13 min 13
Paquette F 88 ≈ 10 min 17
Monsieur Godard H 78 ≈ 7 min 16
Isabelle F 61 ≈ 6 min 16
Cléante H 50 ≈ 3 min 8
Picard H 36 ≈ 2 min 10
La Sage-Femme F 18 ≈ 2 min 2
Oriane F 7 ≈ 1 min 2
L'Angevin H 6 ≈ 1 min 3
Torine H 5 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle L'Embarras de Godard, ou l'Accouchée
Champagne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Paquette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Godard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Isabelle absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cléante absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Picard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Sage-Femme absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Oriane absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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L'Embarras de Godard, ou l'Accouchée

Scène 1

Isabelle, Paquette, Cléante

On ouvre ici le fonds du Théâtre.

Isabelle

Si vous m'aimez, toujours, avec même constance, Je ne vous défends pas d'avoir de l'espérance.

Paquette

Ha, a, a, a, a, a. Peste de l'Amour ! Mais, vous ne songez pas qu'il fera, bientôt, jour.

Cléante

Je sortirai dans peu.

Isabelle

Encore que mon père Se montre, tout à fait, à notre hymen, contraire, Ce n'est pas qu'il ait pris d'aversion pour vous : Mais, il veut me donner un cloître, au lieu d'époux, Afin de conserver plus de bien pour mon frère. Ma Mère, sur ce point, ne voulant pas lui plaire, Doit, encore, pour nous, lui parler, aujourd'hui ; Mais, cet espoir doit peu soulager notre ennui, Et nous devons, enfin, craindre qu'elle ne meure, Sachant, que d'accoucher, elle n'attend que l'heure. Sans mourir de douleur, je n'y saurais songer ; Elle est, en cet état, plus qu'une autre, en danger ; Et, comme, en accouchant, on la tient, souvent morte, Ce n'est pas, sans sujet, que ma crainte est si forte.

Cléante

Je crains autant que vous, et ressens même ennui ; Si la Mort la prenait, nous n'aurions plus d'appui.

Paquette

Avecque les amants, les gens ne dorment guère ; Passerez-vous, toujours, toutes les nuits entières ?

Cléante

Je sors.

Paquette

Écoutez.

Cléante

Quoi ?

Paquette

Ne faites point de bruit.

Isabelle

Je tremble, nous veillons, aussi, trop, cette nuit.

Paquette

Hé bien, l'entendez-vous ?

Cléante

Que veux-tu que j'entende ?

Isabelle

Peut-être, est-ce mon père. Ô Dieu, que j'appréhende !

Cléante

Pour moi, je n'entends rien.

Paquette

Quoi ! Vous n'entendez pas Que le coq réveillé, chante, déjà, là-bas ?

Isabelle

Que nous viens-tu conter ?

Paquette

Ah ! Madame, je meure, S'il n'a, déjà, chanté, six fois, depuis une heure.

Cléante

Mais, tu ne devais pas, pour rien, nous faire peur.

Paquette va prendre, à demi endormie, la Chandelle, sur la table et revient.

Paquette

Je sais que ce n'est rien pour un si grand Veilleur ; Mais, c'est beaucoup pour moi, qui ne devrais entendre Le Coq, que dans mon Lit.

Isabelle

Je ne saurais comprendre Comment le temps a pu passer si promptement.

Cléante

Je crois n'être, avec vous, que depuis un moment.

Isabelle

Je dois vous avouer, que je le crois de même.

Cléante

Le temps passe bien vite, auprès de ce qu'on aime.

Paquette

Sortez sans plus tarder, je crains quelque malheur ; Car, je crois, qu'en rêvant, je viens de voir Monsieur.

Cléante

Elle est bien endormie, et ne voit, je crois, goutte.

Paquette

Moi, je dors !

Isabelle

Oh ! Que non.

Paquette

Quoi ! Je dors ?

Cléante

Oui, sans doute.

Paquette

Ah ! Quand je dormirais, je pense, par ma foi, Que vous n'en seriez pas trop fâchés contre moi. Mais, allons.

Cléante

Souffre, encor, qu'un moment, je demeure.

Paquette

Vous l'avez demandé, vingt fois, depuis une heure, Mais, je vois que le Jour qui pénètre en ces Lieux...

Cléante

Comment le verrais-tu ? Tu n'ouvres pas les yeux.

Paquette

Tant mieux pour vous, mais...

À Paquette.

À Isabelle.

Cléante

Çà. Croyez que je vous aime.

Paquette

Puisque votre entretien est, tous les soirs, de même, Pourquoi veiller si tard ?

Cléante

Pourquoi ?

Paquette

Si quelque jour L'hymen vous donne lieu de contenter l'amour, Vous mourrez de plaisir, s'il est vrai qu'on en meure.

Cléante

Ah ! Que ne suis-je, donc, marié tout à l'heure !

Isabelle

De cet Hymen, hélas ! Le trop flatteur espoir Est ce qui m'a, les soirs, engagé à vous voir. Je risque, je le sais ; mais, un coeur, un peu, tendre, Contre ce qui lui plaît, ne saurait se défendre.

Cléante

Que de bontés !

Isabelle

Mon coeur se tiendrait à son choix, Quand, parmi mes amants, je compterais des rois.

Cléante

De si tendres discours ne font que me confondre, L'Amour même, je crois, ne pourrait y répondre : Et pour y répartir, je veux, à vos genoux...

Comme elle est endormie, et qu'en voulant arrêter Cléante, elle ne trouve rien, parce qu'il est à genoux, elle tombe, et la Chandelle s'éteint.

Paquette

Modérez vos transports ; tout beau, que faites-vous ?

Cléante

Toi-même, que fais-tu ? Mais, ta chandelle est morte !

Paquette

Je voulais modérer l'ardeur qui vous transporte : Mais, ne profitez pas, au moins, de ce malheur.

Elle passe par derrière Cléante, sans savoir où elle va. Ici, Paquette va à tâtons, du côté qu'était Isabelle, comme pour les empêcher de s'approcher.

Isabelle

Il est sage.

Cléante

Paquette a soin de votre honneur.

Paquette

Si ces jeunes gens-ci...

Cléante

Oui, ma chère Isabelle, Je vous aime.

Paquette

Laissez le galant sans chandelle.

À Isabelle, qui le tire du côté où était Paquette.

Cléante

Ô transports ! Ô douceurs, qu'on ne peut exprimer ! Laisse-moi là, de grâce, et va-t'en rallumer Ta Chandelle.

Isabelle

Il me prend pour Paquette, sans doute.

Paquette lui serrant la main.

À Isabelle, qui le tire, encore.

Cléante

Paquette trouve peu son compte à ne voir goutte. Que ne vous dois-je point par mes soins empressés ? Je saurai... Laisse-moi.

Isabelle

Quoi ! Vous me repoussez ?

Cléante

Quoi ! C'est vous ?

Paquette

À peu près.

Cléante

Ô Ciel !

Elle tâtonne, comme pour les séparer.

Paquette

Hé oui, c'est elle, Et Paquette, la nuit, vaut, pour vous, Isabelle. Vous vous émancipez, donc ? Ah, cela m'instruit ? Et je vous veillerai le jour come la nuit, Mais, écoutez.

Cléante

Et quoi ?

Paquette

Paix.

Isabelle

Que nous veux-tu dire ?

Cléante

Est-ce, encor, quelque coq ?

Paquette

Il n'est pas temps de rire.

Cléante

Pourquoi nous alarmer ?

Paquette

Paix, vous dis-je, écoutez, J'entends marcher quelqu'un.

Cléante

Je fuis.

Paquette

Non, arrêtez. Si vos faisiez du bruit, on pourrait vous surprendre.

Scène 2

Monsieur Godard, Paquette, Cléante, Isabelle

Monsieur Godard

Crions un peu plus haut, pour nous mieux faire entendre. Champagne, l'Angevin, Isabelle, Picard.

Paquette

Ah ! Si l'on me rattrape, en vous veillant si tard...

Cléante

Paix.

Monsieur Godard

Torine, Paquette.

Isabelle

Ah ! Ma crainte est extrême !

Cléante

Je crains autant que vous, parce que je vous aime.

Paquette

Ah ! Ma foi, d'un tel coq, le chant doit faire peur, Vous voyez que mon songe, enfin, n'est pas menteur.

Monsieur Godard

Aucun ne vient, encor.

Isabelle

Mais, quel sujet l'amène ?

Monsieur Godard

Dedans le premier Somme, on s'éveille, avec peine.

Cléante

Dis-moi, que ferons-nous, afin de l'éviter ?

Paquette

Parlez, encor, plus bas, il pourrait écouter, Il faut... Mais, il s'approche.

Isabelle

En es-tu bien certaine ? Je le croyais rentré.

Paquette

Votre fièvre quartaine ! Il faut... Ah ! Pour ce coup, je le crois près de nous, Sans bruit, et sans souffler, tous deux, reculez-vous.

Monsieur Godard

Je ne sais où je suis, tant la nuit est obscure.

Cléante

Ah ! Que je suis fâché d'une telle aventure !

À Isabelle.

Paquette

Il faut qu'à quelque coin, vous passiez doucement, Et que vous gagniez, vous, votre appartement.

Cléante

Mais...

Cléante se met à un coin, et Isabelle gagne sa Chambre.

Paquette

Mais, ne parlons plus.

Monsieur Godard

On marche, que je pense. Qui va là ? Ce n'est rien, j'ai trop de défiance. Champagne, holà, quelqu'un, irai-je vous chercher ? Quoi, donc, ma pauvre Femme est prête d'accoucher.

Paquette

Que voulez-vous ?

Monsieur Godard

Je crains que ma Femme n'accouche.

Paquette

Je ne saurais, encor, qu'à peine, ouvrir la bouche, Tant le sommeil m'abat.

Monsieur Godard

Quoi ! Depuis un moment, C'est, donc, toi, qu'en ce Lieu j'entends ?

Paquette

Et, oui, vraiment. Votre fille se lève, et crois bien que sa mère Doit accoucher dans peu.

Monsieur Godard

Vite, de la lumière.

Paquette

Je m'en vais, à tâtons, en chercher, promptement.

Scène 3

Picard, Paquette, Monsieur Godard

Picard

Qui vient de m'appeler ?

Paquette

Que tu vas brusquement ! Peste soit du brutal !

Picard

Je n'y saurais que faire, On ne voit pas les gens, quand on est sans lumière.

Paquette, et Picard, traversent le Théâtre, à tâtons, et vont à une porte, vis à vis celle d'où Picard est sorti, et se heurtent contre l'Angevin et Torine, qui en sortent avec précipitation.

Monsieur Godard

Allez, donc, en chercher, et faites cet effort.

Scène 4

L'Angevin, Torine, Paquette, Picard, Monsieur Godard

L'Angevin

Quel bruit ai-je entendu ?

Torine

Qui m'appelait si fort ?

Paquette

Ah ! L'épaule !

Picard

Ah ! Les dents !

L'Angevin

Ah ! Le nez !

Torine

Ah ! La tête !

Picard

Je saigne, que je crois.

L'Angevin

Diable soit de la bête !

Monsieur Godard

Quel désordre est-ce ci ?

Scène 5

Isabelle, Monsieur Godard, L'Angevin, Torine, Picard, Paquette, Cléante

Ils viennent tous cinq, en tâtonnant, entourer Monsieur Godard, qui met la main sur eux.

Isabelle

Il tremble, encor, d'effroi.

Monsieur Godard

Qui va là ? Qui va là ?

L'Angevin

C'est moi.

Torine

C'est moi.

Picard

C'est moi.

Paquette

C'est moi, Monsieur.

Isabelle

C'est moi qui vous cherche, mon père.

Monsieur Godard

Quoi ! Pas un n'a l'esprit d'avoir de la lumière ?

Cléante

Avant qu'on en apporte, attrapons le degré, Car la Porte est ouverte.

Ils se trouvent tous près de la porte, et Cléante parmi eux qui était prêt de sortir. Champagne les fait tomber tous, en arrivant, avec un fusil, et la moitié de ses habits sous son bras, avec un bout de Chandelle.

Monsieur Godard

Ah ! Je veux, à mon gré, Vous battre, mais, allez, que je ne vous assomme. On ne saurait trouver un plus malheureux homme !

Scène 6

Champagne, Paquette, Torine, Picard, Cléante, Monsieur Godard, Isabelle

En faisant mine de vouloir tirer.

Champagne

Le Logis brûle-t-il ? Ou sont-ce les voleurs Qui vous causent, à tous, de si grandes frayeurs ? Où sont-ils ?

Paquette

Prenez garde.

Torine

Tout beau.

Picard

Mais, Dieu, je vois Cléante.

Champagne

Dans l'humeur où je suis, j'en tuerais plus de trente.

Bas.

Haut.

Chacun s'écarte un peu, et il approche de Monsieur Godard.

Cléante

Servons-nous d'artifice. Ils n'échapperont pas, Avant que de savoir ce que pèse mon bras. Vous verrez...

Monsieur Godard

Qu'avez-vous ? D'où vient cette furie ?

Cléante

Je n'ai, de vous servir, qu'une très forte envie.

Paquette

Savez-vous accoucher ?

Cléante

Je passais, par bonheur, Près d'ici, dans le temps qu'on criait au voleur, Je me suis arrêté, j'ai fait ouvrir la porte, Et je suis monté, d'abord, pour vous prêter main-forte.

Paquette

L'honnête homme !

Isabelle

Voyez ce que fait le hasard.

Monsieur Godard

Il est bien surprenant, car il est un peu tard.

Monsieur Godard remue la tête.

Cléante

Je revenais du Bal, n'en soyez point en doute.

Monsieur Godard

Qui vous a fait entrer ?

Cléante

Qui ? Je ne voyais goutte.

Monsieur Godard

Mais, encor.

Cléante

C'est...

Monsieur Godard

Qui, donc ?

Cléante

C'est Champagne, je crois.

Champagne

Moi ?

Paquette

Tu l'obligeras, en disant que c'est toi.

Champagne

C'est, donc, moi.

Cléante

Ne pouvant vous rendre aucun service, Adieu, je me retire.

Isabelle

Ah : Sans cet artifice, Je serais, que je crois, morte, à l'instant, de peur.

Scène 7

Monsieur Godard, Champagne, L'Angevin, Picard, Paquette, Torine, Isabelle

Monsieur Godard

Si ma femme accouchait, et si, par ce malheur, Elle perdait la vie, avec votre paresse, Je gagnerais beaucoup ; il faut, donc, qu'on se presse : Du Vinaigre, de l'Eau, du vin, du Bois, du Feu, Du secours. Hélas, donc, que l'on se hâte un peu. Qu'on aveigne du linge. Ah ! J'enrage dans l'âme, Ne veut-on pas aller quérir la sage-femme ? Et quoi, sans remuer, vous vous regardez tous, Au Diable, les Valets.

Champagne

Mais, Monsieur, dites-nous...

Monsieur Godard

Il faut, sans répliquer, faire ce que j'ordonne.

Champagne

Mais, Monsieur.

Monsieur Godard

Je ne veux, jamais, que l'on raisonne.

L'Angevin

Où vas-tu ?

Champagne

Je ne sais. Mais, dis, où vas-tu, toi ?

L'Angevin

Je n'en sais rien, non plus.

Picard

Ni moi.

Paquette

Ni moi.

Torine

Ni moi.

Monsieur Godard

Morbleu !

À Paquette.

À Torine.

À l'Angevin.

À Picard.

Isabelle

Demeurez tous ; et vous, songez, mon père ; Que, dans l'ardent désir de secourir ma mère, Lorsque vous commandez, à tous, confusément, Ils pourraient, tous, choisir même commandement. C'est pourquoi, chacun doit savoir ce qu'il doit faire. Vous, rentrez, et soyez, toujours, près de ma mère. Vous aveignez du linge ; Et vous, faites du feu, Allez chez Oriane, er revenez, dans peu, Pour demeurez là-bas ; vous n'aurez qu'à lui dire Que ma Mère est fort mal, et qu'elle la désire. Chacun s'en va.

Champagne

Et moi ?

Isabelle

Tu dois aller, ayant le plus d'esprit, Quérir la sage-femme, au plutôt.

Champagne

Il suffit, Et je l'amènerai, si je la trouve au gîte, Dans un moment ou deux.

Monsieur Godard

Dépêche-toi, donc, vite. Toi, prends soin, qu'ici bas, tout aille comme il faut ; Je vais voir, cependant, ce que l'on fait là-haut.

Scène 8

Champagne, Isabelle

Champagne

Que c'est une amitié belle, et bien exemplaire, Que celle de Monsieur, avecque votre Mère !

Isabelle

Ne philosophe point, va, vite, seulement.

Champagne

Çà, je vais m'achever d'habiller, promptement, Vous me le permettez, puisque l'affaire presse.

Isabelle

Oui, mais, hâte-toi, donc.

Champagne

Ne manquant pas d'adresse, Je serai, que je crois, promptement, habillé, Car, Dieu merci, je suis, déjà, bien réveillé, Et l'on aurait, de plus, peine à trouver, en France, Aucun Valet plus propre à faire diligence. Foin, en me pressant trop, je l'ai mis de travers, Et j'ai fait pis, encor, car il est à l'envers.

Isabelle

Il n'importe, la nuit...

Champagne

Oh ! Si fait, il importe.

Isabelle

Si mon père revient, tu sais comme il s'emporte, Il te rompra les Bras, et tu l'as mérité.

Il remet son bas doucement, en disant.

Champagne

Ne dites mot, j'aurai, bientôt, tout rajusté. Des enfants nés la nuit, on m'a dit que la vie, De malheurs infinis, était, toujours, suivie. Pour préparer au sien un plus heureux destin, Votre mère devrait n'accoucher qu'au matin : Et si, jusques au jour, vous la faisiez attendre...

Isabelle

Ah ! Dépêche-toi, donc, mon père va descendre.

Champagne

Il suivrait mon Conseil.

Isabelle

Tu vois qu'on est pressé.

Champagne

Mais, à mes Souliers près, je suis, tantôt, chaussé.

Isabelle

Qu'il faut, avec les gens, avoir de patience !

Champagne

Bon, celui-ci va bien, mais, l'autre, que je pense, À deux noeuds est noué, mais, avec mes dents...

Isabelle

Que je crains, pour ma Mère !

Champagne

Elle prend, mal, son temps.

Isabelle

Si je prends un bâton.

Il se lève.

Il met une Manche pour l'autre.

Champagne

Ah ! Madame, je meure, Veut, pour nous tourmenter, accoucher à cette heure, Ses Enfants sont toujours, des Enfants de la nuit ; Pour accoucher le jour, elle craint trop le bruit, Sachant qu'en cette ville, en Peuples si féconde, On en fait, beaucoup plus, qu'en aucun lieu du monde. Le voilà mis, enfin. Ne vous fâchez, donc, point, Il ne me reste plus qu'à mettre mon pourpoint, Et, sans tarder, après...

Isabelle

Que fais-tu, donc ? Prends garde.

Champagne

Je ne fais, jamais, bien, alors qu'on me regarde : Mais, Madame, n'est pas d'humeur à risquer rien, Si, seule, elle craignait de n'accoucher pas bien.

Isabelle

Auras-tu, bientôt, fait ? Mais, tu ris d'une femme Qui ne peut, à son gré, te battre.

Champagne

Si Madame Est grosse d'un Garçon, il attendra longtemps ; Mais, une fille, enfin, viendra, malgré ses dents, Car l'obstination...

Scène 9

Monsieur Godard, Isabelle, Champagne

Monsieur Godard

Ma fille, le mal presse.

Isabelle

Hélas ! Ma pauvre mère !

Champagne

Ah ! Ma pauvre maîtresse !

Monsieur Godard

La sage-femme est-elle arrivée avec toi ?

Champagne

J'y vais.

Monsieur Godard

Comment, j'y vais ?

Champagne

Oui, Monsieur, par ma foi.

Isabelle

Il vient de mettre à bout toute ma patience, S'achevant d'habiller avecque négligence.

Il le bat.

Monsieur Godard

Quoi ! N'être pas, encor, sorti ? Tu le paieras ; Je te romprai, Maraud, les jambes, et les bras. Va donc, va donc, va donc.

À Isabelle, avec dépit.

Champagne

Ce traitement m'amuse, Et pour tarder, encor, me fournit une excuse. Je ne fais, jamais, rien, pendant que l'on me bat. Mais, je ne suis pas bien, encore, sans Rabat, Il en faut, pour aller chez une sage-femme.

Monsieur Godard

Un rabat ! Ah ! Bourreau, je t'arracherai l'âme.

Isabelle

Va-t'en, donc, promptement, et ne fait que voler, Qu'aller, et revenir.

Champagne

Il faut bien lui parler.

Isabelle

D'accord. Mais, ne sors pas, sans prendre de lumière.

Champagne

Je n'y manquerai pas, et ne tarderai guère.

Monsieur Godard

Votre Mère attendra fort impatiemment.

Isabelle

Mais, encor, s'il pouvait l'amener promptement.

Monsieur Godard

Mais, Oriane vient.

Scène 10

Monsieur Godard, Oriane, Isabelle

Monsieur Godard

Je suis fâché, Madame, De vous avoir, la nuit, fait lever pour ma femme ; C'est, à l'heure qu'il est, en user librement.

Oriane

Je vous voudrais du mal, d'en user autrement.

Monsieur Godard

Si ma Femme voyait quelque nouveau Visage, Ou quelqu'un, qu'en son coeur, elle hait, je gage Que rien ne la ferait accoucher.

Oriane

Je le crois. Mais, puisqu'en cet état, elle a, de moi, fait choix, Je m'en vais la trouver.

Isabelle

Vous êtes obligeante, Madame.

Oriane

Elle sait bien que je suis sa Servante.

Scène 11

Monsieur Godard, Isabelle

Monsieur Godard

Quand on est marié, que l'on est malheureux ! Et que le Mariage est un joug rigoureux ! Toutes les fois, hélas ! Qu'une Femme est en couche, À son dernier moment, tu vois comme elle touche.

Isabelle

Encore que ce mal mette aux derniers abois, Ma Mère en a, déjà, su échapper trois fois.

Monsieur Godard

Quoiqu'on réchappe, on souffre une peine cruelle.

Isabelle

Mais, toutes ne sont pas aussi malades qu'elle.

Monsieur Godard

Elles ne laissent pas d'être dans le danger. Mais, à vous marier, oseriez-vous songer, Sachant en quel état se trouve votre Mère ?

Isabelle

Ah ! bien loin d'y songer, hélas ! J'en désespère : Elle était pour Cléante, et l'aimait tendrement, Et vous vous opposez aux voeux de cet Amant.

Monsieur Godard

Il est trop jeune encor, et... Mais, voici Champagne.

Scène 12

Champagne, Monsieur Godard, Isabelle

Champagne

Je pense, qu'aujourd'hui, tout malheur m'accompagne.

Monsieur Godard

Hé bien, l'as-tu trouvée ? Et vient-elle avec toi ?

Champagne

En sortant d'avec vous...

Monsieur Godard

Vient-elle ? Réponds-moi.

Champagne

En sortant d'avec vous, j'ai...

Monsieur Godard

Dis-moi, donc, vient-elle ?

Champagne

Je vous rendrai, de tout, un compte bien fidèle.

Monsieur Godard

Parle, donc ?

Champagne

En sortant...

Monsieur Godard

À quoi bon ce discours ? Et pourquoi, par ces mots, recommencer, toujours ?

Champagne

Vous pourriez me tuer, ou me mettre à la Porte, Que je ne pourrais point vous parler d'autre sorte. Je veux faire un message avecque jugement, Et vous rendre, de tout, un compte exactement.

Monsieur Godard

Si tu ne me réponds, crains que je ne t'assomme. Qu'un Valet est fâcheux, qui se croit habile Homme ?

Champagne

Vous n'avez pas, Monsieur, affaire à quelque Sot. Disant tout, tout d'un coup, viendra-t-elle plutôt ?

Monsieur Godard

Était-elle chez elle ?

Champagne

Avant de vous instruire De tout ce que j'ai fait, je ne puis vous le dire : Et je veux commencer par le commencement.

Monsieur Godard

Hé bien, parle, Bourreau, parle, mais promptement ; Parle, donc, je t'entends, parle, parle, te dis-je. J'enrage.

Là, Monsieur Godard le menace, encor, du geste, et Champagne poursuit, après.

Monsieur Godard marque, encor, son impatience.

Champagne

Mon bon sens est ce qui vous afflige. En sortant d'avec vous, ayant doublé le pas, Je suis allé quérir ma Lanterne là-bas, J'ai pris de la chandelle, et l'ayant allumée, Je l'ai mise dedans, et puis je l'ai fermée. Ayant ouvert, après, la Porte, mais sans bruit, J'ai mis le nez dehors, et trouvé que la nuit Était comme du Gex, et même, encor, plus noire : Et pour vous raconter, par ordre cette histoire, J'ai trouvé qu'il pleuvait assez honnêtement ; Mais, je n'ai pas laissé de marcher, promptement, Et si fort, que j'étais, déjà, tout hors d'haleine, Lorsqu'au bout de la Rue étant, encor, à peine, Un certain bruit confus m'a, d'abord, fait trembler J'entendais force Gens, près de moi, se parler ; Et, soudain, l'on a mis, pour me voir au visage, Et, pour me faire peur, encore, davantage, Une lanterne droit au-devant du nez. Alors, je les ai vus tous, devers moi, tournés ; Et même, à la faveur de leur triste lumière, J'ai trouvé qu'ils étaient, tous, des gens à rapière, Et de plus, aperçu beaucoup de mousquetons, Que portaient, avec eux, des gens à hoquetons. J'ai beaucoup de frayeur, encore, quand j'y songe, Car ce que je vous dis n'est point, du tout, mensonge. Ensuite de cela, j'ai senti de bons coups, Et j'ai bien entendu ; qu'ils s'entredisaient, tous, Il faut, dans la Prison, mener ce galant homme, Et s'il ne veut marcher, il faut que l'on l'assomme ; C'est un voleur, sans doute, il le faut arrêter, Et sa lanterne sourde, empêche d'en douter. Ils me l'ont arrachée, en parlant de la sorte, Vous pouvez bien juger si ma crainte était forte. Je leur ai dit, pourtant, en reprenant du coeur, Qu'ils allaient être, tous, cause d'un grand malheur ; Et que s'ils m'emmenaient, une très bonne Dame Pourrait, peut être, bien mourir sans sage-femme Comme sans nul espoir, j'achevais de parler, Leur Commandant a dit, qu'on me laissât aller.

Monsieur Godard

Ensuite, as-tu couru chercher la sage-femme ?

Champagne

Non, vraiment.

Monsieur Godard

Comment, non ?

Champagne

Non, Monsieur, sur mon âme, Sans Lumière, j'ai cru, que je ne pouvais pas Bien trouver son Logis.

Monsieur Godard

Je te romprai les bras.

Isabelle

Mais, vous vous ferez mal, de vous mettre en colère.

Monsieur Godard

Mais, que ne prenais-tu, d'abord, d'autre lumière ? J'ai, souvent, dit qu'on eût quelques flambeaux céans.

Champagne

Je n'en ai point trouvé.

Monsieur Godard

Quelle maison ! Quels gens !

Scène 13

Paquette, Champagne, Monsieur Godard

Paquette

Ah ! Monsieur, ah ! Monsieur, je pense que Madame Pourrait bien accoucher, dans peu, sans sage-femme : Les violents efforts du mal qu'elle ressent, La tourmentent si fort...

Champagne

Le mal est bien pressant, Jamais, sans sage-femme, on ne vit d'accouchées.

Monsieur Godard

Que ferons-nous ?

Paquette

Elle a de très grandes tranchées.

Champagne

Oui, l'autre fois, encor, on disait tout cela, Ce n'est qu'une colique, ou que des vents, qu'elle a.

Paquette

Ah ! Si Madame attend, et qu'elle se retienne, C'est fait d'elle.

Monsieur Godard

Eh ! Qu'enfin, la sage-femme vienne.

Paquette

Hé quoi ! Tu n'as rien fait ? Et pour quelle raison ?

Champagne

Si l'on avait voulu te mener en prison...

À Isabelle.

Paquette

Mais, allez-y, donc, tous, courez en diligence : Et qu'on en trouve, enfin, n'en fut-il point en France. Nous, allons, cependant, mettre ordre là-dedans, Et pour la secourir, ne perdons point de temps.

Scène 14

Paquette

Paquette

Ah ! Je t'étranglerai, traître, si ta paresse Cause, aujourd'hui, la mort à ma pauvre maîtresse. Va chez la sage-femme ; et si dans un moment...

Scène 15

Champagne, Paquette, Picard

Champagne

De toi, je ne reçois aucun commandement.

Paquette

Tu dois en recevoir, lorsque l'affaire presse, Et je t'en puis, toujours, faire pour ma Monsieursse.

Champagne

Toi ?

Paquette

Moi.

Champagne

Quoi, toi ?

Paquette

Moi.

Champagne

Toi, tu me commanderas ?

Paquette

Et ce que je dirai, de plus, tu le feras.

Picard

Hé ! Vas-y.

Champagne

Je n'irai, jamais, pour l'amour d'elle.

Picard

Mais...

Champagne

Pourquoi, sans sujet, me fait-elle querelle ?

Paquette

Voyez le beau Monsieur, pour se fâcher ainsi :

Champagne

Voyez, pour commander, la belle Dame, aussi !

Paquette

Laquais.

Champagne

Hé bien, Laquais ! Mais, tu n'es que Servante : Et lorsque l'on te voit si leste, et si pimpante, Nous savons... Il suffit, que nous savons fort bien Tout ce que nous savons.

Paquette

Et que sais-tu donc ?

Champagne

Rien.

Paquette

Voyez cet effronté ! Je veux, que tout à l'heure, Il me rende l'honneur qu'il veut m'ôter.

Champagne

Je meure, Si j'en fais, jamais, rien.

Champagne la menace.

Paquette

Ma foi, tu le feras, Ou bien, dès aujourd'hui, d'ici, tu sortiras.

Picard

Eh ! Mon Dieu, laisse-la.

Champagne

Je suis trop en colère.

Paquette

Mon honneur est blessé, je ne saurais me taire. Il faut que, tout mon saoul, je te batte, aujourd'hui.

Picard

Ah ! Tout beau.

Paquette

Laisse-moi.

Picard

Quoi ! Vous jeter sur lui !

Paquette

Je le veux étrangler.

Champagne

Tu veux que je te batte.

Paquette

Bats, donc.

Picard

Il n'est pas temps que ce courroux éclate.

Champagne

Elle cherche des coups.

Paquette

Je cherche à me venger.

Picard

Ah, ah.

Paquette

Laisse-moi faire, et le dévisager.

Picard

Retirez-vous, tous deux, car le courroux m'emporte, Vous vous donnez des coups, et c'est moi qui les porte. C'est comme on sert Madame.

Paquette

Ah ! Mon pauvre cocher, Cours chez la sage-femme, ou chez Monsieur Boucher.

Picard

J'y cours, car Madame est dans un péril extrême.

À Picard.

À Paquette.

Champagne

Puisque j'ai commencé, j'achèverai moi-même. Tiens-toi là. C'est, exprès, pour te faire dépit.

À Picard.

Paquette

Bon. Vas-y, donc, encor, je t'en prie.

Picard

Il suffit.

Scène 16

Monsieur Godard, Paquette

Monsieur Godard

Sans rien faire du tout, voilà la nuit passée, Et, cependant, ma Femme est, tout à fait, pressée. La pauvre Femme, hélas ! Qui me dorlote tant, Qui, lorsque je viens tard, toute le nuit, m'attend ; Qui, quand au bout du doigt, j'ai le moindre mal, pleure ; Qui, toujours, me caresse, et craint que je ne meure ; Qui veut, tous les huit jours, que, par précaution, Je me fasse saigner.

Paquette

De son affection, C'est vous donner, sans doute, une preuve très grande.

Monsieur Godard

Quand je suis un peu mal, toujours elle appréhende, Elle-même, a le soin de me veiller la nuit, Et d'empêcher mes Gens, de me faire du bruit. Dans tout ce qu'elle fait, on remarque son zèle, Par des noms caressants, toujours, elle m'appelle, Je suis son roi, son fils, son mignon, et son coeur. Ah ! Si je la perdais, que j'aurais de douleur ! Quand, quelquefois, tous deux, nous sommes en colère, Son amitié la fait revenir la première, Elle tient peu sans coeur, et ne manque, jamais, De me parler au Lit, pour refaire la Paix : Et je puis dire, enfin, qu'à tel point elle m'aime, Que de me bien couvrir, prenant soin elle-même, Elle empêche si bien, le froid, de me trouver, Que j'étouffe de chaud, dans le fort de l'hiver.

Paquette

La bonne femme, hélas !

Monsieur Godard

Mais, a-t-on la layette Céans ?

Paquette

Elle est, encor, chez Madame Toinette : Cette lingère n'est qu'à quatre pas d'ici.

Monsieur Godard

Quoi ! Faut-il, que de tout, je prenne le souci ?

Paquette

Bon courage, Monsieur, voici la sage-femme.

Scène 17

Champagne, Monsieur Godard, La Sage-Femme, Paquette

Picard porte le flambeau devant la sage-femme, et Champagne lui sert d'Écuyer.

Il lui quitte la main, pour aller près de son Monsieur, auquel il dit.

Champagne

Nous la tenons, enfin : place, place à Madame. À la fin, pour ce coup, Monsieur, j'ai réussi, Puisqu'enfin, vous voyez la sage-femme, ici.

À la sage-femme, qu'il embrasse avec joie.

Monsieur Godard

Tu m'as fait enrager, ôte-toi de ma vue. Ma femme, impatiente, attend votre venue, Allons.

La Sage-Femme

Rien ne la presse, et je la connais bien.

Champagne

Je disais bien, tantôt, que son mal n'était rien.

Paquette

Allez-vous-en, tous deux, chez Madame Toinette, De l'enfant qu'on attend, demander la layette : Revenez promptement, ce n'est pas loin d'ici.

Champagne

Viens, par même moyen, nous irons boire aussi.

Scène 18

Monsieur Godard, La Sage-Femme, Paquette

Monsieur Godard

Ne perdons point de temps, courons vite, Madame, Et ne négligeons rien, pour secourir ma Femme.

La Sage-Femme

Avez-vous les apprêts qu'il faut, à cette fin ?

Monsieur Godard

Oui.

La Sage-Femme

Si vous dites vrai, vous avez, donc, du vin.

Monsieur Godard

Oui.

La Sage-Femme

Vous avez du linge.

Monsieur Godard

Oui.

Paquette

Dépêchez, Madame, Nous avons ce qu'il faut, pour une sage-femme.

La Sage-Femme

N'avez-vous pas aussi, de bons ciseaux céans ?

Monsieur Godard

Oui.

Paquette

Ces Demandes font désespérer les gens.

La Sage-Femme

N'avez-vous pas de fil ?

À part.

Monsieur Godard

Oui. Ma peine est extrême !

Paquette

Si, jusques à demain, elle poursuit de même...

La Sage-Femme

Avez-vous du sel ?

À part.

Monsieur Godard

Oui. Si j'en crois mon courroux, Je lui...

La Sage-Femme

Mais du safran, enfin, en avez-vous ?

Monsieur Godard

Hé oui, Madame, oui, oui, morbleu, oui, j'enrage ; Nous en avons, vous dis-je, à quoi bon ce langage ? Oui, oui, nous en avons, ne vous tourmentez plus.

Paquette

À quoi servent, aussi, ces discours superflus ? On a de tout céans.

La Sage-Femme

Sans vous mettre en colère, Ne puis-je demander ce qui m'est nécessaire ?

Monsieur Godard

C'est bien fait ; mais, allez secourir, promptement...

La Sage-Femme

Pour vous servir, je suis venue en un moment.

Monsieur Godard

Je le crois, allez, donc, trouver, vite, ma Femme.

La Sage-Femme

Mon Dieu, ne craignez rien, je vis, hier, Madame. J'étais, lorsque vos Gens sont venus me quérir...

Monsieur Godard

Eh ! Ne la laissez point, davantage, souffrir !

La Sage-Femme

J'y vais ; mais, soyez sûr, Monsieur, que rien ne presse. Sachez, donc, que j'étais auprès d'une Duchesse, Que je l'ai quittée, exprès, pour venir, vite, ici.

Monsieur Godard

Oui, nous vous en rendons d'humbles grâces aussi. Mais...

Monsieur Godard la presse, encor, du geste, seulement.

La Sage-Femme

Mais, pour en sortir, j'ai bien eu de la peine : Et si je veux qu'elle aille, encor, cette semaine. On m'est venu chercher, encor, d'un autre endroit ; Mais j'ai bien mieux aimé venir, ici, tout droit.

Monsieur Godard

Peste soit du caquet. De cette préférence, J'aurai, je vous promets, grande reconnaissance. Allons, donc, sans tarder.

La Sage-Femme

L'on m'attend même, encor, En ce même moment, chez Madame Alidor.

Monsieur Godard

Hé bien, dépêchez-vous de délivrer ma Femme, Afin d'aller, plutôt, secourir cette Dame.

La Sage-Femme

Vous me voyez fort jeune, et si, sans vanité, Hier, j'en accouchai six, et de grand' qualité : Je n'ai, jamais, manqué, Dieu merci, de pratique.

À part.

Monsieur Godard

Tant mieux pour vous. Eh Ciel !

La Sage-Femme

Une médaille antique, Un homme à faire peur, un vieux chirurgien, Qui tranche de l'expert, et ne sait, pourtant, rien, M'a voulu contrôler chez la Duchesse même Que je viens de quitter ; mais, sa bêtise extrême A paru, la Raison étant de mon côté.

Monsieur Godard

Hé ! Mon Dieu, l'on connait votre capacité.

Paquette

Voulez-vous, de ce pas, venir trouver Madame ? Sinon, l'on va quérir une autre sage-femme.

La Sage-Femme

Ce n'est pas votre affaire.

Monsieur Godard

Allez, près d'elle, aussi, Et vous causerez là, tout aussi bien, qu'ici.

La Sage-Femme

J'y vais, et ce n'est point pour ta sotte menace.

Paquette

Elle croit, en gagnant, vous faire, encor, grâce.

Scène 19

Isabelle, Monsieur Godard

Isabelle

Ma mère vous demande.

Monsieur Godard

Allons, vite, savoir Ce, qu'en l'état qu'elle est, elle nous peut vouloir.

Isabelle

Elle veut voir Cléante.

Monsieur Godard

Ah ! J'enrage dans l'âme ! Sans doute, elle prétend me parler de sa flamme.

Scène 20

Isabelle, Paquette

Isabelle

Je vais chercher quelqu'un, qui puisse, promptement, En aller, de ma part, avertir mon amant.

Paquette

C'est fort bien avisé, courez, vite.

Scène 21

Paquette

Elle rentre.

Paquette

Elle l'aime D'une amour très parfaite, et qu'on peut dire, extrême. Si sa Mère mourait, toutefois, je sais bien Que des jeunes amants n'auraient plus de soutien : Et que, malgré l'ardeur de cette pauvre fille, Son père lui ferait épouser une grille.

Scène 22

Champagne, Picard

Champagne

Ma foi, le vin est bon dedans ce cabaret : Et, pour moi, j'aime bien ce petit vin clairet. Mais, qu'en dis-tu, Picard ?

Picard

Il donne dans la tête.

Haut.

Champagne

Je veux me divertir de cette grosse bête ; Étant ivre à demi, je crois que j'en ferai, Sans qu'il s'oppose à rien, tout ce que je voudrai. Mais, de l'enfant futur, voyons tout le bagage. Peste, en voilà beaucoup ! Moi, qui suis, déjà, d'âge, Et qui puis, que je crois, passer pour grand garçon, Je ferais bien tenir le mien dans un chausson. Mais, veux-tu qu'en enfant, je t'habille, pour rire ? Ce sera, bientôt, fait, viens.

Picard

Que me veux-tu dire ?

Il prend le béguin, et le met.

Champagne

Si tu ne le veux pas, je m'habillerai, moi. Tiens, vois. Ah ! Tu serais bien drôle, sur ma foi.

Picard

Fais ce que tu voudras.

Champagne

Et laisse-moi, donc, faire, Et mettre ce béguin. Mais, avant la têtière, La coutume est, je crois, de mettre le bonnet. Que tu serais joli dessus un cabinet ! Car on ne peut douter, qu'avec cet équipage, Tout le Monde n'admire un si charmant visage. Laissons ceci, ce sont les Nagotes, je crois.

Picard

Si l'on me crie, au moins, je dirai que c'est toi.

Il lui accommode tout cela, en disant les quatre vers suivants.

À Picard, lui ayant attaché la Chemise à brassière, sur l'estomac. Il prend des langes pour l'envelopper.

Champagne

Bon, cela va fort bien ; mettons cette aisselière, Puis, nous mettons, après, la chemise à brassière. Il me souvient, encor, des noms de tout cela, Du temps que je logeais chez feu mon grand papa : Le bon Homme m'aimait bien plus que la prunelle De son oeil, et de moi, ne parlait qu'avec zèle. Oh, voilà quatre bras ! Bon, ces langes sont grands ; Garde-toi bien, au moins, d'aller pisser dedans.

Picard

Tu veux me faire affront.

Champagne

Tiens, je crois que ces bandes Nous accommoderont, étant larges et grandes. Là, tourne-toi, donc, bien ?

Picard

Mais, tu me fais rouler.

Champagne

Hé ! Mon Dieu, laisse-moi, donc, faire, sans parler.

Picard

Ouf, tu me serres trop ; tu me serres, te dis-je.

Champagne

Tu te moques.

Picard

Ah, ah.

À part.

À Picard.

Champagne

Qu'est-ce, donc, qui t'afflige ? Te voilà si joli. Le beau petit poupon ! S'il ne te restait pas tant de barbe au menton, Tu passerais pour fille, et, même, pour jolie : Mais, je te veux donner, aussi de la Bouillie ; Là, mon petit Fanfan, tiens-toi là bien assis. On a fait de la colle, ici, pour nos châssis, Il en peut bien manger, la farine en est bonne. Si tu vois, par hasard, entrer quelque personne, Ne parle point du tout, seulement crie, Ouhais ! Ouhais !

Scène 23

Picard

Picard

Ouhais ! Ouhais ! Ouhais ! C'est assez, mais, Que prétendrait-il faire, avec sa Bouillie ? Croit-il que, sur ce point, j'entende raillerie ? M'en pressât-il cent fois, je n'en mangerai point, Et ne me rendrai pas ridicule à ce point.

Scène 24

Champagne, Picard

Champagne

Tiens, voilà, pour hochet, ce que nous devons prendre.

Picard

Tu ris !

Champagne

Mais, à ton cou, laisse-moi, donc, le pendre.

Picard

Tu m'étrangles, bourreau.

Prenant le poêlon à la colle.

Champagne

Va, te voilà fort bien ; La corde t'a fait mal, mais cela n'était rien. Çà, voyons, à présent.

Picard

Laisse-moi, je te prie, Car je ne prétends pas manger de ta bouillie.

Champagne

Je prétends bien, pourtant, t'en faire manger.

Picard

Toi ?

Il lui donne de la bouillie.

Champagne

Oui, moi.

Picard

Blou, blou, blou, blou, blou, blou, mais, laisse-moi.

Champagne

C'est assez pour ce coup, il faut que je t'essuie.

Picard

Que le Diable t'emporte, avecque ta Bouillie, Tu m'as fait mal au coeur.

Il chante, Sasson, Bluton, et d'autres chansons.

Champagne

Il faut faire dodo, Après avoir mangé, tout son saoul, du lolo. Je vais, pour t'endormir, dire une chansonnette, Qui fut, pour te bercer, tout exprès, jadis, faite. Comme il n'a point dormi, presque, toute la nuit, Le sommeil l'a surpris, sortons, sans faire de bruit.

Scène 25

Cléante, Isabelle, Picard

Cléante

Éclaircissez-moi, donc.

Isabelle

Apprenez que ma mère, Croyant mourir, bientôt, a voulu voir mon père : Et que présentement, elle le presse fort, De nous rendre, tous deux, contents, avant sa mort, Et de faire un contrat.

Picard

Ouhais ! Ouhais !

Cléante

Qu'entends-je ?

Isabelle

Mais, que vois-je, plutôt ? Picard, avec un lange ! Et qui t'a pu, vieux fou, de la sorte, ajuster ?

Picard

Champagne, malgré moi, me vient d'emmailloter.

Cléante

Le plus froid, aurait peine, à s'empêcher d'en rire.

Picard tombe, en voulant se lever. Il tombe, encore.

Isabelle

J'en ris, ainsi que vous. Vite, qu'on se retire. Gros cheval ! Hé quoi ! Donc, ne sortiras-tu pas ?

Picard

Qui ne peut se servir de jambes, ni de bras, Est-il dans un état, à faire diligence ?

Isabelle

Va-t'en, donc, à présent, car ton impertinence Ne peut être soufferte, en un temps, où céans On devrait, de douleur, voir pleurer tous les Gens.

Picard

Je vais me dépêcher, soyez moins inquiète.

Scène 26

Oriane, Isabelle

Oriane

Vite, Madame accouche, apportez la layette.

Isabelle

La voilà.

Oriane

La voilà.

Isabelle

Déshabillons-le, tous.

Oriane

Quoi ! Donc ?

Isabelle

Nous en rirons après, dépêchons-nous. C'est, tantôt, fait, je suis dans une peine extrême ; Puisque vous le voulez, portez, donc, tout vous-même, Madame.

Oriane

L'on m'attend fort impatiemment.

Isabelle

Et, pour toi, de ma vue, ôte-toi, promptement.

Scène 27

Champagne, Isabelle, Cléante

Champagne

Vivat, vivat, vivat, allégresse, allégresse, Chassez, de votre Esprit, désormais, la tristesse ; À nous réjouir bien, soyons, tous, empressés ; Vite, du bois, du vin, des tonneaux défoncés, À notre Porte, il faut faire des feux de joie. Pour rendre grâce au Ciel, du bien qu'il nous envoie. Madame est accouchée, et d'un fort beau garçon, Mais si beau, qu'on voit bien qu'il est de sa façon : On dit, de sa santé, qu'on ne doit plus rien craindre. Mais, quoi ! De ce bonheur, pourriez-vous bien vous plaindre ? Car la joie, en vos yeux, ne se remarque pas.

Isabelle

Ce qui me plaît, me trouble, et mon coeur... Mais, hélas ! Je crains...

Cléante

Ah ! Votre mère étant bien réchappée, Par là, notre espérance est, tout à fait, trompée.

Isabelle

Ah ! Que n'accouchait-elle, une heure, ou deux, plus tard !

Cléante

Ainsi, notre bonheur dépendait du hasard.

Isabelle

Nous devons bien douter de notre mariage.

Champagne

Pour moi, je n'entends rien à tout ce badinage.

Isabelle

Mais Paquette, qui vient, nous va faire savoir, Si nous devons, encor, conserver quelque espoir.

Scène 28

Paquette, Champagne, Isabelle, Cléante

Paquette

Puisque vous le voulez, je m'en vais vous le dire, Et, par ordre, de tout, je prétends vous instruire. Madame, qui croyait être à son dernier jour, Ayant, beaucoup, pour vous, de tendresse, et d'amour, A conjuré Monsieur, d'une façon touchante, De vous donner, dans peu, pour Épouse, à Cléante ; Et l'exigeant de lui, pour dernière faveur, Elle a, pour accoucher, senti quelque douleur. Alors n'en pouvant plus, elle s'est écriée, Hélas ! Bon Dieu, pourquoi me suis-je mariée ? Si j'étais fille, encor, j'aimerais mieux mourir, Que d'endurer les maux que tu me fais souffrir.

Champagne

Il a tort, de causer tant de maux à sa femme.

Paquette

Il a voulu sortir aussitôt ; mais, Madame A fait courir après, et juré, hautement, Que s'il ne revenait près d'elle, promptement, Elle ne voulait point accoucher. Sa menace A fait, qu'auprès du lit, il a repris sa place ; Puis, son mal s'augmentant, et la faisant crier, Mon mari, désormais, aura beau me prier, A-t-elle dit, encor, avec quelque autre chose Que je ne veux pas dire, ou, plutôt, que je n'ose. Devers nous tous, après, se retournant, souvent, Que ne me suis-je, hélas ! Mise dans un Couvent, Me disait-elle alors, car, dans ce Lieu, la vie, De pareilles douleurs, ne fut, jamais, suivie. Enfin, de temps, en temps, des élans de douleur, Lui faisaient déplorer le Monde, et son malheur : Et quand elle pouvait dire ses maux extrêmes, Monsieur en recevait des reproches de mêmes. Mais, dès qu'elle sentait, un peu moins, de douleur, C'était son cher mari, son mignon, et son coeur. Enfin, son mal croissant, et trois douleurs de suite, Jusqu'à l'extrémité, l'ayant, presque, réduite, Hélas ! A-t-elle dit, je souffre des tourments Qui m'abattent si fort, et sont si véhéments, Que pour souffrir, encor, cette peine profonde, On m'offrirait, en vain, tous les Trésors du Monde. Pendant qu'elle parlait, avec un air mourant, Monsieur la regardait, toujours, en soupirant : Et ses yeux languissants, faisaient lire en son âme, Qu'il sentait, vivement, les douleurs de sa Femme. Elle n'a pourtant, point fait d'efforts superflus ; Car, comme elle criait, Non, je n'en ferai plus, Elle a, dans cet instant, pour croître sa famille, Avec quelques douleurs, mis au monde, une fille.

Isabelle

Une fille !

Cléante

Une fille !

Champagne

Est-il vrai ?

Paquette

Tout de bon.

Champagne

À ses cris, je l'aurais prise pour un garçon.

Isabelle

Ma mère, après cela, n'a rien dit, davantage ?

Paquette

Le calme, tout à coup, s'est vu sur son Visage : Et l'on a remarqué que ce qu'elle avait dit, Lui causait de la honte, et, même, du dépit, Jugeant bien qu'elle avait fait un serment frivole. À votre époux, je crois, que vous tiendrez parole, A-t-on dit, en riant. Elle, par un souris, A fait voir le contraire, et nous a, tous, surpris.

Scène 29

Monsieur Godard, Cléante, Paquette, Champagne

Monsieur Godard

Enfin, le juste ciel couronne votre flamme : Mais, venez-en, tous deux, remercier ma femme.

Cléante

Que ne vous dois-je point, Monsieur ?

Ils rentrent, à la réserve de Paquette, et de Champagne.

Monsieur Godard

Sans compliment, Nous pouvons passer, tous, dans l'autre appartement.

Paquette

Cette nuit, ces amants, n'auraient osé le croire. Mais, va-t'en habiller Monsieur.

Champagne

Moi ! Je vais boire, Il est, aujourd'hui, jour, de rire, en ce Logis.

Paquette

Mais...

Champagne

Mais, je n'irai pas.

Paquette

Fais ce que je te dis.

Champagne

Je n'y veux pas aller.

Paquette

Tu dois craindre la touche, Et que...

Champagne

Servez Godard, car sa Femme est en Couche.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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