Scène 1
LUCRÈCE, sa femme, CLARICE, soeur du Vicomte
LUCRÈCE, sa femme
Non, je ne puis plus vivre avec votre frère, Son humeur me déplaît, je ne saurais m'en taire ; Il me traite trop mal, depuis neuf ou dix mois Que notre hymen m'engage à vivre sous ses lois. Il croit, dès qu'on me voit que je dois être aimée, Et me tient en ce lieu jour et nuit enfermée, Où ne trouvant jamais personne à qui parler, Avec vous seulement je puis me consoler.
CLARICE, soeur du Vicomte
Je sais que je ne puis justifier mon frère, Qu'un naturel jaloux a rendu trop sévère ; Mais je crois être encore plus à plaindre que vous, Vous êtes mariée, et je n'ai point d'époux : Toutefois il me tient comme vous prisonnière ; À peine, en ce Château, puis-je voir la lumière ; J'en connais les raisons, et je m'aperçois bien, Qu'il ne me traite ainsi, qu'afin d'avoir mon bien ; Et qu'il veut que je sois sans cesse à la campagne, Afin que vous ayez une triste compagne, Qui puisse vous veiller, et répondre de vous. Il satisfait ainsi son naturel jaloux ; Et me tenant toujours avec vous enfermée, Il empêche, par là, que je ne sois aimée ; Car comme en ce logis aucun n'entre jamais, Nul ne peut être épris de mes faibles attraits : Cependant chaque jour la jeunesse se passe, Et le temps, tous les jours, de nos beautés efface.
LUCRÈCE, sa femme
Je ne puis condamner l'excès de votre ennui, Et je dois, par mes maux, juger de ceux d'autrui, Car enfin je ressens dans ma peine secrète...
Scène 2
Lisette, CLARICE, soeur du Vicomte, LUCRÈCE, sa femme
Lisette
Ah quel maudit logis !
CLARICE, soeur du Vicomte
Mais qu'as-tu donc, Lisette ?
Lisette
Ce que j'ai ! Croyez vous que je n'enrage pas, De voir ici chacun si triste un Lundi gras ? Depuis qu'en ce château je me vois enfermée, Je sens que je n'ai plus ma joie accoutumée ; Et je vous prie enfin, de vouloir m'accorder Mon congé, que je viens exprès vous demander.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ta demande m'étonne, et n'est pas raisonnable.
LUCRÈCE, sa femme
Voudrais-tu me quitter dans l'ennui qui m'accable ?
Lisette
Vous vivez bien hélas ! Plus contente à Paris ; Et ce n'était chez vous que festins, jeux, et ris, Quand ce campagnard vint enjôler votre père, Et quand il vous promit ce qu'il ne vous tient guère, Pour vous faire en partant étouffer vos soupirs, Il sut de la Campagne étaler les plaisirs : Les nobles sont, chez eux, comme de petits princes, Vous dit-il, et l'on est heureux dans les provinces ; On y voit mille gens dont on est respecté ; On goûte les plaisirs de la société ; Sans divertissement, aucun jour ne se passe ; On a la promenade, et la pêche et la chasse ; On trouve, chaque jour, mille plaisirs nouveaux ; On mange l'un chez l'autre, on se fait des cadeaux ; Du soir, jusqu'au matin, on tient tables ouvertes ; Qui d'excellent gibier sont sans cesse couvertes ; On est, sans de grands frais, dans les jeux et les ris ; Les modes aussitôt, y viennent de Paris ; Les plaisirs qu'on y prend, sont charmants et tranquilles, Ils ne se sentent point de l'embarras des villes ; Et qui veut y jouer, y trouve des joueurs. Vous avez bien ici tout cela ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Comme ailleurs, Nous aurions ces plaisirs, sans l'humeur de mon frère.
Lisette
Elle est trop ridicule ensemble, et trop sévère.
Lisette
Depuis son mariage, il est toujours pensif ; À tout ce qu'on vous dit, à toute heure attentif ; Il ouvre de grands yeux, et fait voir qu'en son âme Il n'a jamais pensé qu'il fut d'honnête femme.
CLARICE, soeur du Vicomte
Quoi qu'on souffre avec lui, je crois que tu diras, Que tu n'as jamais mieux passé de Lundis gras. Mon frère aura ce soir, à souper, dix personnes.
Lisette
Et oui, je le croirai.
CLARICE, soeur du Vicomte
Quoi donc, tu t'en étonnes ?
LUCRÈCE, sa femme
Vous le dites aussi, pour vous moquer de nous.
Lisette
Le souper n'est pourtant préparé que pour vous.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ils viendront toutefois.
Lisette
S'ils n'ont que l'ordinaire, Monsieur leur veut donc bien faire méchante chère.
CLARICE, soeur du Vicomte
Pour vous tirer d'erreur, je veux vous avouer Un tour, dont toutes deux vous devez me louer. Le Sieur de Bois-le-Roux, qu'autrefois pour affaire Vous avez vu souvent venir trouver mon frère, Pour mes faibles appâts ayant pris de l'amour, Par son mérite, a su m'en donner à son tour. Ce Cavalier n'a rien qui sente la province, Ayant été longtemps à la Cour de son Prince, Le trépas de son père, assez inopiné, Pour recueillir ses biens, ici l'a ramené : Mais comme il a vidé d'affaire avec mon frère, Pour nous revoir tous deux, ne sachant plus que faire, Ayant trouvé Céphise au Temple l'autre jour, Je ne pus en sortant lui taire mon amour. Comme elle a de l'esprit, et qu'enfin elle m'aime, Elle sut m'inspirer d'abord ce stratagème, Qui fut que de la part de mon frère, aujourd'hui, Je prierais nos voisins de souper avec lui, Sans oublier celui qui cause ma tendresse. Je l'ai fait, et dans peu vous verrez la noblesse De dix châteaux voisins arriver en ce lieu. J'ai fait encore plus ; car pour couvrir mon jeu, Et faire qu'on n'en puisse éclaircir le mystère, J'ai su faire éloigner, et même par mon frère, Celui qui de sa part, les a conviés tous.
Lisette
Vous en savez, ma foi, Madame, plus que nous.
CLARICE, soeur du Vicomte
Il n'en saurait coûter qu'un repas à mon frère.
Lisette
Vous avez bien, par là, fait une pire affaire. Monsieur étant toujours si bourru, si jaloux, Hélas ! Mon Dieu, Madame, où nous fourrerons-nous, Quand ces gens-là viendront tantôt baiser sa femme, Car la civilité veut qu'ils baisent Madame, Alors qu'ils la verront pour la première fois, S'en dut-il de dépit cent fois mordre les doigts. Quand j'y songe pourtant, j'en suis déjà ravie, Car jamais à baiser, un campagnard n'oublie ; Contre la bienséance, il croirait trop pêcher ; La plus hardi jaloux ne saurait l'empêcher ; Et quoi que toujours fou, se croirait lors peu sage, Blâmant ce qu'autorise un aussi long usage : Mais quand ils baiseront tantôt, figurez-vous. Ce que doit en son coeur ressentir le jaloux, Qui verra, devant lui, qu'on baisera sa femme.
CLARICE, soeur du Vicomte
Il vient.
Lisette
Je ris déjà par avance en mon âme.
Scène 3
Le Vicomte de la Sablonniere, LUCRÈCE, sa femme, CLARICE, soeur du Vicomte, Lisette
Le Vicomte de la Sablonniere
Te verrai-je toujours avec cette langueur ? Et ne puis-je savoir ce qui te tient au coeur ? Là, tâche à rire un peu, bannis cette tristesse, Et du moins, ces jours gras, montre quelque allégresse.
LUCRÈCE, sa femme
Les divertissements nous marquent les jours gras ; Et n'en ayant jamais, je ne les connais pas.
CLARICE, soeur du Vicomte
Mais, mon frère, il est vrai qu'elle est trop solitaire.
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais, ma soeur, s'il est vous plaît, apprenez à vous taire.
Lisette
Nous rirons bien tantôt, lorsque les campagnards, Pour souper avec lui, viendront de toute parts.
Le Vicomte de la Sablonniere
Te verrai-je toujours tant de chagrin dans l'âme ? Le plaisir d'un époux devant être en sa femme, Et celui de la femme en son époux aussi, J'ai cru ne devoir pas te laisser seule ici, Quoiqu'on m'ait, pour ce soit, avec beaucoup d'instance, Prié plus de dix fois d'un repas d'importance.
LUCRÈCE, sa femme
Mais, de ce grand repas, nous étions prié tous.
Lisette
J'étais priée aussi d'aller avec vous.
Le Vicomte de la Sablonniere
Comme pour toi mon coeur a beaucoup de tendresse, Je veux avoir bien soin de toi dans ta grossesse.
Lisette
Quoi, ma maîtresse est grosse ? Il n'en est ma foi rien ; Je crois, s'il était vrai, que je le saurais bien.
LUCRÈCE, sa femme
Non, je ne la suis pas.
CLARICE, soeur du Vicomte
Elle dit vrai, mon frère.
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais que sait-on enfin ?
Lisette
On le sait d'ordinaire.
Le Vicomte de la Sablonniere
Nous rirons entre nous ; va, ma femme, crois-moi, Le plaisir est bien doux, d'être en repos chez soi. Le berger doit ce soir apporter sa musette, Et pour te divertir, danser avec Lisette ; Ne te chagrine point, tu te réjouiras, Bien que nous soyons seuls le reste des jours gras.
Lisette
Oui-dà.
Le Vicomte de la Sablonniere
Nous goûterons un plaisir bien tranquille.
Scène 4
Colas, Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette
Colas
On nous demande, et c'est Monsieur de Cornanville.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je ne suis pas ici, tu le devais savoir.
Colas
Il vient.
Lisette
Comme il est fait !
Le Vicomte de la Sablonniere
Je suis au désespoir.
Scène 5
Monsieur de Cornanville, Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette, LUCRÈCE, sa femme, CLARICE, soeur du Vicomte
Monsieur de Cornanville
Monsieur... Mais que d'appât ! Ô Dieu, la belle femme ! Ah, permettez, Monsieur, que j'embrasse Madame.
Le Vicomte de la Sablonniere
Il appuie un peu fort.
Lisette
Je plains peu le jaloux.
À Monsieur de Cornanville.
Le Vicomte de la Sablonniere
Il n'est que pour baiser, je crois, venu chez nous ; Les femmes de Paris craignent d'être baisées, Et pour cette venu sont dessus tout prisées.
Monsieur de Cornanville
Pour la première fois, je sais ce que je dois, Et vous auriez sujet de vous plaindre de moi.
Le Vicomte de la Sablonniere
Point.
Monsieur de Cornanville
Mais...
Le Vicomte de la Sablonniere
Il s'accommode ici tout à son aise.
Lisette
Je ne suis pas, Monsieur, de celles que l'on baise.
Monsieur de Cornanville
Ah Madame !
Lisette
Ma foi je suis d'un rang plus bas : Foin, il m'a fait baiser aussi ses cheveux gras.
Le Vicomte de la Sablonniere
Puis que pour la servante il a de la tendresse, Il s'accommoderait aussi de la maîtresse.
LUCRÈCE, sa femme
Vous êtes trop civil.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous voulez tout pour vous.
Lisette
Ah, quel plaisir de voir rechigner un jaloux !
Monsieur de Cornanville
J'ai quitté mes amis, pour venir voir Madame.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé Monsieur.
LUCRÈCE, sa femme
Tout de bon.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah !
Monsieur de Cornanville
Oui, dessus mon âme. Je pense que de loin, je viens de voir aussi Monsieur de Bois-Douillet qui tire droit ici.
Le Vicomte de la Sablonniere
Comment, ici ?
Monsieur de Cornanville
Du moins il en tenait la route.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah j'enrage...
Monsieur de Cornanville
Je suis prié tout seul, sans doute. Je crois que vous passez votre temps sans ennuis, Car on se divertit fort bien en ce pays : Il le faut avouer, on goûte ici la vie D'une manière douce, et qui doit faire envie. S'il arrive qu'on soit d'un ami visité, Quand par hasard on est de quelque autre côté, Le femme le reçoit, comme le mari même.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ce serait, pour ma femme, une fatigue extrême ; Elle hait l'embarras.
LUCRÈCE, sa femme
Hé mon Dieu, je ferais, En cette occasion, tout ce que je pourrais.
Le Vicomte de la Sablonniere
Tant pis pour moi.
Lisette
Madame est fort accommodante.
Le Vicomte de la Sablonniere
Plus que je ne voudrais.
Monsieur de Cornanville
Mais au trente-et-quarante Si vous saviez jouer, je viendrais quelquefois....
Le Vicomte de la Sablonniere
Le jeu ne lui plaît plus, depuis huit, ou neuf mois.
CLARICE, soeur du Vicomte
Elle ne peut jouer, étant sans compagnie.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je sais ce que je dis, taisez-vous je vous prie. N'auriez-vous pas besoin de manger ?
Monsieur de Cornanville
C'est bien dit, Car le chemin m'a fait gagner de l'appétit.
Le Vicomte de la Sablonniere
Allez donc, je vous suis.
Monsieur de Cornanville
N'en soyez pas surprise, Madame, la campagne est un lieu de franchise, : Et chez ses bons amis on vit comme chez soi.
LUCRÈCE, sa femme
Que ne le suivez-vous ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Pourquoi vient-il chez moi, Sachant bien qu'à présent je ne vois plus personne ? Un procédé si libre, et me fâche, et m'étonne.
Scène 6
Monsieur de Bois-Douillet, Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette, CLARICE, soeur du Vicomte, LUCRÈCE, sa femme, Son Fils
Monsieur de Bois-Douillet
Je suis, sans dire mot, entré jusqu'ici. Vous voyez avec moi, Monsieur, mon fils aussi.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah Monsieur !
Monsieur de Bois-Douillet
C'est assez, permettez-moi de grâce...
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah souffrez, s'il vous plaît, qu'encore je vous embrasse.
Lisette
Ils sont fort bons.
CLARICE, soeur du Vicomte
Mon frère est bien inquiété.
Il court à elle. Il la baise.
Monsieur de Bois-Douillet
Vous me faites commettre une incivilité ; Je sais bien que je dois saluer votre femme, C'est la première fois que je la vois. Madame, Je suis ravi du bien qu'aujourd'hui je reçois.
Le Vicomte de la Sablonniere
S'il en est satisfait, je ne le suis pas, moi.
LUCRÈCE, sa femme
C'est moi qui le reçois.
Monsieur de Bois-Douillet
Ste. Approchez, vous dis-je, Et saluez Madame. Approchez donc.
Le Vicomte de la Sablonniere
Où suis-je !
Monsieur de Bois-Douillet
Là, saluez-la donc, faites-lui compliment.
CLARICE, soeur du Vicomte
Est-il un plus grand sot !
Lisette
Quel divertissement !
Son Fils
Madame.
Monsieur de Bois-Douillet
Il est honteux ; là, baisez donc Madame ; C'est toujours en baisant, qu'on salue une femme.
Le Vicomte de la Sablonniere
Quand il n'en ferait rien, ce n'est pas m'offenser.
Monsieur de Bois-Douillet
Vos charmes l'ont surpris, je vais recommencer, Afin de lui montrer, par là, comme il faut faire.
LUCRÈCE, sa femme
Oh !
Le Vicomte de la Sablonniere
Arrêtez, Monsieur, il n'est pas nécessaire.
CLARICE, soeur du Vicomte
On le doit excuser, car toujours les enfants Sont honteux, quand ils sont avec leurs parents.
Le Vicomte de la Sablonniere
Il fait bien ce qu'il fait, apprenez à vous taire.
Monsieur de Bois-Douillet
Le fils, à ce qu'on dit, ne vaudra pas son père.
LUCRÈCE, sa femme
Vous étiez bien galant, je crois, en votre temps.
Monsieur de Bois-Douillet
Ah galant ! Tête-bleu, je l'étais dès dix ans.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je crois que vous ferez, Messieurs, méchante chère.
Monsieur de Bois-Douillet
Alors qu'on voit, Madame, on ne la saurait faire.
Scène 7
Colas, Le Vicomte de la Sablonniere, Monsieur de Bois-Douillet, Lisette
Colas
Monsieur il faut percer du vin pour ce Monsieur.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé bien, que l'on en perce, et même du meilleur.
Colas
Mais....
Le Vicomte de la Sablonniere
Quoi mais ?...
Colas
Il faudrait que vous vinssiez vous-même.
[À Colas.]
Le Vicomte de la Sablonniere
Quitterai-je ma femme ? Ah ma peine est extrême. Va-t-en.
Colas
Mais...
Le Vicomte de la Sablonniere
Va, te dis-je, et ne raisonnes pas.
Monsieur de Bois-Douillet
Je m'en vais le percer, va, mon pauvre Colas. J'entends mieux ce métier qu'aucun qui soit en France ; Et si vous le voulez voir par expérience, Je vais en un moment percer tout votre vin.
Le Vicomte de la Sablonniere
C'est trop.
Monsieur de Bois-Douillet
Il vous en faut, car il est très certain Que les chemins sont pleins de beaucoup de noblesse, Qui vient souper céans avec grande allégresse.
Le Vicomte de la Sablonniere
Comment, souper céans ? Diable ! Que dites-vous ?
Lisette
Nous allons comme il faut voir pester le jaloux.
Monsieur de Bois-Douillet
Nous étions priés seuls, et sa peine le montre.
Le Vicomte de la Sablonniere
Qui Diable fait qu'ici tout ce train se rencontre ?
À son fils.
Monsieur de Bois-Douillet
Je m'en vais vous percer du vin pour ces Messieurs. Quoi tu me suis, grand sot, ici tout comme ailleurs : Apprends qu'un garçon doit rester avec les femmes, Et pour se façonner, entretenir les dames. Tu n'es point de mon sang, et je vois entre nous Trop...
Le Vicomte de la Sablonniere
Monsieur, il fait bien d'aller avec vous : Oui, mon Fils, c'est bien fait, de suivre votre père.
Lisette
Suivez votre papa.
Scène 8
Le Vicomte de la Sablonniere, CLARICE, soeur du Vicomte, Lisette, LUCRÈCE, sa femme
Le Vicomte de la Sablonniere
Ceci ne me plaît guère : Comment, un régiment de gens dans ma maison ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Si vous ne tenez point votre femme en prison, Vous n'auriez pas chez vous aujourd'hui cette fête ; Le bruit court qu'on vous veut donner martel en tête ; Et ces Messieurs pourraient, vous croyant fort jaloux, S'être donné le mot, pour fondre ainsi chez vous. Mon frère, pardonnez au zèle qui m'emporte, Votre intérêt m'oblige à parler de la sorte.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah j'empêcherai bien qu'aucun d'eux n'entre ici.
CLARICE, soeur du Vicomte
Vous pourrez tout gâter, en agissant ainsi ; Et vous devez, bien loin de paraître en colère, Pour les faire enrager, faire tout le contraire. Ne leur demandez point qui les a priés tous, Mais paraissez content de les avoir chez vous ; Ils seront bien surpris, et tout couvert de honte, Ils en seront sans doute une retraite prompte ; Car leur dessein ne va qu'à vous faire dépit, Et qu'à voir s'il est vrai, ce que de vous on dit.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous en savez beaucoup.
Lisette
Ma foi sa politique, Monsieur...
LUCRÈCE, sa femme
Moi, je suivrais ses conseils sans réplique.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé bien soit ; mais s'il vient quelqu'un pour vous baiser, Daignez adroitement du moins le refuser. Je vous dirai pourtant d'être alors plus civile ; Mais loin de m'obéir, soyez plus difficile ; Et si vous ne pouvez enfin tenir contre eux, Tendez leur seulement l'oreille, ou les cheveux ; L'ardeur des campagnards à baiser sans pareille, Se contente souvent d'avoir touché l'oreille.
Scène 9
Colas, Le Vicomte de la Sablonniere, LUCRÈCE, sa femme, Lisette
Colas
Messieurs, de Chante-Pie, et de Cochon-Vilain, Sont là-bas.
Le Vicomte de la Sablonniere
Quoi, les deux que je craignais enfin, Qui ne parlent jamais que d'amour et de flamme, Qui cajolent sans cesse, et tourmentent les femmes, Qu'on estime partout d'impertinent jaseurs, Et de tout le pays sont les plus grands baiseurs ? Je suis perdu.
LUCRÈCE, sa femme
Le Fou.
Lisette
Sa peine est sans pareille.
Le Vicomte de la Sablonniere
Souvenez-vous au moins de leur donner l'oreille ; Ou bien fuyez plutôt. Je vais les arrêter.
Scène 10
Le Vicomte de la Sablonniere, Monsieur de Chante-Pie, Monsieur de Cochon-Vilain, Lisette, LUCRÈCE, sa femme, CLARICE, soeur du Vicomte
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah, Messieurs, aujourd'hui je veux vous protester, Que pour vous...
Monsieur de Chante-Pie
Quoi, tous deux nous embrasser ensemble ?
Monsieur de Cochon-Vilain
Quoi, Madame nous fuit ?
Lisette
Il en tient.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah je tremble.
Monsieur de Chante-Pie
Quand nous sommes venus, nous espérions jouir Du bonheur de la voir.
LUCRÈCE, sa femme
Je ne saurais plus fuir.
Monsieur de Cochon-Vilain
Mais laissez-nous aller saluer votre femme.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je vous aime tous deux, et de toute mon âme.
Monsieur de Chante-Pie
En entrant dans ces lieux, je sais ce que je dois.
Le Vicomte de la Sablonniere
Pour elle, j'aime mieux vous embrasser dix fois.
Monsieur de Chante-Pie
Monsieur....
CLARICE, soeur du Vicomte
Selon mes voeux, la chose enfin se passe.
Monsieur de Chante-Pie
Pour la première fois, permettez-moi de grâce...
Monsieur de Cochon-Vilain
En vous embrassant seul, je veux vous faire voir....
Le Vicomte de la Sablonniere
Ce que je vois suffit pour me faire savoir....
Monsieur de Cochon-Vilain
Tout le monde sait bien que je suis fort sincère.
À part.
À Cochon-Vilain qui l'embrasse toujours.
Le Vicomte de la Sablonniere
Oui. Mais je ne vois pas ce qu'on fait là-derrière ; C'est assez.
Monsieur de Cochon-Vilain
Je vous laisse, et sais bien que je dois...
Voyant sa femme se défendre d'être baisée des deux.
Le Vicomte de la Sablonniere
Embrassez-moi plutôt encore une, ou deux fois. Là, bon.
Cochon-Vilain la baise comme elle veut éviter Chante-Pie.
Monsieur de Chante-Pie
Votre rigueur est pour nous sans pareille.
Monsieur de Cochon-Vilain
Ah !
Lisette
Celui-là, ma foi, n'a pas baisé l'oreille.
Le Vicomte de la Sablonniere
Messieurs, l'un après l'autre, au moins allez plus doux. Dois-je fermer les yeux, ou me mettre en courroux ? Mais vous n'avez tous deux salué que ma femme ; Ma soeur en doit avoir quelque dépit dans l'âme.
CLARICE, soeur du Vicomte
Moi ?
Il regarde Lucrèce avec des yeux doux, et lui fais une révérence comme pour l'approcher.
Monsieur de Chante-Pie
Nous n'osions baiser une fille chez vous, Après vous avoir vu presque entrer en courroux, De voir baiser, Madame, avec bienséance ; Car nous craignons tous deux de vous faire une offense, Si la première fois que...
Le Vicomte de la Sablonniere
C'est assez, Monsieur, Je vous l'eusse à tous deux pardonné de bon coeur.
Il va la baiser, et cependant le Vicomte prend la place qu'il avait près de Lucrèce.
Monsieur de Cochon-Vilain
Puisqu'enfin nous pouvons vous saluer sans crainte, Il ne faut vous laisser aucun sujet de plainte.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ah qu'il sent le fumier !
Il va la baiser, et cependant Cochon-Vilain prend sa place, la sienne étant prise par le Vicomte.
Monsieur de Chante-Pie
Puisqu'il nous est permis....
CLARICE, soeur du Vicomte
Hé quoi, doit-on baiser toujours tous ses amis ?
Lisette
Le beau jeu ! Je plaignais ma vie infortunée ; Mais je ris aujourd'hui, pour toute mon année.
Scène 11
Nicodeme, Le Vicomte de la Sablonniere, LUCRÈCE, sa femme, Lisette, Monsieur de Chante-Pie, Monsieur de Cochon-Vilain, Cochon-pie, CLARICE, soeur du Vicomte
Nicodeme
Monsieur.
Le Vicomte de la Sablonniere
Que me veux-tu ?
Nicodeme
Mais venez, s'il vous plaît.
Le Vicomte de la Sablonniere
Est-ce encor quelqu'un ?
Nicodeme
Non.
Le Vicomte de la Sablonniere
Dis donc ce que c'est.
Nicodeme
Mais venez.
LUCRÈCE, sa femme
Allez voir ce que ce pourrait être.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous montrant mes talons, je vous plairais peut-être. Mais, parle.
Nicodeme
Que faut-il que je parle Monsieur ?
Le Vicomte de la Sablonniere
N'as-tu point retenu ce qu'on t'a dit par coeur ?
Nicodeme
Dame, on dit qu'[v]ous veniez.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah ma peine extrême !
Lisette
Explique-toi donc mieux, mon pauvre Nicodème.
Nicodeme
Colin-Poivret, qui fait la cuisine là-bas, Dit qu'il laissera tout là, si vous ne venez pas. Venez donc lui prêter la main.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé quoi donc, Traître...
Monsieur de Chante-Pie
Hé Monsieur.
Comme il trouve en se retournant Chante-Pie en sa place, ils se regardent tous deux sans se rien dire.
Le Vicomte de la Sablonniere
Quoi, parler de la sorte à son maître ?
Monsieur de Chante-Pie
Je crois qu'on ne voit rien de plus beau dans la Cour.
Monsieur de Cochon-Vilain
Qu'un si charmant objet peut inspirer d'amour !
Monsieur de Chante-Pie
Que vous avez, Monsieur, une adorable femme !
Monsieur de Cochon-Vilain
Rien ne peut échapper aux attraits de Madame.
Monsieur de Chante-Pie
On sait que sur les coeurs ils sont les tout-puissants.
Monsieur de Cochon-Vilain
Qu'elle a les cheveux beaux !
Monsieur de Chante-Pie
Qu'elle a les yeux perçant !
Monsieur de Cochon-Vilain
Le beau front !
Monsieur de Chante-Pie
Le beau teint !
Cochon-pie
Le beau nez !
Monsieur de Chante-Pie
Que sa bouche Fait voir, quand elle rit, une douceur qui touche !
Monsieur de Cochon-Vilain
On ne peut admirer assez ses belles dents.
Monsieur de Chante-Pie
On a bien du plaisir lorsqu'elle mord les gens.
Monsieur de Cochon-Vilain
Les belles lèvres ! Ah !
Monsieur de Chante-Pie
Dirait-on pas de roses, Du plus bel incarnat, et fraîchement écloses ?
Monsieur de Cochon-Vilain
Je ne puis me lasser d'admirer ce beau cou.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ils me poussent à bout.
Lisette
Cela le rendra fou.
Monsieur de Chante-Pie
On ne saurait trouver une plus belle oreille.
Monsieur de Cochon-Vilain
Elle est belle, bien faite, et petite, et vermeille.
Monsieur de Chante-Pie
La belle gorge, ô Ciel !
Monsieur de Cochon-Vilain
Les admirables mains !
Monsieur de Chante-Pie
Sa taille seule peut charmer tous les humains.
Monsieur de Cochon-Vilain
Les beaux pieds ! Tête-bleu.
Monsieur de Chante-Pie
Le reste, que je pense..
Lisette
Il fait bien, là-dessus, de garder le silence.
Monsieur de Cochon-Vilain
Chacun doit demeurer d'accord qu'elle a bon air.
Le Vicomte de la Sablonniere
Jusqu'ici je me suis empêché de parler, De peur d'en dire trop.
Monsieur de Chante-Pie
Il faut mener Madame, Voir la belle maison du Baron de Vigame.
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais...
Monsieur de Cochon-Vilain
Il la faut mener encore voir dix châteaux, Qui ne lui cèdent pas, et qu'on croit aussi beaux.
Le Vicomte de la Sablonniere
Si...
Monsieur de Chante-Pie
Je la veux mener chez Monsieur de Chant-Oye.
Le Vicomte de la Sablonniere
Quoi...
Monsieur de Cochon-Vilain
Nous irons aussi chez Monsieur de Cour-Joye ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah !
Monsieur de Chante-Pie
Messieurs de Lampont, et de Crocan-Villiers, Sur notre seul récit, viendront tous des premiers.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ils...
Monsieur de Cochon-Vilain
De tout le pays elle doit être aimée.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je ne...
Monsieur de Chante-Pie
Notre jeunesse en sera bien charmée.
Le Vicomte de la Sablonniere
Croyez...
Ici ils parlent bas à Lucrèce et Clarice, et Lisette les regarde avec étonnement.
Monsieur de Cochon-Vilain
Tout le pays fondra bientôt chez vous, Apprenant que Madame a des charmes si doux.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je ne parlerai plus, que chacun ne se taise ; Je leur pourrai parler alors plus à mon aise ; Jusque dans le gosier ils me coupent les mots, Et leur langue maudite, est sans aucun repos.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ils ont, sans l'épargner, poussé sa jalousie.
Monsieur de Cochon-Vilain
Un mot ou deux, Monsieur. Il faut que je vous dise... Mais je crois que je dois passer de ce côté, Car avec raison je crains d'être écouté.
Monsieur de Cochon-Vilain
Allons dans le Jardin, car ils ont, que je pense. À se parler tous deux, d'affaires d'importance.
LUCRÈCE, sa femme
Allons. Mais suis-moi donc, et demeure avec nous.
CLARICE, soeur du Vicomte
Qui peut faire tarder Monsieur de Bois-le-Roux ?
Scène 12
Monsieur de Chante-Pie, Le Vicomte de la Sablonniere, CLARICE, soeur du Vicomte
Monsieur de Chante-Pie
Oui, sur le bruit que d'elle a fait la Renommée, Sans l'avoir jamais vue, il l'a d'abord aimée.
Le Vicomte de la Sablonniere
Il adore ma femme !
Monsieur de Chante-Pie
Et de plus....
Il la cherche de la main sans tourner la tête.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah, je crois, Que je la dois toujours tenir auprès de moi.
Monsieur de Chante-Pie
Vous ferez bien.
Se retournant.
Le Vicomte de la Sablonniere
Donnez donc votre main, Madame ; Mais je ne trouve rien. Où peut être ma femme ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Ils sont dans le Jardin.
Le Vicomte de la Sablonniere
Que je suis malheureux !
CLARICE, soeur du Vicomte
Ne vous emportez pas, Lisette est avec eux.
Le Vicomte de la Sablonniere
On doit peu se fier à telle sentinelle. Pardon, Monsieur, je vais courir vite après elle.
Scène 13
Monsieur de Chante-Pie, CLARICE, soeur du Vicomte
Monsieur de Chante-Pie
Comme tout le pays a su qu'il est jaloux, Nous avions fait dessein d'en bien rire encore nous : Je puis vous avouer, car de l'air qu'il vous traite, Vous n'avez pas sujet d'en être satisfaite.
CLARICE, soeur du Vicomte
Non ; mais pour m'obliger, quittons-nous, car je crois Qu'il pourrait devenir aussi jaloux de moi.
Monsieur de Chante-Pie
Je suis toujours soumis, quand le sexe commande.
Scène 14
CLARICE, soeur du Vicomte
CLARICE, soeur du Vicomte
Mon amant en vient point. Ô Dieu, que j'appréhende ! S'il manquait à venir, j'aurais beaucoup d'ennui, Car cette fête-ci ne se fait que pour lui. Mais il vient à propos.
Scène 15
CLARICE, soeur du Vicomte, Monsieur de Bois-le-Roux
CLARICE, soeur du Vicomte
C'est trop vous faire attendre.
Monsieur de Bois-le-Roux
Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre, Et votre esprit se fait connaître par le tour...
CLARICE, soeur du Vicomte
Que n'entreprend-on point, quand on a de l'amour ?
Monsieur de Bois-le-Roux
Mon coeur...
CLARICE, soeur du Vicomte
Ah ne songeons du tout qu'à notre affaire ; Mon frère est si jaloux, si bourru, si sévère. Que je crois ne pouvoir vous parler qu'aujourd'hui.
Monsieur de Bois-le-Roux
Je me saurai si bien ménager devant lui...
CLARICE, soeur du Vicomte
Le voici.
Scène 16
Le Vicomte de la Sablonniere, Monsieur de Bois-le-Roux
Il le salue et se retourne vers sa femme, pour lui faire signe de se souvenir de l'oreille.
Le Vicomte de la Sablonniere
De leurs mains j'ai su tirer ma femme : Mais Dieu, que celui-ci met de trouble en mon âme ! C'est un galant blondin, un poupin, un poudré Qui connaissant la Cour, doit être bien madré.
Il ne répond que de la tête, et se met quasi au devant d'elle, de peur qu'il ne la baise.
Monsieur de Bois-le-Roux
Quoi, Monsieur, c'est donc là Madame votre femme ? Mais quoi, tout de bon ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Hay.
Serrant la main au Vicomte.
Monsieur de Bois-le-Roux
Je suis ravi, Madame, Que Monsieur le Vicomte ait si bien mis son coeur ; Il sait bien que je suis toujours son serviteur, Et ne doit point douter que mon coeur ne partage Le plaisir qu'il ressent d'un si grand avantage.
L'embrassant.
Le Vicomte de la Sablonniere
L'honnête femme ! On ne peut jamais trop le priser, Voir une belle femme, et ne la point baiser ! Je ne m'en puis tenir, il faut que je l'embrasse. Vous me ferez, Monsieur, une sensible grâce, De croire que....
Scène 17
Nicodeme, Monsieur de Bois-le-Roux, Le Vicomte de la Sablonniere
Nicodeme
Monsieur on voudrait vous parler.
Monsieur de Bois-le-Roux
Vous me permettez bien...
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous y pouvez aller, Ou bien faire venir...
Scène 18
Le Vicomte de la Sablonniere, CLARICE, soeur du Vicomte, Lisette
Le Vicomte de la Sablonniere
Encore qu'il me plaise, Je voudrais bien un peu, te parler à mon aise, Et que pour un quart d'heure on le pût amuser : Tu pourrais au jardin avec lui causer.
CLARICE, soeur du Vicomte
Moi ?
Le Vicomte de la Sablonniere
L'affaire sera, si tu veux, bientôt faite : Pour trouver des raison, tu n'es pas maladroite.
Haut.
CLARICE, soeur du Vicomte
Tout succède à mes voeux. Mais...
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais oblige-moi, Et tâche à faire, enfin, ce faible effort sur toi.
Regardant Lucrèce et Lisette d'un regard malicieux et content.
CLARICE, soeur du Vicomte
Vraiment, il sera grand. Cela ne me plaît guère : Mais pour vous obliger, que ne voudrais-je faire ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Tu m'oblige toujours, je n'en suis pas surpris.
Lisette
C'est là donner aux loups à garder les brebis.
Scène 19
Monsieur de Bois-le-Roux, CLARICE, soeur du Vicomte, Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette
Monsieur de Bois-le-Roux
Monsieur de Bois-Douillet est celui qu'on demande. Comme nos noms n'ont pas de différence grande, Et qu'on sait qu'il devait souper avec nous, Au lieu de Bois-Douillet, on a dit Bois-le-Roux : Mais...
CLARICE, soeur du Vicomte
À propos de bois, le nôtre est admirable, Il est plus haut que moi...
Monsieur de Bois-le-Roux
Cela n'est pas croyable, Le bois ne peut ici croître si promptement.
Le Vicomte de la Sablonniere
L'équivoque est gentille, et dite galamment.
CLARICE, soeur du Vicomte
Allons-y.
Le Vicomte de la Sablonniere
Nous suivrons.
Monsieur de Bois-le-Roux
Que rien ne vous oblige À vous gêner pour moi.
Le Vicomte de la Sablonniere
Nous vous suivrons, vous dis-je.
Monsieur de Bois-le-Roux
Je ne veux point du tout vous causer d'embarras ; Et vous m'obligerez de ne vous presser pas.
Lisette
On ne saurait trouver un homme plus sincère.
Scène 20
Le Vicomte de la Sablonniere, LUCRÈCE, sa femme, Lisette
Le Vicomte de la Sablonniere
J'étais presque dupé.
LUCRÈCE, sa femme
Qui vous met en colère ?
Le Vicomte de la Sablonniere
J'allais donner dedans.
LUCRÈCE, sa femme
Mais, Monsieur, qu'avez-vous ?
Le Vicomte de la Sablonniere
J'avais l'esprit bouché.
LUCRÈCE, sa femme
D'où vient donc ce courroux ?
Le Vicomte de la Sablonniere
C'est assez.
LUCRÈCE, sa femme
De ma soeur, il a connu la flamme.
Le Vicomte de la Sablonniere
Nous verrons.
LUCRÈCE, sa femme
Ils n'ont point mérité tant de blâme.
Le Vicomte de la Sablonniere
Tête-bleu !
LUCRÈCE, sa femme
Vous devez excuser votre soeur.
Le Vicomte de la Sablonniere
Il l'entend.
LUCRÈCE, sa femme
Vous aviez aussi trop de rigueur.
Le Vicomte de la Sablonniere
À dessein, moi présent, il vous a méprisée, Et d'abord en entrant ne vous a point baisée ! Cependant il devait vous baiser, que je crois, Venant vous voir chez vous pour la première fois : Mais de ce fin galant, c'est sans doute une adresse, Pour ne pas faire voir devant moi sa tendresse.
LUCRÈCE, sa femme
Qu'on me baise, Monsieur, on ne me baise pas, On vous cause toujours un pareil embarras : Mais avec un jaloux on ne sait comment faire ; Et même ce qu'il veut ne le peut satisfaire.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je crois n'avoir pas tort de vous parler ainsi ; C'est un amant poudré, doucereux, et transi, Et les femmes, morbleu, dans le siècle où nous sommes, Aiment ces blondins-là, qui... qui ne sont pas hommes. Comme il n'en veut qu'à vous, je crois que de bon coeur, Il enrage à présent de n'avoir que ma soeur.
Lisette
C'est justement cela.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je crois bien qu'en ton âme, Quoi qu'il brûle pour toi, tu condamnes sa flamme ; Et comme je connais qu'ils te déplaisent tous, Il te faut éviter de souper avec nous ; Et tu dois, pour cela, pendant la promenade, Revenir tout d'un coup, feignant d'être malade, Et t'aller mettre au lit tout aussitôt.
Lisette
Hélas ! S'aller coucher de jour, un propre Lundi gras !
Le Vicomte de la Sablonniere
J'entends que tu viendras lui tenir compagnie.
LUCRÈCE, sa femme
Je demeure immobile, et votre jalousie Me paraît aujourd'hui ridicule à tel point...
Le Vicomte de la Sablonniere
Tu prends tout de travers, car je n'en ressens point. Hé bien, Mignonne, enfin n'es-tu pas résolue ?...
LUCRÈCE, sa femme
Vous vous moquez de moi.
Le Vicomte de la Sablonniere
De puissance absolue, Je le veux.
LUCRÈCE, sa femme
Mais...
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais, quoi ? Je suis le maître enfin.
LUCRÈCE, sa femme
Maître des fous fieffés.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous avez du chagrin ; Quelqu'autre campagnard pourrait encore vous plaire ; Vous ne leur montrez pas un visage sévère, Vous en aimez ici de rougeauds, et de frais, Qui paraissent émus, en voyant vos attraits.
LUCRÈCE, sa femme
Il est vrai qu'en mon coeur tant de belles figures Ont fait, tout à la fois, de profondes blessures. Qui pourrait s'en défendre ? Ils sont si ragoûtants, Qu'on ne saurait contre eux résister bien longtemps. Comme leur bonne mine est rare et sans pareille...
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous n'avez pas à tous fait baiser votre oreille ; Mais je veux que l'on fasse, enfin, ce que j'ai dit.
LUCRÈCE, sa femme
Je vais me retirer, mais sans me mettre au lit, Et me venger, par là, de votre jalousie Qui fournira de quoi faire une comédie. Lisette, allons, suis-moi.
Lisette
Quoi, c'est donc tout de bon ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Se rira qui voudra de ma précaution.
Scène 21
Le Vicomte de la Sablonniere, Nicodeme
Le Vicomte de la Sablonniere
Que veux-tu ?
Nicodeme
Je ne sais, pourtant je vous apporte Une lettre, Monsieur, qu'on dit qui vous importe.
Le Vicomte de la Sablonniere
À MONSIEUR LE VICOMTE DE LA SABLONNIÈRE. Je crois que notre amitié m'oblige à vous avertir que Céphise a dit à ma fille en grande confidence, que l'Amour assemblerait aujourd'hui chez vous bien des gens que vous n'attendiez pas, et que vous seriez dupé d'une manière qui ferait rire toute la province. Vous connaîtrez avant la fin du jour, si elle a dit vrai, par l'assemblée que vous aurez. C'est tout ce qu'a pu savoir celui qui fera profession d'être toujours votre ami. DE CORNANDONNE.
Le Vicomte de la Sablonniere
Va-t-en dire à celui qui t'a donné ce mot, Que je ferai réponse à son maître au plutôt.
Scène 22
Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah dans un tel malheur, que résoudre, et que faire !
Lisette
Je connais à ses yeux qu'il est bien en colère, Il a son humeur noire, et ses chagrins jaloux, Et tantôt, comme il faut, pestera contre tous.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je suis au désespoir, la fureur me transporte.
Lisette
Tout tremble devant lui, quand il est de la sorte.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je ne sais qui me tient....
Lisette
Voyez-vous le jaloux, Est-il pas bien aimable ? Hé bien, mariez-vous.
Le Vicomte de la Sablonniere
Morbleu !
Lisette
Tous les jaloux s'empêcheraient de l'être. Si dans cette humeur noire ils se pouvaient connaître.
Le Vicomte de la Sablonniere
Ciel !
Haut.
Le Vicomte ayant été deçà delà, se retourne brusquement et se trouve contre Lisette, qui s'enfuit de l'autre côté comme toute éperdue.
Lisette
La chanson dit vrai, Que le plaisir est doux De faire un cocu d'un jaloux. Ah. J'ai parlé trop haut, je suis morte.
Le Vicomte de la Sablonniere
Traîtresse ! J'ai toujours craint cela de ta fausse sagesse.
Lisette
Ce n'est qu'une chanson...
Le Vicomte de la Sablonniere
Une Chanson ? Tais-toi, Je sais les sentiments qu'ici l'on a de moi, Carogne.
Lisette
Mais Monsieur... Arrachez, bon, courage : S'il en pouvait crever, ce serait grand dommage. Qu'il se fait les yeux doux ! Le bel objet à voir ! Pour se considérer, que n'a-t-il un miroir ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Les filles de Paris sont pour moi trop rusées.
Lisette
Vous vous blessez.
Le Vicomte de la Sablonniere
J'ai su démêler vos fusées ; Avec ma femme, enfin, je sais que tu t'entends ; Tu me le paieras sans attendre longtemps. Dis, qui sont ses galants ?
Lisette
C'est votre jalousie Qui vous a mis cela dedans la fantaisie : Et je crois, par ma foi, qu'il en serait parlé, Si parmi votre honneur le sien n'était mêlé ; Car vous l'y contraignez, puisqu'il faut vous le dire.
Le Vicomte de la Sablonniere
À quoi ? Dis, dis.
Lui jetant une clef.
Lisette
Jaloux de l'air qu'elle respire, Lorsque vous la tenez serrée entre vos bras, La voyant, la touchant, vous ne l'y croyez pas : Vous paraissez jaloux de la province entière, Et ne pouvez souffrir que le soleil l'éclaire : Depuis neuf mois qu'à peine elle ose voir le jour, A-t-elle seulement vu votre basse-cour ? Tenez, je ne veux plus lui servir de geôlière, Vous la pouvez tenir vous-même prisonnière, Ou chercher qui voudra s'en donner le souci ; Car pour moi, dès demain, je veux sortir d'ici.
Scène 23
Le Vicomte de la Sablonniere
Le Vicomte de la Sablonniere
Tu fais bien. Je me suis imposé le silence, Pour voir jusqu'où pourrait aller ton impudence, Avant qu'il soit demain, tu pourras dénicher. Que ferai-je ? L'amour ne se saurait cacher ; Et bien que les amants sans cesse dissimulent, Leurs regards imprudents découvrent quand ils brûlent : C'est pourquoi je prétends les voir ensemble tous ; Ceux qui s'aiment, d'abord se feront les yeux doux ; Si je les y surprends, ils rougiront peut-être, Et par cette rougeur me feront tout connaître. Alors... Voici de ceux que je puis soupçonner.
Scène 24
Monsieur de Chante-Pie, Le Vicomte de la Sablonniere, Lisette, CLARICE, soeur du Vicomte, Monsieur de Bois-le-Roux, Monsieur de Cochon-Vilain
Monsieur de Chante-Pie
Sans Madame, ma foi, c'est trop se promener.
Le Vicomte de la Sablonniere
Je vais vous l'envoyer quérir. Holà, Lisette.
Lisette
Allez-vous me payer ? Est-ce une affaire faite ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Oui, tu dénicheras, n'en doute nullement : Mais fais venir ici ma femme promptement.
Lisette
Je ne puis.
Le Vicomte de la Sablonniere
Tu ne peux ?
Lisette
Non.
Le Vicomte de la Sablonniere
Non ? Crains ma colère.
Lisette
Moi ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Toi. Ne veux-tu point m'obéir, et te taire ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Madame est enfermée, et la clef est sur vous.
Le Vicomte de la Sablonniere
À l'entendre, on croirait que je serais jaloux ; Par mégarde, la clef était sur moi restée.
CLARICE, soeur du Vicomte
Sans la croire sur vous, vous l'aviez emportée.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous en étiez fâchez, vous autres, que je crois.
Monsieur de Bois-le-Roux
Nous ! Pourquoi ?
Monsieur de Cochon-Vilain
Pourquoi donc ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Ah, trêve de pourquoi ; Je suis dupe, il est vrai, mais c'est en apparence.
Monsieur de Chante-Pie
Croyez-vous...
Le Vicomte de la Sablonniere
Que chacun parle à sa conscience. Vous veniez pour... Mais non, je ne veux dire rien ; Je sais ce que je sais, et je le sais fort bien.
Monsieur de Cochon-Vilain
Nous avez-vous priés pour nous faire querelle ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Moi, je vous ai priés !
Monsieur de Chante-Pie
Vous.
Monsieur de Cochon-Vilain
Oui, vous.
Le Vicomte de la Sablonniere
Bagatelle ; On ne me berce point avec ces contes-là.
CLARICE, soeur du Vicomte
Je tremble... Son chagrin lui fait dire cela, Et l'on sait...
Le Vicomte de la Sablonniere
Non, morbleu, je n'ai prié personne.
CLARICE, soeur du Vicomte
Il va tout découvrir.
Monsieur de Chante-Pie
Ce procédé m'étonne.
Monsieur de Cochon-Vilain
De votre part, pourtant, Maître Blaise Clampin, Est venu me prier dès hier au matin.
Monsieur de Bois-le-Roux
Il m'est aussi venu prier avec instance.
Monsieur de Chante-Pie
Il m'est venu quérir avec diligence.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous rêviez, que je crois, car ce Blaise Clampin, Est allé, par mon ordre, à Paris hier matin, Et ne peut vous avoir conviés. Mais ma femme Vient enfin dissiper le trouble de votre âme ; Vous la faire venir, n'est point être jaloux.
Scène 25
Le Vicomte de la Sablonniere, CLARICE, soeur du Vicomte, Monsieur de Cochon-Vilain, Monsieur de Chante-Pie, Monsieur de Bois-le-Roux
À Lucrèce.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé bien, Messieurs, hay ? Quoi ? Parlez, qu'en dites-vous ? Vous, de votre côté, faites leur bon visage.
CLARICE, soeur du Vicomte
Pour moi, je ne puis rien comprendre à ce langage.
Le Vicomte de la Sablonniere
Hé la-donc ? Vous, Messieurs, faites-lui compliment.
Monsieur de Cochon-Vilain
Il est fou, sur mon âme.
Monsieur de Chante-Pie
Il l'est assurément.
Monsieur de Cochon-Vilain
Je ne puis rien comprendre à tout ce badinage.
Il ôte Bois-Le-Roux d'auprès de sa femme, pour le mettre auprès de sa soeur.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous me faisiez jouer un fort sot personnage, Et j'allais être dupe enfin ; mais Dieu merci... Mais Monsieur, s'il vous plaît, vous serez mieux ici. Ah quelque sot pourrait, en sa présence même, Laisser ce beau blondin auprès de ce qu'il aime.
Monsieur de Bois-le-Roux
Que veut dire ceci ?
Monsieur de Chante-Pie
Qu'est-ce donc ? Qu'avez-vous ?
Le Vicomte de la Sablonniere
Lequel connaît le mieux Céphise de vous tous ?
bas à Bois-le-Roux
CLARICE, soeur du Vicomte
Hélas ! Elle a parlé.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous paraissez surprise, Vous rougissez. Ah, mort, vous savez l'entreprise.
CLARICE, soeur du Vicomte
Moi, je rougis !
Le Vicomte de la Sablonniere
Voyez comment elle rougit : Monsieur rougit aussi.
Monsieur de Bois-le-Roux
Croyez-vous...
Le Vicomte de la Sablonniere
Il suffit. Comme on voit rarement une fille muette, Céphise...
Scène 26
Blaise Clampin, CLARICE, soeur du Vicomte, Le Vicomte de la Sablonniere, Monsieur de Cochon-Vilain, Monsieur de Chante-Pie, Monsieur de Bois-le-Roux
Blaise Clampin
Me voici, car votre affaire est faite, Monsieur, et j'ai trouvé sur le chemin celui Que je croyais trouver à Paris aujourd'hui ? Pour vous parler d'affaire il vient ici lui-même.
CLARICE, soeur du Vicomte
Ah tout ceci me met dans une peine extrême.
Le Vicomte de la Sablonniere
Fus-tu chez ces Messieurs hier ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Que j'ai d'effroi !
Blaise Clampin
Quoi faire !
Le Vicomte de la Sablonniere
Les prier de souper avec moi.
Blaise Clampin
Moi ?
Monsieur de Cochon-Vilain
C'est la vérité.
Monsieur de Chante-Pie
Vous nous en devez croire.
CLARICE, soeur du Vicomte
Vous n'en tirerez rien, je vois qu'il vient de boire.
Monsieur de Bois-le-Roux
Il ne s'en souviendra donc plus ?
CLARICE, soeur du Vicomte
Non, que je crois.
Monsieur de Cochon-Vilain
Dis-moi, ne vins-tu pas hier me prier chez moi ?
Monsieur de Chante-Pie
Ne vins-tu pas aussi chez moi ? Réponds donc ?
Le prenant au collet.
Le Vicomte de la Sablonniere
Traître ; Si tu ne leur réponds, réponds donc à ton maître. Fus-tu chez ces Messieurs hier ? Peste du sot. Quoi, je ne puis de toi tirer enfin un mot ? Si tu ne me réponds, je t'étranglerai.
Blaise Clampin
Dame, Dites-moi ce qu'il faut que je dise, Madame.
Le Vicomte de la Sablonniere
Mais ma soeur, et Monsieur, paraissent bien confus.
CLARICE, soeur du Vicomte
Sans consommer le temps en discours superflus, Ne trouvant plus de jour à m'en pouvoir défendre, Je vais tout débrouiller, Messieurs, et vous surprendre. Je confesserai donc, et même devant tous, Que j'aimais en secret Monsieur de Bois-le-Roux, Et que pour lui parler, ne sachant plus que faire, Je vous ai fait mander de la part de mon frère, Afin que mon amant, dont l'entretient m'est doux, Sans qu'on soupçonnât rien, pût passer parmi vous. Céphise, qui m'a fait trouver ce stratagème, N'en a pas pu garder le secret elle-même, Et ce sot...
Le Vicomte de la Sablonniere
C'est assez.
Monsieur de Cochon-Vilain
Nous avions tort, Monsieur ?
Monsieur de Chante-Pie
Grand tort.
Le Vicomte de la Sablonniere
Vous en savez beaucoup, ma chère soeur : On ne peut, à les voir, connaître les personnes ; Ma femme avec vous, en apprendrait de bonnes. Ah je veux qu'au plutôt Monsieur de Bois-le-Roux, Hors d'ici vous emmène, et qu'il soit votre époux : Vous serez au contrat, Messieurs, je vous en prie, Et partirez après cette cérémonie.
Scène Dernière
Monsieur de Bois-Douillet, Monsieur de Cochon-Vilain, Monsieur de Chante-Pie, Le Vicomte de la Sablonniere
Monsieur de Bois-Douillet
Allons, Messieurs, allons c'est trop se faire attendre.
Monsieur de Cochon-Vilain
Ce qui nous fait rester, vous doit beaucoup surprendre.
Monsieur de Chante-Pie
C'est l'hymen de Clarice avec Bois-le-Roux ; Et de fête, enfin, nous sommes priés tous.
À Lucrèce.
Il boit.
Monsieur de Bois-Douillet
Tant mieux, nous danserons. Il faut que je la baise ; Je lis dedans ses yeux qu'elle sera bien aise Quand.... Elle m'entend bien Messieurs, à sa santé : C'est un vin admirable, en avez-vous goûté ? Il est fort pétillant, et sa sève..... De grâce, Madame, goûtez-en. Vous faites la grimace ! À quoi bon entre nous faire tant de façon ?
Monsieur de Cochon-Vilain
Bois-Douillet est gaillard.
Monsieur de Chante-Pie
Et bien vert.
Il emmène Lucrèce.
Monsieur de Bois-Douillet
Il est bon. Cette liqueur ne laisse aucun chagrin dans l'âme. Là, réjouissons-nous, rions, sautons, Madame. Là, mon fils, prenez-la, remuez-vous, Le Sot ! Retire-toi, coquin ; quoi, ne pas dire un mot ! Allons, Madame, allons.
Monsieur de Cochon-Vilain
Suivons donc tous, Madame.
Le Vicomte de la Sablonniere
Suivons les de bien près, ne quittons point ma femme.