Comédie · 1859

L’enfer des gens de lettres

de Charles Monselet

Représentation
≈ 25 min
Distribution
3 femmes, 21 hommes
Répliques
340
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Diable H 125 ≈ 8 min 6
Benoît Jouvin H 10 ≈ 2 min 1
Hippolyte Lucas H 11 ≈ 1 min 1
Alexandre Dumas H 34 ≈ 1 min 1
Virgile H 8 ≈ 1 min 1
Pidoux H 7 ≈ 1 min 1
Mérimée H 17 ≈ 1 min 1
Sainte Beuve H 8 ≈ 1 min 1
Armand de Pontmartin H 8 ≈ 1 min 1
L'Étudiant H 9 ≈ 1 min 1
Nous H 7 ≈ 1 min 1
Le Diable Adjoint H 9 ≈ 1 min 1
George Sand F 8 ≈ 1 min 1
Paul Féval H 10 ≈ 1 min 1
Marie Aycard H 7 ≈ 1 min 1
Ponson du Terrail H 6 ≈ 1 min 1
Pierre Zaccone H 8 ≈ 1 min 1
Monsieur Libri N 4 ≈ 1 min 1
Elie Berthet H 5 ≈ 1 min 1
Anita F 4 ≈ 1 min 1

Et 6 autres rôles.

Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle L'Enfer des Gens de Lettres
Le Diable absentabsentabsentabsentabsent
Benoît Jouvin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Hippolyte Lucas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Alexandre Dumas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Virgile absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pidoux absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mérimée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Sainte Beuve absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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L'Enfer des Gens de Lettres

I

Virgile, Nous

Virgile

Par où voulez-vous commencer ?

Nous

Je suis vraiment confus de votre obligeance ; Monsieur Flaxman m'avait déjà parlé de vous dans les termes les plus affectueux ; il vantait à qui voulait l'entendre votre complaisance inépuisable.

Virgile

Monsieur Flaxman est bien bon. Je l'ai accompagné en effet dans sa petite excursion à travers les cercles infernaux.

Nous

Dont vous êtes le Dennecourt.

Virgile

Mais cela ne valait pas la peine d'un souvenir. - Je me fais un vrai plaisir de servir de guide aux étrangers de distinction ! Voulez-vous commencer par le Purgatoire?

Nous

Je n'y tiens pas absolument.

Virgile

Vous êtes comme beaucoup de personnes. Le Paradis est encore moins visité ; Monsieur Fiorentino m'avait pourtant promis, l'année dernière, de m'envoyer quelques-uns de ses amis. Mais ces journalistes sont si oublieux !

Nous

Dites : si occupés.

Virgile

Comme il vous plaira. Est-ce l'Enfer tout entier que vous désirez voir ou seulement quelques portions ?

Nous

Oh ! Je me contenterai d'un cercle... et même d'un demi-cercle : celui où gémissent la plupart des hommes de lettres qui furent mes contemporains au XIXème siècle.

Virgile

Rien de plus aisé. Je vais allumer une lampe et vous conduire. Êtes-vous impressionnable?

Nous

Sans excès. Pourquoi ?

Virgile

C'est que nous avons des suppliciés assez désagréables.

Nous

Plus désagréables que de leur vivant ? Cela me paraît douteux.

Virgile

Enveloppez-vous dans votre manteau. Drapez-vous, mieux ; les plis plus droits ; — car nous avons à traverser le lac des artistes, et il ne faut pas que nous prêtions à leurs railleries. Venez, à présent.

Ii

Hippolyte Lucas, Le Diable, Louis Desnoyers, Félix Pigeory, Pitre Chevalier

Un chemin creux. Hippolyte Lucas une escopette à la main.

Hippolyte Lucas

Notre-Dame del Pilar, protégez-moi ! Faites qu'il ne vienne personne par ce chemin ! Quel horrible métier que celui qu'on m'oblige à faire : tirer sur mes meilleurs amis, dépouiller mes plus chères connaissances, moi qui ai passé ma vie sur la terre à encenser tout le monde, - moi qui, en rentrant chaque soir, ne pouvais même m'empêcher de dire à mon portier : Votre petite loge est ravissante !

Le Diable

Vite ! Vite ! Voici un voyageur qui arrive de ce côté.

Hippolyte Lucas

Ah ! Mon Dieu ! Déjà ! Quel est-il ?

Le Diable

J'ai lu sur sa valise : Louis Desnoyers .

Il va pour courir.

Hippolyte Lucas

Louis Desnoyers ! Le meilleur de mes amis ; il faut que je l'embrasse...

Le Diable

Arme ta Carabine.

Hippolyte Lucas

Oui, oui, je connais... c'est une romance... très-jolie d'ailleurs, excessivement jolie ; j'en ai parlé.

Le Diable

J'entends le bruit de ses pas. Apprête-toi.

Hippolyte Lucas

Je ne pourrai jamais ; j'aime trop le talent de Desnoyers !

Louis Desnoyers paraît; il reçoit une balle dans la poitrine.

Le Diable

Le voici ! Vise au coeur.

Hippolyte Lucas

Mon cher ami, mon excellent confrère, je vous expliquerai tout.

Il se roule sur le sable et expire dans d'affreuses convulsions. Le diable disparaît.

Louis Desnoyers

Lucas, soit maudit !

Hippolyte Lucas

« Notre-Dame del Pilar, protégez moi! Faites qu'il ne passe personne par ce chemin ! Quel horrible métier, etc., etc., etc. »

Le Diable

Vite ! Vite ! À ton poste !

Hippolyte Lucas

Quoi encore ? Tout mon sang se glace dans mes veines. - Tiens ! La jolie phrase... ! Il est étrange que le danger ne m'enlève pas le sentiment du style.

Le Diable

Je viens d'apercevoir Monsieur Pigeory, directeur de la Revue des Beaux-Arts, il donne le bras à Monsieur Pitre-Chevalier. Tous deux se dirigent vers ce ravin...

Hippolyte Lucas

Ciel ! Mes deux meilleurs amis !

Le Diable

Arme ta carabine.

MM. Pigeory et Pitre-Chevalier débouchent par le sentier; ils reçoivent chacun une balle et ils mordent la poussière.

Hippolyte Lucas

Oui, oui, je sais. Mais que penseront-ils de moi ?

Félix Pigeory

Voilà un chemin qui n'est pas sûr.

Pitre Chevalier

Ô mon Yvonne, adieu !

Hippolyte Lucas

Mes amis, mes chers amis, pardonnez-moi !

Iii

Alexandre Dumas, Le Diable

Une serre. Dans cette serre, un homme. Auprès de cet homme, un diable. L'homme est Alexandre Dumas.

Le diable le regarde en ricanant.

Alexandre Dumas

Maître ! Maître ! Maître !

Le Diable

Va , va toujours ; je te connais. Tu veux que je te réponde : « Quoi? » pour gagner une ligne. Mais je ne t'accorderai point cette satisfaction. Parle ; personne ne t'interrompra.

Alexandre Dumas

Personne ne m'interrompra, ô douleur ! Je commence. Hum ! Je... Si encore il me disait seulement : « J'écoute, » je riposterais par : « Voici ce que c'est » Mais rien, nul encouragement. Maître !

Le Diable

Eh bien !

Alexandre Dumas

Il y est venu ! Maître, les cent ans que vous m'avez octroyés pour écrire un roman en un volume sont révolus ; mon roman est terminé.

Le Diable

Déjà !

Alexandre Dumas

J'achève l'épilogue.

Le Diable

Tu as été bien vite.

Alexandre Dumas

Bien vite ! Un siècle ! Moi qui autrefois ne demandais que vingt-quatre heures pour faire un drame en cinq actes, et vingt-quatre jours pour faire un roman en cinq volumes.

Le Diable

Seul ?

Alexandre Dumas

« Mordious ! Comment! Pourquoi ? Vrai ? D'honneur ! Pas possible ! Juste ! Il se pourrait ! Expliquez-vous ! Bah... ! »

Le Diable

Écris plus lentement.

Alexandre Dumas

Je ne peux pas !

Le Diable

Mûris ta pensée.

Alexandre Dumas

Impossible !

Le Diable

Moins d'alinéas.

Alexandre Dumas

C'est au-dessus de mes forces.

Le Diable

Pas de dialogue.

Alexandre Dumas

Qu'est-ce que vous dites ?

Le Diable

Je dis : pas de dialogue.

Alexandre Dumas

Alors pas de Dumas.

Le Diable

Tu raisonnes ?

Il se remet à écrire.

Alexandre Dumas

Non.

Le Diable

Imite la manière de Balzac.

Alexandre Dumas

Oh !

Le Diable

Est-ce que tu ne l'admires pas, ton petit camarade Balzac ?

Alexandre Dumas

Si, si !

Le Diable

N'est-ce pas que c'est le premier de nos romanciers ?

Alexandre Dumas

Le premier, oui.

Le Diable

Et que George Sand est le second ?

Alexandre Dumas

Le second, certes.

Le Diable

Et Eugène Sue le troisième?

Alexandre Dumas

Le troisième, sans conteste.

Le Diable

Et Frédéric Soulié le quatrième ?

Alexandre Dumas

Le quatrième, évidemment.

Le Diable

À la bonne heure, ton goût commence à se former. As-tu fini ?

Alexandre Dumas

Oh ! oui ! oui!

Le Diable

Allons, dédie ce roman à Buloz.

Alexandre Dumas

À Buloz !

Le Diable

En l'appelant : « Mon illustre et affectionné maître. »

Alexandre Dumas

Jamais !

Le Diable

Est-ce fait ?

Alexandre Dumas

Voilà.

Regardant sur le papier.

Le Diable

À présent, signe. Pas comme cela.

Alexandre Dumas

Comment !

Le Diable

Signe : Maquet.

Alexandre Dumas

Êtes-vous fou, cher diable ?

Un coup de fourche.

Le Diable

Des familiarités !

Alexandre Dumas

Mais songez-y donc. Vous voulez que je signe Maquet et Dumas ?

Le Diable

Non, Maquet tout court.

Alexandre Dumas

Un chef-d'oeuvre que j'ai mis cent ans à parfaire !

Le Diable

C'est bien pour cela.

Alexandre Dumas

Savez-vous que c'est révoltant.

À part.

Haut.

Le Diable

Parbleu ! Cet homme me fait faire du dialogue malgré moi. Signe, te dis-je.

Alexandre Dumas

Miséricorde !

Le Diable

Signeras-tu, enfin ?

Il signe : Maquet, en grinçant des dents.

Alexandre Dumas

Satan !

Le Diable

En plus grosses lettres !

Alexandre Dumas

Maquet.

Le Diable

Plus grosses encore.

Alexandre Dumas

MAQUET.

Le Diable

Très-bien ! Maintenant, repose-toi.

Alexandre Dumas

Me reposer, moi !

Le Diable

Pendant cent ans.

Alexandre Dumas

Tuez-moi plutôt !

Le Diable

Pendant deux cents ans.

Alexandre Dumas

Malédiction !

Iv

Théodore de Banville

Un paysage athénien où se promène Théodore de Banville, vêtu seulement d'un thyrse, comme le dieu Liber.

Il brandit son thyrse.

Il brandit son thyrse.

Il brandit son thyrse.

Il va pour cueillir le lis extasié qui se change en or. Surprises et éblouissements de Théodore de Banville. Il se dirige vers une rose qui se métamorphose également en or. Sa main se porte sur un arbre; c'est de l'or qu'il touche. Il s'arrête et dit :

Il brandit son thyrse.

Il brandit son thyrse.

Il brandit son thyrse.

Il grelotte en brandissant son thyrse.

Théodore de Banville

Qu'il fait froid au milieu de ces architectures ! L'ombre aux crins éperdus en tous lieux se répand. On dirait de Rosa les sauvages peintures ; C'est un temps à ne pas mettre dehors un paon. Le soleil est rentré dans son immense alcôve ; Moi, je serai demain enrhumé du cerveau. Pour un bon paletot, aux tons roux, au poil fauve, J'écouterais, je crois, des vers de Mollevaut. Les Grecs vont nus. Le nu, c'est le beau. Sans pelure, Cupido s'esbattait sous les portiques blancs. Pourquoi le marbre est-il frère de l'engelure? Pourquoi la stalactite au bout des nez tremblants? Sachons garder pourtant des contenances grandes ; Et puisque je ne peux rencontrer de brasier, Chantons Io Pean , et faisons des guirlandes : J'aperçois justement un lis extasié. Voilà, dieux immortels, un éclatant prodige ! Des ors ! Partout des ors ! Comme dans le tableau De Couture! Est-ce là l'Eldorado ? — Que dis-je? Je suis place Saint-George et j'entre chez Millaud. Essayons de ravir la pêche à double joue, Et d'y porter la dent... Ciel ! Le miracle encor ! Faudra-t-il donc aussi, monnayable Capoue, Que j'aiguise ma faim sur des biftecks en or ? Par Comus ! Ce prodige est fort désagréable ! Les Véfour sont ici richement inhumains. J'ai soif. Buvons le flot en cet endroit guéable. Eh quoi ! Toujours de l'or coulant entre mes mains ! Je trouve un tel supplice absurde et médiocre ; Et parce que j'ai fait abus de ce métal, Comme Arsène des fleurs, comme Théo de l'ocre, Jupin, à mon égard, me semble trop brutal.

V

L'Étudiant, Sainte Beuve

Une bibliothèque dont tous les rayons sont vides ; au milieu, Sainte-Beuve, et à son côté un diable, travesti en étudiant.

L'Étudiant

Appelle un chat un chat.

Sainte Beuve

Vous m'embarrassez fort ; ne vous semble-t-il pas cependant que, sans détourner ce mot de ses diverses appropriations, un équivalent sauvegarderait davantage les délicatesses de notre langue ?

L'Étudiant

Tu m'ennuies. J'ai ordre de ne te laisser employer que le mot propre.

Sainte Beuve

Par la mère Angélique, c'est que notre vocabulaire est bien infertile en mots propres ; la pensée a ses fluidités, l'âme a ses sons, pour l'expression desquels il m'a paru indispensable de créer ce qu'on pourrait appeler, je le crois du moins, sans compromettre personne, un idiome à côté.

Sainte-Beuve lui présente cinq où six feuilles couvertes d'une petite écriture ; l'étudiant prend un démêloir et le passe à plusieurs reprises dans les périodes de l'académicien.

L'Étudiant

Oh ! Quel damné fatigant ! Voyons ton travail d'hier.

Sainte Beuve

Êtes-vous à peu près content, ou du moins...

Le démêloir se casse.

L'Étudiant

Non, c'est encore trop diffus, trop embrouillé. Vois ! Récite-moi les phrases que je t'ai ordonné d'apprendre afin de faciliter tes progrès dans le style simple et clair.

Sainte Beuve

Comment ! Ces platitudes qui....

L'Étudiant

Pas de réplique.

Sainte Beuve

Ces trivialités dont...

L'Étudiant

Récite-les.

À part.

Sainte Beuve

« Deux et deux font quatre. » Ô Volupté !

L'Étudiant

Après ?

À part.

Sainte Beuve

« Pour faire un civet, prenez un lièvre. » Ô les Pensées d'août.

L'Étudiant

Continue.

À part.

Sainte Beuve

« Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. » Ô les Rayons jaunes !

L'Étudiant

Je suis content de toi. Pour demain, tu apprendras la chanson de Malborough, et pour après-demain une page de Paul de Kock, la première venue.

Vi

Le Diable, Pidoux, Le Diable Adjoint, George Sand

Une mairie. Madame George Sand y est amenée ou plutôt traînée par plusieurs invités et témoins.

Le Diable

Jean-Bastien Pidoux, consentez-vous à prendre pour épouse Marie-Aurore Dupin, dite George Sand, femme de lettres ?

Pidoux

Ma foi ! Oui-dà, elle est belle femme.

Le Diable Adjoint

Et vous, George Sand, consentez-vous à prendre pour mari Jean-Bastien Pidoux, nourrisseur, demeurant au Petit-Gentilly ?

George Sand

Non ! Non ! Jamais ! Le mariage est immoral.

Pidoux

C'est que j' vous aimerons ben, tout d'même, ma petite dame, et que j' vous cajolerons à la mode d'cheux nous.

George Sand

Un nourrisseur ! À moi qui ai écrit Indiana et Mauprat !

Le Diable

Allons, décidez-vous, ou gare la chaudière !

Pidoux

J'vous donnerons du petit salé tous les dimanches, et des pruneaux, da !

George Sand

Si encore il parlait berrichon ; cela me rappellerait ma dernière manière. T'engages-tu à parler berrichon, manant ?

Pidoux

Jarni ! J'parlerons iroquois, si cela vous fait plaisir.

George Sand

Hideux ! Hideux !

Le Diable Adjoint

L'autorité ne peut attendre plus longtemps. Dépêchons.

George Sand

Au moins, obligez-le à quitter son immense faux-col.

Le Diable Adjoint

Pidoux, vous êtes invité à déposer votre col sur le bureau.

Il rit.

Pidoux

Ce n'est pas d'refus ; y m'étranglait, à preuve que j'avons les oreilles comme de la braise. - Hi ! hi ! hi !

Le Diable Adjoint

Signez sur ce registre.

Pidoux

Vlà ma croix.

George Sand signe avec colère.

Le Diable Adjoint

À votre tour.

Le Diable Adjoint

Il faut un s à Georges.

George Sand

Non.

Le Diable Adjoint

Si.

George Sand

Je n'en mets jamais.

Le Diable Adjoint

Pourquoi ?

George Sand

Je n'en sais rien, mais je n'en mets jamais.

Le Diable Adjoint

On doit se conformer ici à l'orthographe du calendrier.

Pidoux

Allons, not' petite femme, obéis à ces messieurs qui sont polis tout plein avec leur foulard autour du ventre. Donne-leur-z-y ce qu'ils te demandent ; et puis nous irons achever la noce au Troupier fini, ousque le grand cousin Michel et les autres nous attendent. Même que si ces messieurs veulent bien se rafraîchir d'un coup de vin, y nous feront un honneur dont nous sommes capables et flattés de la récidive, quant à ce qui regarde les honnêtes gens. Pas vrai, ma femme ?

Vii

Le Diable

Un élégant boudoir. Trois ou quatre diables mettent un corset à Champfleury.

Le Diable

Monsieur est charmant !

Le Diable

Ce corset va admirablement à Monsieur.

Le Diable

C'est-à-dire que Monsieur fera tourner toutes les têtes ce soir, chez la duchesse de Palma-Christi.

Le Diable

Maintenant, il faut que Monsieur essaye d'entrer dans ces bottes vernies.

Le Diable

Monsieur les trouvera peut-être trop étroites, mais il n'en sera que mieux chaussé.

Le Diable

Je vais brosser les cheveux de Monsieur avec deux brosses et lui dessiner une raie au milieu de la tête.

Le Diable

Ce flacon d'essences sur ses vêtements !

Le Diable

Et celui-là encore !

Le Diable

Que Monsieur sent bon !

Le Diable

Monsieur montera-t-il aujourd'hui son alezan vaporeux ?

Le Diable

Le temps est superbe ; tout Paris sera au Bois.

Le Diable

J'oubliais de dire à Monsieur que deux de ses amis du club étaient venus le demander ce matin : Monsieur Raoul de Bréchigny.

Le Diable

Et le Vicomte d Herseneuve.

Le Diable

Monsieur Raoul de Bréchigny a laissé six mille pistoles qu'il prétend avoir perdues hier au whist contre Monsieur.

Le Diable

Il y a aussi une dame qui a beaucoup insisté pour voir Monsieur une dame de l'Opéra.

Le Diable

Mademoiselle Angèle Bonino...

Le Diable

Voilà le stick de Monsieur.

Le Diable

Et ses gants.

Le Diable

Et son lorgnon.

Le Diable

Bonne chance à Monsieur !

Viii

Benoît Jouvin, Le Machiniste, L'Ouvreuse, Le Pompier

La rue de Bondy, à minuit. B. Jouvin se promenant devant la porte des acteurs du théâtre de la Porte-Saint-Martin.

Un machiniste sort.

Benoît Jouvin

La pièce est excellente, et tous les artistes ont été parfaits, depuis le premier jusqu'au dernier. Il faut absolument que je leur fasse mes compliments. Justement, voici quelqu'un.

Édouard-Louis-Alexandre Brisebarre (1815-1871),, auteur dramatique.

Benoît Jouvin

Monsieur Brisebarre, je crois ?

Le Machiniste

Non.

Benoît Jouvin

C'est égal. Votre drame est magnifique, là, tout simplement. Une observation profonde, un goût réfléchi, de la portée enfin : du Shakespeare édulcoré avec du bon Dumas.

Il s'en va.

Le Machiniste

Mon oeil !

Une ouvreuse sort.

Benoît Jouvin

Qu'est-ce qu'il veut dire ? Son oeil ? N'importe, ce Brisebarre est bien doué ; Nyon aussi ; Séjour aussi ; Dugué aussi. Ah ! Ce sont de délicieux auteurs. Je les ferai relier, avec des nerfs sur le dos. - Mais les artistes ne sortent pas ; ils ramassent leurs couronnes sans doute. - Une ombre !

Benoît Jouvin

Madame Émilie Guyon, n'est-ce pas ?

L'Ouvreuse

Non.

Benoît Jouvin

C'est égal. Jeu mesuré... Diction pleine de certitude... de l'ampleur, beaucoup d'ampleur... Oh ! Quelle ampleur !

Elle s'en va.

L'Ouvreuse

Passez votre chemin, insolent !

Un pompier sort.

Benoît Jouvin

Elle est encore dans l'ivresse de son triomphe. Ne la troublons pas. - Je voudrais complimenter le chef d'orchestre à présent ; il y a de l'âme dans sa musique ; je distingue en lui l'étoffe d'un maître. - Et le décorateur ? Superbe, le décorateur ! Magie de palette, effets de perspective habilement ménagés. C'est lui !

Le Pompier

Folichon et Folichonnette...

Benoît Jouvin

Monsieur Séchan, il me semble ?

Le Pompier

Qu'est-ce que vous faites là.

Benoît Jouvin

J'attends.

Le Pompier

Il n'y a plus personne. Tout est éteint.

Benoît Jouvin

Diable ! C'est fâcheux. J'aurais voulu féliciter le souffleur.

Ix

Le Diable, Mérimée, Monsieur Libri, Stendhal

Une forêt ou tout autre endroit. Prosper Mérimée en proie à trois diables.

Le Diable

Pendons-le par les pieds.

Le Diable

Cela lui mettra un peu de chaleur au cerveau...

On pend Mérimée par les pieds.

Le Diable

Et lui fera composer des romans moins impassibles.

Le Diable

Eh bien ?

Le Diable

Il ne bouge pas.

Le Diable

Il reste blême.

Le Diable

Nous n'avons jamais vu de patient plus flegmatique. C'est bien l'homme qui a écrit la Double Méprise et le Vase étrusque.

Le Diable

Le fer mord à peine sur lui, et il s'enrhume au milieu des flammes. C'est bien l'auteur de la Vénus d'Ille.

On dépend Mérimée.

Le Diable

Décrochez-le alors : ce n'est pas cela qu'il lui faut.

Mérimée

Vous allez bientôt cesser vos mauvaises plaisanteries, j'espère.

Le Diable

Pas avant que nous ne t'ayons vu pleurer.

Mérimée

Pleurer ; à quoi bon ?

Le Diable

J'ai juré que j'aurais une preuve de ta sensibilité.

Mérimée

Eh bien ! Lisez mon Histoire de don Pèdre.

Le Diable

Ce n'est pas suffisant.

Le Diable

Nous voulons des pleurs abondants et sincères.

Le Diable

Une émotion réelle...

Mérimée

La peste si je pleure !

Le Diable

Vois ton confrère Jules Sandeau : il est plus raisonnable que toi, il ne se fait pas prier pour s'attendrir.

Mérimée

Parbleu ! C'est sa spécialité.

Le Diable

Tais-toi ! Les spectacles les plus touchants vont, par mon pouvoir, être mis sous tes regards ; des groupes déchirants vont se former à tes yeux ; autour de toi, tu n'entendras que des sanglots et des lamentations. Regarde, et que ton coeur se fende ! Écoute, et que tes entrailles remuent !

Il allume un cigare et s'assoit sur un tronc d'arbre. Les apparitions commencent.

Mérimée

Allons, je suis prêt.

Le Diable

Voici d'abord Geneviève de Brabant, exposée presque nue, avec son enfant, par les ordres du farouche Golo.

Mérimée

Le torse est bien, les attaches sont élégantes.

Le Diable

Mais sa douleur ! Contemple sa douleur !

Mérimée

La douleur est un agent de défiguration ; je hais la douleur.

Le Diable

Passons à autre chose, dans ce cas.

Le Diable

Voici la mort de Coligny ; il présente sa poitrine sans défense aux assassins.

Le Diable

Pauvre homme !

Le Diable

Plains cette noble victime !

Le Diable

Plains aussi le jeune Téligny, l'espoir de sa famille !

Mérimée

À ce compte, je mouillerais tout un exemplaire de la Henriade. Présentez-moi des infortunes plus récentes ou laissez-moi tranquille.

Le Diable

L'endurci !

Le Diable

Il a peut-être raison.

Le Diable

Mais quelle infortune récente pourrions-nous bien évoquer.

L'ombre de Monsieur Libri paraît, chargée de fers.

Le Diable

Il me vient une idée.

Monsieur Libri

Protégez-moi, mon cher Mérimée ; on m'entraîne chez le podestat !

Mérimée

Encore !

Monsieur Libri

On prétend que j'ai oublié de rendre à la Bibliothèque de l'Arsenal le dix-septième volume du Dictionnaire de la Conversation.

Il fume.

Mérimée

Je sais, je sais...

Monsieur Libri

Mais c'est faux !

Mérimée

Oui, oui.

Monsieur Libri

C'est le dix-neuvième !

L'ombre de Monsieur Libri se dissipe. Les diables se regardent, consternés.

Mérimée

Ma foi, mon bonhomme, tirez-vous de là ; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour vous.

Le Diable

Qu'imaginer à présent ?

Le Diable

Je jette ma langue à Cerbère.

On voit surgir le spectre de Stendhal, accablé de désespoir.

Le Diable

Essayons encore.

Stendhal

Hélas ! Hélas !

Mérimée

Eh quoi ! C'est vous, Stendhal ; d'où vous vient cette tristesse inusitée ?

Stendhal

Ah ! Mon ami, je traverse une vallée de larmes.

Le Diable

Regarde, il pleure, lui !

Mérimée

C'est vrai.

Le Diable

Je crois qu'il est ébranlé.

Le Diable

Je le crois aussi.

Stendhal

Évitez la sécheresse, mon cher ami ; elle est aussi funeste à l'âme qu'à la terre.

Mérimée

Hum ! Mauvaise phrase... C'est égal : Stendhal pleure, j'ai bien envie de pleurer aussi.

Le Diable

Courage!

Le Diable

Attention !

Il allume un second cigare.

Mérimée

Ah ! Ma foi, non, ce serait trop bête.

Le Diable

Nous recommencerons demain.

X

Anita, Toutes, Armand de Pontmartin, Héloïse, Marguerite, Nini, Suzanne

La tentation de Pontmartin. Dans le parc d'Asnières. Une légion de diablesses, en robes de lorettes.

Anita

Mesdemoiselles, il faut que Monsieur de Pontmartin nous mène à la balançoire.

Toutes

Oui, oui ! À la balançoire !

Armand de Pontmartin

En vérité, Mesdemoiselles, je ne sais si je peux... Laissez-moi rejoindre ma société.

Héloïse

Ta société attendra, grand notaire !

On l'entraîne.

Marguerite

Ne dirait-on pas qu'on veut l'avaler ? Allons ! À la balançoire !

Nini

Il ne sait pas courir.

Anita

Ce ne sont pas les jambes qui lui manquent pourtant.

Armand de Pontmartin

Ah !... Mesdemoiselles, grâce ! je vous en prie... je vais me laisser tomber.

Nini

Monsieur, balancez-moi, ze vous prie; ze serai bien contente.

Armand de Pontmartin

La petite effrontée !

Toutes

Balancez-moi ! Balancez-moi !

À part.

Armand de Pontmartin

Mais, mesdemoiselles, je ne sais pas... Je vous le certifie... Je n'ai jamais balancé personne. Si Alfred Nettement me voyait !

Suzanne

Alors, qu'il nous chante une chanson de Béranger.

Anita

C'est cela ! C'est cela !

Nini

Et quelque çose de... là... d'un peu zoyeux.

Armand de Pontmartin

Par exemple !

Toutes

Une chanson de Béranger !

Armand de Pontmartin

Ma société m'attend, je vous le répète ; il y a le receveur d'Avignon, avec un ami de ma famille ; ils me cherchent. Nous devons dîner ce soir chez un parent de Castil-Blaze...

Nini

La san-çon ! La sançon !

Armand de Pontmartin

Avec la meilleure volonté du monde, Mesdemoiselles, cela m'est impossible. Ce... Béranger... comme vous l'appelez, m'est personnellement antipathique. Il n'appartient pas à la littérature réservée.

Marguerite

Des fadeurs !

Anita

Il faut qu'il chante.

Nini

Il çantera.

Il les balance.

Armand de Pontmartin

Non, Mesdemoiselles ; j'aime encore mieux vous balancer.

Xi

Le Diable, Paul Féval, Marie Aycard, Pierre Zaccone, Tous, Elie Berthet, De Gondrecourt, Ponson du Terrail, Guillaume de la Landelle, Xavier de Montépin

Un carrefour éclairé par l'oeil sanglant d'un réverbère, que le vent secoue. Le clocher de la vieille collégiale dans le lointain. Nuages rapides et noirs. Trois hommes enveloppés dans des manteaux et guidés par un diable ; ce sont Paul Féval, Marie Aycard et Pierre Zaccone.

Le Diable

Silence !

Paul Féval

Qu'est-ce qu'il y a ?

Le Diable

Il n'y a rien ; mais il faut toujours craindre qu'il y ait quelque chose. Avançons.

Paul Féval

C'est bête de nous faire des peurs comme cela.

Marie Aycard

Mon épée se fourre à chaque pas entre mes jambes. Pourquoi m'a-t-on donné une épée ?

Le Diable

Tu le sauras plus tard.

Pierre Zaccone

Mon plumet m'entre dans l'oeil. À quoi bon ce plumet ?

Le Diable

C'est un mystère.

Paul Féval

Je ne suis pas tranquille dans mon manteau.

Marie Aycard

Ni moi.

Il se penche vers la terre.

Le Diable

Chut !

effrayés

Tous

Hein ?

Le Diable

N'entendez-vous rien du côté de la place Saint-Wulfran ?

Paul Féval

Non.

Le Diable

Et du côté du faubourg des Trois-Épées ?

Pierre Zaccone

Pas davantage.

Le Diable

C'est qu'ils attendent le signal.

Il tremble de tous ses membres.

Marie Aycard

Quel signal ?

Le Diable

Le cri de l'orfraie répété trois fois. Quel est celui de vous qui sait le mieux imiter l'orfraie ?

Pierre Zaccone

Moi !

Le Diable

Eh bien ! Commence, alors.

Pierre Zaccone

Houâh ! Houâh ! Houâh !

Des hommes noirs sortent de diverses encoignures ; ce sont Elie Berthet, Ponson du Terrait et de Gondrecourt.

Marie Aycard

Il imite très bien.

Paul Féval

Nous sommes trahis !

Marie Aycard

Des inconnus !

Le Diable

Non ; des confrères. Demandez-leur le mot de passe.

Paul Féval

Armagnac et Concierge ?

Elie Berthet

Croix-Rouge et Cordon s'il vous plaît.

Pierre Zaccone

Ce sont des nôtres.

De Gondrecourt

Pourquoi nous avoir réunis dans ce lieu d'horreur et de ténèbres ?

À part.

Ponson du Terrail

Oui ; pourquoi ? Crac ! une ligne !

Elie Berthet

S'agit-il encore de quelque oeuvre infernale et souterraine ?

Paul Féval

La sueur se fige sur mon front.

Pierre Zaccone

Mon plumet est un mystère ! a-t-il dit.

De Gondrecourt

Expliquez-vous ; voyez, nous sommes calmes.

Il prend à sa ceinture un cor duquel il tire un son dolent et prolongé.

Le Diable

Vous n'êtes pas en nombre.

Marie Aycard

Qui peut-on attendre à cette heure de la nuit ?

Ponson du Terrail

Il me semble avoir entendu comme un gémissement répondre à l'appel du cor.

Elie Berthet

Non ; c'est la girouette armoriée qui grince au faîte de la vieille tour.

Deux hommes semblent surgir de terre ; ce sont Guilaume de Landelle et Xavier de Montépin.

Paul Féval

Attendez ! Je distingue des ombres mouvantes.

Le Diable

Le mot d'ordre ?

Guillaume de la Landelle

Écoutille et Misaine.

Xavier de Montépin

Pas de crème !

Le Diable

C'est bien. À présent, vous allez savoir pourquoi je vous ai rassemblés.

À part.

Ponson du Terrail

Écoutons. Crac ! Deux lignes !

Le Diable

Toi, tu vas escalader cette muraille de trente pieds de haut.

Paul Féval

Moi ? Jamais de la vie ! Et comment ?

Le Diable

En t'aidant des pieds et des mains ; n'as- tu pas dit, dans le Jeu de la Mort, que c'était la moindre des choses ?

Paul Féval

Dans le Jeu de la Mort, oui ; mais...

À Marie Aycard.

Le Diable

Assez. Tu arrêteras des chevaux emportés sur le bord d'un abîme.

Marie Aycard

Arrêter des chevaux, moi, une faible femme... je veux dire un faible romancier.

À Pierre Zaccone.

Le Diable

Tous tes héros n'en font pas d'autres. Quant à toi, tu vas jeter ton gant au visage d'Elie Berthet, et te battre avec lui sous ce réverbère.

Pierre Zaccone

Me battre avec Berthet !

Elie Berthet

Me battre avec Zaccone !

Le Diable

Sans merci ni trêve.

Pierre Zaccone

Voilà donc le mystère de mon plumet éclairci.

Elie Berthet

Je ne pourrai jamais.

À Xavier de Montépin.

Le Diable

Rappelle-toi la Croix de l'Affût. En garde, messires ! Voilà une hôtellerie pour toi ; tu vas y entrer et trouver les plus belles filles de la création et de la rue Lamartine ; tu y feras ripaille pendant quarante-huit heures, sans t'arrêter, comme tes viveurs et tes viveuses. Entends-tu ?

Xavier de Montépin

Pendant quarante-huit heures ?

Le Diable

N'est-ce pas assez ?

Xavier de Montépin

Mais je serai mort, après !

À Ponson du Terrail, en lui frappant sur l'épaule.

Le Diable

Baste ! Tu es un jeune et brave gentil homme, toi.

À part.

Ponson du Terrail

Un jeune et brave gentil homme en effet. Crac ! Trois lignes !

Le Diable

Regarde là -haut. Il y a une femme à cette petite fenêtre où veille une lueur tremblotante. Son tuteur est absent ; sa duègne est endormie. Tu vas l'enlever.

À part.

Ponson du Terrail

Qui est-elle ? Crac ! Quatre lignes !

Le Diable

Elle a nom Clémence Robert.

À part.

Ponson du Terrail

Mais permettez, permettez ... Crac ! Cinq lignes ! Crac ! Six lignes !

Le Diable

Ne vas-tu pas te faire prier ? Pendant ce temps-là, Gondrecourt assassinera un vieillard, et La Landelle se jettera à la nage pour sauver la victime.

De Gondrecourt

Mais non !

Guillaume de la Landelle

Mais non ! Je ne sais pas nager ! Il n'y a que mes romans qui vont sur l'eau.

Tableau. Les groupes se forment. Paul Féval essaye sans succès de gravir un mur. Marie Aycard tâche d'arrêter les chevaux d'une berline emportée ; il finit par prendre le numéro du postillon pour le faire mettre à l'amende. Pierre Zaccone et Elie Berthet ferraillent au coin de la borne. X. de Montépin se montre, pâle, à la fenêtre de l'hôtellerie, une bouteille à la main. Clémence Robert pousse des cris horribles en repoussant Ponson du Terrail. Le vieillard oppose au poignard de Gondrecourt une vigoureuse résistance, et il le tombe. La Landelle se noie.

Le Diable

Obéissez.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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