Proverbe · 1768

L’étranger

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 15 min
Distribution
3 hommes
Répliques
233
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Trotberg H 110 ≈ 9 min 10
Monsieur Dubreuil H 60 ≈ 3 min 3
Lapierre H 44 ≈ 2 min 6
Monsieur Dubreuil Fils N 19 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle L'Étranger
Monsieur Trotberg
Monsieur Dubreuil absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lapierre absentabsentabsentabsent
Monsieur Dubreuil Fils absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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L'Étranger

Scène 1

Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg

Monsieur Dubreuil

Monsieur, voilà votre appartement.

Monsieur Trotberg

Appartement ?

Monsieur Dubreuil

Oui, votre logement.

Monsieur Trotberg

Ah, logement, c'est appartement ; je comprends fort bon. Il est fort joli.

Monsieur Dubreuil

Monsieur, je voudrais que vous vous trouvassiez bien chez moi, je vous ai tant d'obligation d'avoir bien voulu recevoir mon fils à Nuremberg, que je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance.

Monsieur Trotberg

Monsieur, vous dites logement ; c'est appartement ?

Monsieur Dubreuil

Oui, Monsieur.

Monsieur Trotberg

C'est que j'écris à mesure que je entend poux garder dans le mémoire.

Monsieur Dubreuil

C'est une très bonne façon d'apprendre le français.

Monsieur Trotberg

Oui, c'est que comme cela on apprend meilleur, et j'ai commandé de même à Monsieur votre fils dans sa voyage d'Allemagne.

Monsieur Dubreuil

C'est un bon avis que vous lui avez donné.

Monsieur Trotberg

Avis ?

Monsieur Dubreuil

Oui, Monsieur.

Monsieur Trotberg

Je n'ai rien donné qui soit avis.

Monsieur Dubreuil

Je vous demande pardon ; avis, c'est conseil, avertissement.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Ah, permettez que j'écrive avertissement, conseil, c'est avis.

Monsieur Dubreuil

Oui, Monsieur.

Monsieur Trotberg

Tiaple, je croyais à Nuremberg savoir bien la langue du français, je vois à présent que c'est bien autrement encore que je disais.

Monsieur Dubreuil

Vous parlez bien cependant.

Monsieur Trotberg

Ah, comme cela, pas trop autrement, et je suis impatientement que Monsieur votre fils, il soit ici, pour me expliquer mieux.

Monsieur Dubreuil

Il arrivera bientôt, il n'est qu'à trois lieues d'ici, il sait que vous devez venir, et je l'ai envoyé quérir.

Monsieur Trotberg

Quérir ? Est-ce courir ?

Monsieur Dubreuil

Non, quérir, c'est chercher.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Chercher, c'est quérir ? Il faut que je écrive aussi quérir, chercher, quérir.

Monsieur Dubreuil

Monsieur, je vous prie de vous regarder ici comme le maître de la maison, ordonnez, et l'on vous donnera tout ce que vous voudrez.

Monsieur Trotberg

À moi ?

Monsieur Dubreuil

À vous.

Monsieur Trotberg

Pour mon besoin ?

Monsieur Dubreuil

Tout ce qui vous sera nécessaire.

Monsieur Trotberg

Nécessaire, cela veut dire ?...

Monsieur Dubreuil

Besoin.

Monsieur Trotberg

Tiaple, vous avez toujours deux mots pour un, je comprends pas cela, vous dites besoin ; c'est nécessaire ?

Monsieur Dubreuil

Oui, nécessaire.

Monsieur Trotberg

Je écris aussi.

Monsieur Dubreuil

C'est très bien fait.

Monsieur Trotberg

Allons, je ne veux parler que français quand je reste dans cette pays, même quand je suis avec moi tout seul, cela il me apprendra.

Monsieur Dubreuil

C'est un bon moyen ?

Monsieur Trotberg

Un bon moyen ?

Monsieur Dubreuil

Oui, une méthode très bonne.

Monsieur Trotberg

Encore moyen ; c'est méthode.

Monsieur Dubreuil

Oui dans ce cas-là ; mais il vaut mieux dire méthode.

Monsieur Trotberg

Je écris donc méthode, puisqu'il est le meilleur.

Monsieur Dubreuil

Oui, oui, mettez méthode.

Monsieur Trotberg

Je suis fort obligé, je demande bien pardon.

Monsieur Dubreuil

Vous vous moquez de moi.

Monsieur Trotberg

Moi non, je ne moque pas de vous ; moquer c'est comme rire, n'est-ce pas ?

Monsieur Dubreuil

Oui.

Monsieur Trotberg

Oui ? J'ai écrit déjà plusieurs fois, et vous voyez bien que je ne ris pas.

Scène 2

Lapierre, Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg

Lapierre

Monsieur, il y a un Monsieur dans votre cabinet qui vous attend.

Monsieur Dubreuil

C'est bon ; je vais y aller.

Monsieur Trotberg

C'est un affaire peut-être, il faut aller, marcher. Je suis fort bon ici.

Monsieur Dubreuil

Voilà du papier, de l'encre ; je reviendrai vous tenir compagnie bientôt.

Monsieur Trotberg

Je suis ici avec ma portefeuille, je lis tout cela.

Monsieur Dubreuil

Si vous avez besoin de quelque chose, appelez Lapierre.

Monsieur Trotberg

Besoin, c'est nécessaire, je me souviens. Et Lapierre ?

Monsieur Dubreuil

C'est cet homme-là.

Monsieur Trotberg

Cet homme-là, on l'appelle une pierre ?

Monsieur Dubreuil

Oui ; c'est son nom.

Monsieur Trotberg

Je entend bien ; c'est comme nous disons un arbre de noix, arbre d'olive.

Monsieur Dubreuil

Oui, du noyer, olivier.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Du noyer, noix; olivier, olive. Je écris, permettez. Je finis.

Monsieur Dubreuil

Vous aurez tout ce que vous voudrez. Si vous voulez envoyer quelque part, dites où.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Où ?

Monsieur Dubreuil

Oui. Si vous voulez manger, dites quoi.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Quoi ?

Monsieur Dubreuil

Oui. Si vous voulez boire, dites-le.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Le ?

Monsieur Dubreuil

Si vous voulez sortir, dites quand.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Quand ?

Monsieur Dubreuil

Oui.

Monsieur Trotberg

C'est pour sortir ? soif bon.

Monsieur Dubreuil

Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.

Monsieur Trotberg

Pour coucher ?

Monsieur Dubreuil

Pour lever, de même.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

C'est fort singulier. Voilà un pour deux à présent.

Monsieur Dubreuil

J'espère que mon fils va arriver, et il vous tiendra compagnie.

Monsieur Trotberg

Oh, j'ai pas besoin, j'ai ici ma occupation.

Monsieur Dubreuil

Lapierre va rester dans votre antichambre. Tu entends bien, Lapierre ?

Lapierre

Oui, Monsieur.

Monsieur Dubreuil

Et tu feras ce que Monsieur te dira.

Lapierre

Oui, oui, Monsieur.

Monsieur Dubreuil

Ah ça, Monsieur, je vous laisse, je suis bien votre serviteur.

Monsieur Trotberg

Serviteur, Monsieur, Serviteur.

Scène 3

Monsieur Trotberg

Monsieur Trotberg

Je vous laisse. Laisse. Je comprends pas laisse. Pourquoi j'ai pas demandé. Laisse ? Laisse ! Il faut que je sache à ce moment pour écrire. Lapierre ?

Scène 4

Lapierre, Monsieur Trotberg

Lapierre

Monsieur.

Monsieur Trotberg

Entre ici.

Lapierre

Me voilà, Monsieur.

Monsieur Trotberg

Qu'est-ce que c'est que laisse il veut dire ?

Lapierre

Laisse ?

Monsieur Trotberg

Oui, laisse ?

Lapierre

Lesse ? Je ne sais pas, Monsieur.

Monsieur Trotberg

Monsieur Dubreuil, il a dit, lesse.

Lapierre

Lesse ? Ah, Monsieur, c'est à votre chapeau.

Monsieur Trotberg

À mon chapeau, laisse ?

Il prend le chapeau de Monsieur Trotberg.

Lapierre

Oui, Monsieur, je vais vous montrer. Tenez voilà ce que c'est qu'une lesse.

Monsieur Trotberg

Cela il est une lesse.

Lapierre

Oui, Monsieur.

Monsieur Trotberg

Monsieur Dubreuil, il ne m'a point parlé de chapeau.

Lapierre

C'est pourtant cela.

Monsieur Trotberg

Allons, va-t-en ; je demande à lui-même quand il viendra.

Scène 5

Monsieur Trotberg

Il regarde toutes ses lettres de recommandation.

Monsieur Trotberg

C'est un langue de tous les tiables. La fils de Monsieur Dubreuil, il sera fort bon pour moi ici. Ah, je trouve ici un lettre qu'il faut que j'envoie tout présentement. Lapierre.

Scène 6

Lapierre, Monsieur Trotberg

Lapierre

Monsieur.

Donnant une lettre.

Monsieur Trotberg

Tiens, où.

Lapierre

Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur ?

Monsieur Trotberg

Où.

Lapierre

Où ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Monsieur Trotberg

Je te dis, où.

Lapierre

Où ; mais je n'entends point l'Allemand.

Il regarde.

Monsieur Trotberg

Mais, c'est français, où. Il est sur mon tablette. Oui, où.

Lapierre

Non, Monsieur, où ne veut rien dire.

Monsieur Trotberg

Ce tiaple de français, ils ne savent point la langage de leur pays. Monsieur Dubreuil, il m'a dit, où, quand on veut envoyer quelque part.

Lapierre

Pour envoyer, on ne dit point, où, on dit allez là.

Monsieur Trotberg

Allez là ?

Lapierre

Oui, Monsieur.

Il écrit.

Monsieur Trotberg

Il faut donc que j'écrive allez là, aussi ; mais je demanderai. Attends à cette moment. Allez là.

Lapierre

Là, c'est sur la lettre.

Monsieur Trotberg

Sur la lettre là ? Non, c'est l'adresse.

Lapierre

Eh bien, oui.

Monsieur Trotberg

Là ; c'est l'adresse ?

Lapierre

L'adresse est là-dessus, dessus la lettre.

Monsieur Trotberg

Oui. Je comprends pas jamais. Revenez sur la moment.

Lapierre

Je vais l'envoyer par quelqu'un ; parce que je ne dois pas vous quitter.

Monsieur Trotberg

Fort bien, fort bien.

Scène 7

Monsieur Trotberg

Monsieur Trotberg

Il faut un bon patience avec cette domestique ; je ne sais pas pourquoi il m'a donné comme cela un bête pour mon service. Je suis tout en échauffement de cette garçon qu'il ne m'entend pas. J'ai envie de faire porter un glas de bier, non, non, un verre de bière qu'il faut dire en français. Je veux parler autrement jamais à présent. Lapierre. Lapierre.

Scène 8

Lapierre, Monsieur Trotberg

Lapierre

Monsieur, qu'est-ce que vous voulez ? Votre lettre est partie.

Monsieur Trotberg

Je veux, le.

Lapierre

Le ?

Monsieur Trotberg

Oui, je dis, le.

Lapierre

Le quoi ?

Monsieur Trotberg

Je veux pas quoi, je veux, le.

Lapierre

Le ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire, dites quoi.

Monsieur Trotberg

Je veux pas dire quoi, je veux dire, le.

Lapierre

Je ne peux pas vous deviner.

Il écrit dans ses tablettes.

Monsieur Trotberg

Que tiaple ! Est ce que je ferais un faute ? Non, c'est, le.

Lapierre

Le quoi.

Monsieur Trotberg

Eh bien, donne moi quoi ? Tu donneras après le ; puisque tu veux donner quoi.

Lapierre

Je ne vous entends pas, Monsieur.

Monsieur Trotberg

C'est pourtant Monsieur Dubreuil, qui m'a dit de dire, le.

Lapierre

Le quoi ?

Monsieur Trotberg

Quand je dis le, je dis pas quoi : quand je dis quoi, je dis pas le.

Lapierre

Je ne puis vous donner que ce que vous de dites.

Monsieur Trotberg

Je dis le ; mais faites marcher ici Monsieur Dubreuil, il dira si je dis pas bien.

Lapierre

Il vient de sortir.

Monsieur Trotberg

Sortir. C'est quand.

Lapierre

Quand ? Tout à l'heure.

Monsieur Trotberg

L'heure, c'est coucher, il m'a dit.

Lapierre

Je ne dis pas qu'il est couché, je dis qu'il vient de sortir.

Monsieur Trotberg

Eh bien, sortir, quand.

Lapierre

Quand ? Je vous dis tout à l'heure.

Monsieur Trotberg

L'heure c'est coucher, je sais fort bon ; mais on ne peut pas être couché et être sorti, je puis pas souffrir le mensonge.

Lapierre

Mais je ne dis pas qu'il est couché non plus.

Monsieur Trotberg

Que tiable dis-tu donc ?

Lapierre

Je dis qu'il vient de sortir.

Monsieur Trotberg

Quand ?

Lapierre

Tout à l'heure.

Monsieur Trotberg

Je tiens plus, je vais quand, aussi moi de cette logis.

Lapierre

Tenez, j'entends Monsieur Dubreuil le fils, il sait l'allemand, il vous entendra.

Monsieur Trotberg

Je parle Français encore, c'est un grand impatientement que cette garçon-là.

Scène 9

Monsieur Dubreuil Fils, Monsieur Trotberg, Lapierre

Il l'embrasse.

Monsieur Dubreuil Fils

Ah, Monsieur Trotberg, je suis charmé de vous voir à Paris.

Monsieur Trotberg

Je suis bien content aussi, véritablement.

Monsieur Dubreuil Fils

Je comptais que vous n'arriveriez que demain, je vous demande bien pardon de n'avoir pas été ici à votre arrivée.

Monsieur Trotberg

J'ai vu Monsieur votre père; mais il m'a mis de l'embarras avec cette garçon ; parce que les miens ils sont tous malades de la poste, et puis ils savent pas la langage de cette pays, et je puis pas expliquer à cette Pierre, qu'il n'entend pas.

Monsieur Dubreuil Fils

Cette Pierre ?

Lapierre

Oui, c'est moi, Lapierre ; qu'il veut dire;

Monsieur Trotberg

Est-ce qu'il n'est pas français Lapierre ?

Monsieur Dubreuil Fils

Pardonnez-moi.

Monsieur Trotberg

Il ne sait donc pas les mots de son pays !

Monsieur Dubreuil Fils

Comment ?

Lapierre

Monsieur, il me dit le, quoi, quand, l'heure ; je ne sais pas si c'est allemand ou français.

Monsieur Trotberg

Vous voyez bien qu'il dit lui-même.

Monsieur Dubreuil Fils

Je n'entends pas non plus. Mais si vous voulez quelque chose, dites-moi, et vous l'aurez.

Monsieur Trotberg

Eh bien, je veux le.

Monsieur Dubreuil Fils

Le quoi ?

Monsieur Trotberg

Eh, il dit aussi lui Lapierre, quoi, pour lois que je dis, le.

Monsieur Dubreuil Fils

C'est singulier cela. Dites-moi en allemand ce que vous voulez.

Monsieur Trotberg

Non, j'ai juré de parler toujours Français dans cette pays. Et Monsieur votre père il m'a dit de dire, le.

Monsieur Dubreuil Fils

Le quoi ?

Monsieur Trotberg

Non, ce n'est pas quoi, c'est le.

Monsieur Dubreuil Fils

Lapierre, dis à mon père que je le prie de monter.

Monsieur Trotberg

Monsieur votre père, il est quand et l'heure, à ce qu'il dit.

Monsieur Dubreuil Fils

Quand et l'heure ?

Lapierre

Oui. Je ne sais pas ce qu'il veut dire.

Monsieur Trotberg

Ni moi non plus, je croyais savoir mieux le Français, il m'a pourtant dit de dire comme cela, Monsieur Dubreuil.

Monsieur Dubreuil Fils

Le voilà, nous allons savoir ce que cela veut dire.

Monsieur Trotberg

Vous verrez que j'ai dit raisonnablement.

Scène 10

Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg, Monsieur Dubreuil Fils, Lapierre

Monsieur Dubreuil

Monsieur, je vous demande bien pardon ; mais j'ai été obligé de sortir...

Monsieur Trotberg

Oui, je sais quand, vous voyez bien.

Monsieur Dubreuil

Oui, mais ne vous a-t-il rien manqué ?

Monsieur Dubreuil Fils

Voilà l'embarras, Monsieur Trotberg a demandé tout plein de choses, que Lapierre n'a pu lui donner.

Monsieur Dubreuil

Parce que je n'ai pu rien comprendre.

Monsieur Dubreuil Fils

Ni moi non plus.

Monsieur Trotberg

Et cependant, Monsieur, vous m'avez dit de dire le, et je demande le, il veut me donner quoi. Et puis je voulais parler à vous, il m'a dit quand, et l'heure ; c'est un tiable d'homme, qui me serait être un fou, cette Lapierre.

Monsieur Dubreuil

Je suis aussi embarrassé que vous.

Il prend ses tablettes.

Monsieur Trotberg

Mais, Monsieur, je puis bien vous dire ; j'ai écrit ici. Ne m'avez-vous pas dit si vous voulez envoyer quelque part, dites, où.

Monsieur Dubreuil

Oui.

Monsieur Trotberg

J'ai dit où, aussi, il ne voulait pas entendre ; mais après il a envoyé.

Monsieur Dubreuil

Lapierre, as-tu envoyé ?

Lapierre

Oui, Monsieur, c'était une lettre, et l'adresse était dessus.

Monsieur Dubreuil

C'est bon.

Monsieur Trotberg

Oui, mais j'ai eu un grand peine.

Lapierre

Il disait toujours, où, où, où. Je ne savais pas ce qu'il voulait dire.

Monsieur Trotberg

Mais j'ai dit bien, n'est-ce pas Monsieur Dubreuil ?

Monsieur Dubreuil

Je crois que oui.

Monsieur Trotberg

Après j'ai veux boire, je dis le, il veut me donner quoi. Moi, je veux pas quoi je veux le.

Monsieur Dubreuil

Le ?

Monsieur Trotberg

Oui. Je puis pas expliquer, je demander à parler à vous, il dit que vous êtes quand et l'heure. Je puis pas entendre.

Monsieur Dubreuil

Ma foi ni moi non plus.

Monsieur Trotberg

J'ai pourtant dit comme vous m'aviez dit de dire.

Monsieur Dubreuil

Moi ?

Monsieur Dubreuil Fils

C'est-il vrai, mon père ?

Monsieur Dubreuil

Je n'ai pas dit cela.

Monsieur Trotberg

Vous n'avez pas dit, Monsieur, j'ai pourtant écrit sur mon tablette.

Monsieur Dubreuil Fils

Eh bien, lisez-nous ce qu'il y a.

Monsieur Trotberg

Quand vous voulez envoyer quelque part, dites où. J'ai dit où.

Monsieur Dubreuil

Où ; mais il faut dire où il faut aller.

Monsieur Trotberg

Où il faut aller ? Ah tiable, je savais pas. Je écrirai après. Je lis encore. Si vous voulez boire, dites-le. Je dis le, il dit quoi, je veux pas quoi moi, je veux le.

Monsieur Dubreuil

Cela veut dire, si vous voulez boire, dites-le, dites que vous voulez boire.

Monsieur Trotberg

Ah, je comprends. Après j'ai écrit, si vous voulez manger, dites quoi.

Monsieur Dubreuil

Quoi, c'est ce que vous voulez manger.

Monsieur Trotberg

C'est cela sûrement.

Monsieur Dubreuil Fils

Sans doute.

Il lit.

Monsieur Trotberg

Je pensais pas. Si vous voulez sortir, dites quand.

Monsieur Dubreuil

Quand vous voudrez sortir.

Il lit.

Monsieur Trotberg

Ah, je croyais que quand, vouloir dire sortir, je entend présentement. Et puis... Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.

Monsieur Dubreuil Fils

C'est l'heure que vous voulez vous coucher.

Monsieur Trotberg

Coucher, ou vous lever ; voilà pourquoi je comprenais pas. C'est mon faute de n'être pas plus savant du langue français.

Monsieur Dubreuil

Ce n'est rien que cela.

Monsieur Trotberg

Ah, je demande pardon, je dirai le chose dont je veux à présent.

Monsieur Dubreuil

Venez, venez souper, vous devez en avoir besoin.

Monsieur Trotberg

Je ferai avec plaisir, je suis embarrassé avec vous de mon colère.

Monsieur Dubreuil Fils

En buvant tout cela se passera.

Monsieur Dubreuil

Allons, allons, venez.

Explication du proverbe : L'entente est au diseur.

Monsieur Trotberg

Je marche avec vous, Messieurs.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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