L'Étranger
Scène 1
Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg
Monsieur Dubreuil
Monsieur, voilà votre appartement.
Monsieur Trotberg
Appartement ?
Monsieur Dubreuil
Oui, votre logement.
Monsieur Trotberg
Ah, logement, c'est appartement ; je comprends fort bon. Il est fort joli.
Monsieur Dubreuil
Monsieur, je voudrais que vous vous trouvassiez bien chez moi, je vous ai tant d'obligation d'avoir bien voulu recevoir mon fils à Nuremberg, que je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance.
Monsieur Trotberg
Monsieur, vous dites logement ; c'est appartement ?
Monsieur Dubreuil
Oui, Monsieur.
Monsieur Trotberg
C'est que j'écris à mesure que je entend poux garder dans le mémoire.
Monsieur Dubreuil
C'est une très bonne façon d'apprendre le français.
Monsieur Trotberg
Oui, c'est que comme cela on apprend meilleur, et j'ai commandé de même à Monsieur votre fils dans sa voyage d'Allemagne.
Monsieur Dubreuil
C'est un bon avis que vous lui avez donné.
Monsieur Trotberg
Avis ?
Monsieur Dubreuil
Oui, Monsieur.
Monsieur Trotberg
Je n'ai rien donné qui soit avis.
Monsieur Dubreuil
Je vous demande pardon ; avis, c'est conseil, avertissement.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Ah, permettez que j'écrive avertissement, conseil, c'est avis.
Monsieur Dubreuil
Oui, Monsieur.
Monsieur Trotberg
Tiaple, je croyais à Nuremberg savoir bien la langue du français, je vois à présent que c'est bien autrement encore que je disais.
Monsieur Dubreuil
Vous parlez bien cependant.
Monsieur Trotberg
Ah, comme cela, pas trop autrement, et je suis impatientement que Monsieur votre fils, il soit ici, pour me expliquer mieux.
Monsieur Dubreuil
Il arrivera bientôt, il n'est qu'à trois lieues d'ici, il sait que vous devez venir, et je l'ai envoyé quérir.
Monsieur Trotberg
Quérir ? Est-ce courir ?
Monsieur Dubreuil
Non, quérir, c'est chercher.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Chercher, c'est quérir ? Il faut que je écrive aussi quérir, chercher, quérir.
Monsieur Dubreuil
Monsieur, je vous prie de vous regarder ici comme le maître de la maison, ordonnez, et l'on vous donnera tout ce que vous voudrez.
Monsieur Trotberg
À moi ?
Monsieur Dubreuil
À vous.
Monsieur Trotberg
Pour mon besoin ?
Monsieur Dubreuil
Tout ce qui vous sera nécessaire.
Monsieur Trotberg
Nécessaire, cela veut dire ?...
Monsieur Dubreuil
Besoin.
Monsieur Trotberg
Tiaple, vous avez toujours deux mots pour un, je comprends pas cela, vous dites besoin ; c'est nécessaire ?
Monsieur Dubreuil
Oui, nécessaire.
Monsieur Trotberg
Je écris aussi.
Monsieur Dubreuil
C'est très bien fait.
Monsieur Trotberg
Allons, je ne veux parler que français quand je reste dans cette pays, même quand je suis avec moi tout seul, cela il me apprendra.
Monsieur Dubreuil
C'est un bon moyen ?
Monsieur Trotberg
Un bon moyen ?
Monsieur Dubreuil
Oui, une méthode très bonne.
Monsieur Trotberg
Encore moyen ; c'est méthode.
Monsieur Dubreuil
Oui dans ce cas-là ; mais il vaut mieux dire méthode.
Monsieur Trotberg
Je écris donc méthode, puisqu'il est le meilleur.
Monsieur Dubreuil
Oui, oui, mettez méthode.
Monsieur Trotberg
Je suis fort obligé, je demande bien pardon.
Monsieur Dubreuil
Vous vous moquez de moi.
Monsieur Trotberg
Moi non, je ne moque pas de vous ; moquer c'est comme rire, n'est-ce pas ?
Monsieur Dubreuil
Oui.
Monsieur Trotberg
Oui ? J'ai écrit déjà plusieurs fois, et vous voyez bien que je ne ris pas.
Scène 2
Lapierre, Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg
Lapierre
Monsieur, il y a un Monsieur dans votre cabinet qui vous attend.
Monsieur Dubreuil
C'est bon ; je vais y aller.
Monsieur Trotberg
C'est un affaire peut-être, il faut aller, marcher. Je suis fort bon ici.
Monsieur Dubreuil
Voilà du papier, de l'encre ; je reviendrai vous tenir compagnie bientôt.
Monsieur Trotberg
Je suis ici avec ma portefeuille, je lis tout cela.
Monsieur Dubreuil
Si vous avez besoin de quelque chose, appelez Lapierre.
Monsieur Trotberg
Besoin, c'est nécessaire, je me souviens. Et Lapierre ?
Monsieur Dubreuil
C'est cet homme-là.
Monsieur Trotberg
Cet homme-là, on l'appelle une pierre ?
Monsieur Dubreuil
Oui ; c'est son nom.
Monsieur Trotberg
Je entend bien ; c'est comme nous disons un arbre de noix, arbre d'olive.
Monsieur Dubreuil
Oui, du noyer, olivier.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Du noyer, noix; olivier, olive. Je écris, permettez. Je finis.
Monsieur Dubreuil
Vous aurez tout ce que vous voudrez. Si vous voulez envoyer quelque part, dites où.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Où ?
Monsieur Dubreuil
Oui. Si vous voulez manger, dites quoi.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Quoi ?
Monsieur Dubreuil
Oui. Si vous voulez boire, dites-le.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Le ?
Monsieur Dubreuil
Si vous voulez sortir, dites quand.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Quand ?
Monsieur Dubreuil
Oui.
Monsieur Trotberg
C'est pour sortir ? soif bon.
Monsieur Dubreuil
Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.
Monsieur Trotberg
Pour coucher ?
Monsieur Dubreuil
Pour lever, de même.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
C'est fort singulier. Voilà un pour deux à présent.
Monsieur Dubreuil
J'espère que mon fils va arriver, et il vous tiendra compagnie.
Monsieur Trotberg
Oh, j'ai pas besoin, j'ai ici ma occupation.
Monsieur Dubreuil
Lapierre va rester dans votre antichambre. Tu entends bien, Lapierre ?
Lapierre
Oui, Monsieur.
Monsieur Dubreuil
Et tu feras ce que Monsieur te dira.
Lapierre
Oui, oui, Monsieur.
Monsieur Dubreuil
Ah ça, Monsieur, je vous laisse, je suis bien votre serviteur.
Monsieur Trotberg
Serviteur, Monsieur, Serviteur.
Scène 3
Monsieur Trotberg
Monsieur Trotberg
Je vous laisse. Laisse. Je comprends pas laisse. Pourquoi j'ai pas demandé. Laisse ? Laisse ! Il faut que je sache à ce moment pour écrire. Lapierre ?
Scène 4
Lapierre, Monsieur Trotberg
Lapierre
Monsieur.
Monsieur Trotberg
Entre ici.
Lapierre
Me voilà, Monsieur.
Monsieur Trotberg
Qu'est-ce que c'est que laisse il veut dire ?
Lapierre
Laisse ?
Monsieur Trotberg
Oui, laisse ?
Lapierre
Lesse ? Je ne sais pas, Monsieur.
Monsieur Trotberg
Monsieur Dubreuil, il a dit, lesse.
Lapierre
Lesse ? Ah, Monsieur, c'est à votre chapeau.
Monsieur Trotberg
À mon chapeau, laisse ?
Il prend le chapeau de Monsieur Trotberg.
Lapierre
Oui, Monsieur, je vais vous montrer. Tenez voilà ce que c'est qu'une lesse.
Monsieur Trotberg
Cela il est une lesse.
Lapierre
Oui, Monsieur.
Monsieur Trotberg
Monsieur Dubreuil, il ne m'a point parlé de chapeau.
Lapierre
C'est pourtant cela.
Monsieur Trotberg
Allons, va-t-en ; je demande à lui-même quand il viendra.
Scène 5
Monsieur Trotberg
Il regarde toutes ses lettres de recommandation.
Monsieur Trotberg
C'est un langue de tous les tiables. La fils de Monsieur Dubreuil, il sera fort bon pour moi ici. Ah, je trouve ici un lettre qu'il faut que j'envoie tout présentement. Lapierre.
Scène 6
Lapierre, Monsieur Trotberg
Lapierre
Monsieur.
Donnant une lettre.
Monsieur Trotberg
Tiens, où.
Lapierre
Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur ?
Monsieur Trotberg
Où.
Lapierre
Où ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Monsieur Trotberg
Je te dis, où.
Lapierre
Où ; mais je n'entends point l'Allemand.
Il regarde.
Monsieur Trotberg
Mais, c'est français, où. Il est sur mon tablette. Oui, où.
Lapierre
Non, Monsieur, où ne veut rien dire.
Monsieur Trotberg
Ce tiaple de français, ils ne savent point la langage de leur pays. Monsieur Dubreuil, il m'a dit, où, quand on veut envoyer quelque part.
Lapierre
Pour envoyer, on ne dit point, où, on dit allez là.
Monsieur Trotberg
Allez là ?
Lapierre
Oui, Monsieur.
Il écrit.
Monsieur Trotberg
Il faut donc que j'écrive allez là, aussi ; mais je demanderai. Attends à cette moment. Allez là.
Lapierre
Là, c'est sur la lettre.
Monsieur Trotberg
Sur la lettre là ? Non, c'est l'adresse.
Lapierre
Eh bien, oui.
Monsieur Trotberg
Là ; c'est l'adresse ?
Lapierre
L'adresse est là-dessus, dessus la lettre.
Monsieur Trotberg
Oui. Je comprends pas jamais. Revenez sur la moment.
Lapierre
Je vais l'envoyer par quelqu'un ; parce que je ne dois pas vous quitter.
Monsieur Trotberg
Fort bien, fort bien.
Scène 7
Monsieur Trotberg
Monsieur Trotberg
Il faut un bon patience avec cette domestique ; je ne sais pas pourquoi il m'a donné comme cela un bête pour mon service. Je suis tout en échauffement de cette garçon qu'il ne m'entend pas. J'ai envie de faire porter un glas de bier, non, non, un verre de bière qu'il faut dire en français. Je veux parler autrement jamais à présent. Lapierre. Lapierre.
Scène 8
Lapierre, Monsieur Trotberg
Lapierre
Monsieur, qu'est-ce que vous voulez ? Votre lettre est partie.
Monsieur Trotberg
Je veux, le.
Lapierre
Le ?
Monsieur Trotberg
Oui, je dis, le.
Lapierre
Le quoi ?
Monsieur Trotberg
Je veux pas quoi, je veux, le.
Lapierre
Le ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire, dites quoi.
Monsieur Trotberg
Je veux pas dire quoi, je veux dire, le.
Lapierre
Je ne peux pas vous deviner.
Il écrit dans ses tablettes.
Monsieur Trotberg
Que tiaple ! Est ce que je ferais un faute ? Non, c'est, le.
Lapierre
Le quoi.
Monsieur Trotberg
Eh bien, donne moi quoi ? Tu donneras après le ; puisque tu veux donner quoi.
Lapierre
Je ne vous entends pas, Monsieur.
Monsieur Trotberg
C'est pourtant Monsieur Dubreuil, qui m'a dit de dire, le.
Lapierre
Le quoi ?
Monsieur Trotberg
Quand je dis le, je dis pas quoi : quand je dis quoi, je dis pas le.
Lapierre
Je ne puis vous donner que ce que vous de dites.
Monsieur Trotberg
Je dis le ; mais faites marcher ici Monsieur Dubreuil, il dira si je dis pas bien.
Lapierre
Il vient de sortir.
Monsieur Trotberg
Sortir. C'est quand.
Lapierre
Quand ? Tout à l'heure.
Monsieur Trotberg
L'heure, c'est coucher, il m'a dit.
Lapierre
Je ne dis pas qu'il est couché, je dis qu'il vient de sortir.
Monsieur Trotberg
Eh bien, sortir, quand.
Lapierre
Quand ? Je vous dis tout à l'heure.
Monsieur Trotberg
L'heure c'est coucher, je sais fort bon ; mais on ne peut pas être couché et être sorti, je puis pas souffrir le mensonge.
Lapierre
Mais je ne dis pas qu'il est couché non plus.
Monsieur Trotberg
Que tiable dis-tu donc ?
Lapierre
Je dis qu'il vient de sortir.
Monsieur Trotberg
Quand ?
Lapierre
Tout à l'heure.
Monsieur Trotberg
Je tiens plus, je vais quand, aussi moi de cette logis.
Lapierre
Tenez, j'entends Monsieur Dubreuil le fils, il sait l'allemand, il vous entendra.
Monsieur Trotberg
Je parle Français encore, c'est un grand impatientement que cette garçon-là.
Scène 9
Monsieur Dubreuil Fils, Monsieur Trotberg, Lapierre
Il l'embrasse.
Monsieur Dubreuil Fils
Ah, Monsieur Trotberg, je suis charmé de vous voir à Paris.
Monsieur Trotberg
Je suis bien content aussi, véritablement.
Monsieur Dubreuil Fils
Je comptais que vous n'arriveriez que demain, je vous demande bien pardon de n'avoir pas été ici à votre arrivée.
Monsieur Trotberg
J'ai vu Monsieur votre père; mais il m'a mis de l'embarras avec cette garçon ; parce que les miens ils sont tous malades de la poste, et puis ils savent pas la langage de cette pays, et je puis pas expliquer à cette Pierre, qu'il n'entend pas.
Monsieur Dubreuil Fils
Cette Pierre ?
Lapierre
Oui, c'est moi, Lapierre ; qu'il veut dire;
Monsieur Trotberg
Est-ce qu'il n'est pas français Lapierre ?
Monsieur Dubreuil Fils
Pardonnez-moi.
Monsieur Trotberg
Il ne sait donc pas les mots de son pays !
Monsieur Dubreuil Fils
Comment ?
Lapierre
Monsieur, il me dit le, quoi, quand, l'heure ; je ne sais pas si c'est allemand ou français.
Monsieur Trotberg
Vous voyez bien qu'il dit lui-même.
Monsieur Dubreuil Fils
Je n'entends pas non plus. Mais si vous voulez quelque chose, dites-moi, et vous l'aurez.
Monsieur Trotberg
Eh bien, je veux le.
Monsieur Dubreuil Fils
Le quoi ?
Monsieur Trotberg
Eh, il dit aussi lui Lapierre, quoi, pour lois que je dis, le.
Monsieur Dubreuil Fils
C'est singulier cela. Dites-moi en allemand ce que vous voulez.
Monsieur Trotberg
Non, j'ai juré de parler toujours Français dans cette pays. Et Monsieur votre père il m'a dit de dire, le.
Monsieur Dubreuil Fils
Le quoi ?
Monsieur Trotberg
Non, ce n'est pas quoi, c'est le.
Monsieur Dubreuil Fils
Lapierre, dis à mon père que je le prie de monter.
Monsieur Trotberg
Monsieur votre père, il est quand et l'heure, à ce qu'il dit.
Monsieur Dubreuil Fils
Quand et l'heure ?
Lapierre
Oui. Je ne sais pas ce qu'il veut dire.
Monsieur Trotberg
Ni moi non plus, je croyais savoir mieux le Français, il m'a pourtant dit de dire comme cela, Monsieur Dubreuil.
Monsieur Dubreuil Fils
Le voilà, nous allons savoir ce que cela veut dire.
Monsieur Trotberg
Vous verrez que j'ai dit raisonnablement.
Scène 10
Monsieur Dubreuil, Monsieur Trotberg, Monsieur Dubreuil Fils, Lapierre
Monsieur Dubreuil
Monsieur, je vous demande bien pardon ; mais j'ai été obligé de sortir...
Monsieur Trotberg
Oui, je sais quand, vous voyez bien.
Monsieur Dubreuil
Oui, mais ne vous a-t-il rien manqué ?
Monsieur Dubreuil Fils
Voilà l'embarras, Monsieur Trotberg a demandé tout plein de choses, que Lapierre n'a pu lui donner.
Monsieur Dubreuil
Parce que je n'ai pu rien comprendre.
Monsieur Dubreuil Fils
Ni moi non plus.
Monsieur Trotberg
Et cependant, Monsieur, vous m'avez dit de dire le, et je demande le, il veut me donner quoi. Et puis je voulais parler à vous, il m'a dit quand, et l'heure ; c'est un tiable d'homme, qui me serait être un fou, cette Lapierre.
Monsieur Dubreuil
Je suis aussi embarrassé que vous.
Il prend ses tablettes.
Monsieur Trotberg
Mais, Monsieur, je puis bien vous dire ; j'ai écrit ici. Ne m'avez-vous pas dit si vous voulez envoyer quelque part, dites, où.
Monsieur Dubreuil
Oui.
Monsieur Trotberg
J'ai dit où, aussi, il ne voulait pas entendre ; mais après il a envoyé.
Monsieur Dubreuil
Lapierre, as-tu envoyé ?
Lapierre
Oui, Monsieur, c'était une lettre, et l'adresse était dessus.
Monsieur Dubreuil
C'est bon.
Monsieur Trotberg
Oui, mais j'ai eu un grand peine.
Lapierre
Il disait toujours, où, où, où. Je ne savais pas ce qu'il voulait dire.
Monsieur Trotberg
Mais j'ai dit bien, n'est-ce pas Monsieur Dubreuil ?
Monsieur Dubreuil
Je crois que oui.
Monsieur Trotberg
Après j'ai veux boire, je dis le, il veut me donner quoi. Moi, je veux pas quoi je veux le.
Monsieur Dubreuil
Le ?
Monsieur Trotberg
Oui. Je puis pas expliquer, je demander à parler à vous, il dit que vous êtes quand et l'heure. Je puis pas entendre.
Monsieur Dubreuil
Ma foi ni moi non plus.
Monsieur Trotberg
J'ai pourtant dit comme vous m'aviez dit de dire.
Monsieur Dubreuil
Moi ?
Monsieur Dubreuil Fils
C'est-il vrai, mon père ?
Monsieur Dubreuil
Je n'ai pas dit cela.
Monsieur Trotberg
Vous n'avez pas dit, Monsieur, j'ai pourtant écrit sur mon tablette.
Monsieur Dubreuil Fils
Eh bien, lisez-nous ce qu'il y a.
Monsieur Trotberg
Quand vous voulez envoyer quelque part, dites où. J'ai dit où.
Monsieur Dubreuil
Où ; mais il faut dire où il faut aller.
Monsieur Trotberg
Où il faut aller ? Ah tiable, je savais pas. Je écrirai après. Je lis encore. Si vous voulez boire, dites-le. Je dis le, il dit quoi, je veux pas quoi moi, je veux le.
Monsieur Dubreuil
Cela veut dire, si vous voulez boire, dites-le, dites que vous voulez boire.
Monsieur Trotberg
Ah, je comprends. Après j'ai écrit, si vous voulez manger, dites quoi.
Monsieur Dubreuil
Quoi, c'est ce que vous voulez manger.
Monsieur Trotberg
C'est cela sûrement.
Monsieur Dubreuil Fils
Sans doute.
Il lit.
Monsieur Trotberg
Je pensais pas. Si vous voulez sortir, dites quand.
Monsieur Dubreuil
Quand vous voudrez sortir.
Il lit.
Monsieur Trotberg
Ah, je croyais que quand, vouloir dire sortir, je entend présentement. Et puis... Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.
Monsieur Dubreuil Fils
C'est l'heure que vous voulez vous coucher.
Monsieur Trotberg
Coucher, ou vous lever ; voilà pourquoi je comprenais pas. C'est mon faute de n'être pas plus savant du langue français.
Monsieur Dubreuil
Ce n'est rien que cela.
Monsieur Trotberg
Ah, je demande pardon, je dirai le chose dont je veux à présent.
Monsieur Dubreuil
Venez, venez souper, vous devez en avoir besoin.
Monsieur Trotberg
Je ferai avec plaisir, je suis embarrassé avec vous de mon colère.
Monsieur Dubreuil Fils
En buvant tout cela se passera.
Monsieur Dubreuil
Allons, allons, venez.
Explication du proverbe : L'entente est au diseur.
Monsieur Trotberg
Je marche avec vous, Messieurs.