Proverbe · 1822

La robe de chambre

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 18 min
Distribution
2 femmes, 2 hommes
Répliques
208
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Lerond H 93 ≈ 9 min 6
Dame Françoise F 33 ≈ 4 min 3
Monsieur de Saint-Maur H 38 ≈ 2 min 3
Mademoiselle de l'Épine F 34 ≈ 2 min 4
Mademoiselle De L'éρινε N 8 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Robe de Chambre
Monsieur Lerond
Dame Françoise absentabsentabsent
Monsieur de Saint-Maur absentabsentabsent
Mademoiselle de l'Épine absentabsent
Mademoiselle De L'éρινε absentabsentabsentabsentabsent
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La Robe de Chambre

Scène 1

Monsieur de Saint-Maur, Monsieur Lerond

Monsieur de Saint-Maur

Voilà le salon, apparemment?

Monsieur Lerond

Oui ; n'est-il pas bien ?

Monsieur de Saint-Maur

Fort bien, fort bien.

Monsieur Lerond

J'ai là ma chambre à coucher de plain-pied au jardin, un cabinet, et tout ce qu'il me faut. Cela est un peu petit: mais je me tiens ici toute la journée ; et à la campagne...

Monsieur de Saint-Maur

Votre maison est fort jolie, je vous assure.

Monsieur Lerond

Nous avons dans ce village une assez bonne compagnie, et j'y passe six mois de l'année. J'ai sept petits appartements à donner, qui ne sont pas mal ; voulez-vous les voir ?

Monsieur de Saint-Maur

Non, je n'ai pas le temps.

Monsieur Lerond

Pour un homme veuf il n'en faut pas davantage ; n'est-ce pas ?

Monsieur de Saint-Maur

Il y a bien des gens qui voudraient en avoir la moitié.

Monsieur Lerond

Vous devriez venir passer comme cela quelque temps avec moi, et amener Mademoiselle votre nièce.

Monsieur de Saint-Maur

C'est ce que je viens vous proposer.

Monsieur Lerond

Tout de bon ? Voilà qui est agir en ami. Et quand viendrez vous ?

Monsieur de Saint-Maur

Aujourd'hui.

Monsieur Lerond

Vous badinez ?

Monsieur de Saint-Maur

Non, vraiment ; nous sommes venus dîner chez Madame de Larue ; j'y ai laissé ma nièce, pour venir vous faire cette proposition.

Monsieur Lerond

Il fallait venir dîner ici tout de suite.

Monsieur de Saint-Maur

Je ne voulais pas venir m'établir comme cela de but en blanc tout d'un coup, sans vous prévenir.

Monsieur Lerond

Voilà une jolie manière, pour un ami de vingt-cinq ans, car il y a vingt-cinq ans que nous étions ensemble chez le procureur.

Monsieur de Saint-Maur

Il y en a vingt-huit, mon ami.

Monsieur Lerond

Tant que cela ?

Monsieur de Saint-Maur

Oui, vraiment.

Monsieur Lerond

Écoutez donc, je crois que vous avez raison ; car je me suis marié neuf ans après : j'ai gardé ma femme onze ans, et il y a huit ans qu'elle est morte : ceci est vrai. Comme le temps passe !

Monsieur de Saint-Maur

Qu'est-ce que cela fait, pourvu qu'on se porte bien ?

Monsieur Lerond

Comme vous dites ; voilà le principal. Ah çà, je m'en vais prendre ma canne et mon chapeau, pour aller chercher Mademoiselle de l Épine.

Monsieur de Saint-Maur

Voilà une belle cérémonie ! Elle joue au whist ; je vous l'amènerai : faites vos affaires.

Monsieur Lerond

Vous ne voulez pas ?

Monsieur de Saint-Maur

Non, non.

Monsieur Lerond

Mais c'est que cela serait plus honnête.

Monsieur de Saint-Maur

Voulez-vous faire des façons avec nous ?

Monsieur Lerond

Vous savez bien que je n'en fais jamais.

Monsieur de Saint-Maur

Tenez-vous donc tranquille.

Monsieur Lerond

Allons, puisque vous le voulez, je resterai pour donner des ordres à dame Françoise, afin que votre nièce soit bien.

Monsieur de Saint-Maur

Elle le sera toujours, dès qu'elle sera chez vous. Je vais la chercher.

Monsieur Lerond

Allez, allez, je vous attends.

Monsieur de Saint-Maur

Bonjour, mon ami.

Il appelle.

Monsieur Lerond

Vous me faites réellement plaisir. Adieu. Dame Françoise, Dame Françoise !

Scène 2

Dame Françoise, Monsieur Lerond

Dame Françoise

Eh bien, me voilà, me voilà ; il ne faut pas crier si fort.

Monsieur Lerond

Je ne vous savais pas si près.

Dame Françoise

Oh ! Vous croyez toujours qu'on ne pense pas à vous. Allons, voulez-vous mettre votre robe de chambre à présent?

Monsieur Lerond

Non, pas encore : mettez-la sur cette chaise.

Dame Françoise

Pourquoi cela donc ?

Monsieur Lerond

Parce que.... Où est Saint-Louis ?

Dame Françoise

Vous savez bien que vous l'avez envoyé à Paris.

Monsieur Lerond

Ah ! C'est vrai.

Dame Françoise

Pourquoi ne mettez-vous pas votre robe de chambre aujourd'hui, vous qui aimez tant à être à votre aise ?

Monsieur Lerond

Parce qu'il va me venir du monde.

Dame Françoise

Du monde, du monde ! Cela ne vous coûte rien à vous de prier les gens. C'est donc pour souper ? Je n'ai rien.

Monsieur Lerond

Il faudra bien que vous trouviez quelque chose ; car ce n'est pas pour un jour. Cette vitre est-elle raccommodée dans la chambre jaune ?

Dame Françoise

Eh, mon dieu, non.

Monsieur Lerond

Il faut aller chercher le vitrier.

Dame Françoise

Saint-Louis ira quand il sera revenu. Qui est-ce qui vient donc loger ici ?

Monsieur Lerond

Monsieur de Saint-Maur, etc....

Dame Françoise

Ah ! Monsieur de Saint-Maur, à la bonne heure.

Monsieur Lerond

Et sa nièce.

Dame Françoise

Mademoiselle de l Épine ?

Monsieur Lerond

Oui.

Dame Françoise

Qu'est-ce que vous voulez faire de cela ? C'est une pie-grièche plus droite, plus dédaigneuse, plus glorieuse, plus sèche !

Monsieur Lerond

Voilà comme vous êtes ; vous dites toujours du mal des gens que vous n'aimez pas. Qu'est-ce qu'elle vous a fait?

Dame Françoise

À moi? Oh rien, je ne lui ai jamais parlé, et je ne lui parlerai jamais.

Monsieur Lerond

Vous voilà toujours avec vos préventions.

Dame Françoise

Mes préventions ? Et si c'était une demoiselle comme une autre, est-ce qu'elle serait venue à trente ans sans être mariée ? Moi, j'ai été mariée à dix-neuf; mais aussi, c'est que je ne faisais pas la sucrée comme elle.

Monsieur Lerond

Allons, ne dites pas de ces choses-là.

Dame Françoise

Oh ! Je n'aurai que faire de le dire, vous le verrez bien. Il semble qu'elle ne veuille pas des hommes, et elle croit qu'ils sont tous amoureux d'elle ; mais je n'en dis rien, ce n'est pas là mon affaire.

Monsieur Lerond

Et qui est-ce qui vous a fait ces contes-là ?

Dame Françoise

Des contes ? Ah pardi ! Demandez à Saint-Louis ; il vous dira si ce sont des contes.

Monsieur Lerond

Saint-Louis ?

Dame Françoise

Oui, il a servi Monsieur de Saint-Maur.

Monsieur Lerond

Je le sais bien.

Dame Françoise

Il n'est sorti de chez lui qu'à cause de cette belle demoiselle-là.

Monsieur Lerond

Vous le croyez ?

Dame Françoise

Eh pardi ! Demandez-le à lui-même ; il vous dira qu'un jour elle s'est plainte à Monsieur de Saint-Maur que Saint-Louis était amoureux d'elle, parce qu'il la regardait quand elle lui parlait. Monsieur de Saint-Maur a eu beau lui dire qu'elle se trompait, parce que le pauvre garçon est louche, comme vous savez ; elle n'en a voulu rien croire.

Monsieur Lerond

Allons, allons.

Dame Françoise

Et elle l'a fait sortir.

Monsieur Lerond

Arrangez toujours la chambre jaune et la chambre rouge pour eux.

Dame Françoise

Oh, Saint-Louis les arrangera quand il sera revenu : il faut que je songe à mon souper, moi.

Monsieur Lerond

Allez-vous en donc ; car je crois que je les entends.

Elle sort.

Dame Françoise

Ah ! Je ne veux pas la voir tant seulement.

Monsieur Lerond

Les domestiques sont de drôles de gens ! Ils voient tout le monde avec envie, les pauvres malheureux !

Scène 3

Monsieur de Saint-Maur, Monsieur Lerond, Mademoiselle de l'Épine

Monsieur de Saint-Maur

Est-il là, Monsieur Lerond ?

Monsieur Lerond

Oui, oui, entrez ici.

Monsieur de Saint-Maur

Tenez, mon ami, voilà mademoiselle de l'Épine, ma nièce, qui est charmée que vous vouliez bien la recevoir.

Mademoiselle de l'Épine

Monsieur, c'est bien de l'honneur pour moi....

Il veut l'embrasser.

Monsieur Lerond

Vous vous moquez, mademoiselle ; vous êtes la nièce de mon ami, et quand vous ne la seriez pas, une personne de votre mérite est toujours sûre de faire grand plaisir. Je vous ai vue bien petite, mademoiselle. Permettez-vous ?

Mademoiselle de l'Épine

Quoi, monsieur.

Monsieur de Saint-Maur

Elle est un peu scrupuleuse. Allons, allons, embrassez mon ami Lerond.

Mademoiselle de l'Épine

Mais...

Il l'embrasse.

Monsieur Lerond

Il faut bien faire connaissance.

Mademoiselle de l'Épine

Mais en vérité, monsieur....

Monsieur de Saint-Maur

Qu'est- ce que vous avez donc, ma nièce ?

Mademoiselle de l'Épine

C'est que monsieur m'a jeté du tabac dans l'oeil.

Monsieur Lerond

Bon ! Je n'ai baisé que son oreille.

Monsieur de Saint-Maur

Cela ne sera rien.

Monsieur Lerond

Il faut bien se faire à tout. Quand nous nous connaîtrons davantage, vous verrez que moi, je suis sans façons.

Mademoiselle de l'Épine

Monsieur, il y a des choses que la pudeur ne permet pas.

Monsieur Lerond

Quand on n'y entend pas de mal, je crois qu'on ne doit pas se formaliser..

Monsieur de Saint-Maur

Non, non, c'est qu'elle ne sait pas comme vous êtes.

Monsieur Lerond

Mademoiselle verra que je ne vais point par quatre chemins, moi : à quoi cela sert-il ? J'aime la franchise.

Monsieur de Saint-Maur

Il a raison.

Monsieur Lerond

Je ne vous montre pas encore votre chambre, parce qu'elle n'est pas arrangée ; mais j'espère que vous en serez contente.

Mademoiselle de l'Épine

Monsieur, tout ceci me paraît très propre ; c'est la première chose que l'on doit désirer, et quand on la trouve, on est toujours bien.

Monsieur Lerond

Écoutez donc, il y a encore une chose, c'est que les lits soient bons, et pour en être sûr, j'ai commencé par coucher dans tous mes lits pour les essayer.

Mademoiselle de l'Épine

Quoi, dans celui où je coucherai ?

Monsieur Lerond

Oui, Mademoiselle, et c'est le meilleur de la maison.

Mademoiselle de l'Épine

Mais, Monsieur, quand on destine un logement à des femmes, il ne faudrait pas que des hommes y logeassent jamais.

Monsieur Lerond

Bon ! Et qu'est-ce que cela fait ?

Monsieur de Saint-Maur

Laissez la dire. Je m'en vais retourner chez Madame de Larue, à qui j'ai oublié de parler de quelque chose.

Monsieur Lerond

Allez, allez, nous nous promènerons après dans mon jardin ; je vous ferai voir tous les fruits que j'aurai cette année.

Monsieur de Saint-Maur

Je reviens tout de suite.

Scène 4

Monsieur Lerond, Mademoiselle de l'Épine, Mademoiselle De L'éρινε

Monsieur Lerond

Eh bien, Mademoiselle, vous ne vous asseyez pas ?

Mademoiselle de l'Épine

Pardonnez-moi.

Monsieur Lerond

Où voulez-vous donc vous asseoir ? Mettez-vous sur le canapé.

Mademoiselle de l'Épine

Effectivement, vis-à-vis d'un homme, cela serait décent !

Il veut la faire asseoir sur un canapé.

Monsieur Lerond

Pourquoi pas ?

Mademoiselle de l'Épine

Mais finissez donc, Monsieur ; en vérité, ces manières-là ne me conviennent point du tout.

Il la fait asseoir.

Monsieur Lerond

Allons, allons, que de façons ! N'êtes-vous pas mieux là que sur un fauteuil ? Je veux chez moi que l'on soit à son aise.

Mademoiselle de l'Épine

Mais c'est que s'il venait quelqu'un, en vérité...

Monsieur Lerond

Eh bien, voyez le grand malheur ! Mais il ne viendra personne. Oh ! Quand j'ai des femmes chez moi, il faut qu'elles fassent tout ce que je veux déjà.

Mademoiselle de l'Épine

Tout ce que vous voulez ?

Monsieur Lerond

Oui, je veux qu'elles y soient bien, qu'elles ne se gênent pas.

Mademoiselle de l'Épine

Cependant il y a des choses qui ne sont pas honnêtes.

Monsieur Lerond

Bon, pas honnêtes ! Je ne me gêne pas non plus, moi.

Monsieur Lerond veut s'asseoir sur le canapé.

Mademoiselle de l'Épine

J'espère pourtant... Que voulez-vous donc faire ?

Monsieur Lerond

M'asseoir à côté de vous.

Mademoiselle De L'éρινε

Non pas, s'il vous plaît, ou je vais m'en aller...

Il lui prend la main.

Monsieur Lerond

Allons donc, vous faites l'enfant. Écoutez-moi, j'ai une grâce à vous demander.

Mademoiselle de l'Épine

Lâchez ma main.

Monsieur Lerond

Quand vous m'aurez promis....

Elle retire sa main.

Mademoiselle de l'Épine

Je ne vous promets rien.

Monsieur Lerond

Mais un petit moment.

Mademoiselle de l'Épine

Ôtez-vous de là ; je vous écouterai après.

Monsieur Lerond

Bon ! Tenez, voilà ce que je veux vous dire. Du vivant de la défunte, elle s'asseyait toujours où vous êtes, toutes les après-dînées ; je l'aimais beaucoup ; je ne me suis jamais gêné avec elle ; je vous demande la même chose.

Mademoiselle De L'éρινε

Quoi donc ?

Monsieur Lerond

Que vous m'accordiez les libertés du mariage.

Elle veut se lever.

Mademoiselle de l'Épine

Mais, Monsieur, y pensez-vous ? Où mon oncle m'a-t-il amenée !

Monsieur Lerond

Un moment donc ; quand vous me connaîtrez, vous ne vous fâcherez plus comme cela.

Mademoiselle De L'éρινε

Je me fâcherai toujours.

Monsieur Lerond

En vérité, je vous croyais plus raisonnable.

Mademoiselle De L'éρινε

Monsieur, vous ne savez pas à qui vous avez affaire.

Monsieur Lerond

Mais écoutez-moi ; votre vertu s'effarouche là de rien.

Mademoiselle de l'Épine

Comment de rien ?

Monsieur Lerond

Oui, j'ai eu bien des femmes ici, et elles ne m'ont jamais refusé ce que je vous demande.

Mademoiselle de l'Épine

Il faut savoir quelles femmes c'étaient.

Monsieur Lerond

De fort honnêtes femmes, très gaies, et qui n'y regardaient pas de si près.

Mademoiselle de l'Épine

C'étaient des femmes qui aimaient les hommes, apparemment.

Monsieur Lerond

Sûrement ; pourquoi pas ? À propos, on dit que vous vous piquez de les haïr ?

Mademoiselle De L'éρινε

Mais quand ils seront faits comme vous, je crois que j'aurai raison.

Monsieur Lerond

Ah ! Mademoiselle, cela n'est pas honnête ce que vous dites là ; mais je veux que vous m'aimiez.

Mademoiselle De L'éρινε

Cela sera bien difficile.

Monsieur Lerond

Nous allons passer un peu de temps ensemble ; si ce n'était que pour deux ou trois jours, je ne vous presserais pas de m'accorder ce que je vous demande, et je me contraindrais ; mais j'espère que nous ferons une connaissance si intime, qu'à la fin vous ne me refuserez pas toujours.

Mademoiselle De L'éρινε

Je vous réponds, Monsieur, que je ne resterai pas ici davantage, ou du moins seule avec vous.

Monsieur Lerond

Où irez-vous ? Dans votre chambre ? Quand on est chez ses amis, il faut bien vivre avec eux.

Mademoiselle de l'Épine

Oui, avec ses amis, mais décemment du moins.

Monsieur Lerond

Mais c'est-il plus décent avec un oncle qu'avec un autre ?

Mademoiselle De L'éρινε

Comment ! Avec un oncle ?

Monsieur Lerond

Sans doute ; et je parie que Saint-Maur ne se gêne pas.

Mademoiselle de l'Épine

Vous avez là une jolie idée de lui et de moi !

Monsieur Lerond

Mais tous les oncles sont de même avec leurs nièces, je crois.

Mademoiselle de l'Épine

Monsieur, quand on respecte les femmes, on n'a seulement pas cette pensée..

Monsieur Lerond

C'est parce que je vous respecte, que je vous ai demandé cette permission-là sérieusement : car avec les autres, quand je leur disais : Mesdames, vous me permettez les libertés du mariage, elles riaient comme des folles, et il n'y avait pas plus de difficultés que cela. Je vous dis, si vous voulez, cela sera bientôt fait.

Scène 5

Monsieur Lerond, Dame Françoise, Mademoiselle de l'Épine

Monsieur Lerond

Qu'est-ce qu'il y a, dame Françoise ?

Dame Françoise

Monsieur, c'est le vitrier qui a passé par ici ; je l'ai appelé, et il a fini.

Monsieur Lerond

C'est bon ; on lui paiera cela avec le reste.

Dame Françoise

Mais, monsieur, est-ce que vous restez comme cela aujourd'hui ?

Monsieur Lerond

Oui, j'ai demandé la permission à Mademoiselle, et elle ne veut pas.

Dame Françoise

Je vous l'avais bien dit.

Mademoiselle de l'Épine

Qu'est-ce que vous voulez dire, ma bonne ?

Dame Françoise

Je dis, Mademoiselle, que si j'étais de monsieur, je me moquerais de votre permission, et j'irais mon train.

Mademoiselle de l'Épine

Vous lui donnez là de jolis conseils !

Dame Françoise

Mon dieu, mademoiselle, il ne faut pas tant faire la renchérie, j'aime mon maître, et je sais bien ce qu'il lui faut ; mais il l'a voulu ; je l'ai averti de tout ce qui arriverait.

Mademoiselle de l'Épine

Je suis bien aise du moins que vous me connaissiez.

Dame Françoise

Pour moi, je ne m'en soucie point du tout.

Elle se lève.

Mademoiselle de l'Épine

Vous êtes une impertinente.

Scène 6

Monsieur de Saint-Maur, Mademoiselle de l'Épine, Monsieur Lerond, Dame Françoise, Mademoiselle De L'épινε

Monsieur de Saint-Maur

Eh bien, ma nièce, qu'est-ce que c'est que cette colère ? Qu'avez-vous donc ?

Mademoiselle de l'Épine

Mon oncle, je veux sortir tout à l heure de cette maison-ci.

Monsieur de Saint-Maur

Mon ami, qu'est-ce que cela veut dire ?

Monsieur Lerond

Moi, je n'y comprends rien.

Dame Françoise

Allons, vous êtes trop bon, vous. Je m'en vais vous expliquer cela, monsieur de Saint-Maur.

Mademoiselle de l'Épine

Monsieur prétend que vous prenez avec moi des libertés....

Monsieur de Saint-Maur

Moi ?

Dame Françoise

Oui ; eh bien, où serait le mal avec sa nièce ? Il aurait raison ; et si j'avais un oncle, je ne voudrais pas qu'il se gênât avec moi.

Monsieur de Saint-Maur

Expliquez-moi donc....

Dame Françoise

Tenez, Monsieur de Saint-Maur, monsieur se met toujours en robe de chambre quand il est chez lui ; voilà la sienne que j'ai apportée tantôt ; il n'a pas voulu la mettre, parce qu'il m'a dit qu'il lui venait du monde : moi je sais que cela le gêne.

Monsieur de Saint-Maur

Eh bien ?

Monsieur Lerond

Eh bien, voilà tout ; elle dit vrai.

Mademoiselle de l'Épine

Non, ce n'est pas cela.

Monsieur Lerond

Pardonnez-moi, Mademoiselle ; je vous ai demandé les libertés du mariage.

Monsieur de Saint-Maur

Les libertés du mariage?

Monsieur Lerond

Oui.

Mademoiselle De L'épινε

Vous voyez bien qu'il en convient.

Monsieur Lerond

Parbleu, sans doute.

Monsieur de Saint-Maur

Qu'est-ce que vous vouliez dire ?

Monsieur Lerond

Eh ! Qu'elle me permît de me mettre à mon aise, en robe de chambre. Il me semble que cela se dit comme cela.

Monsieur de Saint-Maur

Pas toujours.

Monsieur Lerond

Pour moi, c'est ma manière.

Mademoiselle de l'Épine

Quoi, c'était là ce que vous vouliez dire ?

Monsieur Lerond

Oui, Mademoiselle ; qu'est- ce que vous aviez donc entendu ?

Mademoiselle De L'épινε

Rien, Monsieur.

Dame Françoise

On ne se fâche pas pour rien.

Monsieur Lerond

Dites donc ce que vous aviez entendu.

Monsieur de Saint-Maur

Allons, allons voir votre jardin.

Monsieur Lerond

Je le veux bien, si cela convient à Mademoiselle.

Dame Françoise

Oui ; mais mettez toujours votre robe de chambre, et moquez-vous du qu'en dira-t-on.

Monsieur Lerond

Non, je ne veux pas.

Il sort avec Mademoiselle de l'Épine.

Monsieur de Saint-Maur

Allons, ne faites point de façons.

Monsieur Lerond

Puisque vous le voulez...

Dame Françoise

Vous voyez bien que j'avais raison de vous dire que c'était une pie-grièche : nous avions bien affaire de l'avoir ici ! Mais vous n'en faites jamais qu'à votre tête, malgré tout ce que je vous dis.

Monsieur de Saint-Maur

Eh bien, venez-vous ?

Ils sortent.

Monsieur Lerond

Oui, oui, me voilà.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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