Proverbe · 1822

La sonnette

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 15 min
Distribution
1 femme, 4 hommes
Répliques
191
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame Victorin F 25 ≈ 4 min 1
Monsieur Victorin H 38 ≈ 4 min 2
Monsieur de Saint-Vignard H 50 ≈ 3 min 4
Monsieur de Laviroux H 41 ≈ 2 min 4
Le Chevalier du Parc H 35 ≈ 2 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Sonnette
Madame Victorin absentabsentabsentabsent
Monsieur Victorin absentabsentabsent
Monsieur de Saint-Vignard absent
Monsieur de Laviroux absent
Le Chevalier du Parc absentabsent
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La Sonnette

Scène 1

Monsieur Victorin, Madame Victorin

Monsieur Victorin

Quelle fantaisie de vouloir vous promener à l'heure qu'il est ! Il ne fait point chaud du tout : en vérité, les femmes sont bien extraordinaires !

Madame Victorin

Et les maris ne sont guère complaisants. Cependant vous dites que vous m'aimez.

Monsieur Victorin

Sûrement je vous aime.

Madame Victorin

Vous allez peut-être croire que je ne vous aime pas, moi ?

Monsieur Victorin

Je ne dis pas cela.

Madame Victorin

Pourquoi donc me trouver ridicule ?

Monsieur Victorin

Eh bien, je vous demande pardon.

Madame Victorin

Vous ne m'auriez pas dit cela avant d'être mon mari. Convenez qu'il y a deux ans....

Monsieur Victorin

Je vous dis que j'ai tort.

Madame Victorin

Hélas, pourquoi ne peut-on pas rester amants après le mariage !

Monsieur Victorin

Croyez-vous que je ne le suis pas ?

Madame Victorin

Mais pourquoi ce ton brusque, indifférent et froid, que vous avez tous ? Est-ce qu'il y a une espèce de honte à traiter aussi bien sa femme que celle d'un autre ?

Monsieur Victorin

Vous traitai-je moins bien pour cela ?

Madame Victorin

Je ne vous reproche que le ton : pourquoi faut-il avoir toujours l'air excédé de ce que l'on aime, prendre un ton ironique, qui en vérité ne saurait plaire ?

Monsieur Victorin

Le préjugé peut en être cause ; et les exemples des nouveaux mariés, qui dans les premiers moments sont bien ennuyeux, font craindre sans doute de leur ressembler.

Madame Victorin

Toutes ces raisons sont peu satisfaisantes. Quant à la promenade que vous croyez que je veux vous faire faire, vous vous trompez.

Monsieur Victorin

Pourquoi donc sortir ?

Madame Victorin

Nous n'irons pas plus loin.

Monsieur Victorin

Vous conviendrez que vous avez des idées bien extraordinaires , et qu'il n'est pas étonnant que....

Madame Victorin

Point du tout.

Monsieur Victorin

Point du tout est fort bon. Et le chien de basse- cour, que vous avez emprunté à votre frère, par exemple, pour une nuit, qu'en voulez-vous faire ?

Madame Victorin

C'est ce que je veux vous expliquer.

Monsieur Victorin

Et il faut que ce soit ici ?

Monsieur Victorin

Oui.

Monsieur Victorin

À la bonne heure; puisque vous le voulez, il faut bien que cela soit.

Madame Victorin

Écoutez-moi.

Monsieur Victorin

Voyons.

Madame Victorin

Vous connaissez le ton avantageux du chevalier du Parc ? C'est un de ces enfants gâtés de Paris....

Monsieur Victorin

A peu près, qui ne servent que pour pouvoir porter une plume à leur chapeau.

Madame Victorin

Vous savez que plusieurs officiers du même régiment m'ont rendu des soins assez publiquement et inutilement. Ils en sont convaincus ; ils l'ont même dit au Chevalier du Parc. Le Chevalier du Parc venait d'arriver ; il ne les entretenait que des femmes de Paris, des rigueurs qu'elles avaient essuyées de sa part, parce qu'il ne pouvait pas y suffire. Lorsqu'il m'aperçut à l'assemblée, il se récria, fit l'étonné de trouver en province quelqu'un d'aussi bien. Il le dit à tout le monde, et se fit détester des autres femmes.

Monsieur Victorin

C'est débuter à merveilles.

Madame Victorin

On lui dit que je vengerais les femmes de Paris de ses rigueurs.

Monsieur Victorin

Vous ?

Madame Victorin

Oui : il répondit que sûrement je ne lui résisterais pas, et il eut l'impertinence de le parier le même soir avec ses camarades, en soupant à l'auberge. Cela me revint.

Monsieur Victorin

Il commence à faire froid : vous me conterez cela tout aussi bien dans la maison.

Madame Victorin

Un moment ; vous allez savoir pourquoi je vous ai amené ici. Le chevalier du Parc entreprit de gagner son pari ; je le reçus très bien ; il me donna de mauvais vers, de plates chansons ; je trouvai tout cela charmant. On me rendait compte des progrès qu'il disait avoir faits. Il eut la hardiesse de me demander un rendez-vous la nuit ; je lui répondis que j'y songerais, et hier je lui ai envoyé la clef de la porte, en lui mandant qu'il pourrait venir ce soir, de bonne heure même, parce que vous iriez à la campagne.

Monsieur Victorin

Êtes-vous folle donc ?

Madame Victorin

Non, non. Il est vrai qu'il y aura peut-être de quoi rire.

Monsieur Victorin

C'est donc pour cela que vous m'avez tant pressé aujourd'hui d'aller à Morinval ? Vous croyiez que j'y coucherais ?

Madame Victorin

Justement, c'est à cause de cela que je vous ai prié de revenir ! Voyez comme cela est conséquent ; et puis je vous dirais tout ce que je viens de vous dire, et ce que vous allez savoir !

Monsieur Victorin

Mais pourquoi lui donner la clef de la porte ? Je parie qu'il l'a déjà montrée à tous les officiers de son régiment.

Madame Victorin

Tant mieux ; c'est ce que je veux.

Monsieur Victorin

Je ne sais pas à quoi vous en voulez venir ; mais en garnison, il faut toujours qu'une femme évite les histoires où elle peut avoir part.

Madame Victorin

Je vous réponds que celle- ci ne me fera point de tort. Je lui ai recommandé surtout de ne point faire de bruit en entrant, de peur de réveiller les domestiques, que j'enverrai coucher de bonne heure.

Monsieur Victorin

Voyons comment vous sortirez de là.

Madame Victorin

Il faut que vous m'aidiez.

Monsieur Victorin

Moi ?

Madame Victorin

Oui, je n'ai voulu me confier qu'à vous.

Monsieur Victorin

Que faut-il que je fasse ?

Madame Victorin

Que vous attachiez la corde de la sonnette qui est auprès de la porte, de manière qu'on ne puisse pas l'ouvrir sans qu'elle sonne.

Monsieur Victorin

Cela est bien aisé.

Madame Victorin

Elle fera du bruit, elle éveillera le chien, qui sera lâché, et qui viendra auprès de la porte. Je ne crois pas pour lorsque le chevalier du Parc ose entrer. Il passera peut-être la nuit comme cela, et tout le monde se moquera de lui.

Ils rentrent tous les deux.

Monsieur Victorin

Vous êtes bien folle ! Allons, je m'en vais attacher la sonnette. Il était bien nécessaire d'être dans la rue pour me conter tout cela ! Je n'ai jamais vu de nuit d'été aussi froide. Allons, allons, passez.

Scène 2

Monsieur de Saint-Vignard, Monsieur de Laviroux

Monsieur de Saint-Vignard

Laviroux !

Monsieur de Laviroux

Me voilà.

Monsieur de Saint-Vignard

Il vient d'entrer quelqu'un chez Madame Victorin ; si c'était le Chevalier ?

Monsieur de Laviroux

Comment veux-tu que ce soit lui, puisque nous l'avons laissé à table ?

Monsieur de Saint-Vignard

Il pourrait avoir couru.

Monsieur de Laviroux

Et par où ? Nous l'aurions rencontré ; il n'aurait pas pris le plus long, apparemment.

Monsieur de Saint-Vignard

N'aurait-il pas pu passer à droite, au lieu de passer à gauche ?

Monsieur de Laviroux

Bon, bon ! Plaçons-nous, j'entends quelqu'un.

Monsieur de Saint-Vignard

Restes-tu là ?

Monsieur de Laviroux

Oui.

Monsieur de Saint-Vignard

Je m'en vais de l'autre côté.

Monsieur de Laviroux

Ne parle donc pas.

Monsieur de Saint-Vignard

Non, non.

Monsieur de Laviroux

Je me suis trompé ; il ne vient personne.

Monsieur de Saint-Vignard

Tu crois donc que Madame Victorin veut se moquer de du Parc ?

Monsieur de Laviroux

J'en suis persuadé.

Monsieur de Saint-Vignard

Et moi aussi ; mais ce que nous faisons ici en ce cas-là ne servira à rien pour notre pari ?

Monsieur de Laviroux

Pour le pari, non ; mais nous nous amuserons toujours à l'impatienter.

Monsieur de Saint-Vignard

Je ne saurais croire que ce soit réellement la clef de la porte qu'il nous a montrée.

Monsieur de Laviroux

Nous verrons. Allons, je crois que le voilà. Je l'entends chanter.

Monsieur de Saint-Vignard

Cela est bon.

Scène 3

Monsieur de Laviroux, Le Chevalier du Parc, Monsieur de Saint-Vignard, Messieurs De Saint-vignard Et De Laviroux

Monsieur de Laviroux

Qui va là ?

Le Chevalier du Parc

Officier.

Monsieur de Laviroux

On ne passe pas.

Le Chevalier du Parc

Pourquoi cela?

Monsieur de Laviroux

C'est la consigne.

Le Chevalier du Parc

Que diable est-ce que cela veut dire ! N'est-ce pas ici la rue de la place au Charbon ?

Monsieur de Laviroux

Oui, mon officier.

Le Chevalier du Parc

Il ne doit pas y avoir de sentinelle ici.

Monsieur de Laviroux

Pardonnez- moi, toujours.

Le Chevalier du Parc

Ah ! Je m'en vais par l'autre côté. (Il s'en va, et reparaît.)

Monsieur de Laviroux

Songe à toi.

Monsieur de Saint-Vignard

Ne t'embarrasse pas.

Le Chevalier du Parc

Je passerai sûrement par ici.

Monsieur de Saint-Vignard

Qui va là ?

Le Chevalier du Parc

Officier.

Monsieur de Saint-Vignard

Où est votre feu ?

Le Chevalier du Parc

Je n'ai point de feu.

Monsieur de Saint-Vignard

On ne passe pas.

Le Chevalier du Parc

C'est un tour qu'on me joue. Sentinelle ?

Monsieur de Saint-Vignard

Mon officier ?

Le Chevalier du Parc

De quelle compagnie êtes-vous ?

Monsieur de Saint-Vignard

De la compagnie de Laviroux.

Le Chevalier du Parc

Je veux voir un peu.

Monsieur de Saint-Vignard

Ne m'approchez pas.

Le Chevalier du Parc

Bon ! C'est Saint-Vignard. Je savais bien qu'il n'y avait pas de sentinelle ici. Qui est l'autre là-bas ?

Monsieur de Saint-Vignard

C'est Laviroux.

Le Chevalier du Parc

Vous vouliez donc me faire perdre le pari tous les deux ?

Monsieur de Saint-Vignard

Tu le perdras bien sans cela.

Le Chevalier du Parc

Laviroux ?

Monsieur de Laviroux

Eh bien ?

Le Chevalier du Parc

Allons, allez-vous en tous les deux.

Monsieur de Laviroux

Non, nous voulons voir si tu entreras dans la maison de Madame Victorin.

Le Chevalier du Parc

Je te dis que j'ai la clef.

Monsieur de Saint-Vignard

Mais on a peut-être changé la serrure.

Le Chevalier du Parc

Ne faites pas de bruit, et venez tous deux auprès de la porte : car on m'a recommandé d'entrer bien doucement, de peur d'éveiller les domestiques.

Monsieur de Laviroux

Ne crains rien.

Elle s'ouvre ; mais lorsqu'il la pousse, la sonnette sonne, et un gros chien vient en dedans contre la porte, et aboie. Ils s'éloignent bien vite tous les trois, Messieurs de Saint-Vignard et Laviroux en riant.

Le Chevalier du Parc

Tiens, vois si la porte ne s'ouvrira pas.

Messieurs De Saint-vignard Et De Laviroux

Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !

Le Chevalier du Parc

Mais voulez-vous bien ne pas faire tant de bruit ?

Messieurs De Saint-vignard Et De Laviroux

Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !

Le Chevalier du Parc

Paix donc.

Monsieur de Laviroux

Il n'y a jamais eu de sonnette à la porte de Madame Victorin.

Monsieur de Saint-Vignard

Ni de chien dans sa maison, à ce qu'il me semble.

Monsieur de Laviroux

De chien ? Mais cela me rappelle qu'hier elle demanda à son frère de lui prêter celui-là.

Monsieur de Saint-Vignard

C'était pour recevoir du Parc.

Le Chevalier du Parc

J'espère qu'ayant entendu ce bruit-là, elle aura fait attacher le chien, et qu'elle aura ôté la sonnette, pour l'empêcher d'aboyer.

Monsieur de Laviroux

Ma foi, je le crois aussi ; elle est peut-être à présent dans la crainte que tu ne reviennes pas.

Monsieur de Saint-Vignard

Je la plains bien sincèrement. Il n'y a pas deux hommes comme du Parc dans le monde ; et quand une femme a eu le bonheur de lui plaire, elle ne doit plus être malheureuse.

Le Chevalier du Parc

Messieurs, vous plaisantez.

Monsieur de Saint-Vignard

Non, vraiment.

Le Chevalier du Parc

Vous voudriez bien être à ma place.

Monsieur de Laviroux

Ah ! Pas encore.

Le Chevalier du Parc

Il me semble que je n'entends rien.

Monsieur de Saint-Vignard

Non : allons.

Le Chevalier du Parc

Que diable ! Restez là.

Monsieur de Saint-Vignard

Ah ! Comme tu voudras.

Monsieur de Laviroux

Oui, mais il ne faut pas qu'il fasse semblant d'entrer, et qu'il s'en aille.

Monsieur de Saint-Vignard

Oui, oui, approchons-nous.

Le Chevalier du Parc

Ne faites donc pas de bruit.

Ils approchent tous les trois. Le chevalier du Parc ouvre, le bruit de la sonnette recommence, et le chien aboie encore plus fort. MM. de Saint-Vignard et de Laviroux rient encore en s'éloignant de la porte.

Monsieur de Laviroux

Non, non.

Le Chevalier du Parc

En vérité, je ne sais pas ce qu'il y a de si plaisant à cela.

Monsieur de Saint-Vignard

Comment, d'avoir la clef, et de ne pas entrer ?

Monsieur de Laviroux

C'est une bien bonne clef que celle-là !

Monsieur de Saint-Vignard

Il n'a pas d'attention non plus ; on lui recommande de ne pas faire de bruit, et il fait un tintamarre de tous les diables.

Monsieur de Laviroux

Ah ! Oui ; cela n'est pas honnête.

Monsieur de Saint-Vignard

Sans doute. Quand on a le bonheur d'être aimé d'une femme, il faut la ménager.

Monsieur de Laviroux

Cependant c'est sa faute à elle : que n'empêche-t-elle la sonnette ?

Monsieur de Saint-Vignard

Cela est vrai ; à sa place, j'entrerais toujours.

Monsieur de Laviroux

Oui, mais il y a le chien.

Monsieur de Saint-Vignard

Est-ce que tu craindrais le chien ?

Le Chevalier du Parc

Le chien ? Mais....

Monsieur de Laviroux

Je le connais, moi ; il est bien fort.

Le Chevalier du Parc

Mais, messieurs, si vous étiez à ma place, qu'est-ce que vous feriez ?

Monsieur de Saint-Vignard

Moi, j'entrerais sûrement.

Monsieur de Laviroux

Et moi aussi ; je n'en voudrais pas avoir le démenti.

Monsieur de Saint-Vignard

Oui; mais nous perdrons le pari, en le conseillant comme cela.

Monsieur de Laviroux

Il faudra bien tôt ou tard qu'il y renonce.

Monsieur de Saint-Vignard

Non pas, si le chien s'endort.

Le Chevalier du Parc

Messieurs, vous êtes de mauvais plaisants. Allons, laissez-moi, par grâce.

Le Chevalier du Parc va encore pour entrer ; même bruit de la sonnette et du chien.

Monsieur de Laviroux

Cela ne se peut pas, tu le sais bien.

Le Chevalier du Parc

Le diable emporte et la sonnette et le chien !

Monsieur de Saint-Vignard

Ce que je trouve d'étonnant, c'est que personne ne remue dans la maison.

Monsieur de Laviroux

Ne parle donc pas si haut. J'entends quelqu'un.

Monsieur de Saint-Vignard

On ouvre une fenêtre, je crois.

Monsieur de Laviroux

Oui ; paix, paix.

Scène 4

Monsieur Victorin, Le Chevalier du Parc, Monsieur de Saint-Vignard, Monsieur de Laviroux

Monsieur Victorin

Monsieur le chevalier du Parc ?

Le Chevalier du Parc

Réponds pour moi, Saint-Vignard.

Monsieur de Saint-Vignard

Ah, ah ! Vous n'êtes pas encore couché, monsieur le commissaire ?

Monsieur Victorin

C'est vous, monsieur de Saint-Vignard?

Monsieur de Saint-Vignard

Oui, vraiment, je passe par ici.

Monsieur Victorin

Oui ; mais vous avez avec vous Monsieur le Chevalier du Parc, n'est-ce pas ?

Monsieur de Saint-Vignard

Pourquoi me demandez-vous cela ?

Monsieur Victorin

Je ne vous le demande pas, car j'en suis sûr. Madame Victorin vient de me dire qu'il avait parié qu'il entrerait chez elle la nuit.

Monsieur de Laviroux

On se moque de toi.

Monsieur de Saint-Vignard

Paix donc.

Monsieur Victorin

Elle le prie de renoncer à ce projet, parce qu'elle a grande envie de dormir.

Le Chevalier du Parc

Dis qu'elle m'a donné la clef, pour la confondre vis-à-vis de son mari.

Monsieur de Saint-Vignard

Mais.....

Monsieur de Laviroux

Dis, dis ; nous saurons plus complètement comme elle le joue.

Monsieur de Saint-Vignard

On dit qu'il n'a pas tort, puisque Madame Victorin lui avait donné une clef pour entrer.

Monsieur Victorin

Cela est vrai, elle lui a donné une clef ; mais elle le prie d'être persuadé qu'avec cette clef on reste à la porte.

Monsieur de Laviroux

Fort bien.

Monsieur Victorin

Qu'en province, celui qui fait le plus de bruit, ne réussit pas toujours auprès des femmes ; et qu'on ne fait souvent qu'éveiller les voisins, sans alarmer personne.

Monsieur de Saint-Vignard

Cela arrive quelquefois, monsieur le commissaire.

Monsieur Victorin

Vous chargez-vous de dire tout cela à Monsieur le Chevalier du Parc ?

Monsieur de Saint-Vignard

Ne vous inquiétez pas ; il le sait déjà.

Monsieur Victorin

Ah ! Je vous entends. En ce cas-là, je vous souhaite à tous le bonsoir.

Monsieur de Saint-Vignard

Et la clef, ne la voulez-vous pas ?

Il se retire.

Monsieur Victorin

Non, non ; laissez-la dans la serrure, cela est égal.

Scène 5

Le Chevalier du Parc, Monsieur de Laviroux, Monsieur de Saint-Vignard

Le Chevalier du Parc

Tiens, la voilà ta chienne de clef.

Monsieur de Laviroux

Ah ! Tu devrais la garder pour une autre fois.

Le Chevalier du Parc

Allons, allons nous coucher.

Monsieur de Saint-Vignard

Tu conviendras bien, avant, que tu as perdu le pari ?

Monsieur de Laviroux

Et que tu as été berné en plein ?

Monsieur de Saint-Vignard

Dis que les femmes de ce pays-ci ne se connaissent pas en vrai mérite.

Monsieur de Laviroux

Où vas-tu donc ? Tu es bien pressé.

Ils s'en vont.

Monsieur de Saint-Vignard

Attends, attends-nous.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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