Proverbe · 1785

Le bon papa

de Thomas Garnier

Représentation
≈ 10 min
Distribution
3 femmes, 3 hommes
Répliques
100
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Père Thomas H 20 ≈ 3 min 4
Colette F 24 ≈ 2 min 4
Madame Monval F 10 ≈ 2 min 3
Lucette F 17 ≈ 2 min 5
Le Petit Monval H 14 ≈ 1 min 4
Bourguignon H 13 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Bon Papa
Le Père Thomas absentabsentabsentabsent
Colette absentabsentabsentabsent
Madame Monval absentabsentabsentabsentabsent
Lucette absentabsentabsent
Le Petit Monval absentabsentabsentabsent
Bourguignon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Bon Papa

Scène 1

Bourguignon, Colette, Le Petit Monval

Les enfants font au fond du Théâtre au tour d'une petite table et achèvent leur souper ; Colette est debout auprès d'eux.

Bourguignon

Bonsoir, Collette.

Colette

Comment, c'est toi ? Mais voyez cet étourdi ; si Madame allait paraître.

Bourguignon

Est-ce qu'elle n'est pas partie ?

Colette

Eh mais, vraiment, non. Elle s'y dispose pourtant, car elle est à sa toilette.

Bourguignon

Crois-tu qu'elle y soit longtemps ?

Colette

Oh ! Ce n'est pas un petit ouvrage que la toilette de Madame Monval ; cependant je crois qu'elle va sortir à l'instant. Va-t-en, qu'elle ne te rencontre pas ici, car tout serait perdu.

Bourguignon

Je venais te dire que l'on t'attend. Tout notre monde est arrivé.

Colette

Que veux-tu ? Je ne peux pas y aller qu'elle ne soit partie.

Bourguignon

Peste soit de ta maîtresse et de sa toilette. Sa bonne femme de mère n'y faisait pas tant de façons.

Colette

Oh mon Dieu ! Ne m'en parle donc pas. La pauvre femme ! Dieu veuille avoir son âme ; mais elle nous pesait sérieusement sur les épaules.

Bourguignon

Elle était donc un peu difficile ?

Colette

Bon ; n'aurait-elle pas voulu nous faire mener la vie qu'elle menait dans son village.

Bourguignon

Ah, ah, ah, ah. Et cela n'était guère dégoût de Madame Monval, n'est-ce pas ?

Le poussant dehors.

Colette

Je t'en réponds. Va-t-en donc, je crains qu'on ne nous surprenne.

Bourguignon

Et le bon papa Thomas ; qu'en faites- vous ?

Colette

Mais, nous ne serions pas fâchés qu'il lui prit envie de suivre sa chère épouse.

Bourguignon

Il est pourtant assez bon diable.

Colette

Oui, mais ce qu'il vous a des manières si gothiques, un air si villageois.

Les enfants pendant ce temps causent et rient en regardant Colette et Bourguignon.

Bourguignon

Il est vrai qu'il est bonhomme dans toute la signification du terme.

Colette

Est-ce fini ?

Le Petit Monval

Oui, ma bonne.

Colette

Allons, qu'on se lève, et qu'on dise ses grâces.

Il se lève ainsi que sa soeur.

Le Petit Monval

Oui, ma bonne.

Bourguignon

Tu sais donc ici la mère de famille.

Colette

Il le faut bien.

Bourguignon

Tu ne serais pas la première qui aurait joué ce rôle avant que d'être mariée.

On entend au bruit.

Colette

Le sou ! Sauve-toi vite, j'entends ma maîtresse.

Bourguignon

Je t'attends au moins.

Colette

Oui, oui.

Scène 2

Colette, Lucette, Le Père Thomas, Le Petit Monval

Elle s'occupe pendant cette scène à débarrasser la table.

Colette

C'est le père Thomas. La peste soit de l'homme.

Lucette

Bonjour, mon bon papa Thomas.

Il s'assied et les prend l'un après l'autre sur ses genoux.

Le Père Thomas

Bonsoir, mes enfants, bonsoir. Eh bien, comment va la joie, nous amusons-nous bien ? Montre-moi donc ta poupée, Lucette, il y a longtemps que je ne l'ai vue.

Lucette

Je ne l'ai plus, mon bon papa.

Lucette fait des signes en montrant Colette.

À Lucette.

Le Père Thomas

Tu ne l'as plus, ma bonne amie, et qui est-ce qui te l'a prise ? On vous fait donc toujours des chagrins, mes pauvres enfants. Laisse faire, va, demain je t'en achèterai une autre.

Lucette

Grand merci, mon bon papa.

Le Petit Monval

Et moi, mon bon papa, on m'a fait aussi du chagrin. Oui.

Le Père Thomas

Comment donc mon cher enfant ?

Le Petit Monval

On a jeté dans le puits ma toupie et mon arbalète.

Le Père Thomas

Oh ! cela est bien méchant.

Colette

Allons, il y a longtemps que vous avez soupé, il faut se coucher ; partons.

Le Père Thomas

Laissez-les moi ce soir, Mademoiselle Colette ; je n'ai de plaisir qu'avec ces chers enfants.

Colette

Oui, pour les gâter : non, Monsieur, je ne peux pas ; ma maîtresse m'a recommandé expressément de les envoyer coucher aussitôt après leur souper.

Le Père Thomas

Dites-lui que je vous ai priée de me les laisser.

Colette

Dieu m'en garde. J'y serais bien reçue.

Scène 3

Madame Monval, Colette, Le Père Thomas

Madame Monval

Mademoiselle Colette !

Colette

Madame ?

Madame Monval

Mon mantelet.

Colette

Le voilà, Madame.

Madame Monval

Je vous avais dit de me débarrasser de ces enfants.

Colette

Madame ; c'est monsieur Thomas qui veut les retenir.

Le Père Thomas

Je serais charmé qu'on me les laissât pour ce soir.

Madame Monval

Cela ne se peut pas, mon père. Vous ne seriez pas mal vous-même d'aller vous coucher. À votre âge, on a besoin de repos ; d'ailleurs , il viendra peut-être ici du monde, et vous n'êtes pas en état de paraître. Mademoiselle Colette, conduisez mon père dans sa chambre.

Le Père Thomas

Mais...

Madame Monval

Mademoiselle Colette, entendez- vous ce que je vous dis ?

Au père Thomas en le prenant par le bras.

Colette

Oui, madame. Allons, Monsieur.

Il sort, ainsi que Madame Monval, mais du côté opposé.

Le Père Thomas

J'irai bien seul.

Scène 4

Colette, Lucette

Colette

Lucette, vous êtes la plus âgée, vous devez être la plus raisonnable ; ayez soin d'aller vous coucher tout de suite ainsi que votre frère.

Lucette

Oui, ma bonne.

Colette

Que je ne vous voie plus jouer comme vous faites avec votre bon papa ; il vous gâte, et puis c'est tout.

Colette sort.

Lucette

Oui, ma bonne.

Scène 5

Lucette, Le Petit Monval

Lucette

Allons, Monval ; il faut aller nous coucher.

Le Petit Monval

Bon ; aller nous coucher. Et qu'est-ce que nous serons dans nos lits jusqu'à demain neuf heures.

Lucette

Dame, que veux-tu ? Si maman revenait, et si elle nous trouvait debout, nous serions fouettés jusqu'au sang.

Le Petit Monval

Oh ! Nous pouvons rester encore quelque temps ; elle ne reviendra pas de sitôt.

Lucette

Eh bien ! Qu'est-ce que nous ferons ?

Le Petit Monval

Si mon bon papa était ici, nous nous amuserions bien ; il sait tout plein de petits jeux. Va voir s'il dort, Lucette.

Lucette

Vas-y, toi.

Avec joie.

Le Petit Monval

J'entends du bruit. Ah ! C'est mon bon papa.

Scène 6

Le Père Thomas, Le Petit Monval, Lucette

Le Père Thomas

Eh bien, mes enfants, vous n'avez donc pas envie de dormir ?

Le Petit Monval

Ma si, non, mon bon papa.

Le Père Thomas

Où est donc Mademoiselle Colette ; est-ce qu'elle est sortie ?

Lucette

Chut, elle est allée avec son galant.

Le Père Thomas

Comment, petite commère, est-ce que tu sais ce que c'est qu'un galant ?

Lucette

Ah qu'oui. On croit que je ne suis qu'un enfant ; on dit devant moi bien des choses qu'on s'imagine que je n'entends pas, mais que j'entends bien, allez. Tenez, à propos de Mademoiselle Colette, maman la regarde comme une dévote, une sainte ; mais si elle savqit tout ce que lui dit le grand laquais de Monsieur le Président, et ce qu'elle y répond, elle la mettrait bien vite à la porte.

Le Père Thomas

La petite peste ! Vous voulez jouer, mes pauvres enfants, n'est-ce pas ? Je vois cela d'ici. Allons, je suis des vôtres, je m'en vais mettre au jeu pour tous ; mais je vous avertis que je ne prétends rien au gain.

Le Petit Monval

Vous êtes bien bon, mon bon papa, je vous aime de tout mon coeur.

Lucette

Et moi aussi, je vous assure.

Le Père Thomas

C'est bien, mes enfants, je vous proteste que je vous aime bien aussi. C'est à l'Oie que nous allons jouer ; ce jeu-là est innocent ; plut à Dieu que vous n'en connussiez jamais d'autres !

Elle étend le jeu d'Oie sur la table : ils se placent tous autour.

Lucette

Oh ! Mon bon papa, tout ce qui vous sait plaisir, nous en fait aussi à nous.

Le Père Thomas

Tu m'aimes donc bien, Lucette ? - Allons, vos marques.

Lucette

Si je vous aime, mon bon papa ! Oh ! Tant, tant... Cela ne se peut pas dire. - Moi, je prends mon dé.

Le Petit Monval

Et moi donc, mon bon papa, dame, c'est que je vous aime autant que ma soeur, oui.

Pendant ce temps le jeu continue.

Le Père Thomas

Les charmants enfants ! Ah ! Pères, mères qui ne vous trouvez bien que loin de votre famille, vous ne connaissez pas les vrais plaisirs ! Conservez toujours ces sentiments-là, mes enfants, aimez bien vos père et mère.

Le Petit Monval

Pour maman, je l'aime bien aussi ; mais c'est d'une autre espèce d'amitié. - Huit.

Lucette

Te voilà au puits. Reste tranquille à cette heure.

Le Petit Monval

Tant mieux. Je causerai plus à mon aise.

Le Père Thomas

Et quelle est donc cette espèce d'amitié que tu as pour ta maman Monval ?

Le Petit Monval

Dame, tenez, je ne peux pas dire cela, moi ; j'aime maman, parce qu'il faut l'aimer ; quand je la vois fâchée, je le suis aussi ; parce qu'elle me gronde et me bat plus fort qu'à l'ordinaire.

Lucette

Mon bon papa, c'est à vous à jouer.

Le Père Thomas

Cela est vrai ; c'est que j'écoute avec plaisir ton frère.

Scène 7

Madame Monval, Lucette, Alison

Madame Monval

Je n'ai pas mal fait de revenir sur mes pas. Pourquoi n'êtes-vous donc pas couchée, Mademoiselle, ainsi que votre frère ?

Lucette

Maman, nous attendions Mademoiselle Collette.

Montrant Alison.

À Alison.

Madame Monval

Mademoiselle Colette est un mauvais sujet qui ne remettra jamais les pieds dans ma maison. Voici celle qui la remplace. Vous entendez pourquoi je chasse Colette, faites-en votre profit.

Alison

Madame n'aura pas à se plaindre de moi.

Madame Monval

Tant mieux. Conduisez ces enfants dans leur chambre et ne les quittez point qu'ils ne soient au lit.

Elle sort avec les deux enfants.

Alison

Cela suffit, Madame.

Scène 8

Madame Monval, Le Père Thomas

Madame Monval

Mon père, je vous ai dit que j'attendais ce soir du monde, en conséquence je vous avais prié d'aller vous coucher.

Le Père Thomas

Vous attendez du monde ; puis-je vous faire déshonneur ?

Madame Monval

Vous prenez la chose de travers, mais cela est pardonnable à un homme de votre âge. On pourrait vous dire, sans que vous dussiez vous en fâcher, que vous n'êtes pas en état de paraître devant un certain monde, cependant on ne le fait point ; on ne s'occupe que de votre santé ?

Le Père Thomas

Ma fille, vos façons d'agir sont bien indignes ! Dieu vous en punira. L'éloignement que vous avez pour vos enfants, et celui qu'ils ne manqueront pas d'avoir pour vous, vous préparent un jour bien des peines. Dieu veuille qu'elles ne soient pas plus grandes que les miennes. Ah, ma fille ! Au village, tu pensais bien autrement.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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