Saynète · 1881

Le chantage à la clarinette

de Jules Moinaux

Représentation
≈ 4 min
Distribution
2 hommes
Répliques
15
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Févrolles H 7 ≈ 2 min 1
Le Président H 6 ≈ 1 min 1
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Le Chantage à la Clarinette

Scène 1

Le Narrateur, Le Président, Févrolles, L'Agent

Le Narrateur

Légalement, la prévention de mendicité relevée contre Févrolles ne pourrait pas aggraver ce délit de la simulation d'une infirmité ; mais, de fait, cet homme mendiait en feignant de jouer de la clarinette, ce qui est aussi une infirmité. Monsieur Prudhomme a même avancé que la culture de cet instrument rend aveugle. Cependant cette question n'ayant pas été traitée à fond par la science, il est sage de persévérer dans cette croyance vulgaire, que c'est quand on est déjà aveugle qu'on joue de la clarinette.

Le Président

Vous reconnaissez avoir mendié ?

Févrolles

Je suis très humilié de ce que vous me dites là ; moi, mendier !

Le Président

On vous à vu recevoir de l'argent de personnes assises devant des cafés du boulevard.

Févrolles

Si tous les gens qui reçoivent de l'argent étaient des mendiants, à ce compte-là, tout le monde serait mendiant. Qu'est-ce que c'est qu'un mendiant ? C'est celui qui dit : « La charité, s'il vous plaît! » Ou bien : « Ayez pitié d'un pauvre, malheureux ! ». Moi, je n'ai dit ni A ni B.

Le Président

Soit, mais on vous a arrêté ayant encore la main tendue.

Févrolles

Si on arrêtait tous les gens qui ont la main tendue, à ce compte-là, il y a ceux qui tendent la main pour voir s'il pleut, ou ceux qui font le geste de donner une poignée de main à un ami et connaissance.

À un gardien de la paix, présent à la barre des témoins.

L'agent lève la main.

Le Président

Vous feriez mieux de vous taire que de dire de pareilles choses. Levez la main !

Rires.

L'agent prête serment et déclare, qu'il a suivi le prévenu, l'a vu s'arrêter à la porte du café et recevoir de l'argent.

Févrolles

Ainsi, voilà Monsieur l'agent qui a la main tendue. Vous me, direz qu'elle est levée, mais c'est une simple différence de position, eh bien, il ne mendie pas.

Févrolles

Comme artiste musicien.

Le Président

Est-ce que vous avez une permission ?

Févrolles

Non ; mais alors qu'on me juge comme musicien sans permission et pas comme mendiant.

Rires bruyants dans l'auditoire.

L'Agent

Il n'est même pas musicien ; il avait bien une clarinette, mais voici ce qu'il faisait : il s'approchait d'un groupe de consommateurs et faisait celui qui va jouer de la clarinette ; alors tout le monde, voyant ça, criait : « Non, non, allez-vous en ! » et, comme il semblait persister, pour se débarrasser de lui, on lui donnait deux sous, et il s'en allait plus loin. Il a fait ce manège-là cinq ou six fois, et ça lui a réussi. Enfin, à une table, on ne lui dit rien, et on se met à le regarder ; mais comme quelqu'un le voyant rester, sa clarinette à la bouche lui dit : « Eh bien, jouez donc ! » il a fini par dire qu'il ne savait pas en jouer.

Le Président

Ainsi, vous voyez ; vous forciez les gens à vous faire l'aumône en les effrayant de votre clarinette, dont vous ne savez même pas jouer.

Le tribunal a condamné ce singulier artiste à deux mois de prison.

Févrolles

Je n'avais pas encore eu le temps d'apprendre, l'ayant achetée la veille 3 francs 50 à un marchand d habits ; mais je suis musicien tout de même, seulement, mon instrument, c'est l'accordéon ; j'en avais un ; voilà que le cuir s'est crevé ; je le donne à raccommoder à un rétameur ; c't imbécile croit que c'est un soufflet à musique, il y met un bout !... Je me suis tenu à quatre pour ne pas l'étrangler.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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