Proverbe · 1822

Le chien Jupiter

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 14 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
175
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur de Saint-Aurele H 57 ≈ 5 min 4
Mademoiselle de Saint-Aurele F 57 ≈ 5 min 3
Monsieur de Valbert H 39 ≈ 2 min 3
Flamand H 22 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Chien Jupiter
Monsieur de Saint-Aurele absent
Mademoiselle de Saint-Aurele absentabsent
Monsieur de Valbert absentabsent
Flamand absentabsentabsent
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Le Chien Jupiter

Scène 1

Mademoiselle de Saint-Aurele, Monsieur de Valbert

Mademoiselle de Saint-Aurele

Comprenez-vous bien ce que je vous dis ?

Monsieur de Valbert

Oh, sûrement ; je vous écoute avec attention.

Mademoiselle de Saint-Aurele

C'est que quelquefois vous êtes si distrait en écoutant....

Monsieur de Valbert

Je vous jure que je ne pense qu'à vous, que je ne parle que de vous, et que je ne suis jamais occupé d'autre chose.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Oui, quand il ne le faut pas ; et je suis sûre que ce sont vos distractions qui auront appris à mon père que nous nous aimons.

Monsieur de Valbert

Oh, je ne suis plus distrait.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous ne l'êtes plus ?

Monsieur de Valbert

Non, non, je me suis bien corrigé.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Oui, très bien. En sortant hier de la maison où nous avons soupé, vous avez fait à Madame de Berly toutes les questions que vous me faites ordinairement, et toujours en l'appelant mademoiselle.

Monsieur de Valbert

Moi ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Je vous ai entendu lui parler de son père, qui est mort il y a dix ans. Vous lui demandiez s'il sortirait aujourd'hui.

Monsieur de Valbert

Cela n'est pas possible.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Cela ne devrait pas être ; mais, avec vous, cela n'est pas étonnant. Songez donc à tout ce que vous devez faire pour déterminer madame votre mère à faire parler à mon père ; car, comme je vous le répète, je suis persuadée qu'il songe très sérieusement à me marier : et s'il s'entête une fois de quelque projet, vous pouvez compter que rien ne le fera changer de système.

Monsieur de Valbert

Vous croyez donc qu'il n'aura pas de répugnance à vous marier avec moi ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Non, à présent. Il y a huit jours cela aurait été différent ; votre procès n'était pas gagné, et votre fortune n'était pas assurée comme elle l'est actuellement...

Monsieur de Valbert

Je ne vous en aimais pas moins, et ce ne serait pas votre fortune qui me ferait changer de sentiment.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Je le crois ; mais ce n'est pas de ma fortune qu'il était question, c'était de la vôtre.

Monsieur de Valbert

Ai-je dit autre chose ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Voilà ce que j'avais de pressé à vous dire, et c'est ce qui m'a fait désirer de vous voir ce soir, avant que mon père fût rentré.

Monsieur de Valbert

Quoi ! Vous n'avez pas autre chose à me dire ? Ah, vous ne m'aimez plus !

Mademoiselle de Saint-Aurele

Mais je crois que vous êtes fou ?

Monsieur de Valbert

Oui, je le suis, d'aimer une ingrate....

Mademoiselle de Saint-Aurele

Sûrement vous plaisantez : où est l'ingratitude de vous presser de faire tout ce qu'il est possible pour déterminer mon père en votre faveur ?

Monsieur de Valbert

Ah, je vous demande pardon.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous voyez bien que j'avais raison de vous reprocher vos distractions, puisque même dans ce moment-ci vous......... Mais qu'entends-je ? Je crois que c'est mon père qui rentre déjà.

Monsieur de Valbert

Je vais m'en aller.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Et par où ? Vous le rencontreriez sûrement. Écoutez, je vais vous cacher dans ce cabinet...

Il va pour y entrer.

Monsieur de Valbert

C'est bien dit.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Attendez donc ; il ne viendra peut-être pas ici tout de suite : il se déshabille toujours de l'autre côté.

Monsieur de Valbert

Eh bien, que faut-il que je fasse ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Quand il sera endormi, vous sortirez du cabinet.

Monsieur de Valbert

Pour aller vous trouver dans votre chambre ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Non pas, s'il vous plaît ; pour vous en aller chez vous.

Monsieur de Valbert

Rien n'est plus aisé.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Oui, pour un autre ; mais pour vous......

Monsieur de Valbert

Ne craignez rien.

Mademoiselle de Saint-Aurele

S'il éteint sa lumière, vous ne trouverez jamais la porte, et vous ferez du bruit.

Il montre à droite.

Monsieur de Valbert

Oh, la porte ! Elle est à gauche.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Oui, à gauche, de ce côté là ?

Monsieur de Valbert

Qu'est-ce que cela fait, pourvu que je vous réponde de la trouver ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Mais je crains que vous ne fassiez du bruit, et que mon père ne se réveille.

Monsieur de Valbert

Eh bien, il croira que c'est son chien.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Et pourquoi voulez-vous qu'il le croie ?

Monsieur de Valbert

C'est que je le contrefais à merveille.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous ?

Monsieur de Valbert

Oui ; vous ne vous souvenez pas qu'avec mon mouchoir je contrefaisais le bruit qu'il fait quand il se gratte la teigne qu'il a à l'oreille ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

C'est de Jupiter que vous voulez parler ?

Il secoue son mouchoir.

Monsieur de Valbert

Oui ; voulez-vous que je vous montre ? Écoutez, écoutez.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Eh non, non.

Monsieur de Valbert

Vous ne voulez pas entendre ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Eh ! Jupiter est mort il y a six mois.

Monsieur de Valbert

Mais il en a un autre, c'est la même chose.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Point du tout, Sultan ne se gratte pas. En vérité, vous me faites trembler !

Monsieur de Valbert

Soyez tranquille.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Je ne saurais l'être, et si mon père vient à découvrir que vous êtes ici, cela l'irritera contre nous deux, et détruira tous nos projets.

Monsieur de Valbert

Ne craignez rien, je vous réponds de tout.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Ne sortez pas qu'il ne soit bien endormi....

Monsieur de Valbert

Oui, oui.

Monsieur de Valbert entre dans le cabinet.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Que lorsque vous l'entendrez ronfler. Je crois que le voilà qui vient. Entrez dans le cabinet.

Scène 2

Monsieur de Saint-Aurele, Flamand, Mademoiselle de Saint-Aurele

Monsieur de Saint-Aurele

Flamand, vous n'oublierez donc pas demain matin d'aller partout où je vous ai dit ?

Flamand

Non, monsieur.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Papa, vous êtes rentré de bonne heure.

Il tousse.

Monsieur de Saint-Aurele

C'est que ce soir je ne me porte pas bien ; mon asthme me tourmente.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Couchez-vous, au lieu de vous amuser à lire, comme vous faites toujours.

Monsieur de Saint-Aurele

Je me garderai bien de me coucher ce soir. Pourquoi donc ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Pourquoi donc ?

Il tousse.

Monsieur de Saint-Aurele

À cause de mon oppression, qui augmenterait encore. Je vais me mettre sur ma chaise longue.

Mademoiselle de Saint-Aurele

C'est bien cruel de souffrir comme cela.

Monsieur de Saint-Aurele

Que veux- tu, mon enfant ? Il faut bien vouloir ce qu'on ne peut pas empêcher.

Mademoiselle de Saint-Aurele

C'est que vous serez mal à votre aise, et que vous ne pourrez pas dormir.

Monsieur de Saint-Aurele

Je lirai.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Oui, mais cela vous échauffe. Ah ! Papa, ne lisez pas ce soir.

Monsieur de Saint-Aurele

Mais c'est que je m'ennuierai.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous dormirez.

Monsieur de Saint-Aurele

Je le voudrais bien. Flamand, vous irez chez mon notaire, savoir s'il sera chez lui à midi demain. Oui, monsieur.

Flamand

Oui, Monsieur.

Monsieur de Saint-Aurele

Ma fille, j'ai bien des choses à te dire.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Qu'est-ce que c'est donc, papa ?

Monsieur de Saint-Aurele

Ah ! Tu n'en seras pas fâchée.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Mais encore ?

Il tousse.

Monsieur de Saint-Aurele

Va, va te coucher : tu ne te réveilleras pas toujours fille. Tu dois m'entendre ; je t'expliquerai cela.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Mais, papa, tant que je serai avec vous, je ne m'ennuierai point d'être fille.

Il tousse.

Monsieur de Saint-Aurele

Oh, oui, elles disent toujours cela, mais elles sont bien aises quand on les marie. N'est-ce pas, Flamand ?

Flamand

Dame, Monsieur, écoutez-donc, Mademoiselle est du bois dont on fait les femmes.

Monsieur de Saint-Aurele

Demain, demain, nous parlerons de tout cela.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous ne voulez me rien dire aujourd'hui, papa ?

Monsieur de Saint-Aurele

Non, non : allons, bonsoir.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Que je vous voie assis, pour savoir si vous serez bien.

Monsieur de Saint-Aurele

Flamand m'arrangera ; va te coucher.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous me promettez de ne pas lire ?

Monsieur de Saint-Aurele

Si j'ai envie de dormir.

Elle l'embrasse.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Bonsoir, papa. Flamand, ne laissez pas lire papa.

Monsieur de Saint-Aurele

Adieu, adieu.

Scène 3

Monsieur de Saint-Aurele, Flamand

Monsieur de Saint-Aurele

Flamand, je crois que ma fille ne sera pas fâchée d'être mariée ?

Flamand

Elle aura raison, surtout si vous lui donnez un bon mari. Mais, monsieur, sera-ce bientôt ?

Monsieur de Saint-Aurele

Vous êtes curieux, Monsieur Flamand.

Flamand

Oh ! Moi, cela ne me fait rien du tout. Allons, Monsieur, voulez-vous vous coucher ? Car j'ai encore bien des choses à faire ce soir.

Il se met sur la chaise longue.

Monsieur de Saint-Aurele

Eh bien, allons. Ai-je tout ce qu'il me faut ?

Flamand

Assurément. Ne semble-t-il pas que je vous laisse jamais manquer de quelque chose ?

Monsieur de Saint-Aurele

Si tu te fâches...

Flamand

Je ne me fâche pas. Allons, êtes-vous bien?

Monsieur de Saint-Aurele

Oui, oui.

Flamand

Je m'en vais mettre le couvre-pied.

Monsieur de Saint-Aurele

Il n'y aura pas de mal.

Flamand

Vous avez là votre table....

Monsieur de Saint-Aurele

Oui ; mais ici, où est l'autre ?

Flamand

Vous n'en avez que faire.

Monsieur de Saint-Aurele

Et si, pour mettre la lumière.

Flamand

La lumière ?

Monsieur de Saint-Aurele

Oui, mon livre, mes lunettes.

Flamand

Vous n'avez que faire de lunettes ni de livre, parce que vous n'aurez point de lumière.

Monsieur de Saint-Aurele

Je n'aurai point de lumière ?

Flamand

Non, non, mademoiselle ne veut pas que vous lisiez.

Monsieur de Saint-Aurele

Mais si je le veux, moi ?

Flamand

Ce qu'il faut que vous vouliez, c'est dormir.

Monsieur de Saint-Aurele

Mais si je ne peux pas ?

Flamand

Bon ! Quand on n'a rien de mieux à faire, il faut bien qu'on dorme.

Monsieur de Saint-Aurele

Oui, vous autres, qui dormez quand vous voulez.

Flamand

Vous verrez que nous avons tort. À quelle heure faut-il entrer demain ?

Monsieur de Saint-Aurele

De bonne heure ; quand tu seras levé.

Flamand

C'est bon.

Monsieur de Saint-Aurele

Flamand !

Flamand

Monsieur ?

Monsieur de Saint-Aurele

Mets toujours là une table, pour ma tabatière et la sonnette.

Flamand

Ah, mon dieu ! On ne finit jamais.

Monsieur de Saint-Aurele

Veux-tu bien faire ce que je te dis ?

Il apporte la table.

Flamand

Eh bien, est-ce que je ne le fais pas ?

Monsieur de Saint-Aurele

La sonnette y est-elle ?

Flamand

Oui, oui.

Monsieur de Saint-Aurele

N'oublie pas ce que je t'ai dit pour demain.

Flamand

Oh ! Demain il fera jour. Dormez, dormez.

Scène 4

Monsieur de Valbert, Monsieur de Saint-Aurele

Monsieur de Valbert

Écoutons quand il sera endormi.

Monsieur de Saint-Aurele

Qu'est-ce que tu dis, Flamand ?

Monsieur de Valbert

Oh ! Rien, rien.

Moment de silence.

Moment de silence.

Monsieur de Saint-Aurele

Ce drôle-là fait le maître. On est bien à plaindre de dépendre de ses gens. Heureusement qu'il me semble que je dormirai bientôt.

Monsieur de Valbert

Tant mieux, tant mieux.

Monsieur de Saint-Aurele

Ce coquin de Flamand parle toujours tout seul. Veux-tu bien te taire ?

Monsieur de Valbert

Je ne dirai plus rien.

Moment de silence.

Moment de silence.

Il ronfle.

Monsieur de Saint-Aurele

Je suis fâché de ne m'être pas couché dans mon lit. Oui, mon oppression ne vient pas. Je crois que je m'endors. Qui.

Il entre en reculant pour fermer la porte du cabinet.

Il marche, et touche une chaise qu'il renverse.

Monsieur de Valbert

Écoutons ; il commence à ronfler. Voyons ; tantôt je disais, la porte est à droite.

Monsieur de Valbert tire son mouchoir, et fait le chien qui se gratte l'oreille.

Monsieur de Valbert marche encore, et touche une autre chaise.

Monsieur de Valbert secoue son mouchoir.

Monsieur de Valbert renverse la table qui est auprès de lui.

Monsieur de Valbert secoue son mouchoir.

Monsieur de Valbert secoue toujours son mouchoir en cherchant la porte.

Monsieur de Saint-Aurele

Qui est-ce qui est là ? J'entends, je crois, quelque chose, ou je rêvais. Je suis bien fâché de m'être réveillé. Mais qu'est-ce donc que cela ? Je n'y comprends rien. Répondez donc, qui est-ce qui est là ? Je ne trouve point ma sonnette ; elle est tombée. Voulez-vous bien parler ? Qui est-ce qui est là ?

Il secoue son mouchoir.

Monsieur de Valbert

Eh bien, monsieur, c'est votre chien Jupiter qui se gratte l'oreille.

Monsieur de Saint-Aurele

Mon chien Jupiter ? Il est mort il y a longtemps.

Il secoue son mouchoir.

Monsieur de Valbert

Je veux dire Sultan.

Monsieur de Saint-Aurele

Sultan n'a point de mal à l'oreille.

Monsieur de Valbert

Ah ! Cela est vrai.

Il appelle.

Monsieur de Saint-Aurele

Qu'est-ce que cela veut dire ? Flamand ! Flamand !

Scène 5

Mademoiselle de Saint-Aurele, Monsieur de Saint-Aurele, Monsieur de Valbert

Mademoiselle de Saint-Aurele

Eh, mon Dieu, papa, qu'avez-vous donc ? Est-ce que vous vous trouvez mal ?

Monsieur de Saint-Aurele

Non, non ; mais c'est qu'il y a ici quelqu'un qui fait un bruit du diable, qui a tout renversé, et qui m'a réveillé.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Comment donc ? Cela n'est pas possible.

Monsieur de Saint-Aurele

Je te dis que si, puisqu'il m'a parlé.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Il vous a parlé ?

Monsieur de Saint-Aurele

Qui ; il m'a dit qu'il était mon chien Jupiter, et puis Sultan.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Bon ! C'est un rêve que vous avez fait.

Monsieur de Saint-Aurele

Je te dis que non ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que j'ai trouvé que c'était la voix de Monsieur de Valbert.

Mademoiselle de Saint-Aurele

De Monsieur de Valbert ?

Monsieur de Saint-Aurele

Oui, de Monsieur de Valbert. Si c'est lui, il a tort de venir si matin ; et sa mère aurait bien dû l'en empêcher.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Comment sa mère ? Vous croyez que c'est elle...

Monsieur de Saint-Aurele

Elle doit le savoir toujours. Apparemment qu'elle lui aura dit ce que nous avions conclu ensemble.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Je ne vous comprends pas bien, papa.

Monsieur de Saint-Aurele

Je voulais te dire tout cela demain. J'ai su que tu aimais Monsieur de Valbert ; j'ai été trouver sa mère pour savoir si elle en savait queLque chose ; elle m'a tout avoué, et qu'il dépendait de moi de faire le bonheur de son fils.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Est-il possible ? Et qu'avez-vous répondu?

Monsieur de Saint-Aurele

Que si le parti te convenait, ce serait une affaire bientôt faite ; et je voulais raisonner de tout cela avec toi.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Ah, cher papa, que je vous aurai d'obligation !

Monsieur de Saint-Aurele

Apparemment que cet étourdi de Valbert est venu dès le matin pour me remercier.

Mademoiselle de Saint-Aurele

C'est cela même.

Monsieur de Saint-Aurele

Il pouvait bien attendre un peu plus tard. Mais où est-il donc ?

Mademoiselle de Saint-Aurele

Tenez, le voilà.

Monsieur de Saint-Aurele

Ah ! Monsieur le drôle, vous m'avez fait grand tort de me réveiller, mais je vous le pardonne.

Monsieur de Valbert

Monsieur, je ne saurais vous exprimer ma joie. Ah, Mademoiselle !

Mademoiselle de Saint-Aurele

Mon père !...

Monsieur de Saint-Aurele

Oui, oui, vous direz tout cela demain. J'ai envie de m'aller coucher dans mon lit. Appelez-moi Flamand, car je ne sais où est ma sonnette.

Mademoiselle de Saint-Aurele

Vous n'aurez pas besoin de lui, papa.

Monsieur de Saint-Aurèle se lève.

Monsieur de Valbert

Oui, oui, nous allons vous aider à vous coucher. Donnez moi la main.

Ils s'en vont.

Monsieur de Saint-Aurele

Passons dans ma chambre ; mais allez-vous en tout de suite après, car je veux dormir.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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