Comédie · 1784

Le club des dames ou le retour de Descartes

de [Anonyme]

Représentation
≈ 38 min
Distribution
5 femmes, 3 hommes
Répliques
180
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Comtesse F 57 ≈ 12 min 7
Le Marquis H 21 ≈ 7 min 2
Descartes H 27 ≈ 5 min 2
La Marquise F 21 ≈ 4 min 4
Le Chevalier H 11 ≈ 3 min 1
La Baronne F 17 ≈ 3 min 4
La Vicomtesse F 12 ≈ 2 min 3
Madame de Merval F 9 ≈ 1 min 3
Tourangeau N 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
La Comtesse absent
Le Marquis absentabsentabsentabsentabsentabsent
Descartes absentabsentabsentabsentabsentabsent
La Marquise absentabsentabsentabsent
Le Chevalier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Baronne absentabsentabsentabsent
La Vicomtesse absentabsentabsentabsentabsent
Madame de Merval absentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

La Comtesse

En riant.

Nota. Pendant ce monologue, la toilette va toujours.

Un Laquais annonce le Chevalier, qui entre en même-temps.

La Comtesse

Oui, ma toilette : je suis pressée ; j'attends ces Dames ; j'attends aussi le Marquis... La bonne journée !... L'établissement d'un Club : l'arrivée d'un grand Philosophe... qu'on croyait mort... Le plaisir de la vengeance ; le bruit, le mouvement, le fracas que tout cela va faire... Ah ! Messieurs les hommes, vous vous séparez de nous ! Vous croyez nous humilier avec votre Club malhonnête... Nous vous apprendrons... Vous éprouverez qu'il ne faut pas défier des femmes... Monsieur Descartes y mettra bon ordre... Vous le croyez dans l'autre monde... Nous l'avons prié, pressé, sollicité... Eh bien ! Il en revient pour nous présider, pour rendre notre établissement supérieur au vôtre... Et le Marquis ! Il vous vaut tous par sa complaisance... Il m'a été permis de l'admettre exclusivement... Il est prévu ; il fait tout : je l'attends pour le consulter, pour m'instruire sur Descartes, dont je ne connais point du tout les ouvrages... Mais il n'arrive point ; je suis impatiente... J'entends du bruit... C'est lui... C'est lui, peut-être... Ah, non ! C'est le Chevalier.

Scène 2

Le Chevalier, La Comtesse

Le Chevalier

À La toilette ! Belle Dame !

La Comtesse

Oui, à la toilette, sans vouloir me parer.

Le Chevalier

Eh ! D'où vient cette réforme ?

La Comtesse

Nous n'avons plus besoin de parure.

À demi-voix.

Le Chevalier

À votre égard, cela est incontestable ; la nature en vous est si supérieure à l'art... Des charmes si frais, un teint si vif... Des yeux si beaux... Des formes...

La Comtesse

De la galanterie ! Un ton de sensibilité !... Chevalier, si vous continuez, je vais vous dénoncer comme faux-frère.

Le Chevalier

Ce ton lutin, vous sied à merveille... À qui donc, me dénoncerez-vous ?

La Comtesse

À qui ! À votre Club, à ce sénat de Sages... Chevalier, ils ont raison. Pour être vraiment philosophe, il ne faut pas vivre avec les femmes ; ce grand caractère s'affaiblirait avec nous : nos vertus tiennent trop à la nature : elle ne produit rien qui élève, qui distingue assez... Trahir avec audace ; être entreprenant, téméraire, vouloir dominer enfin ; voilà ce qui s'appelle être homme.

Le Chevalier

Vous me plaisantez, Madame, bien rigoureusement.

La Comtesse

Je n'ai rien dit ; mais je vais dire quelque chose. J'attends grand nombre de femmes ; car nous formons aussi un Club. Comme vous, Messieurs, nous allons nous réunir, nous suffire... Vous jugez à présent que, pour des femmes, je n'ai pas besoin de parure. Le désir de vous plaire, Messieurs, occupait nos moments : il nous en restera davantage pour l'amitié. Adieu, Chevalier, je vous conseille de ne plus revenir à ma toilette.

Le Chevalier

Madame la Comtesse, je suis poli : le congé que vous me donnez n'altérera pas mon caractère. Je vois que nos amusements vous blessent ; je veux les justifier.

La Comtesse

Justifier une singularité qui vous confond avec des sauvages !

Le Chevalier

Je crois que je puis l'entreprendre... Qu'est-ce que c'est qu'une femme ? Une très jolie fleur, faite pour la liberté ; sa destinée est de se faner, de languir sous la main qui se l'approprie et la contraint. Il n'est donc point si cruel de respecter son éclat, son indépendance... À notre égard, nous osons la comparer à la rose dans un parterre : elle brille, aux yeux, des couleurs les plus vives ; passez auprès d'elle, elle vous déchire ; cueillez-là, elle vous, pique : alors vous offensez sa beauté par des plaintes... par des murmures... N'avons-nous, pas raison de vous laisser à vous-mêmes ?

La Comtesse

Vraiment votre générosité, à notre égard, est touchante !

Le Chevalier

Je n'ai parlé encore que de la fleur. Si j'expliquais les propriétés de la tige ! Si de cette tige je faisais tout-à-fait une femme... Quelle malignité elle renferme ! Que de rejetons elle engendre, qui s'éparpillent en rivalités. De là, les jalousies, les tourments, les haines, les ruptures, les machinations artificieuses et cruelles. Sommes-nous assez fortunés pour obtenir un regard, une préférence ! Que d'attente, que de gêne, que d'inquiétudes et d'agitation ! Arrive-t-il, de part ou d'autre, une infidélité ! Nouveau sujet de division, justifications feintes, remords prétendus, des larmes enfin qui renouent la chaîne, qu'aujourd'hui nous voulons rompre, pour le bonheur de tous.

La Comtesse

Voilà un parterre, une fleur, une femme traités avec bien de l'honnêteté.

Le Chevalier

J'en conviens ; mais c'est pourtant la vérité toute pure.

La Comtesse

Ne vous inspire-t-elle rien de plus ? Il me semble que vous ne devez pas avoir tout dit.

Le Chevalier

Si je ne voulais que m'amuser, je n'aurais pas été si loin ; mais je me justifie : et quand on est rempli de l'innocence de ses motifs... Madame la Comtesse, je vous respecte beaucoup, mais je me dois quelque chose.

La Marquise, la Baronne, et Madame de Merval s'avancent. Le Chevalier s'incline en les apercevant. La Comtesse leur recommande le silence par un signe que le Chevalier ne voit pas. En même-temps elle fait une révérence à celui-ci pour le congédier.

La Comtesse

La dette est plus qu'acquittée ; vous devez être content de vous... Je vois que mes reproches ne troubleraient pas votre sécurité ; et vous êtes si singulier dans cet état d'innocence, que je fuis fâchée de voir interrompre le spectacle que vous me donnez.

Aux trois Dames.

Les Dames ne parlent pas. Il continue.

Les Dames ne parlent pas.

Il sort ; elles éclatent de rire : il entend ces éclats et y répond par les siens.

Le Chevalier

Non, la présence de ces dames ne me chasse point. J'ai peut-être à me justifier aussi auprès d'elles. Mesdames, si vous pensez comme Madame la Comtesse, vous devez avoir quelque chose a me dire... J'aurai l'honneur de vous répondre. Vous ne me croyez pas digne du moindre mot ? Je serai plus juste envers vous. Je sais quel sujet vous rassemble. Rien n'est mieux vu. Vous vous amuserez, vous disserterez. La Philosophie, l'épigramme, les douces protestations de vous aimer toujours... ***** Vous ne me dites rien ?... Vous n'avez rien à me dire ?... Je puis donc me retirer ?... Adieu, Mesdames. Je m'offrais à vos traits ; je m'y serais prêté de bonne grâce... Vous n'êtes point fâchées... La bonté, l'indulgence sont une belle chose... Adieu, Mesdames.

Scène 3

La Baronne, La Comtesse, La Marquise, Madame de Merval

La Baronne

À Juger de l'accueil par le congé, je vois que vous l'avez bien reçu ? J'ai compris d'ailleurs le sujet de votre conversation : mais pourquoi sommes-nous de moitié dans ce badinage ?

La Comtesse

Pourquoi ?... C'est le plus zélé partisan du Club des hommes. Oh ! Nous lui devons bien toutes le même sentiment.

La Marquise

La dette est agréable à payer.

Parlant presque toutes ensemble.

Madame de Merval

Oui, je vous crois en fonds pour cela...

La Baronne

Que ferons-nous dans notre nouvel établissement ?...

La Marquise

Nous amuserons-nous beaucoup ?

Madame de Merval

Avez-vous rédigé un plan ?

La Comtesse

Vous savez bien que nous attendons Monsieur Descartes ?

Madame de Merval

Oui, mais assurons nous ici que personne n'a peur des revenants.

La Comtesse

C'est lui, ou son génie qui revient : le génie d'un grand homme n'a jamais effrayé personne.

La Baronne

Et, d'ailleurs, s'il est vrai, comme on le dit, qu'il soit le premier qui nous ait découvert une âme, il est bien juste que nous lui rendions la vie, à notre volonté.

La Marquise

Pour qui donc nous prenaient ces Messieurs, avant cette découverte ?

La Comtesse

Oh, nous allons tomber dans le sérieux.

La Marquise

Médirons-nous encore quelquefois ?

Madame de Merval

À quoi s'occupent les hommes dans leur Club ?

La Baronne

À nous faire des raisons de les célébrer dans le nôtre ; à nous disputer surtout cette sensibilité d'âme que Descartes nous donne.

La Marquise

Ah ! Nous leur prouverons qu'on ne se laisse pas dépouiller de ce que l'on a de plus précieux.

La Comtesse

Ne parlez donc pas toutes ensemble.

Madame de Merval

Elle a raison : mais c'est que le dépit, l'humeur sont un peu contraires à la tranquillité de l'esprit.

La Baronne

J'ai une idée qui me tourmente... Dites moi, Mesdames, dans nos assemblées vivrons-nous longtemps bien paisiblement ensemble ?

La Comtesse

Cette crainte est un préjugé qui nous vient des hommes. Croyez qu'ils font intéressés à nous faire penser que nous ne nous aimons pas.

La Marquise

Rien de plus sensible. Ces Messieurs, en nous rendant suspectes les unes aux autres, peuvent nous trahir plus impunément.

La Baronne

L'odieux caractère !... Et il existe encore des femmes qui ne veulent pas se rendre à cette vérité, si importante pour elles... À propos, j'ai vu tantôt notre jeune veuve... C'est un enfant. Je ris encore de la manière humble dont elle m'a persécutée pour être des nôtres. Elle ne tardera pas sûrement d'arriver.

Madame de Merval

Nous ferions d'elle une prosélyte charmante.

La Comtesse

Oui : mais c'est un caractère à former.

La Baronne

Et un bon tour à jouer aux hommes, en la munissant de principes contre leurs manèges ; car ils en raffolent... Mais la voici... Écoutons-la ; voyons ses dispositions : l'examen ne doit pas être difficile, car elle est naïve et sensible.

Scène 4

La Comtesse, La Vicomtesse, La Baronne, La Marquise, Madame de Merval

La Comtesse

Ma charmante ; vous faites une démarche bien sérieuse pour votre âge. Abandonnerez-vous tous ces amusements frivoles ? Ne regretterez-vous point cet essaim d'êtres galants qui tourbillonne autour de vous ?

La Vicomtesse

Je n'y perdrai rien, puisque vous prenez pour vos assemblées les heures que les hommes donnent à leur Club. Et d'ailleurs, je suis ce que les autres me font être. J'aime à penser, même à me recueillir.

La Baronne

Mauvais signe ; la jeune femme, qui aime à se recueillir, annonce de la sensibilité, un coeur mécontent d'être oisif, et qui n'attend que l'occasion de se donner.

La Vicomtesse

Je n'en suis point là : mais aimer me paraît un besoin de la vie, le plus doux emploi du temps.

La Marquise

Aimer !... Connaissez-vous les êtres dont la fausseté a fait tant de victimes !... Pensez y sérieusement. Vous ne verrez point d'hommes ici.

La Vicomtesse

Mais, Madame, vous paraissez me menacer !... Je vous assure que je suis sensible, sans être faible ; que je n'ai nulle envie d'écouter aucun de ces êtres qui paraissent me rendre des soins...

La Marquise

Ah ! Vous avez donc à vous plaindre de l'un d'eux ?... Mais quelque choix que vous ayez fait, ou que vous puissiez faire dans la suite, croyez que vous aurez toujours à vous en plaindre... Ils se ressemblent tous. Ils sont personnels à l'excès, impérieux, bizarres, de la plus inconséquente incertitude, réfléchissant deux heures... pour ne rien faire... Nous, du moins, si nous faisons, même une sottise, nous avons l'avantage de la faire promptement ; et une action sage, honnête, nous coûte encore moins de réflexion.

La Vicomtesse

Vous me paraissez bien extrême, Madame ; c'est l'humeur de notre exclusion de leurs assemblées qui vous fait parler ainsi.

La Comtesse

Oui, nous en sommes toutes un peu là.

La Vicomtesse

Je vois cependant des hommes occupés à nous plaire par l'esprit ; nous communiquer leurs connaissances ; se fatiguer même par des soins assidus ; nous créer des plaisirs...

La Baronne

Ce sont là des pièges... D'ailleurs s'ils n'étaient pas quelquefois aimables, aurions nous à nous en plaindre ?...

La Comtesse

Il ne faut pourtant pas trop l'intimider... Écoutez ma petite amie... Notre premier besoin de situation est de connaître profondément les hommes : ce sont eux qui veulent, vous l'apprendrez ; les femmes ne peuvent que faire vouloir, jugez de quelle importance il est pour nous de connaître leur coeur, d'analyser leurs penchants, de pénétrer dans leur âme, et d'y chercher jusqu'à leurs dégoûts mêmes. Cette étude pénible, humiliante, si vous voulez, mais absolument nécessaire, nous conduit à les dompter, plus que ne le sont souvent nos charmes, ainsi qu'à les juger, beaucoup mieux qu'ils ne nous apprécient ; et ce fera là le grand objet de nos méditations dans nos assemblées. Ces Messieurs ne manqueront pas par leurs actions, de fournir à la conversation.

Madame de Merval

Au reste, ma chère amie ; vous voulez être des nôtres ? Nous serons charmées de vivre avec vous. Vous venez de nous entendre ?... Il ne faut pas d'ailleurs que nos conventions puissent vous effrayer. Nous ne voulons qu'occuper notre esprit, égayer notre solitude, et trouver dans des amusements raisonnés, le dédommagement des soins que les hommes nous refusent.

La Vicomtesse

Votre société me convient déjà beaucoup : l'exemple fera le reste.

La Baronne

Nous la recevrons donc à l'essai.

La Marquise

C'est bien dit... Le rendez-vous n'est-il pas dans une heure ?

La Comtesse

Dans moitié moins : ne l'oubliez pas. J'attends le Marquis ; j'espère que Monsieur Descartes ne tardera pas à nous apparaître.

Les Dames se retirent.

La Marquise

Dans une demi-heure, soit ; nous avons quelques visites à faire : nous revenons.

La Comtesse

Le Marquis ne vient point... depuis deux heures que je l'attends... Descartes arrivera, et je ne saurai que lui dire : je ne connais de lui que son nom et sa gloire... Encore faut-il connaître les gens que l'on invite, et que l'on fait venir de si loin... Cela m'impatiente, me désole... mais je crois entendre le Marquis... C'est lui, sans doute... C'est lui-même...

Scène 5

La Comtesse, Le Marquis

La Comtesse

Ah ! Vous voilà enfin, Monsieur.

Le Marquis

J'ai des pardons à vous demander ; je le vois : mais en vérité, je reçois, votre billet, et j'accours.

La Comtesse

C'est que vous autres hommes, vous êtes lents, si lents à venir, et surtout quand on vous appelle. N'y a-t-il pas une heure que ce billet est parti ?... Vite, très vite, apprenez-moi ce que c'est que le système, et la Philosophie de Descartes.

Le Marquis

Avant de vous répondre, permettez-moi de vous demander si vous avez vu ces Dames ?

La Comtesse

Sans doute.

Le Marquis

Me font-elles l'honneur de m'admettre ?

La Comtesse

Sans doute. Vite, víte à Descartes ? Je ne fais rien de lui ; je n'ai rien lu... Qu'a-t-il fait ? Qu'a t-il écrit ? Quelle révolution a-t-il produite ?

Le Marquis

Voilà de grandes questions... Calmez-vous vous vous doutez que nous allons raisonner... Descartes, homme unique, génie inconcevable, apprit à l'homme à penser naturellement, librement, franchement. Il tailla tout ce qu'il y a de savant dans les livres, pour ne voir que ce qu'il y a d'humain, de vrai, d'aimable dans la nature. Du sein du chaos scolastique, il passa au plus joli système de douceur, d'amour, d'union entre les hommes.

La Comtesse

C'était donc un homme sensible ?

Le Marquis

Il l'était beaucoup.

La Comtesse

Son idée dût tourner la tête à tout le monde ?

Le Marquis

Presqu'autant que les tourbillons.

La Comtesse

Oh, les tourbillons ! Expliquez-moi les bien, afin que je puisse en causer avec lui.

Le Marquis

Vous savez déjà, sans doute, ce que ce mot signifie ?

La Comtesse

Je crois qu'oui. La société, par exemple, est composée de différents tourbillons, qui se tiennent tous, et qui vont et viennent, néanmoins, en sens contraire. Tel esprit règne ici, tel autre là ; tel intérêt pousse l'un vers la hauteur, et tel fait aller l'autre obliquement : un tourbillon emporte l'autre ; mais tout se retrouve à sa place ; et de tous ces tourbillons il se forme un beau Royaume, qui va son train sous les yeux d'un bon Roi.

Le Marquis

Eh ! Voilà une définition presque entière : il reste bien peu de choses à ajouter. Le Philosophe avait reconnu les inclinations de la matière, comme vous, celles des hommes. Il trouvait partout les tourbillons et l'instabilité, et rien d'oisif ni de vide, pas même la tête d'une jolie femme, où il voyait les idées s'arranger, aller et venir selon la forme des tourbillons. En effet, ce qu'on regarde en elle comme si condamnable, ce cercle de penchants aimables, de caprices, d'infidélités, dans lequel tourne son printemps, est une image des tourbillons. Tout cela s'emboîte à merveille, et lui fait une petite félicité, qui la rend, chaque jour, plus charmante, par tous ces tours et retours de ses goûts et de ses pensées ; comme le monde est plus beau, plus riant à la vue, par ses mouvements et ses révolutions.

La Comtesse

De sorte que les tourbillons sont dans l'univers comme on les voit dans le monde, et comme on les sent dans sa tête !... Oh, ça, dites-moi, tout bas, pourquoi l'on a rejeté ces tourbillons ?

Le Marquis

Faites-moi la grâce de me dire, tout haut, pourquoi les enfants, qu'un fermier a mis dans la finance, font parler leur père, pour leur fermier ?

La Comtesse

J'entends : on veut savoir tout seul ce que l'on doit à autrui.

Le Marquis

Précisément. Descartes a bâti le château fort. Ses écoliers l'ont peint de plusieurs couleurs ; et voilà comment on s'est fait gloire de ses découvertes, sous le nom d'attraction, de gravitation, et coetera. Remarquez bien qu'en changeant le nom d'une chose, il paraît qu'on la fait changer de nature. Vous, par exemple, quelque nom qu'on vous donne, vous êtes toujours la même femme aimable ; mais vous avez cent espèces d'atours pour vous montrer. La vérité est de même. Descartes l'a rencontrée, l'a fait voir...

La Comtesse

Et les femmes de chambre l'ont parée, depuis, tantôt, d'une robe, tantôt d'une autre. Le monde, qui ne regarde rien en face, la voit passer habillée successivement de blanc, de noir, de rouge, et croit que ce sont trois femmes.

Le Marquis

À merveille ... Je poursuis. Les derniers Philosophes ont fait comme les maris jaloux, qui donnent à leurs femmes, pour aller au bal, un déguisement de leur choix. Ils ont beau faire ; les amants ont le secret, reconnaissent la femme, et rient du mari.

La Comtesse

Oui, ces Messieurs n'ont pas communément des inventions fort heureuses.

Le Marquis

En un mot, il n'y a rien dans les idées modernes, qui ne soit renfermé dans une idée de Descartes. On a déroulé le peloton de fil ; mais c'est lui qui a fait le peloton. Nous sommes si dupes des apparences, qu'un fil déroulé ne nous semble pas la même chose qu'un fil roulé. La vérité est une, et dure éternellement. La nouveauté préside à sa toilette ; elle l'arrange tantôt à l'Anglaise, tantôt dans une autre mode...

La Comtesse

Ce mot me paraît de conséquence. Si je m'explique à la rigueur, Descartes n'a donc rien inventé ?

Le Marquis

Certainement, il n'a pas inventé la vérité : mais il a inventé le moyen de connaître l'erreur, qui gouvernait le monde, à la place de cette vérité qui se tenait cachée. Il a trouvé le moyen d'arriver à sa retraite. Il a tout inventé, puisqu'il ne s'est servi de rien de ce qui était de l'invention des autres.

La Comtesse

Ah ! Vous êtes charmant !... Encore un mot ; je vous prie. J'ai entendu parler vaguement de l'analyse... Qu est-ce que c'est, au juste, que l'analyse ?

Le Marquis

Hélas ! Mesdames, c'est vous qui en avez le secret : c'est de vous que le philosophe l'apprit.

La Comtesse

Analyser !... Serait-ce d'abréger ses idées, comme on abrège un conte en l'analysant ? Serait-ce de réduire toutes les idées qui me reviendraient, par exemple, celle de vous aimer, à une seule qui fixât ma résolution ? Serait-ce de ramener tous les mots à une pensée, et toutes les pensées à un sentiment, c'est-à-dire, à la première pensée, produite par nos sens ?

Le Marquis

Voilà ce que c'est ; et c'est tout. Oui, c'est de ramener votre conte à sa première idée. Alors vous toucherez au vrai ; et voilà le but de l'analyse. Descartes ne voulut rien que d'évident, de conforme aux douces et consolantes lois de la nature. Peu de raisons, beaucoup moins de paroles ; une vérité unique : et cette vérité a toujours été un sentiment, dont il proposa l'usage, contre l'exercice de l'esprit, et pour la satisfaction réelle de la vie.

La Comtesse

C'était un grand service qu'il voulait rendre.

Le Marquis

Et qu'il rendit en effet. Il réunit les sexes et les idées que nous avions séparés ; et il fit tout, par sa méthode de chercher le vrai, qui seul est aimable... Quoiqu'il paraisse une grande distance entre les tourbillons, le plein, le vide, l'analyse et vos sentiments, vos affections liantes, vos idées nettes, pures, si douces, si séduisantes ; il est pourtant vrai que tout cela se tient ; qu'il n'a trouvé la nature vierge que dans vos coeurs, ses vérités que dans la source de vos heureuses et bienfaisantes inclinations ; et que pour être aussi bon Philosophe que lui, c'est une nécessité de vous étudier, de respecter vos droits, et de nous réformer par ces leçons touchantes, que nous donnent vos sentiments et vos bontés pour nous.

La Comtesse

Ah ! Que les hommes ont mal lu Descartes !

Le Marquis

Le Chevalier, surtout, n'est-ce pas ?

La Comtesse

Oh ! C'est un homme bien terrible, bien odieux.

Scène 6

La Marquise, La Comtesse, La Vicomtesse, La Baronne

La Marquise

C'est lui ; le voilà qui arrive : nous l'avons rencontré.

La Comtesse

Qui ?

La Vicomtesse

Monsieur Descartes. Oh, nous l'avons tout de suite reconnu à son habillement.

La Baronne

Il n'est pas vêtu à la mode.

Le Marquis sort.

La Comtesse

D'à présent, cela viendra... Marquis daignez descendre pour le recevoir, pour lui prouver au moins notre empressement.

La Marquise

Lui ferons-nous une réception académique ?

La Baronne

Cela ne serait pas fort gai.

La Vicomtesse

Notre reconnaissance doit s'exprimer avec plus de simplicité.

La Comtesse

Franchement, nous lui devons des honneurs : sans lui, les hommes nous prendraient peut-être encore pour des machines.

La Marquise

Ces Messieurs, avec leurs Clubs, leurs assemblées, voudraient peut-être nous remettre au temps qui a précédé Descartes.

Les Dames vont au-devant de lui.

La Comtesse

Oh, point de courroux. Le voici.

Scène 7

Le Marquis, La Comtesse, Descartes, La Marquise, La Baronne, Madame de Merval, La Vicomtesse

Le Marquis

Mesdames ! Voilà le héros de la philosophie, le bienfaiteur de l'esprit humain, que vos voeux ont appelé, à qui nous devons tout. C'est l'ouvrier qui vient revoir son ouvrage.

La Comtesse

Notre reconnaissance, Monsieur, est sans bornes. Notre sexe vous devait déjà beaucoup. Nous aimons à contracter une nouvelle dette aujourd'hui.

On s'assoit.

Descartes

Elle est de mon côté, Mesdames ; et déjà je sens qu'il me sera difficile de m'acquitter.

La Marquise

Nous ne vous recevons pas, Monsieur, avec l'appareil consacré par l'usage. Un discours simple, un accueil modeste, un aveu de notre embarras, vous diront mieux combien nous sommes remplies de votre mérite, et flattées de votre retour.

Descartes

Vous m'avez appelé, Mesdames, et cet honneur renferme tout pour moi. À l'égard de la simplicité de votre accueil, il répond à la sensibilité de vos âmes, et au caractère de la mienne. Mais ne cesse-t-il pas d'être simple par les choses trop obligeantes que vous me dites ?

La Baronne

Nous nous représentons, Monsieur, l'instant où une grande Reine vous reçut à sa Cour. On dit que des honneurs marquèrent ce moment, qui consacre encore sa mémoire.

Descartes

Elle était assez grande pour manifester son génie par sa bonté même... Ah, Mesdames ; vous me rappelez des moments bien glorieux et un nom bien cher à mon coeur.

Le Marquis

La Suède n'a point oublié le vôtre, Monsieur ; cette nation guerrière et sage, toujours amie de la France, vous regarde comme un lien de plus.

La Comtesse

Elle prouve que la sensibilité se perfectionne par les bienfaits de l'esprit.

Descartes

Elle était déjà très éclairée, et elle avait sous les yeux un grand exemple... On dit que ce bonheur se perpétue pour elle... ! Mais bannissons, Mesdames, les choses qui tiennent au compliment : éloignons même le ton sérieux... Je viens de loin, et j'étais absent depuis longtemps. J'ignore si la France est bien changée.

La Comtesse

Elle l'est beaucoup, Monsieur ; le progrès des sciences est incroyable, vos ouvrages ont commencé ce prodige.

La Baronne

On écrit beaucoup. Les Brochures pleuvent. À la manière anglaise, on a établi des papiers publics, des journaux : on lit tout : on comprend tout ; et tout le monde a de l'esprit.

Madame de Merval

L'éducation, les talents agréables, les modes, surtout, se perfectionnent tous les jours.

La Vicomtesse

L'esprit même est devenu une mode... La sensibilité peut n'y avoir pas gagné.

Descartes

Excellente réflexion, Madame, et qui donne envie de vous pouponner **** l'un et l'autre.

La Marquise

Monsieur, un des grands prodiges, qui frappent depuis vingt ans, c'est la révolution arrivée dans la Philosophie. Son ton n'est plus grave ; ses formes ne font plus sérieuses ; elle admet jusqu'à l'élégance de la parure ; et vous jugez que quelquefois ses maximes s'en ressentent.

Descartes

Je juge que cela doit être assez plaisant... de sorte, qu'à présent, plus d'un philosophe ressemble à un petit-maître !

La Comtesse

Oui, Monsieur ; mais en revanche, beaucoup de petits-maîtres rappellent la gravité des anciens philosophes.

Descartes

Cela ne ressemble pas mal aux tourbillons. On ne prévoyait pas, quand on les reçut si mal, qu'un jour on les justifierait si bien.

Le Marquis

Oui, Monsieur, le temps répare bien des choses.

La Comtesse

Et l'analyse, Monsieur ? Si elle trouva des contradicteurs autrefois, je vous assure qu'elle a bien des vengeurs aujourd'hui. On analyse tout : on ne sent, on ne croit, on n'adopte, on ne jouit que par analyse. Cela va jusqu'à la dissection la plus exacte des plus petites idées.

La Marquise

En revanche encore, on entreprend les plus grandes choses. Par exemple, on vole dans les airs ; on marche sous les eaux ; on glisse dessus ; on découvre les sources les plus profondes, avec l'oreille ; et l'on guérit toutes les maladies avec la main.

Descartes

Avec la main ! Voilà un art de guérir bien commode !... Je vois, Mesdames, qu'il y a de la gaieté dans ce que vous me dites, et je ne prends pas un ton plus sérieux pour y répondre. Cependant je présume qu'il entre de grandes combinaisons, des intentions profondes, de grandes pensées dans toutes ces choses inventées depuis peu.

Le Marquis

Oui, Monsieur : cette supposition prouve que le grand homme creuse en un moment ce qui n'est longtemps que surface pour les autres. Vous trouverez ici des noms justement célèbres, qui vous garantiront la vérité de votre conjecture. Vous admirerez surtout une machine impo- faite ***** et légère, qui porte, en peu de moments, dans les airs, des êtres surpris et tranquilles, et ne s'élève pas autant que le nom de celui qui l'inventa.

Descartes

Que m'apprenez-vous, Monsieur ? Je croyais que le génie n'avait plus le droit de m'étonner : je vois qu'il faut en attendre jusqu'au plaisir de s'attendrir, en considérant ses bienfaits.

La Vicomtesse

Vous avez dû connaître ce plaisir plus tard qu'un autre, Monsieur ; mais vous l'avez fait éprouver plutôt.

Descartes

Toujours des choses senties, Madame !

La Comtesse

Cela est galant. Vous vous rappelez, Monsieur, le temps où vous réunîtes les idées et les sexes que l'erreur avait séparés. Ce temps est loin. Les hommes ont détruit votre ouvrage.

Descartes

Détruit mon ouvrage ; c'était celui de la Nature... Daignez m'expliquer votre pensée... N'y a-t-il pas encore ici un peu de gaieté ?

La Baronne

Non, Monsieur : les hommes nous quittent, se séparent de nous : nous ne les voyons plus.

Descartes

Vous ne les voyez plus !

Madame de Merval

Oui, Monsieur : désertion absolue ; abandon total.

Descartes

Vous ne les voyez plus !

En montrant le Marquis.

La Marquise

Exactement, plus d'hommes... En revanche, nous n'avons voulu admettre que Monsieur, qui nous reste exclusivement... Des courses, des chevaux, des paris, des jeux éternels et ruineux... Ils ont des assemblées, un Club. Savez-vous ce que c'est qu'un Club, Monsieur ?

Descartes

Non, Madame.

La Marquise

Oh, c'est une belle chose traduite de l'anglais ; car tout est Angleterre en France.

Descartes

Oh, il vous reste bien quelques traits distinctifs... Mais apprenez-moi ce que c'est qu'un Club, je vous prie.

La Comtesse

Quoi, Monsieur, rien de plus clair : de grands beaux appartements, bien meublés, que ces messieurs louent en corps, où ils s'assemblent, d'où nous fommes exclues, où ils font des repas, de la politique, de la calomnie ; où ils jouent, médisent, se partagent le département des espèces d'hommages qu'ils nous destinent, se réjouissent de nos faiblesses, de leur perfidie, se fortifient mutuellement dans le grand art de nous tromper ; et ils ne sortent de là que pour nous donner le temps que l'ennui leur laisse, et venir déposer à nos pieds l'innocence de leurs principes.

Descartes

Cela serait horrible. Mais je vous trouve bien instruite, Madame ; il faut qu'il s'y trouve quelque faux-frère bien indiscret ?

La Comtesse

Non, Monsieur, on ne m'a rien confié ; je ne connais ni n'accueille les indiscrets ; mais c'est ainsi qu'il faut que cela soit, dès que l'entrée nous en est interdite.

Descartes

En rabattant quelque chose de tout cela, je sais à présent ce que c'est qu'un Club.

La Marquise

Eh bien, Monsieur ; c'est la dernière invention de ces messieurs pour s'éloigner de nous. C'est le port où ils ont mis leur philosophie, et leurs âmes, rassasiées de plaisir, à l'abri des incursions de la beauté.

Avec intérêt.

La Vicomtesse

C'est un caprice, une mode d'un jour... Les hommes pourraient-ils croire qu'il y a un bonheur attaché à l'insensibilité ?

La Marquise

Erreur de votre âge, ma chère amie. Ils peuvent tout croire, pour se permettre tout.

La Vicomtesse

J'ose penser que vous les verrez revenir.

La Marquise

Oh, que non ! C'est un parti pris... Il y a là de bonnes têtes.

Descartes

Il ne faut pas les laisser triompher... Mesdames, j'irai dans les Clubs ; j'irai y élever la voix, pour le bonheur commun. Je me souviendrai du temps, où les hommes daignaient m'entendre... Quoi donc, serait-il possible que l'erreur, la singularité produisissent d'aussi étranges révolutions ?... Mais j'ose croire que vous voulez éprouver ma crédulité.

La Comtesse

Non, Monsieur ; rien d'exagéré dans ce que nous vous disons. Mais vous n'irez point dans ces Clubs funestes ; nous ne contestons point a une démarche, qui pourrait nous humilier, et vous ravir à nos besoins. Pardonnez, Monsieur, cette opposition, à la crainte de vous voir séduit, entraîné...

Descartes

Entraîné par des hommes qui s'éloignent de vous !... Pouvez-vous croire qu'il y ait un charme qui balance votre doux empire ? Pouvez-vous penser que des hommes, à qui je parlerai de vous, du bonheur d'être justes envers vous, de leurs torts avec vous, du malheur de s'éloigner de vous, ne viennent pas abjurer à vos pieds, l'erreur qui les avait trompés, et ne me ramènent pas vers vous comme un garant de leur heureux repentir ?

La Baronne

Vous nous flattez, Monsieur : nous voulons être sans illusion. ***** Puisqu'ils sont si décidés, puisqu'ils ont un Club, nous voulons en établir un aussi. Vous nous inspirerez, vous nous présiderez ; vos leçons feront nos plaisirs... À notre tour, nous trouverons dans le genre d'esprit qui nous est propre, dans nos âmes, dans nos talents réunis, le moyen précieux de nous acquitter en partie ; et si ces Messieurs s'instruisent à nous tromper, nous nous instruirons dans l'art de nous défendre.

On se lève.

Descartes

Mesdames, c'est là le grand secret : votre indulgence les tient dans une douce sécurité. Soyez en force contre leurs séductions, vous les verrez revenir, mériter par des soins, assidus ce que l'on accordait peut-être trop facilement à leur piquante indifférence.

Avec beaucoup de douceur.

La Comtesse

Regardez-nous déjà, Monsieur, comme des écolières très dociles... Mais notre maître nous permet-il d'avoir encore un moment la liberté des opinions ?

Descartes

Il vous permet tout, et sera ravi de vous entendre.

La Comtesse

Votre toilette est un peu sérieuse ; et nous avons dit que la Philosophie égayait ses formes tous les jours.

Descartes

Il faudra l'imiter... Vous verrez disparaître cette barbe, ce manteau, cet ensemble, que le goût d'à-présent désapprouve, et que le bon esprit doit vous sacrifier aisément.

La Baronne

Oh, oui : l'on porte à présent des fracs, des chapeaux ronds, des gilets charmants.

Descartes

Eh bien, j'ordonnerai de tout cela. Un frac n'empêche pas d'être heureux ; un gilet n'est pas un obstacle aux progrès de la raison ; un chapeau rond permet très bien de penser.

Elle lui pose une couronne de laurier sur la tête.

La Comtesse

Oh, quant à votre coiffure dans nos assemblées, la voilà toute trouvée.

Descartes

Madame... Mesdames... Mais je reçois tout, j'accepte tout, je consens à tout... Pour mériter de vous présider, il faut commencer par vous obéir.

Divertissement

Une Femme, Un Domestique, Descartes, Tourangeau

Air : (chanté par une femme.)

Une Femme

La Beauté, l'Esprit et les Grâces, En voyageant, suivaient les traces D'un Imposteur, fous les traits du Plaisir. Il les quitta... Que vont-ils devenir ? La Raison, toujours secourable, Sur leur route daigna s'offrir ; Votre malheur n'est point irréparable, Leur dit-elle, d'un ton aimable : Pour vous guider, je vaux bien le plaisir.

annonce à Descartes un député de la Touraine, qui entre en même-temps, une couronne à la main

Un Domestique

Monsieur, un député de la province de Touraine, votre patrie.

Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.

Descartes

Que vois-je ! Mon cher compatriote ! Mon ami !

après l'avoir pressé longtemps

Tourangeau

Je venais vous parler au nom de tous les Corps, prévenus que vous deviez arriver... Je ne pense plus qu'à moi, qu'au plaisir de vous revoir, de vous embrasser.

Descartes

Il est donc un bonheur qu'on ne peut nous ravir. Je l'éprouve délicieusement... Notre Ville !... Notre Province !...

Tourangeau

Tout cela est plein de votre image et de mon bonheur.

Descartes

Oh, mon ami !

Tourangeau

Mesdames, j'apportais le tribut le plus juste. Vous m'avez prévenu : je ne saurais m'en plaindre : c'est à la Beauté sensible de couronner le Génie.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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