Proverbe · 1783

Le distrait

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 14 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
194
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Marquis de Mariére H 85 ≈ 8 min 5
La Comtesse de Belleroche F 57 ≈ 3 min 3
Le Chevalier de Saint-Léger H 35 ≈ 2 min 1
Le Blond H 9 ≈ 1 min 3
Victoire F 8 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Distrait
Le Marquis de Mariére
La Comtesse de Belleroche absentabsent
Le Chevalier de Saint-Léger absentabsentabsentabsent
Le Blond absentabsent
Victoire absentabsentabsentabsent
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Le Distrait

Scène 1

Le Chevalier de Saint-Léger, Le Marquis de Mariére

Le Chevalier de Saint-Léger

Mais, Marquis, dites-moi donc pourquoi vous dites que vous voulez vous promener aux Tuileries, et que vous me faites entrer ici ?

Le Marquis de Mariére

Est-ce que la promenade ne vous semble pas belle ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Comment, la promenade ?

Le Marquis de Mariére

Oui, il est vrai qu'il n'y fait pas beaucoup d'air.

Le Chevalier de Saint-Léger

Pourquoi de l'air, ici ? Toutes les fenêtres sont fermées.

Le Marquis de Mariére

Qu'est-ce que vous parlez de fenêtres, dans un jardin ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Nous sommes dans un jardin ?

Il regarde autour de lui.

Le Marquis de Mariére

Mais... C'est que je croyais... Bon ! Vous me distrayez aussi.

Le Chevalier de Saint-Léger

Vous n'en avez pas besoin, je vous assure ; mais pourvu que vous m'écoutiez, soit ici, soit ailleurs ; c'est égal.

Le Marquis de Mariére

Si vous avez à me parler, il faut le dire.

Le Chevalier de Saint-Léger

Je vous l'ai déjà dit ; vous m'avez répondu ; hé bien, allons aux Tuileries, nous causerons plus tranquillement.

Le Marquis de Mariére

C'est vrai ; c'est que j'ai changé d'idée en chemin. Mais voyons à présent, je ne perds pas de vue mon projet.

Le Chevalier de Saint-Léger

Si vous avez un projet différent du mien, et qu'il soit meilleur, j'en profiterai avec grand plaisir ; ce sera même une marque d'amitié de votre part, à laquelle je serai on ne peut pas plus sensible : voyons, je vous écoute.

Le Marquis de Mariére

Si vous le savez, il est inutile de vous le redire ; mais je ne vois pas de meilleur parti à prendre dans ce cas-là, que le mariage.

Le Chevalier de Saint-Léger

Comment, le mariage ! Au lieu d'une Compagnie de Cavalerie ?

Le Marquis de Mariére

Je ne veux pas de Compagnie de Cavalerie !

Le Chevalier de Saint-Léger

Pourquoi donc ?

Le Marquis de Mariére

Mais songez que je suis Officier-Général.

Le Chevalier de Saint-Léger

Ce n'est pas pour vous ; comment voulez-vous que j'imagine...

Le Marquis de Mariére

Je le croyais.

Le Chevalier de Saint-Léger

C'est pour moi.

Le Marquis de Mariére

Ah ! Vous voulez avoir une Compagnie de Cavalerie ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Oui ; j'ai déjà eu l'honneur de vous en parler plusieurs fois.

Le Marquis de Mariére

Oui, oui, je me le rappelle.

Le Chevalier de Saint-Léger

Si vous voulez me faire avoir la promesse de la première qui viendra à vaquer, mon argent est tout prêt ; mais il faut en parler sans perdre de temps.

Le Marquis de Mariére

Je ne suis venu ici que pour cela.

Le Chevalier de Saint-Léger

Réellement ?

Le Marquis de Mariére

Oui, et si la Comtesse y consent, ce sera une affaire bientôt finie.

Le Chevalier de Saint-Léger

Est-ce qu'elle connaît quelque Capitaine qui veuille quitter ?

Le Marquis de Mariére

Quoi quitter ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Le service.

Le Marquis de Mariére

Ah ! C'est que vous me parlez toujours de votre Compagnie.

Le Chevalier de Saint-Léger

Hé ! Oui, vraiment.

Le Marquis de Mariére

C'est que je confondais.

Le Chevalier de Saint-Léger

Vous me promettez donc de suivre cette affaire ?

Le Marquis de Mariére

Je vous en réponds.

Le Chevalier de Saint-Léger

Il faut solliciter vivement.

Le Marquis de Mariére

Ne vous mettez pas en peine. Je sais comme il faut s'y prendre vis-à-vis de ces Messieurs. Je me ferai écrire partout ; il faut seulement que je sache le nom de votre Rapporteur, et j'irai moi-même...

Le Chevalier de Saint-Léger

Mais je n'ai point de Rapporteur ; que voulez-vous donc dire ?

Le Marquis de Mariére

Si vous n'avez pas encore de Rapporteur, il n'est pas temps de solliciter vos Juges.

Le Chevalier de Saint-Léger

Mes Juges ! À propos de quoi ?

Le Marquis de Mariére

Pour votre Procès.

Le Chevalier de Saint-Léger

Mais je n'ai point de procès.

Le Marquis de Mariére

Comment, ne m'avez-vous pas dit que vous voudriez que votre procès fût jugé avant votre départ pour la campagne ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Hé non, je vous ai toujours parlé d'une Compagnie de Cavalerie que je veux avoir.

Le Marquis de Mariére

Ah ! Oui, c'est vrai ; campagne, Compagnie ; c'est apparemment parce que ces deux mots se ressemblent, que j'ai brouillé tout cela.

Le Chevalier de Saint-Léger

Oui ; car je ne vous ai point parlé de procès.

Le Marquis de Mariére

Vous avez raison ; c'est la Comtesse qui en a un, et que je me suis chargé de suivre. C'est une femme charmante !

Le Chevalier de Saint-Léger

Je la connais.

Le Marquis de Mariére

Hé bien, que dites-vous de cette affaire-là ? Ne fais-je pas bien ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Quelle affaire ?

Le Marquis de Mariére

Est-ce que je ne vous ai pas dit que je l'épousais ?

Le Chevalier de Saint-Léger

Non, vraiment.

Le Marquis de Mariére

Cela me donne beaucoup d'affaires, comme vous voyez.

Le Chevalier de Saint-Léger

Et quand sera-ce ?

Le Marquis de Mariére

Mais je ne sais pas encore ; car voilà plusieurs fois que je viens ici pour lui en parler, et je ne sais comment cela se fait, je l'oublie toujours ; mais cette fois-ci, j'ai mis un papier dans ma boîte pour m'en souvenir.

Le Chevalier de Saint-Léger

Cela fait un mariage bien avancé.

Le Marquis de Mariére

Je ne sais pas si elle y consentira ; car il est difficile de la fixer longtemps sur le même objet. Quand vous lui parlez, elle semble vous écouter ; et elle est à cent lieues de-là.

Le Chevalier de Saint-Léger

Elle est peut-être distraite ?

Le Marquis de Mariére

Oui, elle est distraite ; c'est insupportable cela.

Le Chevalier de Saint-Léger

Oh ! Je vous en réponds !

Le Marquis de Mariére

Elle est comme le Vicomte de Montfort, qui a marié sa fille le mois passé ; hé bien, je n'aime pas ce mariage-là. Je les ai vu à l'Opéra ; c'est le plus pauvre Opéra ; il finit de bonne heure, on ne peut pas se promener ; mais pour cela, il n'y a que la campagne. Vous voyez bien que je ne me trompe pas de mot cette fois-ci, et que je ne dit pas Compagnie pour campagne.

Le Chevalier de Saint-Léger

Non, non ; mais j'attendrai que votre mariage soit fait, pour penser à mon affaire.

Le Marquis de Mariére

Oui, vous ferez bien ; parce que ce mariage, le procès de la Comtesse, tout cela m'occupe beaucoup ; on a mille lettres à répondre ; elle veut que je lise un roman nouveau : tout cela ne peut pas s'accorder ensemble, vous en conviendrez bien.

Le Chevalier de Saint-Léger

Sûrement. Je vous laisse.

Le Marquis de Mariére

Pourquoi ? Nous irions à l'Opéra ensemble.

Le Chevalier de Saint-Léger

Mais vous oubliez votre mariage.

Le Marquis de Mariére

Oui, c'est vrai ; cette diable d'affaire-là me tourne la tête ; je n'y pense jamais. Je ne vous reconduis pas.

Le Chevalier de Saint-Léger

Hé, non, non. Vous vous moquez de moi.

Scène 2

Le Marquis de Mariére, Le Blond

Le Marquis de Mariére

Hola ! Ho ! Quelqu'un !

Le Blond

Qu'est-ce que veut Monsieur le Marquis ?

Le Marquis de Mariére

Allons, donne-moi ma robe de chambre et mes pantoufles ; je veux me lever.

Le Blond

Vous badinez, Monsieur le Marquis.

Le Marquis de Mariére

Ah !... Oui, oui.

Le Blond

On a dit à Madame la Comtesse, que vous étiez ici ; et elle va venir.

Le Marquis de Mariére

Pourquoi cela ? Je m'en vais faire mettre mes chevaux, et j'irai chez elle.

Le Blond

Mais, Monsieur, vous y êtes chez elle.

Le Marquis de Mariére

Tu as raison ; c'est que je pensais...

Le Blond

Monsieur, voilà Madame.

Scène 3

La Comtesse de Belleroche, Le Blond, Le Marquis de Mariére, Victoire

La Comtesse de Belleroche

Le Blond, dites à Victoire de venir.

Le Blond

La voilà, Madame.

La Comtesse de Belleroche

C'est bon. Monsieur le Marquis, je suis enchantée de vous voir ; vous avez été hier de la distraction la plus divertissante du monde ; je vous aime à la folie comme cela.

Le Marquis de Mariére

Ce n'est pas là le moyen de m'en corriger, Madame ; au contraire. Cependant, comme on dit souvent, les contraires se rapprochent quelquefois.

La Comtesse de Belleroche

Mademoiselle, je veux absolument avoir ma robe.

Victoire

Oui, Madame.

Elle s'assied à sa toilette.

La Comtesse de Belleroche

Donnez-moi du rouge. Asseyez-vous donc, Marquis.

Le Marquis de Mariére

Mais vous ne m'écoutez pas, Madame.

La Comtesse de Belleroche

Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Ne parlez-vous pas des contraires ?

Le Marquis de Mariére

Des contraires ?

La Comtesse de Belleroche

Oui, vous avez dit quelque choses des contraires.

Le Marquis de Mariére

Des contraires ? N'est-ce pas des contrats, plutôt ?

La Comtesse de Belleroche

Cela peut bien être.

Le Marquis de Mariére

Vraiment, c'est que cela est vrai ; je ne l'oublierai pas cette fois-ci.

La Comtesse de Belleroche

Le Blond !

Le Blond

Madame ?

La Comtesse de Belleroche

Je ne sais plus ce que je voulais dire, avec vos Contrats.

Le Marquis de Mariére

Ah, je vous le dirai, moi , quand vous voudrez m'entendre.

La Comtesse de Belleroche

Je vous entends toujours avec plaisir.

Le Marquis de Mariére

Aurez-vous du monde, aujourd'hui ?

La Comtesse de Belleroche

Non, si vous voulez ; c'est même ce que je voulais dire. Le Blond, qu'on ne me laisse entrer personne.

Victoire

Je m'en vais le dire, Madame.

Le Marquis de Mariére

Je vous suis obligé ; parce que j'ai à vous parler très sérieusement.

La Comtesse de Belleroche

Ma belle-soeur, pourtant.

Victoire

Oui, Madame.

La Comtesse de Belleroche

Elle raffole de vous, Marquis.

Le Marquis de Mariére

Moi, je la trouve charmante ! Il y a des femmes comme cela, qui vous séduisent dès le premier moment qu'on les voit.

La Comtesse de Belleroche

Victoire, dites à Le Blond, qu'on laisse entrer aussi le Baron.

Victoire

Est-ce là tout ?

Le Marquis de Mariére

Ah, Madame ! Le Vicomte aussi, je vous en prie.

La Comtesse de Belleroche

Le Vicomte ? Eh bien, oui, le Vicomte ; je le veux bien.

Victoire

Je m'en vais le dire.

La Comtesse de Belleroche

Attendez. La liste d'hier.

Victoire

Mais, Madame a laissé entrer tout le monde.

La Comtesse de Belleroche

Vous le croyez ?

Victoire

J'en suis sûre.

La Comtesse de Belleroche

Hé bien, en ce cas-là tout le monde.

Victoire

Madame, aura-t-elle besoin de moi ?

La Comtesse de Belleroche

Non, non ; cependant ne vous éloignez pas.

Scène 4

Le Marquis de Mariére, La Comtesse de Belleroche

Le Marquis de Mariére

Vous aimez beaucoup le monde, Madame.

La Comtesse de Belleroche

Sans doute ; je ne connais que cela. Vous savez comme mon mari m'a rendu malheureuse, pendant trois ans, qu'il m'a tenue renfermée avec lui dans une de ses terres ?

Le Marquis de Mariére

Dans une de ses terres ?

La Comtesse de Belleroche

Oui vraiment ; être Trois ans, même pendant l'hiver à la campagne !

Le Marquis de Mariére

À la campagne ?

La Comtesse de Belleroche

Oui.

Le Marquis de Mariére

Cela me fait souvenir d'une Compagnie de Cavalerie que le Chevalier de Saint-Léger veut avoir.

La Comtesse de Belleroche

Est-ce qu'il est à Paris, le Chevalier ?

Le Marquis de Mariére

Oui, Madame, il est arrivé avant hier, le jour de ce grand orage ; c'est là ce qui a dérangé le temps, sûrement.

La Comtesse de Belleroche

J'en suis très fâchée, car il ne peut pas y avoir de Tuileries aujourd'hui ; et je les aime beaucoup.

Le Marquis de Mariére

Aimez-vous aussi les truites, Madame ?

La Comtesse de Belleroche

Comment, les truites ?

Le Marquis de Mariére

Oui, j'en ai mangé à Genève ; c'est excellent.

La Comtesse de Belleroche

Ah, ah, ah ! Marquis, vous êtes délicieux !

Le Marquis de Mariére

Oui, c'est délicieux ; c'est ce que je disais ; il vous a fait bien rire hier, n'est-ce pas ?

La Comtesse de Belleroche

Comment ? Qui ?

Le Marquis de Mariére

Le Vicomte ; n'est-ce pas de lui que vous me parliez ?

La Comtesse de Belleroche

Ah, ah, ah, ah ! À merveilles !

Le Marquis de Mariére

Je le croyais. Je me trompe quelquefois ; et c'est insupportable.

Elle cherche quelque chose.

La Comtesse de Belleroche

Non, non ; je vous trouve charmant comme cela. Ah ! Je n'en puis plus.

Le Marquis de Mariére

Qu'est-ce que vous voulez ? Du tabac ? J'en ai de bon.

La Comtesse de Belleroche

Oui, donnez ?

Le Marquis de Mariére

Ah, j'oubliais bien !

La Comtesse de Belleroche

Quoi ?

Le Marquis de Mariére

Vous voyez bien ce papier-là ; devinez.

La Comtesse de Belleroche

Je ne sais pas deviner ; dites-moi tout de suite.

Le Marquis de Mariére

C'est que si vous voulez vous remarier...

La Comtesse de Belleroche

Hé bien, avec qui ?

Le Marquis de Mariére

Qu'est-ce que vous cherchez encore ?

La Comtesse de Belleroche

Parlez, parlez toujours.

Le Marquis de Mariére

Vous seriez la plus heureuse femme du monde, avec moi.

La Comtesse de Belleroche

Avec vous ?

Le Marquis de Mariére

Oh, sûrement.

La Comtesse de Belleroche

Je ne le trouve pas ; c'est inconcevable !

Le Marquis de Mariére

Qu'est ce que vous cherchez donc là ?

La Comtesse de Belleroche

Un papier que j'avais tout-à-l heure.

Le Marquis de Mariére

Est-ce une chose de conséquence ?

La Comtesse de Belleroche

Oui, et non. C'est une chanson.

Le Marquis de Mariére

J'en ai un recueil ; si vous voulez, je vous le prêterai ; il est très complet depuis 1650.

La Comtesse de Belleroche

C'est une chanson nouvelle.

Le Marquis de Mariére

Il y en a beaucoup dedans.

La Comtesse de Belleroche

Des chansons nouvelles ?

Le Marquis de Mariére

Oui, pour ce temps-là.

La Comtesse de Belleroche

De 1650. Ah, ah, ah, ah ! Vous êtes toujours le même !

Le Marquis de Mariére

Oui, je suis constant ; cela ne réussit pas toujours, comme vous savez, avec les femmes.

La Comtesse de Belleroche

Est-ce que vous avez à vous plaindre des femmes, vous, Marquis ?

Le Marquis de Mariére

Pourquoi pas ? À propos de constance, vous souvenez-vous de cet air là, que chante un berger, dans cet Opéra qu'on nous a donné ?...

La Comtesse de Belleroche

Silvie ?

Il chante.

Le Marquis de Mariére

J'aimerais mieux cent fois, perdre tous mes plaisirs, Que de les payer de vos larmes. Oui, Silvie.

La Comtesse de Belleroche

Vous chantez à ravir !

Scène 5

Le Blond, La Comtesse de Belleroche, Le Marquis de Mariére

Le Blond

Madame, vos chevaux sont mis.

La Comtesse de Belleroche

C'est bon.

Le Marquis de Mariére

Est-ce que vous allez sortir ?

La Comtesse de Belleroche

Oui, je m'en vais à la Comédie-Italienne.

Le Marquis de Mariére

Je ne veux pas vous retenir plus longtemps.

La Comtesse de Belleroche

Ne venez-vous pas avec moi ?

Le Marquis de Mariére

Non, je ne sortirai pas aujourd'hui ; j'attends quelqu'un à qui j'ai à parler d'affaires.

La Comtesse de Belleroche

Ici ?

Le Marquis de Mariére

Oui. Et ! À propos ; c'est à vous.

La Comtesse de Belleroche

À moi ?

Le Marquis de Mariére

Oui ; mais ne vous l'ai-je pas dit donc ?

La Comtesse de Belleroche

Quoi ?

Le Marquis de Mariére

Que j'avais la plus grande envie de vous épouser.

La Comtesse de Belleroche

Je ne sais pas. Quand ?

Le Marquis de Mariére

Aujourd'hui. Je ne suis venu ici, que pour cela.

La Comtesse de Belleroche

Je ne m'en souviens pas.

Le Marquis de Mariére

Mais, à quoi donc pensez-vous ? Il me semble pourtant...

La Comtesse de Belleroche

Dites.

Le Marquis de Mariére

Que je vous ai chanté un air de Silvie.

La Comtesse de Belleroche

Venez, venez à la Comédie ; vous en apprendrez d'autres.

Le Marquis de Mariére

C'est vrai, cela ; car j'aime la Musique, et je retiens tous les airs.

La Comtesse de Belleroche

Le Blond, cherchez une chanson qui était sur ma toilette.

Le Blond

Oui, Madame.

La Comtesse de Belleroche

Où allez-vous donc, Marquis ?

Le Marquis de Mariére

Ah, c'est que je croyais être chez moi ; et j'allais... Je vous demande bien pardon.

Explication du Proverbe : 33. L'on ne saurait penser à tout.

La Comtesse de Belleroche

Allons, allons-nous-en.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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