Proverbe · 1768

Le faux empoisonnement

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 17 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
153
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Marquise de Rouviere F 66 ≈ 8 min 10
Le Comte de Belville H 48 ≈ 5 min 9
Julie F 26 ≈ 3 min 5
Lafleur H 6 ≈ 1 min 2
Monsieur Marcellin H 5 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
La Marquise de Rouviere absentabsentabsent
Le Comte de Belville absentabsentabsentabsent
Julie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lafleur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Marcellin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Julie, La Marquise de Rouviere

Julie

En vérité, Madame, je ne vous reconnais plus ! Vous qui n'avez jamais eu la moindre humeur, qui ne voyez rien que sous une forme plaisante, vous soupirez, vous êtes languissante, abattue, je n'y comprends rien. Vous êtes veuve et jeune, vous aimez le Comte de Belville , vous êtes sure qu'il vous adore...

La Marquise de Rouviere

Ah, Julie, que dis-tu ?

Julie

Quoi, pourriez-vous douter de son amour ?

La Marquise de Rouviere

J'ai de cruels soupçons.

Julie

Lui, dont vous faites la fortune, sur le point de l'épouser, de quoi pourriez-vous le soupçonner ? C'est lui faire injure ; peut-on outrager ainsi quelqu'un que l'on aime ? Non Madame , je ne saurais le croire ingrat.

La Marquise de Rouviere

Si je pouvais justifier sa conduite avec moi, ne l'aurais-je pas déjà fait ; mais sa fraîcheur, son peu d'empressement, tout m'a fait craindre le malheur qui m'arrive ; non, le Comte ne m'aime plus.

Julie

Mais, Madame, je ne vois pas où est la froideur dont vous l'accusez.

La Marquise de Rouviere

Tu n'as pas remarqué qu'il est moins occupé de moi, qu'il est rêveur, distrait, contraint ; est-ce là de l'amour ?

Julie

Il est sûr de votre coeur ; les hommes quelquefois veulent être tourmentés et si vous vouliez lui donner un peu de jalousie...

La Marquise de Rouviere

Quelle misère ! J'irais employer de pareils moyens pour le la mener , j'irais flatter l'amour-propre d'un homme que je n'aimerais pas, pour tourmenter celui que j'aime.

Julie

C'est prendre sa revanche, il vous tourmente bien : mais faites une chose plutôt, si vous croyez avoir à vous plaindre de lui, pourquoi ne pas lui parler à coeur ouvert ? Vous vous éviteriez peut-être bien des peines. Quand on s'aime véritablement, peut-on manquer de confiance l'un pour l'autre ?

La Marquise de Rouviere

Et s'il a le projet de me trahir, s'il en épouse une autre, à quoi me serviront les reproches ?

Julie

Vous pourriez croire qu'il vous abandonnerait ?

La Marquise de Rouviere

Je le crains, te dis-je. Il voit souvent Madame de Méranci, elle est veuve comme moi, beaucoup plus riche, alliée à des gens puissants, tout me fait craindre...

Julie

Ah, Madame , serait-il possible ?...

La Marquise de Rouviere

Quoi ?

Julie

Elle se marie, j'en suis sûre ; mais le nom de celui qu'elle épouse est un secret.

La Marquise de Rouviere

C'est lui, je n'en doute plus ! Ah, Julie !

Julie

Madame, je le saurai, si vous le voulez.

La Marquise de Rouviere

Il a plus d'ambition que d'amour !

Julie

Madame, consentez...

La Marquise de Rouviere

Madame de Brécy, doit m'instruire de tout ; je veux lorsqu'il viendra, l'observer encore mieux, le pousser à bout, et s'il me vient des éclaircissements qui ne me laissent plus douter de son projet, je lui dirai tout ce que je saurai, je veux le confondre et le détester après.

Julie

Ce sera très bien fait, Madame, au lieu de vous laisser dépérir : il faut prendre un parti qui vous sauve du désespoir.

La Marquise de Rouviere

Et en le détestant, en serai-je moins malheureuse ?

Julie

J'entends quelqu'un, c'est peut-être lui.

Scène 2

Lafrance, La Marquise de Rouviere, Julie, Le Comte de Belville

Lafrance

Monsieur le Comte de Belville.

La Marquise de Rouviere

Julie, restez ici, et observez-le.

Julie

Oui, Madame.

La Marquise de Rouviere

Ah, Comte ; c'est vous ?

Le Comte de Belville

Madame , je me reprochais d'avoir passé hier la journée sans vous voir , j'ai été à la campagne et j'ai voulu m'en dédommager aujourd'hui en venant de bonne heure.

Julie

Vous devez être contente.

La Marquise de Rouviere

Vous avez été à la campagne ? Vous ne m'en aviez rien dit.

Il s'assied.

Le Comte de Belville

Je l'avais oublié. Je craignais de ne vous pas trouver aujourd'hui.

La Marquise de Rouviere

Pourquoi cela ? Vous deviez être bien sûr de l'impatience que j'aurais de vous voir ; quand on aime véritablement, qui peut nous intéresser assez vivement, pour le préférer à l'objet de notre amour ?

Le Comte de Belville

Ceci n'est pas un reproche, j'espère ?

La Marquise de Rouviere

Non, pourquoi vous en ferais-je ? Vous n'en méritez sûrement pas.

Le Comte de Belville

Non, Madame. Et je crois que vous me rendez trop de justice pour penser autrement de moi.

La Marquise de Rouviere

S'il m'arrivait jamais de pouvoir vous soupçonner d'infidélité, je me le reprocherais comme un crime.

Il se lève.

Le Comte de Belville

Oui.... vous avez raison.... C'en serait un à vous.

La Marquise de Rouviere

Où allez-vous donc?

Le Comte de Belville

Je reviendrai ; c'est que ....

La Marquise de Rouviere

Comte ?

Le Comte de Belville

Madame ?

La Marquise de Rouviere

Je connais votre impatience...

Le Comte de Belville

Mon impatience ?

La Marquise de Rouviere

Oui, la contrariété vous est insupportable. Je le sais.

Le Comte de Belville

Je ne vois pas à propos de quoi vous me dites cela.

La Marquise de Rouviere

Cependant je n'ai point à me plaindre de vous, vous avez eu l'attention de me cachet combien elle vous faisait souffrir.

Le Comte de Belville

Mais... sûrement.

Scène 3

Lafrance, Julie, La Marquise de Rouviere

Lafrance

On demande, Mademoiselle Julie.

Julie

Madame, n'a pas besoin de moi ?

La Marquise de Rouviere

Non, voyez ce que c'est.

Scène 4

La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville

La Marquise de Rouviere

Asseyez-vous donc.

Le Comte de Belville

Comme vous voudrez.

La Marquise de Rouviere

Les retardements qui se sont opposés à notre mariage ne m'ont point inquiétée ; parce qu'il ne me rendra pas plus sûr de votre coeur que je le suis.

Le Comte de Belville

Il est vrai que si j'ai cessé de me plaindre ; c'est que j'ai craint de vous déplaire par cette même impatience, voilà ce qui m'a fait garder le silence jusqu'à présent.

La Marquise de Rouviere

Je m'en étais doutée et sans vous le dire ; j'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour hâter se moment que nous désirons : les formalités nécessaires seront terminées dans peu de jours.

Le Comte de Belville

Dans peu de jours ?

La Marquise de Rouviere

Oui, Comte, on vient de me l'annoncer.

Le Comte de Belville

Vous me ravissez, je craignais les obstacles que le temps amène quelquefois.

La Marquise de Rouviere

Il n'y en aura plus , Comte, et nous serons enfin heureux.

Le Comte de Belville

Oui, très heureux. Cependant , je crains pour votre santé. Il me semble que depuis quelque temps vous n'êtes pas bien.

La Marquise de Rouviere

C'est peu de chose, et le plaisir de me voir entièrement à vous, me remettra bientôt.

Le Comte de Belville

Je crois que vous ne doutez pas combien je désire que rien ne retarde mon bonheur ?

La Marquise de Rouviere

J'en fuis persuadée. Vous avez quelque chose à faire, Comte ?

Le Comte de Belville

Oui, cela ne sera pas long.

La Marquise de Rouviere

Revenez tout de suite.

Le Comte de Belville

Oui, Madame.

La Marquise de Rouviere

Vous me le promettez ?

Il sort.

Le Comte de Belville

Sûrement ; que voulez-vous que je fasse quand je ne vous vois pas ?

La Marquise de Rouviere

Mon sort est donc décidé ! Avec quelle froideur il a reçu ce que je lui ai dit ! Ah !

Scène 5

La Marquise de Rouviere, Julie

La Marquise de Rouviere

Eh bien, Julie, ce que je craignais, n'est que trop vrai !

La Marquise prend la lettre.

Julie

Ah, Madame; je ne saurais vous rassurer ; Voici une lettre de Madame de Brécy, qu'elle m'a fait donner pour vous remettre lorsque vous seriez seule ; je crains bien...

La Marquise de Rouviere

Il n'y a donc plus à en douter, l'ingrat épouse Madame de Méranci ! Je me meurs !

Julie

Ah, Madame, pourquoi vous ai-je donné cette lettre ?

Elle se lève.

La Marquise de Rouviere

Le Perfide ! Non ; je ne l'aime plus, je rougis même de l'avoir autant aimé.

Julie

C'est bien fait, Madame, oubliez-le et pour toujours.

La Marquise de Rouviere

Pour toujours ! Que je l'oublie, moi, Julie !

Julie

Espérez tout du temps.

La Marquise de Rouviere

Ah, j'en mourrai ! Il jouira du fruit de son crime et il sera sans doute charmé de se voir à l'abri de mes reproches.

Julie

Mais, Madame , si vous essayez de le retirer de cet égarement ?

La Marquise de Rouviere

Que ne lui ai-je pas sacrifié ! Mais c'était moi que je satisfaisais ; quand je le préférais à tout au monde, il avait cessé de m'aimer, il me trompait ; mais non, je me trompais moi-même, je croyais lire au fond de son coeur ce que ses yeux ne me disaient plus.

Julie

Eh bien, Madame, ne le revoyez point.

La Marquise de Rouviere

Ne crains pas que je lui montre ma douleur, son parti est pris, ce serait peut-être pour lui un triomphe. Vengeons-nous plutôt ; le mépris seul suffirait ; mais je ne saurais trop lui rendre les inquiétudes qu'il m'a données.

Julie

Comment ?

La Marquise de Rouviere

Tu vas approuver mon projet.

Julie

Si vous le bannissez de votre coeur, Madame, c'est tout ce que vous pouvez faire de mieux.

La Marquise de Rouviere

Oui, je l'en bannirai, je te le promets ; mais je veux lui faire éprouver un tourment singulier. Il va revenir, fais préparer quelques tasses de glaces ; je lui en ferai prendre, et je veux qu'il se croie empoisonné : pour lors je l'abandonnerai à toutes les horreurs que lui causera cette crainte.

Julie

Cette vengeance est encore trop douce.

La Marquise de Rouviere

On vient, c'est lui peut-être, va t-en. Faisons tous nos efforts pour nous contraindre jusqu'au moment d'éclater.

Scène 6

La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville

La Marquise de Rouviere

Vous êtes de parole, Comte.

Le Comte de Belville

Il n'y a pas de mérite. Vous aviez quelque chose à me dire, à ce qu'il m'a semblé tantôt.

La Marquise de Rouviere

Oui ; d'ailleurs j'étais bien aise de vous revoir. Je voulais vous demander si vous iriez encore bientôt à la campagne ?

Le Comte de Belville

Oui, Madame, j'irai chez mon frère.

La Marquise de Rouviere

Chez votre frère ?

Le Comte de Belville

Oui, il m'a mandé qu'il avait absolument besoin de moi, et je compte y aller passer quelques jours.

La Marquise de Rouviere

Chez lui ?

Le Comte de Belville

Oui, à Dorci.

Scène 7

Julie, La Marquise de Rouviere

Julie

Madame, veut-elle les glaces qu'elle a demandées ?

On met les glaces sur une table proche de la Marquise.

La Marquise de Rouviere

Oui, le Comte en prendra. Tenez, mettez-les là et laissez-nous.

Scène 8

La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville

La Marquise de Rouviere

Eh bien, Comte, pourquoi donc ne prenez-vous pas de glaces ?

Le Comte de Belville

Je ne m'en soucie pas.

Elle lui donne une tasse de glaces.

La Marquise de Rouviere

Allons, je veux que vous preniez cette tasse.

Il prend la tasse de glaces.

Le Comte de Belville

Tout comme il vous plaira.

La Marquise de Rouviere

Comptez-vous souper avec moi ce soir ?

Le Comte de Belville

Ce soir ?

La Marquise de Rouviere

Oui, ce soir. Qu'est-ce que cette question a d'extraordinaire ?

Le Comte de Belville

Rien. Oui, Madame, j'y souperai.

La Marquise de Rouviere

Vous y souperez ? je vous réponds bien que non.

Le Comte de Belville

Ô Ciel, aurait-elle deviné ?... Madame, il est vrai que j'ai voulu vous cacher que je partais ce soir ; de crainte de vous affliger.

La Marquise de Rouviere

De crainte de m'affliger ?

Le Comte de Belville

Oui, Madame, j'ai craint la douleur que peut causer une séparation, quoique de peu de jours, quand on aime aussi vivement que...

La Marquise de Rouviere

Quoi, vous pouvez feindre à ce point-là ! Pourquoi affecter une tendresse que vous ne sentez plus ?

Le Comte de Belville

Moi, Madame ? Je veux mourir...

La Marquise de Rouviere

Vous n'allez pas chez le Baron de Granvilliers ? Vous vous troublez. Ce n'est pas tout, il doit vous présenter à la Marquise de Méranci, que vous allez épouser.

Le Comte de Belville

Ah, Madame, vous pouvez me soupçonner d'une pareille perfidie ?

La Marquise de Rouviere

Vous avez l'audace de nier ?

Le Comte de Belville

Permettez...

La Marquise de Rouviere

Non, arrêtez et écoutez-moi, je le veux.

Le Comte de Belville

Eh bien, accablez-moi, Madame, je le mérite ; mais si vous saviez....

La Marquise de Rouviere

Taisez-vous. Rien ne peut vous justifier, non : depuis longtemps je ne vois en vous que de la froideur, on ne trompe point un coeur sensible et délicat, sans qu'il s'en aperçoive ; je n'ai pas voulu me plaindre, je me suis même flatté d'un retour que vous deviez à l'amour le plus tendre ; c'était vainement, je ne vous en ferai point de reproches, vous ne méritez pas que je m'abaisse jusqu'à ce point-là, je reconnais que vous êtes indigne de ma tendresse, et je ne vous aime plus.

Le Comte de Belville

Vous ne m'aimez plus !

La Marquise de Rouviere

Non ; mais je dois une vengeance à l'Amour outragé, elle est remplie : je viens de vous empoisonner ainsi que moi, en prenant des glaces.

Le Comte de Belville

Que dites-vous ? Quoi !...

La Marquise de Rouviere

Mais, vous me survivrez, je n'ai rien épargné pour hâter l'instant de ma mort. Adieu.

Scène 9

Le Comte de Belville

Le Comte de Belville

Quelle funeste vengeance ! Quoi, nous péririons tous les deux ! Ô Ciel, qui nous secourra ? Oh là quelqu'un ? Malheureux que je fuis ! Lafleur, Lafleur.

Scène 10

Lafleur, Le Comte de Belville

Lafleur

Monsieur, tout est prêt, et vous pourrez partir quand il vous plaira, je n'ai pas perdu de temps, comme vous voyez.

Le Comte de Belville

Ah, Lafleur, du secours ; c'est fait de moi, du secours, un médecin.

Lafleur

Qu'avez-vous donc ?

Le Comte de Belville

Eh, ne perds pas un instant ; un Médecin ; va, cours promptement.

Lafleur

Monsieur Marcelin, le Médecin de la maison est ici.

Le Comte de Belville

Va donc le chercher, ou crains...

Lafleur

Mais si vous vouliez me dire...

Le Comte de Belville

Eh va donc, le mal commence, je sens que je m'affaiblis.

Lafleur

Je crois qu'il est devenu fou.

Scène 11

Le Comte de Belville

Le Comte de Belville

Je crois déjà voir la mort s'emparer de moi ; oui je sens agir le poison. Ah, malheureuse femme ! Elle périt aussi, et c'est son amour pour moi qui est cause... ma tête s'embarrasse, il me semble que ma vue se trouble, je vois moins clair assurément. Je n'entends rien qu'un bourdonnement. Ô Dieux, quel sort j'éprouve !

Scène 12

Monsieur Marcellin, Lafleur, Le Comte de Belville, La Marquise de Rouviere

Monsieur Marcellin

Mais encore, quel mal a-t-il votre Maître ?

Lafleur

Monsieur, je n'en sais rien, je crois qu'il est enragé.

Monsieur Marcellin

Enragé ?

Le Comte de Belville

Monsieur Marcelin, j'attends de vous la vie.

Monsieur Marcellin

Ah, Monsieur le Comte, je vous en prie, ne m'approchez pas.

Le Comte de Belville

Quoi, Madame, vous-voulez mourir absolument ? Ah , laissez-moi expier mon crime et vivez ; mais que je n'emporte pas dans le tombeau la douleur d'avoir causé votre perte.

Monsieur Marcellin

Vous ne mourrez ni l'un ni l'autre, fiez-vous à moi ; Madame, ne différez plus...

La Marquise de Rouviere

Monsieur Marcelin, je vous remercie de votre empressement et de vos soins , ils sont inutiles ; nous ne sommes point empoisonnés ; non , Monsieur , ne craignez plus rien, j'ai voulu vous en faire la peur ; voilà toute la vengeance que je veux tirer de votre perfidie.

Le Comte de Belville

Je n'ai plus rien à craindre pour vous, je respire !

Il sort ainsi que Julie et Lafleur.

Monsieur Marcellin

Actuellement, Monsieur et Madame, je vois que je ne vous suis bon à rien et je vous donne le bon soir.

Scène Dernière

Le Comte de Belville, La Marquise de Rouviere

Le Comte de Belville

Ah, Madame, arrêtez, je vous en supplie. Quoi, vous pourriez m'abandonner ? Serait-il possible que mon repentir ne pût parvenir à vous toucher ? Ah, croyez qu'il n'est rien....

La Marquise de Rouviere

Non, Monsieur, vous m'êtes devenu entièrement indifférent, je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je souhaite même que les noeuds que vous allez former puissent faire votre bonheur.

Le Comte de Belville

Mon bonheur ! Ah, Madame, il n'en est plus pour moi, si vous ne me donnez l'espoir de pouvoir vous mériter un jour, oui, je vais percer ce coeur que vous croyez qui a pu vouloir vous offenser ; c'est une erreur où il n'a point de part ; rien au monde ne peut lui tenir lieu de vous, sans vous, la vie ne peut que m'être odieuse ; mes torts n'ont servi qu'à me faire connaître que je perds tout en vous perdant.

La Marquise de Rouviere

C'est vainement que vous tenteriez de vouloir me persuader, votre coeur vous avait trompé, vous aviez crû pouvoir m'aimer toujours, vous pouvez le croire encore dans ce moment ; mais mon malheur ne serait que retardé, si je me rendais à vos instances, si je pouvais vous rendre mon coeur.

Le Comte de Belville

Quoi, vous avez pu réellement cesser de m'aimer ? Ah, Madame, je ne le saurais croire je connais trop la délicatesse de votre âme, et cette dernière action m'a bien prouvé que vous ne vouliez point ma perte. Regardez-moi, Madame, regardez-moi, je vous en supplie, si vos yeux sont d'accord avec votre bouche, cet instant sera le dernier de ma vie.

La Marquise de Rouviere

Ah, Comte ! Mériterez-vous le pardon que vous m'arrachez ?

Le Comte de Belville

Ma reconnaissance égalera toujours mon amour.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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