Scène 1
Julie, La Marquise de Rouviere
Julie
En vérité, Madame, je ne vous reconnais plus ! Vous qui n'avez jamais eu la moindre humeur, qui ne voyez rien que sous une forme plaisante, vous soupirez, vous êtes languissante, abattue, je n'y comprends rien. Vous êtes veuve et jeune, vous aimez le Comte de Belville , vous êtes sure qu'il vous adore...
La Marquise de Rouviere
Ah, Julie, que dis-tu ?
Julie
Quoi, pourriez-vous douter de son amour ?
La Marquise de Rouviere
J'ai de cruels soupçons.
Julie
Lui, dont vous faites la fortune, sur le point de l'épouser, de quoi pourriez-vous le soupçonner ? C'est lui faire injure ; peut-on outrager ainsi quelqu'un que l'on aime ? Non Madame , je ne saurais le croire ingrat.
La Marquise de Rouviere
Si je pouvais justifier sa conduite avec moi, ne l'aurais-je pas déjà fait ; mais sa fraîcheur, son peu d'empressement, tout m'a fait craindre le malheur qui m'arrive ; non, le Comte ne m'aime plus.
Julie
Mais, Madame, je ne vois pas où est la froideur dont vous l'accusez.
La Marquise de Rouviere
Tu n'as pas remarqué qu'il est moins occupé de moi, qu'il est rêveur, distrait, contraint ; est-ce là de l'amour ?
Julie
Il est sûr de votre coeur ; les hommes quelquefois veulent être tourmentés et si vous vouliez lui donner un peu de jalousie...
La Marquise de Rouviere
Quelle misère ! J'irais employer de pareils moyens pour le la mener , j'irais flatter l'amour-propre d'un homme que je n'aimerais pas, pour tourmenter celui que j'aime.
Julie
C'est prendre sa revanche, il vous tourmente bien : mais faites une chose plutôt, si vous croyez avoir à vous plaindre de lui, pourquoi ne pas lui parler à coeur ouvert ? Vous vous éviteriez peut-être bien des peines. Quand on s'aime véritablement, peut-on manquer de confiance l'un pour l'autre ?
La Marquise de Rouviere
Et s'il a le projet de me trahir, s'il en épouse une autre, à quoi me serviront les reproches ?
Julie
Vous pourriez croire qu'il vous abandonnerait ?
La Marquise de Rouviere
Je le crains, te dis-je. Il voit souvent Madame de Méranci, elle est veuve comme moi, beaucoup plus riche, alliée à des gens puissants, tout me fait craindre...
Julie
Ah, Madame , serait-il possible ?...
La Marquise de Rouviere
Quoi ?
Julie
Elle se marie, j'en suis sûre ; mais le nom de celui qu'elle épouse est un secret.
La Marquise de Rouviere
C'est lui, je n'en doute plus ! Ah, Julie !
Julie
Madame, je le saurai, si vous le voulez.
La Marquise de Rouviere
Il a plus d'ambition que d'amour !
Julie
Madame, consentez...
La Marquise de Rouviere
Madame de Brécy, doit m'instruire de tout ; je veux lorsqu'il viendra, l'observer encore mieux, le pousser à bout, et s'il me vient des éclaircissements qui ne me laissent plus douter de son projet, je lui dirai tout ce que je saurai, je veux le confondre et le détester après.
Julie
Ce sera très bien fait, Madame, au lieu de vous laisser dépérir : il faut prendre un parti qui vous sauve du désespoir.
La Marquise de Rouviere
Et en le détestant, en serai-je moins malheureuse ?
Julie
J'entends quelqu'un, c'est peut-être lui.
Scène 2
Lafrance, La Marquise de Rouviere, Julie, Le Comte de Belville
Lafrance
Monsieur le Comte de Belville.
La Marquise de Rouviere
Julie, restez ici, et observez-le.
Julie
Oui, Madame.
La Marquise de Rouviere
Ah, Comte ; c'est vous ?
Le Comte de Belville
Madame , je me reprochais d'avoir passé hier la journée sans vous voir , j'ai été à la campagne et j'ai voulu m'en dédommager aujourd'hui en venant de bonne heure.
Julie
Vous devez être contente.
La Marquise de Rouviere
Vous avez été à la campagne ? Vous ne m'en aviez rien dit.
Il s'assied.
Le Comte de Belville
Je l'avais oublié. Je craignais de ne vous pas trouver aujourd'hui.
La Marquise de Rouviere
Pourquoi cela ? Vous deviez être bien sûr de l'impatience que j'aurais de vous voir ; quand on aime véritablement, qui peut nous intéresser assez vivement, pour le préférer à l'objet de notre amour ?
Le Comte de Belville
Ceci n'est pas un reproche, j'espère ?
La Marquise de Rouviere
Non, pourquoi vous en ferais-je ? Vous n'en méritez sûrement pas.
Le Comte de Belville
Non, Madame. Et je crois que vous me rendez trop de justice pour penser autrement de moi.
La Marquise de Rouviere
S'il m'arrivait jamais de pouvoir vous soupçonner d'infidélité, je me le reprocherais comme un crime.
Il se lève.
Le Comte de Belville
Oui.... vous avez raison.... C'en serait un à vous.
La Marquise de Rouviere
Où allez-vous donc?
Le Comte de Belville
Je reviendrai ; c'est que ....
La Marquise de Rouviere
Comte ?
Le Comte de Belville
Madame ?
La Marquise de Rouviere
Je connais votre impatience...
Le Comte de Belville
Mon impatience ?
La Marquise de Rouviere
Oui, la contrariété vous est insupportable. Je le sais.
Le Comte de Belville
Je ne vois pas à propos de quoi vous me dites cela.
La Marquise de Rouviere
Cependant je n'ai point à me plaindre de vous, vous avez eu l'attention de me cachet combien elle vous faisait souffrir.
Le Comte de Belville
Mais... sûrement.
Scène 3
Lafrance, Julie, La Marquise de Rouviere
Lafrance
On demande, Mademoiselle Julie.
Julie
Madame, n'a pas besoin de moi ?
La Marquise de Rouviere
Non, voyez ce que c'est.
Scène 4
La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville
La Marquise de Rouviere
Asseyez-vous donc.
Le Comte de Belville
Comme vous voudrez.
La Marquise de Rouviere
Les retardements qui se sont opposés à notre mariage ne m'ont point inquiétée ; parce qu'il ne me rendra pas plus sûr de votre coeur que je le suis.
Le Comte de Belville
Il est vrai que si j'ai cessé de me plaindre ; c'est que j'ai craint de vous déplaire par cette même impatience, voilà ce qui m'a fait garder le silence jusqu'à présent.
La Marquise de Rouviere
Je m'en étais doutée et sans vous le dire ; j'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour hâter se moment que nous désirons : les formalités nécessaires seront terminées dans peu de jours.
Le Comte de Belville
Dans peu de jours ?
La Marquise de Rouviere
Oui, Comte, on vient de me l'annoncer.
Le Comte de Belville
Vous me ravissez, je craignais les obstacles que le temps amène quelquefois.
La Marquise de Rouviere
Il n'y en aura plus , Comte, et nous serons enfin heureux.
Le Comte de Belville
Oui, très heureux. Cependant , je crains pour votre santé. Il me semble que depuis quelque temps vous n'êtes pas bien.
La Marquise de Rouviere
C'est peu de chose, et le plaisir de me voir entièrement à vous, me remettra bientôt.
Le Comte de Belville
Je crois que vous ne doutez pas combien je désire que rien ne retarde mon bonheur ?
La Marquise de Rouviere
J'en fuis persuadée. Vous avez quelque chose à faire, Comte ?
Le Comte de Belville
Oui, cela ne sera pas long.
La Marquise de Rouviere
Revenez tout de suite.
Le Comte de Belville
Oui, Madame.
La Marquise de Rouviere
Vous me le promettez ?
Il sort.
Le Comte de Belville
Sûrement ; que voulez-vous que je fasse quand je ne vous vois pas ?
La Marquise de Rouviere
Mon sort est donc décidé ! Avec quelle froideur il a reçu ce que je lui ai dit ! Ah !
Scène 5
La Marquise de Rouviere, Julie
La Marquise de Rouviere
Eh bien, Julie, ce que je craignais, n'est que trop vrai !
La Marquise prend la lettre.
Julie
Ah, Madame; je ne saurais vous rassurer ; Voici une lettre de Madame de Brécy, qu'elle m'a fait donner pour vous remettre lorsque vous seriez seule ; je crains bien...
La Marquise de Rouviere
Il n'y a donc plus à en douter, l'ingrat épouse Madame de Méranci ! Je me meurs !
Julie
Ah, Madame, pourquoi vous ai-je donné cette lettre ?
Elle se lève.
La Marquise de Rouviere
Le Perfide ! Non ; je ne l'aime plus, je rougis même de l'avoir autant aimé.
Julie
C'est bien fait, Madame, oubliez-le et pour toujours.
La Marquise de Rouviere
Pour toujours ! Que je l'oublie, moi, Julie !
Julie
Espérez tout du temps.
La Marquise de Rouviere
Ah, j'en mourrai ! Il jouira du fruit de son crime et il sera sans doute charmé de se voir à l'abri de mes reproches.
Julie
Mais, Madame , si vous essayez de le retirer de cet égarement ?
La Marquise de Rouviere
Que ne lui ai-je pas sacrifié ! Mais c'était moi que je satisfaisais ; quand je le préférais à tout au monde, il avait cessé de m'aimer, il me trompait ; mais non, je me trompais moi-même, je croyais lire au fond de son coeur ce que ses yeux ne me disaient plus.
Julie
Eh bien, Madame, ne le revoyez point.
La Marquise de Rouviere
Ne crains pas que je lui montre ma douleur, son parti est pris, ce serait peut-être pour lui un triomphe. Vengeons-nous plutôt ; le mépris seul suffirait ; mais je ne saurais trop lui rendre les inquiétudes qu'il m'a données.
Julie
Comment ?
La Marquise de Rouviere
Tu vas approuver mon projet.
Julie
Si vous le bannissez de votre coeur, Madame, c'est tout ce que vous pouvez faire de mieux.
La Marquise de Rouviere
Oui, je l'en bannirai, je te le promets ; mais je veux lui faire éprouver un tourment singulier. Il va revenir, fais préparer quelques tasses de glaces ; je lui en ferai prendre, et je veux qu'il se croie empoisonné : pour lors je l'abandonnerai à toutes les horreurs que lui causera cette crainte.
Julie
Cette vengeance est encore trop douce.
La Marquise de Rouviere
On vient, c'est lui peut-être, va t-en. Faisons tous nos efforts pour nous contraindre jusqu'au moment d'éclater.
Scène 6
La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville
La Marquise de Rouviere
Vous êtes de parole, Comte.
Le Comte de Belville
Il n'y a pas de mérite. Vous aviez quelque chose à me dire, à ce qu'il m'a semblé tantôt.
La Marquise de Rouviere
Oui ; d'ailleurs j'étais bien aise de vous revoir. Je voulais vous demander si vous iriez encore bientôt à la campagne ?
Le Comte de Belville
Oui, Madame, j'irai chez mon frère.
La Marquise de Rouviere
Chez votre frère ?
Le Comte de Belville
Oui, il m'a mandé qu'il avait absolument besoin de moi, et je compte y aller passer quelques jours.
La Marquise de Rouviere
Chez lui ?
Le Comte de Belville
Oui, à Dorci.
Scène 7
Julie, La Marquise de Rouviere
Julie
Madame, veut-elle les glaces qu'elle a demandées ?
On met les glaces sur une table proche de la Marquise.
La Marquise de Rouviere
Oui, le Comte en prendra. Tenez, mettez-les là et laissez-nous.
Scène 8
La Marquise de Rouviere, Le Comte de Belville
La Marquise de Rouviere
Eh bien, Comte, pourquoi donc ne prenez-vous pas de glaces ?
Le Comte de Belville
Je ne m'en soucie pas.
Elle lui donne une tasse de glaces.
La Marquise de Rouviere
Allons, je veux que vous preniez cette tasse.
Il prend la tasse de glaces.
Le Comte de Belville
Tout comme il vous plaira.
La Marquise de Rouviere
Comptez-vous souper avec moi ce soir ?
Le Comte de Belville
Ce soir ?
La Marquise de Rouviere
Oui, ce soir. Qu'est-ce que cette question a d'extraordinaire ?
Le Comte de Belville
Rien. Oui, Madame, j'y souperai.
La Marquise de Rouviere
Vous y souperez ? je vous réponds bien que non.
Le Comte de Belville
Ô Ciel, aurait-elle deviné ?... Madame, il est vrai que j'ai voulu vous cacher que je partais ce soir ; de crainte de vous affliger.
La Marquise de Rouviere
De crainte de m'affliger ?
Le Comte de Belville
Oui, Madame, j'ai craint la douleur que peut causer une séparation, quoique de peu de jours, quand on aime aussi vivement que...
La Marquise de Rouviere
Quoi, vous pouvez feindre à ce point-là ! Pourquoi affecter une tendresse que vous ne sentez plus ?
Le Comte de Belville
Moi, Madame ? Je veux mourir...
La Marquise de Rouviere
Vous n'allez pas chez le Baron de Granvilliers ? Vous vous troublez. Ce n'est pas tout, il doit vous présenter à la Marquise de Méranci, que vous allez épouser.
Le Comte de Belville
Ah, Madame, vous pouvez me soupçonner d'une pareille perfidie ?
La Marquise de Rouviere
Vous avez l'audace de nier ?
Le Comte de Belville
Permettez...
La Marquise de Rouviere
Non, arrêtez et écoutez-moi, je le veux.
Le Comte de Belville
Eh bien, accablez-moi, Madame, je le mérite ; mais si vous saviez....
La Marquise de Rouviere
Taisez-vous. Rien ne peut vous justifier, non : depuis longtemps je ne vois en vous que de la froideur, on ne trompe point un coeur sensible et délicat, sans qu'il s'en aperçoive ; je n'ai pas voulu me plaindre, je me suis même flatté d'un retour que vous deviez à l'amour le plus tendre ; c'était vainement, je ne vous en ferai point de reproches, vous ne méritez pas que je m'abaisse jusqu'à ce point-là, je reconnais que vous êtes indigne de ma tendresse, et je ne vous aime plus.
Le Comte de Belville
Vous ne m'aimez plus !
La Marquise de Rouviere
Non ; mais je dois une vengeance à l'Amour outragé, elle est remplie : je viens de vous empoisonner ainsi que moi, en prenant des glaces.
Le Comte de Belville
Que dites-vous ? Quoi !...
La Marquise de Rouviere
Mais, vous me survivrez, je n'ai rien épargné pour hâter l'instant de ma mort. Adieu.
Scène 9
Le Comte de Belville
Le Comte de Belville
Quelle funeste vengeance ! Quoi, nous péririons tous les deux ! Ô Ciel, qui nous secourra ? Oh là quelqu'un ? Malheureux que je fuis ! Lafleur, Lafleur.
Scène 10
Lafleur, Le Comte de Belville
Lafleur
Monsieur, tout est prêt, et vous pourrez partir quand il vous plaira, je n'ai pas perdu de temps, comme vous voyez.
Le Comte de Belville
Ah, Lafleur, du secours ; c'est fait de moi, du secours, un médecin.
Lafleur
Qu'avez-vous donc ?
Le Comte de Belville
Eh, ne perds pas un instant ; un Médecin ; va, cours promptement.
Lafleur
Monsieur Marcelin, le Médecin de la maison est ici.
Le Comte de Belville
Va donc le chercher, ou crains...
Lafleur
Mais si vous vouliez me dire...
Le Comte de Belville
Eh va donc, le mal commence, je sens que je m'affaiblis.
Lafleur
Je crois qu'il est devenu fou.
Scène 11
Le Comte de Belville
Le Comte de Belville
Je crois déjà voir la mort s'emparer de moi ; oui je sens agir le poison. Ah, malheureuse femme ! Elle périt aussi, et c'est son amour pour moi qui est cause... ma tête s'embarrasse, il me semble que ma vue se trouble, je vois moins clair assurément. Je n'entends rien qu'un bourdonnement. Ô Dieux, quel sort j'éprouve !
Scène 12
Monsieur Marcellin, Lafleur, Le Comte de Belville, La Marquise de Rouviere
Monsieur Marcellin
Mais encore, quel mal a-t-il votre Maître ?
Lafleur
Monsieur, je n'en sais rien, je crois qu'il est enragé.
Monsieur Marcellin
Enragé ?
Le Comte de Belville
Monsieur Marcelin, j'attends de vous la vie.
Monsieur Marcellin
Ah, Monsieur le Comte, je vous en prie, ne m'approchez pas.
Le Comte de Belville
Quoi, Madame, vous-voulez mourir absolument ? Ah , laissez-moi expier mon crime et vivez ; mais que je n'emporte pas dans le tombeau la douleur d'avoir causé votre perte.
Monsieur Marcellin
Vous ne mourrez ni l'un ni l'autre, fiez-vous à moi ; Madame, ne différez plus...
La Marquise de Rouviere
Monsieur Marcelin, je vous remercie de votre empressement et de vos soins , ils sont inutiles ; nous ne sommes point empoisonnés ; non , Monsieur , ne craignez plus rien, j'ai voulu vous en faire la peur ; voilà toute la vengeance que je veux tirer de votre perfidie.
Le Comte de Belville
Je n'ai plus rien à craindre pour vous, je respire !
Il sort ainsi que Julie et Lafleur.
Monsieur Marcellin
Actuellement, Monsieur et Madame, je vois que je ne vous suis bon à rien et je vous donne le bon soir.
Scène Dernière
Le Comte de Belville, La Marquise de Rouviere
Le Comte de Belville
Ah, Madame, arrêtez, je vous en supplie. Quoi, vous pourriez m'abandonner ? Serait-il possible que mon repentir ne pût parvenir à vous toucher ? Ah, croyez qu'il n'est rien....
La Marquise de Rouviere
Non, Monsieur, vous m'êtes devenu entièrement indifférent, je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je souhaite même que les noeuds que vous allez former puissent faire votre bonheur.
Le Comte de Belville
Mon bonheur ! Ah, Madame, il n'en est plus pour moi, si vous ne me donnez l'espoir de pouvoir vous mériter un jour, oui, je vais percer ce coeur que vous croyez qui a pu vouloir vous offenser ; c'est une erreur où il n'a point de part ; rien au monde ne peut lui tenir lieu de vous, sans vous, la vie ne peut que m'être odieuse ; mes torts n'ont servi qu'à me faire connaître que je perds tout en vous perdant.
La Marquise de Rouviere
C'est vainement que vous tenteriez de vouloir me persuader, votre coeur vous avait trompé, vous aviez crû pouvoir m'aimer toujours, vous pouvez le croire encore dans ce moment ; mais mon malheur ne serait que retardé, si je me rendais à vos instances, si je pouvais vous rendre mon coeur.
Le Comte de Belville
Quoi, vous avez pu réellement cesser de m'aimer ? Ah, Madame, je ne le saurais croire je connais trop la délicatesse de votre âme, et cette dernière action m'a bien prouvé que vous ne vouliez point ma perte. Regardez-moi, Madame, regardez-moi, je vous en supplie, si vos yeux sont d'accord avec votre bouche, cet instant sera le dernier de ma vie.
La Marquise de Rouviere
Ah, Comte ! Mériterez-vous le pardon que vous m'arrachez ?
Le Comte de Belville
Ma reconnaissance égalera toujours mon amour.