Proverbe · 1771

Le suisse malade

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 9 min
Distribution
6 hommes
Répliques
115
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Major H 26 ≈ 3 min 7
Le Baron de Rottberg H 31 ≈ 2 min 7
Moniseur Roselin H 19 ≈ 2 min 3
Un Caporal H 24 ≈ 2 min 4
Une Sentinelle H 7 ≈ 1 min 1
Un Laquais H 5 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Suisse Malade
Le Major absentabsentabsent
Le Baron de Rottberg absentabsentabsent
Moniseur Roselin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Caporal absentabsentabsentabsentabsentabsent
Une Sentinelle absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Laquais absentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Suisse Malade

Scène 1

Le Major, Le Baron de Rottberg

Le Major

Hé bien, Monsieur Baron, comment aujourd'hui porte-vous, porte-vous bien ?

Le Baron de Rottberg

Non, Major, je suis tout embarrassé des jambes, de la tête, de la ventre.

Le Major

Fumé in bibe de tabac, cela il fera sort bien, che vous assure, moi.

Le Baron de Rottberg

Pon. J'ai déja fumé plus que trois, et tout au contraire, il ne sait rien, je suis tout de même qu'auparavant.

Le Major

Tiaple ! Je comprends pas comment cela il fait : il faut envoyer chez la Docteur.

Le Baron de Rottberg

Hé bien, envoye vous.

Le Major

Je vais dire tout présentement. Oh là-bas, André.

Scène 2

Un Laquais, Le Major

Un Laquais

Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur le Major ?

Le Major

Apporte ci à ste moment la Docteur Roselin.

Un Laquais

Il est ici dans la maison, chez un Monsieur qui est malade. Tenez le voilà qui descend.

Le Laquais sort.

Le Major

Hé bien, fais endrer ici, chez Monsieur la Baron. Marche donc. Cette Docteur, il dira la mal avec la remède.

Scène 3

Un Laquais, Moniseur Roselin, Le Major, Le Baron de Rottberg

Un Laquais

Par ici, Monsieur le Docteur.

Moniseur Roselin

Ah, c'est vous, Monsieur le Major : est-ce que vous êtes malade ?

Le Major

C'est bien autrement ; c'est Monsieur, la Capitaine.

Moniseur Roselin

Ah, cela n'est pas étonnant, dans ce temps-ci, il y a beaucoup de maladies ; voyons, voyons.

Le Major

Tenez, placez-vous ici, avec Monsieur la Baron.

Moniseur Roselin

Qu'est-ce que vous sentez, Monsieur.

Le Baron de Rottberg

Je sente fort la tabac de fumée.

Moniseur Roselin

Je comprends fort bien cela vient d'un grand feu dans les entrailles, et crachez-vous ?

Le Baron de Rottberg

Monsieur la Docteur, toute le jour je ne fais pas autrement ; et plus je crache, plus je suis altéré.

Le Major

C'est-il pon cela , Monsieur la Docteur ?

Moniseur Roselin

Un moment, plus je pense et plus je vous trouve heureux, Monsieur ; votre maladie est une chose rare ! Admirable ! Surprenante ! C'est un bonheur pour moi de vous avoir vu !

Le Major

Un bonheur, Monsieur la Docteur ?

Moniseur Roselin

Oui, un bonheur ! Votre maladie est la pituite vitrée des anciens, que nous avions perdu depuis longtemps, et que vous nous faites retrouver.

Le Major

Une petite huitre vitrée, vous croyez Monsieur la Docteur ?

Moniseur Roselin

J'en suis sûr, et toute la Faculté m'en aura obligation.

Le Baron de Rottberg

Mais, Monsieur, que faut-il que je fasse ?

Moniseur Roselin

Il faut... la pituite vitrée ! Cela aura des suites ! Il faut Monsieur... la pituite vitrée !...

Le Major

Dites à ce moment, Monsieur la Baron, il attend votre ordonnance.

Moniseur Roselin

II faut, Monsieur, faire boire beaucoup le malade et lui donner une garde ; je reviendrai bientôt. La pituite vitrée !... Adieu, Messieurs, adieu, ne perdez pas de temps.

Scène 4

Le Major, Un Laquais

Le Major

André, allez sur le moment, à la Corps-de-Garde, chercher une Garde de quatre hommes, avec in Caporal, et qu'ils viennent tout présentement.

Un Laquais

Oui, Monsieur le Major.

Le Major

Et faites apporter ici, six bouteilles de vin, du meilleur, et puis après on portera encore... Allons, marche.

Scène 5

Le Major, Le Baron de Rottberg

Le Major

Je comprends pas bien ce petit huitre que la Docteur il dit que vous avez, Monsieur la Baron.

Le Baron de Rottberg

C'est peut-être que j'ai mangé beaucoup à Dunkerque, de celles de Blankenberg, avant de venir ici.

Le Major

Ho, cela il pourrait être fort bien comme cela ; mais il dit que c'est in bonheur ; c'est in tiaple de bonheur ; j'aimerais mieux avoir in pon santé.

Le Baron de Rottberg

La remède il fera peut-être guérir un peu.

Le Major

Oh, pour moi, je crois bien. Ah voilà déjà la vin.

Scène 6

Un Garçon de Cabaret, Le Major, Un Laquais, Un Caporal, Le Baron de Rottberg

Un Garçon de Cabaret

N'est-ce pas ici que demeure Monsieur le Baron de Rottberg ?

Le Major

Oui, porte-là le vin, et les verres.

Un Laquais

Monsieur le Major, voilà le Caporal.

Le Major

Ah fort bon. Caporal, mettez in Sentinelle à la porte de Monsieur la Baron, qu'on ne laisse point entrer ici personne, sans mon ordre, entendez-vous ?

Un Caporal

Fort bon, Monsieur le Major.

Le Major

Écoutez encore. Vous aurez soin de verser à boire à Monsieur la Baron, voilà du vin ; n'épargne pas, et vous boirez aussi avec lui pour l'inviter.

Un Caporal

Fort bon, Monsieur le Major.

Le Major

Je reviendrai à fte moment, après que la parade il fera fini. Portez-vous bien Monsieur la Baron.

Le Baron de Rottberg

Adieu Major.

Scène 7

Un Caporal, Le Baron de Rottberg, Ensemble

Un Caporal

Sentinelle entre dehors, et prendre garde s'il vient quelqu'un qu'il ne doit pas entrer, que Monsieur la Major.

Le Baron de Rottberg

Caporal, je suis fort altéré...

Ils boivent.

IIs boivent.

Un Caporal

C'est fort bon ; voilà in bouteille que nous boirons premièrement ; tenez mon Capitaine ; c'est pour votre bon santé. C'est un pon vin. Puvons encore un coup. À la Major. Fort bon !

Le Baron de Rottberg

La Docteur, je crois, il a raison.

Ils boivent.

Un Caporal

C'est un pon ordonnance, ils donnent pas comme cela à l'Hôpital. Voulez-vous encore ? Pour moi je veux bien. Au santé de tout la Régiment.

Le Baron de Rottberg

C'est un pon Médecin, la Docteur.

Un Caporal

Oh, in fort habile homme ! Voule-vous poire aux Compagnies de Grenadiers ; c'est braves gens, par mon foi.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

Je suis fort en train, verse, Caporal.

Un Caporal

Nous poirons après la Drapeaux.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

La Drapeaux ? Oui, il faut commencer par la Drapeaux, et puis nous retournerons après : c'est un grand bêtise que nous avons fait. Puvons, puvons.

Un Caporal

Je disais pas d'abord ; mais je pensais.

Le Baron de Rottberg

Je suis plus gaillard, le parole il me revient.

Il verse.

Un Caporal

La Tambour, la Fifre, le Musique, il faut poire aussi, mon Capitaine.

Le Baron de Rottberg

Le Musique, oui ; c'est un bon camarade pour poire aussi le Musique. Donne donc encore.

Un Caporal

Votre verre il est tout plein.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

Ah, tu as raison Caporal, c'est que je ne voyais pas.

Un Caporal

Mon Capitaine, voulez-vous chanter un petit chanson, cela il vous altérera encore plus fort.

Le Baron de Rottberg

Je veux bien, Caporal. Chante un peu, je chante avec.

Air du Noël Suisse.

Un Caporal

C'est un pon grivoise Que Mameselle Fanchon, Elle vous amboise. Et se rend sans façon.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

C'est un pon grivoise... Oui, tu avais raison, cela il alt7re beaucoup de chanter, verse un peu à poire.

Un Caporal

C'est fort pon. Allons chantons.

Ensemble

C'est im pon grivoise Que Mameselle Fanchon, Elle vous amboise Et se rend sans façon.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

Gott, Gott, puvons.

Un Caporal

On lui dit Mamselle Je vous aime bien. Mon Capitaine, écoute avec moi.

Le Baron de Rottberg

On lui dit Mamselle Je vous aime bien.

Un Caporal

Et jamais la belle Ne dit je n'en crois rien.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

Ah, fort pon, celui-là ! Puvons à son santé.

Ensemble

Et jamais la belle Ne dis je n'en crois rien.

Un Caporal

Chacun se l'arrache, Sans qu'elle se fâche , Qui porte moustache A toujours son tour Du Sergent au Tambour.

Du Sergent au Tambour.

Ils boivent et ils commencent à être ivres.

Le Baron de Rottberg

Il est fallé celui-là, puvons.

Scène 8

Une Sentinelle, Moniseur Roselin, Un Caporal

Une Sentinelle

Où alle-vous, Monsieur ? On n'entre pas.

Moniseur Roselin

Je vais chez Monsieur le Baron.

Une Sentinelle

Monsieur la Baron, là-dedans ?

Moniseur Roselin

Oui, Monsieur le Baron qui est malade.

Une Sentinelle

Malade ?

Moniseur Roselin

Oui, je suis son Médecin.

Une Sentinelle

Malade ? On m'a point dit. Alle-vous trouver la Major, il vous fera entrer.

Moniseur Roselin

Quoi, je ne puis pas entrer sans le Major ?

Une Sentinelle

Non je vous dis, allons marche.

Moniseur Roselin

Quels diables de gens !

Une Sentinelle

Allons, allons, vous dire point autre chose.

Moniseur Roselin

Hé bien, je m'en va trouver le Major.

Un Caporal

Sentinelle, qu'est-ce que c'est donc là ?

Une Sentinelle

In Monsieur, qui est allé marcher sur la Major.

Un Caporal

Ah, pon, pon.

Scène 9

Le Baron de Rottberg, Un Caporal

Le Baron de Rottberg

Caporal, qu'est-ce qui est donc là avec vous ?

Un Caporal

C'est moi.

Le Baron de Rottberg

Ah, je croyais voir encore un autre.

Un Caporal

C'est la brouillard.

Le Baron de Rottberg

Oui, je comprends. Puvons à présent.

Versant à boire.

Un Caporal

Au brouillard ?

Le Baron de Rottberg

Non, à les treize Cantons.

Un Caporal

Hé bien, au premier.

Le Baron de Rottberg

Zurich ?

Un Caporal

Non, Berne.

Le Baron de Rottberg

Non, c'est Zurich, je fuis de Zurich, ainsi pour moi, c'est la premier.

Un Caporal

Buve-vous à Zurich , moi je pois à Berne.

Ils boivent.

Le Baron de Rottberg

Berne, Zurich, Zurich, Berne, je pois toujours.

Scène 10

Le Major, Le Baron de Rottberg, Moniseur Roselin

Le Major

Hé bien, Baron, comment va présentement ?

Le Baron de Rottberg

Ah, Major, nous avons pu à votre santé, voule-vous poire avec nous ?

Moniseur Roselin

Comment ! Il est ivre, je crois ! Vous lui avez laissé boire du vin, c'est donc pour cela qu'on ne voulait pas me laisser entrer ?

Le Major

N'avez-vous pas dit de faire poire ?

Moniseur Roselin

Oui, mais pas de vin.

Le Major

Et de donner une garde ? Voilà la Caporal, et puis encore quatre fusiliers.

Moniseur Roselin

Comment ; c'est une garde-malade, et c'était de la ptisanne qu'il fallait lui faire boire.

Le Major

Ah, bien Dame, il fallait donc vous expliquer mieux.

Moniseur Roselin

J'ai cru que vous m'entendriez, ce n'est pas ùa faute ; mais il n'a pas besoin de moi à présent, je vous souhaite le bonjour.

Le Major

Bonjour, Monsieur de Docteur.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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