Saynète · 1881

Le tambour magistrat

de Jules Moinaux

Représentation
≈ 3 min
Distribution
1 homme
Répliques
16
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Bauveau N 7 ≈ 2 min 1
Le Président H 7 ≈ 1 min 1
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Le Tambour Magistrat

Scène 1

Le Narrateur, Bauveau, Le Président, Bourgin

Le Narrateur

Ce n'est rien que de le dire, il fallait, voir l'étonnement et l'écarquillement exorbitant des yeux de Bourgin, en apprenant qu'il est prévenu d'outrages et de coups à un magistrat de l ordre administratif, le sieur Beauveau.

Bauveau

Je vous en ai prévenu, Monsieur Bourgin, que je vous mènerais loin de m'avoir outragé ; d'homme à homme dans la vie privée, bon, je suis de force à répondre, mais comme magistrat de l ordre administratif dans mes fonctions, je m'adresse à la justice.

Le Président

Vous n'avez pas à interpeller le prévenu. C'est vous qui êtes le maire ?

Bauveau

Non, m sieu, je suis le tambour communal.

Le Président

Alors, qu'est-ce que vous dites donc, que vous, êtes magistrat de l ordre administratif ? Cette qualité s'applique au maire, qui a été outragé par le prévenu, et non à vous.

Bauveau

Ah ! J'ai cru que...

Le Président

Que s'est-il passé ?

Bauveau

J'ai l'honneur d'être tambour de la commune et maçon de mon état ; je venais de faire une publication à son de caisse, quand j'entendis subito un verbe insolent, qui sort d'un marchand de vin, ainsi conçu : Ton maire est un pochard, et toi aussi. J'entre dans le cabaret et je m'écrie : « Qui qui a dit ça ? » Le sieur Bourgin, qui était dans une intempérance de vin, me répond : « C'est moi, tambourinier.» Je lui dis : « Sieur Bourgin, si je n'étais pas revêtu de mon insigne... »

Le Président

Quels insignes ? Vous n'avez pas d'insignes !

Bauveau

Ma caisse et ma buffeterie ; je croyais que c'était des insignes ; enfin je lui dis donc ça et j'ajoute : « Je vous ficherais une paire de gifles.»

Le Président

Eh bien, vous avez eu tort de lui dire cela : vous deviez prendre les personnes présentes à témoin du mot outrageant adressé à Monsieur le maire, mais non menacer Bourgin ; arrivez aux coups !

Bauveau

Voilà : il me réplique par des mots subséquents, auxquels je riposte par des sarcasses très mordants. Alors, voyant ça, il s'en prend à ma caisse, en me saisissant mes baguettes pour taper dessus, disant : « Je vas te crever ta peau d âne ; » et sur ce, je lui réplique : « Qui insulte ma caisse m'insulte personnellement, » et sur ce, je lui pose deux gifles, je l'avoue ; alors il me saute au collet et m'allonge des coups de poing que le nez me coulait comme une borne...

Le Président

Eh bien, vous avez...

Bauveau

... fontaine.

À Bourgin.

Le Président

Vous avez eu tort de le frapper. Qu'avez-vous à dire ?

Cette affaire a eu la solution qu'on a déjà prévue, l'acquittement de Bourgin. Quant à Beauveau, il a perdu, avec son procès, une grande partie de son prestige, et il aura beau les tambouriner, il ne les retrouvera pas.

Bourgin

Monsieur le président, je n'ai pas dit surtout que Monsieur le maire était un pochard. Monsieur Beauveau cherche toutes les occasions de se donner de l'importance et de faire de l'embarras ; il est entré dans le cabaret pour me chercher une querelle d'Allemand.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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