Proverbe · 1785

Les deux pâtés

de Thomas Garnier

Représentation
≈ 16 min
Distribution
1 femme, 6 hommes
Répliques
145
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Brusquet H 49 ≈ 6 min 6
Dubreuil H 23 ≈ 3 min 5
Marquis N 11 ≈ 2 min 2
Varanger H 21 ≈ 2 min 8
Monsieur de Bonneserre H 29 ≈ 2 min 1
Plumasseau H 4 ≈ 1 min 2
Un Garde-Chasse H 4 ≈ 1 min 1
Madame Brusquet F 4 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Deux Pâtés
Monsieur Brusquet absentabsentabsentabsentabsent
Dubreuil absentabsentabsentabsentabsentabsent
Marquis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Varanger absentabsentabsent
Monsieur de Bonneserre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Plumasseau absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Garde-Chasse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Brusquet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Les Deux Pâtés

Scène 1

Varanger

Il entre d'un air distrait et en regardant de tous côtés.

Il s'approche de la table et parcourt le livre sans s'asseoir.

Varanger

Où diantre Dubreuil s'est-il fourré ?... J'aurais dû le trouver ici... Mais qu'est-ce que c'est que ce livre-là ?... C'est à Dubreuil... L'étourdi ! Laisser là son livre !... Si Monsieur Brusquet était entré, il ne l'aurait tenu de longtemps...

Scène 2

Dubreuil, Varanger

Dubreuil

Ah, ah, ah , ah.

Varanger

Te voilà de bonne humeur : Monsieur Brusquet est donc sorti.

Dubreuil

Oui, à l'instant. Ah , ah , ah , ah.

Varanger

Qu'as-tu donc à rire ? Je ne t'ai jamais vu si gai.

Dubreuil

C'est ce pauvre Plumasseau qui nous est arrivé de la semaine dernière... Ah, ah, ah, ah.

Varanger

Eh bien !

Dubreuil

Je viens de le trouver assis sur les marches de l'escalier ; il pleure comme un vrai nigaud. L'originale grimace. Ah, ah, ah, ah.

Varanger

Mais encore, par quelle raison.

Dubreuil

Oh ! La raison ne doit pas nous faire rire, par exemple.

Varanger

Et pourquoi ?

Dubreuil

Voilà notre déjeuner de demain à tous les diables !

Varanger

Comment donc ?

Dubreuil

Ce fameux pâté qui en faisait l'âme, est tombé...

Varanger

Mais explique-moi donc...

Dubreuil

Il n'est rien de plus facile à concevoir. Le père de Plumasseau lui a écrit ; dans sa lettre, il a parlé du pâté, et elle est tombée entre les mains de monsieur Brusquet, cette malheureuse lettre.

Varanger

Mais c'est à Plumasseau que le pâté est adressé.

Dubreuil

Cela est vrai ; mais cette harpie de Madame Brusquet ne lui a pas donné de repos qu'il ne lui ait promis ce pâté ; il n'a pas eu la fermeté de le refuser, et il pleure actuellement, le benêt qu'il est.

Varanger

Tu as, parbleu, raison : cette histoire-là n'est rien moins que divertissante pour nous ; je n'aurais pas eu le courage d'en rire comme toi.

Dubreuil

Je suis aussi fâché que toi de la perte du pâté, mais je n'ai pu tenir contre la grimace de Plumasseau pleurant ; si tu l'avais vu, tu en aurais fait autant que moi.

Varanger

Parbleu, non. Ce contre-temps est désespérant ! Il nous faut pourtant un pâté ; comment allons-nous donc faire ?

Scène 3

Un Garde-Chasse, Varanger, Dubreuil

Un Garde-Chasse

Pour Monsieur Brusquet, de la part de monsieur le Marquis de Floricourt. Est-il là Monsieur Brusquet ?

Varanger

Non, mon ami, laissez là votre paquet.

Un Garde-Chasse

C'est un pâté de gibier qu'il lui envoie, et j'ai ordre de le remettre en main propre.

À part.

Haut.

Dubreuil

Un pâté ! Cela est heureux. Vous pouvez le laisser, mon ami, je le lui remettrai à son retour.

Un Garde-Chasse

Vous allez donc me donner pour boire ?

Il lui donne de l'argent.

Dubreuil

Cela est juste. Tiens, es-tu content ?

Un Garde-Chasse

En vous remerciant, not' bourgeois ; dame, c'est un plaisir d'avoir affaire à vous plutôt qu'à ce vilain monsieur Brusquet.

Scène 4

Dubreuil, Varanger

Dubreuil

Oh ! Parbleu, Madame Brusquet, vous ne vous moquerez pas de nous ; voilà un pâté qui est bien capable de nous dédommager de celui que vous nous avez pris.

Varanger

Il est vrai qu'il vient fort à propos ; mais, mon avis iv.0;t de le substituer à la place de celui de Plumasseau.

Dubreuil

Et à quel propos ?

Varanger

La pâté de Plumasseau nous appartient, nous n'avons rien à prétendre à celui-ci, et tout sera dans l'ordre.

Dubreuil

Diable ! Tu es bien consciencieux aujourd'hui.

Varanger

Pas plus qu'à l'ordinaire ; mais ils n'auront rien à dire.

Dubreuil

Il n'y a qu'à le remettre à Plumasseau et l'engager à nous donner le sien en échange.

Varanger

Le voici fort à propos.

Scène 5

Varanger, Plumasseau, Dubreuil

Varanger

Monsieur Plumasseau, si vous vouliez nous rendre un service, vous seriez le plus joli garçon du monde.

Plumasseau

Oh, quant à ce qui est de rendre service, mes chers camarades, nous savons assez comme il faut agir avec ses amis.

Dubreuil

C'est fort bien dit, monsieur Plumasseau : Tâchez cependant de vous défaire de ce mot de camarade. Oh ça, c'est que nous venons d'acheter un pâté pour remplacer le vôtre ; mais comme nous ne voulons point en avoir le démenti, il faudrait que vous nous fissiez le plaisir de l'échanger contre le vôtre.

Plumasseau

Oh, si ce n'est que cela, cela vaut fait. Mais n'en dites rien à Madame Brusquet au moins.

Dubreuil

Allez, ne craignez rien, n'y sommes-nous pas aussi intéressés que vous ?

Il sort avec Dubreuil, qui emporte le pâté Monsieur Brusquet entre du côté opposé.

Plumasseau

Vous avez raison. Allons, venez. Ce que c'est que d'avoir de l'esprit : voyez ! Je ne me serais jamais avisé de ce tour-là.

Scène 6

Monsieur Brusquet, Varanger

Varanger s'assied auprès de la table, et se met à travailler aussitôt qu'il aperçoit Monsieur Brusquet.

Monsieur Brusquet

Où sont donc ces messieurs ?

Varanger

Monsieur Dubreuil vient de sortir et Plumasseau est, je crois, là haut.

Pendant la marche de cette scène, M. Brusquet parcourt rapidement des yeux les papiers gui sont sur la table ; il finit par prendre la brochure.

Monsieur Brusquet

Monsieur Dubreuil, Monsieur Dubreuil serait tout aussi bien de se tenir chez lui que de venir ici une couple d'heures par jour, plutôt pour déranger les autres que pour travailler. Qu'est-ce que c'est que ce livre-là ?

Varanger

C'est à monsieur Dubreuil, qui l'a oublié hier au soir.

Il parcourt le livre. Nommer ici le titre du livre que l'on jugera à propos....

Il met le livre dans sa poche.

Monsieur Brusquet

Je m'en doutais bien. Le fou !... S'amuser à des balivernes... Des niaiseries... Il me trompera fort s'il fait jamais quelque chose, ce garçon-là.

Scène 7

Monsieur Brusquet, Plumasseau

Monsieur Brusquet

D'où diable venez-vous donc à l'heure qu'il est, Plumasseau?

Plumasseau

Eh dame, Monsieur, j'étais là haut avec un de mes compagnons.

Varanger rit.

Plumasseau se tient debout devant la table et la perce niaisement avec un poinçon.

À Varanger.

Monsieur Brusquet

Qu'est-ce que c'est donc que cet animal-là avec ses compagnons : est-ce que tu me prends pour un savetier ? Qu'il vous arrive d'entrer aussi tard à l'étude ! Mais voyez donc à quoi s'occupe ce butor là ? Va, crois-moi, retourne dans ton village, tu me parais plus dait pour conduire une charrue que pour manier la plume. Faites-lui faire promptement la signification de cette sentence des gens d'Asnières ; ils me paraissent en voie de s'accommoder.

Scène 8

Monsieur Brusquet, Monsieur de Bonneserre

Il lui ôte son manteau, et son chapeau et lui donne en place une vieille redingote et un mauvais chapeau.

Monsieur Brusquet

Entrez, Monsieur.

Monsieur de Bonneserre

Pardon, meilleurs... Monsieur Brusquet.

Monsieur Brusquet

C'est moi, que voulez-vous ?

Monsieur de Bonneserre

Un mot en particulier, s'il vous plaît.

Monsieur Brusquet

Parlez, Monsieur ; nous sommes bien ici.

Monsieur de Bonneserre

Vous êtes Procureur, Monsieur ?

Monsieur Brusquet

Oui, Monsieur.

Monsieur de Bonneserre

Et honnête homme ?

Monsieur Brusquet

Comme on doit l'être.

Monsieur de Bonneserre

J'implore votre secours et votre pitié.

Monsieur Brusquet

Moi, Monsieur !

Monsieur de Bonneserre

Hélas, oui, mon cher monsieur ; mon sort est entre vos mains.

Monsieur Brusquet

Comment cela ?

Monsieur de Bonneserre

Vous avez été chargé de porter contre moi certaine plainte.

Monsieur Brusquet

À la requête de qui ?

Monsieur de Bonneserre

De Monsieur Mondor, banquier.

Monsieur Brusquet

Comment, c'est vous...

Monsieur de Bonneserre

Oui, Monsieur.

Monsieur Brusquet

Son caissier, n'est-ce pas ?

Monsieur de Bonneserre

Oui, monsieur.

Monsieur Brusquet

Qui êtes accusé d'avoir occasionné sa banqueroute en divertissant les fonds de la caisse.

Monsieur de Bonneserre

Oui, monsieur.

Monsieur Brusquet

Parbleu, voilà un fripon bien impudent.

Monsieur de Bonneserre

Monsieur.

Monsieur Brusquet

Bien effronté, d'oser se présenter ici.

Monsieur de Bonneserre

Monsieur, point de bruit.

Monsieur Brusquet

J'en veux faire du bruit, moi. Vous êtes un malheureux.

Monsieur de Bonneserre

Monsieur.

Monsieur Brusquet

Vous mériteriez que je vous fisse arrêter sur le champ.

Monsieur de Bonneserre

Eh, monsieur, un peu plus bas, de grâce, voudriez-vous me perdre ?

Monsieur Brusquet

Eh bien, allons ; prenons le ton qu'il vous plaira : que voulez-vous me dire ?

Monsieur de Bonneserre

Hélas, Monsieur, un peu d'humanité. Vous voyez en moi le père de quatre infortunés en bas âge.

Monsieur Brusquet

À la bonne heure ; mais que voulez-vous que je fasse ? Votre partie est puissante.

Monsieur de Bonneserre

Je le sais, Monsieur.

Monsieur Brusquet

Et puis, à vous parler franchement, le crime est prouvé on ne peut pas plus clairement. Ma bonne volonté, comme vous le voyez, ne vous sera pas d'un grand secours.

Monsieur de Bonneserre

Ah, Monsieur, pardonnez-moi. Je ne vous demande que quatre jours de répit.

Monsieur Brusquet

Quatre jours.

Monsieur de Bonneserre

Oui, Monsieur, quatre jours.

Monsieur Brusquet

À la bonne heure ; et que faut-il faire ?

Monsieur de Bonneserre

Différez de quatre jours l'exécution du décret que vous avez entre les mains.

Monsieur Brusquet

Diable ! Ce que vous demandez là est bien difficile, et vous comptez pendant ces quatre jours.

Monsieur de Bonneserre

Oh, monsieur, tous mes arrangements sont faits, mes fonds dispersés, et je compte qu'alors j'aurai mis ma personne et ma fortune en lieu de sûreté.

Monsieur Brusquet

C'est sort bien fait ; mais ma procédure, moi, qui me la payera ? Si vous décampez avec la caisse, vous m'enlevez là ma meilleure hypothèque.

Monsieur de Bonneserre

Oh, monsieur , rien n'est plus juste. Tenez, j'ai là un rouleau de cinquante louis qui calmera un peu vos inquiétudes.

Monsieur Brusquet

Oui, c'est quelque chose, mais c'est que le criminel va diablement vite ; et il y a bien du papier de brouillé dans cette affaire-là. Allons, vous m'intéressez et je tâcherai de vous rendre service.

Il veut s'en aller.

Monsieur de Bonneserre

Comptez, Monsieur, sur mon éternelle reconnaissance.

Monsieur Brusquet

St, St, un mot ; votre signalement est donné, on pourrait vous avoir vu entrer chez moi et vous guetter à la sortie.

Monsieur de Bonneserre

Croyez-vous ?

Monsieur Brusquet

Il ne faut pas s'y fier.

Monsieur de Bonneserre

Comment faire ?

Monsieur Brusquet

Laissez ici votre chapeau et votre manteau, et prenez ceci et cette vieille redingote.

Monsieur de Bonneserre

Au moins, Monsieur, prenez garde qu'ils ne s'égarent.

Monsieur Brusquet

Allez, allez ; j'en aurai autant de soin que s'ils étaient à moi. Donnez-moi aussi votre canne et votre épée.

Monsieur de Bonneserre

Oh, il est inutile, monsieur, sous cette redingote, cela ne se verra point.

Monsieur Brusquet

Pardonnez-moi, pardonnez-moi ; diable, ne badinons pas ici ; ce ne sont pas des jeux d'enfants ; la moindre chose peut vous trahir.

Monsieur de Bonneserre

Mais, monsieur.

Monsieur Brusquet

Mais, Monsieur, laissez-vous conduire, sinon je ne me mêle de rien.

Monsieur de Bonneserre

Allons donc, je m'abandonne à vous.

Monsieur Brusquet

Vous faites bien. Au surplus, ne craignez rien, je vais faire parapher tout cela ne varietur.

Scène 9

Monsieur Brusquet, Varanger

À Varanger.

Varanger prend du papier.

Il lui arrache le papier et plie les marges.

Monsieur Brusquet

Ce fripon ne peut aller loin, et au bout du compte il vaut mieux que je profite de cela qu'un Prévôt. Du papier, monsieur Varanger. Comment, morbleu, vous ne faites point de marge, est-ce que vous n'en savez pas faire ?

Varanger

Si fait, mais vous ne m'en donnez pas le temps.

Monsieur Brusquet

Allons, écrivez.

Scène 10

Marquis, Monsieur Brusquet, Varanger

Marquis

Eh ! Bonjour, mon ami, Monsieur Brusquet, comment vous portez-vous ?

Dictant.

Monsieur Brusquet

Fort bien, Monsieur le Marquis, à votre service. Entre Mathurin-Blaise Porcabeus, marchand Maquignon.

Marquis

Que diable, Monsieur Brusquet, vous pourriez bien interrompre un instant votre besogne et faire quelqu'attention aux gens.

Monsieur Brusquet

Parbleu, Monsieur le Marquis, vous parlez bien à votre aise. Vous ne connaissez pas le prix du temps, vous autres, gens de qualité ; vous vous imaginez que l'honneur de votre conversation donne de quoi vivre... Mais il s'en faut bien, et ce n'est pas de cette façon-là qu'on nourrit trois grands Clercs... Monsieur le Marquis, nous sommes très honorés de vos visites ; mais les paysans nous payent notre temps.

Marquis

Vous êtes bien étrange, Monsieur Brusquet, il me semble pourtant que je paye assez bien toutes les visites que je vous rends. Mon affaire contre ce coquin de marchand de chevaux, comment va-t-elle ?

Monsieur Brusquet

Oh, ma foi, j'ai bien d'autres choses en tête ; il y a plus de six mois que je n'ai reçu d'argent là dedans.

Marquis

Cela se peut... Oui.. à peu près... mais aussi alors je vous donnai quatre louis.

Monsieur Brusquet

Bon ! Quatre louis ; il en était dû six à votre Avocat.

Marquis

Comment donc, à mon avocat , je l'ai payé moi-même.

Monsieur Brusquet

Ce sont donc les droits du Roi qui ont emporté votre argent depuis longtemps, et au-delà.

Il tire sa bourse.

Marquis

Brisons-la. Oh ça, j'ai cette affaire à coeur, je veux qu'on la poursuive ; c'est un malheureux qui m'a volé impudemment et je veux lui faire rendre gorge. Voilà encore quatre louis, Monsieur Brusquet, je vous prie de me mener cela bon train.

Monsieur Brusquet

Où est le dossier de monsieur le Marquis contre Jacques Poussif ?

Varanger

Le voilà, Monsieur.

Monsieur Brusquet

Donnez un avenir pour la prochaine audience.

Marquis

Ce n'est pas tout, mon ami monsieur Brusquet, je viens dîner sans façon avec vous.

Monsieur Brusquet

Ce m'est bien de l'honneur, Monsieur le Marquis, mais, ma foi, vous serez maigre chère.

Marquis

Oh, votre ordinaire, avec le pâté que mon Garde vous a apporté ce matin de ma part ; il ne nous en faut pas davantage.

Monsieur Brusquet

Comment, le pâté ?

Marquis

Eh, parbleu, oui ; un bon pâté de sanglier, assez bien fourni. Je l'ai fait faire exprès pour vous, mon cher ami.

Il appelle.

Monsieur Brusquet

Vous voulez rire assurément. Je vous proteste que je n'ai rien vu. Ma femme saura peut-être ce que c'est. Ma femme.

Scène 11

Madame Brusquet, Monsieur Brusquet, Dubreuil, Marquis

Apercevant Monsieur le Marquis.

Madame Brusquet

Qu'est-ce qu'il y a ? Votre servante, Monsieur le Marquis.

Monsieur Brusquet

Il est bien temps d'entrer dans une étude.

Dubreuil

Ma foi, monsieur, c'est que j'avais à faire.

Monsieur Brusquet

Ma femme, as-tu reçu un pâté de la part de monsieur le Marquis ?

Madame Brusquet

Moi ! Je ne sais pas ce que c'est.

Marquis

Comment ! Je suis certain pourtant de l'exactitude de mon garde.

Dubreuil

Madame Brusquet se trompe, elle a reçu le pâté, j'en suis témoin.

Madame Brusquet

Comment, Monsieur, vous êtes un maître impertinent de me donner un semblable démenti : comme si j'étais capable...

Dubreuil

Supprimez vos épithètes, Madame, s'il vous plait. Oui, je le soutiens, vous avez reçu le pâté de monsieur le Marquis.

Madame Brusquet

Vous pouvez me soutenir...

Dubreuil

Monsieur Plumasseau ne vous a-t-il pas remis ce matin un pâté en ma présence ? Tenez, voilà encore un livre de cette espèce que je viens de trouver et qui surement vous appartient. Emportez tout cela, et faites-moi le plaisir de chercher une autre étude.

Dubreuil

Comme il vous plaira, monsieur ; mais voilà ce qui s'appelle en bon français une querelle d'Allemand.

À Dubreuil.

À Monsieur Brusquet.

Marquis

Par la sambleu, ce tour est plaisant, mais des plus plaisants. Ma foi, mon ami, vous ne savez être dupe de personne, pas même de Monsieur Brusquet, cela est fort, au moins ; et je connais peu de personnes qui puissent se flatter d'en dire autant. Convenez de bonne foi, mon ami, que vous trouvez aujourd'hui aussi fort que vous, voilà un jeune homme que vous avez fort bien élevé, et qui sera digne un jour de marcher sur vos traces ; ceci confirme le proverbe.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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