Proverbe · 1785

Les joueuses

de Thomas Garnier

Représentation
≈ 18 min
Distribution
5 femmes
Répliques
116
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame Varseuil F 27 ≈ 7 min 6
Henriette F 37 ≈ 6 min 6
Louison F 25 ≈ 2 min 6
Chochon F 14 ≈ 2 min 2
Minette F 11 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Passe-Dix
Madame Varseuil absentabsentabsent
Henriette absentabsentabsent
Louison absentabsentabsent
Chochon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Minette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Passe-Dix

Scène 1

Madame Varseuil, Louison

Elle fait plusieurs tours de salle en se regardant dans les glaces, et finit par prendre sa montre.

Ceci se dit lentement, et par pauses.

Elle tire sa bourse.

Elle ouvre un tiroir et en tire. une paire de gants avec leurs bracelets et un paquet.

Épargnes de Louison Varseuil. Elle laisse ses gants sur la commode pour défaire le paquet qui en contient plusieurs.

Elle appelle.

Madame Varseuil

Il edt trois heures et demie... Il n'est point encore temps de me rendre chez madame La Fayette... Je la gênerais, elle me gênerait... L'étrange caractère ! Le triste et minutieux détail de sa maison dont je n'ai pu la débarrasser, rétrécit son âme... Si elle eut voulu me croire, j'en aurais fait la femme la plus aimable... Je l'ai pourtant décidée à aller ce soir à l'assemblée chez ma dame de Courmont... Il y aura sûrement grand jeu ; voyons nos fonds. Plus que huit louis ! Prendrai-je de l'argent... Non... Cela me mènerait peut-être trop loin. Qu'est-ce que ce paquet-là ? Ceci doit être curieux ; voyons. Pour avoir une coiffure à la Dauphine, trente-six livres. Ah, ah, petite coquette ! Pour faire garnir ma robe de taffetas des Indes, dix écus. Mais, en vérité, j'aime assez ces petites folies-là. Je vais savoir un peu ce que cela veut dire. Louison... Henriette...

Louison

Ma chère mère.

Elle se jette sur le sofa.

Madame Varseuil

Qu'on descende.

Scène 2

Madame Varseuil, Henriette, Louison

LouIfon et Henriette entrent l'une après l'autre immédiatement, et font chacune une profonde révérence ; après quoi elles restent debout immobiles et en silence devant Madame Varseuil, qui, à demi couchée sur le sofa , s'ajuste et leur parle sans les regarder.

Madame Varseuil

Qu'est-ce que vous faisiez là haut, mesdemoiselles ?

Henriette

J'achevais de broder vos manchettes, ma chère mère.

Madame Varseuil

Est-ce fini ?

Henriette

Oui, ma chère mère.

Madame Varseuil

Et vous, à quoi vous occupiez-vous, Mademoiselle Louison ?

Louison

Je montais votre bonnet.

Madame Varseuil

Qui vous a coiffée aujourd'hui, petite fille ?

Bas, à Henriette.

Louison

Mais... ma chère mère... en vérité. Est-ce que je suis singulièrement coiffée, Henriette ?

Madame Varseuil

À qui est-ce que je parle, Louison ? Qui est-ce qui vous a coiffée ?

Louison

C'est moi, ma chère mère, et jamais...

Henriette se retire un peu derrière sa soeur et rit sous sa main.

Madame Varseuil

C'est vous, Mademoiselle, et votre coiffure à la Dauphine de trente-six livres, pourquoi ne l'avez-vous pas mise ?

Haut.

Louison

Ah Ciel ! Je fuis perdue ! Ma chère mère... En vérité... Je ne sais pas ce que vous voulez dire.

D'un ton plus doux.

Elle regarde fixement Louison, qui pleure.

Elle surprend Henriette à rire.

Madame Varseuil

Vous ne savez pas ce que je veux dire, impertinente, vous m'entendez trop bien. C'est donc là l'emploi que vous faites de votre argent, il sert à entretenir votre coquetterie. J'y mettrai bon ordre ; certainement j'arrêterai ces dépenses extravagantes. Si vous aviez envie de vous procurer une coiffure, que ne vous adressiez-vous à moi ? Vous savez que je ne vous refuse rie n: j'en ai une là-haut qui ne m'a servi qu'un été, je vous l'aurais donnée, je m'en serais privée pour vous, car elle est très propre. Voilà ce qu'il fallait faire, Mademoiselle, et ce qu'aurait fait à votre place une fille bien élevée... Oui, pleurez... Mais, je suis bonne, je veux bien oublier votre faute et vous faire présent de ma coiffure. Pour votre argent, il serait dangereux de vous le laisser ; je veux en fixer l'emploi à quelque chose qui vous soit utile. C'est mon devoir. Qu'est-ce que vous avez à rire, Mademoiselle Henriette ?

Henriette

Je ne ris point, ma chère mère.

Madame Varseuil

J'en impose donc ?

Henriette

Je vous demande pardon ; mais...

Madame Varseuil

Mais... mais... Taisez-vous. Vous ne pouvez ouvrir la bouche sans perdre le respect. Votre ouvrage, où est-il ?

À part.

Louison, pendant ce temps, prend son métier de tapisserie, s'assied et travaille en s'essuyant de temps en temps les yeux.

Madame Varseuil se lève pour sortir, lance un regard courroucé sur Henriette, qui baisse les yeux et les relève à l'instant avec un souris amer et en pliant les épaules.

Henriette

Sur quelle herbe a-t-elle donc marché aujourd'hui ?

Madame Varseuil

Où est votre père ?

Henriette

Il est sorti.

Madame Varseuil

Taisez-vous, insolente, je vous ai défendu de me parler. Où est votre père, Louison ?

Louison

Il est... sorti je crois, avec... Monsieur Florelle.

Madame Varseuil

C'est bon... Vous aurez la bonté, Mesdemoiselles, de travailler ici... Oui, ici... toute la soirée. Je ne prétends pas que vous passiez le seuil de la porte, ni que vous montiez dans vos chambres. Je vous défends aussi très expressément de recevoir qui que ce soit : cette cohue d'amies, de connaissances qui ne finissent point, me déplait souverainement. Le moindre mal qui en résulte, est la perte de votre temps. Songez bien à ce que je vous dis... Songez-bien... Entendez-vous ?

Madame Varseuil sort.

Louison

Oui, ma chère mère.

Scène 3

Louison, Henriette

Louison

Que je suis malheureuse !

Henriette

Tu es bien sotte, Louison, de pleurer ; ne suis-je pas aussi à plaindre que toi ? Ce qui t'arrive aujourd'hui, m'est arrivé hier ; mais cela ne m'attriste pas, et j'ai bientôt fait de prendre mon parti.

Louison

Mes épargnes de dix-huit mois ! Ah ! Ciel ! Est-il possible !

Henriette

Et pourquoi as-tu la simplicité de les laisser traîner dans le tiroir de la commode, où tu fais que ma mère fouille à chaque instant. En vérité, cela n'est pas pardonnable, et je dirais presque que tu mérites ce qui vient d'arriver.

Louison

Hélas ! Je venais de recevoir la plus grande partie de cet argent ; tu fais qu'il provient des ouvrages que je fais en cachette, et souvent bien avant dans la nuit. Et dans le moment, où... Ah Ciel !...

Henriette

Et pour... Achève donc : La réflexion est plaisante. Écoute, Louison, tranquillise toi, tes pleurs n'aboutiront à rien. Tiens, imite-moi, rien ne m'attriste, je me mets au-dessus de tout, et par ce moyen je suis heureuse. Ma mère me prive des petits profits que me procurait mon travail ; eh bien, ma chère amie, au lieu de me désespérer inutilement, je ne travaille plus ; aussi bien est-il ridicule de nous donner bien des peines pour augmenter les menus plaisirs de madame, qui, au fond, ne nous en fait pas plus de gré.

Louison

Quelle charmante gaieté ! Ce caractère fait le bonheur de ta vie.

Henriette

Imite-moi, tu seras heureuse. Dédommageons-nous, en absence de Madame Varseuil, des désagréments qu'elle nous fait éprouver lorsqu'elle est à la maison... Elle est actuellement à l'assemblée chez madame de Courmont ; je savais cette partie-là dès ce matin ; j'ai averti Mademoiselle Minette et la petite Chonchon, et nous pourrons prendre de notre côté un divertissement honnête.

Louison

Un peu contraint.

Henriette

Tant mieux, il n'en fera que plus vif. Ma mère ne s'imaginerait jamais que, grâces à ses foins, nous nous divertissons mieux que si elle s'empressait de nous choisir des amusements.

Louison

Mais, si ma mère allait revenir ?

Henriette

N'aie pas peur ; elle s'amuse, crois-tu qu'elle pense à nous ?

Louison

Mais, si mon père allait rentrer ?

Henriette

Pour celui-là, je te réponds que non ; il est sorti avec l'éternel monsieur Florelle, l'Apothicaire.

Louison

Mais, si....

On entend tousser derrière le théâtre.

Elle sort.

Henriette

Oh ! Tes mais, tes si, ne finiront jamais. Quand je te dis d'être tranquille ; est-ce que je ne risque pas autant que toi ? J'entends tousser dans la rue ; c'est sûrement notre monde.

Scène 4

Louison

Louison

Qu'elle est heureuse, ma soeur ! Rien ne l'inquiète, c'est toujours le même enjouement. Pour moi, je sèche sur pied ; le plus petit plaisir est accompagné de peines si cruelles !

Scène 5

Minette, Louison, Chochon, Henriette

Minette et Chanel ; on entrent en marchant sur la pointe du pied, regardent de tous côtés. Louison est rêveuse.

Minette

Ta mère est sûrement sortie, Henriette ? Bonjour, Mademoiselle Louison.

Louison

Bonjour, ma chère Minette.

Chochon

Ah, mon Dieu ! Comme z'ai eu peur; z'ai cru voir là bas ta maman.

Henriette

Paix donc, folle, elle est bien loin, va ; elle est chez Madame de Courmont ; je crois qu'elle n'a pas envie de revenir fitôt.

Chochon

Avoue donc que c'est une singulière femme que ta maman ; bien me prend de n'en pas avoir une pareille.

Henriette

Hé bien, si tu en avais une pareille, tu t'y ferais. Voyez la belle histoire ; nous nous y faisons bien, nous.

Chochon

Ah Ciel ! Si z'étais dans ce cas-là, ze la ferais tant enrazer, qu'elle serait oblizée de me laisser vivre à ma fantaisie.

Henriette

Bon, bon, si tu étais dans ce cas-là, tu verrais qu'elle en saurait plus que toi pour te faire enrager... Mais ne perdons point de temps ; as-tu des cartes ?

Chochon

Non, c'est ma cousine Minette qui s'est çarzée d'en apporter.

Minette

Je ne sais si j'en ai dans mes poches ; pourquoi n'avez-vous pas voulu garder celles que j'avais apportées la dernière fois ?

Louison

Il n'aurait plus fallu que cela, vraiment. Si ma mère les avait trouvées, nous aurions été de jolies filles.

Minette

Quelle triste vie !

Chochon

Vous êtes, vraiment, bien à plaindre.

À Minette.

Henriette

Encore. Eh bien ?

Elle tire de sa poche deux jeux de cartes complets.

Minette

En voici, heureusement.

Louison met la table au milieu du théâtre : Minette jette les cartes dessus ; elles se placent toutes quatre autour ; les deux soeurs sont vis à vis l'une de l'autre.

Henriette

Louison, avance un peu la table à quadrille... Là... Plaçons-nous.

Minette

Quel jeu allons-nous jouer ? Le Reversis ou l'Whist.

Celle prend les cartes et sépare les jeux pour le vingt-et-un.

Henriette

Non, non, le Vingt-et-un ; il est plus amusant celui-là.

Chochon

Oh ! Votre vilain vingt-et-un, ze ne l'aime pas, il me fait perdre tout mon arzent. L'autre zour z'y ai perdu un écu de six francs. Z'aime mieux zouer l'As qui coure.

Henriette

Tais-toi, imbécile, avec ton As qui court. Est-ce que tu nous prends pour des enfants ? D'ailleurs, au Vingt-et-un si l'on perd beaucoup, on gagne beaucoup ; n'est-ce pas, ma soeur ?

Louison

Tu as raison.

Chochon

Allons donc. Vous faites de moi tout ce que vous voulez.

Bas à Minette.

Henriette

Ah ! Ça, Mesdemoiselles, argent sur jeu, s'il vous plait. Prête-moi six francs, ma bonne amie Minette.

Minette

Tiens, ma bonne amie ; mais tu me les rendras au moins, si tu gagnes.

À Chonchon.

Henriette

C'est tout simple. Chonchon, prête donc un demi-louis à ma soeur ; elle n'ose pas te le demander.

Louison

Non, ma bonne amie Chonchon, car je ne fais pas quand je pourrais vous le rendre.

Chochon

Dame, si ze le prête, ze fuis bien aise d'être sûre de le ravoir.

Henriette

Hum, nigaude ! Pardi, Mademoiselle Chonchon, vous êtes bien drôle ; est-ce que vous vous imaginez que nous ne sommes pas bonnes pour vous rendre votre demi-louis ? Si ma soeur ne le fait pas, je m'en charge, moi.

Chochon

Tenez ; mais sonzez à ce que vous me promettez touzours.

Minette

Oh ! Mon Dieu, ma cousine, comme tu obliges nos bonnes amies de mauvaise grâce.

Chochon

Dame, ça t'est bien aisé à dire ; ze n'ai pas plus d'arzent qu'il m'en faut, moi ; et z'ai oui dire que quand on prêtait au zeu, c'était mauvais signe.

Henriette

Finirez-vous, et commencerons-nous à jouer ? Il faut fixer les fiches à trois sols. Le voulez-vous ?

Minette

Comme il vous plaira.

Chochon

Ze le veux bien.

Louison

Que je suis inquiète. Si ma mère allait revenir.

À Louison.

Henriette

Qu'as-tu, Louifon ? Tu ne dis rien, tu parais triste : allons donc, sois un peu à ton jeu... Mettez vos fiches, Mesdemoiselles. Oh, Minette, deux ! Diantre, tu fais la prudente... Et toi, Chonchon, trois ! Cela ne va guère vite. À ton tour : combien mets-tu de fiches ?

Louison

Comme tu voudras.

À part.

Haut.

Elle distribue les cartes.

Henriette

Pefte, tu es bien accommodante ! Imbécile ! Tiens, je ne t'en mets qu'une, parce que c'est le commencement. T'y tiens-tu, Chonchon ?

Chochon

Dame, ze ne fais pas, zai dix-fept.

Henriette

Tiens, voila encore une carte.

Elle fait la moue.

Chochon

Un sept ! Oh ! z'ai perdu, tu aurais bien dû me donner un quatre, touzours.

Henriette

Il fallait m'avertir d'avance. À toi, Minette.

Minette

Je m'y tiens.

Henriette

Et toi, Louison , t'y tiens-tu ?

Louison

Je crois qu'oui.

Henriette

Celui-là est bon ; tu trois.

Louison

' i

Scène 6

Madame Varseuil, Henriette, Chochon

Madame Varseuil salue poliment et d'un air riant les étrangères, lance des regards terribles sur ses filles, et va prendre ses gants qui étaient restés sur la commode. Louison se retire dans un coin de la salle, où elle se met à pleurer. Les trois autres se lèvent et restent debout à leurs places.

Madame Varseuil

Mais, voici une joyeuse compagnie ; vous ne vous ennuyez pas, Mesdemoiselles ?

Henriette

Ce font ces demoiselles qui nous ont fait l'honneur de nous rendre visite ; elles nous ont ensuite proposé une partie de jeu que nous n'avons pas cru devoir leur refuser.

Madame Varseuil

C'est fort bien fait, ma fille ; mais il aurait dû vous souvenir que je vous avais défendu d'introduire ici personne en mon absence. Il est vrai que ses défenses ne pouvaient pas regarder ces demoiselles : mais je ne m'attendais pas à l'honneur qu'elles vous ont fait ; et en tout cas vous deviez m'obéir ; elles ne s'en seraient sûrement pas formalisées.

Chochon

Oh ! Pour nous, Madame... Nous ne sommes pas... Nous ne nous formalisons pas.

Chonchon sort en faisant une grande révérence à Madame Varseuil qui la lui rend d'un air gracieux.

Madame Varseuil

À propos, Mademoiselle Chonchon, j'ai rencontré à deux pas d'ici Madame votre mère ; elle me paraît en peine de vous ; vous ne l'avez sûrement pas informée que vous étiez ici ; et vous ne feriez pas mal d'aller calmer ses inquiétudes.

Scène 7

Madame Varseuil, Minette

Madame Varseuil

Mademoiselle Minette, on sera peut-être en peine de vous. Je suis enchantée de vous voir, mais je partage les alarmes de Madame votre mère ; elle ne fait probablement pas où vous êtes ?

Minette

Pardonnez-moi, Madame, je lui ai dit je venais ici.

Madame Varseuil

Comment se porte-t-elle, Madame votre mère ?

Minette

Vous lui faites bien île l'honneur, ma dame, elle eft'en très-bonne fanté.

Minette fait une profonde révérence à Madame Varseuil et sort.

Madame Varseuil

J'en suis vraiment charmée. Faites-lui bien mes compliments, Mademoiselle Minette, car c'est une femme que j'estime beaucoup. Priez-la, en même temps, de vous envoyer ici lorsque j'y ferai. Je suis bien aise de vous voir aussi , moi ; c'est un plaisir que j'envie à mes filles. Votre servante, Mademoiselle Minette.

Scène 8

Madame Varseuil, Henriette

Madame Varseuil

Voilà donc de vos tours, Mesdemoiselles ; vous avez la hardiesse d'introduire ici du monde en mon absence et de faire de ma maison une petite académie de jeux ! En vérité, je ne me ferais jamais attendue à celui-là. A-t-on jamais poussé plus loin l'insolence ? Mais vous avez donc perdu toute honte, toute retenue.

Henriette

Mais, mon Dieu, quel grand mal avons-nous donc fait ? Ces Demoiselles viennent nous voir, et nous tâchons de les recevoir le plus gracieusement qu'il nous est possible. Où est le crime?

Madame Varseuil

Quel grand mal ! Impertinente ! Premièrement, celui de me désobéir.

Henriette

Il fallait donc leur fermer la porte au nez.

Madame Varseuil

Oh ! Je n'y puis plus tenir, voilà de ces répliques qui assomment. Petite effrontée ! Vous ne pouviez pas les congédier poliment, trouver pour cela un prétexte honnête. Mes ordres, par exemple...

Scène 9

Monsieur Varseuil, Madame Varseuil, Louison, Henriette

Monsieur Varseuil

Que veut donc dire tout ce vacarme-là ?

Elle montre les cartes et l'argent qui sont sur la table.

En montrant Louison.

Madame Varseuil

Entrez, entrez, Monsieur, vous allez apprendre de jolies choses. Que diriez-vous de deux filles qui, pendant notre absence, introduisent ici des je ne sais pas qui pour brelander. C'est pourtant la conduite de vos filles. Voyez quelles étaient leurs petites occupations. Perdre leur temps et entretenir leur passion pour le jeu, voilà l'udage qu'elles dont de leur argent, ou bien acheter des brimborions de coquetterie ; témoin Mademoilelle, qui met trente-six livres à une coiffure.

Elle rencontre un coup d'oeil de sa mère qui l'empêche de continuer.

Louison

Oh ! Mon Dieu, si je...

Henriette

En vérité, ma chère mère, vous nous traitez bien mal. Ces je ne fais pas qui, dont vous parlez, vous les connaissez aussi bien que nous : ce sont Chonchon Plumeau, la fille du Notaire, et Minette Duval, fille de cette madame Duval, la Marchande que vous estimez tant.

Madame Varseuil

Mademoiselle, vous plairait-il de vous taire ?

Henriette

Si jamais de la vie...

Madame Varseuil

Taisez-vous, Henriette.

Henriette

Non, quand vous devriez me tuer, vous ne m'empêcherez pas de dire, qu'il est indigne de nous noircir comme vous le faites auprès de mon père.

Elle s'avance pour donner un soufflet à Henriette.

Madame Varseuil

Pour le coup, je perds patience.

À Henriette, sévèrement.

À ses filles.

À Madame Varseuil.

Monsieur Varseuil

Point de vivacité, ma bonne amie, je vous en prie. Silence. Vous avez tort, Mesdemoiselles, mais très tort, non que je trouve mauvais que vous ayez fait venir Mesdemoiselles Chonchon et Minette ; ce sont d'aimables filles ; je les crois bien élevées ; elles appartiennent à d'honnêtes gens, et il est à propos que vous vous délassiez en la compagnie de quelques amies. Mais c'est le jeu que je n'aime point : Aujourd'hui, ce n'est plus un amusement, c'est une fureur, une rage ; et la seule manière de s'en garantir est de ne point toucher de cartes absolument. Voilà précisément ce que j'exige de vous, Mesdemoiselles ; je n'entends pas qu'il entre de cartes ici. Pour tous les autres divertissements, je vous les verrai prendre avec plaisir. Voyez vos amies, amusez-vous avec elles, chantez, dansez, mais surtout point de jeu. Vous devez sentir, ma bonne amie, l'inconvénient de priver vos filles de toute espèce d'amusements ; leur interdire ceux qui sont permis, c'est le vrai secret de leur donner du goût pour les plus défendus.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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