Proverbe · 1785

Les trois Damis

de Thomas Garnier

Représentation
≈ 19 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
179
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Lisdor H 58 ≈ 9 min 7
Éraste H 53 ≈ 4 min 3
Clarice F 36 ≈ 3 min 2
Isabelle F 28 ≈ 2 min 1
Picard H 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Trois Damis
Lisdor absent
Éraste absentabsentabsentabsentabsent
Clarice absentabsentabsentabsentabsentabsent
Isabelle absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Picard absentabsentabsentabsentabsentabsent
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Les Trois Damis

Scène 1

Éraste, Clarice

Ils entrent sur la scène en conversant.

Éraste

Que m'apprenez-vous, chère Clarice ?

Clarice

Rien que de véritable.

Éraste

Je suis bien malheureux ! Je comptais me présenter aujourd'hui à votre père.

Clarice

Hélas ! Mon cher Erafte 1

Éraste

Et, il a été accepté sur le champ.

Clarice

Sur le champ.

Éraste

Mais, vous ne le connaissez pas.

Clarice

Mon Dieu, non, je ne l'ai jamais vu.

Éraste

Et Monsieur Lisidor ne le connaît pas non plus.

Clarice

Pas plus que moi : il ne l'a jamais vu ; mais c'est le fils de son meilleur ami.

Éraste

Quelle bizarrerie ! S'il était sot et mal bâti.

Clarice

Ah ! Éraste ! Ne pouvant être à vous, les autres hommes me feront également indifférents.

Éraste

Adorable Clarice ! Que nous femmes à plaindre !

Clarice

Que voulez-vous ?

Éraste

Au moins devait-on vous consulter.

Clarice

Vous ne connaissez pas mon père : il est maître absolu dans sa famille.

Éraste

Mais, encore pouvait-il vous en toucher quelque chose.

Clarice

Oh ! Oui ; aussi m'a-t-il prévenue de son arrivée, en m'ordonnant de le bien recevoir.

Éraste

Et quand arrive-t-il ?

Clarice

Incessamment, peut-être aujourd'hui.

Éraste

Aujourd'hui ! Mon sort serait-il assez cruel ?

Clarice

Hélas ! Je suis aussi à plaindre que vous.

Éraste

Si j'avais plus de temps, peut-être qu'à l'aide de quelques amis communs, j'aurais pu faire changer les choses.

Clarice

Vaine espérance, Éraste !

Éraste

Comment ?

Clarice

Mon père a donné sa parole, rien ne l'en fera départir.

Éraste

Je suis le plus malheureux des hommes.

Clarice

Hélas !

Éraste

Et le nom de cet heureux rival ?

Clarice

Je ne fais trop si je m'en souviendrai... Da... Dam...

Éraste

Damis ?

Clarice

Damis, justement.

Éraste

Damis !

Clarice

Oui, Damis.

Éraste

N'est-il pas de Pontoise?

Clarice

Précisément.

Éraste

Est-il possible ?

Clarice

C'est lui-même : vous le connaissez?

Éraste

Beaucoup. Vous ne vous trompez point ?

Clarice

Non, certainement. D'où vient cette surprise ?

Éraste

Ce Damis-là est le dernier des hommes ; et lorsque Monsieur Lisidor le connaîtra, je ne doute point qu'il ne retire sa parole.

Clarice

Il faudrait de puissants motifs.

Éraste

Aussi s'en trouverait-il ?

Clarice

Mais, encore, expliquez-moi...

Éraste

C'est un homme sans moeurs et sans foi, qui s'est plu à mettre le désordre dans plusieurs familles honnêtes, en séduisant des filles qui avaient été jusqu'alors sans reproche.

Clarice

Ah ciel ! Que me dites-vous là?

Éraste

La vérité. Il y a quelques mois, il paraissait sincèrement attaché à Isabelle, une des plus aimables filles de Pontoise ; on s'imaginait qu'elle saurait fixer enfin son inconstance : mais il paraît qu'elle a été trompée comme toutes les autres.

Clarice

L'abominable homme ?

Éraste

Et vous ne pensez pas que de pareilles raisons soient assez fortes pour rompre un engagement : qui ne peut que vous être funeste ?

Clarice

Hélas ! Je crains bien que non.

Éraste

Vous m'étonnez.

Clarice

Non ! Mon cher Éraste, tout cela ne fera que de pures bagatelles aux yeux de mon père.

Éraste

Quelles bagatelles !

Clarice

Oui, de pures bagatelles ; mon père a là-dessus des façons de penser qui me paraissent bien étranges ; il ne fait point de différence d'une débauchée qui a dépouillé toute honte, d'avec une personne vertueuse, mais faible, qui a eu le malheur de tomber dans les pièges d'un séducteur adroit. D'ailleurs il ne connaît pas d'autres vertus dans les personnes de votre sexe, que cette probité que l'on doit apporter dans le commerce des affaires ; mais il en dispense absolument avec nous...

Éraste

Oh bien ! Damis est véritablement son homme ; il devrait l'épouser : mais vous le donner à vous, rien n'est plus injuste ; vos principes méritent au moins d'être respectés.

Clarice

Hélas ! Il ne fait état que des siens. Mais, retirez-vous ; je crains qu'il ne rentre.

Éraste

Eh mais ! Je suis venu dans le dessein de lui parler.

Clarice

C'est une démarche inutile, et qui ne sert que l'aigrir.

Éraste

Il faut en courir l'événement ; je l'attendrai.

Clarice

Non, je vous prie ; revenez plutôt.

Éraste

Et pourquoi ?

Clarice

Ah ! S'il me voyait avec vous, tout serait perdu.

Éraste

Quoi ! Dans sa propre maison ! Dans un endroit ouvert à tout le monde !

Clarice

N'importe ; il est tellement indisposé contre notre sexe, qu'il nous croit toujours coupables, lors même qu'il n'y a pas lieu à un soupçon fondé.

Éraste

Voilà une étrange tyrannie.

Clarice

Mon père m'aime beaucoup : mais je suis la victime de ses faux principes. Le malheur qu'il a eu de ne fréquenter dans sa jeunesse que des femmes vicieuses, lui a donné pour notre sexe une sorte de mépris général duquel je ne suis point exceptée. Mais... Qu'entends-je ? Ciel ! C'est lui-même... Ah ! Comment faire ?...

Éraste

Laissez ; ne craignez rien.

Scène 2

Lisdor, Clarice, Éraste

À Clarice, d'un air courroucé.

Lisdor

Monsieur, je suis votre serviteur. Que faites vous ici, Mademoiselle ?

Clarice

Mon père, je ne fais que d'entrer pour recevoir monsieur, qui demandait à vous parler.

Lisdor

Eh bien, Monsieur ; que voulez-vous de moi ?

Éraste

C'est monsieur Lisidor, sans doute ?

Lisdor

Oui, c'est moi-même. À quoi puis-je vous être utile ?

Il l'embrasse.

Éraste

Ah ! Monsieur, permettez que cet embrassement...

Lisdor

Monsieur...

Éraste

Vous exprime la joie que j'ai de vous voir. Vous ne me connaissez pas.

Lisdor

Non, en vérité.

Éraste

Je suis de Pontoise, et je m'appelle Damis.

Clarice

Qui lui va-t-il conter ?

À Clarice, qui veut sortir.

Lisdor

Eh quoi ! C'est vous, mon ami ? Ventrebleu, qu'il est bien planté ! On ne m'avait pas trompé en me disant que vous étiez un joli homme. Ici, petite fille ; un moment.

Éraste

Monsieur, vous me flattez.

Lisdor

Ah ! De la modestie ! Bien, bien, j'aime assez cela ; mais, avec votre figure, on peut s'en passer, mon gendre.

Éraste

Monsieur, j'ai toujours compté pour peu les avantages de la figure, et je commencerais aujourd'hui à faire cas de la mienne, si elle plaisait à la charmante Clarice.

Lisdor

Oui, oui, oui, elle lui plaira, je vous en réponds, moi; elle serait parbleu bien difficile ; vous pouvez compter sur ma parole. Écoute, Clarice, voilà le mari que je te donne ; n'en es-tu pas contente ?

Clarice

Je suis disposée à vous obéir en tout, mon père.

Il fait un signe de satisfaction à Clarice et la congédie.

Lisdor

Je m'en doutais ; ce que c'est que la bonne éducation !

Scène 3

Lisdor, Éraste

Lisdor

Eh bien ! Mon gendre, qu'en dites-vous ? Elle n'est pas mal au moins, ma Clarice, et vous ne devez pas être fâché de l'emplette.

Éraste

Ah ! Monsieur, je ferai le plus heureux des hommes !

Lisdor

J'ai pris tous les soins imaginables pour la bien élever : je n'en garantis pas absolument le succès : car vous savez aussi bien que moi, ce que c'est que les femmes ; mais si l'on peut répondre de quelqu'une, tenez, c'est de ma Clarice.

Éraste

Monsieur, vous pouvez en répondre hardiment : la réputation de Mademoiselle...

Lisdor

Eh ! Mon Dieu, mon gendre, ne nous faisons point d'illusions ; ma fille est bien née, je la crois sage, et vous le croyez aussi, voilà tout ce qu'il faut. Tâchons de demeurer l'un et l'autre dans cette persuasion le plus longtemps que nous pourrons, et nous ferons heureux. Oh ça ! Depuis quand êtes-vous arrivé de Pontoise ?

Éraste

À l'instant ; j'ai pris à peine le temps de me débarrasser de mes habits de voyage.

Lisdor

Vous avez bien fait ; mais il fallait descendre chez moi, et y faire conduire votre bagage : au point où nous en sommes, vous devez regarder ma maison comme la vôtre. Et le papa Géronte, comment se porte-t-il ?

Éraste

Tout doucement, autant que le comporte ton grand âge.

Lisdor

Hon ! Hon ! Mais il n'est pas si vieux.

Éraste

Non pas absolument, si vous voulez ; mais ses infirmités le vieillissent un peu.

Lisdor

Ses infirmités ! Je ne lui en connais pas d'autres que sa goutte.

Éraste

C'est cela même ; c'est une terrible infirmité que celle-là, convenez qu'elle en vaut bien d'autres.

Lisdor

Je vous en réponds, je le fais par expérience. Il souffre donc beaucoup, le bon homme.

Éraste

Excessivement.

Lisdor

J'en fuis vraiment fâché. Ce font des fruits de la vieille guerre ; nous étions deux égrillards. Mais, dites-moi, devient-il un peu plus raisonnable ; je le sermone actuellement, moi. Tenez, mon gendre, il est un temps pour tout ; on m'a dit de vos nouvelles ; je ne vous en fais pas de reproche ; à votre âge, rien n'est plus naturel.

Éraste

Moi ! Monsieur.

Lisdor

Oui, vous ; il est inutile de faire ici le mystérieux ; d'ailleurs il suffit de vous voir, mon gendre ; où est le joli homme qui n'aie eu des aventures galantes ?

Éraste

Monsieur, ce font des bagatelles que je tâche d'oublier.

À demi-bas.

Lisdor

Eh ! Oui, oui, oui, tâchez, tâchez toujours : Les nouvelles aventures font oublier les vieilles ; mais pour notre ami, franchement, je le désapprouve. Dites un peu, qu'est devenue la petite Manon, cette brune-là, qui déplait tant à Madame Géronte ?

Éraste

Monsieur, je ne fais ce que vous voulez dire.

Lisdor

Allons donc, quelle enfance ! Vous ne me persuadez pas que vous ignorez ces choses-là.

Éraste

Monsieur, en tout cas je mets tout en oeuvre pour les oublier bien vite, et j'y réussis.

Lisdor

Bien, bien ; j'aime votre discrétion, mon gendre : je ne puis vous en savoir mauvais gré ; mais apprenez que je suis l'intime de votre père, et quoique je ne l'aie pas vu depuis près de vingt ans, il n'a pas d'ami plus chaud que moi : je m'intéresse vivement à tout ce qui le concerne, et j'ai soin de le tancer, comme il le mérite, de ses folies : ainsi vous ne risquez rien de vous ouvrir à moi.

Éraste

J'y serais très disposé, Monsieur ; mais, à vous parler franchement , je m'occupe peu de la conduite de mon père, pour jouir de mon côté d'une liberté plus entière : ce sont nos conventions.

À Éraste, qui a l'air inquiet.

Lisdor

Eh ! Eh ! Eh ! L'habile garçon ! Oh ça, brisons là-dessus , monsieur le discret, nous n'en ferons pas moins bons amis. Dites un peu, il ne viendra pas, suivant toute apparence, le pauvre cher homme ? Vous avez l'air inquiet, mon gendre, qu'avez-vous ?

Éraste

Je vous demande pardon, Monsieur.... J'ai donné à mon valet... quelques ordres...

Éraste sort.

Lisdor

Liberté entière, mon gendre, liberté entière.

Scène 4

Lisdor

Lisdor

Il n'est, ma foi, pas mal, ce garçon-là, pas mal du tout. J'avais quelqu'inquiétude sur la parole que j'ai donnée à mon vieil ami, sans connaître son fils ; mais heureusement je n'ai point à me repentir, et la petite fille doit être fort contente.

Scène 5

Picard, Lisdor

Picard

Monsieur Damis.

Lisdor

Comment dis-tu ?

Picard

Monsieur Damis, monsieur.

Picard sort.

Lisdor

Mon gendre ? Eh parbleu, il sort d'ici.

Scène 6

Lisdor, Isabelle

Isabelle travestie en homme, entre une lettre à la main, et salue Lisidor sans rien dire.

Lisdor

Qui demandez-vous, Monsieur ?

Isabelle

Monsieur Lisidor : je viens lui présenter mes très humbles respects.

Lisdor

De quelle part ? Qui êtes-vous ? Voilà bien des révérences.

Isabelle

Je suis Damis, de Pontoise.

Lisdor

Qui ? Vous !

Isabelle

Voici une lettre de mon père qui vous expliquera le sujet de ma visite.

Il lit bas.

Lisdor

Voyons. C'est parbleu son écriture. Je suis confondu : voilà une étrange effronterie.

Haut.

Isabelle

Ah ciel ! Tout est découvert, je suis perdue. Cet accueil me surprend ; Monsieur, et la lettre de mon père semblait me promettre...

Lisdor

Ce n'est pas pour vous que je parle, mon cher ami ; mais il vient de m'arriver une singulière aventure.

Isabelle

Comment donc ?

Lisdor

Un maître fourbe fort d'ici, qui s'est annoncé sous votre nom.

Haut, riant forcément.

Isabelle

Damis m'aurait-il prévenue ? Le tour est vraiment original.. :

Lisdor

Dites que le tour est pendable, mon ami, dites que le tour est pendable. Comment, moi morbleu ! M'affronter ainsi, moi !... Ah ! Je lui apprendrai à qui il se joue.

Isabelle

Monsieur, je me flatte que vous ne doutez pas...

Lisdor

Eh non, vous dis-je, la chose est claire maintenant. Vous avez l'air d'un honnête homme, vous ; d'ailleurs la lettre de votre père ne me laide aucun doute... Ce drôle-là est un hardi coquin.

Isabelle

Je vous assure.

Lisdor

Mais je le tiens, et il fera la dupe de sa propre ruse.

Isabelle

Comment ferez-vous ?

Lisdor

Il doit revenir, et comme il ne sait point votre arrivée, je me propose de le confondre et de le mettre entre les mains de la Justice.

Isabelle

Ah ! Gardez-vous-en bien.

Lisdor

Et pourquoi ?...

Isabelle

Peut-être est-ce un jeune fou sans expérience.

Lisdor

Tant pis pour lui.

Isabelle

Qui ne sentait pas la conséquence d'une pareille démarche.

Lisdor

Il l'apprendra.

Isabelle

Voudriez-vous causer la perte de ce malheureux ?

Lisdor

C'est sa faute.

Isabelle

Jeter la désolation dans une famille honnête et la couvrir de honte ?

Lisdor

J'en fuis fâché. Mais si vous fussiez arrivé plus tard de quelques jours, il épousait ma fille. Hein ? L'histoire aurait-elle été gentille ? Un malheureux aventurier, que fais-je, moi ? Je m'en rapporte à vous.

Isabelle

Votre colère est juste ; mais permettez-moi aussi quelques réflexions : Si c'était quelqu'amant secret de votre fille ; car elle ne m'a jamais vu, et si elle a le coeur prévenu pour quelqu'autre, ils ont pu concerter ensemble la supercherie qui vous chagrine. Songez-y.

Lisdor

Effectivement, ce que vous me dites là peut fort bien être vrai.

Isabelle

Faites-y attention : il serait très fâcheux de prendre un parti qui compromettrait l'honneur de votre fille et le vôtre.

Lisdor

J'ai peine à croire que ma fille ait osé se prêter à une pareille action ; mais ce maudit sexe-là est si trompeur, que franchement je ne pourrais en répondre.

Isabelle

C'est pour cela que je vous conseille de demeurer en repos, et de vous contenter de faire défendre votre porte à l'imposteur.

Lisdor

Non ferai, de pardieu ; je vais commencer par interroger Clarice, et si je la trouve coupable, un bon couvent m'en fera raison.

Isabelle

Comment y parviendrez-vous ? Elle ne l'avouera pas.

Lisdor

Je l'y forcerai bien.

Isabelle

Le sexe est si dissimulé : vous le savez.

Lisdor

Oh ! S'il est dissimulé, je suis fin, moi ; et l'on ne me trompe pas aisément.

Isabelle

À votre place, ce ne serait point le parti que je prendrais.

Lisdor

Et que feriez-vous?

Isabelle

Sans revenir sur ce qui s'est passé, je bannirais le faux Damis, et je suivrais mon premier dessein.

Lisdor

Eh quoi ! Mon ami, êtes-vous toujours dans la résolution d'épouser ma fille ?

Isabelle

De tout mon coeur.

Lisdor

Que je vous embrasse, vous pensez en brave garçon.

Isabelle

Bon, ne fais-je pas que ces petites fantaisies-là passent chez les filles en aussi peu de temps qu'elles leur viennent.

Lisdor

Vous avez raison : touchez là, mon gendre ; ma foi, vous pensez sensément ; à votre âge, c'est vraiment extraordinaire. Quel âge avez-vous ? Vous me paraissez bien jeune.

Isabelle

Mais, quelques vingt-cinq ans.

Lisdor

Parbleu, on ne s'en douterait pas, à peine vous donnerais-je dix-huit ans. Morbleu, le bel âge ! Et qu'il passe vite. Mon gendre, vous vous en apercevrez.

Isabelle

Oh, Monsieur, je vois mes belles années s'écouler sans peine.

Riant.

Lisdor

Et vous ne les employez pas mal ; je sais de vos nouvelles. Eh, eh, eh, vous connaissez à Pontoise une certaine Isabelle, n'est-ce pas ? Eh, eh, eh.

Isabelle

Moi, Monsieur.

Lisdor

Vous, oui, vous. Allez, allez, mon garçon, rassurez-vous ; ce n'est pas que je vous en fasse des reproches.

Isabelle

Mais encore un coup, Monsieur, que vous a-t-on dit de cette Isabelle ?

Lisdor

Bon, ce que l'on en devoir dire ; c'est quelque petite coquette, là, comme on en trouve tant à votre âge, qui vous a fait passer agréablement quelques mois.

Isabelle

Monsieur, vous vous trompez, et vous êtes mal informé ; je ne connais point cette Isabelle, dont j'ai seulement entendu parler comme d'une très honnête fille.

Isabelle sort.

Lisdor

Encore une fois, mon gendre, je ne vous en veux pas de mal. Lorsque j'étais jeune, je faisais comme vous ; et je ne fuis pas assez injuste pour blâmer dans les autres ce dont je n'ai pu me garantir moi-même. Mais je vous amuse ici ; vous voudriez voir votre future, n'est-ce pas ? Entrez, je vous suis à l'instant.

Scène 7

Lisdor

Lisdor

Parbleu, l'aventure est comique et le véritable Damis a suivi de près l'imposteur. Un petit moment plutôt ils se rencontraient, et...

Scène 8

Picard, Lisdor

Picard

Il y a encore là-bas un Monsieur qui dit s'appeler monsieur Damis, et qui demande à vous parler.

Lisdor

Encore un Damis ? Je crois qu'il en pleut.

Picard

Ferai-je entrer, monsieur ?

Haut, à Picard.

Lisdor

Oh ! Parbleu, je tiens celui-ci. Oui ; et dis à mon gendre que je l'attends ici.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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