Proverbe · 1785

Marianne

de Thomas Garnier

Représentation
≈ 20 min
Distribution
4 femmes, 1 homme
Répliques
172
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Marianne F 88 ≈ 8 min 8
Mademoiselle la Varenne F 51 ≈ 7 min 7
La Marquise F 10 ≈ 2 min 3
Mademoiselle Dubois F 13 ≈ 2 min 3
Le Marquis H 9 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Marianne
Marianne absentabsentabsent
Mademoiselle la Varenne absentabsentabsentabsent
La Marquise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mademoiselle Dubois absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Marquis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Marianne

Scène 1

Mademoiselle Dubois, Marianne

Mademoiselle Dubois entre précédée de Marianne, qui est habillée en paysanne, quoique très proprement.

Mademoiselle Dubois

Entrez, Mademoiselle Marianne, asseyez-vous là un instant ; madame va descendre.

Marianne

Bien obligée, Mademoiselle.

Mademoiselle Dubois

Eh bien ! Comment vous trouvez-vous ici ?

Marianne

Fort bien, Mademoiselle, grâces aux bontés de ma marraine.

Mademoiselle Dubois

Je parie que vous ne demanderiez pas mieux que de quitter tout à fait le village, pour demeurer avec nous.

Marianne

À vous dire le vrai, je n'en serais pas fâchée.

Mademoiselle Dubois

Je m'en fuis doutée. Eh bien, réjouissez-vous, Mademoiselle, je crois que vous vous restez.

Marianne

Quoi ! Vraiment ?

Mademoiselle Dubois

Oui ; j'ai tout lieu de croire que je ne me trompe point dans mes conjectures.

D'un air caressant.

Marianne

Ah, que je suis contente ! Vous m'aimerez toujours bien ?

Mademoiselle Dubois

Aimable enfant ! Qui pourrait s'en défendre.

Marianne

De mon côté, vous pouvez être sûre... Je suis d'une joie !

À part.

Haut.

Mademoiselle Dubois

Quels transports ! Mademoiselle, le séjour de la ville a ses agréments, mais il a aussi ses dangers. Vous êtes jeune, belle, sans expérience....

Marianne

Vous avez raison ; mais, ma marraine m'aime bien ; Monsieur le Marquis m'a dit aussi qu'il voulait être de mes amis ; et puis vous, et Mademoiselle La Varenne...

Mademoiselle Dubois

Vous méritez qu'on s'attache à vous, et je vais vous parler en amie. Madame La Marquise a le coeur excellent ; elle vous aime sincèrement ; ce n'est pas elle que vous devez craindre ; mais prenez garde à Monsieur le Marquis ; La Varenne est...

Scène 2

Mademoiselle la Varenne

Mademoiselle Dubois sort sans rien dire.

Mademoiselle la Varenne

Passez chez Madame Mademoiselle Dubois, elle vous demande.

Scène 3

Mademoiselle la Varenne, Marianne

Mademoiselle la Varenne

Eh, bonjour, mon petit Ange ; que je vous annonce une charmante nouvelle ; vous restez.

Marianne

Cela me fait bien plaisir, Mademoiselle.

Mademoiselle la Varenne

Comment ! Mais, c'est que j'en suis en chantée, moi.

Marianne

Je vous remercie, Mademoiselle.

Mademoiselle la Varenne

Bon ! Voilà les façons revenues. Est-ce que je ne suis pas votre bonne amie ?

Marianne

Vous avez bien de la bonté.

Mademoiselle la Varenne

Ce n'est pas comme cela qu'il saut répondre ; il faut m'appeler votre bonne amie, me sauter au cou et m'embrasser comme vous m'aimez.

Marianne

Oh ! Pour cela , de tout mon coeur.

Mademoiselle la Varenne

Allons , mettez-vous à votre aise avec moi, ma chère petite.

Marianne

Vous êtes ma bien bonne amie.

Mademoiselle la Varenne

Qu'elle est charmante !

Marianne

Je suis bien aise de demeurer ici avec vous.

Mademoiselle la Varenne

Qu'elle est aimable ! Oh ça, je veux que vous m'aimiez uniquement, que vous me donniez toute votre confiance, que vous me disiez tous vos petits secrets ; de mon côté, je vous dirai les miens, et nous serons les deux meilleures amies qu'on ait jamais vues.

Marianne

Volontiers , ma bonne amie.

Mademoiselle la Varenne

Mais c'est que je veux qu'il n'y ait que moi, que vous aimiez ainsi ; excepté Monsieur le Marquis pourtant, qui a des droits sur votre amitié, qui vous veut du bien.

Marianne

Et ma Marraine.

Mademoiselle la Varenne

Oui, c'est tout simple. Mais c'est la Dubois, dont je ne veux point dans notre petite société.

Marianne

Et pourquoi, ma bonne amie ; elle est assez bonne personne, et elle m'aime bien aussi.

Mademoiselle la Varenne

Oui, vous avez raison ; mais elle est sauvage, dure, chagrine, cette fille-là ; et cela ne me va pas à moi, j'aime la joie, la gaieté.

Marianne

Comme vous voudrez.

Mademoiselle la Varenne

Savez-vous bien que vous êtes charmante, malgré vos habits de paysanne ; quand vous serez vêtue en demoiselle, vous enlèverez tous les coeurs.

Marianne

Oh ! Ma bonne amie, vous vous moquez de moi.

Mademoiselle la Varenne

Allez, petite friponne ; vous ne connaissez pas encore le prix d'une figure comme la vôtre. Je veux présider moi-même à votre toilette ; j'ai un petit coffre à vous montrer qui vous sera bien plaisir.

Scène 4

Le Marquis, Mademoiselle la Varenne, Marianne

Le Marquis

Eh bien, la Varenne ?

Mademoiselle la Varenne

Tout va le mieux du monde.

Haut, à Marianne.

Le Marquis

J'ai fait porter le petit coffre où tu sais. C'est vous, ma charmante ! Eh bien, comment trouvez-vous le séjour de la ville ? Vous vous accoutumerez aisément avec nous, n'est-ce pas ?

Marianne

Vos bontés me rendent confuse, Monsieur le Marquis.

À Mademoiselle La Varenne.

Mademoiselle la Varenne se retire insensiblement dans le fond du théâtre.

Le Marquis

Comment, mignonne ! On ne peut trop faire pour vous. Elle est, en vérité, divine, adorable.

Marianne

Monsieur...

Le Marquis

Je suis, parbleu, ravi de vous voir ici ; Madame la Marquise ne pouvait rien faire qui me fut plus agréable que de vous garder. Et... Vous en êtes bien aise aussi, sans doute.

Marianne

Mais, oui, monsieur le Marquis.

Le Marquis

Quelle charmante ingénuité ! Oh ça, ma chère reine, je vous prie de me regarder comme votre ami, et non pas comme votre maître ; je veux être votre ami, entendez-vous ?

Marianne

Monsieur.

Le Marquis

La Varenne vous parlera pour moi ; vous verrez comme je traite mes amies.

Marianne

Vous me faites bien de l'honneur.

Le Marquis

Mais aussi, je veux en revanche que vous m'aimiez bien ; m'aimerez-vous, hein ?

Marianne

Je vous respecte trop.

Le Marquis

Il n'est point ici question de respect, je vous en dispense, c'est de l'amitié que j'ai pour vous ; et c'est de l'amitié que je veux que vous me rendiez.

Marianne

Je serais bien ingrate, si je ne reconnaissais pas ce que vous faites pour moi.

Il entend La Marquise.

Il s'esquive.

Le Marquis

La charmante entant ! Je. ... Adieu , Poulette, je vous donnerai bientôt de mes nouvelles.

Scène 5

Marianne, La Marquise

Marianne

>Bonjour, ma fille ; qui est-ce qui sort là ?

Elle hésite.

Marianne

C'est la Mademoiselle la Varenne, et...

Marianne

Et qui ?

Marianne

Et monsieur le Marquis.

Marianne

Ah, ah, Monsieur le Marquis ; et que vous disait-il ?

Marianne

Mais, ma marraine, il me disait qu'il était bien aise de ce que je restais ici, qu'il me donnait son amitié, et que...

Marianne

Et bien ?

Marianne

Qu'il me demandent la mienne en retour.

Marianne

Que lui avez-vous répondu ?

Marianne

Je lui ai dit que je serais une ingrate, de ne pas reconnaître ses bontés.

Marianne

Voilà tout ?

Marianne

Je crois qu'oui.

La Marquise

Vous croyez ! Est-ce que vous me cacheriez quelque chose, ma fille ? Non, je ne le pense pas. Si vous m'assurez que c'est là tout, je vous croirai.

Marianne

Voilà tout ce qu'il m'a dit, je vous assure ; mais, en s'allant, il m'a serré la main.

Marianne

Il vous a serré la main !

Marianne

Oui, ma marraine.

Marianne

Eh, eh, monsieur le Marquis ! Et La Varenne était présente.

Marianne

Oui, ma marraine. Ce que je dis vous fait-il de la peine ? J'en serais au désespoir.

Marianne

Point du tout, ma chère enfant. Mais, c'est que je vous aime bien, je veux que vous n'ayez rien de secret pour moi ; je crois mériter cette petite attention-là ; et ce n'est point pour abuser de vos confidences, que je les exige ; au contraire , c'est pour travailler plus sûrement à votre bonheur. Tout à l'heure, par exemple, j'ai vu que vous hésitiez ; vous n'osiez me parler du Marquis : vous avez rougi en m'avouant qu'il vous avait serré la main.

Marianne

Il est vrai que je suis honteuse des caresses que me fait monsieur le Marquis ; il me parle aussi familièrement que si j'étais son égale, et cela m'embarrasse à un point que je ne saurais dire.

La Marquise

Allez, ma chère enfant, je ne suis point fâchée. Respectez toujours monsieur le Marquis, comme vous le devez ; et que son ton familier ne vous fasse point sortir de celui qui vous convient. Mais, parlons d'autre chose : je vous ai fait avertir pour vous dire que je vous garde ; il paroît que l'on m'a prévenue.

Marianne

Oui, ma marraine ; mademoiselle Dubois et mademoiselle la Varenne me l'ont appris.

Marianne

Il y a longtemps que j'ai ce dessein-là, mon enfant ; et je vois avec plaisir que vous avez tout ce qu'il faut pour profiter des soins que je veux prendre de votre éducation ; aussi je n'épargnerai rien pour vous rendre heureuse ; mais je m'attends que vous m'aimerez comme votre mère.

Marianne

Ah ! Pouvez-vous douter que je ne vous aime !

Marianne

Non, ma fille, non ; je n'en doute pas. Embrasse-moi , ma chère Marianne. Tu pleures !

Marianne

Hélas, si je vous ai fait de la peine, c'est sans le savoir.

La Marquise

Rassure-toi, ma fille ; non , je ne suis point mécontente de toi, point du tout.

Elle se jette sur la main de la Marquise et la baise avec transport.

Marianne

Ah, que je suis contente !

La Marquise

Chère enfant ! Va, ma fille ; je t'aime d'affection. Sois toujours sage, aime-moi de tout ton coeur, et tu peux être assurée que je ne t'abandonnerai jamais. Oh ça , Marianne, je sors aujourd'hui pour toute la journée, et je vous laisse avec Mademoiselle La Varenne et Mademoiselle Dubois, vos nouvelles compagnes.

Marianne

Oui, ma marraine.

Elle sonne.

À un Laquais, qui entre.

Elle continue de parler à Marianne.

Marianne

Je leur ai recommandé de vous faire quitter vos ajustements de paysanne, pour en prendre de plus convenables aux vues que j'ai sur vous. Ce sont des filles sages, en qui j'ai beaucoup de confiance. Faites descendre mademoiselle La Varenne et Mademoiselle Dubois. Surtout la Varenne : il y a plus de dix ans que cette fille-là est à mon service.

Scène 6

Mademoiselle la Varenne, Marianne

Mademoiselle la Varenne

Que veut madame ?

Marianne

Voilà une petite fille que je vous remets entre les mains, je vous charge de son éducation.

Mademoiselle la Varenne

Ah ! Madame, que vous me faites de plaisir ! On est heureux d'avoir à former des sujets qui promettent autant que ma demoiselle.

À Marianne.

Marianne

Je le crois ; j'espère aussi que vous m'en rendrez bon compte. Ma fille, je n'ai pas besoin de vous recommander de regarder Mademoiselle La Varenne comme une autre moi-même.

Marianne

Ah ! De tout mon coeur.

Marianne

J'ai en vous une confiance entière, Mademoiselle La Varenne, et je crois que vous la méritez. Qui vous manquerait, me déplairait souverainement.

Scène 7

Laquais, Marianne

Laquais

Le carrosse de Madame est prêt.

Elle sort.

Marianne

Mademoiselle Dubois , c'est vous que je charge de la toilette de Marianne ; ayez soin de me la présenter à mon retour dans un autre équipage.

Scène 8

Mademoiselle la Varenne, Mademoiselle Dubois

Mademoiselle la Varenne

Mademoiselle Dubois, vous me ferez plaisir de nous laisser seules.

Mademoiselle Dubois

Mais, Mademoiseile, vous avez dû entendre que l'on m'a chargée de la toilette de Mademoiselle Marianne.

Mademoiselle la Varenne

N'importe ; vous avez dû entendre vous-même qu'en l'absence de Madame, je suis ici maîtresse.

Haut.

Mademoiselle Dubois

On le cache de moi ; il y a quelque chose là-dessus. Mais pour habiller Mademoiselle Marianne.

Mademoiselle la Varenne

Je m'en charge ; est-ce fini ?

Mademoiselle Dubois

Je m'en vais donc vous apporter tout ce qu'il faut.

Mademoiselle la Varenne

Eh, non ; vous êtes trop obligeante. Je vous prie seulement de nous laisser tranquilles.

Elle sort en jetant un regard de pitié sur Marianne.

Mademoiselle Dubois

Je n'en doute plus ; pauvre Marianne ! On cherche à te perdre. Tâchons de déconcerter ses projets.

Scène 9

Mademoiselle la Varenne, Marianne

Mademoiselle la Varenne

À la fin, nous en voilà débarrassées : je respire.

Marianne

Ma bonne amie.

Mademoiselle la Varenne

Ma petite Reine. Que j'étais impatiente de me trouver seule avec vous.

Marianne

Vous avez renvoyé bien durement cette pauvre Dubois : cela me fait de la peine.

Mademoiselle la Varenne

Fi donc. C'est une grande hypocondre, ennemie de tous les plaisirs ; je ne puis la souffrir : elle nous aurait gênées. Allez ; vous ne perdrez point à son absence. Est-ce que mon amitié ne vous suffit pas ?

Marianne

Pardonnez-moi.

Mademoiselle la Varenne

Si vous saviez tout ce que j'ai fait pour vous, combien vous me remercieriez !

Marianne

Comment donc ?

Mademoiselle la Varenne

Ah ! Que vous êtes heureuse d'avoir un petit minois aussi charmant que moi, et une aussi bonne amie pour vous apprendre à en tirer parti.

Marianne

Que voulez-vous dire, ma bonne amie, je ne vous entends pas.

Elle tire de sa poche un coffre dans lequel est un écrin de diamants.

Mademoiselle la Varenne

Rien, rien ; nous causerons de cela tantôt. Commençons par vôtre toilette. Que dites-vous de cela ?

Marianne

Ah, Ciel ! Rien n'est plus magnifique.

Mademoiselle la Varenne

Et de ceci, qu'en dites- vous ?

Marianne

Que cela est beau ! Je ne les ai pas encore vues à ma marraine.

Mademoiselle la Varenne

Ah, ah, ah ; vous m'enchantez. Cela lui siérait à son âge, en vérité. Bon pour un trésor comme vous.

Marianne

Oh ! Ma bonne amie ; je sais que je ne suis pas faite pour porter des ajustements aussi superbes ; mais, je m'en passe facilement, je vous allure.

Mademoiselle la Varenne

Bon. Oh, si vous les aviez essayées une fois, vous verriez qu'il est bien difficile de s'en passer.

Marianne

Pour cela, ma bonne amie, vous êtes trop méchante.

Mademoiselle la Varenne

Pardi, je veux vous les essayer.

Marianne

Allons donc, vous badinez.

Mademoiselle la Varenne

Non, sérieusement.

Marianne

Cela m'ira tout au plus mal ; car je n'y suis pas accoutumée.

Elle ôte sa coiffure et lui met celle de dentelles.

Mademoiselle la Varenne

Allez, petite friponne ; cela vous ira mieux qu'à bien d'autres.

Marianne

En vérité, vous me rendez toute sotte.

Mademoiselle la Varenne

Bon Dieu, qu'elle est jolie ! Ah, mon cher coeur, voyez dans ce miroir si cela vous va si mal.

Marianne

Eh bien, à quoi tout cela revient-il ?

Mademoiselle la Varenne

Attendez. Ici, une épingle à diamants. Une autre, là. Bien. Les boucles d'oreilles, à cette heure.

Marianne

Finissez donc, ma bonne amie ; tenez, tout cela me gêne ; je suis toute je ne sais comment.

Elle lui attache les boucles d'oreille.

Mademoiselle la Varenne

Allons donc, vous faites l'enfant. Regardez un peu ce miroir, s'il serait d'avis que vous quittiez cela si tôt.

Marianne

Oh, mon Dieu ! Si ma marraine allait revenir, je ne sais ce que je deviendrais.

Elle se dispose à lui mettre du rouge et des mouches.

Mademoiselle la Varenne

Ne craignez rien. Ah ça, il y a encore une petite cérémonie.

Marianne

Ah ! Si, ma bonne amie ; qu'allez-vous faire ?

Mademoiselle la Varenne

Eh bien, petite fille ; faudra-t-il vous gronder ? Est-ce que vous ne savez pas que je suis votre maîtresse ? Et bien ! Jetez les yeux sur ce miroir : comment vous trouvez-vous, là ?

Marianne

Ah, ma bonne amie !

Mademoiselle la Varenne

Eh bien, ma chère Reine.

Marianne

Que dirait ma mère, si elle me voyait ainsi ? Elle ne voudrait plus me reconnaître.

Ici la Marquise amenée par Mademoiselle Dubois, entre, se cache et écoute.

Mademoiselle la Varenne

Bon, il est bien question ici de votre mère ; c'est Monsieur le Marquis, s'il vous voyait, il deviendrait amoureux fou.

Marianne

Ah, ma bonne amie ! Ôtons vite tout cela.

Mademoiselle la Varenne

Eh bien, pourquoi donc ?

Marianne

Si monsieur le marquis allait entrer.

Mademoiselle la Varenne

Eh mais, ce serait tant mieux.

Marianne

S'il devenait amoureux de moi, je serais perdue.

À Marianne, qui s'efforce d'ôter sa coiffure.

Mademoiselle la Varenne

Eh bien ! Quelle enfance ! Ce serait un grand bonheur pour vous. Finissez donc, vous allez gâter votre bonnet ; il est à vous, au moins.

Marianne

Comment, il est à moi ?

Mademoiselle la Varenne

Ah, ah, ah, vous voilà bien surprise.

Marianne

Expliquons-nous, ma bonne amie.

Mademoiselle la Varenne

Eh mais, cela est bien clair : le bonnet est à vous, les diamants sont à vous, les boucles d'oreilles sont à vous ; et des robes magnifiques que vous n'avez pas encore vues ! Hein ? M'entendez vous maintenant ?

Marianne

Ah, mon Dieu ! Et d'où cela me vient- il ?

Mademoiselle la Varenne

Comment, petite nigaude, vous n'avez pas encore deviné Monsieur le Marquis ?

Marianne

Monsieur le Marquis.

Mademoiselle la Varenne

Eh bien, qu'en dites-vous ? Est-ce faire les choses ? Mais, qu'avez- vous donc ?

Marianne

Laissez-moi... Ah, ciel !

Mademoiselle la Varenne

Quoi donc, Marianne ? Qu'est-ce, ma chère amie ? Vous trouvez-vous mal ? N'êtes-vous pas auprès de votre meilleure amie ?

Marianne

Vous, mon amie.

D'un ton plus doux.

Mademoiselle la Varenne

Peste, comme vous prenez les choses : oui, votre amie, et plus que vous ne pensez. N'est-il pas bienheureux pour une petite fille de votre sorte, d'être aimée d'un homme tel que Monsieur le Marquis ? Combien j'en sais qui désireraient votre bonne fortune ! Allons donc, Marianne, allons, mon enfant ; ayez un peu plus de raison.

Elle pleure amèrement.

Marianne

Je veux sortir d'ici ; oui, j'en veux sortir. Que je suis malheureuse !

Mademoiselle la Varenne

Non, Mademoiselle ; vous ne sortirez pas ; et puisque vous le prenez ainsi... Voilà, en vérité, un joli tour que vous me faites là. Il vous sied bien de grimacer ; n'avez-vous pas promis votre amitié à Monsieur le Marquis ? Prenez garde à vous. Je saurai vous perdre auprès de votre marraine.

Scène 10

La Marquise, Mademoiselle la Varenne

La Marquise

Il faut convenir que voilà un monstre bien abominable !

Mademoiselle la Varenne

La Marquise ! Ah ! Ciel.

La Marquise

Sors, indigne, scélérate, sors ; je ne serais plus maîtresse de ma colère.

Mademoiselle la Varenne

Eh ! Mon Dieu, Madame...

Mademoiselle la Garenne sort.

La Marquise

Tu oses me parler, malheureuse ! Sors, te dis-je, à l'instant. Je te fais grâce ; car tu mériterais d'être renfermée pour le reste de tes jours.

Scène 11

La Marquise, Mademoiselle Dubois, Marianne

La Marquise

Une fille en qui j'avais mis toute ma confiance. Bon Dieu ! À qui se fier désormais ! Mademoiselle Dubois, je n'oublierai pas le service que vous venez de me rendre.

Mademoiselle Dubois

Madame, je n'ai fait que ce que j'ai dû faire.

La Marquise

Ma chère Marianne, console-toi, ma fille.

Marianne

Non, jamais... Jamais.... Vous ne m'aimez plus.

Marianne pendant ce temps a essuyé son rouge et veut s'attacher sa coiffure.

La Marquise

Qui, moi ? Ma chère enfant ! Je t'aime plus que jamais. Tu es une fille respectable. Oui, ma chère Marianne, tu viens de donner des preuves d'une vertu héroÏque qui redoublent mon attachement. Allons, embrasse-moi ; oublions qu'il y ait au monde des monstres aussi détectables que La Varenne. Eh bien ! Que fais-tu là.

Marianne

Hélas , ma chère Marraine ! Laissez-moi. Ces indignes ajustements me rappellent mes chagrins.

Marianne

Ah, ma chère fille ! Ce dernier trait-là m'enchante. Viens, tu mérites de me tenir lieu des enfants que le Ciel m'a resufés ; viens prendre la place que je leur aurais destinée dans mon coeur. Ma chère Marianne, ma fille, garde ces ajustements ; ils sont à toi, tu peux les porter sans honte, puisque je te les donne. Au lieu d'être le prix du vice, ils deviendront la récompense de la vertu.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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