Saynète · 1881

Oreste et pylade

de Jules Moinaux

Représentation
≈ 6 min
Distribution
4 hommes
Répliques
27
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Fondant H 5 ≈ 1 min 1
Le Prévenu H 7 ≈ 1 min 1
Garancier H 8 ≈ 1 min 1
Le Président H 6 ≈ 1 min 1
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Oreste et Pylade

Scène 1

Le Narrateur, Le Président, Garancier, Le Prévenu, Fondant

Le Narrateur

On aime à retrouver l'ami. Qu'on a rencontré sous la table, Si nous ne disons pas que Fondant et Garancier s'aimaient comme Castor et Pollux, c'est qu'au rebours de ces deux frères, on ne les voit jamais ensemble. À cela près, du reste, amis depuis le jour où, ivres-morts, ils s'étaient réveillés chez un marchand de vin dans les bras l'un de l'autre. dit la chanson. Un jour donc, Fondant et Garancier se retrouvaient dans la rue : « Te v'là, me vlà ; allons prendre un verre ! » Ce dont ils avaient, d'ailleurs, autant besoin qu'une rivière a besoin d'eau, exception, faite du Paglion, à qui il ne manque que cela pour qu'on puisse dire qu'il coule à Nice. Étant donné l'état dans lequel étaient nos deux amis avant de prendre un nouveau verre, on devine sans peine ce qu'ils étaient après, l'avoir pris, accompagné de plusieurs autres. Disons pourtant que Fondant était encore assez solide de la tête pour concevoir l'idée de prendre le porte-monnaie de Garancier et assez solide des jambes pour mettre son plan à exécution. Nous parlons d'après la prévention. Nous verrons tout à l'heure si elle est suffisamment établie. Donc, Fondant est traduit en police correctionnelle pour vol au poivrier. Le poivrier, c'est Garancier, et voici les seuls renseignements que celui-ci peut donner au tribunal : Ayant pris plusieurs consommations, nous deux Fondant, que nous en avions déjà pas mal avant, dont c'est moi qui ai régalé pomme lui n'ayant pas rien de rien dans sa poche, je veux tout de même aller à mon travail qui était donc rue du Mail et qu'il me fait un bout de conduite. Pour lors, en route, nous nous reposons chez plusieurs marchands de vin, si bien qu'arrivé rue Pagevin, j'étais si tellement ivre-mort que Fondant me dépose à l'entrée d'une allée. Pour ce qui est à partir de ce moment-là, je ne me rappelle pas ce qui me tiendrait dans l'oeil ; seulement que je l'ai bien senti tout de même qui farfouillait dans ma poche et que je lui ai même dit : Ce que tu fais là, c'est une saleté à mon égard. Voilà tout ce, que je sais.

Le Président

Il savait que vous aviez de l'argent ?

Garancier

C'est sûr et certain comme ayant vu ma monnaie quand j'ai payé les consommations, dont il me restait bien une bonne pièce ronde de 14 francs et 8 sous au moins. Un témoin est entendu : Passant rue Pagevin, dit-il, je vois du monde amassé autour d'un homme ivre, qui était allongé sur le trottoir.

Garancier

C'était moi.

Le Prévenu

Ah !... Possible, je ne vous reconnais pas.

Garancier

Oui, mais moi, je me reconnais.

Le Prévenu

Auprès de lui était celui-ci (le prévenu) qui fouillait l'ivrogne.

Garancier

Ivrogne !

Le Président

Taisez-vous donc !

Le Prévenu

Le pochard, si vous aimez mieux.

Garancier

J'aime mieux ça.

Le Prévenu

J'interpelle l'individu ; il me répond qu'il est l'ami de l'ivrogne.

Garancier

Encore !

Le Prévenu

Du pochard, pardon, et il ajoute qu'il allait lui chercher une voiture pour le porter chez lui. On lui dit : « Il y a des voitures sur la place des Victoires. » Alors, il y va, je le suis et je le vois qui fait semblant de parler à un cocher.

Fondant

Comment, semblant ?

Le Président

Vous vous expliquerez tout à l'heure.

Le Prévenu

De là, il s'en va du côté des Petits-Pères ; alors je l'ai signalé à un sergent de ville qui l'a arrêté.

Fondant

J'allais place des Petits-Pères pour chercher un autre cocher, vu que sur la place des Victoires... Voilà comme c'est arrivé : étant primo, d'abord, très loin de la rue du Mail ; il y avait loin... heu... Oh ! De là à la rue du Mail il y avait la distance au moins de trente marchands de vin.

Le Président

Voyons, passons les marchands de vin.

Fondant

Alors, ça ira plus vite. Finalement que mon ami, arrivé rue Pagevin, ne peut plus aller et qu'il se couche sur le trottoir. Je le pose à l'entrée d'une allée et je vas dans la maison demander un verre d'eau pour mon ami, mais il n'en a pas voulu. Alors, je prends son porte-monnaie dans sa poche, au vu et au su de la société qui était présente.

Le Président

Est-ce qu'il prenait le porte-monnaie ostensiblement ?

Le Prévenu

Oh ! Parfaitement ; il a même compté ce qu'il y avait dedans.

Garancier

14 francs 8 sous.

Fondant

9 francs et 11 sous; c'est donc de là que je vas place des Victoires et que, quand je dis au cocher pourquoi c'était, il me répond qu'il ne veut pas d'ivrognes dans sa voiture.

Garancier

Ivrogne !

Le Président

Mais faites donc taire cet homme !

Est-ce exact ? Le tribunal, après délibération, n'a pas estimé que la preuve contraire fût suffisamment faite et il a acquitté Fondant de sa tentative de vol sur l'ivrogne... pardon, bon Garancier, sur le pochard.

Fondant

Alors tous les autres cochers ayant également récalcitré à emporter mon ami, j'allais donc place des Petits-Pères, quand on m'a arrêté. V'là comme c'est arrivé, qui est un fait réel.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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