Opérette · 1889

Thésée

de P. G.

Représentation
≈ 36 min
Distribution
3 femmes, 2 hommes
Répliques
320
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Ariane F 84 ≈ 9 min 8
Pasiphaë F 70 ≈ 8 min 9
Minos H 59 ≈ 7 min 6
Thésée H 65 ≈ 6 min 5
Miss Clustenbrut F 29 ≈ 4 min 5
Choeur N 6 ≈ 1 min 4
Tous N 5 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Thésée
Ariane absentabsentabsentabsent
Pasiphaë absentabsentabsent
Minos absentabsentabsentabsentabsentabsent
Thésée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Miss Clustenbrut absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Tous absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Thésée

Scène 1

Choeur, Ariane, Miss Clustenbrut

Le Théâtre représente une salle du palais. — Grand portique au fond fermé par une portière qui en s'ouvrant laisse voir le rivage et la mer.

Choeur

Pour dissiper la tristesse De notre jeune princesse, Ô Phébus emplis nos chants Des accords les plus touchants ! Dans l'âge de la folie, Quand par la mélancolie Son front pur s'assombrira, Qui donc la déridera ? Tralala, la déridera.

Elles sortent. Ariane soupire.

Ariane

Laissez-nous, jeunes filles ; votre zèle me touche, mais vos chansons m'agacent. Ah !

Miss Clustenbrut

Dix-neuf.

Ariane

Quoi ?

Miss Clustenbrut

Rien, princesse ; je dis seulement : dix-neuf.

Elle soupire.

Ariane

Ah ! C'est différent. Ah !

Elle prend une prise.

Miss Clustenbrut

Vingt.

Ariane

Plaît-il ?

Miss Clustenbrut

Rien, princesse ; je dis : vingt.

Ariane

Après ?

Miss Clustenbrut

C'est tout.

Ariane

Vous m'agacez, Miss Clustenbrut.

Elle prend une prise.

Miss Clustenbrut

Je compte, ô princesse, les soupirs que vous avez poussés depuis que nous sommes dans cette salle, c'est-à-dire depuis un peu moins d'un quart-d'heure, et je remarque que vous avez déjà soupiré vingt fois. Je ne comprends vraiment pas votre mélancolie. Vous, une princesse du sang royal, la fille du grand Minos, le puissant roi de nie de Crète, si fameux dans le monde entier par sa sagesse. Non moins excellent père que monarque prudent, cet auguste prince vous a donné pour couronner votre brillante éducation une gouvernante anglaise d'un commerce agréable et de manières distinguées.

Ariane

Vous, Miss Clustenbrut.

Miss Clustenbrut

Que manque-t-il donc à votre bonheur ?

Ariane

Ah !

Miss Clustenbrut

Vingt-et-un.

Ariane

Non, ne comptez plus, vous arriveriez avant la fin de la journée à un chiffre effroyable, car je ne suis pas heureuse, en effet. Vous me demandez ce qui manque à mon bonheur. Ah !... Avez-vous aimé, Miss Clustenbrut ?

Miss Clustenbrut

Ah ! Princesse !

Ariane

Répondez-moi, avez-vous aimé ?

Miss Clustenbrut

Et bien... Oui !

Ariane

Il était beau, jeune, brave, n'est-ce pas ? C'était un vaillant guerrier de Thessalie ou un intrépide marin d'Argos.

Miss Clustenbrut

C'était un jeune officier polonais.

Ariane

Et comment l'as-tu rencontré, comment vos coeurs se sont-ils entendus ? Oh ! Conte moi cela, Miss Clustenbrut.

Miss Clustenbrut

C'est toute une histoire qui réveille en moi des souvenirs bien doux et bien amers. Nous nous vîmes un soir aux Champs-Élysées où je me promenais avec ma mère, une maîtresse femme, veuve d'un ancien officier de l'empereur... d'Assyrie, qui ne plaisantait pas avec la discipline. Il nous aborda, ma mère l'envoya à la balançoire, il se garda bien d'y aller ; il nous suivit, se présenta chez nous, ma mère le mit à la porte. Mais, moi, je me désespérais, car j'étais déjà toquée de lui ; si bien que j'eus la faiblesse de lui accorder un rendez-vous. Là, il me proposa de fuir avec lui dans une autre patrie cacher notre bonheur.

Ariane

Et il t'a enlevée.

Miss Clustenbrut

Hélas oui ! Il fallait que je fusse bien légère. Mais à ses brûlantes instances, je perdis la tête ; une étrange émotion maîtrisa ma volonté, les oreilles me tintaient, ma vue se troubla, il me semblait que mon coeur se fondit, et... je m'évanouis.

Ariane

Oh !... Poursuis, je t'en prie.

Miss Clustenbrut

Quand je revins à moi, je me sentis emportée au galop d'un vigoureux coursier avec mon amant. Nous traversâmes ainsi, dans une course furieuse, la barrière d'Italie, le petit Montrouge, la Thrace, la THessalie, et coetera ; enfin nous mîmes pied à terre à Athènes où nous passâmes un mois entier qui s'écoula pour moi comme un rêve do bonheur dans les délices d'une passion coupable.

Ariane

Ah ! Tu es bien heureuse, toi.

Miss Clustenbrut

Au bout de ce temps, il me planta là sans me laisser de monnaie. Après avoir donné quelques moments à mon désespoir, je m'adressai à un bureau de placement et je me fis institutrice pour guider les jeunes personnes de bonne famille dans le sentier de la vertu.

Ariane

Et bien, Clustenbrut, tu me demandes pourquoi je soupire ? Moi aussi je voudrais être aimée, être enlevée.

Miss Clustenbrut

Mais, princesse, c'est fort mal ; il ne faut pas avoir de ces idées-là.

Ariane

Ah ! N'importe. Quelle est mon existence dans ce palais, où je meurs d'ennui ? Le roi mon père est sans doute un fort bonhomme, mais ma mère Pasiphaë n'est qu'une marâtre pour moi et me rend la vie désagréable au possible. Aussi je rêve sans cesse un jeune et galant cavalier, aimable, vaillant, fidèle, qui me délivre de cet esclavage et apaise les tourments de mon coeur.

Miss Clustenbrut

Et bien, racontez donc des histoires morales aux jeunes filles, voilà comme elles en profitent.

Ariane

Quand tonte une soirée Je contemple des cieux La voûte diaprée D'un regard anxieux, Tu crois que j'étudie Peut-être pour cela La grave astronomie Pendant tout ce temps-là ? Non, mais des cieux Je rêve qu'en ce lieu Descend un dieu Tendrement amoureux.

Miss Clustenbrut

Mais, Princesse, cet espoir-là est tout à fait extravagant.

Ariane

Sur la mer infinie Quand je rois le matin Les vaisseaux de l'Asie Apportant le butin, Par une erreur étrange, Crois-tu qu'en ce moment Je sois au libre-échange À rêver longuement ? Non, mais bien mieux, Je rêve qu'en ces lieux, Sur les flots bleus, Vient un prince amoureux.

Miss Clustenbrut

Taisez-vous, taisez-vous, voici la reine votre mère.

Scène 2

Pasiphaë, Miss Clustenbrut, Ariane

Pasiphaë

Que faites-vous là, Mademoiselle ? Miss Clustenbrut, pourquoi cette petite n'est-elle pas dans sa chambré ?

Miss Clustenbrut

La princesse a désiré prendre l'air.

Pasiphaë

Prendre l'air d'une évaporée, n'est-ce pas ?

Ariane

J'aime le ton de tendresse maternelle dont sont empreintes vos observations, Madame.

Pasiphaë

Faites-donc la sainte Nitouche, ce n'est pas moi qui serai la dupe de ces airs-là ; c'est bon avec le papa Minos.

Ariane

Vous devez en savoir quoique chose.

Pasiphaë

Je ne veux pas que vous soyez toujours à vous promener dans le palais pour faire de l'oeil aux officiers du roi.

Ariane

Je n'aurais garde de chasser sur vos terres.

Pasiphaë

Sortez, Mademoiselle, rentrez dans vos appartements et que je ne vous rencontre plus dans tous les coins.

Ariane

Je ne le désire pas plus que vous.

Pasiphaë

Venez, venez, Princesse, ne fâchons pas maman.

Scène 3

Ariane, Minos, Pasiphaë, Miss Clustenbrut

Ariane

Ah ! Bonjour papa.

Minos

Bonjour, cher petit trognon.

Pasiphaë

Bien, vous allez encore la soutenir contre moi.

Minos

Comment cela ?

Pasiphaë

Vous ne voyez donc pas que c'est une petite désobéissante dont je ne puis venir à bout ; je lui ordonne de rentrer chez elle et de n'en pas sortir et je la trouve toujours en l'air.

Minos

Comment, Mademoiselle ?... Écoutez donc, ma bonne, la jeunesse a besoin de mouvement.

Pasiphaë

Parfait, encouragez-la.

Minos

Mais non, pas du tout. - Mais savez-vous, ma chère Pasiphaë, la nouvelle que je viens de recevoir ?

Pasiphaë

Non. Quelle nouvelle ?

Minos

Une nouvelle politique, vous savez bien que je suis constamment occupé du soin de mon royaume et du bonheur de mes sujets.

Ariane

Le monde entier, mon cher père, admire votre justice et votre bonté.

Minos

Je puis me flatter d'avoir relevé la Crète.

Pasiphaë

Comment, vous êtes encore là, petite curieuse.

Ariane

Mais, madame...

Pasiphaë

Sortez, Mademoiselle, les secrets d'État ne vous regardent pas.

Minos

Sortez, Mademoiselle, les secrets...

Ariane

Mon bon petit papa.

Minos

Au fait, ce n'est pas un secret d'État, je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'elle l'entende aussi. Vous savez donc que tous les ans les Athéniens m'envoient quelques jeunes gens dont je puis disposer comme bon me semble, C'est un tribut que j'ai exigé d'eux à seule fin de leur montrer que je ne me mouche pas du pied et que les Crétois ne sont pas des crétins. - Or c'est aujourd'hui que doit se détacher le coupon de cette petite rente originale et j'apprends que, parmi les prisonniers remis cette année à ma discrétion, se trouve qui ?...

Ariane

Oui, qui ?

Pasiphaë

Qui, qui, qui ?

Minos

Thésée, le propre fils du roi d'Athènes.

Pasiphaë

Le fils du roi !

Ariane

Un jeune prince, brave, aimable, beau, sans doute.

Miss Clustenbrut

Ah ! Princesse, un jeune homme superbe, je l'ai vu à Athènes.

Pasiphaë

Entendez-vous cette petite effrontée ? Pour la dernière fois, rentrez chez vous, Mademoiselle.

Minos

Un peu d'indulgence, chère amie.

Pasiphaë

Vous êtes trop bonasse aussi de souffrir qu'elle brave ainsi mon autorité.

Minos

Mais du tout, rentrez chez vous, Princesse.

Ariane

Mais je veux voir le prince.

Minos

Sois tranquille, mon chou, quand il arrivera je te ferai prévenir.

Elle sort avec Clustenbrut.

Ariane

Merci, mon papa, vous êtes bien gentil.

Scène 4

Pasiphaë, Minos, Un Garde

Pasiphaë

Vous êtes avec cette enfant d'une faiblesse qui n'a pas de nom.

Minos

Mais aussi, chère amie, vous la tarabustez toujours.

Pasiphaë

Croyez-vous que je n'aie pas mes raisons ? Est-ce que vous entendez quelque chose à l'éducation d'une jeune fille ? Je vous dis que celle-ci a besoin d'être tenue avec la plus grande sévérité.

Minos

Cependant, ma chère Pasiphaé, il me semble que la douceur !...

Pasiphaë

Vous n'y connaissez rien. Vous savez bien que si je vous laisse jouir devant le monde d'une réputation énormément surfaite de prudence et de capacité, c'est à la condition que, quand nous sommes en tête à tête, vous n'aurez pas la prétention de m'en imposer comme au public. Or je prévois que, si je n'y mets bon ordre, Ariane tournera mal.

Minos

Du moment que vous prévoyez cela, c'est différent. Cependant je ne vois pas ce qui vous autorisée penser...

Pasiphaë

C'est que votre intelligence est horriblement myope, tout à l'heure je suis entrée dans son appartement, où je ne l'ai pas trouvée ; j'ai pénétré jusqu'à sa chambre à coucher, dont l'inventaire fait en quelques coups d'oeil m'a scandalisée.

Minos

Vraiment, bobonne, qu'avez-vous donc vu ?

Minos

Eh ! En effet, tout cela est assez singulier. Savez-vous, ma chère bébelle, il faudra la marier.

Pasiphaë

C'est cela, pour être grand'mère.

Minos

Vous avez raison, je n'y songeais pas.

Pasiphaë

Vous n'êtes qu'un vieux cornichon.

Minos

Du monde, ne compromettez pas la dignité royale.

Un Garde

Sire, un vaisseau portant pavillon athénien vient d'aborder au port et d'y débarquer le fils du roi d'Athènes au nombre des prisonniers qu'on vous envoie. Qu'ordonne votre majesté ?

Minos

Qu'on l'introduise en ma présence. Ah ! D'abord qu'on fasse ranger mes gardes en haie, qu'on prévienne les seigneurs de ma Cour, qu'on commande un détachement de pompiers. Un peu de pompe ne peut pas faire mal.

Scène 5

Thésée, Ariane, Minos, Pasiphaë, Miss Clustenbrut, Choeur, Tous

Minos et Patiphaë s'assoient sur leur trône, à côté duquel t'assied Ariane et près d'elle Miss Clustenbrut.

Thésée

Ô grand Minos, recevez mon hommage, Je suis bien votre serviteur.

Ariane

Pauvre jeune homme, ah ! quel dommage, Son sort cruel me fend le coeur.

Minos

Qu'en penses-tu, ma toute belle ?

Pasiphaë

Mais sa figure me revient.

Miss Clustenbrut

Qu'en dites-vous, Mademoiselle ?

Ariane

Ah ! Qu'il est bien ! Ah ! Qu'il est bien !

Thésée

Ah ! nom de nom, la charmante princesse. Quel ravissant petit minois, Je n'ai pu ru son pareil dans la Grèce.

Ariane

Ma chère, il me lorgne, je crois.

Minos

À ta parole il est fidèle, Je le vois, le peuple athénien.

Pasiphaë

C'est un bel homme !

Thésée

Ah ! Qu'elle est belle !

Ariane

Ah ! Qu'il est bien ! Qu'il est donc bien !

Choeur

Le voila, le voilà, Le célèbre Thésée, Sa démarche est fière, est aisée. Quel air il a Ce gaillard-là !

Minos

Approchez sans crainte, jeune étranger, que la majesté royale ne vous effraie pas.

Thésée

Mon coeur ne connaît pas la crainte et mes yeux, ô roi, sont familiarisés avec l'éclat du trône.

Minos

À ce fier langage, à cette noble assurance, je reconnais en vous un jeune homme de bonne famille.

Thésée

Je suis Thésée, fils du roi d'Athènes.

Minos

Thésée, vous !

Thésée

Je croyais que vous m'interrogiez.

Minos

Sans doute, je dis : Thésée ! - vous ? Mais comment se fait-il que vous, un prince du sang, on vous ait sacrifié ainsi ?

Thésée

Je me suis offert moi-même pour mes concitoyens.

Ariane

Quel dévouement.

Minos

C'est très beau, jeune homme, c'est très beau. Mais vous savez sans doute le sort qui vous attend.

Thésée

Je sais que je dois être donné en proie aux fureurs du Minotaure.

Minos

Il est étonnant. Mais vous ne connaissez pas le Minotaure, c'est une grosse bête à cornes, qui fait : hou ! hou !

Thésée

Je vous l'ai dit, mon coeur ne connaît pas la crainte.

Minos

Ce garçon est intrépide.

Ariane

Entends-tu, Clustenbrut, quel courage.

À Pasiphaë.

Minos

Je croyais que la renommée exagérait vos exploits, mais je commence a voir que ce ne sont pas des canards. Contez-nous un peu cela. Voulez-vous, mon chat ?

Pasiphaë

Je ne demande pas mieux.

Thésée

À peine au sortir de l'enfance, Ma mère Ethra me mit en main Une épée avac confiance, Quoique je fusse encor gamin : Et maintenant va, Dit-elle, avec ça, Chercher ton papa Qui t'a planté la. Vous l'exigez, ô roi. Silence, ma modestie.

Minos

Et vous vous mites en voyage Muni de ce léger bagage. Ah ! Vraiment, ah ! Vraiment, Ce jeune homme est étonnant.

Tous

Ah ! Vraiment, ah ! Vraiment, Ce jeune homme est étonnant.

Thésée

Or, pour aller vers Athènes, Les routes sont, comme on dit, D'honnêtes gens aussi pleines Que la forêt de Bondy. Je fis bientôt rencontre D'un horrible géant Qui me demanda poliment Mon argent et ma montre. D'un coup de bâton J'envoyai le pauvre hère Voir l'heure au cadran solaire De maître Pluton.

Choeur

Ah ! Vraiment, ah ! Vraiment, Ce jeune homme est étonnant.

Thésée

À Sinnis, autre canaille, À Sciron, à Cereyon, J'infligeai par représailles La peine du talion. Châtiment non moins juste Pour un coeur aussi noir, J'ai fait passer au laminoir Le gueusard de Procuste. J'ai su vaincre enfin Les monstres les plus perfides, Les superbes Pallantides, Le terrible Arpin.

Choeur

Ah ! vraiment, ah ! Vraiment, Ce jeune homme est étonnant.

Minos

Jeune héros ! Vos exploits me pénètrent d'admiration. Mon avis est que vous méritez d'être distingué par un traitement spécial. Qu'en penses-tu, poupoule ?

À part.

Pasiphaë

Je crois en effet que ce prince magnanime est digne de quelques égards. C'est un fort joli garçon, ma foi.

Minos

Qu'allons-nous faire de vous, voilà la question?

Ariane

Oh ! Grâce, mon père, grâce pleine et entière pour le brave Thésée.

Pasiphaë

Taisez-vous.

Thésée

Puisque je viens de vous le dire.

Pasiphaë

Je ne vous parle pas, je parle et la princesse.

À part.

Thésée

Pardon, excuse en ce cas. La reine n'a pas l'air commode, mais la princesse est charmante.

Haut.

Pasiphaë

Elle l'aime la malheureuse. Pas de grâce, Ô roi, ce serait faire injure au vaillant Thésée ; il vous a déclaré qu'il n'avait pas peur du Minotaure.

Thésée

C'est-à-dire que je m'en fiche proprement.

Minos

Jeune téméraire ! Voyons, mes fidèles Crétois, devons-nous livrer...

Pasiphaë

Oui, oui, au Minotaure.

Tous

Au Minotaure !

Miss Clustenbrut

Princesse, du courage ; je dois vous faire observer qu'on vous observe, ainsi observez-vous.

Il lui envoie des baisers.

Thésée

Elle se trouve mal, la pauvre petite. Quel amour de princesse.

Pasiphaë

Eh bien qu'est-ce que vous faites donc ?

Minos

Puisqu'il y tient. Livrons au Minotaure Ce jeune Athénien Qui ne doute de rien. Mais on voit bien Que le gaillard ignore Quel brutal Est cet animal. Puisque telle est l'opinion de la majorité, nous allons, jeune homme, vous conduire au labyrinthe. En attendant vous pouvez vous reposer quelques heures dans ce palais, où vous resterez prisonnier sur parole, sous la garde d'un piquet de gendarmerie.

Ariane

Arrêt détestable, Qui condamne, 6 ciel I Ce jeune prince aimable Au sort le plus cruel.

Thésée

Je le dis encore : Ça m'est bien égal, De Totre Minotaure Je me fiche pas mal.

Pasiphaë

Vous l'entende, le téméraire Se rit de nous.

Minos

Tant pis pour lui. De gamme il va changer, ma chère, Cet imprudent qui dans sa barbe a ri.

Tous sortent pendant le choeur excepté Thésée qui continue d'envoyer des baisers à Ariane pendant le défilé. - Quand tout le monde est parti, celle-ci revient tout à coup sur ses pas.

Tous

Puisqu'il y tient, Livrons au Minotaure Ce jeune Athénien Qui ne doute de rien. Mais on voit bien Que le gaillard ignore Quel brutal Est cet animal.

Scène 6

Ariane, Thésée

Ariane

Malheureux prince !

Thésée

Adorable princesse.

Ariane

Votre perte est certaine, ce monstre...

Thésée

Ah ! Si vous saviez comme je m'en moque. Ah ! Ah ! C'est moi qui m'en moque.

Ariane

Héroïque intrépidité.

Thésée

Regardez-moi ce biceps.

Ariane

En vain je chercherais À vous faire un mystère Des sentiments secrets Que je ne saurais taire. Dans ma naÎveté S'il est quelque imprudence, Hélas ! mon innocence Fait ma sincérité. Je ne doute ni de votre force, ni de votre courage, mais vous ne savez pas toute l'étendue des dangers qui vous menacent et qui me désespèrent ; car...

Thésée

Ah ! Si vous consentez À répondre à ma flamme, Les périls affrontés Seront doux et mon âme. Lorsque tant de beauté Répond de ma constance, Prenez donc confiance Dans ma sincérité. Ah ! Consentez qu'en partant pour Athénes Dans mon vaisseau je vous emmène. Les feux qu'ont dans mon coeur allumés vos beaux yeux Peuvent aller à l'eau, n'en flamberont que mieux.

Ariane

Quitter ainsi ces sacrés toits Crétois, En vérité, je ne sais si je dois... Le monde est si méchant, il se pourrait bien faire Que l'on trouvât la démarche légère.

Thésée

Faut-il, par Cupidon ! Se gêner, ma princesse, Pour le qu'en dira-t-on ? Ah ! Croyez ma tendresse. Acceptez aujourd'hui, Montrez-vous moins timide, Ce bras là pour appui, Le dieu d'amour pour guide.

Ariane

J'hésite, voyez-vous, De la mer Icarienne A braver le courroux, Ainsi que de la mienne. Je devrais refuser, De peur d'être indiscrète, Les portières de Crète Sur moi vont bien jaser.

Ariane

Mais vous parlez de fuite, infortuné jeune homme, vous ne savez donc pas ce que c'est que le labyrinthe où l'on va vous conduire.

Thésée

Je n'en ai pas la moindre idée.

Ariane

C'est un immense bâtiment, composé d'un nombre infini de corridors entremêlés de telle manière qu'une fois qu'on y est engagé il est impossible d'en retrouver l'entrée et qu'il faut infailliblement y périr.

Thésée

Cette nécessité manque de charmes.

Ariane

Que vous serviront votre vigueur, votre courage, votre héroïsme, quand vous chercherez inutilement votre chemin à travers ces inextricables détours ?

Thésée

Absolument à rien.

Ariane

Vous voyez donc bien si j'ai raison d'être inquiète et de désespérer de votre salut.

Thésée

Je commence à l'entrevoir.

Ariane

Et pourtant, vous ne pouvez périr ainsi misérablement.

Thésée

J'aimerais assez à m'en dispenser.

Ariane

Amour, amour, inspire-nous.

Thésée

Oui, amour, souffle-nous quelque truc ingénieux.

Ariane

Fournis à tes fidèles quelqu'une de ces ruses dont tu possèdes le secret.

Thésée

Indique-nous quelque ficelle...

Ariane

Que dites-vous ?... Ah ! Fameux.

Thésée

Et bien, quoi ?

Ariane

C'est le fils de Cythère lui-même qui a parlé par votre bouche.

Thésée

Vous croyez, il aurait daigné se servir de mon organe ?

Ariane

Tenez, prenez ce peloton de fil de lin.

Thésée

C'est un souvenir ?

Ariane

MaiS non. Écoutez-moi bien : vous attacherez un bout de ce fil à l'entrée du labyrinthe et vous dépelotonnerez en y pénétrant, et puis, quand vous voudrez sortir, vous n'aurez qu'à repelotonner.

Thésée

Oh ! Mais c'est excessivement ingénieux. Chère princesse, je vous admire, je n'aurais jamais trouvé celui-là. Grâce à ce peloton de fil....

Ariane

De fil de lin.

Thésée

De lin, de laine, n'importe.

Ariane

Non, le lin est bien plus sûr, car dans votre précipitation vous auriez pu perdre la laine.

Thésée

C'est juste, vous pensez à tout ; mon amour se multiplie par ma reconnaissance. Sans le secours de votre imagination, je serais resté à moisir dans cet affreux labyrinthe et je me serais cassé la tête contre les murs sans pouvoir en faire sortir une idée pour me tirer de là, je me connais.

Ariane

Il me souvient qu'on m'a conté que le malheureux Icare, enfermé comme vous dans ce lieu terrible, n'en pût jamais retrouver la porte et finit par se confectionner des ailes de cire au moyen desquelles il s'envola.

Thésée

Et bien mais ce n'était déjà pas si bête.

Ariane

Sans doute ; mais ses ailes fondirent au soleil et il tomba au beau milieu de la mer, où il se noya.

Thésée

C'est différent. Dans ce cas, je préfère votre fil aux ailes.

Ariane

Et maintenant, adieu.

Thésée

Au revoir plutôt ; vous savez que c'est convenu, je vous emmène.

Ariane

Et bien tant pis, j'accepte et je vais préparer mes malles.

Ariane

À quoi tient l'espérance, Le bonheur à quoi tient-il ? À quoi tient l'existence ? Souvent a rien de plus qu'un fil.

Thésée

En cette circonstance, Pour me tirer de péril, Je prends de confiance Ce peloton de simple fil.

Ariane

Vous braverez sans crainte L'enchevêtrement subtil De l'affreux labyrinthe. Mais n'allez pas perdre le fil.

Ariane sort.

Ariane

À quoi tient l'espérance, Le bonheur à quoi tient-il ? À quoi tient l'existence ? Souvent a rien de plus qu'un fil.

Scène 7

Pasiphaë, Thésée

Pasiphaë

Prince, voulez-vous qu'on vous sauve ?

Thésée

Encore ! Est-ce qu'elle va m'offrir une seconde bobine ?

Pasiphaë

Au lieu de vous laisser exposer aux fureurs du Minotaure et aux dangers du labyrinthe, je vous attacherai à ma personne, vous serez mon...

Thésée

Votre quoi, s'il vous plaît ?

Pasiphaë

Mon écuyer, mon secrétaire, le titre n'y fait rien. Voulez-vous que je vous fasse nommer inspecteur général des musées de la Crète.

Thésée

Très bien, très bien, cela ne me va pas.

Pasiphaë

On plutôt vous serez mon conseiller, mon confident, mon ami.

Thésée

Ah ! Oui-dà.

Pasiphaë

Vous aurez des chevaux, des esclaves, une maison montée, de l'or à discrétion, et les devoirs de votre charge seront bien faciles à remplir, ils ne consisteront qu'à témoigner à votre reine un peu d'amitié.

Thésée

Ce n'est déjà pas si aisé.

Pasiphaë

Tenez, Thésée, je dois m'expliquer sans détours.

Thésée

Parbleu, je comprends parfaitement, toutes les femmes sont folles de moi.

Pasiphaë

Faut-il vous l'avouer enfin, Thésée, je vous aime.

Thésée

Cela ne m'étonne pas.

Pasiphaë

Veux-tu, c'est bien facile, Vivre oisif et gandin, Avoir hôtel en ville Entre cour et jardin ? Réponds, réponds. Et bien ? Oh ! Le petit fat.

Thésée

Non, non, je ne veux rien.

Pasiphaë

Je veux te satisfaire Dans tes prétentions; Dans toute belle affaire Veux-tu des actions? Réponds, réponds. Et bien?

Thésée

Non, non, je ne veux rien.

Pasiphaë

Veux-tu qu'on te procure, Pour vivre en grand seigneur, Brillante sinécure ? Veux-tu... la croix d'honneur ? Réponds, réponds. Et bien ?

Thésée

De vous je ne veux rien.

Pasiphaë

En toute assurance Ici sur moi tu peux compter. Dans cette occurrence T'est-il possible d'hésiter ? Quand mon tendre zèle Veut t'arracher à ce danger. À mon coeur fidèle Tout ne doit-il pas t'engager?

Thésée

Quelle différence Prés d'Ariane, ô Jupiter ! Pour la préférence Comment donc pourrais-je hésiter ? Cette jeune belle Des détours vient me débrouiller, Hélas ! Tandis qu'elle Ne cherche qu'a m'entortiller.

Pasiphaë

Dites un mot et, au lieu de la mort la plus misérable et la plus affreuse, je vous donne l'existence la plus voluptueuse et la plus fortunée.

Thésée

Et bien non.

Pasiphaë

Comment non ? Quand je vous offre toutes tes délices de la vie avec mon coeur par-dessus le marché.

Thésée

J'aime mieux le Minotaure.

Pasiphaë

Misérable, vous m'insultez, vous dédaignez ma faveur. Ah ! Je vois ce que c'est, une autre m'aura prévenue. N'est-il pas vrai, petit vaurien, vous en aimez une autre ?

Thésée

Vous êtes trop curieuse.

Pasiphaë

C'est en vain que vous cherchez des détours. La petite Ariane vous a donné dans l'oeil, je m'en suis bien aperçue. Et bien je me vengerai d'elle et de vous. De vous d'abord en hâtant votre supplice.

Thésée

Hâtez, Madame, hâtez.

Pasiphaë

Voyons, petit entêté, il est temps encore de vous repentir. Vous ne savez pas ce que vous refusez. Qu'auriez-vous pu espérer de l'amour d'une jeune fille ignorante et inexpérimentée ? Ah ! Vous ne connaissez pas les ressources infinies de la tendresse d'une femme mieux instruite par Vénus.

Thésée

Ne m'approchez pas.

Pasiphaë

Ah ! Tu persistes à me repousser, indigne, et bien tant pis pour toi.

Scène 8

Pasiphaë, Minos, Thésée, Choeur

Pasiphaë

À quoi pensez-vous donc, Minos, de laisser là ce misérable Athénien? Est-ce quH ne devrait pas être en labyrinthe depuis longtemps.

Minos

C'est très juste, mon coeur, vous avez raison. J'aurais voulu, brave Thésée, pouvoir vous faire grâce en considération de votre mérite hors ligne...

Pasiphaë

Non, non, pas de grâce.

Thésée

Je n'en demande fichtre pas non plus.

Minos

Cette fierté vous sied bien. D'autant plus que si vous en demandiez ce serait absolument la même chose, attendu que mon conseil n'est pas d'avis...

Thésée

Je suis prêt, qu'on me conduise.

Minos

C'est ce à quoi nons allons procéder. Ne pouvant faire pour vous tout ce que je voudrais, j'ai pensé vous devoir donner néanmoins toutes les marques de ma bienveillance qui ne peuvent porter atteinte à la Constitution; c'est pourquoi je vais vous adresser quelques paroles bien senties.

Thésée

Ah ! Non par exemple. Je m'en priverai très volontiers.

Minos

Ingrat, vous refusez mes bienfaits.

Thésée

La seule grâce que je demande est qu'on en finisse avec moi le plus tôt possible.

Pasiphaë

Vous l'entendez, Minos, à quoi bon lambiner davantage ?

Minos

Ne m'appelez pas lambin, mon chat, il y a du monde.

Pasiphaë

Alors finissez-en, car si vous m'impatientez ainsi, je ne serai pas maîtresse de moi.

Minos

Gardes, qu'on l'emmène puisqu'il est si pressé. Vous en répondez sur votre tête.

Pasiphaë

À ce téméraire Montrons à la fin Qu'il en cuit de faire Par trop le malin. Va, jeune imprudent, va apprendre ce qu'il en coûte de braver nos fureurs et de dédaigner nos bontés.

Thésée

Ah ! La bonne histoire, Que vous m'amusez, Quand à la victoire Vous me conduisez.

Choeur

À ce téméraire Montrons à la fin, Qu'il en cuit de faire Par trop le malin.

Les gardes emmènent Thésée — tous sortent — Ariane et Clustenbrut, qui guettaient leur départ, entrent.

Thésée

Je suis téméraire Et jusqu'à la fin, Je pourrais bien faire, Je crois, le malin.

Scène 9

Miss Clustenbrut, Ariane

Miss Clustenbrut

Ils sont partis, Princesse.

Ariane

Ainsi donc c'en est fait, il est maintenant exposé aux périls que son grand coeur méprise. Clustenbrut, soutiens mon courage, je ne vis pas, je suis sur le gril. Ah ! S'il allait succomber.

Miss Clustenbrut

Ce serait dommage, un si bel homme.

Ariane

Mais non, il m'a défendu de douter de sa victoire et je ne dois songer qu'au bonheur qui nous attend.

Miss Clustenbrut

Rappelez-vous, princesse, que j'ai fait tous mes efforts pour vous détourner...

Ariane

C'est bon, c'est bon, tu m'ennuies. Fais promptement porter nos malles au vaisseau de Thésée par un esclave sûr.

Miss Clustenbrut

Oui. Princesse.

Ariane

Ensuite, tu iras flâner dans les environs et tu viendras m'avertir dès que tu apercevras ce héros.

Miss Clustenbrut

C'est convenu.

Ariane

Et alors nous prenons nos cliques et nos claques et nous courons nous embarquer.

Elle prend une prise.

Miss Clustenbrut

Ô Vénus ! Protège notre voyage.

Ariane

Cours, ne perds pas un instant, et surtout que tout soit fait avec mystère.

Scène 10

Pasiphaë, Ariane

Pasiphaë

Encore ici, Mademoiselle, quand je vous ai dit une fois pour toutes de rester dans votre chambre.

Ariane

Soyez tranquille, c'est bien la dernière fois que vous m'y rencontrerez.

Pasiphaë

Vous espériez sans doute y retrouver le beau Thésée. Mais, Dieu merci, le roi votre père s'est décidé à en finir avec lui. Cela ne fait peut-être pas votre compte ?

Ariane

Pourquoi cela, Madame ?

Pasiphaë

Pourquoi, jeune fille dissimulée ? Parce que vous osez aimer cet ennemi de l'État. Aurez-vous le toupet de le nier ?

Ariane

Et bien oui, je l'aime ; mon coeur n'a pu être insensible aux brillantes vertus de ce héros ; je ne veux pas m'en cacher plus longtemps et je viens de ce pas de sacrifier une colombe à Vénus pour qu'elle s'intéresse à son salut.

Pasiphaë

Quelle effronterie ! Et vous osez me le dire ?

Ariane

Je n'ai plus de ménagements à garder désormais.

Pasiphaë

Ah ! Oui-dà, c'est un peu fort.

Ariane

Non seulement je l'aime, mais encore il m'aime aussi. Bien plus... Nous nous aimons réciproquement.

Pasiphaë

C'est trop me braver. Pour vous apprendre, je vais demander à Minos de vous faire enfermer à perpétuité dans une bonne tour.

Ariane

De votre part, il n'est pas de tour qui puisse me surprendre.

Pasiphaë

Et là, vous attendrez que votre cher amant, pour vous en délivrer, revienne de chez Pluton.

Ariane

Comment, que dites-vous ?

Pasiphaë

Est-ce que vous comptiez encore sur lui ? Ah ! Ah ! Ah ! Il est parfaitement défunt à l'heure qu'il est.

Elle pleure.

Ariane

Qu'entends-je, ô ciel !

Scène 11

Minos, Ariane, Pasiphaë, Un Garde

Minos

Qu'as-tu donc à pleurer, mon chou ?

Ariane

Ah ! Papa, je suis bien malheureuse.

Pasiphaë

Ne l'écoutez pas, elle vient de me manquer et mérite d'être punie.

Minos

Ah ! Mon petit chou, c'est bien vilain de manquer à sa maman.

Ariane

C'est maman qui me tourmente toujours à propos de tout.

Minos

Il faut aussi un peu de douceur avec cette enfant, bobonne.

Pasiphaë

Je vous dis qu'elle est incorrigible et fait mon désespoir.

Minos

Il faut écouter sa maman aussi, mon cher trognon.

Ariane

Maman, n'est pas juste avec moi.

Minos

Le fait est, mon coeur, que vous êtes un peu sévère.

Pasiphaë

Tenez, vous n'êtes qu'un vieux cornichon.

Minos

Du monde, ne compromettez pas ma dignité.

Cris au-dehors :

Un Garde

Sire, le vaillant Thésée revient du labyrinthe vainqueur du Minotaure, pour faire hommage de sa tête aux pieds de votre majesté. Vive le brave Thésée !

Ariane

Sauvé ! Merci, mon Dieu !

Pasiphaë

Se peut-il !

Minos

Ce jeune homme est étonnant.

Elle sort.

Ariane

À la faveur, du tumulte et de l'enthousiasme, donnons-nous de l'air en douceur.

Minos

Remontons sur notre trône pour le recevoir.

Scène 12

Thésée, Minos, Choeur, Pasiphaë, Tous

Thésée

Sire, le Minotaure n'est plus, ce bras lui a fait mordre la poussière.

Minos

C'est qu'il l'a fait comme il le disait. Mais comment êtes-vous sorti du labyrinthe ?

Thésée

Une divinité m'en a tiré.

Minos

Du moment que les dieux vous protègent, je me fais un plaisir de m'associer à leurs bonnes intentions à votre égard. Votre courage mérite une digne récompense et, en faveur de ce dernier exploit, je fais remise aux Athéniens, à l'avenir, du tribut en nature qu'ils me payaient.

Thésée

Ô grand roi, ma reconnaissance vous est acquise. Ce n'est pas à tort qu'on vous répute le plus sage des monarques.

Minos

Maintenant, vous êtes libre ; retournez donc auprès du roi, votre auteur, et dites-lui, grand prince, dites à cet heureux père... Oui, dites-lui... Bien des choses de ma part.

Thésée

Vous êtes bien bon ; je n'y manquerai pas.

Minos

Tout couvert de gloire, Allez près de lui. De votre victoire Goûter l'heureux fruit.

La portière du fond t'est ouverte et laisse voir le bord de la mer et le vaisseau où Thésée va s'embarquer pendant le choeur. Quand le vaisseau commence à s'éloigner, on aperçoit dessus Thésée tenant Ariane par la taille et Miss Clustenbrut qui prise avec fureur.

Choeur

Chantons la victoire Du vaillant héros, Célébrons la gloire Du sage Minos. Ce monarque sage Dans son équité Sait rendre an courage L'honneur mérité.

Minos

Allez, jeune guerrier, et qu'à nos voeux propice, Neptune vous procure on voyage joyeux Et des écueils tous garantisse.

Pasiphaë

Que vois-je ? Misérable, en croirai-je mes yeux ?

Minos

Qu'est-ce donc ?

Pasiphaë

Regardez : Ariane.

Minos

Ma fille ! Il enlève Ariane. Ah ! Filou ! Ah ! Brigand !

Pasiphaë

Quel camouflet... pour la famille !

Minos

À moi, gardes, courez après cet intrigant. Vite, vite, A la poursuite De ce farceur De ravisseur, Qu'on s'élance Et qu'on lance Tous les canots Parmi les flots. Mais allez donc, Mais courez donc.

Tous

Courons vite A la poursuite De ce farceur De ravisseur. Allons, allons, Courons, courons.

Minos

Quelle charge, Il prend le large En nous narguant, En naviguant..

Pasiphaë

Ô défaite ! Je suis refaite Et pour mes frais J'en resterais. Mais allez donc, Mais courez donc.

Pendant la reprise du choeur, le vaisseau continue à s'éloigner et finit par disparaître ; tous les assistants crient : courons, votons, toujours sans bouger ; Minos et Pasiphaë s'agitent avec désespoir.

Tous

Courons vite À la poursuite De ce farceur De ravisseur. Courons, allons, Partons, volons, Marchons, allons, Courons, volons.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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