Saynète · 1881

Une fête de famille

de Jules Moinaux

Représentation
≈ 5 min
Distribution
2 hommes
Répliques
21
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Pageon H 6 ≈ 3 min 1
Le Président H 8 ≈ 1 min 1
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Une Fête de Famille

Scène 1

Le Narrateur, Le Président, Pageon, La Femme Pageon, Bureau, Drouillot, La Femme Drouillot, La Femme Bureau

Le Narrateur

La fête de Pageon a commencé, comme toutes les fêtes, par des bouquets, des embrassades, des compliments et des santés portées le verre en main ; elle s'est terminée de la façon qu'on va connaître : Deux ménages, le ménage Bureau et le ménage Drouillot, viennent s'asseoir au banc des prévenus. Le ménage Pageon va s'asseoir au banc de la partie civile.

Le Président

Vous autorisez votre femme à porter plainte ?

Pageon

Comme ayant reçu un morceau de tarte à la frangipane en pleine figure, et son bonnet déchiré.

Le Président

Enfin, vous l'autorisez ?

Pageon

Des deux mains.

Le Président

Combien demandez-vous de dommages et intérêts ?

Rires.

Pageon

On m'a dit de demander cinq cents francs pour en avoir vint-cinq. Je demande cinq cent francs.

La Femme Pageon

Imbécile !

Le Président

Dites ce dont vous vous plaignez.

Pageon

Étant le jour de ma fête, nous avions invité Monsieur et Madame Bureau, ainsi que le sieur Drouillot et son épouse, et d'autres amis qui se sont contentés de s'enivrer,mais qui se sont maintenus en gens distingués, tandis que le sieur Bureau et sa femme; ainsi que le sieur Drouillot et la sienne, se sont conduits comme des gens de la classe la plus inférieure ; d'abord, c'est Monsieur Drouillot qui, étant en ribote, commence par prendre des libertés avec mon épouse, que là-dessus voilà sa femme qui se met à faire une scène de jalousie à la mienne, qui lui répond : « Il en a fait bien plus avec mam Bureau, que vous ne dites rien. » Là-dessus, v'là mam Bureau qui entreprend ma femme, dont moi je prends, son parti. Voyant ça, Bureau prend, le parti de sa femme, que, pour lors, les voilà tous les quatre contre nous, des gens que nous avions invités, Monsieur, dont j'avais fait des frais de vin, de gâteaux et de liqueurs, jusqu'à de la chartreuse et de l'anisette pour les dames qui n'aiment pas le fort...

Le Président

Voyons, quels coups avez-vous reçus ?

Pageon

Ça a commencé par Bureau, qui m'a envoyé une bouteille à la tête, dont je me suis effacé, et que la bouteille a été casser un pot à l'eau et une cuvette de quarante-cinq sous ; ma femme, là-dessus, lui repasse une gifle ; mam Bureau lui arrache son bonnet ; moi, j'veux me défendre contre Bureau ; j'attrape Drouillot par mégarde, qui m'envoie un coup de chandelier ; ma femme va pour sauter sur lui, mais la sienne envoie, à la mienne un morceau de tarte qui lui bouche tout le visage, et elle lu arrache son bonnet ; si bien que nous voilà tous les six que nous sautons les uns sur les autres ; on renverse la table, v'là les assiettes, les verres, les bouteilles qui tombent, patatras ! Et nous par-dessus, les jambes en l'air, enfin une orgie.

Le Président

On s'amuse singulièrement à votre fête.

Pageon

Avec des gens pareils, comment voulez-vous ? Les autres, voyez, ils se s'ont contentés de s'endormir ; ils ont tombé avec la table, et ils sont restés par terre sans rien dire.

Le Président

Asseyez-vous. Bureau, qu'avez-vous à dire ?

Bureau

Mais, vous voyez, le sieur Pageon vous à dit la chose, nous nous sommes attrapés tous, on ne sait pas qui est-ce qui a commencé.

Le Président

Et vous, Drouillot ?

Drouillot

Moi ? Si jamais je ressouhaite la fête au sieur Pageon, il fera chaud ; comment ! Il nous invite, et on se fiche des peignées chez lui, que toute la maison en était eu l'air ; est-ce que je sais seulement comment c'est venu ? Nous étions tous en ribote ; on s'était attrapé, c'est bien, le lendemain : on n'y pense plus ; et pas du tout, il s'en va chez le commissaire, et nous voilà ici, moi que je suis pressé, que j'ai quatorze, grosses de procédés à livrer à un cafetier, c'est dégoûtant.

La Femme Drouillot

Et ils nous demandent des dommages et intérêts pour payer leur tarte : et leur vin, qu'ils peuvent bien les garder une autre fois.

La Femme Bureau

Ah ! Voui !... Et se souhaiter leur fête sans nous; merci, c'est du propre.

Le tribunal, sur l'avis du ministère public, a renvoyé, les prévenus de la plainte et condamné la partie civile aux dépens.

La Femme Pageon

Vous n'avez pas besoin de le dire, mam Bureau.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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