Tragédie en musique · 1684 · 6 actes

Amadis

de Philippe Quinault

Représentation
≈ 28 min
Distribution
5 femmes, 2 hommes
Répliques
171
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Arcabonne F 26 ≈ 6 min 6
Oriane F 22 ≈ 5 min 3
Urgande F 16 ≈ 4 min 2
Amadis F 25 ≈ 3 min 6
Arcalaüs H 23 ≈ 3 min 5
Corisande F 23 ≈ 2 min 5
Florestan H 14 ≈ 2 min 4
Choeur N 9 ≈ 1 min 4
Choeur Des Captives Et Des Captifs N 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle PrologueIIIIIIIVV
Arcabonne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Oriane absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Urgande absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Amadis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arcalaüs absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Corisande absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Florestan absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Ouverture

Urgande, Suivants d'Alquif, Choeur, Alquif

Urgande

Ah j'entends un bruit qui nous presse De nous rassembler tous, Le charme cesse Éveillons-nous.

Suivants d'Alquif

Le charme cesse... Éveillons-nous.

Urgande

Esprits, empressés à nous plaire, Vous, qui veillez ici pour notre sûreté, Votre soin n'est plus nécessaire, Vous pouvez désormais partir en liberté. Que le ciel annonce à la Terre La fin de cet enchantement, Brillants éclairs, bruyant tonnerre, Marqués avec éclat ce bienheureux moment.

Pendant le Choeur, les Génies qui veillaient à la sûreté d'Alquif, d'Argande et de leur suite, s'envolant, au bruit du tonnerre et à la lueur des éclairs.

Le suite d'Alquif et d'Urgande témoigne par des danses et des chants, la joie qu'elle ressent de ce que l'enchantement est fini.

Choeur

Que le ciel annonce à la Terre La fin de cet enchantement, Brillants éclairs, bruyant tonnerre, Marqués avec éclat ce bienheureux moment.

Urgande

Les plaisirs nous suivront désormais ; Nous allons voir nos désirs satisfaits. Vivons sans alarmes, Vivons tous en paix. Revenez, reprenez tous vos charmes, Jeux innocents, revenez pour jamais. Il est temps que l'aurore vermeille Cède au soleil, qui marche sur ses pas ; Tout brille ici-bas. Il est temps que chacun se réveille ; L'amour ne dort pas, Tout sent ses appas. L'aimable Zéphire Pour Flore soupire ; Dans un si beau jour, Tout parle d'amour.

Urgande

Lorsqu'Amadis périt, une douleur profonde Nous fit retirer dans ces lieux : Un charme assoupissant devait fermer nos yeux, Jusqu'au temps fortuné que le destin du monde Dépendrait d'un héros, encore plus glorieux.

Alquif

Ce héros triomphant veut que tout soit tranquille ; En vain, mille envieux s'arment de toutes parts ; D'un mot, d'un seul de ses regards Il sait rendre, à son gré, leur fureur inutile.

Urgande

C'est à lui d'enseigner Aux maîtres de la terre Le grand art de la guerre ; C'est à lui d'enseigner Le grand art de régner.

Choeur

C'est à lui d'enseigner Aux maîtres de la terre Le grand art de la guerre ; C'est à lui d'enseigner Le grand art de régner.

Urgande

Retirons Amadis de la nuit éternelle ; Le ciel nous le permet, un sort nouveau l'appelle Où son sang régnait autrefois.

Alquif

Nous ne saurions choisir de demeure plus belle. Allons être témoins de la gloire immortelle D'un roi, l'étonnement des rois, Et des plus grands héros le plus parfait modèle.

Urgande

Tout l'univers admire ses exploits ; Allons vivre heureux sous ses lois.

On danse.

Choeur

Tout l'univers admire ses exploits ; Allons vivre heureux sous ses lois.

On danse.

Urgande

Suivons l'amour, c'est lui qui nous mène ; Tout doit sentir son aimable ardeur. Un peu d'amour nous fait moins de peine Que l'embarras de garder notre coeur. Malgré nos soins, l'Amour nous enchaîne ; On ne peut fuir ce charmant vainqueur ; Un peu d'amour nous fait moins de peine Que l'embarras de garder notre coeur.

Urgande

Volez, tendres amours, Amadis va revivre. Son grand coeur est fait pour vous suivre. Volez, volez aimables jeux, Conduisez Amadis en des climats heureux.

Choeur

Volez, tendres amours, Amadis va revivre. Son grand coeur est fait pour vous suivre. Volez, volez aimables jeux, Conduisez Amadis en des climats heureux.

Acte I

Scène 1

Florestan, Amadis

Florestan

Je reviens dans ces lieux pour y voir ce que j'aime ; Mais au sang qui nous joint, je fais ce que je dois : Je ne puis vous laisser, sans une peine extrême, Dans la douleur où je vous vois. Le grand coeur d'Amadis doit être inébranlable ; Quel malheur peut troubler un héros indomptable, Vainqueur des fiers tyrans et des monstres affreux.

Amadis

J'aime, hélas ! c'est assez pour être malheureux.

Florestan

Sans cesse vous volez de victoire en victoire, Votre grand nom s'étend aussi loin que le jour : Si vous vous plaignez de l'amour, Consolez-vous avec la gloire.

Amadis

J'ai choisi la gloire pour guide, J'ai prétendu marcher sur les traces d'Alcide ; Heureux ! si j'avais évité Le charme trop fatal dont il fut enchanté ! Son coeur n'eut que trop de tendresse, Je suis tombé dans son malheur ; J'ai mal imité sa valeur, J'imite trop bien sa faiblesse. J'aime Oriane, hélas ! Je l'aime sans espoir.

Florestan

Elle dépend d'un père, elle suit son devoir.

Amadis

Oriane m'aimait, je l'aimais sans alarmes.

Florestan

Que vous peut-elle offrir, que d'inutiles larmes ? L'empereur des Romains sur son trône l'attend.

Florestan

Vous serez plus heureux dans une amour nouvelle.

Amadis

C'est trop vous arrêter, allez, suivez l'amour. Corisande en ces lieux attend votre retour.

Florestan

Vous puis-je abandonner à votre inquiétude ?

Amadis

Un amour malheureux cherche la solitude.

Scène 2

Corisande, Florestan

Corisande

Florestan !

Florestan

Corisande !

Corisande

Ô bienheureux moment Qui finit mon cruel tourment ! Après la rigueur extrême D'un fatal éloignement ; Que c'est un plaisir charmant De revoir ce que l'on aime !

Florestan

Il faut unir votre coeur et le mien D'un éternel lien.

Corisande

Venez régner aux lieux où je commande.

Florestan

Aimons-nous, belle Corisande, Et comptons la grandeur pour rien.

Corisande

Vous êtes le seul bien Que mon amour demande.

Corisande

Au tendre amour, qui me tient sous sa loi, Si votre coeur eût été bine sensible Vous eût-il été possible De vous éloigner de moi ?

Florestan

Fils d'un roi, dont le nom partout s'est fait connaître, Et frère d'Amadis, le plus grand des héros, Pouvais-je demeurer dans un honteux repos ? Aurais-je démenti le sang qui m'a fait naître ?

Scène 3

Corisande, Oriane, Florestan

Corisande

Je revois Florestan, je le revois fidèle.

Oriane

Ah, qu'il est beau d'aimer d'une amour éternelle !

Florestan

C'est en vain qu'Amadis vous aime constamment, Et vous l'avez banni, par une loi cruelle.

Oriane

Non, ne défendez point un si volage amant. Sa première amour est finie : Il adore Briolanie. Le confident de sa nouvelle ardeur N'a que trop bien su m'en instruire : Il n'est plus permis à mon coeur De se laisser séduire.

Florestan

Se peut-il qu'Amadis vous ait manqué de foi !

Oriane

Ma rivale n'est que trop belle.

Corisande

Êtes-vous moins aimable qu'elle ?

Oriane

Elle a l'avantage sur moi D'être une conquête nouvelle.

Florestan

Amadis est saisi d'un mortel désespoir.

Oriane

Non, non, ce n'est qu'un artifice Dont il couvre son injustice, Il sera trop content de ne me jamais voir.

Corisande

L'injustice serait étrange De vouloir ajouter la feinte au changement : Du moins un grand coeur, quand il change, Doit changer sans déguisement.

Oriane

L'ingrat, un peu plus tard aurait changé son crime ! Je vais devenir la victime Du devoir, qui règle mon sort. L'inconstant n'a-t-il pu se faire un peu d'effort ? De lui-même bientôt son coeur allait dépendre : Eh ! Que n'attendait-il mon hymen, ou ma mort, Il ne devait plus guère attendre. Que j'ai de peine à cacher mes ennuis ?

Corisande

Deux partis vont ici disputer la victoire. Ces jeux guerriers se font à votre gloire.

Oriane

Ne m'abandonnez pas dans le trouble où je suis

Scène 4

Une Suivante D'oriane Alternativement Avec Le Choeur Des Femmes, Choeur

Les deux partis font divers combats, et les victorieux portent aux pieds d'Oriane, les armes qu'ils ont gagnées.

Oriane donne au chef du Parti vaincu une couronne de lauriers et myrte de fleuri ; et les nymphes, des couronnes de laurier aux autres vainqueurs.

Une Suivante D'oriane Alternativement Avec Le Choeur Des Femmes

Que des plaisirs enchanteurs Vous s'empresser sur vos traces ! Vous triomphez, heureux vainqueurs. Quels hommages plus flatteurs ! À nos yeux la main des grâces Va joindre à vos lauriers les plus aimables fleurs.

Choeur

Belle Princesse, que vos charmes, Ont enchanté de coeurs ! Vous forcez les plus fiers vainqueurs A vous rendre les armes. Les plus grands rois de l'univers Font gloire de porter vos fers.

Acte II

Scène 1

Scène 2

Arcalaüs, Arcabonne

Arcalaüs

Ma soeur, qui peut causer votre sombre tristesse ? Le silence des bois sert à l'entretenir.

Arcabonne

Il faut avouer ma faiblesse. Pour commencer à m'en punir. Un héros, contre un monstre, un jour prit ma défense, J'étais morte sans son secours. Il ne voulut, pour récompense, Que le plaisir secret d'avoir sauvé mes jours. Je n'ai point su quel héros m'a servie ; Je m'informai de son nom vainement : Mais son casque tomba, je le vis un moment, Ce moment fut fatal au reste de ma vie. Cet inconnu, si généreux, Ne me parut que trop aimable ; Il m'en revient sans cesse une image agréable, Qui me plaît plus que je ne veux. J'ai honte de mon trouble extrême ; Je fuis partout l'amour, je sens partout ses traits ; Je cherche en vain les paisibles forêts ; Hélas ! Jusqu'au silence même, Tout me parle de ce que j'aime.

Arcalaüs

L'amour n'est qu'une vaine erreur, On n'en est point surpris quand on veut s'en défendre. Est-ce à vous d'avoir un coeur tendre ? Votre coeur tout entier n'est dû qu'à la fureur.

Arcabonne

Non, je ne connais plus mon coeur. L'amour qu'il a bravé le réduit à se rendre : Tout barbare qu'il est, il se laisse surprendre D'une douce langueur. Non, je ne connais plus mon coeur.

Arcalaüs

Délivrez-vous de l'esclavage Où l'amour vous engage. Vous qui savez commander aux enfers, Ne sauriez-vous briser vos fers ?

Arcabonne

Vous m'avez enseigné la science terrible Des noirs enchantements, qui font pâlir le jour ; Enseignez-moi, s'il est possible, Le secret d'éviter les charmes de l'Amour.

Arcalaüs

Songez que notre sang nous demande vengeance. Amadis l'a versé ; sa valeur nous offense : Le superbe Amadis a terminé le sort Du redoutable Ardan, notre malheureux frère...

Arcabonne

Que le nom d'Amadis m'inspire de colère ! Quand pourrai-je goûter le plaisir de sa mort ?

Arcalaüs

Que j'aime à voir en vous ce généreux transport !

Arcabonne

Irritons notre barbarie : Écoutons notre sang qui crie : Périsse l'ennemi qui nous ose outrager. Ah, qu'il est doux de se venger !

Arcabonne

L'espoir de la vengeance aujourd'hui me console, De tout ce que l'amour m'a causé de tourments. Hâtez-vous de livrer à mes ressentiments, L'ennemi qu'il faut que j'immole.

Arcabonne se retire, Arcalaüs demeure dans la forêt et aperçoit Amadis qui s'avance.

Arcalaüs

Laissez-moi l'engager dans mes enchantements.

Scène 3

Arcalaüs

Arcalaüs se retire dans le fort qui est au bout du pont.

Arcalaüs

Dans un piège fatal son mauvais sort l'amène. Esprits malheureux, et jaloux, Qui ne pouvez souffrir la vertu qu'avec peine ; Vous dont la fureur inhumaine, Dans les maux qu'elle fait trouve un plaisir si doux ; Démons, préparez-vous À seconder ma haine ; Démons, préparez-vous À servir mon courroux.

Scène 4

Amadis

Amadis

Bois épais, redouble ton ombre : Tu ne saurais être assez sombre ; Tu ne peux trop cacher mon malheureux amour. Je sens un désespoir dont l'horreur est extrême, Je ne dois plus voir ce que j'aime, Je ne veux plus souffrir le jour.

Scène 5

Corisande, Amadis

Corisande

Ô Fortune cruelle !... Que vois-je Amadis !

Amadis

Qui m'appelle ?

Corisande

Par quel sort puis-je ici vous voir ?

Amadis

Vous voyez un amant fidèle, Réduit au dernier désespoir.

Corisande

Protégez la vertu, que l'injustice opprime. Secourez Florestan, même sang vous anime ; Il était, comme vous, l'appui des malheureux. Je n'ai pu retenir son coeur trop généreux ; Aux pleurs d'une inconnue il s'est laissé séduire. La perfide a su le conduire Dans des enchantements affreux.

Amadis

Pour l'aller secourir quel chemin faut-il prendre ?

Corisande

À d'horribles dangers vous devez vous attendre.

Amadis

J'ai vu le danger sans effroi Lorsque mes jours heureux étaient dignes d'envie ; Puis-je craindre la mort, dans un temps où la vie N'est plus qu'un supplice pour moi ?

Corisande

Florestan est tombé dans un triste esclavage En voulant passer dans ces lieux.

Amadis

Allons.

Scène 6

Arcalaüs, Amadis, Corisande

Arcalaüs

Arrête, audacieux ; Arrête, j'entreprends de garder ce passage. Vois ces marques de mes exploits, Vois combien de guerriers m'ont cédé la victoire. Joins un nouveau trophée à ceux que dans ces bois J'ai fait élever à ma gloire.

Amadis

Cesse de m'arrêter, ne force point mon bras À tourner sur toi ma vengeance.

Arcalaüs

Si tu cherches ton frère, il est en ma puissance.

Corisande

Rendez-moi Florestan.

Les suivants d'Arcalaüs emmènent Corisande.

Arcalaüs

Allez, suivez ses pas, Suivez votre amant au trépas.

Corisande

Amadis ! Amadis ! Notre unique espérance, Ah ! Ne nous abandonnez pas.

Amadis combat contre Arcalaüs.

Amadis

Perfide ! Il faut que je punisse Ta barbare injustice.

Arcalaüs

Esprits infernaux, il est temps De me donner le secours que j'attends.

Scène 7

Choeur, Deux Bergères, Amadis

Plusieurs démons et des monstres terribles, s'efforcent en vain d'étonner et d'arrêter Amadis ; d'autres démons, sous la forme de nymphes, de bergères et de bergers, prennent la place des monstres, et enchantent Amadis.

On danse

Choeur

Non, non, pour être invincible, On n'en est pas moins sensible, Quel vainqueur a résisté Au charme de la beauté.

On danse.

UN BERGER alternativement avec le CHOEUR

Deux Bergères

Vous ne devez plus attendre Rien qui trouble vos désirs. Cédez aux plaisirs Qui viennent vous surprendre. Cédez, il est temps de vous rendre Cédez, rendez-vous Aux charmes les plus doux.

Amadis met ses armes entre les mains de la bergère qu'il prend pour Oriane, et la suit avec empressement.

Amadis

Est-ce vous, Oriane ! Ô ciel ! Est-il possible ! Votre coeur contre moi n'est-il plus irrité ? L'éclat de vos beaux yeux dans ce bois écarté Chasse ce que l'enfer a formé de terrible. Que vivre loin de vous est un supplice horrible ! Quel plaisir de vous voir ! que j'en suis enchanté ! Disposez de ma vie et de ma liberté.

Choeur

Non, non, pour être invincible On n'en est pas moins sensible : Quel vainqueur a résisté, Au charme de la beauté ?

Acte III

Scène 1

Choeur Des Captives Et Des Captifs, Choeur Des Geoliers

Choeur Des Captives Et Des Captifs

Ciel ! Finissez nos peines.

Choeur Des Geoliers

Vos clameurs seront vaines.

Choeur Des Captives Et Des Captifs

Ciel ! Ô ciel ! Quel supplice, hélas !

Choeur Des Geoliers

Le ciel ne vous écoute pas.

Scène 2

Arcabonne, Choeur Des Captives Et Des Captifs

Arcabonne, conduite et portée en l'air par des démons, descend dans le palais ruiné.

Les geôliers ouvrent les cachots, et les captifs en sortent.

Arcabonne

Il est temps de finir votre plainte importune. Sortez, traînez ici vos fers.

Choeur Des Captives Et Des Captifs

Contentez-vous des maux que nous avons soufferts ; Faites cesser notre infortune.

Arcabonne

Vous allez cesser de souffrir, Malheureux, vous allez mourir. Bientôt l'ennemi qui m'outrage Sera remis en mon pouvoir : Et plus je suis près de le voir, Plus je sens augmenter ma rage. Le sang, ou l'amitié vous unit avec lui, Vous périrez tous aujourd'hui. Toi qui dans ce tombeau n'est plus qu'un peu de cendre Et qui fut de la terre autrefois la terreur. Reçois le sang que ma fureur S'empresse de répandre. Qu'entend-je ! Quel gémissement Sort de ce monument ? Je vais répondre à votre impatience, Mânes plaintifs, cessez de murmurer. Je punirai qui nous offense Par la plus cruelle vengeance Que la rage puisse inspirer, Je vais répondre à votre impatience, Mânes plaintifs, cessez de murmurer.

Scène 3

L'Ombre d'Ardan Canile, Arcabonne

L'Ombre d'Ardan Canile

Ah ! Tu me trahis, malheureuse.

Arcabonne

J'ai juré d'achever une vengeance affreuse, Voyez quelle est l'ardeur de mes ressentiments.

L'Ombre rentre dans le tombeau.

L'Ombre d'Ardan Canile

Ah ! Tu me trahis, malheureuse. Ah ! Tu vas trahir tes serments. Je retombe ; le jour me blesse. Tu me suivras dans peu de temps ; Pour te reprocher ta faiblesse, C'est aux enfers que je t'attends.

Arcabonne

Non, rien n'arrêtera la fureur qui m'anime On vient me livrer ma victime.

Scène 4

Arcabonne, Amadis, Corisande, Florestan

Arcabonne

Meurs !... Que mes sens sont interdits ! Ô Ciel ! Que vois-je ? Est-ce Amadis !

Amadis

Je suis un malheureux, qui n'ai plus d'autre envie Que de trouver la fin de mon funeste sort.

Arcabonne

Quoi, l'ennemi dont j'ai juré la mort, Est le héros qui m'a sauvé la vie ? Qu'est-ce que j'entreprends ? un trépas inhumain De mon libérateur serait la récompense ? Non, une cruelle vengeance Contre vos jours m'a fait armer en vain : Une juste reconnaissance Me fait tomber les armes de la main. Vivez, quittez vos fers, ne craignez plus ma haine. Quel prix vous puis-je offrir pour ce que je vous dois ?

Amadis

D'innocents malheureux ont trop souffert pour moi ; Le seul prix que je veux, c'est de briser leur chaîne.

Arcabonne fait remettre en liberté Florestan, Corisandre, et les autres captifs et captives ; mais elle retient Amadis et l'emmène avec elle. Les captifs et les captives se réjouissent de la liberté qui leur est rendue.

Arcabonne

Allez en liberté . goûtez un doux repos : Rendez grâces à ce héros.

On danse.

Corisande

Quel plaisir dans mon coeur succède au désespoir !

Florestan

Aimons-nous, livrons-nous au bonheur de nous voir.

On danse.

Corisande

L'amour et la victoire S'unissent, pour nous rendre heureux. De ce jour, par nos chants, consacrons le mémoire. Volez, plaisirs ; régnez, aimables jeux : L'amour vous appelle en ces lieux.

Acte IV

Scène 1

Arcalaüs, Arcabonne

Arcalaüs

Par mes enchantements Oriane est captive, Sa beauté causa nos malheurs : Dans ces lieux, sans pitié, j'entends sa voix plaintive, Et j'aime à voir couler ses pleurs. Notre ennemi l'aimait, il a tout fait pour elle ; Il combattait pour l'obtenir.

Arcabonne

Je viens de la voir, qu'elle est belle ! Vous ne la sauriez trop punir.

Arcabonne

Que vous êtes heureux de n'avoir à songer Qu'à haïr, et qu'à vous venger ! Hélas ! Dans notre ennemi même J'ai trouvé l'inconnu que j'aime.

Arcalaüs

Vous aimez Amadis ! Il voit encore le jour ! Quoi ! Sur votre vengeance un lâche amour l'emporte ?

Arcabonne

La vengeance la plus forte Est faible contre l'amour.

Arcalaüs

Quelle faiblesse est plus étrange ! Notre ennemi mortel devient votre vainqueur ? Malgré tant de serments, votre perfide coeur Du parti d'Amadis se range ! Parjure ! Ah, c'est de vous qu'il faut que je me venge !

Arcabonne

Je l'aime, malgré moi, cet ennemi charmant ; Je n'en puis être aimée, une autre a su lui plaire : Je vous défie, avec votre colère, D'inventer pour mon châtiment Un plus cruel tourment.

Arcalaüs

Pour augmenter votre supplice, Il faut vous faire voir ces deux amants heureux ; Avant que ma vengeance en fasse un sacrifice, Il faut que l'hymen les unisse...

Arcabonne

Ah ! Que plutôt cent fois ils périssent tous deux. Entre l'amour et la haine cruelle J'ai cru pouvoir me partager ; Mais dans mon coeur l'amour est étranger, Et la haine m'est naturelle.

Arcabonne

Ma rivale gémit : que ses maux me sont doux ! Pour punir ces amants, j'imagine une peine Digne de ma fureur, et de votre courroux ; C'est peu d'une mort inhumaine...

Arcalaüs

Puis-je encore me fier à vous ?

Arcabonne

Fiez-vous à l'amour jaloux, Il est plus cruel que la haine.

Scène 2

Oriane

Oriane

À qui pourrai-je avoir recours ? C'est de vous, juste Ciel ! Que j'attends du secours, Sur ces bords inconnus, un enchanteur barbare Dispose de mes tristes jours : L'enfer contre moi se déclare ; À qui pourrais-je avoir recours ? C'est de vous, juste Ciel ! que j'attends du secours. Autrefois Amadis aurait pris ma défense : Mais l'inconstant m'oublie, et suit une autre loi. Pourquoi m'en souvenir ? Pourquoi N'oublier pas de lui jusqu'à son inconstance ? Ici, loin de toute assistance, Je tremble d'un mortel effroi ; Eh ! Faut-il encore que je pense À qui ne pense plus à moi ?

Scène 3

Arcalaüs, Oriane

Arcalaüs

Je vous entends, cessez de feindre. Plaignez-vous d'Amadis ; je ne veux pas contraindre Un si juste courroux.

Oriane

J'ai tant de sujet de m'en plaindre, Que j'ai presque oublié de me plaindre de vous. Non, ce n'est point ici son secours que j'implore ; Il est allé chercher la beauté qu'il adore, Et je l'appellerais par des cris superflus.

Arcalaüs

Lorsque vous le verrez, vous l'aimerez encore.

Oriane

Non, non, je ne le verrai plus. Je dois trop le haïr, pour renouer la chaîne Dont il a dégagé son coeur.

Arcalaüs

Si vous le haïssez, j'ai servi votre haine ; À la fin j'ai vaincu ce superbe vainqueur.

Oriane

Vous, vainqueur d'Amadis ! Non, il n'est pas possible Qu'il ait cessé d'être invincible : Tout cède à sa valeur, et vous la connaissez...

Arcalaüs

Eh ! C'est ainsi que vous le haïssez ?

Oriane

Je veux haïr toujours un amant si volage, Et je me le suis bien promis : Mais ses plus cruels ennemis Peuvent-ils s'empêcher d'admirer son courage. Non, rien ne peut être assez fort, Pour surmonter ce héros indomptable.

Amadis, étendu sur ses armes sanglantes, paraît mort.

Arcalaüs

Voyez si je me vante à tort, D'avoir vaincu ce vainqueur redoutable.

Scène 4

Oriane

Oriane tombe évanouie.

Oriane

Que vois-je ! Ô spectacle effroyable ? Ô trop funeste sort ! Ciel ! Ô Ciel ! Amadis est mort ! Ma colère lui fut fatale ; J'eus tort de l'accuser de suivre une autre amour. Que ne puis-je, en mourant, le rappeler au jour, Dû-t-il vivre pour ma rivale ! Ciel ! Qui nous donna ce héros, Que ne prenais-tu sa défense Contre l'infernale puissance ? L'univers a perdu l'auteur de son repos. Pleure, gémis, faible innocence, Pleure, hélas ! Tu n'as plus d'appui, Tu vois expirer aujourd'hui Ton unique espérance. Ô trop funeste sort ! Ciel ! Ô Ciel ! Amadis est mort ! Il m'appelle ; je le vais suivre Le sort qui nous rejoint m'est doux : Amadis, je vivais pour vous, Vous mourez, je ne puis plus vivre.

Scène 5

Arcabonne, Arcalaüs

Arcabonne

Quel plaisir de voir Un si cruel désespoir !

Arcabonne

Joignez votre fureur à ma rage inhumaine. Il faut que ces amants revivent tour à tour Pour souffrir une affreuse peine

Arcalaüs

Il faut faire de leur amour Le ministre de notre haine.

Arcabonne

Quel plaisir de voir Un si cruel désespoir!

Arcabonne

Il faut qu'Amadis sorte Du profond assoupissement Où le tient notre enchantement, Et qu'il pleure Oriane morte.... Mais pour eux contre nous, quel pouvoir s'est armé ?

Arcalaüs

Qui peut conduire ici ce rocher enflammé.

Scène 6

Urgande, Arcabonne, Suivantes d'Urgande

On danse.

Un rocher environné de flammes s'approche, les flammes se retirent, et laissent voir un vaisseau sous la figure d'un serpent, ce qui l'a fait appeler la grande serpente. Urgande et ses suivantes sortent de ce vaisseau.

Urgande touche de sa baguette Arcalaüs et Arcabonne.

Urgande

Je soumets à mes lois l'enfer, la terre et l'onde. Sans qu'on sache où je suis, je parcours tout le monde ; Et je connais des secrets que les cieux N'ont jusqu'ici dévoilé qu'à mes yeux. Mais j'arme seulement ma fatale puissance Contre l'injuste violence ; J'ai soin de secourir le mérite abattu, Et je fais mon bonheur de servir la vertu. Tremblez, tremblez, reconnaissez Urgande ; Tout obéit, sitôt que je commande ; Barbares, laissez pour jamais Ces fidèles amants en paix.

Arcabonne

Tout mon effort est inutile, Je demeure immobile ; Je cède aux charmes trop puissants Qui saisissent mes sens.

Les suivantes d'Urgande commencent à dissiper par leurs danses l'enchantement dont Amadis et Oriane sont saisis, et les emportent dans le vaisseau. Urgande, avant que d'y renter, touche une seconde fois de sa baguette Arcalaüs et Arcabonne.

Suivantes d'Urgande

Coeurs, accablés de rigueurs inhumaines, Ne cessez point d'espérer en aimant : Il est fâcheux de porter des chaînes, C'est un cruel tourment ; Mais quand l'amour en veut payer les peines, C'est un plaisir charmant.

Urgande

Il faut que de vos sens je vous rende l'usage, Perfides ! Je vous livre à votre propre rage. Urgande rentre dans le vaisseau de la grande serpente, qui commence à s'éloigner et à se couvrir de flammes

Les démons des enfers sortent pour secourir Arcalaüs, et Arcabonne. Les démons de l'air viennent combattre contre ceux des enfers et les surmontent.

Ils se tuent.

Arcabonne

On brave notre vain pouvoir, Tout est contraire à notre envie : Nous perdons tout espoir, Renonçons à la vie !

Acte V

Scène 1

Urgande, Amadis

Urgande

Apollidon, par un pouvoir magique, Autrefois éleva ce palais magnifique ; Consolez-vous en des lieux si charmants ; Vous y devez trouver la fin de vos tourments.

Amadis

Je ne puis ressentir les charmes Du plus agréable séjour : Non, rien ne plaît à des yeux que l'Amour A condamnés à d'éternelles larmes.

Urgande

Oriane est ici, rappelez votre espoir.

Amadis

Oriane...

Urgande

Vous l'allez voir.

Amadis

Je puis voir par vos soins la beauté que j'adore ! Voir Oriane !... Hélas ! C'est l'irriter encore. Ah, que mon coeur se sent troublé ! Je tremble...

Urgande

Amadis peut trembler !

Amadis

Je suis inébranlable Contre un ennemi redoutable, Dont il faut vaincre la fureur, Mais contre la colère De la beauté qui m'a su plaire, Rien n'est si faible que mon coeur.

Urgande

Dissipez une crainte vaine ; Empressez-vous de voir Oriane en ces lieux.

Amadis

Elle m'a défendu de paraître à ses yeux ; Je crains de mériter sa haine.

Scène 2

Oriane, Amadis

Oriane

Fermez-vous pour jamais, mes yeux, mes tristes yeux. Je perds ce que j'aime le mieux, La clarté doit m'être ravie. Hélas ! Quelle rigueur de me rendre la vie, Pour me faire sentir la perte que je fais ! Mes yeux, mes tristes yeux, fermez-vous pour jamais.

Oriane

Ô ciel ! Le puis-je croire ?

Oriane

Amadis ! Vous vivez !

Amadis

Vous plaignez mes malheurs ! Vos beaux yeux m'ont donné des pleurs !

Oriane

Vous vivez ?

Amadis

Puis-je encore vivre en votre mémoire ?

Oriane

Ô Ciel ! Le puis-je croire !

Oriane

Je vous aime constamment Malgré votre changement. Dans une amour nouvelle Vous pourrez trouver plus d'appas : Mais vous n'y trouverez pas Un coeur plus fidèle.

Amadis

Oriane, m'accusez-vous ?

Oriane

Briolanie a des charmes trop doux ; Je n'empêcherai pas que votre amour la suive...

Amadis

Ah ! Ne reprenez plus votre fatal courroux, Si vous souhaitez que je vive.

Oriane

Vous aurez peu de peine à me désabuser, Amadis, contre vous à regret je m'irrite ; Le dépit que l'amour excite Ne demande qu'à s'apaiser. Tout vous a dit que je vous aime : Mes larmes, ma douleur extrême, Mes larmes, ma douleur extrême, Et jusqu'à mon dépit Tout vous a dit Que je vous aime.

Oriane

Je vous promets De n'éteindre jamais Une flamme si belle Je vous promets Une amour éternelle.

Scène 4

Choeur, Corisande

On danse.

La chambre défendue s'ouvre, et une troupe de héros et d'héroïnes, qu'Apollidon y avait autrefois enchantés pour y attendre le plus fidèle des amants et la plus parfaite des amantes reçoit Amadis et Oriane, et les reconnaît dignes de cet honneur.

On danse.

Choeur

Digne sang de Lisvart, régnez votre naissance Vous élève aux plus grands honneurs. Votre beauté sur tous les coeurs Vous donne encor de la puissance.

Corisande

D'un bonheur nouveau Goûtons tous les charmes ; Mars est sans armes, Et l'Amour sans bandeau.

Corisande

Volez, plaisirs ; régnez avec la gloire ; Ramenez les amours ; Enchaînez la victoire ; Donnez à jamais de beaux jours.

Corisande

D'un bonheur nouveau Goûtons tous les charmes ; Mars est sans armes, Et l'Amour sans bandeau.

Corisande

Aimable maître De nos désirs, Toi seul fais naître Les vrais plaisirs.

Corisande

Malgré tes peines, Un tendre coeur Trouve ne tes chaînes Le parfait bonheur.

Un ballet général termine l'Opéra.

Choeur

Aimable maître De nos désirs, Toi seul fais naître Les vrais plaisirs.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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