Prologue
Scène 1
Choeur, Homme Du Bel Air, Autre Homme Du Bel Air, Femme Du Bel Air, Autre Femme Du Bel Air, Un Gentilhomme Gascon, Autre Gascon, Un Suisse, Un Vieux Bourgeois Babillard, Vieille Bourgeois Babillarde, Hommes Et Femmes Du Bel Air, Tous
Le théâtre représente une grande Salle de Spectacle, où l'on voit une troupe de Peuples de différents Provinces, qui forment le début de ce Prologue.
Les quatre importuns ayant pris des livres des mains de celui qui les donne, les distribuent aux acteurs qui en demandent ; cependant le donneur de livres danse, et les quatre importuns se joignent avec lui, et forment ensemble la première entrée.
Choeur
À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi Monsieur, Un livre, s'il vous plaît, à votre serviteur.
Homme Du Bel Air
Monsieur, distinguez nous parmi les gens qui crient, Quelques livres ici, les Dames vous en prient.
Autre Homme Du Bel Air
Hola, Monsieur, Monsieur, ayez la charité D'en jeter de nôtre côté.
Femme Du Bel Air
Mon Dieu ! Qu'aux personnes bien faites On sait peu rendre honeur céans ?
Autre Femme Du Bel Air
Ils n'ont des livres et des bancs Que pour Mesdames les Grisettes.
Un Gentilhomme Gascon
Aho ! L'homme aux libres, qu'on m'en baille, J'ai déjà le poumon usé, Bous boyez que chacun mé raille, Et je fuis escandalisé De boir és mains de la canaille Ce qui m'est par bous refusé.
Autre Gascon
Eh, cadedis, Monseu, boyez qui l'on peut être, Un livret, je bous prie, au Baron Dasbarat ; Je pense, mordi, que le fat N'a pas l'honneur dé mé connaître.
Le Donneur de livres fatigué par les quatre importuns, se retire en colère.
Un Suisse
Monsieur le donneur de papieir, Que veul dir sty façon de fifre ? Moi l'écorchair tout mon gozieir A crieir, Sans que je pouvre afoir ein lifre: Pardi, mon foi, Monsieur, je pense sous l'être ifre.
Un Vieux Bourgeois Babillard
De tout ceci franc et net, Je suis mal satisfait, Et cela sans doute est laid. Que notre fille Si bien faite et si gentille De tant d'amoureux l'objet, N'ait pas à son souhait Un livre de Ballet Pour lire le sujet Du divertissement qu'on fait, Et que toute notre famille Si proprement s'habille, Pour être placée au sommet De la Salle, où l'on met Les gens de l'entriguet. De tout ceci franc et net Je suis mal satisfait, Et cela sans doute est laid.
Vieille Bourgeois Babillarde
Il est vrai que c'est une honte, Le sang au visage me monte. Et ce jetteur de vers qui manquent au capital L'entends fort mal, C'est un brutal. Un vrai cheval, Franc animal, De faire si peu de Comte D'une fille qui fait l'ornement principal Du quartier du Palais-Royal, Et que ces jours passés un Comte Fut prendre la première au bal. Il l'entend mal, C'est un brutal, Un vrai cheval Franc animal.
Hommes Et Femmes Du Bel Air
Ah quel bruit ! Quel fracas ! Que cahos ! Quel mélange ! Quelle confusion ! Quelle cohue étrange ! Quel désordre ! Quel embarras ! On y sèche, L'on y tient pas.
Un Gentilhomme Gascon
Bentre, je fuis à bout.
Autre Gascon
J'enrage, Dieu me damne.
Un Suisse
Ah que lui faire foif dans sty fal de cians.
Un Gentilhomme Gascon
Je murs.
Autre Gascon
Je perds la tramontane.
Un Suisse
Mon foi, moi le foudrais être hors de dedans.
Un Vieux Bourgeois Babillard
Allons, ma vie, Suivez mes pas, Je vous en prie, Et ne me quittez pas ; On fait de nous trop peu de cas, Et je fuis las De ce tracas; Tout ce fatras, Cet embarras, Me pèse pas trop sur les bras ; S'il me prend jamais envie De retourner de ma vie À Ballet ni Comédie, Je veux bien qu'on m'estropie. Allons, ma mie, Suivez mes pas, Je vous en prie, Et ne me quittez pas, On fait de nous trop peu de cas.
Le Donneur de livres revient avec les quatre imprimeurs qui l'ont suivi, ce qui oblige encore ceux qui sont placés dans les balcons de s'écrier.
Vieille Bourgeois Babillarde
Allons, mon Mignon, mon fils, Regagnons notre logis, Et sortons de ce taudis Où l'on ne peut être assis ; Ils seront bien ébaubis? Quand ils nous verront partis / Trop de confusion règne dans cette salle, Et j'aimerais mieux être au milieu de la Halle : Si jamais je reviens à semblable régale, Je veux bien recevoir des soufflets plus de six. Allons, mon mignon, mon fils, Regagnons notre logis, Et sortons de ce taudis, Où l'on ne peut être assis.
ENSEMBLE
Tous
À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi, Monsieur, Un livre, s'il vous plaît à votre serviteur.
Première Entrée
Polymnie, Melpomène, Euterpe, Trois Muses
La muse Polymnie qui préside aux Arts dépendant de la Géométrie, et qui a trouvé l'invention d'introduire sur le théâtre des personnages qui expriment par les actions et par les danses ce que les autres expliquent par des paroles, s'avance environnée d'un nuage qui paraît d'abord fermé, et qui s'ouvrant peu à peu découvre la Muse au milieu de plusieurs ornements de peinture et d'architecture. Elle excite ceux qui ont commencé de chanter d'une manière comique à rechercher avec soin tout ce qui l'on peut retrouver de plus noble et de plus délicat dans le chant.
Des héros, des pâtres, et des ouvriers des Arts qui servent aux spectacles, obéissent aux ordres des Muses. Les héros font une manière de combat avec leurs armes, les pâtres jouent avec leurs bâtons, les ouvriers travaillent aux décorations de la Pastorale que l'on prépare, et accordent le bruit de leurs marteaux, scies et rabots, avec l'harmonie des violons et des haut-bois, et tous ensemble forment le seconde entrée.
Melpomène qui préside à la tragédie et Euterpe qui a inventé l'Harmonie pastorale s'avancent sur deux nuages. Melpomène paraît au milieu de plusieurs trophées d'armes ; et Euterpe environnée de festons et de couronnes de fleurs. Elles sont précédées de deux symphonies opposées, dont l'une est très forte, et l'autre extrêmement douce, et qui forment une espèce de combat, tandis que les deux muses viennent se placer aux deux côtés de Polymnie pour la prier d'embellir les divertissements qu'elles veulent préparer.
Polymnie
Élevez vos concerts Au dessus du chant ordinaire ; Songez que vous avez à plaire Au plus grand ROI de l'Univers. Le grand titre de Roi n'est que sa moindre gloire, Il est encor plus grand par les travaux guerriers ; Et sa propre valeur a cueilli les lauriers Dont il est couronné des mains de la Victoire. Suivez la noble ardeur Qu'il vous inspire ; Tout ce qu'on voit dans son Empire Se doit sentir de sa grandeur.
Melpomène
Joignez à mes chants magnifiques, La pompe de vos ornements.
Euterpe
Joignez à mes concerts rustiques, Vos agréments Les plus charmants.
Melpomène
Votre secours m'est nécessaire, Je cherche à divertir le plus Auguste Roi Qui méritât jamais de tenir sous sa loi Tout ce que le Soleil éclaire.
Melpomène
C'est à moi, c'est à moi, De prétendre à lui plaire,
Melpomène
C'est moi dont la voix éclatante A droit de célébrer les exploits les plus grands, Les nobles récits que je chante Sont les plus dignes jeux des fameux conquérants.
Euterpe
C'est un doux amusement Que d'aimables chansonnettes ; Les douceurs n'en sont pas faites Pour les bergers seulement. Les tendres chansonnettes Que l'on chante à l'ombre des bois Sur les Musettes, Ne sont pas quelques fois Des jeux indignes des grands Rois.
Polymnie
Il faut entre mes soeurs que mon soin se partage : Préparez tour à tour vos plus aimables jeux ; Pour vous accorder, je m'engage À vous seconder toutes deux.
Euterpe
Commencez de répondre à mon impatience.
Melpomène
Vos premiers soins sont dûs à ce que j'entreprends.
Polymnie dit ces deux vers à Melpomène.
Polymnie
Terminez tous vos différents. Souffrez qu'en sa faveur aujourd'hui je commence, Je réserve pour vous mes travaux les plus grands.
ENSEMBLE
Trois Muses
Que notre accord est doux ! Que tout ce qui nous fuit s'accorde comme nous.
Seconde Entrée
Trois Muses, Choeurs Répètent, Melpomène, Un Choeur Répète, Euterpe, Polymnie, Tous Les Choeurs, Tous
Toute la troupe qui avait commencé de chanter d'une manière comique avant l'arrivée des trois muses, se sentant animée par leur présence, répond à leurs chants par des choeurs.
Trois Muses
Joignons nos soins et nos voix Pour plaire au plus grand des Rois.
Choeurs Répètent
Joignons nos soins et nos voix Pour plaire au plus grand des Rois.
Melpomène
Chantons la gloire de ses armes.
Un Choeur Répète
Chantons la gloire de ses armes.
Euterpe
Chantons la douceur de ses lois.
Un Choeur Répète
Chantons la douceur de ses lois.
Polymnie
Faisons tout retentir du bruit de ses exploits.
Tous Les Choeurs
Chantons la gloire de ses armes.
Melpomène
Formons des concerts pleins de charmes.
Les hautbois et les musettes répondent et cependant les héros et les pâtres rentrent sur le théâtre avec les ouvriers qui apportent des ornements qu'ils ont faits pour servir la pièce qui va commencer, et autour desquels les héros et les pâtres dansent, tandis que le smuses et tous les choeurs continuent leurs chants. Ce qui forme un jeu concerté des Muses qui chantent dans leurs machines au milieu des nuages, de la troupe qui leur répond, placée dans les balcons, et des héros, pâtres, et ouvriers, qui dansent sur le théâtre.
Euterpe
Faisons entendre nos hautbois.
Tous
Faisons tout retentir du bruit de ses exploits.
Polymnie
Préparons des fêtes nouvelles
Melpomène
Que nos chansons soient immortelles.
Euterpe
Que nos airs soient doux et touchants.
Tous
Mêlons aux plus aimables chants Les danses les plus belles. Joignons nos soins et nos voix. Pour plaire au plus grand des rois.
Acte I
Scène 1
Tircis
Tircis
Vous chantez sous ces feuillages, Doux rossignols pleins d'amour, Et de nos tendres ramages, Vous réveillez tour à tour Les échos de ces boccages : Hélas ! Petits oiseaux, hélas ! Si vous aviez mes maux vous ne chanteriez pas.
Scène 2
Licaste, Ménandre, Tircis, Caliste
Licaste
Hé quoi, toujours languissant, sombre et triste ?
Ménandre
Hé quoi, toujours aux pleurs abandonné ?
Tircis
Toujours adorant Caliste, Et toujours infortuné.
Licaste
Dompte, dompte, Berger, l'ennui qui te possède.
Tircis
Et le moyen, hélas !
Ménandre
Fais, Fais-toi quelque effort.
Tircis
Eh le moyen, hélas ! Quand le mal est si fort ?
Licaste
Ce mal trouvera son remède.
Tircis
Je ne guérirai qu'à ma mort.
Licaste
Ah, Tircis !
Tircis
Ah, Bergers !
Caliste
Prends sur toi plus d'empire.
Tircis
Rien ne me peut plus secourir;
Caliste
C'est trop, c'est trop céder.
Tircis
C'est trop, c'est trop souffrir.
Caliste
Quelle faiblesse !
Tircis
Quel martyre !
Caliste
Il faut prendre courage.
Tircis
Il faut plutôt mourir
Licaste
Il n'est point de bergère Si froide et si sévère, Dont la pressante ardeur D'un coeur qui persévère, Ne vainque la froideur. Il est dans les affaires Des amoureux mystères, Certains petits moments Qui changent les plus fières, Et font d'heureux amants.
Tircis
Je le vois, la cruelle, Qui porte ici ses pas, Gardons d'être vu d'elle, L'ingrate, hélas! N'y viendrait pas.
Scène 3
Climène, Caliste
Climène
Viens dans notre village : Voici le jour Qu'on doit célébrer la fête de L'Amour, Que cherches-tu dans ce boccage ?
Caliste
Je cherche le repos, le silence, et l'ombrage.
Climène
Tu devrais bien plutôt songer À t'engager. Eh Que peut faire Une bergère Sans un berger ?
Caliste
Ton malheur doit me rendre sage : Tu n'as choisi qu'un inconstant.
Climène
Si mon berger devient volage, Il m'est permis d'en faire autant. On goûte la douceur d'une amour éternelle, Quand on fait l'heureux choix d'un fidèle berger, Et quand on aime un infidèle, L'on a le plaisir de changer. Quoi ! L'amour de Tircis ne t'a point attendrie ? Lorsqu'on en veut parler, tu n'écoutes jamais ? Ne rêve plus où je m'en vais.
Caliste
Laisse-moi dans la rêverie. Ah ! Que sous ce feuillage épais Il est doux de rêver en paix !
Climène
Je n'entre point dans un mystère Que tu veux réserver : Mais un coeur sans affaire Ne donne point tant à rêver.
Scène 4
Caliste
La bergère Caliste s'endort sur un gazon.
Caliste
Ah ! Que sur notre coeur La sévère loi de l'honneur Prend un cruel empire ! Je ne fais voir que rigueurs pour Tircis, Et cependant sensible à ses cuisants soucis. De sa langueur en secret je soupire, Et voudrais bien soulager son martyre ; C'est à vous seuls que je le dis, Arbres, n'allez pas le redire. Puisque le Ciel a voulu nous former Avec un coeur qu'Amour peut enflammer, Quelle rigueur impitoyable Contre des traits si doux nous force à nous armer ? Et pourquoi sans être blâmable Ne peut-on pas aimer Ce que l'on trouve aimable ? Hélas ! Petits oiseaux, que vous êtes heureux De ne sentir nulle contrainte, Et de pouvoir suivre sans crainte Les doux emportements de vos coeurs amoureux ! Mais le sommeil sur ma paupière Verse de ses pavots l'agréable fraîcheur, Donnons-nous à lui toute entière, Nous n'ayons point de loi sévère Qui défende à nos sens d'en goûter la douceur.
Scène 5
Tircis, Ménandre, Caliste, Licaste
Tircis
Vers ma belle ennemie Portons sans bruit nos pas, Et nous réveillons pas Sa rigueur endormie.
Ménandre
Dormez, Dormez beaux yeux adorables vainqueurs, Et goûtez le repos que vous vous ôtez aux coeurs.
Tircis
Silence, petits oiseaux, Vents n'agitez nulle chose . Coulez doucement ruisseaux, C'est Caliste qui repose.
Ménandre
Dormez, Dormez beaux yeux adorables vainqueurs, Et goûtez le repos que vous vous ôtez aux coeurs.
Caliste
Ah ! Quelle peine extrême ! Suivre partout mes pas ?
Tircis
Que vouslez-vous qu'on suive, hélas! Que ce qu'on aime.
Caliste
Berger, que voulez-vous ?
Tircis
Mourir belle bergère, Mourir à vos genoux, Et finir ma misère, Puisqu'en vain à vos pieds, on me voit soupirer, Il y faut expirer.
Caliste
Ah! Tircis, ôtez-vous, j'ai peur que dans de jour, La pitié dans mon coeur n'introduise l'amour.
Licaste
Soit amour, soit pitié, Il sied bien d'être tendre ; C'est pas trop vous défendre, Bergers, il faut le rendre À la longue amitié. Soit amour, soit pitié, Il sied bien d'être tendre ;
Caliste
C'est trop, c'est trop de rigueur, J'ai mal traité votre ardeur Crucifiant votre personne, Vengez-vous de mon coeur, Tircis, je vous le donne.
Tircis
Ô ciel ! Bergers ! Caliste ! Ah je suis hors de moi ! Si l'on meurt de plaisir je dois perdre la vie.
Licaste
Digne prix de ta foi !
Ménandre
Ô ! Sort digne d'envie !
Scène 6
Forestan, Silvandre, Caliste, Tous
Quatre faunes sortent avec de petits tambours, et quatre driades avec des festons de fleurs. Ils forment ensemble une entrée qui finit le premier acte.
Forestan
Quoi ! Tu me fuis, Ingrate, et je te vois ici De ce berger à moi faire une préférence ?
Silvandre
Quoi, mes soins n'ont rien pu sur ton indifférence, Et pour ce langoureux ton coeur s'est adouci ?
Caliste
Le destin le veut ainsi, Prenez tous deux patience.
Forestan
Aux amants qu'on pousse à bout, L'amour fait verser des larmes ; Mais ce n'est pas notre goût, Et la bouteille a des charmes Qui nous consolent de tout.
Silvandre
Notre amour n'a pas toujours Tout le bonheur qu'il désire. Mais nous avons un secours, Et le bon vin nous fait rire Quand on rit de nos amours.
Tous
Champêtres Divinités, Faunes, Driades, sortez De vos paisibles retraites ; Mêlez vos pas à nos sons. Et tracez sur les herbettes. L'image de nos chansons.
Troisième Entrée
Quatre faunes, quatre driades.
Acte II
Scène 1
Forestan
Forestan
Je ne puis souffrir l'outrage Que Caliste fait à ma foi : Dans le fonds de mon coeur j'enrage Qu'elle aime un autre que moi. Deux enchanteurs m'ont fait entendre Qu'ils ont le secret de me rendre Tel qu'il faut être pour charmer ; Caliste aura beau se défendre, Je la contraindrai de m'aimer.
Scène 2
C'est dans cette scène que les lutins déguisés font une cérémonie magique pour feindre d'embellir Forestan, et pour se moquer de lui. Deux magiciens paraissent chacun une baguette à la main, ils frappent, la Terre en dansant, et font sortir six démons qui se joignent avec eux. Trois sorcières sortent aussi de dessous terre, et faisant asseoir Forestan au milieu d'elles, mêlent leur chants aux danses des Magiciens et des Démons, pour former une manière d'enchantement.
Quatrième Entrée
Trois Sorcières, Une Sorcière
ensemble
Trois Sorcières
Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grace qu'implorent nos bouches : Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamants, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gants.
Les démons habillent Forestan d'une manière bizarre et ridicule, tandis que les magiciens et les autres démons dansent, les trois sorcières chantent.
seule
Une Sorcière
Ô toi ? Qui peux rendre agréables Les villages les plus mal faits, Répand, Vénus, de tes attraits Deux ou trois doses charitables Sur ce museau tondu tout frais.
Les trois sorcières qui chantent s'enfoncent dans la Terre, les deux magiciens et les six démons qui dansent disparaissent, et dans le même temps quatre autres démons qui partent de quatre côtés différents, croisent dans l'air, et trois autres petits démons qui sortent de Terre, et qui tous trois s'élèvent en rond, après avoir fait trois tours en volant, se vont perdre dans les nuages au milieu du théâtre.
Trois Sorcières
Ah qu'il est beau Le jouvenceau, Ah qu'il est beau. Qu'il va faire mourir de belles : Auprès de lui les plus cruelles Ne pourront tenir dans leur peau. Ah qu'il est beau Le jouvenceau, Ah qu'il est beau ! Ho, ho, ho, ho, ho, ho... Qu'il est joli ! Gentil, poli ! Qu'il est joli ! Est-il des yeux qu'il ne ravisse ! Il passe en beauté feu Narcisse Qui fut un blondin accompli. Qu'il est joli ! Gentil, poli ! Qu'il est joli ! Hi, hi, hi, hi, hi, hi...
Scène 3
Forestan
Forestan
Qu'un beau visage A d'avantage ! Tout lui rit, Tout lui fait la cour : Que l'on verra dans ce boccage De bergères mourir d'amour Et de bergers crever de rage !
Scène 4
Silvandre, Forestan
Silvandre
Forestan, Forestan, es-tu là ?
Forestan
Beau comme je dois être Il va me voir sans me connaitre.
Silvandre
Ô ! Forestan ? Ah ! Te voilà. Pourquoi t'amuser de la sorte ?
Forestan
Qu'importe, qu'importe !
Silvandre
Hé quoi ! Ne veux-tu pas aller Où nous devons nous assembler ? Ton impatience est peu forte.
Forestan
Qu'importe, qu'importe !
Silvandre
Veux-tu souffrir en ce jour Que le faible dieu d'amour Sur le Dieu du vin l'emporte ?
Forestan
Qu'importe, qu'importe !
Silvandre
Allons ; c'est trop railler.
Forestan
À qui crois-tu parler ?
Foringestan affecte de faire l'agréable, et quitte son ton naturel de basse pour chanter en fausset.
Silvandre
Quel badinage ! Tu n'es pas sage ; La fête de Bacchus commencera bientôt. Allons, sans tarder davantage, Allons-y boire comme il faut.
Forestan
Il est bien doux de boire ; On peut en faire gloire. Quand on n'a pas de quoi charmer : Bacchus sait consoler un amant misérable ; Mais quand on est aimable, Il n'est rien si doux que d'aimer.
Silvandre
Que veux-tu dire ? D'où vient ce caprice nouveau ?
Forestan
Regarde, considère, admire. Ah qu'il est beau ! Ho, ho, ho, ho, ho, ho... Ah qu'il est beau.
Silvandre
Dis-moi donc je te prie De quelle folle rêverie Ton cerveau s'est rempli ?
Forestan
Qu'il est joli ! Hi, hi, hi, hi, hi, hi...
Forestan s'approche d'une Fontaine qui paraît au milieu du théâtre, et dans le moment qu'il se baisse pour le regarder dans l'eau, il en sort deux sirènes qui lui présentent un grand miroir. Forestan s'y voit aussi laid qu'il était avant la cérémonie magique ; et dans la rage qu'il a de la tromperie qu'on lui a faite, il veut frapper de sa massue les deux sirènes qui se moquent de lui, mais elles évitent ses coups, en se plongeant et en se perdant dans la Fontaine, qui disparaît en un moment.
Silvandre
Consulte la Fontaine La plus prochaine, Mire-toi dans son eau. Ah qu'il est beau ! Ho, ho, ho, ho, ho, ho...
Deux sorcières affreuses paraissent aux deux côtés du théâtre, et présentent chacun un miroir à Forestan.
Forestan
Je suis digne de railleries ; On m'a fait une fourberie : Mais, si je la mets en oubli... Non, non, les imposteurs n'auront pas lieu de rire.
Silvandre
Regarde, considère, admire.
Forestan s'avance vers une des sorcières, et la veut frapper de sa massue, mais la sorcière évite le coup en s'envolant, le Satire ne frappe que l'air, et sa massue lui échappe des mains. Il court vers l'autre sorcière, il l'attrape, mais dans le moment qu'il se jette sur elle, et qu'il la tient, il ne lui demeure entre les mains qu'une figure de sorcière qui lui fait la grimace, et lui présente un miroir, tandis qu'un petit lutin qui était enfermé dedans, s'envole en se moquant du Satire.
Forestan
Ah ! Je vais vous payer de m'avoir embelli.
Scène 4
Silvandre, Forestan
Silvandre
Qu'il est joli ! Hi, hi, hi, hi...
Forestan
C'est un tour es Lutins errants dans ce boccage Dont il faut que je sois vengé.
Silvandre
Hé, hé, hé, hé, hé, hé...
Forestan
Tu ris quand je suis outragé ?
Silvandre
Hé, hé, hé, hé, hé, hé...
Forestan
Ne m'insulte point davantage ; Va rire ailleurs ; Je suis dans une rage Qui pourrait bien tourner sur les méchants railleurs.
Silvandre
Ami, me veux-tu croire, Ne songeons plus qu'à boire ; Fuyons l'amour, et le chagrin, Suivons Bacchus, courons au vin.
Forestan
Au vin, au vin, au vin, au vin,
Silvandre
Fuyons l'amour et le chagrin, Suivons Bacchus, courons au vin. Au vin, au vin, au vin, au vin,
Scène 5
Damon, Silvandre, Forestan
Damon
Ma bergère a changé, je veux changer comme elle.
Silvandre
Suis les lois de Bacchus, tu t'en trouveras bien.
Damon
Heureux qui peut aimer une beauté fidèle !
Forestan
Plus heureux qui peut n'aimer rien.
Silvandre
Viens avec nous goûter la vie ; Quitte une volage beauté, Comme elle t'a quitté: Profite de sa perfidie, Viens jouir de la liberté.
Damon
C'est pour servir Cloris que je quitte Climène, Et mon coeur sans aimer ne saurait vivre un jour , Qui s'engage une fois peut bien changer de chaine ; Mais, il est mal aisé d'échapper à l'Amour.
Silvandre
Sous l'amoureux empire, On n'est point sans tourment ; Je te plains pauvre amant, Langui, gémi, soupire ; Nous allons rire,
Silvandre
Fuyons l'amour et le chagrin, Suivons Bacchus, courons au vin. Au vin, au vin, au vin, au vin,
Scène 6
Damon, Climène
Damon
Ma volage s'avance.
Climène
Voici mon infidèle amant.
Damon
Vengeons-nous de son inconstance. Ô ! La douce vengeance Qu'un heureux changement !
Damon
Quand je plaisais à tes yeux J'étais content de ma vie, Et ne voyais Rois ni Dieux Dont le sort me fit envie.
Climène
Lorsqu'à toute autre personne Me préférait ton ardeur. J'aurais quitté la couronne Pour régner dessus ton coeur.
Damon
Une autre a guéri mon âme, Des feux que j'avais pour toi.
Climène
Une autre a vengé ma flamme Des faiblesses de ta foi.
Damon
Cloris qu'on vante si fort M'aime d'une ardeur fidèle, Si ses yeux voulaient ma mort, Je mourrais content pour elle.
Climène
Mirtil si digne d'envie, Me chérit plus que le jour, Et moi je perdrais la vie Pour lui montrer mon amour.
Damon
Mais si d'une douce ardeur Quelque renaissance trace Chassait Cloris de mon coeur Pour te remettre en sa place ?
Climène
Bien qu'avec pleine tendresse Mirtil me puisse chérir, Avec toi, je le confesse, Je voudrais vivre et mourir.
Damon
Ah ! Plus que jamais aimons-nous, Et vivons et mourons en des liens si doux.
Scène 7
Troupe De Bergers Et De Bergères
Une troupe de bergers et de bergères qui voient Damon et Climène raccommodés en témoignent leur joie.
Troupe De Bergers Et De Bergères
Amants, que vos querelles Sont aimables et belles ; Qu'on y voit succéder De plaisirs, de tendresse ! Querellez-vous sans cesse, Pour vous racommoder.
Scène 8
Arcas
Arcas
Venez, que rien ne vous arrête, Ne perdez point d'heureux moments ; Venez tous voir la fête Que l'on apprête À l'honneur du Dieu des Amants : Les plaisirs où l'Amour convie Sont les plus charmants de la vie, Il en faut jouir tant qu'on peut, On ne les a pas quand on veut.
Acte III
Scène 1
Caliste
Caliste
Ici l'ombre des ormeaux Donne un teint frais aux herbettes, Et les bords de ces ruisseaux. Brillent de mille fleurettes Qui se mirent dans les eaux. Prenez bergers, vos musettes. Ajustez vos chalumeaux, Et mêlons nos chansonnettes Aux chants de petits oiseaux.
Cinquième Entrée
Climène, Cloris, Silvie, Arcas, Tircis, Tous
Les bergers et les bergères continuent de mêler les danses aux chansons.
Climène
Le zéphire entre ces eaux, Fait mille courses secrètes, Et les rossignols nouveaux, De leur douces amourettes, Parlent aux tendres rameaux. Prenez Bergers, vos musettes, Ajustez vos chalumeaux, Et mêlons nos chansonnettes Aux chants de petits oiseaux.
Cloris
Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie, Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer ! Il faut retrancher de la vie, Ce qu'on en passe sans aimer. Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie, Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer !
Silvie
Ah ! Les beaux jours qu'Amour nous donne Lorsque sa flamme unit les coeurs ! Est-il ni gloire, ni couronne Qui vaille ses moindres douceurs ? Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie, Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer !
Arcas
Qu'avec peu de raison on se palint d'un martyre Que suivent de si doux plaisirs !
Tircis
Un moment de bonheur dans l'amoureux empire, Répare dix ans de soupirs.
La perspective s'ouvre, et laisse paraître dans le fond du théâtre un autre manière de voûte de treille, sous laquelle une multitude de suivants de Bacchus sont placés, les uns dans des tonneaux, et les autres sur une espèce d'Amphithéâtre couvert de pampres de vigne, qui tous jouent de différents instruments, tandis que plusieurs autres satires et silvains s'avancent au milieu du théâtre pour interrompre la fête de l'Amour, et pour en célébrer une plus solennelle à la gloire de Bacchus.
ENSEMBLE
Tous
Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable, Chantons dans ces lieux, Ses attraits glorieux, Il est le plus aimable, Et le plus grand des Dieux.
Scène 2
Silvandre, Choeurs
Silvandre
Arrêtez, arrêtez, c'est trop entreprendre, Un autre Dieu dont nous suivons les lois, S'oppose à cet honneur qu'à l'Amour osent rendre, Vos musettes et vos voix ; À des titres si beaux Bacchus seul peut prétendre, Et nous sommes ici pour défendre ses droits.
Les suivants de Bacchus qui dansent font un combat contre les danseurs du parti de l'Amour, tandis que les bergers et les satires disputent en chantant en faveur du Dieu que chacun veut honorer.
Choeurs
Nous suivons de Bacchus le pouvoir adorable Nous suivons en tous lieux, Ses attraits précieux ; Il est le plus aimable Et le plus grand des Dieux.
Sixième Entrée
Aminte, Forestan, Choeurs De Bacchus, Choeurs De L'amour, Parti De L'amour, Parti De Bacchus, Deux Partis
Aminte
C'est le printemps qui rend l'âme À nos champs semés de fleurs : Et c'est l'Amour et la flamme Qui font revivre nos coeurs.
Forestan
Le soleil chasse les ombres, Dont le ciel est obscurci, Et des âmes les plus sombres, Bacchus chasse le souci.
Choeurs De Bacchus
Bacchus est révéré sur la terre et sur l'onde.
Choeurs De L'amour
Et l'Amour est un Dieu qu'on révère en tous lieux.
Choeurs De Bacchus
Bacchus à son pouvoir a soumis tout le Monde.
Choeurs De L'amour
Et l'Amour a dompté les hommes et les Dieux.
Choeurs De Bacchus
Rien peut-il égaler sa douceur sans seconde ?
Choeurs De L'amour
Rien peut-il égaler ses charmes précieux ?
Choeurs De Bacchus
Fi, fi, de l'Amour et de ses feux.
Parti De L'amour
Ah ! Quel plaisir d'aimer !
Parti De Bacchus
Ah ! Quel plaisir de boire !
Parti De L'amour
À qui vit sans amour la vie est sans appas.
Parti De Bacchus
C'est mourir que de vivre et de ne boire pas.
Parti De L'amour
Aimables fers !
Parti De Bacchus
Douce victoire !
Parti De L'amour
Ah ! Quel plaisir d'aimer !
Parti De Bacchus
Ah ! Quel plaisir de boire !
ensemble
Deux Partis
Non, non, c'est un abus. Le plus grand Dieu de tous
Parti De L'amour
C'est l'Amour.
Parti De Bacchus
C'est Bacchus.
Scène 3
Licaste, Deux Choeurs
Le berger Licaste se mêle entre les deux partis, et les accorde.
Licaste
C'est trop, c'est trop, bergers, hé pourquoi ces débats ? Souffrons qu'en un parti la Raison nous assemble : L'Amour a des douceurs ; Bacchus a des appas, Ce sont deux Déïtés qui sont fort bien ensemble; Ne les séparons pas.
Tandis que les voix et les instruments des deux choeurs s'unissent, tous les danseurs des deux partis forment ensemble la dernière entrée, et terminent agréablement les Fêtes de l'Amour et de Bacchus.
ensemble
Deux Choeurs
Mêlons donc leurs douceurs aimables, Mêlons nos voix dans ces lieux agréables, Et faisons répéter aux Échos d'alentour, Qu'il n'est rien de plus doux que Bacchus et l'Amour.
Septième et Dernière Entrée
Quatre bergers, quatre bergères, quatre satires, et quatre Bacchantes.