Églogue · 1685

Le Temple de la Paix

de Philippe Quinault

Représentation
≈ 20 min
Distribution
3 femmes, 4 hommes
Répliques
97
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Silvandre H 20 ≈ 3 min 3
Silvie F 14 ≈ 3 min 5
Daphnis H 19 ≈ 3 min 2
Lycidas H 7 ≈ 2 min 2
Choeurs N 6 ≈ 2 min 4
Climène F 9 ≈ 1 min 3
Amaryllis F 6 ≈ 1 min 1
Alcippe H 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Temple de la Paix
Silvandre absentabsentabsentabsent
Silvie absentabsent
Daphnis absentabsentabsentabsentabsent
Lycidas absentabsentabsentabsentabsent
Choeurs absentabsentabsent
Climène absentabsentabsentabsent
Amaryllis absentabsentabsentabsentabsentabsent
Alcippe absentabsentabsentabsentabsent
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Le Temple de la Paix

Scène 1

Climène, Silvandre, Silvie, Choeurs Des Nymphes

Climène

Préparons-nous pour la Fête nouvelle, Le bruit des Concerts nous appelle : Mêlons nos voix au son des Chalumeaux, Dansons à l'ombre des Ormeaux.

Silvandre

D'un Roi toujours Vainqueur la Vertu sans exemple Nous assure un heureux repos. Les Nymphes de ces lieux ont élevé ce Temple À l'honneur de la Paix qu'on doit à ce Héros. La prompte Renommée a publié la Fête Que dans ce Bois tranquille avec soin on apprête : Cent Peuples de divers Climats Viendront entendre nos Musettes, Et chanter avec nous dans ces belles Retraites La Paix et ses charmants appas.

Silvie

Sans crainte dans nos Prairies Laissons nos Moutons paissant : Les Animaux cruels et ravissants, Sont loin de nos Bergeries : Dans ces beaux lieux nos soins les plus pressants Sont de jouir des plaisirs innocents.

DES BERGERS ET DES BERGÈRES

Choeurs Des Nymphes

Préparons-nous pour la Fête nouvelle ; Le bruit des Concerts nous appelle : Mêlons nos voix au son des Chalumeaux, Dansons à l'ombre des Ormeaux.

Première Entrée

Amyntas, Alcippe, Lycidas, Thyrsis, Silvie, Alcimedon

NYMPHES : MADAME LA PRINCESSE DE CONTY et Mademoiselle de Pienne.

Mesdemoiselles de la Fontaine et Demathin, Bergères.

BERGERS : Monsieur le Comte de Brionne, Messieurs Pécourt, Létang et Favier.

Cette Danse est accompagnée d'une Chanson chantée par Amyntas et par Ménalque.

Amyntas

Charmant repos d'une vie innocente, Notre bonheur ne dépend que de vous. Le noir Chagrin suit la Pompe éclatante ; La Grandeur fait des jaloux La Fortune est changeante, Qui reçoit ses dons doit craindre ses coups. Charmant repos d'une vie innocente, Notre bonheur ne dépend que de vous. Tout nous enchante, Les vrais plaisirs ne sont faits que pour nous, Notre âme est contente ; Quel sort est plus doux ? Charmant repos d'une vie innocente, Notre bonheur ne dépend que de vous.

Alcippe

Le Prince qui poursuit avec un soin extrême Les Hôtes furieux des Forêts d'alentour, Aime assez nos Concerts pour les offrir lui-même Au grand Roi dont il tient le jour.

Lycidas

des Nymphes, des Bergers et des Bergères. Que ce Roi Vainqueur a de gloire ! Le sort du Monde est en ses mains. Le bonheur des Humains Est le seul prix qu'il veut de sa Victoire.

Thyrsis

La gloire lui suffit, ses voeux sont satisfaits. Il est content d'humilier l'Audace, Et d'enchaîner la Guerre pour jamais : Les seuls Ennemis qu'il menace Sont les Ennemis de la Paix.

Silvie

Pour rendre son Empire heureux et florissant Ses travaux trouvent tout facile : Il est toujours agissant, Et paraît toujours tranquille.

Les Choeurs des Nymphes, des Bergers et des Bergères répètent ces deux derniers vers.

Alcimedon

Entre les autres Rois, ce Roi victorieux Est tel que l'on dépeint entre les autres Dieux Celui qui lance le tonnerre. C'est l'Auteur glorieux Du repos de la Terre ; C'est l'Effroi des Audacieux Qui voudraient rallumer la guerre : C'est le don le plus précieux Que nous ayons reçu des Cieux. C'est le Don le plus précieux Que nous ayons reçu des Cieux.

Seconde Entrée

Daphnis, Silvie, Climène, Choeurs Des Nymphes, Silvandre, Philene, Choeurs

Une nouvelle Troupe de Nymphes, de Bergers et de Bergères vient en dansant au Temple de la Paix.

NYMPHES : MADAME LA DUCHESSE DE BOURBON, Mademoiselle de Blois, Mademoiselle d'Armagnac.

BERGERES : Mademoiselle d'Uzès, Madame de L'Euvestain, Mademoiselle d'Estrées, et Mademoiselle Bréard.

BERGERS : MONSIEUR LE PRINCE D'ENRICHEMONT, Monsieur le Chevalier de Sully, Monsieur le Comte de Guiche, Monsieur le Chevalier de Saucourt.

TROIS JEUNES BERGERS : Monsieur le Chevalier de Châteauneuf, Le petit Allemand et le petit Magny.

[Seuls.]

Daphnis

La gloire où ce Vainqueur aspire, Est de faire aimer son Empire. Il répand ses faveurs jusques dans nos Hameaux ; Notre repos est son ouvrage : Il compte pour ses jours les plus doux, les plus beaux, Ceux qu'il signale davantage Par des bienfaits nouveaux.

Silvie

On compterait plutôt les épis qu'on moissonne, Les Roses du Printemps, et les Fruits de l'Automne, Que les Biens qu'on doit à ses soins : C'est lui qui se ressent le moins Du repos qu'il nous donne.

Climène

Sans cesse bénissons ce Vainqueur généreux. Jouissons sous ses lois d'un sort digne d'envie, Que le Ciel prenne soin d'une si belle Vie ; Nous ne formons point d'autres voeux, C'est assez pour nous rendre heureux. Les deux Troupes de Nymphes, de Bergers et de Bergères unissent leurs voix et dansent ensemble.

Les Nymphes, les Bergers et de Bergères se placent sur des sièges de gazon autour de Temple de la Paix, et y attendent les peuples qui doivent venir à la Fête.

Daphnis et Sylvandre font tout bas une conversation qui les engage insensiblement dans une contestation qui leur fait élever la voix.

DAPHNIS ET SYLVANDRE ensemble.

des Bergers et des Bergères

Choeurs Des Nymphes

Jouissons sous ses lois d'un sort digne d'envie, Que le Ciel prenne soin d'une si fidèle Vie ; Nous ne formons point d'autres voeux, C'est assez pour nous rendre heureux.

Daphnis

Malheureux un amant fidèle !

Silvandre

Trop heureux un amant fidèle !

Daphnis

Malheureux

Silvandre

Trop heureux Un coeur engagé dans les noeuds D'une amour éternelle !

Daphnis

Malheureux un amant fidèle !

Silvandre

Trop heureux un amant fidèle !

Daphnis

Gardons-nous, gardons-nous D'une amour tendre.

SILVANDRE et DAPHNIS ensemble.

Silvandre

Est-il rien de plus doux ? Pourquoi nous en défendre ?

Silvandre

Non, il n'est point de plaisir plus charmant

[Seuls.]

Daphnis

Non il n'est point de plus cruel tourment.

Silvandre

Pour nous juger veux-tu choisir Philène ?

Philène sort de l'endroit où il était placé, et vient entendre Silvandre et Daphnis.

Daphnis

J'en suis content, on ne peut mieux choisir.

Daphnis

Je soutiens que l'amour est toujours une peine.

Silvandre

Je soutiens que l'amour n'est jamais sans plaisir. Pour un coeur toujours sévère Que la vie a peu d'appas ! Les Plaisirs ne règnent guère Où les Amours ne sont pas.

Les Nymphes, les Bergers et les Bergères, se partagent en deux Partis, dont l'un est du sentiment de Daphnis, et l'autre de l'opinion de Silvandre.

Le Parti de DAPHNIS et le Parti de SYLVANDRE ensemble.

Daphnis

Dans les beaux jours le doux Zéphire Fait moins naître de fleurs Que le cruel Amour dans son funeste Empire Ne fait verser de pleurs.

Daphnis

Malheureux un Amant fidèle !

Silvandre

Trop heureux un Amant fidèle !

Daphnis

Malheureux

[Seuls.]

Silvandre

................ Trop heureux Un coeur engagé dans les noeuds D'une amour éternelle ?

Daphnis

Gardons-nous, gardons-nous D'une amour tendre.

Le Parti de DAPHNIS et le Parti de SILVANDRE ensemble.

Silvandre

Est-il rien de plus doux ? Pourquoi nous en défendre ?

Silvandre

Non, il n'est point de plaisir plus charmant

Daphnis

Non il n'est point de plus cruel tourment.

Philene

La Paix règne dans ce Bocage, Et sans cesse à nos Jeux elle doit présider. Ne disputez pas davantage, Bergers, il faut vous accorder. Il est doux d'être amant d'une Bergère aimable, Mais il est dangereux D'être trop amoureux : L'excès d'amour rend un coeur misérable, Un peu d'amour suffit pour être heureux. Les deux Partis s'accordent, et répètent ensemble les derniers Vers que Philène a chantés.

Les Nymphes, les Bergers et les Bergères reprennent leurs places.

Choeurs

Il est doux d'être amant d'une Bergère aimable, Mais il est dangereux D'être trop amoureux : L'excès d'amour rend un coeur misérable, Un peu d'amour suffit pour être heureux.

Troisième Entrée

Deux Basques Chantent Au Milieu Des Danses, Silvie, Daphnis, Choeurs

Les Basques devancent les autres Peuples qui doivent venir au Temple de la Paix, ils y arrivent en dansant à la manière de leur Pays.

FILLES BASQUES : MADAME LA DUCHESSE DE BOURBON, Mesdemoiselles Laurent, et le Peintre.

DEUX PETITS BASQUES : Monsieur le Chevalier de Châteauneuf, Le petit Magny.

SIX GRANDS BASQUES : Monsieur le Comte de Brionne, Messieurs Pécourt, Létang, Faure, du Mirail et Magny.

CHANSON des Basques.

Silvie se lève avec inquiétude du siège de gazon où elle était assise, elle se tire à l'écart, et va rêver sous un épais feuillage.

Deux Basques Chantent Au Milieu Des Danses

Suivons l'aimable Paix qui nous appelle, Mille nouveaux Plaisirs sont avec elle. L'Amour promet ici des Jours heureux, Et sans alarmes : Il bannit les Soins fâcheux. Que l'Amour a de charmes Quand il vient avec les Jeux ! Nous fuyons la Beauté toujours sévère ; Les Fers que nous portons ne pèsent guère. L'Amour promet ici des Jours heureux, Et sans alarmes : Il bannit les Soins fâcheux. Que l'Amour a de charmes Quand il vient avec les Jeux !

Daphnis voyant Silvie s'éloigner des Bergères ses compagnes, la suit pour lui parler de l'amour qu'il a pour elle.

Silvie

Qu'êtes-vous devenus doux calme de mes sens ? Mille troubles secrets sans cesse renaissants M'agitent dans ce lieu paisible. Trop heureux un Coeur insensible À qui l'amour est inconnu ! Doux calme de mes sens qu'êtes-vous devenus ?

Daphnis

Je te suivrai toujours trop aimable Silvie, Tes beaux yeux sur mon coeur n'ont que trop de pouvoir, Quand il m'en coûterait le repos de ma vie Je ne saurais trop payer le plaisir de te voir.

Silvie

Dans ces lieux fortunés tout doit être tranquille, Que ne m'y laisses-tu rêver ? Je cherche en vain la Paix, mon soin est inutile, Tu m'empêches de la trouver.

Daphnis

Tu veux me fuir belle Inhumaine ; Puis-je sans toi goûter les doux plaisirs Qu'une charmante Paix ramène ? Crains-tu d'entendre les soupirs D'un tendre amour dont tu causes la peine ? Bergère insensible as-tu peur Que mon mal ne touche ton coeur ?

Silvie

Tu me dis qu'un amour extrême Est un tourment fatal : Pourquoi veux-tu que j'aime ? Pourquoi me veux-tu tant de mal ?

Daphnis

L'amour de lui-même est aimable ; C'est toi, Bergère impitoyable C'est toi qui dans mon coeur en veux faire un tourment, Tu peux d'un mot favorable En faire un plaisir charmant. Ne te rendras-tu point à ma persévérance ? Tu ne me réponds pas ? Que me dit ton silence ? Pourquoi frémir en m'écoutant ? Et qui peut de la voix t'interdire l'usage ?

Silvie

Si je parlais davantage Je ne t'en dirais pas tant.

Daphnis

Ciel ! Le coeur de Silvie avec le mien s'engage ! Ô Ciel ! Fut-il jamais un Berger plus content !

Silvie

Ne m'offre point ton coeur su tu ne me promets Qu'il portera toujours une chaîne si belle. Il vaudrait mieux n'aimer jamais Que de ne pas aimer d'une amour éternelle.

Daphnis

Le frileuse Hirondelle Cherchera les frimas, et craindra le retour De la Saison nouvelle, Plutôt que je sois infidèle, Et que j'éteigne mon amour.

Silvie

L'Astre qui nous donne le jour Perdra sa lumière immortelle, Plutôt que je sois infidèle Et que j'éteigne mon amour.

Les Nymphes, les Bergers et les Bergères s'intéressent dans le bonheur de Daphnis et de Silvie, et répètent les vers que ce Berger et cette Bergère ont chantés.

Daphnis

Heureux les tendres Coeurs Où l'Amour est d'intelligence Avec la Paix et l'Innocence : Heureux les tendres Coeurs Où l'Amour et la Paix unissent leurs douceurs.

Choeurs

Heureux les tendres Coeurs Où l'Amour est d'intelligence Avec la Paix et l'Innocence : Heureux les tendres Coeurs Où l'Amour et la Paix unissent leurs douceurs.

Quatrième Entrée

Deux Bretonnes Qui Chantent, Silvandre, Climène, Silvie

Une troupe de Bretons et de Bretonnes vient prendre part à la Fête qui se fait devant le Temple de la Paix. Ces Peuples témoignent leur joie en dansant, et font entendre par une chanson qui accompagne leur Danse, qu'ils se proposent d'éviter les troubles de l'amour, et de conserver toujours la tranquillité dont ils jouissent.

FILLES DE BRETAGNE.

MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. Mademoiselle de Pienne. Mademoiselle Laurent. Mesdemoiselles de la Fontaine et Bréard.

BRETONS.

Monsieur le Comte de Brionne. Messieurs Pécourt, Létang, Favier l'aîné, et du Mirail.

Deux Bretonnes Qui Chantent

La Paix revient dans cet asile, Rien n'est si doux que ses attraits. N'aimons jamais, Il est trop difficile D'unir toujours l'Amour avec la Paix. Heureux un Coeur libre et tranquille ! Tous ses désirs sont satisfaits. N'aimons jamais, Il est trop difficile D'unir toujours l'Amour avec la Paix. Silvandre amoureux de Climène, veut s'approcher d'elle pour lui parler, Climène le fuit avec empressement, et paraît irritée contre ce Berger ; il en est tout surpris qu'il croyait être aimé de cette Bergère.

Silvandre

Je ne vois dans vos yeux qu'une colère extrême, Ô Ciel ! Quel changement ! Vous m'aviez tant promis de m'aimer constamment, Est-ce ainsi que l'on aime ?

Climène

Allez, laissez mon coeur en paix. Ingrat, ne me voyez jamais.

Silvandre

Je vivrais sans vous voir ! Quel supplice est plus rude ! Vous m'accusez d'ingratitude ! Apprenez-moi du moins les crimes que j'ai faits.

Climène

Allez, laissez mon coeur en paix.

Silvandre

Climène, j'ai promis de vous être fidèle, Fussiez-vous cent fois plus cruelle De nouveau, je vous le promets.

Climène

Ingrat, ne me voyez jamais.

Silvandre

Je pourrais être Ingrat ! Et vous le pourriez croire ! Que devient cet amour si doux, si plein d'attraits…

Climène

N'en rappelez pas la mémoire, Non, votre trahison n'en serait que plus noire. Allez, laissez mon coeur en paix. Ingrat, ne me voyez jamais.

Silvie

Quoi, ne veux-tu pas voir une Fête si belle ?

Silvandre

Climène m'abandonne à ma douleur mortelle.

Silvie

Quels différents peuvent naître en vous ? L'Amour unit vos coeurs de ses noeuds les plus doux. La Paix descend du Ciel pour bannir les alarmes, Et fait en cent climats régner un calme heureux. Ne peut-elle étendre ses charmes Jusques dans l'Empire amoureux ?

Silvandre

Que la colère De ma Bergère, Est terrible pour moi ! Rien ne m'inspire tant d'effroi Que le malheur de lui déplaire. La Foudre prête à m'accabler Me ferait moins trembler Que la colère De ma Bergère,

Climène

Non, ne t'oppose point à mes ressentiments, Ne me contrains point à l'entendre.

Silvie

Lorsqu'un amour fidèle et tendre Vous doit donner des jours charmants, Quel plaisir pouvez-vous prendre À vous faire des tourments ?

Climène

Ce berger trompeur s'engage Dans de nouvelles amours : S'il n'eût point été volage Je l'aurais aimé toujours. L'ingrat m'a fait une offense Dont mon coeur a profité, Et c'est à son inconstance Que je dois ma liberté. Pour épouser Céphise il devient infidèle.

Silvandre

Mon Père avait dessein de m'unir avec elle ; Mais son dessin fatal change en cet heureux jour, Désormais notre hymen est son unique envie. Je perdrais plutôt la vie Que de trahir notre amour.

Silvie

La colère qui te possède Doit finir avec ton erreur.

Climène

Un doux calme succède Au trouble de mon coeur.

Silvie

Aimez désormais sans craintes, Vivez exempts de soupçons, Et changez vos tristes plaintes En d'agréables chansons.

Les Nymphes, les Bergers et les Bergères qui ont été témoins du raccommodement de Silvandre et de Climène répètent ce que Silvandre, Climène et Silvie ont chanté ensemble.

Silvandre

Ainsi qu'après l'orage, Le céleste Flambeau Sort du sombre nuage, Et n'en est que plus beau Après la tempête cruelle Qu'excitent les soupçons jaloux, L'Amour tendre et fidèle N'en devient que plus doux. Ainsi qu'après l'orage, Le céleste Flambeau Sort du sombre nuage, Et n'en est que plus beau Après la tempête cruelle Qu'excitent les soupçons jaloux, L'Amour tendre et fidèle N'en devient que plus doux.

Cinquième Entrée

Un Sauvage, Choeur Des Sauvages, Lycidas, Alcippe, Amaryllis, Choeurs

Les Sauvages des Provinces de l'Amérique qui dépendent de la France, viennent au Temple de la Paix, et font connaître par leurs chansons, et par leurs danses, le plaisir qu'ils ont d'être sous l'Empire d'un Roi puissant et glorieux qui les fait jouir d'une heureuse tranquillité.

SAUVAGES AMERICAINS. MONSIEUR LE MARQUIS DE MOÏ. Monsieur Beauchamp. Messieurs Pécourt, du Mirail, Joubert, Magny, Faure, le petit Allemand, et le petit Magny.

Le Choeur des Sauvages répète ces quatre Vers.

Une partie des Sauvages chante au milieu des Danses des autres Sauvages.

Un Sauvage

Nous avons traversé le vaste sein de l'Onde, Pour venir rendre hommage au plus puissant des Rois : Il préfère au bonheur d'être Vainqueur du Monde La gloire de tenir dans une paix profonde Ses Ennemis vaincus cent et cent fois. Son Nom est révéré des Nations sauvages. Jusqu'aux plus reculés Rivages Tout retentit du bruit de ses Exploits. Ah ! Qu'il est doux de vivre sous ses lois. Son Nom est révéré des Nations sauvages. Jusqu'aux plus reculés Rivages Tout retentit du bruit de ses Exploits. Ah ! Qu'il est doux de vivre sous ses lois.

Lycidas aime Amaryllis, et n'a pas encore osé lui déclaré son amour. Il voit avec inquiétude qu'Alcippe est assis près de cette Bergère ; il s'écarte des autres Bergers pour rêver en liberté ; et pour soupirer en secret.

Choeur Des Sauvages

Dans ces lieux, il faut que tout ressente Le retour d'une Paix si charmante. Les Amants sont les seuls désormais Que l'on doit entendre ici se plaindre : Sans l'Amour et sans ses traits Tout serait en paix, On n'aurait plus rien à craindre. L'heureux Sort qu'un doux repos prépare Doit charmer le coeur le plus barbare. Les Amants sont les seuls désormais Que l'on doit entendre ici se plaindre : Sans l'Amour et sans ses traits Tout serait en paix On n'aurait plus rien à craindre.

Amaryllis qui a fait dessein de fuir l'amour, et de conserver toujours sa liberté et son repos, s'éloigne d'Alcippe qui veut lui parler de l'amour qu'il a pour elle, et s'approche sans y penser du lieu où est Lycidas.

Lycidas

Douce Paix qui dans ces Retraites Établissez votre séjour, Ah ! Vos douceurs ne sont pas faites Pour les Coeurs troublés par l'Amour ! Toute charmante que vous êtes, Vous ne sauriez calmer par votre heureux retour Mes inquiétudes secrètes. Douce Paix qui dans ces Retraites Établissez votre séjour, Ah ! Vos douceurs ne sont pas faites Pour les Coeurs troublés par l'Amour.

Alcippe

Te plaindras-tu toujours de l'amour tendre Qui me contraint à te suivre en tous lieux ? Est-ce à mon coeur qu'il t'en faut prendre ? N'en accuse que tes beaux yeux.

Lycidas

Tu ne connais pas, Inhumaine, Tous les Amants que tu tiens enchaînés : Ce ne sont pas les plus infortunés Qui t'osent parler de leur peine. Tel meurt pur tes appas Qui ne te le dit pas.

Amaryllis

Délivrez-vous d'une chaîne Qui ne peut vous causer que de cruels tourments. Je vous ai dit cent fois que je hais les Amants, Pourquoi cherchez-vous ma haine ?

Lycidas

Si les Bergers que tu rends amoureux Sont certains d'attirer ta haine et ta colère Je suis sûr d'être malheureux, Je ne pourrai jamais cesser de te déplaire.

Amaryllis

Rien ne m'engagera sous l'amoureuse loi. Combien d'Amants manquent de foi, Et n'en font pas de grands scrupules ! On s'expose en aimant à de mortels dangers, On ne trouve que trop d'infidèles Bergers, Malheur aux Bergères crédules.

Alcippe

Deviens sensible à ma langueur Je t'aimerai d'une amour éternelle. Ah ! Bergère cruelle, Pour qui veux-tu garder ton coeur ?

Lycidas

Choisis l'Amant le plus fidèle, C'est moi qui dois fléchir ta barbare rigueur Ah ! Bergère cruelle, Pour qui veux-tu garder ton coeur ?

Amaryllis

Je garde mon coeur pour moi-même, Il ne sera point agité. Quel bien vaut la douceur extrême D'une heureuse tranquillité ?

Lycidas

Dégageons-nous, s'il est possible, Cessons d'aimer une Insensible.

Amaryllis

N'aimons que la liberté, Rien n'a tant de charmes L'Amour coûte trop de larmes ; Sa plus douce félicité N'est jamais exempte d'alarmes, N'aimons que la liberté, Rien n'a tant de charmes.

Amaryllis

Ô bienheureuse Paix, Rendez mon coeur tranquille ; Ô bienheureuse Paix, Ne nous quittez jamais.

Lycidas

Sans vous, le plus grand bien est un bien inutile, Tous les plaisirs sans vous sont imparfaits.

Amaryllis

Ô bienheureuse Paix, Rendez mon coeur tranquille ; Ô bienheureuse Paix, Ne nous quittez jamais.

Choeurs

Ô bienheureuse Paix, Ne nous quittez jamais.

Sixième Entrée

Un Africain, Choeurs, Un Sauvage

Les Peuples d'Afrique qui se souviennent encore des malheurs que la guerre leur a causés, viennent au Temple de la Paix, témoigner la joie qu'ils ressentent d'éprouver la clémence du Vainqueur, et de jouir du repos qu'il leur a donné.

AFRICAINES. MADAME LA DUCHESSE DE BOURBON. MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. Mademoiselle de Blois, Mademoiselle d'Armagnac. Mademoiselle Roland, Mesdemoiselles de la Fontaine et Bréard.

AFRICAINS. Monsieur le Comte de Brionne. Messieurs Pécourt, Létang et Favier.

Les Peuples d'Afrique dansent, et tous les Choeurs se réunissent pour chanter la gloire du Roi Victorieux, qui a donné la Paix à tant de différentes Nations.

Un Africain

Quel bonheur pour la France D'être sous la puissance D'un Roi si renommé ! Le plus ardent désir dont il est animé C'est de faire régner la Paix et l'abondance. Quel Peuple n'est point alarmé Quand ce Héros fait tonner sa vengeance ? Malheur à qui s'expose à la foudre qu'il lance. Qu'il est doux de le voir quand il est désarmé ! Quel bonheur pour la France D'être sous la puissance D'un Roi si renommé.

Choeurs

Chantons tous sa Valeur triomphante. Chantons tous sa Vertu bienfaisante Il soumet à ses lois ses plus fiers Ennemis, Il prend soin du bonheur de ceux qu'il a soumis. Que la Gloire à jamais le couronne : Jouissons du repos qu'il nous donne, Que cent Peuples divers comblés de ses bienfaits Prennent part avec nous aux plaisirs de la Paix.

Un Africain

Gardons-nous d'attirer sa colère Ne songeons désormais qu'à lui plaire Son Tonnerre a laissé sur les Bords Africains Un exemple terrible au reste des Humains.

Choeurs

Quel Empire eût jamais tant de charmes ! Sous ses lois nous vivons sans alarmes. Les plus doux de ses voeux Sont de nous rendre heureux.

Un Sauvage

On le craint aux deux bouts de la Terre, Et son Nom glorieux vole au-delà des Mers ; Il contraint le Démon de la Guerre, À rentrer pour jamais dans le fond des Enfers.

Choeurs

Chantons tous sa Valeur triomphante. Chantons tous sa Vertu bienfaisante Il soumet à ses lois ses plus fiers Ennemis, Il prend soin du bonheur de ceux qu'il a soumis. Que la Gloire à jamais le couronne : Jouissons du repos qu'il nous donne, Que cent Peuples divers comblés de ses bienfaits Prennent part avec nous aux plaisirs de la Paix.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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