La Grotte de Versailles
Récit
Silvandre, Coridon
Silvandre
Allons, Bergers, entrons dans cet heureux séjour ; Tout y paraît charmant, LOUIS est de retour. Il sort des bras de la Victoire, Et vient rassembler à leur tour Les Plaisirs égarés dans ces Bois d'alentour.
Coridon
Il se plaît en ces lieux à perdre la mémoire De la grandeur qui brille dans sa Cour.
Le Choeur des Bergers répète ces deux derniers Vers.
Silvandre
Cessons de parler de sa Gloire, Il n'est permis ici de parler que d'amour.
Récit
Lycas
Lycas
Dans ces charmantes Retraites, Accordons nos chalumeaux, Nos Pipeaux, Nos Musettes, Au ramage des Oiseaux, Et Chantons nos amourettes Au doux murmure des Eaux.
Chanson
Iris, Lycas
Iris
Goûtons bien les plaisirs, Bergère, Le temps n'en dure pas toujours La Moisson la plus chère Est celle des Amours, Elle ne se peut faire Qu'au printemps de nos jours. Ménageons la saison de plaire Ménageons des moments si cours La Moisson la plus chère Est celle des Amours, Elle ne se peut faire Qu'au printemps de nos jours.
Lycas
Dans ces charmantes Retraites.
Dialogue
Ménalque, Coridon
Ménalque
Sortons de ces Déserts, détournons-en nos pas.
Coridon
Pourquoi quitter sitôt ces endroits pleins de charmes.
Ménalque
L'Amour est dans ces lieux avec tous ses appas.
Coridon
Ha qu'il est doux ici de lui rendre les armes ! Où pourrions-nous aller où l'Amour ne fut pas ?
Ménalque
Voyons tous deux, en aimant, Qui de nous saura prendre L'ardeur la plus tendre, Et la garder plus constamment, Ne craignons point le tourment Qu'un coeur amoureux doit attendre, C'est un mal trop charmant Pour s'en défendre.
Ménalque
Aimons puisqu'il le faut dans ces heureux Déserts.
Coridon
L'Amour dans ces beaux lieux n'a que d'aimables chaînes.
Ménalque
Il a de quoi payer le repos que je perds.
Coridon
Il n'est point de plaisirs si charmants que ses peines. La liberté n'a rien de si doux que ses fers.
Ménalque
Voyons tous deux en aimant Qui de nous saura prendre L'ardeur la plus tendre, Et la garder plus constamment, Ne craignons point le tourment Qu'un coeur amoureux doit attendre, C'est un mal trop charmant Pour s'en défendre.
Récit
Daphnis, Iris
Les Nymphes qui se divertissent à la Chasse dans les Plaines de Versailles, viennent danser dans la Grotte aux Chants des Bergers.
Nymphes.
LE ROI.
Le Marquis de Villeroy, Le Marquis de Rassan, M. Beauchamp, Bonard, et Favier.
Daphnis
Venez près de ces Fontaines, Venez Nymphes qui chassez, Cessez de courir les Plaines Avec des soins empressés ; Venez ici prendre Des plaisirs charmants, Venez nous entendre, Dansez à nos Chants.
Les Rossignols de la Grotte de Versailles mêlent leurs Concerts à celui de plusieurs Instruments Champêtres, et les Bergères Iris et Caliste joignent leurs voix ensemble pour leur répondre.
Daphnis
Chantez dans ces lieux sauvages, Chantez Rossignols heureux, Mêlez vos tendres ramages Parmi nos Chants amoureux : L'Amour dans vos chaînes Flatte vos désirs, Nous chantons nos peines, Chantez vos plaisirs.
Six Pâtres riches et ridicules, s'excitent à danser au son des Flûtes, des Musettes et des Hautbois, et forment des pas et des figures grotesques autour des deux bergers qui chantent.
Six Pâtres qui dansent. Messieurs Dolivet, Chicaneau, le Chantre, S. André, Bonard, et Chauveau.
Au milieu de la réjouissance générale la Bergère, Iris, ne peut s'empêcher de se plaindre de la passion dont elle est touchée, et de porter envie à l'insensibilité des Rochers qu'elle voit dans la Grotte de Versailles.
Iris
Ces Oiseaux vivent sans contrainte S'engagent sans crainte Leurs noeuds sont doux. Tout leur rit, tout cherche à leur plaire, Nous devons en être jaloux : La Raison ne nous sert de guère, En amour ils sont tous Moins bêtes que nous. Dans leurs chants ils disent sans cesse, Que l'Amour les blesse, D'aimables coups. Tout leur rit, tout cherche à leur plaire, Nous devons en être jaloux : La Raison ne nous sert de guère, En amour ils sont tous Moins bêtes que nous.
Chanson
Iris, Caliste
La même Bergère continue à se plaindre et en élevant sa voix, et le tournant du côté de l'Écho, l'oblige enfin à lui répondre.
Iris
Dans ces Déserts paisibles ; Rochers que votre sort est doux Vous êtes insensibles ; Trop heureux qui l'est comme vous ! D'une Rigueur extrême Mon coeur sent les plus rudes coups ; L'insensible que j'aime Est cent fois plus Rocher que vous.
Iris
Depuis que l'on soupire Sous l'amoureux Empire, Depuis que l'on soupire Sous l'amoureuse Loi, Hélas qui fut jamais plus à plaindre que moi ?
Caliste
Moi.
Iris
Hélas !
Caliste
Hélas !
Iris
Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?
Caliste
Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?
Iris
Quelle voix vient ici se plaindre ?
Caliste
Quelle voix vient ici se plaindre ?
Iris
N'en doutons plus, ce sont les Échos d'alentour.
Caliste
Ce sont les Échos d'alentour.
Iris
Jusqu'au coeur des Rochers de ce charmant séjour Leur plainte nous apprend que l'Amour est à craindre. Que l'Amour est à craindre.
Le Choeur des Bergers, accompagné du chant des Rossignols, et des répétitions de l'Écho, achève de chanter les Vers suivants.
À l'exemple de ce dernier Concert où les Bergers réunissent toutes leurs voix et toute leur Symphonie, les Nymphes et les Pâtres se joignent ensemble par une danse générale, et font un jeu de pas et de figures à l'imitation de celui que font les Échos, des voix et des Instruments.
Caliste
Chantons tous en ce jour, Redisons tour à tour Que le Chant des Oiseaux nous seconde, Que l'Écho nous réponde, Chantons tous en ce jour. Chantons qu'il n'est rien dans le monde Qui soit insensible à l'Amour.