Églogue · 1668

Le Grotte de Versailles

de Philippe Quinault

Représentation
≈ 5 min
Distribution
2 femmes, 2 hommes
Répliques
32
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Iris F 9 ≈ 2 min 3
Ménalque H 6 ≈ 1 min 1
Coridon H 5 ≈ 1 min 2
Caliste F 6 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Grotte de Versailles
Iris absentabsentabsent
Ménalque absentabsentabsentabsentabsent
Coridon absentabsentabsentabsent
Caliste absentabsentabsentabsentabsent
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La Grotte de Versailles

Récit

Silvandre, Coridon

Silvandre

Allons, Bergers, entrons dans cet heureux séjour ; Tout y paraît charmant, LOUIS est de retour. Il sort des bras de la Victoire, Et vient rassembler à leur tour Les Plaisirs égarés dans ces Bois d'alentour.

Coridon

Il se plaît en ces lieux à perdre la mémoire De la grandeur qui brille dans sa Cour.

Le Choeur des Bergers répète ces deux derniers Vers.

Silvandre

Cessons de parler de sa Gloire, Il n'est permis ici de parler que d'amour.

Récit

Lycas

Lycas

Dans ces charmantes Retraites, Accordons nos chalumeaux, Nos Pipeaux, Nos Musettes, Au ramage des Oiseaux, Et Chantons nos amourettes Au doux murmure des Eaux.

Chanson

Iris, Lycas

Iris

Goûtons bien les plaisirs, Bergère, Le temps n'en dure pas toujours La Moisson la plus chère Est celle des Amours, Elle ne se peut faire Qu'au printemps de nos jours. Ménageons la saison de plaire Ménageons des moments si cours La Moisson la plus chère Est celle des Amours, Elle ne se peut faire Qu'au printemps de nos jours.

Lycas

Dans ces charmantes Retraites.

Dialogue

Ménalque, Coridon

Ménalque

Sortons de ces Déserts, détournons-en nos pas.

Coridon

Pourquoi quitter sitôt ces endroits pleins de charmes.

Ménalque

L'Amour est dans ces lieux avec tous ses appas.

Coridon

Ha qu'il est doux ici de lui rendre les armes ! Où pourrions-nous aller où l'Amour ne fut pas ?

Ménalque

Voyons tous deux, en aimant, Qui de nous saura prendre L'ardeur la plus tendre, Et la garder plus constamment, Ne craignons point le tourment Qu'un coeur amoureux doit attendre, C'est un mal trop charmant Pour s'en défendre.

Ménalque

Aimons puisqu'il le faut dans ces heureux Déserts.

Coridon

L'Amour dans ces beaux lieux n'a que d'aimables chaînes.

Ménalque

Il a de quoi payer le repos que je perds.

Coridon

Il n'est point de plaisirs si charmants que ses peines. La liberté n'a rien de si doux que ses fers.

Ménalque

Voyons tous deux en aimant Qui de nous saura prendre L'ardeur la plus tendre, Et la garder plus constamment, Ne craignons point le tourment Qu'un coeur amoureux doit attendre, C'est un mal trop charmant Pour s'en défendre.

Récit

Daphnis, Iris

Les Nymphes qui se divertissent à la Chasse dans les Plaines de Versailles, viennent danser dans la Grotte aux Chants des Bergers.

Nymphes.

LE ROI.

Le Marquis de Villeroy, Le Marquis de Rassan, M. Beauchamp, Bonard, et Favier.

Daphnis

Venez près de ces Fontaines, Venez Nymphes qui chassez, Cessez de courir les Plaines Avec des soins empressés ; Venez ici prendre Des plaisirs charmants, Venez nous entendre, Dansez à nos Chants.

Les Rossignols de la Grotte de Versailles mêlent leurs Concerts à celui de plusieurs Instruments Champêtres, et les Bergères Iris et Caliste joignent leurs voix ensemble pour leur répondre.

Daphnis

Chantez dans ces lieux sauvages, Chantez Rossignols heureux, Mêlez vos tendres ramages Parmi nos Chants amoureux : L'Amour dans vos chaînes Flatte vos désirs, Nous chantons nos peines, Chantez vos plaisirs.

Six Pâtres riches et ridicules, s'excitent à danser au son des Flûtes, des Musettes et des Hautbois, et forment des pas et des figures grotesques autour des deux bergers qui chantent.

Six Pâtres qui dansent. Messieurs Dolivet, Chicaneau, le Chantre, S. André, Bonard, et Chauveau.

Au milieu de la réjouissance générale la Bergère, Iris, ne peut s'empêcher de se plaindre de la passion dont elle est touchée, et de porter envie à l'insensibilité des Rochers qu'elle voit dans la Grotte de Versailles.

Iris

Ces Oiseaux vivent sans contrainte S'engagent sans crainte Leurs noeuds sont doux. Tout leur rit, tout cherche à leur plaire, Nous devons en être jaloux : La Raison ne nous sert de guère, En amour ils sont tous Moins bêtes que nous. Dans leurs chants ils disent sans cesse, Que l'Amour les blesse, D'aimables coups. Tout leur rit, tout cherche à leur plaire, Nous devons en être jaloux : La Raison ne nous sert de guère, En amour ils sont tous Moins bêtes que nous.

Chanson

Iris, Caliste

La même Bergère continue à se plaindre et en élevant sa voix, et le tournant du côté de l'Écho, l'oblige enfin à lui répondre.

Iris

Dans ces Déserts paisibles ; Rochers que votre sort est doux Vous êtes insensibles ; Trop heureux qui l'est comme vous ! D'une Rigueur extrême Mon coeur sent les plus rudes coups ; L'insensible que j'aime Est cent fois plus Rocher que vous.

Iris

Depuis que l'on soupire Sous l'amoureux Empire, Depuis que l'on soupire Sous l'amoureuse Loi, Hélas qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

Caliste

Moi.

Iris

Hélas !

Caliste

Hélas !

Iris

Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

Caliste

Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

Iris

Quelle voix vient ici se plaindre ?

Caliste

Quelle voix vient ici se plaindre ?

Iris

N'en doutons plus, ce sont les Échos d'alentour.

Caliste

Ce sont les Échos d'alentour.

Iris

Jusqu'au coeur des Rochers de ce charmant séjour Leur plainte nous apprend que l'Amour est à craindre. Que l'Amour est à craindre.

Le Choeur des Bergers, accompagné du chant des Rossignols, et des répétitions de l'Écho, achève de chanter les Vers suivants.

À l'exemple de ce dernier Concert où les Bergers réunissent toutes leurs voix et toute leur Symphonie, les Nymphes et les Pâtres se joignent ensemble par une danse générale, et font un jeu de pas et de figures à l'imitation de celui que font les Échos, des voix et des Instruments.

Caliste

Chantons tous en ce jour, Redisons tour à tour Que le Chant des Oiseaux nous seconde, Que l'Écho nous réponde, Chantons tous en ce jour. Chantons qu'il n'est rien dans le monde Qui soit insensible à l'Amour.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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