Dialogue · 1858

Angélique ou les avantages de la congrégation

d’Eugène Gonnet

Représentation
≈ 7 min
Distribution
3 femmes
Répliques
30
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Angélique F 13 ≈ 3 min 2
Émilie F 11 ≈ 3 min 2
Célina F 6 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Angélique ou les Avantages de la Congrégation
Angélique
Émilie
Célina absent
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Angélique ou les Avantages de la Congrégation

Scène 1

Angélique, Émilie

Angélique

Mais, quand je te le dis, il me semble pourtant Que tu devrais en croire un coeur qui t'aime tant.' Émilie, après tout tu connais ma franchise.

Émilie

Eh ! Bien, oui, je le crois. Mais je suis fort surprise Que la joie en ton coeur ait pu trouver accès, Tandis qu'il nous vaut mieux exhaler des regrets.

Angélique

Et pour quelle raison devons-nous être tristes Quand nous avons l'honneur d'être Congréganistes ?.

Émilie

Quoi ! ma chère Angélique, on nous forge des fers, Et nous pourrions avoir des regrets trop amers ?... Il est vrai qu'on a soin de dorer notre chaîne : On dit : c'est un honneur. Avant que l'on m'y prenne...

Angélique

Émilie, ainsi donc, tu trompes mon espoir ! Toi qui désirais tant te faire recevoir !...

Émilie

Oui, mais j'ai réfléchi.

Angélique

Ciel ! Quelle forte tête ! Et, tout pesé, tu crois qu'il faut battre en retraite ?

Émilie

Je crois que, si l'on veut garder sa liberté, Il faut se défier d'un honneur, tant vanté. Or, moi, j'aime avant tout que l'on me laisse faire.

Angélique

Tu n'es pas difficile, avouons-le, ma chère. Eh ! Qui ne voudrait pas faire sa volonté ? Mais le peut-on toujours en toute sûreté ? Oh ! Combien aujourd'hui regrettent en silence D'avoir voulu marcher seules et sans défense ! La vertu de leur âge, elles l'auraient encor : Hélas ! La liberté leur ravit ce trésor.

Émilie

Tu dis vrai : mais aussi, s'enchaîner à notre âge !... Plus qu'un mot, Angélique : et, bien sûr ,je m'engage à marcher sur tes pas, si je n'ai pas raison. Nous sommes, tu le vois, à la belle saison. La rose a revêtu sa brillante, parure ; La campagne a repris son manteau de verdure ; L'air est pur, l'onde claire et les ombrages frais ; Le printemps, en un mot, verse tous ses bienfaits. Tu promènes tes pas, au loin, dans la prairie ; Ou tu dis aux échos ta douce rêverie : Supposons-le. Soudain, quand tu n'y penses pas, Un malfaiteur survient et t'enchaîne les bras. Sans regret, il te plonge en un cachot humide. Au lieu de doux parfums, c'est une odeur fétide Que tu vas respirer dans cet affreux réduit. Plus de riants tableaux : partout, la sombre nuit. Quel contraste, ma soeur ! Quel changement terrible ! Et, tu ne vouerais pas une haine invincible À celui qui t'aurait ravi la liberté ?... Mon âme se soulève à cette cruauté...

Angélique

Je ne te croyais pas si savante en peinture.

Émilie

C'est que, quand je m'y mets...

Angélique

Tu peins d'après nature. J'aimerais bien pourtant quelque application. Tu n'as fait qu'écouter l'imagination : Or, si nous en croyons une antique parole, L'Imagination, du logis, est la folle. Entends plutôt la voix de la saine raison ? Et reviens avec moi sur ta comparaison. La jeunesse, dis-tu, c'est la saison fleurie ; C'est l'âge le plus beau des âges de la vie ; Sans doute ; mais cet âge, aux dangers les plus grands. Expose tous les jours mille coeurs imprudents. Il me semble te voir au bord d'un précipice : Je crains à chaque instant, que le pied ne te glisse. Dans l'abîme, où je n'ose abaisser mes regards, J'entends rugir des ours avec des léopards. Un faux pas, c'est assez, et tu deviens leur proie. Tout-à-coup, ô bonheur ! Une main se déploie. C'est un ange du ciel qui vient à ton secours : Sous son aile bénie il gardera tes jours. Oh ! Comme tu saisis, dans ta marche tremblante, Cet appui fortuné que sa main te présente ! Fallût-il t'enchaîner, (je ne me trompe pas,) Tu baiserais les fers qui chargeraient tes bras. Eh ! Bien, chère Émilie, eh ! Bien, voilà la chaîne Qu'on nous offre en ce jour.

Émilie

Oh ! Je la prends sans peine, Trop heureuse. à ce prix, d'échapper au danger ! Mondains, à vos plaisirs je ne veux plus songer.

Angélique

D'ailleurs,pour ces plaisirs dangereux ou coupables, Tu vas en retrouver d'autres bien préférables. Quand tu connaîtras mieux la Congrégation, Tu le verras, ma chère.....

Scène 2

Célina, Angélique, Émilie

Célina

Ô douce émotion !

Angélique

Qu'entends-je ?

Émilie

Célina ! Ciel ! Je suis confondue.

Angélique

Tu viens bien à propos.

Célina

Enfin tu t'es rendue.

Émilie

Excuse-moi, pardon.

Célina

Va, ne te trouble pas. Vous commenciez tantôt vos innocents débats, Quand je suis arrivée. « Attendons à la porte, Ai-je dit ; et voyons s'il faut prêter main-forte. » Il s'agissait, je crois, d'une comparaison.

Angélique

Émilie alléguait une vaine raison, Pour ne pas accepter l'honneur qu'on lui défère.

Émilie

C'est que je n'y voyais qu'un sacrifice à faire. Mais je suis convaincue.

Célina

Angélique, c'est bien : Oui, ton amie, en toi, trouve un ange gardien.

Angélique

J'allais lui dire aussi les plaisirs qu'en revanche Elle pourra goûter ici chaque dimanche.

Célina

C'est vrai : dans ce séjour où tout sait nous charmer, On bénit le Seigneur, on apprend à l'aimer ; On chante les bienfaits de la Vierge Marie Que la sainte parole à nos âmes confie ; Parfois, des jours passés l'on ravive les jeux, Quand on veut nous offrir un passe-temps heureux. Ce n'est pas tout encor : on célèbre des fêtes Qui certes ne font pas tourner les jeunes têtes : Elles tournent les coeurs vers le souverain bien.

Émilie

Que c'est beau Célina ! Puis, tu le dis si bien Qu'il me semble déjà que ce bonheur m'enivre.

Elle embrasse Émilie.

Angélique

Ah ! C'est mon Émilie ! Elle me fait revivre. Aussi, je ne puis plus contenir mon ardeur.

Elle sépare les deux amies.

Le choeur arrive sur la scène en chantant un morceau de CONSÉCRATION.

Célina

Qu'il est doux de s'aimer dans l'amour du Seigneur ! Cependant, c'est assez : car j'entends vos amies Qui brûlent de se voir à l'autel réunies. Mais le chant se rapproche.... écoutez ces accords.... À leur douce harmonie unissons nos transports.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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