Dialogue · 1858

Juliette ou la danseuse

d’Eugène Gonnet

Représentation
≈ 9 min
Distribution
6 femmes
Répliques
90
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Présidente F 17 ≈ 2 min 6
Juliette F 27 ≈ 2 min 7
Fany F 19 ≈ 2 min 6
Élisa F 11 ≈ 1 min 5
Marie F 9 ≈ 1 min 3
Laure F 4 ≈ 1 min 2
Toutes N 3 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Juliette ou Là Danseuse,
La Présidente absentabsentabsentabsent
Juliette absentabsentabsent
Fany absentabsentabsentabsent
Élisa absentabsentabsentabsentabsent
Marie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Laure absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Toutes absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Juliette ou Là Danseuse,

Scène 1

Fany, Juliette, La Présidente, Élisa

Fany

Je dois te l'avouer, ma chère Juliette : Depuis que j'ai dansé, je suis tout inquiète. Aussi bien, quel conseil, alors, tu me donnas !

Juliette

Bagatelle ! Fany, Mais, parle un peu plus bas. Si l'on prêtait l'oreille, ( et l'on en est capable, ) Tu ne tarderais pas à passer pour coupable.

Fany

Ce serait à bon droit. Comment justifier Une telle folie?

Juliette

Il faut savoir nier. Les danseuses, d'ailleurs, se trouvent en grand nombre : Essayons aujourd'hui de nous glisser dans l'ombre. On peut ne pas savoir que nous avons dansé.

Fany

Monsieur le Directeur s'est fort bien prononcé.

Juliette

Ma chère, écoute-moi. Quand on condamne en masse, C'est qu'on ne sait pas tout. Pour nous, payons d'audace.

Fany

Payer d'audace, moi ! Si c'est tout mon espoir.

La Présidente

Allez vite, Élisa.

Élisa

Mais mère, je vais voir.

Scène 2

Élisa

Elle retourne sur ses pas.

Élisa

Ô ciel ! Qu'ai-je aperçu ?

Scène 3

Fany, Juliette

Fany

Ma pauvre Juliette, Élisa va tout dire.

Juliette

Allons, tu perds la tête. Élisa ne sait rien : et, fit elle un rapport, Ce n'est pas d'un enfant que dépend notre sort.

Fany

Élisa cependant venait pour quelque chose : De sa brusque rentrée indique-moi la cause. À de vaines frayeurs puissé-je me livrer ! Mais nous eussions mieux fait de ne pas nous montrer. Ce cri d'étonnement...

Juliette

Tu te fais des montagnes De quelques grains de sable.

Scène 4

Marie, Juliette, Laure, Fany

À Juliette.

Marie

Ah ! Voici des compagnes. Juliette, bonjour.

Juliette

Bonjour.

Marie

Comment vas-tu ?

Juliette

Pas mal, Et toi ?

À Fany.

Marie

Fort bien ! Oh ! Quel air abattu, Fany ! Mais qu'est-ce donc qui te rend inquiète ? Songe que dans huit jours aura lieu notre fête.

Juliette

Ce n'est rien.

Marie

Tu craignais, Laure, de t'ennuyer. Tiens, console Fany : tâche de l'égayer.

Laure

Oui, Marie. À l'instant je veux qu'elle s'amuse.

Juliette

C'est le cas, ou jamais, d'user de quelque ruse.

Fany

Le jeu, dans ce moment, est pour moi sans appas.

Marie

Et puis, l'autre dimanche, où portiez-vous vos pas, Quand je vous aperçus près de la promenade ?

Juliette

J'accompagnais Fany....

Laure

Qui n'était pas maussade Comme à présent.

Juliette

C'est vrai : si tu l'avais pu voir...

Fany

Ne me rappelle plus ce jour, mon désespoir.

Scène 5

Élisa, Marie, Juliette

Élisa

J'ai compris votre voix. Eh ! bien, Laure et Marie, Voulez-vous mettre fin à votre causerie ? C'est la seconde fois que je viens vous chercher : Notre mère aurait droit presque de se fâcher.

À Juliette.

Marie

Nous te suivons. Et toi?

Juliette

Si les congréganistes Peuvent entrer j'en suis.

Élisa

Non, ce sont les choristes Que je viens appeler.

Juliette

Dans ce cas, nous restons.

Aux Choristes.

Élisa

Vous pourrez écouter ce que nous répétons. On dit que l'on prépare une brillante fête, Et que de nos morceaux l'harmonie est parfaite, Que ce penser doit plaire à ces coeurs généreux ! Que rien n'a pu séduire en ces jours dangereux ! Aux mondaines laissons le remords qui tourmente ; Pour nous, goûtons en paix une joie innocente. Venez donc.

Marie

Au revoir ! Je ne dis pas adieu.

Juliette

Au revoir !

Scène 6

Fany, Juliette, La Présidente

Fany

C'en est fait : je m'enfuis de ce lieu.

Juliette

Encore tes frayeurs !

Fany

Les forces m'abandonnent.

Juliette

Penses-tu que Marie et Laure nous soupçonnent ?

Fany

Non, mais c'est Élisa dont les réflexions Étaient, j'en suis bien sûre, autant d'allusions. Sa voix me transperçait comme une flèche aigue ; Encor quelques instants, je tombais à sa vue. Juliette, crois-moi, je redoute un affront.

On entend chanter dans la pièce voisine. À chaque pause, Fany fait une réflexion.

Juliette

Ce n'est pas étonnant quand on n'a point de front.

Fany

Mais l'on chante !... Ô regrets !... Délicieuse fête !... Je pressens le malheur qui plane sur ma tête.... Non, ce n'est pas pour moi que brillera ce jour.

La Présidente

Enfants, pour mieux chanter, retournez dans la cour.

Elle se cache.

Fany

L'on vient : Dieu ! Cachons-nous.

Le choeur arrive sur la scène.

Juliette

Moi, je reste à ma place. Je te l'ai déjà dit : je veux payer d'audace.

Scène 7

La Présidente, Juliette, Élisa

On chante un cantique.

Pendant que l'on chante, Juliette, assise dans un coin parcourt un livre de piété.

Après quelques strophes.

La Présidente

Que fait là, Juliette ?

Juliette

Eh ! Pour chasser l'ennui, J'étais à réciter les vêpres d'aujourd'hui.

Élisa

Hypocrite ! À la voir, on dirait une sainte : Et Dieu sait...

La Présidente

Mon enfant, ton coeur est-il sans crainte ?

Juliette

Mais oui : qu'aurais-je à craindre ?

La Présidente

Eh ! Bien, le sort fatal De celles qui naguère ont fréquenté le bal.

Juliette

Moi, fréquenter le bal !... Qui donc a pu le dire ?

La Présidente

Ma chère, sur ton front, il me semble le lire;

Élisa

Je sais qu'elle a dansé.

Juliette

Qui t'a dit de parier ? Et, si tu n'as rien vu, que peux-tu révéler ?

Élisa

D'autres font vu pour moi : que cela ne t'attriste. Sans avoir voyagé, je sais que Rome existe.

Juliette

Va, tout ce que l'on dit n'est pas acte de foi.

Élisa

Je le tiens de celui qui dansait avec toi.

La Présidente

Malheur à qui se fie à ce monde qui trompe ! S'il peut nous débaucher, partout, à son de trompe, Il répand son triomphe et notre déshonneur.

Juliette

Eh ! Bien oui, j'ai dansé : Fany fit mon malheur. C'est elle qui me dit, avec sa voix si tendre : « Viens, allons voir le bal. » Je n'ai pu m'en défendre. Puis, nous avons dansé, comme l'on peut juger.

Scène 8

Fany, La Présidente, Juliette, Toutes

Fany

Perfide, se peut-il que, pour te décharger, Tu rejettes sur moi le tort qu'on te reproche ? Va, va, je te connais, ingrate, coeur de roche ! Oh ! Ne la croyez pas, ma mère, par pitié ! À son langage faux mon coeur s'est trop fié.

La Présidente

Rassure-toi, Fany.

Fany

Dieu ! Que j'en suis fâchée !

Juliette

Je le confesse donc. Oui, je l'ai débauchée : Et, loin d'en éprouver le moindre repentir, J'aurais voulu pouvoir toutes vous pervertir. La Congrégation n'eût plus laissé de traces ; Et vous m'eussiez voté des actions de grâces.

La Présidente

Et pourquoi, s'il te plaît ?

Juliette

J'aurais brisé vos fers.

Aux Choristes.

La Présidente

Ces fers qui te pesaient nous seront toujours chers. N'est-ce pas, mes enfants, que vous aimez vos chaînes Et que vous vous passez de ces fêtes mondaines ?

Toutes

Oui, ma mère.

La Présidente

Allez donc débiter autre part Vos discours mensongers, et, par votre départ, Délivrez-nous enfin d'une vue importune.

Juliette

Je ne m'attendais pas à pareille infortune.

Scène 9

Fany, La Présidente, Toutes

Fany

Et moi. Je pars aussi ?

La Présidente

Je le dis à regret : ( De notre Directeur tu sais quel est l'arrêt : ) Mon enfant, tu seras, pour un an, ajournée.

Fany

Que je vais m'ennuyer pendant toute une année ! Ah ! C'est payer bien cher un oubli d'un moment ! Mais je dois m'incliner devant le châtiment.

La Présidente

Fany, de cet arrêt dont la rigueur t'étonne La justice pourtant n'étonnera personne. Toute loi qui défend veut une sanction ; Et c'est là le motif de ta punition. Or, afin qu'elle soit vraiment préservatrice, Malgré le repentir, il faut qu'on la subisse ; Et pour être certain qu'on fuira le danger, Jusqu'à ce qu'il revienne, il faut la prolonger. Adieu donc, mon enfant ! Même au milieu du monde, Garde le souvenir de ta douleur profonde : C'est le meilleur garant de ton prochain retour.

Fany

Et vous, priez un peu, pour que je puisse un jour Participer encor à vos fêtes si belles.

La Présidente

Oui, mon enfant.

Toutes

Adieu !

Fany sort.

Fany

Bonjour, mesdemoiselles.

Scène 10

Laure, Marie, Élisa, La Présidente, Toutes

Laure

Que je la plains, Fany ! Depuis qu'elle a dansé, Ses regrets et ses pleurs, je crois, n'ont point cessé. Pour Juliette, non.

Marie

Elle m'a bien trompée.

Élisa

Mais, en retour, aussi, qui fut mieux attrapée ?

Marie

Elle va t'en vouloir.

Élisa

Oh ! Je ne la crains pas.

La Présidente

Ne vous engagez point dans de nouveaux débats, Apprenez seulement par de si tristes scènes Ce que vous gagneriez à ces fêtes mondaines. Juliette endurcie est exclue à jamais ; Et la pauvre Fany, malgré tous ses regrets, D'un an ne viendra plus dans cette heureuse enceinte. C'est bien dur, disons-le.

Laure

J'entends encor sa plainte...

La Présidente

Il le faut cependant. Et vous donc, voulez-vous Toujours participer à nos plaisirs si doux ? Jurez, ô mes enfants, jurez à votre mère Que vous suivrez toujours votre blanche bannière. Ce sont là, n'est-ce pas, vos nobles sentiments ?

Toutes

Nous le jurons.

On chante un morceau de consécration, par exemple : Je l'ai juré, du P. HERMANN, ou bien : Oui toujours, toujours, du P. LAMBILLOTTE.

La Présidente

Que Dieu bénisse vos serments !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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