Euphémie ou le Compliment Improvisé
Scène 1
Euphémie, Paula
Euphémie
Oui, depuis ce matin, il me semble, à te voir, Que tes yeux pétillants brillent d'un doux espoir. Dis-moi, chère Paula, quelle cause inconnue Soudain a relevé cette grâce ingénue Qui ne te quitte point.
Paula
Tu m'étonnes, ma soeur ; Ou toi-même tu veux me cacher ton bonheur. Quoi ! Tu n'éprouves pas la plus vive allégresse ? Euphémie, et ton coeur....
Euphémie
Non, non, rien ne l'oppresse. D'ailleurs, aux noirs soucis l'on interdit ces bords ; Mais ma joie est bien loin d'égaler tes transports.
Paula
Comment donc ? Si la joie est ton heureux partage, Elle doit en ce jour éclater davantage.
Euphémie
De grâce, explique-toi.
Paula
Ma chère, ignores-tu Que nos coeurs désormais ont assez attendu ? Et que notre Pasteur, notre Père si tendre....
Euphémie
Que dis-tu ? Monseigneur...
Paula
Ici daigne se rendre.
Euphémie
Bien sûr ? Oh ! Quel bonheur !
Paula
Oui, pour nous contenter, Sa Grandeur, à la fin, veut bien nous visiter.
Euphémie
C'est vrai : depuis longtemps, notre timide enfance Aspirait à jouir de sa douce présence.
Paula
Et Dieu seul connaissait l'impatiente ardeur Des soupirs enflammés qu'exhalait notre coeur.
Euphémie
Je ne m'étonne plus, si ta joie est si vive. Mais pourquoi ta nouvelle est-elle si tardive ? Car, tu sais qu'il nous faut dignement accueillir Celui dont le nom seul fait toujours tressaillir. Le dirai-je ?... Je crains de voir arriver l'heure Où son pied doit toucher cette sainte demeure. Et c'est en ce jour même ?
Paula
Oui, c'est en ce beau jour Que le ciel a voulu nous marquer son amour.
Euphémie
L'heure ?
ApercevantJulienne.
Paula
Je n'en sais rien, Mais voici Julienne. Elle court : on dirait qu'elle va perdre haleine. Que nous apporte-t-elle ?
Scène 2
Julienne, Paula, Euphémie
Julienne
Euphémie ! Eh ! Paula !
Paula
Qu'est-ce donc ?
Julienne
Monseigneur !
Euphémie
Il approche ?
Julienne
Il est Là.
Euphémie
Ô mon Dieu !
Julienne
Ne crains rien. Va, c'est la bonté même. Comme on nous l'avait dit, en le voyant, on l'aime ; Et, loin de redouter l'approche de ses pas, On irait volontiers se jeter dans ses bras.
Euphémie
Ah ! puisqu'il est si bon, mon âme se rassure.
Julienne
Notre félicité ne serait pas bien pure, Si la crainte pouvait s'y mêler un moment.
Paula
Ce n'est pas tout : il faut encore un compliment. Qu'en dis-tu, Julienne ? Et toi, chère Euphémie ?
Julienne
Sans doute.
Euphémie
C'est très juste.
Paula
Eh ! bien, ma bonne amie, Sache que pour ce soin je m'en rapporte à toi. Mon choix est fait.
Euphémie
Non, non.
Julienne
Je le confirme.
Euphémie
En quoi Ai-je donc mérité cette marque d'estime ?
Julienne
C'est le voeu de nos soeurs. D'une voix unanime Elles t'ont désignée.
Euphémie
Allons, je vous en crois ; Et puisse-je, à mon tour, justifier ce choix !
Julienne
Mais que vas-tu nous dire ?
Euphémie
Il faut bien que j'y pense.
Paula
Quand on parle du coeur, on parle d'abondance.
Euphémie
Ô ciel, en ce moment daigne inspirer mon coeur !
Julienne
Le temps presse, allons donc !
Euphémie
M'y voici : Monseigneur,
Julienne
Comme c'est bien parler ! Ah ! Que rien ne t'arrête : Tu seras, je le vois, notre digne interprète.
Euphémie
Vous croyez ?
Julienne
Euphémie, à ta voix, je sentais S'élever de mon coeur les voeux que tu formais. Va, notre bon Pasteur ne pourra que sourire À ces beaux sentiments que sa présence inspire.
Euphémie
Et puis, je lui dirai qu'il daigne nous bénir : N'est-ce pas, chères soeurs ?
Paula
Tu ne peux mieux finir Qu'en implorant pour nous cette faveur nouvelle Que je vois découler de sa main paternelle.
Julienne
Allons donc, sans tarder, au plus cher des Pasteurs ! Allons lui présenter l'hommage de nos coeurs !