Prologue
Scène 1
La Renommée, Choeur
La Renommée
Publions en tous lieux Du plus grand des héros la valeur triomphante. Que la Terre et les cieux Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée
C'est lui dont les Dieux ont fait choix Pour combler le bonheur de l'Empire François, En vain pour le troubler, tout s'unit, tout conspire, C'est en vain que l'Envie a ligué tant de rois. Heureux l'Empire Qui suit ses lois !
Choeur
Heureux l'Empire Qui suit ses lois !
La Renommée
Il faut que partout on l'admire Parlons de ses vertus racontons ses exploits, A peine y pourrons nous suffire Avec toutes nos voix;
Choeur
Heureux l'Empire Qui suit ses lois !
La Renommée
Il faut le dire cent-et-cent fois Heureux l'empire qui suit ses lois.
Choeur
Il faut le dire cent-et-cent fois Heureux l'empire qui suit ses lois.
Scène 2
Deux Tritons, Neptune, Renommée Et Neptune, Choeurs de Divinités de la Terre
Deux Tritons
C'est le Dieu des eaux qui va paraître Rangeons nous près de notre Maître Enchaînons les vents les plus terribles Que le bruit des flots cède à nos chants. Régnez Zéphirs paisibles, Ramenez le doux printemps.
Neptune
Mon empire a servi de théâtre à la guerre, Publiez des exploits nouveaux C'est le même vainqueur Si fameux sur la terre Qui triomphe encor sur les eaux.
Renommée Et Neptune
Célébrez son grand nom sur la terre et sur l'onde Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes mers Qu'il vole jusqu'au bout du monde Qu'il dure autant que l'univers.
Choeurs de Divinités de la Terre
Célébrez son grand nom sur la terre et sur l'onde Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes mers Qu'il vole jusqu'au bout du monde Qu'il dure autant que l'univers.
Scène 3
Calliope, Melpomène, Thalie, Apollon, Choeur, La Renommée
Calliope
Cessez pour quelque temps bruit terrible des armes Qui troublez le repos de cent climats divers Ne troublez point les charmes De nos divins concerts.
Calliope
Ne troublez point les charmes De nos divins concerts.
Calliope
Recommençons nos chants, Allons les faire entendre.
Melpomène
Dans une auguste Cour.
Thalie
La Paix, la douce Paix N'ose encore descendre du céleste séjour.
Calliope
La Paix, la douce Paix N'ose encore descendre du céleste séjour.
Calliope
Près du Vainqueur allons attendre son bienheureux retour.
Apollon
Ne parlons pas toujours de la guerre cruelle, Parlons des plaisirs et des jeux. Les Muses et les Arts Vont signaler leur zèle, Je vais favoriser leurs voeux Nous préparons une fête nouvelle Pour le Héros qui les appelle Dans cet asile heureux
Choeur
Ne parlons pas toujours de la guerre cruelle, Parlons des plaisirs et des jeux.
La Renommée
Hâtez-vous, Plaisirs, hâtez-vous De montrer vos charmes les plus doux.
Apollon
Hâtez-vous, Plaisirs, hâtez-vous De montrer vos charmes les plus doux.
Choeur
Hâtez-vous, Plaisirs, hâtez-vous De montrer vos charmes les plus doux.
Acte I
Scène 1
Hiérax
Hiérax
Cessons d'aimer une infidèle, Évitons la honte cruelle De servir, d'adorer qui ne nous aime plus. Achevons de briser les noeuds qu'elle a rompus. Dégageons nous, sortons d'un si funeste empire. Hélas ! Malgré moi je soupire ! Ah ! Mon coeur quelle lâcheté ! Quel charme te retient dans un honteux martyre ? Tu n'as pas craint des fers qui nous ont tant coûté As-tu peur de ta liberté ? Revenez, revenez Liberté charmante Vous n'êtes que trop diligente Lorsqu'il faut dans un coeur faire place à l'Amour; Mais que vous êtes lente Lorsqu'un juste dépit presse votre retour.
Scène 2
Pirante, Hiérax
Pirante
C'est trop entretenir Ces tristes rêveries; Venez, tournez vos pas sur ces rives fleuries Regardez ces flots argentés, Qui dans ces vallons écartés, Font briller l'émail des prairies Interrompez vos soupirs Tout doit être ici; Ce beau séjour est l'asile Du repos et des plaisirs.
Hiérax
Depuis qu'une nymphe inconstante A trahi mon amour et m'a manqué de foy Ces lieux jadis si beaux n'ont plus rien qui m'enchante; Ce que j'aime a changé, tout est changé pour moi.
Pirante
La fille d'Inachus hautement vous préfère A mille autres amants de votre sort jaloux; Vous avez l'aveu de son père En faveur d'Argus votre frère, La puissante Junon se déclare pour vous.
Hiérax
Si l'ingrate m'aimait, je serais son époux. Cette nymphe légère De jour en jour diffère Un hymen qu'autrefois elle avait cru si doux. L'inconstante n'a plus l'empressement extrême De cet amour naissant qui répondait au mien. Son changement paraît en dépit d'elle même Je ne le connais que trop bien, Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime; Mais son coeur ni ses yeux ne m'en disent plus rien.
Pirante
Se peut-il qu'elle dissimule ! Après de serments, ne la croyez-vous pas ?
Hiérax
Je ne les crus que trop, hélas ! Ces serments qui trompent mon coeur tendre et crédule; Ce fut dans ces vallons où par mille détours, Inachus prends plaisir à prolonger son cours; Ce fut sur son charment rivage, Que sa fille volage Me promit de m'aimer toujours. Le Zéphir fut témoin, l'onde fut attentive Quand la nymphe jura de ne changer jamais, Mais le Zéphir léger et l'onde fugitive Ont enfin emporté les serments qu'elle a faits. Je la vois, l'infidèle.
Pirante
Éclaircissez vous avec elle.
Scène 3
Io, Hiérax
Io
M'aimez vous ? puis-je m'en flatter ?
Hiérax
Cruelle, en voulez vous douter ? En vain votre inconstance éclate, En vain elle m'anime à briser tous les noeuds Je vous aime toujours ingrate, Plus que vous ne voulez Et plus que je ne veux Je crains un funeste présage, Un aigle dévorant Vient de fondre à mes yeux, Sur un oiseau qui dans ces lieux M'entretenait d'un doux ramage Différez votre hymen, Suivons l'avis des Cieux. Notre hymen me déplaît qu'à votre coeur volage: Répondez moi de vous, je vous répond des Dieux. Vous juriez autrefois Que cette onde rebelle Se ferait vers sa source une route nouvelle Plutôt qu'on ne verrait votre coeur dégagé; Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine C'est le même penchant qui toujours les entraîne. Leurs cours ne change point et vous avez changé
Io
Laissez moi revenir de mes frayeurs secrètes; J'attends de votre amour cet effort généreux.
Hiérax
Je veux ce qui vous plaît, cruelle que vous êtes, Vous n'abusez que trop d'un amour malheureux !
Io
Non, je vous aime encor !
Hiérax
Quelle froideur extrême ! Inconstante, est-ce ainsi qu'on doit dire qu'on aime.
Io
C'est à tort que vous m'accusez, Vous avez vu toujours vos rivaux méprisés
Hiérax
Le mal de mes rivaux N'égale point ma peine, La douce illusion d'une espérance vaine Ne les fait point tomber du faite du bonheur Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre coeur; Je ne suis point accoutumé Quel tourment de cesser de plaire Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé. Je ne le sens que trop Votre coeur se détache Et je ne sais qui me l'arrache
Hiérax
Je cherche en vain l'heureux amant Qui me dérobe un bien charmant Où j'ai cru devoir seul prétendre Je sentirais moins mon tourment Si je trouvais à qui m'en prendre Vous fuyez mes regards, Vous ne me dites rien; Il faut vous délivrer d'un fâcheux entretiens; Ma présence vous blesse et c'est trop vous contraindre.
Io
Jaloux sombre et chagrin, Partout où je vous vois, Vous ne cessez de vous plaindre Je voudrais vous aimer Autant que je le dois, Et vous me forcez à vous craindre.
Hiérax
Non, non, il ne tient qu'à vous De rendre notre sort plus doux Non, non, il ne tient qu'à vous De rendre mon coeur plus tendre Non, non, il ne tient qu'à vous De rendre mon coeur moins jaloux.
Scène 4
Micène, Io
Micène
Ce prince trop longtemps dans ses chagrins s'obstine On pardonne au premier transport D'un amour qui se plaint à tort Et qui sans raison se mutine. Mais à la fin on se chagrine Contre un Amour chagrin.
Io
Je veux bien te parler enfin sans artifice Ce prince infortuné s'alarme avec justice. Le maître souverain de la terre et des cieux Entreprend de plaire à mes yeux. Du coeur de Jupiter l'amour m'offre l'empire. Mercure est venu me le dire Je le vois chaque jour descendre dans ces lieux. Mon coeur autant qu'il peut Fait toujours résistance. Et pour attaquer ma constance, Il ne fallait pas moins que le plus grand des Dieux.
Micène
On écoute aisément Jupiter qui soupire. C'est un amant qu'on ose mépriser. Et du plus grand des coeurs Ce glorieux empire Est difficile à mépriser.
Io
Lorsqu'on me presse de me rendre Aux attraits d'un amour nouveau, Plus le charme est puissant Et plus il serait beau De pouvoir m'en défendre. Quoi ! tu veux me quitter ? Doù vient ce soin pressant ?
Micène
C'est pour vous seule ici que Mercure descend.
Scène 5
Mercure, Choeur Des Divinités Et Des Échos, Isis
Mercure
Le Dieu puissant qui lance le tonnerre Et qui des cieux tient le sceptre en ses mains A résolu de venir sur la terre Chasser les maux qui troublent les humains. Que la terre avec soin à cet honneur réponde Échos retentissez dans ces lieux pleins d'appas, Annoncez qu'aujourd'hui pour le bonheur du monde, Jupiter descends ici-bas.
Choeur Des Divinités Et Des Échos
Échos retentissez dans ces lieux pleins d'appas, Annoncez qu'aujourd'hui pour le bonheur du monde, Jupiter descends ici-bas.
Mercure
C'est ainsi que Mercure Pour abuser les Dieux jaloux Doit parler hautement à toute la nature. Mais il doit s'expliquer Autrement avec vous; C'est pour vous voir, C'est pour vous plaire, Que Jupiter descend du céleste séjour. Et les biens qu'ici bas sa présence va faire Ne seront dûs qu'à son amour.
Isis
Pourquoi du haut des cieux, Ce Dieu veut-il descendre ? Mes voeux sont engagés. Mon coeur a fait un choix L'amour tôt ou tard doit prétendre Que tous les coeurs se rangent sous ses lois. C'est un hommage qu'il faut rendre Mais assez de le rendre une fois.
Mercure
Ce serait en aimant une contrainte étrange Qu'un coeur pour mieux choisir n'osât se dégager. Quand c'est pour Jupiter qu'on change Il n'est pas honteux de changer. Que tout l'univers se pare De ce qu'il a de plus rare Que tout brille dans ces lieux. Que la terre partage L'éclat et la gloire des cieux. Que tout rende hommage Au plus grand des dieux.
Scène 6
Jupiter, Choeurs de Divinités de la Terre
Les divinités de la Terre, des eaux et des richesses souterraines viennent magnifiquement parées pour recevoir Jupiter et pour lui rendre hommage.
Jupiter
Les armes que je tiens protègent l'innocence. L'effort n'en est fâcheux qu'à l'orgueil des titans. Vous qui suivez les lois, Vivez sous ma puissance, Toujours heureux, toujours contents. Jupiter vient sur la terre. Pour la combler de bienfaits, Il est armé du tonnerre Mais c'est pour donner la paix.
Choeurs de Divinités de la Terre
Jupiter vient sur la terre. Pour la combler de bienfaits, Il est armé du tonnerre Mais c'est pour donner la paix.
Acte II
Scène 1
Io
Jupiter paraît et les nuages qui obscurcissent le théâtre, sont illuminés et peints des couleurs les plus brillantes et les plus agréables.
Io
Où suis-je ? D'où vient ce nuage ? Les ondes de mon père et son charmant rivage Ont disparu tout à coup à mes yeux ! Où puis-je trouver un passage ? La jalouse reine des Cieux Me fait elle si tôt acheter l'avantage De plaire au plus puissant des Dieux ? Que vois-je ? Quel éclat se répand dans ces lieux.
Scène 2
Jupiter, Io
Jupiter
Vous voyez Jupiter; Que rien ne vous étonne. C'est pour tromper Junon et ses regards jaloux Qu'un nuage vous environne; Belle nymphe, rassurez-vous Je vous aime et pour vous le dire, Je sors avec plaisir de mon suprême empire. La foudre est dans mes mains, Les Dieux me font la cour, Je tiens tout l'Univers sous mon obéissance; Mais si je prétends en ce jour Engager votre coeur à m'aimer à son tour, Je fonde moins mon espérance Sur la grandeur de ma puissance Que sur l'excès de mon amour.
Io
Que sert-il qu'ici-bas votre amour me choisisse ? L'honneur me vient trop tard, j'ai formé d'autres noeuds Il fallait que ce bien pour combler tous nos voeux, Ne me coûtât point d'injustice, Et ne fit point de malheureux
Jupiter
C'est une assez grande gloire Pour votre premier vainqueur, D'être encore dans votre mémoire Et de me disputer si longtemps votre coeur.
Io
La gloire doit forcer mon coeur à se défendre. Si vous sortez du Ciel pour chercher les douceurs D'une amour tendre, Vous pouvez aisément attaquer d'autres coeurs Qui feront gloire de se rendre.
Jupiter
Il n'est rien dans les Cieux il n'est rien ici-bas De si charment que vos appas; Rien ne peut me toucher d'une flamme si forte; Belle Nymphe vous l'emportez Sur les autres beautés, Autant que Jupiter l'emporte Sur les autres Divinités ! Verrez-vous tant d'amour avec indifférence ? Quel trouble vous saisit ? Où tournez vous vos pas ?
Io
Mon coeur en votre présence Fait trop peu de résistance Contentez-vous, hélas ! D'étonner ma constance, Et n'en triomphez pas.
Jupiter
Et pourquoi craignez vous Jupiter qui vous aime ?
Io
Je crains tout, je me crains moi-même.
Jupiter
Quoi ! voulez vous me fuir
Io
C'est mon dernier espoir.
Jupiter
Écoutez mon amour.
Io
Écoutez mon devoir.
Jupiter
Vous avez un coeur libre et qui peut de défendre
Io
Non, vous ne laissez pas mon coeur en mon pouvoir
Jupiter
Quoi ! vous ne voulez pas m'entendre
Io
Je n'ai que trop de peine à ne le pas vouloir. Laissez-moi...
Jupiter
Quoi si tôt.
Io
Je devais moins attendre; Que ne fuyais-je hélas ! Avant que de vous voir.
Jupiter
L'amour pour moi me sollicite Et je vois que vous me quittez
Io
Le devoir veut que je vous quitte, Et je sens que vous m'arrêtez
Scène 3
Mercure, Jupiter
Mercure
Iris est ici-bas et Junon elle-même Pourrait vous suivre dans ces lieux.
Jupiter
Pour la nymphe que j'aime Je crains ses transports furieux.
Mercure
Sa vengeance serait funeste, Si votre amour était surpris.
Jupiter
Va, prends soin d'arrêter Iris, Mon amour prendra soin du reste.
Scène 4
Mercure, Iris, Mercure Et Iris, Ensemble
Mercure
Arrêtez, belle Iris, différez un moment D'accomplir en ces lieux ce que Junon désire.
Iris
Vous m'arrêtez vainement Et vous n'aurez rien à me dire.
Mercure
Mais, si je vous disais que je veux vous choisir Pour attacher mon coeur d'une éternelle chaîne ?
Iris
Je vous écouterais peut-être avec plaisir, Mais je vous croirais avec peine.
Mercure
Refusez vous d'unir votre coeur et le mien.
Iris
Jupiter et Junon nous occupent sans cesse Nos soins sont assez grands sans que l'amour nous blesse, Nous n'avons pas tous deux de loisir d'aimer bien.
Mercure
Si je fais ma première affaire De vous voir et de vous plaire.
Iris
Je ferai mon premier devoir De vous plaire et de vous voir.
Mercure
Un coeur fidèle A pour moi de charmants appas: Vous avez mille attraits, Vous n'êtes que trop belle: Mais je crains que vous n'ayez pas. Un coeur fidèle.
Iris
Pourquoi craignez-vous tant Que mon coeur se dégage Je vous permets d'être inconstant, Sitôt que je serai volage.
ensemble
Mercure Et Iris
Promettez moi de constantes amours, Je vous promets de vous aimer toujours.
Mercure
Que la feinte entre nous finisse
Iris
Parlons sans mystère en ce jour;
Ensemble
Le moindre artifice Offense l'amour.
Iris
Quel soin presse ici-bas Jupiter de descendre.
Mercure
Le seul bien des mortels lui fait quitter les cieux; Mais quel soupçons nouveau Junon peut elle prendre ? Ne suivrait elle pas Jupiter en ces lieux.
Iris
Dans les jardins d'Hébé Junon vient de descendre.
Mercure
Un nuage entrouvert la découvre à mes yeux ; Iris parle ainsi sans mystère ! C'est ainsi que je puis me fier à ta foi.
Junon paraît au milieu d'un nuage qui s'avance.
Iris
Ne me reprochez pas que je suis peu sincère, Vous ne l'êtes pas plus que moi.
Mercure Et Iris
Gardez pour quelque autre Votre amour trompeur, Je reprends mon coeur, Reprenez le vôtre.
Scène 5
Iris, Junon
Le nuage s'approche de terre et Junon descend.
Iris
J'ai cherché vainement la fille d'Inachus.
Junon
Ah ! Je n'ai pas besoin d'en savoir davantage, Non, Isis, ne la cherchons plus. Jupiter dans ces lieux m'a donné de l'ombrage, J'ai traversé les airs, j'ai percé le nuage Qu'il opposait à mes regards ; Mais en vain j'ai tourné les yeux de toutes parts, Ce Dieu par son pouvoir suprême M'a caché la nymphe qu'il aime, Et ne m'a laissé voir que des troupeaux épars ! Non, non, je ne suis pas une incrédule épouse Qu'un puisse tromper aisément; Voyons qui feindra mieux de Jupiter amant Ou de Junon jalouse. Il est maître des Cieux, la terre suit sa loi; Sous sa toute puissance, il faut que tout fléchisse; Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice Tout Jupiter qu'il est, il est moins fort que moi. Dans ces lieux écartés, vois que la terre est belle.
Iris
Elle honore son maître et brille sous ses pas.
Junon
L'amour cet amour infidèle, Qui du plus haut des cieux l'appelle, Fait que tout lui rit ici-bas. Près d'une maîtresse nouvelle Dans le fond des déserts, on trouve des appas. Et le ciel même ne plaît pas Avec une épouse immortelle.
Scène 6
Jupiter, Junon, Iris Et Mercure
Jupiter
Dans les jardins d'Hébé vous deviez en ce jour D'une nouvelle nymphe Augmenter votre cour; Quel dessein si pressant dans ces lieux vous amène.
Junon
Je ne vous suivrai pas plus loin. Je viens de votre amour Attendre un nouveau soin : Ne vous étonnez pas qu'on vous quitte avec peine, Et que de Jupiter on ait toujours besoin. Vous m'aimez, et j'en suis certaine.
Jupiter
Souhaitez, je promets que vos voeux seront satisfaits.
Junon
J'ai fait choix d'une nymphe et déjà la Déesse De l'aimable Jeunesse Se prépare à la recevoir; Mais je n'ose, sans vous, disposer de personne. Si j'ai quelque pouvoir, Je n'en prétends avoir Qu'autant que votre amour m'en donne Ce don de votre main me sera précieux.
Jupiter
J'approuve vos désirs ; Que rien n'y soit contraire; Mercure ayez soin de lui plaire, Et portez à son gré, mes ordres en tous lieux; Que tout suive les lois de la reine des cieux.
Iris Et Mercure
Que tout suive les lois de la reine des Cieux.
Jupiter
Parlez, et qu'hautement votre choix se déclare.
Junon
La nymphe qui me plaît ne vous déplaira pas, Vous ne verrez pas ici-bas De mérite plus grand ni beauté plus rare; Les honneurs que je lui prépare Ne lui sont que trop dûs, Enfin, Junon choisit la fille d'Inachus.
Jupiter
La fille d'Inachus.
Junon
Déclarez pour elle. Peut-on voir à ma suite une nymphe plus belle, Plus capable d'orner ma cour, Et de marquer pour moi, Le soin de votre amour; Vous me l'avez promise et je vous le demande.
Jupiter
Vous ne sauriez combler d'une gloire trop grande La nymphe que vous choisissez; Junon commande Allez, allez, Mercure obéissez.
Junon
Junon commande Allez, allez, Mercure obéissez.
Scène 7
Hébé, Choeur, Deux Nymphes, Choeurs de Divinités de la Terre
Le théâtre change et représente les jardins d'Hébé, déesse de la Jeunesse. Les jeux et les plaisirs s'avancent en dansant devant la déesse Hébé.
Hébé
Les plaisirs les plus doux Sont faits pour la jeunesse. Venez, venez jeux charmants, venez tous; Cardez vous bien d'amener avec vous La sévère Sagesse. Fuyez, fuyez, sombre tristesse Noirs chagrins, fuyez loin de nous Vous êtes destinés pour l'affreuse vieillesse Les plaisirs les plus doux Sont faits pour la jeunesse.
Les jeux, les plaisirs et les nymphes de Junon se divertissent par des danses et par des chansons, en attendant la nouvelle nymphe dont Junon vont faire choix.
Choeur
Les plaisirs les plus doux Sont faits pour la jeunesse.
Deux Nymphes
Aimez, profitez du temps, Jeunesse charmante Rendez vos désirs contents. Tout rit tout enchante Dans les plus beaux ans: L'amour vous éclaire Marchez sur ses pas Cherchez à vous faire Des noeuds pleins d'appas. Que vous sert de plaire, Si vous n'aimez pas ?
Choeurs de Divinités de la Terre
Que ces lieux ont d'attraits ! Goûtons-en bien les charmes, L'Amour n'y fait jamais verser de tristes larmes Les soins et les alarmes, N'en troublent point la paix. Jouissons dans ces retraites Des douceurs les plus parfaites; Suivez-nous, charmants plaisirs, Comblez tous nos désirs.
Scène 8
Mercure, Hébé
Hébé et les nymphes reçoivent Io.
Mercure
Servez, Nymphe, servez avec un soin fidèle, La puissante reine des Cieux. Suivez dans ces aimables lieux La jeunesse immortelle Tout plaît et tout rit avec elle.
Hébé
Que c'est un plaisir charmant D'être jeune et belle ! Triomphez à tout moment D'une conquête nouvelle. Que c'est un plaisir charmant D'être jeune et belle !
Acte III
Scène 1
Argus, Io
Argus
Dans ce solitaire séjour Vous êtes sous ma garde, Junon vous y laisse: Mes yeux veilleront tour à tour Et vous observeront sans cesse.
Io
Est-ce là le bonheur que Junon m'a promis. Argus apprenez-moi quel crime j'ai commis.
Argus
Vous êtes aimable Vos yeux devaient moins charmer. Vous êtes coupable De faire trop aimer Ne me déguisez rien, de quoi m'accuse-t-elle Quelle offenses à ses yeux me rend si criminelle ? Ne pourrai-je apaiser son funeste courroux.
Argus
C'est une offense cruelle De paraître belle À ses yeux jaloux L'amour de Jupiter a trop paru pour vous
Io
Je suis perdue, ô ciel ! si Junon est jalouse.
Argus
On ne plaît guère à l'épouse Lorsqu'on plaît trop à l'époux. Vous n'en serez pas mieux d'être ingrate et volage Vous quittez un fidèle amant, Pour recevoir un plus brillant hommage Mais c'est un avantage Que vous payerez chèrement. J'ai l'ordre d'enfermer vos dangereux appas La Déesse se défend que vous voyez personne
Io
Aux rigueurs de Junon Jupiter m'abandonne. Non, non Jupiter ne m'aime pas.
Scène 2
Hiérax, Argus, Hiérax Et Argus
Hiérax
La perfide craint ma présence Elle me fuit en vain et j'irai la chercher.
Argus
Non !
Hiérax
Laissez moi lui reprocher Sa cruelle inconstance
Argus
Non, non, on ne la doit point voir
Hiérax
Quoi ! Junon me devient contraire ?
Argus
L'ordre est exprès pour tous, perdez un vain espoir.
Hiérax
L'amitié fraternelle a si peur de pouvoir ?
Argus
Non, je ne connais plus ni d'ami, ni de frère, Je ne connais que mon devoir Laissez la nymphe en paix, Ce n'est plus vous qu'elle aime.
Hiérax
Quel est l'heureux amant qui s'en est fait aimer ? Nommez le moi.
Argus
Tremblez à l'entendre nommer. C'est un Dieu tout puissant, c'est Jupiter lui-même.
Hiérax
Ô Dieux !
Argus
Dégagez vous d'un amour si fatal Sans balancer il faut vous y résoudre C'est un redoutable rival Qu'un amant qui lance la foudre.
Hiérax
Dieux tout puissants ! ah ! vous étiez jaloux De la félicité que vous m'avez ravie, Dieux tout puissants ! ah ! vous étiez jaloux De me voir plus heureux que vous. Vous n'avez pu souffrir le bonheur de la vie Et je voyais vos grandeurs sans envie. J'aimais, j'étais aimé. Mon sort était trop doux.
Argus
Heureux qui peut briser Qui peut briser sa chaîne Finissez une plainte vaine Méritez l'infidélité; Un coeur ingrat vaut-il la peine D'être tant regretté.
Hiérax Et Argus
Heureux qui peut briser Qui peut briser sa chaîne
Argus
Liberté, liberté.
Scène 3
Une Nymphe, Hiérax, Hiérax Et Argus, Choeur Des Nymphes, Syrinx Et Les Nymphes
Une partie des nymphes dansent dans le temps que les autres chantent.
Une Nymphe
Liberté, liberté !
Hiérax
Quelles danses ! quels chants et quelle nouveauté !
Une Nymphe
S'il est quelque bien au monde C'est la liberté.
Hiérax Et Argus
Que voulez-vous ?
Choeur Des Nymphes
Liberté, liberté.
Hiérax Et Argus
Que voulez-vous ? il faut qu'on nous réponde.
Syrinx Et Les Nymphes
S'il est quelque bien au monde, C'est la liberté.
Scène 4
Mercure, Argus
Mercure
Liberté, liberté S'il est quelque bien au monde C'est la liberté. Liberté, liberté
Mercure
De la Nymphe Syrinx l'on chérit la mémoire, Il en regrette encor la perte chaque jour; Pour célébrer une fête à sa gloire Ce Dieu lui même assemble ici sa cour Il veut que du malheur de son fidèle amour. Un spectacle touchant représente l'histoire
Argus va prendre place sur un siège de gazon proche de l'endroit où Io est enfermée et fait planer Hiérax de l'autre côté.
Argus
C'est un plaisir pour nous; poursuivez j'y consens Je ne m'oppose point à ces jeux innocents.
Mercure, les berges, les satyres, et les sylvains rentrent derrière le théâtre.
Mercure
Il donne dans le piège, achevez sans remise Achevez de surprendre Argus et tous ses yeux. Si vous tentez une grande entreprise, Mercure vous conduit, l'amour vous favorise Et vous servez le plus puissant des Dieux.
Scène 5
Une Nymphe
Une Nymphe
Liberté, liberté S'il est quelque bien au monde C'est la liberté.
Dans le temps qu'une partie des Nymphes chante, le reste de la troupe danse.
Une Nymphe
L'empire de l'Amour n'est pas moins agité Que l'empire de l'onde Ne cherchons point d'autre félicité Qu'un doux loisir dans une paix profonde S'il est quelque bien au monde C'est la liberté. Liberté, liberté !
Scène 6
Deux Bergers, Un des Sylvains, Une Nymphe, Choeurs de Divinités de la Terre, Choeur Des Nymphes, Choeur De Silvains, Double Choeurs, Syrinx Et Les Choeurs Derrière Le Théâtre, Troupe De Bergers Qui Arrêtent Syrinx, Troupe De Sylvains Et De Satyres Qui Arrêtent Syrinx, Mercure
Les Bergers et les Sylvains dansants et chantants viennent offrir des présents de fleurs et de fruits à la nymphe Syrinx et tâchent de lui persuader de n'aller point à la chasse et de s'engager sous les lois de l'Amour.
Deux Bergers
Quel bien devez-vous attendre Beautés qui chassez dans ces lieux Que pouvez-vous prendre Qui vaille un coeur tendre Soumis à vos lois ? Ce n'est qu'en aimant Qu'on trouve un sort charmant Aimez enfin à votre tour Il faut que tout cède à l'amour. Il sait frapper d'un coup certain Le cerf léger qui fuit en vain Jusque dans les antres secrets Au fond des forêts Tout doit sentir ses traits. Lorsque l'amour vous appelle, Pourquoi fuyez-vous ses plaisirs ? La Rose nouvelle N'en est que plus belle D'aimer les Zéphirs. Ce n'est qu'en aimant Qu'on trouve un sort charmant, Aimez enfin, à votre tour; Il faut que tout cède à l'amour : Il sait frapper d'un coup certain Le cerf léger qui fuit en vain : Jusques dans les antres secrets Au fonds des forêts, Tout doit sentir ses traits,
Un des Sylvains
Je vous aime Nymphe charmante; Un amant, un mortel cherche à plaire à vos yeux
Une Nymphe
Pan est un Dieu puissant, je révère les Dieux; Mais le nom d'amour m'épouvante.
Un des Sylvains
Pour vous faire retrouver le nom d'amant plus doux. J'y joindrai le titre d'époux. Je n'aurai pas de peine A m'engager dans une aimable chaîne Pour ne jamais changer. Aimez un Dieu qui vous adore.
Une Nymphe
Un époux doit être encore Plus à craindre qu'un amant
Un des Sylvains
Dissipez de vaines alarmes, Éprouvez l'amour et ses charmes Connaissez les plus doux appas. Non, ce ne peut être que faute de la connaître Qu'il ne vous plaît pas.
Une Nymphe
Les maux d'autrui me rendront sage. Ah ! Quel malheur De laisser engager son coeur ! Pourquoi faut-il le plus beau de son âge Dans une mortelle langueur ? Ah, quel malheur ! Pourquoi n'avoir pas le courage De s'affranchir de la rigueur D'un funeste esclavage ? Ah ! Quel malheur De laisser engager son coeur !
Un des Sylvains
Ah ! Quel dommage Que vous ne sachiez pas aimer ! Que vous sert-il d'avoir tant d'attraits en partage, Si vous en négligez le plus grand avantage ? Que vous sert-il de savoir tout charmer ? Ah, quel dommage Que vous ne sachiez pas aimer !
Choeurs de Divinités de la Terre
Aimons sans cesse.
Choeur Des Nymphes
N'aimons jamais.
SATYRES et BERGERS
Choeur De Silvains
Pour vivre en paix. N'aimons jamais.
Une Nymphe
Le chagrin suit toujours les coeurs que l'amour blesse.
Un des Sylvains
La tranquille sagesse N'a que des plaisirs imparfaits.
Choeur De Silvains
Aimons sans cesse.
Choeur Des Nymphes
N'aimons jamais.
Une Nymphe
On ne peut aimer sans faiblesse.
Un des Sylvains
Que cette faiblesse a d'attraits !
Choeur De Silvains
Aimons sans cesse.
Choeur Des Nymphes
N'aimons jamais.
Choeur De Silvains
Cédons à l'Amour qui nous presse Pour vivre heureux aimons sans cesse
Choeur Des Nymphes
Pour vivre en paix N'aimons jamais
Choeur De Silvains
Aimons sans cesse.
Choeur Des Nymphes
N'aimons jamais Pour vivre en paix
Une Nymphe
Faut-il qu'en vain discours un si beau jour se passe ? Mes compagnes courons dans le fond des forêts. Voyons qui d'entre nous se sert mieux de ses traits Courons à la chasse.
Double Choeurs
À la chasse ! Courons à la chasse, à la chasse.
Une Nymphe
Pourquoi me suivre de si près.
Un des Sylvains
Pourquoi fuir qui vous aime ?
Une Nymphe
Un amant m'embarrasse.
Syrinx Et Les Choeurs Derrière Le Théâtre
Courons à la chasse, à la chasse.
Un des Sylvains
Je ne puis vous quitter, mon coeur s'attacher à vous Par des noeuds trop forts et trop deux.
Une Nymphe
Mes compagnes, venez... C'est en vain que j'appelle.
Un des Sylvains
Écoutez, ingrate, écoutez Un Dieu charmé de vos beautés; Qui vous jure un amour fidèle.
Une Nymphe
Je déclare à l'Amour une guerre immortelle.
Troupe De Bergers Qui Arrêtent Syrinx
Cruelle, arrêtez !
Troupe De Sylvains Et De Satyres Qui Arrêtent Syrinx
Arrêtez cruelle.
Une Nymphe
On me retient de tous côtés
Troupe De Sylvains Et De Satyres Qui Arrêtent Syrinx
Cruelle, arrêtez !
Syrinx se jette dans les eaux.
Une Nymphe
Dieux, protecteurs de l'innocence, Naïades, Nymphes des eaux. J'implore ici votre assistance.
Le vent pénètre dans les roseaux, et leur fait former un bruit plaintif.
Pan donne des roseaux aux bergers, aux satyres et aux sylvains qui en forment un concert de flûtes.
Un des Sylvains
Où vous exposez-vous ? Quels prodiges nouveaux La nymphe est changée en roseaux ! Hélas ! hélas ! Quel bruit ! Qu'entends-je ! Ah ! Quelle voix nouvelle ! La Nymphe tâche encor d'exprimer ses regrets. Que son murmure est doux ! Que sa plainte a d'attraits. Ne cessons point de nous plaindre avec elle. Ranimons les restes charmants D'un nymphe qui fut si belle, Elle répond encore à nos gémissements, Ne cessons point de nous plaindre avec elle.
Un des Sylvains
Les yeux qui m'ont charmé ne verront plus le jour Était-ce ainsi, cruelle amour, Qu'il fallait te venger d'une beauté rebelle, N'aurait-il pas suffi de t'en rendre vainqueur Et de voir dans les fers son insensible coeur, Brûler avec le mien d'une ardeur éternelle ? Que tout ressente mes tourments.
Argus commence à s'assoupir, Mercure déguisé en berger s'approche de lui, et achève de l'endormir en la touchant de son caducée.
et deux BERGERS accompagnés du concert de flutes
Un des Sylvains
Ranimons les restes charmants D'un nymphe qui fut si belle, Elle répond encore à nos gémissements, Ne cessons point de nous plaindre avec elle.
Un des Sylvains
Que ces roseaux plaintifs soient à jamais aimés.
Mercure
Il suffit Argus dort, tous ses yeux sont fermés, Allons, que rien ne nous retarde Délivrons la nymphe qu'il garde.
Scène 7
Mercure, Hiérax, Hiérax Et Argus, Choeurs de Divinités de la Terre, Io
Mercure
Reconnaissez Mercure et fuyez avec nous; Éloignez-vous d'Argus, avant qu'il se réveille.
Hiérax
Argus avec cent yeux sommeille; Mais croyez vous endormir un amant jaloux ? Demeurez !
Mercure
Malheureux ! d'où te vient cette audace ?
Hiérax
J'ai tout perdu j'attends le trépas sans effroi. Un coup de foudre est une grâce Pour un malheureux comme moi. Éveillez vous, Argus, éveillez-vous, vous vous laissez surprendre.
Hiérax Et Argus
Puissante reine des cieux Junon venez nous défendre.
Argus tombe mort, et Hiérax changé en oiseau de proie s'envole.
Mercure
Commencez d'éprouver la colère des Dieux.
Choeurs de Divinités de la Terre
Fuyons.
Io
Vous me quittez ? Quel secours puis-je attendre !
Choeurs de Divinités de la Terre
Fuyons, Junon vient dans ces lieux.
Scène 8
Junon, Io
La Furie sort des Enfers, elle poursuit Io et l'enlève ; Junon remonte dans le Ciel.
Junon
Revois le jour, Argus que ta figure change. Et vous Nymphe apprenez comment Junon se venge. Sors, barbare Erinnis, sors du fond des Enfers ; Viens, prends de servir ma vengeance fatale Et d'en montrer l'horreur en cent climats divers Épouvante tout l'univers Par les tourments de ma rivale Viens la punir au gré de mon courroux; Redoutable ta rage infernale Et fais s'il se peut qu'elle égale La fureur de mon coeur jaloux.
Io
Ô Dieux ! Ô Dieux ! Où me réduisez vous ?
Acte IV
Scène 1
Choeur Des Peuples Et Des Climats Glacés
Des peuples paraissent transis de froid et quelques uns se cachent dans de petites maisons roulantes.
Choeur Des Peuples Et Des Climats Glacés
L'hiver qui nous tourmente S'obstine à nous geler Nous ne saurions parler Qu'avec une voix tremblante La neige et les glaçons Nous donnent de mortels frissons Les frimas se répandent Sur nos corps languissants; Le froid transit nos sens Les plus durs rochers se fendent. La neige et les glaçons Nous donnent de mortels frissons
Scène 2
Io, Furie, Choeur Des Peuples Et Des Climats Glacés
Io
Laisse-moi, cruelle Furie, Cruelle, laisse moi respirer un moment Ah ! Barbare, plus je te prie, Et plus tu prends plaisir d'augmenter mon tourment.
Furie
Soupire, gémis, pleure, Crie je me fais de tes peines un spectacle charmant.
Io
Laisse moi, cruelle Furie Cruelle laisse moi respirer un moment Quel horrible séjour ! Quel froid insupportable ! Tes serpents animés par ta rage implacable. Ne sont-ils pas d'assez cruels bourreaux ? Pour punir un coeur misérable, Viens-tu chercher si loin des supplices nouveaux ?
Furie
Malheureux habitants d'une demeure affreuse, Connaissez de Junon le funeste courroux: Par sa vengeance rigoureuse Vous voyez une malheureuse Qui souffre cent fois plus que vous.
Io
Vous voyez une malheureuse Qui souffre cent fois plus que vous.
Choeur Des Peuples Et Des Climats Glacés
Ah ! Quelle peine De trembler de languir dans l'horreur des frimas.
Io
Ah ! Quelle peine D'éprouver tant de maux, sans trouver le trépas Ah ! quelle vengeance inhumaine !
Furie
Viens changer de tourments, passe en d'autres climats.
Io
Ah ! Quelle peine !
Choeur Des Peuples Et Des Climats Glacés
Ah ! quelle peine De trembler de languir dans l'horreur des frimas.
Scène 3
Choeur Des Chabyles, Premier Conducteur Des Chabyles, Second Conducteur, Deux Conducteurs
Le théâtre change et représente des deux côtés les forges des Chalyhes qui travaillent à forger l'acier ; la mer paraît dans l'enfoncement.
Choeur Des Chabyles
Tôt tôt tôt.
Premier Conducteur Des Chabyles
Que chacun avec soin s'empresse.
Second Conducteur
Forgez, qu'on travaille sans cesse.
Le choeur des Chabyles répète ces deux derniers vers, dans le temps que plusieurs Chalybes travaillent dans les forges, quelques autres vont et viennent avec empressement pour apporter l'acier des mines et pour disposer ce qui est nécessaire au travail qui se fait.
Deux Conducteurs
Qu'on prépare tout ce qu'il faut Tôt tôt tôt.
Entrée des forgerons.
Deux Conducteurs
Que le feu des forges s'allume : Travaillons d'un effort nouveau : Qu'on fasse retentir l'enclume Sous les coups pesants du marteau.
Scène 4
Io, Furie, Deux Conducteurs, Conducteurs Et Le Choeur Des Chalybes, Choeur Des Chalybes
Les chalybes passent auprès d'Io avec des morceaux d'épées, de lances et de haches à demi forgées.
Io
Quel déluge de feux vient sur moi se répandre. Ô ciel !
Furie
Le ciel ne peut t'entendre, Tu ne te plains pas assez haut.
Deux Conducteurs
Tôt, tôt, tôt.
Io
Junon serait moins inhumaine. Tu me fais trop souffrir, tu sers trop bien sa haine.
Furie
Au gré de son dépit jaloux Les maux les plus cruels seront encore trop doux.
Io
Hélas ! Quelle rigueur extrême C'est en vain que Jupiter m'aime La haine de Junon jouit de mon tourment Que vous haïssez fortement, Grand Dieux ! Qu'il s'en faut bien que vous aimiez de même !
Les feux des forges redoublent et les Chabyles environnent Io avec des morceaux d'acier rouges et brûlants.
Conducteurs Et Le Choeur Des Chalybes
Qu'on prépare tout ce qu'il faut Tôt, tôt, tôt, tôt, tôt.
Io
Ne pourrai-je cesse de vivre ? Cherchons le trépas dans les flots.
Io fuit et monte au haut d'un rocher d'où elle se précipite dans la mer. La Furie s'y jette après la Nymphe.
Furie
Partout ma rage doit te suivre N'attends ni secours ni repos.
Choeur Des Chalybes
Qu'on prépare tout ce qu'il faut Tôt tôt tôt.
Scène 5
Choeur De La Suite Des Parques, Guerre, Famine, Incendie, Inondation, Ensemble, Maladies Violentes, Maladies Languissantes, Choeur, Tous
Le théâtre change et représente l'antre des Parques.
La suite des Parques témoigne le plaisir qu'elle prend à terminer la sort des humains.
Choeur De La Suite Des Parques
Exécutons l'arrêt du sort Suivons ses lois les plus cruelles. Présentons sans cesse à la Mort Des victimes nouvelles
Guerre
Que le fer.
Famine
Que la faim.
Incendie
Que les feux
Inondation
Que les eaux.
Ensemble
Que tout serve à creuser mille et mille tombeaux
Maladies Violentes
Qu'on s'empresse d'entrer dans les royaumes sombres par mille chemins différents
Maladies Languissantes
Achevez d'expirer, infortunés mourants, Cherchez un long repos dans le séjour des ombres.
Choeur
Exécutons l'arrêt du Sort, Suivons ses lois les plus cruelles ; Présentons sans cesse à la Mort Des victimes nouvelles.
Guerre
Que le fer.
Famine
Que la faim.
Incendie
Que les feux
Inondation
Que les eaux.
ENSEMBLE
Tous
Que tout serve à creuse mille et mille tombeaux.
Scène 6
Io, Choeur
Un fond de l'antre des Parques s'ouvre et les trois Parques en sortent.
Io
C'est contre moi qu'il faut tourner Votre rigueur la plus funeste, D'une vie odieuse arrachez moi le reste Hâtez vous de la terminer.
Choeur
C'est aux Parques de l'ordonner.
Io
Favorisez mes voeux, Déesses souveraines Qui réglez du Destin immuables lois, Finissez mes jours et mes peines, Ne me condamnez pas à mourir mille fois.
Scène 7
Les Trois Parques, Io, Furie, Parques
Les Trois Parques
Le fil de la vie De tous les humains Suivant notre envie Tourne dans nos mains. Suivant notre envie.
Io
Tranchez mon triste sort d'un coup qui me délivre Des tourments que Junon me contraint à souffrir; Chacun vous fait des voeux pour vivre Et je vous en fais pour mourir.
Furie
Jupiter l'a soumise aux lois de son épouse ; Elle a rendu Junon jalouse; L'amour d'un Dieu puissant a trop su la charme. Elle est trop punie encore.
Io
Est ce si grand crime d'aimer Ce que tout l'Univers adore ?
Parques
Nymphe, apaise Junon si tu veux voir la fin De ton sort déplorable ; C'est l'arrêt du Destin Il est irrévocable.
Io
Hélas ! comment fléchir une haine implacable !
Parques
C'est l'arrêt du Destin, Il est irrévocable.
Acte V
Scène 1
Io
Io tombe accablée de ses tourments, et Jupiter touché de piété, descend du ciel.
Io
Terminez mes tourments, puissant maître du monde, Sans vous, sans votre amour hélas ! Je ne souffrirais pas. Réduite au désespoir, mourante, vagabonde, J'ai porté mon supplice en mille affreux climats ; Une horrible Furie attachée à mes pas, M'a suivie au travers du vaste sein de l'onde; Voyez de quels maux ici bas, Votre épouse punit mes malheureux appas Délivrez moi de ma douleur profonde, Ouvrez-moi par pitié, les portes du trépas. Terminez mes tourments puissant maître du monde. Sans vous, sans votre amour, hélas ! Je ne souffrirais pas. C'est Jupiter qui m'aime ! Eh ! Qui le pourrait croire ? Je ne suis plus dans sa mémoire, Il n'entend point mes cris, Il ne voit point mes pleurs Après m'avoir livré aux plus cruels malheurs, Il est tranquille au comble de la gloire Il m'abandonne au milieu des douleurs. À la fin je succombe heureuse si je meurs.
Scène 2
Jupiter, Io
Jupiter
Il ne m'est pas permis de finir votre peine Et ma puissance souveraine Doit suivre du Destin l'irrévocable loi : C'est tout ce que je puis par un amour extrême Que de quitter le Ciel et ma gloire suprême Pour prendre part aux maux que vous souffrez pour moi.
Io
Ah ! mon supplice augmente encore ! Tout le feu des Enfers me brûle et me dévore; Mourrai-je tant de fois, sans voir finir mon sort ?
Jupiter
Ma tendresse pour vous rend Junon inflexible Elle voit mon amour il lui paraît trop fort; Son courroux se redouble et devient invincible.
Io
N'importe en ma faveur soyez toujours sensible.
Jupiter
C'est trop vous exposer à son jaloux transport, J'irrite en vous aimant sa vengeance terrible.
Junon descend sur la terre.
Io
Aimez moi, s'il vous est possible Assez pour la forcer à me donner la mort.
Scène 3
Jupiter, Junon, Io, Choeur Des Divinités, Choeur, Jupiter Et Junon
Jupiter et Junon prennent place au milieu des divinités, et y font placer Isis.
Jupiter
Venez, venez Déesse impitoyable Venez, voyez, reconnaissez Cette Nymphe mourante autrefois trop aimable. C'est assez la punir, c'est vous venger assez; L'éclat de sa beauté ne la rend plus coupable, Par la cruelle horreur du tourment qui l'accable, Son crime et ses appas sont ensemble effacés. Sans jalousie et sans alarmes Voyez ses yeux noyés de larmes Que l'ombre de la mort commence de couvrir.
Junon
Ils n'ont encor que trop de charmes Puisqu'ils savent attendrir.
Jupiter
Une juste pitié peut elle vous aigrir ? Votre courroux fatal ne doit-il pas s'éteindre ?
Junon
Ah ! vous la plaignez trop, elle n'est pas à plaindre Non elle ne peut trop souffrir.
Jupiter
Je sais que c'est de vous que son sort doit dépendre. Ce n'est qu'à vos bontés qu'elle doit recourir. Il n'est rien que de moi vous ne deviez attendre, Si je puis obliger votre haine à se rendre.
Io
Ah ! Laissez moi mourir.
Junon
Prenez soin de la secourir.
Io
Vous l'aimez d'un amour trop tendre Non elle ne peut trop souffrir.
Jupiter
Quoi ! Le coeur de Junon quelque grand qu'il puisse être Ne saurait triompher d'une injuste fureur
Junon
De la terre et du Ciel Jupiter est le maître Et Jupiter n'est pas le maître de son coeur ?
Jupiter
Hé bien ! il faut que je commence À me vaincre en ce jour.
Junon
Vous m'apprendrez à me vaincre à mon tour.
Jupiter.
Junon.
Jupiter
Abandonnez votre vengeance Je vous rends mon amour . J'abandonnerai ma vengeance, Rendez moi votre amour.
Jupiter
Noires Ondes du Styx, c'est par vous que je jure. Fleuve affreux écoutez le serment que je fais. Si cette Nymphe, enfin, reprend tous ses attraits, Si Junon fait cesser les tourments qu'elle endure, Je jure que ses yeux ne troubleront jamais De nos coeurs réunis la bienheureuse paix. Noires Ondes du Styx, c'est par vous que je jure. Fleuve affreux écoutez le serment que je fais.
La Furie s'enfonce dans les Enfers et Io se trouve délivrée de ses peines.
Junon
Nymphe, je veux finir votre peine éternelle Que la Furie emporte aux Enfers avec elle Le trouble et les horreurs dont vos sens sont saisis ! Après un rigoureux supplice Goûtez les biens parfaits que les Dieux ont choisis : Et sous le nouveau nom d'Isis Jouissez d'un bonheur qui jamais ne finisse.
Les divinités du Ciel descendent pour recevoir Isis; les peuples d'Egypte lui dressent un autel et la reconnaissent pour la Divinité qui les doit protéger.
Divinités qui descendent du Ciel dans la gloire, Peuples d'Egypte chantants, quatre égyptiens chantants, peuples d'Egypte dansants.
Jupiter
Dieux, recevez Isis au rang des immortels ! Peuples voisins du Nil, dressez lui des Autels !
Choeur Des Divinités
Venez, venez, Divinités nouvelle,
Choeur
Isis, Tournez sur nous vos yeux Voyez l'ardeur de notre zèle.
Choeur Des Divinités
La céleste Cour vous appelle
Jupiter et Junon et les Divinités montent au ciel, et y conduisent Isis, dans le char des choeurs des Divinités et des Parques. Ils répètent ces quatre vers.
Jupiter Et Junon
Isis est immortelle Isis va briller dans les Cieux. Isis jouit avec les Dieux D'une gloire éternelle.