Comédie · 1690

La Critique de l’Homme À Bonnes Fortunes

de Jean-François Regnard

Représentation
≈ 19 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
114
Écriture
En prose
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Marquis N 22 ≈ 5 min 3
Cousine N 27 ≈ 4 min 4
Le Baron de Plat-Gousset H 18 ≈ 3 min 3
Monsieur Bonaventure H 13 ≈ 3 min 1
Claudine F 14 ≈ 2 min 4
Nivelet H 12 ≈ 1 min 4
La Comtesse de la Gingandière F 8 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte unique
Marquis absentabsentabsent
Cousine absentabsent
Le Baron de Plat-Gousset absentabsentabsent
Monsieur Bonaventure absentabsentabsentabsentabsent
Claudine absentabsent
Nivelet absentabsent
La Comtesse de la Gingandière absentabsentabsent
PDF

Acte unique

Scène 1

Le Baron de Plat-Gousset, Nivelet

Le Baron de Plat-Gousset

Garçon ! Hé ! Y a-t-il là quelqu´un ? Le souper est-il prêt ? La peste soit de l´auberge !

Nivelet

Qu'avez-vous donc, monsieur le Baron ? Vous me paraissez bien fâché.

Nivelet montrant son manteau déchiré.

Le Baron de Plat-Gousset

Oui, morbleu ! Je le suis, et j'ai raison de l'être. Je sors présentement de l'hôtel de Bourgogne, et j'en suis si outré, que si je trouvais à présent un comédien italien, la moindre chose qu'il lui en coûterait , ce serait une oreille. Je n'en suis guère plus content que vous. Tenez, voilà tout ce que j'ai pu sauver de mon manteau ; j'ai laissé le reste au parterre.

Le Baron de Plat-Gousset

Rien ne prouve mieux la dépravation du goût du siècle, que l'affluence des femmes, des carrosses et des chevaux qui vont à cette comédie. C'est une maladie qui gagne la Cour.

Nivelet

Franchement, vous autres gens d'épée, vous avez quelque sujet de la fronder : il me semble que parfois on vous donne sur la crête.

Le Baron de Plat-Gousset

Et oui ; les robins y sont fort flattés. L'amour par articles ; c'est un endroit bien appétissant pour les femmes.

Nivelet

Oh ! Ma foi, s'il y a quelque chose de passable, c'est quand le Vicomte dépouille cette innocente jusqu'à un jonc d´or qu'elle a au doigt. Ces couleurs ne crayonnent pas mal les gens d'épée, qui pendant un quartier d'hiver vous sucent une femme jusqu'au dernier bijou.

Le Baron de Plat-Gousset

Où est le mal, s'il vous plaît, à un officier qui part pour l'armée, de plumer une femme ? Dans le fond, on n'a en vue que le service du roi.

Scène 2

Nivelet, Claudine, Le Baron de Plat-Gousset

Nivelet

Hé bien, Claudine, parviendrons-nous à souper ?

Claudine

On n'attend plus que cette Comtesse avec sa cousine, qui sont allées à ces bateleurs d'Italiens.

Le Baron de Plat-Gousset

Bon ! Elles devraient être revenues ; il y a deux heures que tout est fait.

Claudine

Je crois que cette peste de pièce-là me fera devenir folle. L'auberge est tous les soirs en déroute, et nos messieurs ne reviennent plus qu'à neuf heures. Ces visages de comédiens ne sauraient-ils jouer dès le matin ?

Le Baron de Plat-Gousset

La la, Claudine, tout doucement ; ne te fâche pas. Oh ! La friponne ! Si tu voulais un peu m'aimer.

Claudine

Oh ! J'en refuse autant d'un autre. Çà donc, vous plaît-il de vous tenir ?

Nivelet

La belle Claudine est bien pie-grièche aujourd'hui !

Claudine

Vous arrêterez-vous, grands baguenaudiers ? Je vous aurais bordé le visage d'une assiette, plus vite... Je vous dis encore que je ne ris pas. Ces frelampiers-là sont toujours à lanterner autour d'une fille.

Le Baron de Plat-Gousset

Ouais ! Claudine, tu es bien loup-garou !

Claudine

Je suis ce que je suis ; ce ne sont pas là vos affaires : je n'ai jamais vu une diantre de maison comme celle-ci.

Nivelet

Et pourquoi, mon petit coeur ?

Nivelet

Et pourquoi ? Enfin, si ma tante m'avait crue, je n'aurais jamais demeuré dans une auberge ; mais puisqu'on m'y a forcée, m'y voilà ; j'enrage pourtant assez.

Le Baron de Plat-Gousset

Mais encore, qu'as-tu donc, Claudine ?

Claudine

Ce que j'ai ? Je suis toujours par voie et par chemin, pour aller quérir les drogues à cette grande halbreda de Comtesse.

Nivelet

Comment donc ?

Claudine

Il y a sans cesse à refaire autour d'elle : tantôt c'est du blanc ; tantôt c'est du rouge ; tantôt c'est un gros bourgeon qu'il faut raboter ; et que sais-je ? Cent mille brimborions. Tant y a qu'il y a toujours quelque chose à calfeutrer sur son visage.

Le Baron de Plat-Gousset

Tu as un peu de peine, Claudine ; mais aussi tu gagnes bien de l'argent, et je m'assure que tu te fais un beau magot.

Claudine

Il est vrai ; voilà un gros venez-y-voir ! Depuis dix-huit mois avoir amassé quinze écus ; voilà-t-il pas un gros butin ? Et si, là-dessus il me faudra un habit à Pâques.

Le Baron de Plat-Gousset

Tu ferais bien mieux d'acheter un bon mari de cet argent-là ; cela est bien meilleur pour une fille.

Claudine

Çamon ! Voilà encore un plaisant fretin que des hommes ! Les rues en seraient pavées, que je ne voudrais pas en ramasser un ; et puis, en cas de mari, comme vous savez, pour quinze écus on ne peut pas avoir grand'chose... À la fin, voilà notre diable de Comtesse.

Scène 3

La Comtesse de la Gingandière, Cousine, Le Baron de Plat-Gousset, Nivelet, Claudine

La Comtesse de la Gingandière

Ah ! Monsieur, je n'en puis plus ! En l'état où je suis ! De l'eau de la reine d'Hongrie. Coupez mon lacet. Ah, ah, ah !

Elle pleure.

se laissant aussi aller

Cousine

Ma pauvre cousine, vous ne crèverez pas toute seule. Je suis route disloquée. C'est pour en mourir, hi, hi, hi !

Le Baron de Plat-Gousset

Qu'avez- vous donc, madame ? Voudriez-vous accoucher ?

La Comtesse de la Gingandière

Ah, ah, ah ! Si ma sage-femme était là, je n'en ferais pas à deux fois ; mon pauvre monsieur le Baron, ron, ron, ron ! Hé, vite ! Qu'on me déchausse. Claudine ! Ma cousine ! Ma cousine !

Nivelet

Et vous, mademoiselle, où le mal vous tient-il ?

Cousine

Ah ! Monsieur le procureur fiscal, je suis confisquée, hé, hé, lié !

Le Baron de Plat-Gousset

Ma foi, Monsieur Nivelet, si nous n'y prenons garde, voilà deux femmes qui vont nous crever dans la main.

Cousine

Nous venons de cette damnée pièce, où l'on est deux heures à entrer, et trois heures à sortir, et, qui pis est, hé, hé !...

Claudine

La la, madame, deux jours de relais emporteront cela.

Cousine

Monsieur Nivelet, vous qui savez la procédure, à telle fin que de raison, il faut faire assigner les comédiens en garantie de couche. Que sait-on ? Si ma cousine allait avorter !

Nivelet

Assurément.

Cousine

Oh ! Si la justice s'en mêle, il faudra bien que l'on me rende ce que l'on m'a pris.

Le Baron de Plat-Gousset

Comment donc ! Étiez-vous auprès de quelque insolent ?

Elle pleure.

Cousine

C'était bien un filou qui m'a pris ma bourse, où il y avait dix louis, hi, hi, hi !

Le Baron de Plat-Gousset

Oh ! Si l'on ne vous a pris que cela, patience. Allons, courage, madame, le souper raccommodera tout.

La Comtesse de la Gingandière

Moi, manger ! La comédie m'a dégoûtée pour six semaines. Ah, ah !

Le Baron de Plat-Gousset

Claudine, courez vite chez le médecin, demander une potion pour rassurer une femme qui a pensé accoucher dans la presse.

Cousine

Claudine, tu lui demanderas aussi s'il n'a rien pour faire retrouver ce qu'une fille a perdu à la comédie.

Claudine

Oh ! Je m'en vais chez notre apothicaire ; il a de toutes ces drogues-là.

La Comtesse de la Gingandière

Hai, hai, hai !

On vient, et on emmène la Comtesse dans sa chambre.

Le Baron de Plat-Gousset

Par ma foi, ce sont de vraies épreintes. Monsieur Nivelet, il faut appeler du secours. Françoise, Eustache, la maîtresse ! Portez vite madame dans sa chambre.

Nivelet

Pour vous, mademoiselle, tenez-vous en repos dans ce fauteuil, en attendant qu'on serve. Je vais à la cuisine faire hâter le souper.

Le Baron de Plat-Gousset

Et moi, je suis si soûl de la comédie, que je m'en vais me mettre au lit sans boire et sans manger, et, qui pis est, je m´en sortirai, ou le diable m'entraîne, que lorsque l'on aura renvoyé tous ces gueux de comédiens-là en Italie. La détestable pièce !

Cousine

Ali, ma pauvre bourse !

Scène 4

Marquis, Cousine

Marquis

Holà, quelqu'un ! De la chandelle, du feu, une bassinoire. Ah, mademoiselle ! Je crois qu'il ne me reste de vie que pour faire mon testament.

Cousine

Comment, monsieur le Marquis ! Qu'avez-vous ?

Marquis

Ma foi, mademoiselle, il ne me reste présentement pas grand'chose ; je n'ai qu'un parement de manche, le cuir de mes poches, et quelques lambeaux de chemise. Voyez comme me voilà ajusté ! Un justaucorps neuf tout marbré de cambouis depuis les pieds jusqu'à la tête.

Cousine

D'où vient donc tout ce délabrement-là ? Vous êtes-vous battu ?

Marquis

Avoir résisté trois semaines à la tentation, et m'être laissé aller comme un coquin ! Ventrebleu ! J'enrage du meilleur de mon âme.

Cousine

Est-ce quelque rival qui vous a houspillé ? Voilà d'ordinaire le succès des bonnes fortunes.

Marquis

Que maudits soient la bonne fortune, Arlequin, sa clique, et la curiosité qui m'a pris aujourd'hui ! J'ai levé le nez tantôt au coin d'une rue ; j'ai vu un papier rouge, j'ai demandé à mon laquais, qui lit ordinairement pour moi, ce que c'était : le brutal m'est venu dire que c'était encore cette comédie dont tant de femmes m'avaient rompu la tête. J'y ai été ; et vous voyez comme j'en reviens.

Cousine

C'est une chose qui crie vengeance que le mauvais goût de Paris, et l'âpreté que l'on a en ce pays-ci pour les sottises. Je suis sûre que si l'on jouait cette comédie-là en province, en trente ans il n'y aurait pas un chat.

Marquis

Bon ! Paris n'est-il pas le magasin de l´impertinence ? Il ne faut que les fesses d'un singe pour mettre tous les badauds en campagne. Pour moi, je crois qu'il faudra que je retourne encore plus de vingt fois à cette comédie-là pour y trouver le mot pour rire.

Cousine

Oh ! Monsieur le Marquis, vous me feriez bien plus de plaisir d'y retrouver ma bourse. Je n'ai jamais acheté un chagrin si cher. L'impertinente scène que celle de ce Docteur qui recommande le silence, et qui parle toujours !

Marquis

Fi, fi ! Vous dis-je.

Cousine

Ce qui me console de mon argent, c'est qu'il faut que Colombine crève sous ce rôle-là ; elle n'a pas encore huit jours dans le ventre.

Marquis

Ah, mademoiselle ! Désabusez-vous de cela ; jamais femme n'est morte de trop parler. Et que dites-vous, s'il vous plaît, de ce fat de Vicomte, avec ses boutons à jouer à la boule, et cette valise en forme de manchon ?

Cousine

Je dis qu'il est tout aussi sot que son rôle.

Marquis

J'enrage quand je vois le parterre s'efflanquer de rire à des sottises qui n'ont pas le sens commun. Il faut avouer que l'auteur est un brutal parrain, d'avoir nommé Bergamotte le héros de la pièce ; encore pour du tabac, je lui pardonnerais.

Cousine

Il y a comme cela cent endroits dans la pièce qui me font presque vomir. On ne laisse pas de s'égosiller de rire ; comme, par exemple, le tuyau d'orgue, la fille de hasard, le cheval de louage, et cette autre innocente qui va dire à son père que si son apothicaire ne lui donne que quarante-cinq ans, c'est qu'il ne le voit que par derrière.

Marquis

Quelle grossièreté, d´aller mettre le derrière d'un vieillard sur la scène ! À la fin, je ne sais ce que l'on n´y verra point. Fi ! Vous dis-je ; misère ! Ne parlons plus de cela. Mais où diable vous étiez-vous nichée? Car j'ai feuilleté toutes les loges pour vous trouver. Apparemment, à cause de la presse, vous vous serez mise au parterre.

Cousine

Hélas ! Nous avons été trop heureuses de voir la comédie de chez le limonadier.

Marquis

M'avez-vous vu serpenter sur le théâtre ? Ma foi, je ne fais pas mal la roue quand je me donne au public.

Cousine

Je ne vous ai point vu, car il y avait tant de monde... Mais je ne comprends pas quel plaisir prennent certaines personnes à être toujours derrière les acteurs.

Marquis

Vous moquez-vous ? C'est le bel air, et les gens de qualité ne voient plus la comédie que par le dos.

Cousine

De quelque côté que l'on voie cette damnée pièce-là, elle est affreuse par tous les endroits.

Marquis

Hé ! Avez-vous remarqué, quand les tableaux ont paru, comme je me suis tenu ferme au milieu du théâtre, en dépit des sifflets ? Voilà, morbleu ! Ce qui s'appelle faire bouquer le parterre.

Cousine

Eh ! Pourquoi un homme de qualité comme vous veut-il se brouiller avec tout un parterre ? Écoutez, c'est un dangereux ennemi ; je le craindrais plus avec ses sifflets, que bien des marquis avec leurs épées.

Marquis

Bon, bon ! Un homme qui a séance sur le théâtre ne fait point de comparaison avec des gens qui entendent la comédie debout. Mais voilà le souper.

Scène 5

Claudine, La Comtesse de la Gingandière, Cousine, Nivelet, Marquis

Claudine

Allons, messieurs, ne voulez-vous point laver ?

La Comtesse de la Gingandière

Quand je suis grosse, je ne lave jamais ; cela m'enrhume.

Claudine

Je vous jetterai l'aiguière par le nez.

Cousine

Hé bien, ma cousine, comment vous trouvez-vous de votre vapeur de couche ?

La Comtesse de la Gingandière

Cela est passé ; je suis raffermie.

On se met à table.

Nivelet

Ma foi, madame, ne nous faites plus de ces frayeurs-là ; l'ai cru que vous nous serviriez votre enfant sur table.

Marquis

Pour moi, je ne saurais manger ; j'ai fait cinq ou six repas aujourd'hui, dont le moindre a duré quatre heures.

Scène 6

Cousine, Marquis, Monsieur Bonaventure, La Comtesse de la Gingandière, Claudine

Cousine

Que Monsieur Bonaventure vient à propos ! Il n'y avait point de temps à perdre.

Marquis

Diable ! Comme il sent son avoine !

Monsieur Bonaventure

Pour l'ordinaire, Mademoiselle, je suis assez ponctuel au repas ; mais, pour ce soir, deux mille carrosses m'ont barré depuis l´hôtel de Bourgogne jusqu'ici.

Cousine

C'est-à-dire que vous venez de la Comédie italienne ; car c'est la rage de Paris. Oh çà, dites-nous-en quelque chose : il n'y a point d'homme qui raconte si bien que vous.

Monsieur Bonaventure

Ah, mademoiselle ! Je fais gloire d'obéir à vos ordres ; mais il est bien difficile de parler et de souper tout ensemble, et j'ai grand'faim.

Marquis

Les habiles gens trouvent du temps pour tout. Quand j'étais bel esprit, cadédis, j'étais quelquefois quatre jours sans souper.

Monsieur Bonaventure

Et moi, quand j'étais Gascon, lorsque l'on me donnait un repas, c'était pour toute ma semaine.

La Comtesse de la Gingandière

Dites-nous donc quelque chose, monsieur.

Monsieur Bonaventure

Il n'y a que deux mots. Le sujet de la pièce, c'est qu'il y a deux filles, dont l'une est cadette. À cette heure, ces deux filles,... parce que leur père, Monsieur Brocantin, est un curieux... Cela fait que la petite voudrait bien être mariée.

Cousine

Oh ! Vous voilà dans le fil de l'histoire.

Monsieur Bonaventure

Bon ! De toute une coin6die, je n'en perdrais pas un mot. Cette fille donc, c'est l'aînée, ne veut point d'un médecin nommé Monsieur Bassinet. Or, il y a là-dedans un garçon qu'on appelle Pierrot ; et puis il survient un Vicomte avec un singe, qui est le plus beau rôle de la pièce.

Marquis

C'est à dire que le singe épouse Monsieur Brocantin.

Monsieur Bonaventure

Point du tout. Monsieur Brocantin, c'est le père des filles : mais il y a là un nommé Octave qui est un drôle ;... avec cela, deux filous...

Marquis

Ah ! J'entends, j'entends. Octave, c'est le prévôt qui poursuit les filous.

Monsieur Bonaventure

Oh ! Ce n'est point cela. Qui diable vous parle de prévôt ? Vous n'avez donc pas été à cette comédie-là ?

Marquis

Est-ce que je m'amuse à voir une comédie ? Je suis toujours dans les coulisses à badiner avec les actrices ; mais j'ai envoyé mes porteurs au parterre, qui m'ont dit que la pièce ne valait pas le diable. On peut les en croire, car ce sont, ma foi, les meilleurs porteurs de Paris.

Monsieur Bonaventure

Et moi, je vous dis qu'elle est fort bonne. Au commencement, il y a trois robes de chambre qui font le sujet de la comédie ; et comme, çà, à la fin, le prince des Curieux fait le dénouement, avec un perroquet ; et je vous soutiens que voilà le sujet de droit fil.

Cousine

Il faut que monsieur Bonaventure n'en ait vu que le quart.

Monsieur Bonaventure

À vous dire le vrai, les gens de qualité qui comblaient le théâtre m'en ont caché deux actes : mais je n'y ai rien perdu ; leurs airs et leurs façons valent bien la comédie.

à Claudine

Marquis

Allons, fille, le fruit.

Monsieur Bonaventure

Tout beau ! Je n'ai pas encore commencé.

Claudine

Oh, dame ! Monsieur, dans une auberge, on n'engraisse pas à faire des récits.

Cousine

Vous vous racquitterez sur le dessert.

Monsieur Bonaventure

Je suis votre serviteur, Mademoiselle ; je ne me coucherai pas bredouille ; il me faut de la viande.

Il lui donne un manche d'éclanche.

à Bonaventure

Marquis

Oh ! Cela est juste. Tenez, allez-vous mettre au lit avec cela.

Monsieur Bonaventure

Comment donc ! Est-ce que vous me prenez pour un chien, beau Marquis de balle affamé ? Il n'y a que deux jours qu'il est ici ; il faut voir comme l'auberge est amaigrie !

Marquis

Eh ! L'ami, les épaules vous démangent.

Le Marquis lui jette une poignée de salade au nez : Bonaventure renverse la table ; le Marquis tombe le nez dans un plat de crème.

Monsieur Bonaventure

Comment ! À moi, petit hobereau ?

Cousine

Vous avais-je pas bien dit, ma cousine, que cette enragée de comédie nous porterait guignon ?

La Comtesse de la Gingandière

Ah, ma cousine ! Jamais je ne porterai mon fruit à terme.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique avec leurs voix, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.